L’Association québécoise de prévention du suicide (AQPS) a remis le prix méritas Partenaire de l’année au groupe PolySeSouvient pour son leadership dans la lutte pour un meilleur contrôle des armes à feu au Québec et au Canada. Le lauréat en a fait un enjeu majeur de santé et de sécurité publique. Ses analyses et conseils ont permis à l’AQPS de jouer un rôle déterminant dans ce dossier incontournable pour la prévention du suicide.
Pour réduire les décès par suicide, il est nécessaire
d’agir sur plusieurs fronts, notamment en réduisant l’accès aux moyens de
s’enlever la vie. L’Organisation mondiale de la santé en fait d’ailleurs l’une
de ses mesures phares. « Considérant que la majorité des décès par arme à
feu au Québec sont des suicides et que plus de 100 Québécois s’enlèvent la vie
de cette façon tous les ans, nous devons être proactifs dans le contrôle des
armes à feu », a commenté Jérôme Gaudreault, directeur général de l’AQPS. « Nous sommes
grandement reconnaissants de l’expertise et du soutien indéfectible de
PolySeSouvient dans ce dossier ».
Depuis sa création en 2009, PolySeSouvient n’a cessé d’être actif et mobilisateur, surtout lorsque des moments clés se présentaient dans le cadre de débats publics ou de processus législatifs au sujet du contrôle des armes à feu. Le collectif a notamment lutté contre l’abolition du registre fédéral par le gouvernement conservateur et, à partir de 2012, a milité pour la création d’un registre québécois. La Loi sur l’immatriculation des armes à feu a été adoptée en juin 2016 et est entrée en vigueur au début 2018, à la satisfaction de nombreux groupes œuvrant pour la santé et la sécurité publiques dont l’AQPS. Tout récemment, le gouvernement du Canada a adopté le projet de loi C-71, une autre législation comportant d’importantes mesures de prévention pour lesquelles PolySeSouvient s’est également battu pendant des années. Dans ce débat clivé, l’engagement et la persévérance des bénévoles de PolySeSouvient sont source d’inspiration.
À propos de l’AQPS et
des Prix méritas
Fondée en 1986, l’Association québécoise de prévention
du suicide a pour mission de développer la prévention du suicide au Québec. Les
Prix méritas en prévention du suicide sont remis annuellement par un jury
constitué d’administrateurs et de citoyens. La remise des prix 2018-2019 s’est
déroulée le 10 juin à Québec.
«La
grande majorité des décès par armes à feu au Québec sont des suicides», affirme
le directeur général de l’AQPS, Jérôme Gaudreault. Plus d’une centaine de
personnes troublées mettent ainsi fin à leurs jours chaque année. «Et ce sont
surtout des armes sans restriction qui sont utilisées.»
La
simple présence d’un fusil dans une résidence multiplierait par cinq le risque
qu’un des habitants des lieux commette l’irréparable, ajoute-t-il. Que ce soit
le possesseur de l’arme ou un autre membre de la famille.
«Quand
on est propriétaire d’une arme à feu, on a une responsabilité pour soi et pour
les autres. Même si ça va bien maintenant, je ne sais pas comment ça va aller
dans 6 mois, 1 an, 10 ans. L’état mental peut changer.»
M.
Gaudreault juge donc essentiel que l’État encadre l’achat, la possession,
l’entreposage des armes à feu notamment en tenant un registre. Aussi, il salue
les efforts déployés par PolySeSouvient afin de maintenir le sujet dans
l’actualité et convaincre les élus de légiférer. D’où l’attribution d’un prix
méritas lundi soir.
«Dans
le débat virulent sur le contrôle des armes à feu, ça fait du bien de voir que
nos revendications sont validées par les experts en prévention du suicide», se
réjouit la coordonnatrice de PolySeSouvient, Heidi Rathjen. «Ça confirme qu’on
est sur la bonne voie et que nos actions vont sauver des vies.»
L’entrepose sécuritaire, voire
l’absence d’armes à feu, permettent d’éviter que les personnes cultivant des
idéations suicidaires se tuent durant une crise, insiste-t-elle. «L’accès au
moyen le plus mortel joue un rôle déterminant.»
UGO GIGUÈRE, La Presse Canadienne – GABRIEL DELISLE, Le Nouvelliste
MONTRÉAL —
Chaque semaine, l’équipe de traumatologie du Centre universitaire de santé
McGill (CUSM) doit traiter au moins un patient victime d’une blessure par arme
à feu. Mercredi, les médecins et autres professionnels de la santé sont sortis
dans la rue pour joindre leur voix à celles de leurs collègues de 13 hôpitaux à
travers le Canada afin de dire haut et fort qu’ils en ont assez. À leurs côtés,
on retrouvait le père Serge St-Arneault, le frère d’Annie St-Arneault de La
Tuque, une des victimes de la tuerie de la Polytechnique.
D’après la coalition «Doctors for
protection from guns», les armes à feu représentent un grave problème de santé
publique au pays.
Des
chirurgiens traumatologues, chefs de départements, infirmières et
préventionnistes du CUSM ont tenu une conférence de presse pour réclamer
l’interdiction complète des armes de poing et des fusils d’assaut au Canada. Un
message relayé d’un océan à l’autre.
«On
voit depuis 2013 une augmentation de 42 pour cent de la mortalité liée à des
blessures par armes à feu au Canada. À Montréal, on voit une augmentation du
nombre de patients blessés ou morts par des armes à feu. Il est temps qu’on
change notre façon de parler des armes à feu. C’est un enjeu de santé publique
et il faut qu’on le dise», a déclaré le chirurgien traumatologue Jeremy
Grushka.
«Quand
on regarde la manière dont on gère cette problématique d’un point de vue de
santé publique, je pense qu’on pourrait faire mieux», poursuit le chef du
département de traumatologie Tarek Razek.
Celui-ci
ne croit pas que le Canada soit allé assez loin pour appliquer les meilleures
pratiques de sécurité afin de réduire au minimum les risques que représentent
les armes à feu dans la société.
«D’un
point de vue de santé publique, c’est comme les voitures. Est-ce qu’il y a
toujours des accidents de voiture? Oui. Mais est-ce qu’on réduit le risque au
minimum d’avoir des accidents?», compare-t-il.
Le père
Serge St-Arneault, qui est membre de Poly se souvient, était aux côtés des
médecins lors de la manifestation. Même si chaque présence publique pour
réclamer un meilleur contrôle des armes à feu est très difficile pour lui,
Serge St-Arneault affirme qu’il ne pouvait refuser l’invitation des médecins.
«L’enjeu
est tellement capital. En mémoire de celles qui ont été victimes d’armes à feu,
c’est un devoir de continuer ce combat. C’est comme un appel», affirme en
entrevue le frère d’Annie St-Arneault, une des étudiantes assassinées lors de
la tuerie de la Polytechnique.
Pour le
prêtre originaire de La Tuque, il est «indéniable» que les armes à feu
représentent une crise de santé publique. «Compte tenu du nombre élevé de
personnes qui sont atteintes d’armes à feu, qui sont handicapées pour leur vie,
c’est évident qu’il s’agit d’une question de santé publique», a précisé Serge
St-Arneault lors du point de presse tenu en marge de la manifestation de
Montréal.
«Le
projet de loi C-71 [pour le contrôle des armes à feu] est un pas dans la bonne
direction, mais c’est loin d’être suffisant.»
Le père Serge St-Arneault, le frère
d’Annie St-Arneault, une des victimes de la tuerie de la Polytechnique, a pris
la parole publiquement en marge de la manifestation.
Serge
St-Arneault prône le bannissement pur et simple des armes d’assaut et des armes
de poings. «L’exemple de la Nouvelle-Zélande et de sa première ministre est
extraordinaire et remarquable. On devrait le suivre au Canada.»
Militant
au sein du regroupement Poly se souvient, Jean-François Larrivée a salué
l’appui des médecins dans ce combat pour restreindre l’accès aux armes.
Celui-ci a perdu sa jeune épouse dans la tuerie survenue à Polytechnique
Montréal en 1989.
«Je
milite depuis 30 ans pour le souvenir de Maryse et des autres filles. Les
médecins ont une voix qui porte. Ils sont pragmatiques, ils ont une influence
intellectuelle, ils ont un leadership», se réjouit-il.
«Je
veux aider les autres femmes à ne pas subir le même drame et si on peut sauver
une vie ça aura valu la peine», souligne M. Larrivée.
Le
personnel soignant du CUSM est exaspéré au point où l’équipe de prévention
commence à enseigner au public les techniques de premiers soins en cas de
blessures par balles.
Tara
Grenier, coordonnatrice du programme de prévention des blessures au CUSM,
transmet aux élèves du secondaire, à des employés d’usine et au public en
général des méthodes pour stopper l’hémorragie causée par une balle ou une arme
blanche.
«Ce
sont des techniques de guerre qu’on emploie dans le monde civil. On est rendu
là. Peut-être qu’on pourra sauver des gens au lieu qu’ils meurent au bout de
leur sang», mentionne la thérapeute sportive.
Ottawa
tend l’oreille
Le Dr
Tarek Razek espère sincèrement que sa voix et celles de ses collègues soient
entendues. Selon lui, le fait qu’ils soient en première ligne pour constater
les ravages causés par les armes donne du poids à leurs arguments.
Sur la
colline parlementaire à Ottawa, le ministre de la Sécurité frontalière et de la
Réduction du crime organisé, Bill Blair, a dit tendre l’oreille aux
revendications des médecins.
«J’ai
rencontré plusieurs fois des regroupements de médecins. Leur point de vue est
pertinent, ils sont en première ligne pour traiter des victimes de blessures
par armes à feu. Je crois qu’il y a des choses que l’on doit faire pour
protéger nos communautés et nous sommes prêts à considérer des mesures qui
empêcheraient les gens mal intentionnés de se procurer des armes pour blesser
ou tuer», a-t-il commenté.
Le
ministre n’a cependant pas l’intention d’accélérer le processus comme l’ont
fait les élus de Nouvelle-Zélande à la suite de la tuerie de Christchurch.
«Je
pense que les Canadiens s’attendent à ce qu’on écoute les différentes opinions
de la population afin de trouver le meilleur moyen de rendre nos communautés
plus sécuritaires», a mentionné M. Blair.
Allocution présenté par Serge St-Arneault, M.Afr, Directeur du Centre Afrika, Montréal, lors de la conférence de presse organisée par les médecins et autres professionnels de la santé à l’Hôpital Général de Montréal aujourd’hui à 12h00. Les médecins réclament une interdiction complète des armes de poing et armes d’assaut ainsi que l’adoption du projet de loi C-71 qui renforce l’encadrement des armes à feu.
J’ai vécu en zone de guerre en République
Démocratique du Congo (à l’époque le Zaïre) dans les années 1990. Le chaos
s’était progressivement propagé dans tout le pays avec son lot de pillages et
de conflits tribaux.
Dans la brousse où j’étais, on avait déjà
eu la visite de militaires pour intervenir dans un conflit entre chefs
coutumiers. Ce jour-là, revenant à la maison, j’ai été directement menacé par
un militaire. Il m’a simplement dit :
« Siku y vita ingine, miye nitawa weye ».
Traduction littérale :
« Lors du prochain conflit, c’est moi qui vais te
tuer. »
J’ai immédiatement senti comme un boulet
me tomber dans l’estomac. Je m’en rappelle très bien. De fait, les rivalités
tribales se sont accélérées. Les paracommandos sont revenus, soi-disant pour
rétablir la paix, en brulant les villages. La plupart des expatriés avaient
déjà quitté le pays. Quant à moi, je suis resté avec mes confrères pratiquement
jusqu’au moment de la chute du régime dictatorial du Président Mobutu.
En 2010, Marc Rochette, un journaliste du
journal Le Nouvelliste de Trois-Rivières, m’a demandé dans une interview s’il y
avait des risques de vivre dans la brousse africaine. Ce à quoi j’ai
répondu :
« Qu’est-ce qui est le plus dangereux? Être
missionnaire en Afrique ou étudiante à l’École Polytechnique de Montréal ».
Ma sœur Annie a été l’une des premières
victimes du drame de la Poly du 6 décembre 1989. Le rapport d’investigation du
coroner indique que le décès est attribué à des lésions multiples graves au
niveau du crâne, du cerveau, section de l’aorte et des hiles pulmonaires et
éclatement du foie, le tout secondaire au passage dans la tête et dans le thorax
de trois projectiles d’arme à feu.
Vous êtes médecins et professionnels de la santé. Vous
comprenez mieux que moi de quoi il s’agit. Nous sommes réunis ici pour une
cause commune. Nous voulons, de fait nous exigeons des lois plus sévères sur
les armes à feu au Canada. Une journée nationale d’action a lieu aujourd’hui
dans 13 villes du pays. Tous s’entendent pour dire que les armes à feu
représentent une menace croissante pour la santé publique. Selon Statistique
Canada, le nombre de crimes violents commis avec une arme à feu a augmenté de
43% depuis 2013, soit depuis l’abolition du registre national des armes à feu
par le gouvernement de Steven Harper en 2012, suivi par l’affaiblissement d’une
série d’autres mesures en 2015.
À peine une semaine après la tragédie de Christchurchen Nouvelle-Zélande, la première ministre Jacinda Arderna annoncé l’interdiction imminente de « toutes les armes semi-automatiques de style militaire », de « tous les fusils d’assaut », de « tous les chargeurs à grande capacité » et de « tous les accessoires ayant la capacité de convertir une arme à feu en arme semi-automatique de type militaire ». Elle a également émis une ordonnance de reclassification pour les armes semi-automatiques afin de dorénavant empêcher leur vente à la plupart des détenteurs de permis actuels.
Voilà une preuve de leadership politique.
Soulignons aussi l’action
du Gouvernement du Québec qui a instauré son propre registre des armes en
réaction à l’abolition du registre fédéral. Le Québec est maintenant l’une des
trois seules juridictions en Amérique du Nord (avec Hawaï et le District de
Columbia) qui enregistrent les armes sur son territoire –
bien que c’est la norme en Europe et la plupart des pays industrialisés.
Mais qu’en est-il du
gouvernement Trudeau?
Les Canadiens attendent
depuis de nombreuses années une action réelle et concrète dans ce domaine.
Tout ce que ce
gouvernement offre aux Canadiens pour corriger la quasi-destruction de
l’ensemble des gains législatifs par le gouvernement antérieur, c’est le projet
de loi C-17. D’ailleurs, celui-ci ne rétablit que quelques faibles mesures
comparativement à ce qu’elles étaient avant leur élimination. Ceci dit, ce
projet de loi C-71 est un pas dans la bonne direction et nous l’appuyons.
Malheureusement, son adoption avance à pas de tortue au Sénat.
De plus, ce projet de loi
ne modifie en rien l’accès légal aux armes de poing et aux armes d’assaut. Nous
le savons, celles-ci sont conçues pour tuer efficacement et rapidement.
Combien de fois encore faudra-t-il
rappeler que le même type d’armes légalement accessible, c’est-à-dire des armes
semi-automatiques de type militaire, a
été utilisé lors de la tragédie à la Mosquée de Québec et tout récemment à
Christchurch où 50 Néo-Zélandais innocents ont été assassinés?
Je réitère les paroles que j’ai prononcées
à Ottawa au début du mois de décembre 2018 que j’adressais au premier ministre
Justin Trudeau;
« Ne
faites pas de compromis. Montrer aux Canadiens comment on se tient debout quand
on n’a pas peur du lobby des armes ».
Membres de PolySeSouvient présent lors de la marche pour soutenir les médecins dans leur manifestation contre les armes à feu.
Mercredi,
un regroupement de médecins de partout au Canada favorable
à un contrôle plus strict des armes à feu organise une journée
d’action. Au Québec, un rassemblement se tiendra à l’Hôpital général
de Montréal. Entrevue avec le Dr Andrew Beckett, chirurgien
traumatologue qui a décidé de monter au front.
Par CAROLINE TOUZIN, LA PRESSE
L’été
dernier, en opérant une jeune femme atteinte au cou par un projectile d’arme à
feu à Montréal, le Dr Andrew Beckett a eu une prise
de conscience.
« Elle
a eu la vie sauve, mais elle restera paralysée jusqu’à la fin de ses jours.
Elle avait seulement 17 ans. Tout ça parce que dans son entourage, il y
avait de mauvaises personnes avec un accès à des armes à feu », déplore
le chirurgien spécialisé en traumatologie en entrevue à La Presse.
Les
ravages causés par les armes à feu ne sont pas toujours médiatisés, souligne le
médecin. Or, le Centre de traumatologie de l’Hôpital général de Montréal, où le
chirurgien pratique, reçoit en moyenne un patient par semaine blessé
par balle.
« Il
faut voir les blessures et les morts par arme à feu comme une
crise de santé publique. Cette crise est de plus en plus grave au Canada, mais
totalement évitable. »
— Le
Dr Andrew Beckett, chirurgien traumatologue à l’Hôpital général
de Montréal
Ainsi des
médecins d’un peu partout au Canada – appuyés par d’autres professionnels
de la santé – viennent de former une coalition baptisée Médecins canadiens
pour un meilleur contrôle des armes à feu (Canadian Doctors for Protection from
Guns en anglais), qui se bat pour l’adoption de lois plus strictes sur le
contrôle des armes à feu, notamment l’interdiction des armes de poing et de
toutes les armes d’assaut.
Le
groupe auquel s’est joint le Dr Beckett organise une journée
nationale d’action le 3 avril pour demander un contrôle plus strict
des armes à feu. Un rassemblement est prévu sur l’heure du dîner ce jour-là sur
les terrains de l’Hôpital général de Montréal.
Au
moment de notre entrevue réalisée la semaine dernière, le chirurgien de
49 ans – qui n’avait jamais milité avant aujourd’hui – a apporté
sa pancarte, qu’il compte bien brandir mercredi.
UN ENCADREMENT PLUS STRICT RÉCLAMÉ
« Oui
pour C-71. On peut faire mieux », pouvait-on y lire, un slogan qui fait
référence au projet de loi visant à encadrer plus strictement la
commercialisation et la possession d’armes à feu au Canada, actuellement à
l’étude au Sénat. Ce projet de loi fédéral propose, entre autres, des mesures
comme une vérification plus fouillée des antécédents d’une personne qui demande
un permis d’arme à feu, ou encore l’obligation pour les commerçants de garder
la trace de toutes les ventes d’armes.
Aussi
chirurgien dans les Forces armées canadiennes, le Dr Beckett a été
déployé en Afghanistan et en Irak. « J’ai vu les ravages des armes
d’assaut et des armes de poing en temps de guerre », dit-il.
« Je
ne vois aucune raison pour laquelle une personne, ici, dans un pays en
paix, devrait posséder une arme de poing ou une arme d’assaut. Ça ne fait
qu’infliger des souffrances. »
— Le
Dr Andrew Beckett, chirurgien traumatologue à l’Hôpital général
de Montréal
Annoncer
à une famille que son enfant a été tué par balle est la pire chose qu’il ait dû
faire dans sa carrière, dit-il. Et il l’a fait beaucoup « trop
de fois ».
« J’ai moi-même un jeune garçon. Je ne voudrais jamais
qu’il soit blessé par balle en raison d’un accident ou d’un acte de
violence », poursuit-il, d’où sa motivation à militer pour un contrôle
plus strict des armes à feu au Canada.
Le chirurgien énumère des données qui, à
ses yeux, prouvent qu’il y a une crise de santé publique : selon
Statistique Canada, le nombre de crimes violents commis avec une arme à feu a
augmenté de 42 % depuis 2013 ; le Canada a le cinquième taux de
mortalité par arme à feu parmi les pays de l’OCDE ; selon
l’Observatoire canadien du fémicide pour la justice et la responsabilisation,
34 % des femmes et des filles tuées en 2018 ont été victimes d’armes
à feu ; un récent énoncé publié par la Société canadienne de pédiatrie
indique que l’accessibilité des armes à feu augmente le risque de suicide.
« UNE PERSPECTIVE DE SANTÉ PUBLIQUE »
Le médecin n’y voit pas un combat
politique : « C’est une prise de position dans une perspective de
santé publique comme celles qui ont mené au port obligatoire de la ceinture de
sécurité en voiture ou à celui du casque à vélo. Ce sont des mesures qui
sauvent des vies. »
N’empêche, l’implication de médecins
dans le débat ne plaît pas à tout le monde. La coprésidente du regroupement,
la Dre Najma Ahmed,
fait l’objet de pressions d’une association de propriétaires d’armes
à feu.
La
chirurgienne torontoise, qui a soigné les victimes de la fusillade de l’avenue
Danforth l’été dernier, a publié plusieurs messages sur les réseaux sociaux
depuis en faveur de l’adoption rapide du projet de loi C-71. Elle se
prononce aussi contre la possession d’armes de poing et d’armes d’assaut.
Or,
un groupe de propriétaires d’armes à feu reproche à la Dre Ahmed
d’user de sa crédibilité de médecin pour alimenter un débat strictement politique.
Des
membres de la Coalition canadienne pour le droit aux armes à feu ont récemment
déposé près de 70 plaintes contre la chirurgienne auprès de son ordre
professionnel – plaintes que l’ordre a refusé de trancher, jugeant qu’on
avait ici affaire à un désaccord politique, non à des reproches liés aux soins
cliniques ou au comportement professionnel du médecin.
Ce genre
de pressions n’intimide pas le Dr Beckett. « Comme médecins, nous
sommes en première ligne pour constater les ravages causés par les armes à feu,
dit-il. On soigne les blessures par balle, et la prévention
des blessures fait aussi partie de notre travail. »
MOUVEMENT #THISISOURLANE AUX ÉTATS-UNIS
Cette mobilisation de médecins canadiens
pour un meilleur contrôle des armes à feu fait écho au mouvement #thisisourlane
ou #thisismylane lancé l’an dernier aux États-Unis. Des centaines de médecins
américains se sont mis à publier des photos saisissantes sur les réseaux
sociaux de salles d’opération ensanglantées, de matériel chirurgical rougi ou
encore de vêtements tachés par le sang de leur patient blessé par balle, après
avoir été piqués au vif par la National Rifle Association (NRA).
La NRA avait publié un tweet
discréditant une récente série de recommandations de l’American College of
Physicians qui fait du contrôle des armes à feu aux États-Unis un enjeu de
santé publique.
« Quelqu’un devrait
dire à ces “importants” médecins anti-armes de rester dans leur domaine [to stay
in their lane]. »
— La NRA, lobby américain
pro-armes, sur Twitter, en novembre dernier
« Avez-vous une idée du nombre de
balles que je retire de cadavres chaque semaine ? Ce n’est pas
seulement ma voie [lane], c’est ma putain
d’autoroute ! », a répondu sur le même réseau social la Dre Judy Melinek,
pathologiste en Californie, alors qu’une nouvelle fusillade venait de survenir
dans un bar de cet État, faisant 12 morts. Ce gazouillis a lancé le
mouvement qui tente d’infléchir le débat sur le contrôle des armes à feu chez
nos voisins du Sud.
La
« crise de santé publique » est toutefois plus importante aux
États-Unis qu’au Canada, nuance le Dr Beckett, qui ne voit pas la
nécessité de répondre aux critiques de propriétaires d’armes à feu d’ici avec
des moyens aussi saisissants.
« Je
souhaite ne plus jamais avoir à retirer des balles du corps d’un enfant,
conclut le chirurgien. Je ne vois pas comment des gens pourraient être d’avis
contraire. »
MÉDECINS CANADIENS POUR UN MEILLEUR CONTRÔLE DES ARMES À FEU
L’ADOPTION RAPIDE D’UNE LOI DEMANDÉE
Le
groupe de médecins demande l’adoption d’une législation et d’autres outils
visant à réduire la prévalence des armes à feu, à savoir des restrictions
en matière de possession d’armes à feu, un programme d’amnistie permettant
la récupération des armes à feu actuellement en circulation et une approche
stratégique visant à réduire leur vente illégale et leur importation
en provenance d’autres compétences territoriales.
FINANCEMENT
DE LA RECHERCHE
Le groupe demande aussi le financement
et une infrastructure pour soutenir la recherche sur l’épidémiologie des
blessures et morts par arme à feu, notamment sur le rôle de déterminants
sociaux comme la pauvreté, la maladie mentale, la discrimination raciale et
l’isolement social, ainsi que sur l’efficacité des stratégies visant à réduire
les blessures et les décès liés aux armes à feu.
APPUI DE
PLUSIEURS ORGANISMES MÉDICAUX
Ce groupe de médecins a récolté l’appui
d’organismes médicaux nationaux et provinciaux tels que le Collège des médecins
de famille du Canada, l’Association canadienne des chirurgiens généraux,
l’Association canadienne des médecins d’urgence, l’Ontario Medical Association,
l’Association canadienne de traumatologie, la Société canadienne de soins
intensifs, la Société canadienne des anesthésiologistes, la Société canadienne
de neurochirurgie ainsi que les Jeunes médecins pour la santé publique.
OTTAWA — La disponibilité des armes à feu contribue au
fléau du suicide dans les communautés autochtones, a témoigné Michèle Audette
en comité sénatorial, lundi. Et elle a dit aux sénateurs qu’elle était bien
placée pour le savoir, étant passée à un cheveu d’en retourner une contre elle.
La commissaire de l’Enquête nationale sur les femmes
et les filles autochtones disparues et assassinées a offert à titre personnel
un touchant témoignage devant le comité sénatorial de la sécurité nationale et
de la défense, qui étudie le projet de loi C-71.
«Si je suis ici aujourd’hui, devant vous, à plaider
pour le contrôle des armes à feu, c’est seulement parce que ma dernière
tentative n’a pas porté les fruits espérés à l’époque», a-t-elle témoigné dans
la salle de comité.
«Qu’est-ce qui m’a sauvée? Le cocktail de substances
que j’avais prises m’a fait sombrer dans un coma et m’a empêchée de me rendre
jusqu’à l’utilisation de l’arme que je tenais dans les mains, toute prête à la
retourner contre moi», a-t-elle laissé tomber.
Selon la militante des droits des femmes autochtones,
la disponibilité des armes à feu dans les communautés, dont l’usage y est
«répandu», permet «de respecter nos droits ancestraux au niveau de la chasse,
certes».
Mais le fait qu’autant d’armes circulent contribue au
suicide et «permet la commission d’actes d’une violence inouïe dans nos
communautés», surtout compte tenu de la prévalence des cas de violence
conjugale et familiale, «une réalité quotidienne pour trop de femmes
autochtones».
Et si l’on ajoute à cela la présence des armes à feu,
«on a entre les mains tous les outils nécessaires pour nous décimer, nous, les
femmes autochtones», a illustré Mme Audette pendant sa comparution.
Le projet de loi C-71 a été déposé par le gouvernement
libéral en mars dernier. Les conservateurs y sont farouchement opposés, entre
autres parce qu’ils accusent les libéraux de vouloir réinstaurer un registre
«par la porte d’en arrière» avec les mesures contenues dans le projet de loi.
Celui-ci oblige les marchands d’armes à conserver
pendant au moins 20 ans les données sur les armes à feu sans restriction, et
resserre les vérifications de sécurité menées pour déterminer si un acheteur
est admissible à un permis d’armes à feu, entre autres.
L’enjeu sur le contrôle
des armes à feu au Québec n’est pas de ruiner la passion que partagent les
chasseurs pour leur sport. Le véritable enjeu est de protéger des vies
humaines. Or, la stratégie des adversaires au registre des armes est d’opposer
les milieux urbains contre les zones rurales en prétendant que les grandes
villes veulent imposer leurs valeurs aux campagnes où vivent la majorité des
chasseurs.
Cette stratégie a très
bien réussi aux États-Unis où les électeurs des grandes villes américaines votent
majoritairement pour les Démocrates alors que les électeurs des zones ou des
États ruraux votent pour les Républicains qui sont massivement soutenus par la
National Rifle Association (NRA). Opposer les régions contre Montréal nous mène
à une fracturation sociale dont nous n’avons pas besoin.
L’émotivité
Posséder une arme à feu au Canada est un privilège. Ainsi en est-il pour les automobilistes. Puisque toutes les voitures ont une plaque d’immatriculation, pourquoi en serait-il autrement pour une arme à feu? Dans un cas comme dans l’autre, il s’agit de sécurité publique. « Je suis un chasseur, de dire le maire Pierre-David Tremblay de La Tuque. La loi ne me brime pas. Ça prend 20 minutes pour enregistrer mes armes, ça ne coûte rien. J’ai inscrit mes armes. »
Martin Francoeur du journal Le Nouvelliste résume très bien la situation en disant que : « Le registre des armes à feu sert à réduire les risques de tragédies comme celle de la mosquée de Québec, de Polytechnique, de Dawson. Ce n’est pas vrai qu’il faut réduire le débat à des phrases creuses comme celles qu’on entend chez nos voisins du sud: «le problème n’est pas l’arme à feu, mais la personne qui la manipule». Ce n’est pas vrai qu’il s’agit d’un débat exclusivement émotif. Ce n’est pas vrai, non plus, que c’est un débat entre la métropole et les régions.
Il
est établi que les procédures d’enregistrement et les systèmes de permis ont un
impact direct sur la circulation (et l’usage) des armes à feu. Il faut aussi
rappeler aux élus qui viennent de se réveiller que le registre a reçu l’appui
des instances policières, de l’Institut national de santé publique du Québec et
d’une large proportion de la population québécoise (dans toutes les régions),
selon un sondage (Léger) dévoilé par PolySeSouvient. »
Responsabilisation commune
Les lois ont pour ultime but de
favoriser l’épanouissement et la protection du citoyen. À cet égard, il n’y a pas
de différence entre les milieux urbains et ruraux, et il n’y a donc aucune
raison pour ne pas unir nos forces en faveur d’une société responsable où les
propriétaires d’armes, aussi bien dans les centres urbains qu’en régions,
s’engagent à entreposer, enregistrer et manipuler de façon sécuritaire leurs
armes dans le but premier de protéger les vies. Des irritants, il y en aura
toujours, tout comme c’est le cas pour les règlements de conduite sur les
routes.
Contrairement à la pensée de
certains groupes d’amateurs d’armes, cette loi n’associe pas
les honnêtes propriétaires d’armes avec les criminels, tout comme
l’enregistrement des voitures ne cible pas les conducteurs consciencieux.
Les adeptes de la chasse sportive
font déjà beaucoup d’efforts pour se conformer aux lois en vigueur. Ils ont
notre admiration. Cette responsabilisation doit s’étendre à toutes les nations
amérindiennes qui peuvent, en accord avec leur mode de vie, se doter de moyens
efficaces pour régulariser le maniement et l’utilisation d’armes à feu au sein
de leur communauté. Après tout, le registre fédéral qui était en vigueur
pendant une douzaine d’années s’appliquait aussi auprès de ces communautés.
Investissement
en santé mentale.
Par ailleurs, d’où vient la soudaine passion du
mouvement « Tous contre un registre des armes » (TCRQ) en faveur de
plus d’investissements en santé mentale? Où sont tous ces gens lorsque les
intervenants en santé mentale critiquent, budget après budget, le manque de
financement adéquat? Ce n’est que dans le cadre de leur opposition au registre
qu’ils se préoccupent de cet enjeu, et jamais en collaboration avec les experts
et associations pour la santé mentale.
Selon un collectif en prévention du suicide et santé mentale, les propriétaires d’arme sont des acteurs importants du fait que l’enregistrement de leurs armes est une façon d’agir pour prévenir le suicide. Bien que des voix s’élèvent actuellement contre le registre des armes à feu et réclament que les sommes qui lui sont investies soient plutôt consacrées à la santé mentale, les études démontrent que la présence d’une arme dans la maison est un facteur de risque beaucoup plus élevé que les troubles mentaux. En fait, elle multiplie par cinq les risques de suicide.
Mieux encore, une nouvelle étude de l’Université du Texas rendue publique la semaine dernière conclut que « la majorité des symptômes en santé mentale ne sont pas liés aux armes à feu. (…) C’est plutôt l’accès à ces armes qui est la principale cause de violence mortelle. Ces recherches auront dorénavant une implication importante sur les efforts déployés pour un contrôle des armes (aux États-Unis). »
Une question de valeurs
Enfin, selon le chroniqueur Michel David du journal Le Devoir, « D’une certaine façon, le registre, créé au départ à la suite des pressions des survivantes et des familles des victimes de 1989, fait maintenant partie de l’identité québécoise et reflète nos valeurs. (…) Même si les modalités d’enregistrement sont très simples et qu’il n’y a aucuns frais, bon nombre de chasseurs et d’agriculteurs voient dans le registre une attaque contre leurs propres valeurs et ne voient pas en quoi ils représentent la menace que celui-ci prétend éliminer. Plus qu’une simple incompréhension, il semble y avoir un conflit entre les valeurs de la majorité et celles d’une minorité. »
Pourtant, n’avons-nous
pas en commun le désir de protéger des vies? Ne sommes-nous pas tous, chasseurs
ou non, des gens responsables et respectueux des lois? C’est sur cette base
d’intérêts collectifs que nous formerons véritablement une « société
distincte ».
Quand arrive le 6 décembre, c’est inévitable, je me rappelle la tuerie de l’École polytechnique de Montréal. C’était en 1989, j’avais rencontré à la maison, quelques mois avant la tragédie, Annie St-Arneault, âgée de dix-huit ans, sœur de mon ami Serge, missionnaire d’Afrique. Elle sera tuée avec treize jeunes femmes par Marc Lépine, blessant quatorze autres personnes, avant de se suicider. Vingt-neuf ans plus tard, je me souviens. Chaque année, nous commémorons ce triste événement, pour ne pas oublier l’inoubliable? La blessure ne se referme pas aisément au cœur des amis et des familles qui sont proches des victimes. Ce devoir de mémoire est vital; il permet de ne pas oublier et il suscite désengagements comme celui d’un meilleur contrôle des armes à feu. Je dédie ce poème à mes quatorze sœurs à peine éteintes.
TVA Nouvelles, PolySeSouvient, Publié le 3 décembre 2018 à 13:43
Le groupe PolySeSouvient, s’est rendu à Ottawa lundi pour rappeler l’urgence d’adopter un plus grand contrôle des armes à feu. Il dénonce que le projet de loi C-71, présenté au début de l’année, ne soit toujours pas en vigueur.
À la veille du 29e anniversaire de la tragédie de Polytechnique, le groupe craint que le lobby contre le contrôle des armes à feu ne fasse pression sur les sénateurs.
«Ne faites pas de compromis et montrez aux députés comment on se tient debout quand on n’a pas peur du lobby des armes», a affirmé Serge St-Arneault, frère d’une victime de Polytechnique, en s’adressant aux sénateurs.
De plus, PolySeSouvient estime que ce projet de loi ne va pas assez loin et que des amendements sont nécessaires.
OTTAWA — Les sénateurs doivent ignorer le «très bruyant» lobby pro-armes et adopter sans plus tarder le projet de loi C-71, implorent des représentants de groupes qui militent pour un meilleur contrôle des armes à feu.
Mélanie Marquis, La Presse canadienne, 3 décembre 2018
Cinq d’entre eux étaient à Ottawa lundi pour déplorer la lenteur du processus d’adoption de la mesure législative déposée il y a plus de sept mois. Adoptée aux Communes le 24 septembre dernier, elle n’a pas encore franchi l’étape de la deuxième lecture au Sénat.
«Le lobby des armes au Canada est bien organisé, bien financé et très bruyant. Nous avons constaté leur influence sous les conservateurs», a exposé en ouverture la porte-parole du groupe Polysesouvient, Heidi Rathjen.
Elle a évoqué l’influence de ce lobby pour expliquer la progression qu’elle juge trop lente de C-71: «On sait que les sénateurs ont été noyés dans des courriels, des appels, des lettres, contre le projet de loi».
Or, les sénateurs sont nommés; ils ne sont donc pas soumis aux mêmes pressions que les députés qui cherchent à se faire réélire, a argué à ses côtés Serge St-Arneault, le frère d’Annie, tombée sous les balles du tireur de Polytechnique le 6 décembre 1989.
Il a ainsi mis au défi les membres de la chambre haute. «Priorisez la sécurité publique. Ne faites pas de compromis. Et montrez aux députés comment on se tient debout quand on n’a pas peur du lobby des armes», a-t-il lancé.
Le président de la mosquée de Québec, Boufelda Benabdallah, s’est aussi adressé aux sénateurs.
«Je le rappelle aux nobles et aux gentils sénateurs, en dedans de deux minutes, c’est plusieurs vies qui sont parties, c’est plusieurs blessés», a-t-il déclaré au micro, faisant référence à l’attentat qui a été perpétré le soir du 29 janvier 2017.
Armes de poing et d’assaut
On croise aussi les doigts pour que gouvernement de Justin Trudeau bouge rapidement dans le dossier des armes de poing et d’assaut, dont on envisage une interdiction.
Autrement, les libéraux auront rompu un engagement contenu dans leur plateforme électorale de 2015, a insisté Heidi Rathjen.
«C’est une promesse électorale pour le mandat présent. Les libéraux ont promis de sortir de nos rues les armes de poing et les armes d’assaut», a-t-elle fait valoir.
Le gouvernement a lancé en octobre dernier une consultation sur cet enjeu.
La démarche arrive «très tard dans le processus», mais «c’est techniquement possible d’avoir des changements avant les prochaines élections», a suggéré Mme Rathjen.
Pratte veut rassurer
Le sénateur indépendant André Pratte, qui parraine le projet de loi au Sénat, dit comprendre le sentiment d’urgence exprimé lundi, mais il juge que C-71 progresse somme toute assez bien.
Il est confiant que la mesure législative sera envoyée en comité avant le congé des Fêtes, et qu’elle sera adoptée à l’hiver ou au printemps.
«C’est sûr qu’on s’impatiente, et que ça concerne la vie des gens, donc on voudrait tous que ce soit adopté le plus rapidement possible et que ce soit le régime le plus fort possible», a-t-il dit.
Selon lui, le projet de loi jouit d’un très bon appui dans le camp des sénateurs indépendants. En revanche, dans les banquettes conservatrices, on est «fermement opposé», a-t-il convenu.
Le sénateur Pratte a par ailleurs confirmé que le lobby pro-armes s’est «beaucoup activé» en «inondant» de courriels et de lettres les membres de la chambre haute.
«Ils ont même publié un livre à ce sujet-là, « The Bill C-71 Book », alors ils ont travaillé très fort», a-t-il illustré.
Au bureau du sénateur Peter Harder, représentant du gouvernement au Sénat, on a soutenu que C-71 «continue d’être une priorité au Sénat» et qu’il «est d’une grande importance pour les sénateurs, considérant le nombre de discours à ce sujet».
Amendements: Goodale sceptique
En même temps qu’ils réclamaient l’adoption rapide de C-71, les représentants des groupes venus à Ottawa priaient les sénateurs de le «renforcer» avec trois amendements.
Le ministre de la Sécurité publique, Ralph Goodale, a dit craindre que l’ajout d’amendements puisse retarder l’adoption du projet de loi.
«À ce moment-ci du processus, il serait potentiellement très difficile de rouvrir le projet de loi dans le sens que cela retarderait (l’adoption)», a-t-il exposé en mêlée de presse, lundi.
Le ministre n’a toutefois pas voulu se prononcer sur les amendements en tant que tels, n’ayant pas eu le temps d’en prendre connaissance au moment de répondre aux questions des médias.
Trois modifications ont été présentées lundi par les représentants des groupes qui militent pour un contrôle plus serré des armes à feu.
Ils réclament notamment de rétablir des contrôles sur les ventes privées et de «permettre l’accès facile et rapide» aux données sur les ventes d’armes pour les autorités policières.
Serge St-Arneault (à gauche) était à Ottawa, accompagné de représentants de groupes qui militent pour un meilleur contrôle des armes, pour déplorer la lenteur du processus législatif. Photo : Presse Canadienne, Sean Kilpatrick
LA TUQUE — «Nous avons le sentiment que les choses traînent depuis un certain temps. On veut rappeler aux membres du Sénat l’urgence de cette loi.» Le Latuquois Serge St-Arneault, qui a perdu sa sœur Annie lors de la tragédie de Polytechnique, s’est rendu aux côtés de plusieurs représentants de groupes qui militent pour un meilleur contrôle des armes, lundi, à Ottawa pour déplorer la lenteur du processus législatif. À la veille du 29e anniversaire de la tuerie de Polytechnique, les sénateurs se font presser d’adopter le projet de loi sur le contrôle des armes à feu.
(…) « Constamment, on doit revenir pour parler de la question des armes à feu. C’est la nécessité qui nous oblige à venir ici, ce n’est pas parce qu’on le veut vraiment. On n’est pas un club qui se réunit pour le plaisir de se réunir. On vient ici parce qu’il y a une cause à défendre», soutient Serge St-Arneault.
La porte-parole du groupe Polysesouvient, Heidi Rathjen, considère le projet de loi comme «un strict minimum», mais elle souhaite le voir adopté «le plus rapidement possible».
Elle n’a pas trop voulu spéculer sur les raisons qui expliquent cette progression qu’elle juge trop lente, mais elle a pointé du doigt le lobby pro-armes.
Mais les sénateurs sont nommés, et ne sont donc pas soumis aux mêmes pressions que les députés qui cherchent à se faire réélire, ont argué tour à tour les représentants des groupes. Serge St-Arneault les a donc mis au défi.
«Ne faites pas de compromis. Et montrez aux députés comment on se tient debout quand on n’a pas peur du lobby des armes», a plaidé M. St-Arneault.
Ce dernier soutien également les chasseurs n’ont rien à craindre de cette loi.
«Ce que l’on dénonce c’est la vente, pratiquement libre sur le marché, d’armes d’assaut, d’armes de guerre, d’armes militaires… Ce type d’armes peut être vendu pratiquement sans contrôle. C’est une aberration. (…) Les chasseurs n’utilisent pas des armes d’assaut pour aller à la chasse. Ce serait complètement stupide. On ne tue pas un orignal avec une mitraillette. Il faut être logique. Cette loi est pour protéger la population», note M. St-Arneault. (…)
Le Latuquois Serge St-Arneault a également invité la population à se manifester afin de soutenir leur démarche.
«On invite les gens à soutenir notre cause et militer pour un meilleur contrôle des armes à feu et retirer surtout du marché légal, la vente d’armes d’assaut et de poings qui sont de portée militaire», a-t-il lancé. (…)
Des associations de victimes de tueries craignent que les élections fédérales à venir ne reportent la réalisation des engagements du gouvernement Trudeau à interdire les armes d’assaut et de poing. Elles ont souligné leur impatience à leur sortie d’une rencontre avec des représentants du ministère de la Sécurité frontalière et de la Réduction du crime organisé, ce matin à Montréal.
En août 2018, Trudeau dépêchait le ministre Blair d’étudier la question. « Vous devrez vous pencher sur la possibilité d’interdire complètement les armes de poing et les armes d’assaut au Canada, sans entraver l’utilisation légitime d’armes à feu par les Canadiens », précisait la lettre de mandat envoyé au ministre Bill Blair.
En mars dernier, le projet de loi C71 présenté n’incluait pas de clause interdisant complètement les armes d’assaut et de poing, le statut de certaines d’entre elles est maintenu comme armes à « autorisation restreinte ». Une consultation a été lancée après les fusillades de Fredericton et de Toronto cet été. Cette rencontre était la troisième d’une série de 8 rencontres menées par le gouvernement.
« Il y a un dialogue, mais ce n’est pas fini! Nous ne sommes pas dans un pays de guerre, les armes de poing doivent être prohibées! », a souligné M. Boufeldja Benabdallah, cofondateur de la mosquée de Québec. Il a martelé l’importance d’éduquer les plus jeunes au danger des armes à feu. Il s’est également indigné de la répétition des tueries et de l’« inaction des gouvernements » depuis la tuerie de Polytechnique en 1989.
Un lobby puissant
« Je pense que les Canadiens ne réalisent pas à quel point le lobby est puissant au Canada », a souligné Heidi Rathjen, Fondatrice de PolySeSouvient et témoin du massacre de ses consœurs.
Elle a souligné l’adhésion de la majorité de l’opinion publique à des mesures d’interdiction des armes d’assaut et de poing, soulignant que ceux qui s’y opposent ne sont que « la minorité de la minorité qui ont des intérêts personnels, idéologiques et financiers. »
Milieu scolaire
Des associations étudiantes étaient également sur place pour souligner leur désir de maintenir les campus sans armes. « On a peur pour la communauté étudiante, pour nos campus. On pense que ça a pas de bon sang que ça soit accessible aussi facilement », affirme Manuel Klaseen, Président, Association des étudiants de Polytechnique.
Les armes à feu ont également été pointées du doigt comme des outils permettant le suicide dans les milieux étudiants.
Accès et législation
Depuis le démantèlement du régime des armes à feu, en 2012 par le gouvernement Harper, les armes sans restriction ne sont enregistrées dans aucune des provinces canadiennes, sauf le Québec. Le Québec dispose d’un système d’immatriculation des armes à feu, qui n’encadre que les armes d’épaules, comme celles utilisées pour la chasse.
Les solutions proposées concernent l’enregistrement des armes à feu, leur reclassification entre les diverses catégories d’accès, des formations plus exhaustives et le suivi des personnes possédant un permis de port d’arme.
« Il y a des armes restreintes qui devraient être interdites, avec lesquelles on a vu des massacres. Il y a même des armes non-restreintes comme le Ruger Mini-14, qui a tué mon épouse, qui est encore non-restreinte! », explique Jean Françoise Larrivée, époux d’une des victimes de Polytechnique.
La fondatrice de PolySeSouvient, Heidi Rathjen, le président de l’Association des étudiants de Polytechnique, Manuel Klaseen, et la présidente de la Confédération pour le rayonnement étudiant en ingénierie au Québec, Wendy Vasquez. PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE