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Mercredi, un regroupement de médecins de partout au Canada favorable à un contrôle plus strict des armes à feu organise une journée d’action. Au Québec, un rassemblement se tiendra à l’Hôpital général de Montréal. Entrevue avec le Dr Andrew Beckett, chirurgien traumatologue qui a décidé de monter au front.

Par CAROLINE TOUZIN, LA PRESSE

L’été dernier, en opérant une jeune femme atteinte au cou par un projectile d’arme à feu à Montréal, le Dr Andrew Beckett a eu une prise de conscience.

« Elle a eu la vie sauve, mais elle restera paralysée jusqu’à la fin de ses jours. Elle avait seulement 17 ans. Tout ça parce que dans son entourage, il y avait de mauvaises personnes avec un accès à des armes à feu », déplore le chirurgien spécialisé en traumatologie en entrevue à La Presse.

Les ravages causés par les armes à feu ne sont pas toujours médiatisés, souligne le médecin. Or, le Centre de traumatologie de l’Hôpital général de Montréal, où le chirurgien pratique, reçoit en moyenne un patient par semaine blessé par balle.

« Il faut voir les blessures et les morts par arme à feu comme une crise de santé publique. Cette crise est de plus en plus grave au Canada, mais totalement évitable. »

— Le Dr Andrew Beckett, chirurgien traumatologue à l’Hôpital général de Montréal

Ainsi des médecins d’un peu partout au Canada – appuyés par d’autres professionnels de la santé – viennent de former une coalition baptisée Médecins canadiens pour un meilleur contrôle des armes à feu (Canadian Doctors for Protection from Guns en anglais), qui se bat pour l’adoption de lois plus strictes sur le contrôle des armes à feu, notamment l’interdiction des armes de poing et de toutes les armes d’assaut.

Le groupe auquel s’est joint le Dr Beckett organise une journée nationale d’action le 3 avril pour demander un contrôle plus strict des armes à feu. Un rassemblement est prévu sur l’heure du dîner ce jour-là sur les terrains de l’Hôpital général de Montréal.

Au moment de notre entrevue réalisée la semaine dernière, le chirurgien de 49 ans – qui n’avait jamais milité avant aujourd’hui – a apporté sa pancarte, qu’il compte bien brandir mercredi.

UN ENCADREMENT PLUS STRICT RÉCLAMÉ

« Oui pour C-71. On peut faire mieux », pouvait-on y lire, un slogan qui fait référence au projet de loi visant à encadrer plus strictement la commercialisation et la possession d’armes à feu au Canada, actuellement à l’étude au Sénat. Ce projet de loi fédéral propose, entre autres, des mesures comme une vérification plus fouillée des antécédents d’une personne qui demande un permis d’arme à feu, ou encore l’obligation pour les commerçants de garder la trace de toutes les ventes d’armes.

Aussi chirurgien dans les Forces armées canadiennes, le Dr Beckett a été déployé en Afghanistan et en Irak. « J’ai vu les ravages des armes d’assaut et des armes de poing en temps de guerre », dit-il. 

« Je ne vois aucune raison pour laquelle une personne, ici, dans un pays en paix, devrait posséder une arme de poing ou une arme d’assaut. Ça ne fait qu’infliger des souffrances. »

— Le Dr Andrew Beckett, chirurgien traumatologue à l’Hôpital général de Montréal

Annoncer à une famille que son enfant a été tué par balle est la pire chose qu’il ait dû faire dans sa carrière, dit-il. Et il l’a fait beaucoup « trop de fois ».

« J’ai moi-même un jeune garçon. Je ne voudrais jamais qu’il soit blessé par balle en raison d’un accident ou d’un acte de violence », poursuit-il, d’où sa motivation à militer pour un contrôle plus strict des armes à feu au Canada.

Le chirurgien énumère des données qui, à ses yeux, prouvent qu’il y a une crise de santé publique : selon Statistique Canada, le nombre de crimes violents commis avec une arme à feu a augmenté de 42 % depuis 2013 ; le Canada a le cinquième taux de mortalité par arme à feu parmi les pays de l’OCDE ; selon l’Observatoire canadien du fémicide pour la justice et la responsabilisation, 34 % des femmes et des filles tuées en 2018 ont été victimes d’armes à feu ; un récent énoncé publié par la Société canadienne de pédiatrie indique que l’accessibilité des armes à feu augmente le risque de suicide.

« UNE PERSPECTIVE DE SANTÉ PUBLIQUE »

Le médecin n’y voit pas un combat politique : « C’est une prise de position dans une perspective de santé publique comme celles qui ont mené au port obligatoire de la ceinture de sécurité en voiture ou à celui du casque à vélo. Ce sont des mesures qui sauvent des vies. »

N’empêche, l’implication de médecins dans le débat ne plaît pas à tout le monde. La coprésidente du regroupement, la Dre Najma Ahmed, fait l’objet de pressions d’une association de propriétaires d’armes à feu.

La chirurgienne torontoise, qui a soigné les victimes de la fusillade de l’avenue Danforth l’été dernier, a publié plusieurs messages sur les réseaux sociaux depuis en faveur de l’adoption rapide du projet de loi C-71. Elle se prononce aussi contre la possession d’armes de poing et d’armes d’assaut.

Or, un groupe de propriétaires d’armes à feu reproche à la Dre Ahmed d’user de sa crédibilité de médecin pour alimenter un débat strictement politique. 

Des membres de la Coalition canadienne pour le droit aux armes à feu ont récemment déposé près de 70 plaintes contre la chirurgienne auprès de son ordre professionnel – plaintes que l’ordre a refusé de trancher, jugeant qu’on avait ici affaire à un désaccord politique, non à des reproches liés aux soins cliniques ou au comportement professionnel du médecin.

Ce genre de pressions n’intimide pas le Dr Beckett. « Comme médecins, nous sommes en première ligne pour constater les ravages causés par les armes à feu, dit-il. On soigne les blessures par balle, et la prévention des blessures fait aussi partie de notre travail. »

MOUVEMENT #THISISOURLANE AUX ÉTATS-UNIS

Cette mobilisation de médecins canadiens pour un meilleur contrôle des armes à feu fait écho au mouvement #thisisourlane ou #thisismylane lancé l’an dernier aux États-Unis. Des centaines de médecins américains se sont mis à publier des photos saisissantes sur les réseaux sociaux de salles d’opération ensanglantées, de matériel chirurgical rougi ou encore de vêtements tachés par le sang de leur patient blessé par balle, après avoir été piqués au vif par la National Rifle Association (NRA).

La NRA avait publié un tweet discréditant une récente série de recommandations de l’American College of Physicians qui fait du contrôle des armes à feu aux États-Unis un enjeu de santé publique. 

« Quelqu’un devrait dire à ces “importants” médecins anti-armes de rester dans leur domaine [to stay in their lane]. »

— La NRA, lobby américain pro-armes, sur Twitter, en novembre dernier

« Avez-vous une idée du nombre de balles que je retire de cadavres chaque semaine ? Ce n’est pas seulement ma voie [lane], c’est ma putain d’autoroute ! », a répondu sur le même réseau social la Dre Judy Melinek, pathologiste en Californie, alors qu’une nouvelle fusillade venait de survenir dans un bar de cet État, faisant 12 morts. Ce gazouillis a lancé le mouvement qui tente d’infléchir le débat sur le contrôle des armes à feu chez nos voisins du Sud.

La « crise de santé publique » est toutefois plus importante aux États-Unis qu’au Canada, nuance le Dr Beckett, qui ne voit pas la nécessité de répondre aux critiques de propriétaires d’armes à feu d’ici avec des moyens aussi saisissants.

« Je souhaite ne plus jamais avoir à retirer des balles du corps d’un enfant, conclut le chirurgien. Je ne vois pas comment des gens pourraient être d’avis contraire. »

MÉDECINS CANADIENS POUR UN MEILLEUR CONTRÔLE DES ARMES À FEU

L’ADOPTION RAPIDE D’UNE LOI DEMANDÉE

Le groupe de médecins demande l’adoption d’une législation et d’autres outils visant à réduire la prévalence des armes à feu, à savoir des restrictions en matière de possession d’armes à feu, un programme d’amnistie permettant la récupération des armes à feu actuellement en circulation et une approche stratégique visant à réduire leur vente illégale et leur importation en provenance d’autres compétences territoriales.

FINANCEMENT DE LA RECHERCHE

Le groupe demande aussi le financement et une infrastructure pour soutenir la recherche sur l’épidémiologie des blessures et morts par arme à feu, notamment sur le rôle de déterminants sociaux comme la pauvreté, la maladie mentale, la discrimination raciale et l’isolement social, ainsi que sur l’efficacité des stratégies visant à réduire les blessures et les décès liés aux armes à feu.

APPUI DE PLUSIEURS ORGANISMES MÉDICAUX

Ce groupe de médecins a récolté l’appui d’organismes médicaux nationaux et provinciaux tels que le Collège des médecins de famille du Canada, l’Association canadienne des chirurgiens généraux, l’Association canadienne des médecins d’urgence, l’Ontario Medical Association, l’Association canadienne de traumatologie, la Société canadienne de soins intensifs, la Société canadienne des anesthésiologistes, la Société canadienne de neurochirurgie ainsi que les Jeunes médecins pour la santé publique.

Dans cette émission d’une demi-heure, je tente un parallèle entre la tragédie de la Polytechnique du 6 décembre 1989 et celle de Jésus assassiné sur une croix. Je fais référence aux symboles qui nous relient aux événements tragiques et l’importance de les commémorer.

Brièvement, j’aborde aussi le sens de mon engagement politique en faveur de l’abolition de la vente légale d’armes de guerre au Canada. Je considère que cet engagement est également d’ordre spirituel. Vous découvrirez comment.

Finalement, je présente quelques éléments de la célébration de béatification de 19 martyrs chrétiens qui s’est tenue à Oran en Algérie le 8 décembre 2018. Le tout se termine avec une prière de bénédiction pour l’Algérie et son peuple. Je vous invite donc à écouter cette entrevue en cliquant sur le lien suivant :


Entrevue radiophonique avec le père Serge St-Arneault, M.Afr

Conférence de presse Sheraton 5bDe nombreux journalistes ont interviewé les membres de PolySeSouvient ainsi que des représentants étudiants de l’École Polytechnique de Montréal dans le cadre de la consultation du gouvernement fédéral sur l’interdiction des armes de poing et d’assaut au Canada.

Conférence de presse Sheraton 7bVoici une série d’articles et d’extraits vidéo illustrant ces entrevues. Le Devoir, par exemple, a publié un excellent éditorial sur la question de la consultation, qui résume bien la position de PolySeSouvient : «Rien ne justifie que des particuliers possèdent des armes ne servant qu’à tuer.» À vous de choisir la suite de vos lectures en cliquant sur les images ci-jointes, tout particulièrement l’article publier dans le journal Métro que voici.

Métro-société-tranquille-26-10-18d

Contrôle-arme-feu-Le-Devoir

Armes à feu MÉTRO2

Canada News

Global News

CBC

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CTV-News

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La fondatrice de PolySeSouvient, Heidi Rathjen, le président de l’Association des étudiants de Polytechnique, Manuel Klaseen, et la présidente de la Confédération pour le rayonnement étudiant en ingénierie au Québec, Wendy Vasquez. PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE

Publié le 25 octobre 2018

ISABELLE GRIGNON-FRANCKE, La Presse

Des associations de victimes de tueries craignent que les élections fédérales à venir ne reportent la réalisation des engagements du gouvernement Trudeau à interdire les armes d’assaut et de poing. Elles ont souligné leur impatience à leur sortie d’une rencontre avec des représentants du ministère de la Sécurité frontalière et de la Réduction du crime organisé, ce matin à Montréal.

En août 2018, Trudeau dépêchait le ministre Blair d’étudier la question. « Vous devrez vous pencher sur la possibilité d’interdire complètement les armes de poing et les armes d’assaut au Canada, sans entraver l’utilisation légitime d’armes à feu par les Canadiens », précisait la lettre de mandat envoyé au ministre Bill Blair.

En mars dernier, le projet de loi C71 présenté n’incluait pas de clause interdisant complètement les armes d’assaut et de poing, le statut de certaines d’entre elles est maintenu comme armes à « autorisation restreinte ». Une consultation a été lancée après les fusillades de Fredericton et de Toronto cet été. Cette rencontre était la troisième d’une série de 8 rencontres menées par le gouvernement.

« Il y a un dialogue, mais ce n’est pas fini! Nous ne sommes pas dans un pays de guerre, les armes de poing doivent être prohibées! », a souligné M.  Boufeldja Benabdallah, cofondateur de la mosquée de Québec. Il a martelé l’importance d’éduquer les plus jeunes au danger des armes à feu. Il s’est également indigné de la répétition des tueries et de l’« inaction des gouvernements » depuis la tuerie de Polytechnique en 1989.

Un lobby puissant    

« Je pense que les Canadiens ne réalisent pas à quel point le lobby est puissant au Canada », a souligné Heidi Rathjen, Fondatrice de PolySeSouvient et témoin du massacre de ses consœurs.

Elle a souligné l’adhésion de la majorité de l’opinion publique à des mesures d’interdiction des armes d’assaut et de poing, soulignant que ceux qui s’y opposent ne sont que « la minorité de la minorité qui ont des intérêts personnels, idéologiques et financiers. »

Milieu scolaire   

Des associations étudiantes étaient également sur place pour souligner leur désir de maintenir les campus sans armes. « On a peur pour la communauté étudiante, pour nos campus. On pense que ça a pas de bon sang que ça soit accessible aussi facilement », affirme Manuel Klaseen, Président, Association des étudiants de Polytechnique.

Les armes à feu ont également été pointées du doigt comme des outils permettant le suicide dans les milieux étudiants.

Accès et législation   

Depuis le démantèlement du régime des armes à feu, en 2012 par le gouvernement Harper, les armes sans restriction ne sont enregistrées dans aucune des provinces canadiennes, sauf le Québec. Le Québec dispose d’un système d’immatriculation des armes à feu, qui n’encadre que les armes d’épaules, comme celles utilisées pour la chasse.

Les solutions proposées concernent l’enregistrement des armes à feu, leur reclassification entre les diverses catégories d’accès, des formations plus exhaustives et le suivi des personnes possédant un permis de port d’arme.

« Il y a des armes restreintes qui devraient être interdites, avec lesquelles on a vu des massacres. Il y a même des armes non-restreintes comme le Ruger Mini-14, qui a tué mon épouse, qui est encore non-restreinte! », explique Jean Françoise Larrivée, époux d’une des victimes de Polytechnique.

unanimité l'interdiction des armes de poing et d'assaut 04bPar Serge St-Arneault

Présenté par le conseiller Alex Norris, les élus municipaux de la Ville de Montréal ont adopté à l’unanimité une motion pour demander au gouvernement fédéral de bannir la vente d’armes d’assaut ainsi que les armes de poing. Il ne s’agit pas d’établir un meilleur encadrement, mais un bannissement pur et simple de leur possession sauf pour les militaires et, au besoin, les forces policières. De fait, il s’agit aussi d’une question de santé publique. En effet, les armes d’assaut sont des armes de guerre. De plus, d’un simple point de vue économique, il a maintes fois été démontré que les coûts sociaux reliés aux blessures et décès causés par des armes à feu sont considérables[1].

Ceci dit, les adeptes de la chasse sportive ne sont nullement affectés par cette motion. Les chasseurs sont des citoyens responsables, consciencieux et respectueux de la loi. D’ailleurs, ceux-ci n’utilisent pas d’armes d’assaut. Qui imaginerait chasser avec une telle arme? C’est un non-sens.

Les statistiques montrent aussi que 80% des Canadiens, aussi bien dans les centres urbains que dans les zones rurales, désapprouvent la vente libre d’armes d’assaut comme c’est encore le cas au Canada en ce moment. «Qui a besoin d’un fusil d’assaut de type militaire de toute façon?» a déclaré le conseiller de l’opposition Marvin Rotrand.

C’est avec un sentiment de fierté que j’ai accompagné les délégués de Polysesouvient qui militent pour un meilleur contrôle des armes à feu partout au Canada depuis 1989. La tragédie de la Polytechnique demeure encore présente dans notre mémoire collective. Heureusement, plusieurs représentants étudiants de la Polytechnique de Montréal ont également assisté à la motion présentée à l’Hôtel de Ville de Montréal[2]. Nous avons le sentiment d’assister à un mouvement de masse qui provoquera un réel changement dans notre attitude envers l’utilisation responsable des armes à feu et le bannissement pur et simple d’armes de type militaire aux mains de simples citoyens.

D’autres défis sont à prévoir. Un enjeu de taille est la confiscation d’armes illégales généralement utilisées par les groupes criminels. Parallèlement, une attention plus grande doit être donnée pour venir en aide aux personnes aux prises avec des problèmes de santé mentale qui, trop souvent, agissent dangereusement ou catastrophiquement avec une arme à feu sous l’impulsion du moment ou en état de détresse psychologique.

L’accueil du conseil de Ville en cet après-midi du 20 août 2018 a été très touchant. Un regain d’espoir renaît après l’absurde démantèlement du registre des armes à feu aboli par le gouvernement Harper en 2012.

Il est à espérer que d’autres villes canadiennes suivront l’exemple des motions adoptées dans les villes de Toronto et de Montréal pour inciter le gouvernement fédéral à doter le projet de loi C 71 d’une armature plus vigoureuse qu’une simple loi modifiant certaines lois et règlements relatifs aux armes à feu.

[1] La violence armée coûte 6,6 milliards de dollars canadiens par année. Ce sont les victimes qui assument 47 % de ces coûts. Trois millions de dollars année pour enregistrer toutes les armes à feu représentent un coût dérisoire. Une seule enquête entourant un meurtre coûte 500 000 $, sans compter tous les autres coûts.

[2] Liste des représentants de Polysesouvient et étudiants de Polytechnique : Jim Edward, frère d’Anne-Marie (décédée à Polytechnique), Serge Saint-Arneault, frère d’Annie (décédée à Polytechnique), Louise de Sousa, mère d’Anastasia  (décédée à Dawson), Meaghan Hennegan, survivante de la tuerie à Dawson, Kathleen Dixon, mère de Meaghan, Guillaume Lecorps, Président de l’union étudiante du Québec, Bryan Gingras, Vice-président aux affaires externes de l’Association des Étudiants de l’École de Technologie supérieure, Léandre Tarpin-Pitre, Secrétaire général de l’Association des Étudiants de Polytechnique (AEP), Belange Nohra, Vice-présidente à l’éducation de l’AEP, Mathieu Bélanger, Vice-président aux affaires internes de l’AEP, Hélène Thibeault, diplômée de Polytechnique (témoin), Heidi Rathjen, diplômée de Polytechnique (témoin) et coordonnatrice de PolySeSouvient.

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Également sur: quebec.huffingtonpost.ca-hotel-Ville-armes

01 Ottawa 22 mai 2018Les belles tulipes étalées sur les parterres longeant les rues de la capitale n’ont pas modifié le ciel gris d’Ottawa qui se reflétait dans le local du Comité Permanent de la Sécurité Publique et Nationale situé au 197 rue Sparks. En présence des parlementaires qui représentaient leurs partis politiques d’affiliation, la Commission nous avait convoqués pour 11h00 le 22 mai 2018 afin d’entendre notre point de vue dans la foulée du projet de loi C-71 sur le contrôle des armes à feu.

Les armes d’assaut ont non seulement été les principales armes à feu récemment utilisées dans les fusillades de masse au États-Unis, mais il en fut de même lors des tragédies que nous avons connues au Canada tel qu’à la Polytechnique en 1989, au Collège Dawson en 2006, au Métropolis à Montréal en 2012, sans oublier la tuerie à la mosquée de Québec l’année dernière.

Malgré le fait que 80% des Canadiens, y compris la majorité des propriétaires d’arme à feu, sont en faveur d’une interdiction de la vente d’armes d’assaut au Canada, le projet de loi C-71 n’aborde pas cette question. Clairement, aux dires du ministre de la Sécurité publique, Ralph Goodale, un autre projet de loi différent du C-71 devra être présenté aux Communes pour traiter du bannissement des armes d’assaut.

«S’il vous plaît, s’il vous plaît. Aidez-nous, aidez-nous, et aidez la société à ce que ce genre d’arme d’assaut, de guerre ne soit pas dans ce pays. C’est pour le bien de toute la société.» Ce cri du cœur lancé par Boufeldja Benabdallah aux élus aura-t-il été inutile?

Contre les armes d'assaut Radio-Canada nouvelles

Daniel Thibeault, journaliste

Le lobby des armes à feu au Canada est politiquement influent. Les députés sont, semble-t-il, inondés de messages provenant de leurs sympathisants. Le plus troublant est de constater que le public présuppose que notre pays est mieux protégé qu’aux États-Unis en ce qui concerne la vente d’armes à feu. Pourtant, aux dires d’Hélène Buzzetti dans un long article publié dans le journal Le Devoir du 4 mai; obtenir un permis d’armes à feu est d’une facilité désarmante. Les autorités se fient à la bonne foi des demandeurs et croisent les doigts en espérant que les médecins leur signaleront les cas à risque.

En vérité, il est légalement possible d’acheter dans notre pays une arme d’assaut de type militaire sans restriction, c’est-à-dire sans qu’il soit possible de retrouver leurs propriétaires. Le projet de loi C-71 n’aborde pas ce point précis, mais s’adresse seulement à des considérations techniques secondaires telles que le rôle de la Gendarmerie Nationale et l’application de la loi.

Ironiquement, au même moment où se tient ce débat, selon un article publié par Olivier Robichaud dans le Huffpost le 23 mai, le Service de police de la Ville de Laval et de Longueuil est en voie d’offrir des armes d’assaut à leurs patrouilleurs. Cela ne semble pas encore être le cas pour le SPVM à Montréal où seuls les groupes d’intervention tactiques en possèdent une quarantaine.

Sommes-nous en train de créer une psychose sociale aux allures étasuniennes? Le danger accroît avec l’usage du tabac, c’est connu. La prolifération des armes à feu de type militaire n’annonce rien de bon pour les Canadiens incluant les honnêtes propriétaires d’armes à feu consciencieux, responsables dans le maniement de leurs armes et respectueux des lois. Ceux-ci n’utilisent pas d’armes d’assaut pour la chasse au gibier!

La raison ne semble pas prévaloir à ce chapitre. La question de l’accessibilité d’armes d’assaut doit se restreindre aux militaires. C’est pourtant simple! Qu’est-ce qui nous empêche en tant que société qui aspire à vivre en sécurité de mettre hors la loi la vente libre d’armes de guerre? Ce n’est certainement pas la prolifération de ces armes qui assurera une plus grande protection civile. L’exemple de nos voisins américains n’est-il pas suffisant?

Sans trop nous en rendre compte, assistons-nous à une forme lente et sournoise d’acceptabilité sociale de vente libre d’armes d’assaut sans mécanisme de contrôle?

Serge St-Arneault, Membre de Polysesouvient

07 Ottawa 22 mai 2018

Membres présents lors de l’audience au local du Comité Permanent de la Sécurité Publique et Nationale : Heidi Rathjen, Coordonatrice de PolySeSouvient, Michel LeRoux, père du policier Thierry LeRoux abattu à Lac-Simon, Boufeldja Banabdallah, président et cofondateur du Centre culturel islamique de Québec, Nizar Ghali et Mohamed Khabar, survivants de la tragédie à la Mosquée de Québec, Nathalie Provost, survivante de la Polytechnique le 6 décembre 1989, Serge St-Arneault, frère d’Annie St-Arneault assassinée à la Polytechnique de Montréal, Alison Irons, mère de Lindsay qui a été tuée par une arme à feu à Bracebridge, Ontario, en avril 2013, Manuel Klassen, président de l’Association des Étudiants de Polytechnique, Wendy Vasquez, présidente de la Confédération pour le Rayonnement des Étudiants en Ingénierie au Québec, Jade Karim, Coordonnateur à la mobilisation de l’union Étudiante du Québec, Alexandra Laberge, représentante de la Fédération des Femmes du Québec (vidéo conférence), Hélène Thibault, diplômée de Polytechnique et membres de PolySeSouvient, Jérôme Goudreault, directeur, Association Québécoise de prévention du Suicide, et plusieurs autres étudiants de la Polytechnique de Montréal.

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Assault weapons in Canada

Armes d'assaut dans le journal Le Soleil

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Plus de 75 personnes déplorent que le nouveau projet de loi du gouvernement libéral n’interdise pas les armes d’assaut comme celle qu’a utilisée le tireur de la mosquée, Alexandre Bissonnette.

The Canadian Press/Jacques Boissinot – 07/05/2018 (HUFFPOST.COM)

des victimes de la mosquée de Québec écrivent à TrudeauDes gens tiennent des photographies des victimes de la tuerie de la mosquée de Québec à l’occasion du premier anniversaire de la tragédie, le 29 janvier 2018.

Des blessés de l’attentat de la mosquée de Québec, ainsi que les familles des victimes, demandent à Justin Trudeau d’interdire les armes d’assaut.

Dans une lettre envoyée au premier ministre Trudeau, plus de 75 personnes déplorent que le nouveau projet de loi du gouvernement libéral n’interdise pas les armes d’assaut comme celle qu’a utilisée le tireur de la mosquée, Alexandre Bissonnette.

« Mais dans quelle société vivons-nous pour tolérer qu’un citoyen ordinaire puisse se donner un pouvoir aussi destructeur et profiter de la faiblesse de nos lois sur la possession d’armes à feu? », écrivent-ils.

Bissonnette, âgé de 28 ans, a plaidé coupable en mars à six accusations de meurtre au premier degré et six accusations de tentative de meurtre.

En janvier 2017, Alexandre Bissonnette est arrivé sur les lieux de la mosquée avec une arme longue semi-automatique « Small Arms VZ58 Sporter », qui est légale et non restreinte, ainsi qu’avec deux chargeurs de 30 balles qui, eux, sont illégaux. Lorsque l’arme longue s’est enrayée en tirant sa première balle, le tireur a eu recours à un pistolet et à cinq cartouches de dix balles.

Dans leur lettre, les blessés et les familles des victimes se demandent ce qui aurait pu arriver si l’arme du jeune homme ne s’était pas enrayée.

« Armé uniquement d’un pistolet et de cinq chargeurs, le tueur a pu tirer jusqu’à 10 coups en rafale, d’une telle force que les projectiles ont traversé les murs et d’une telle dangerosité qu’il a ainsi fait 6 morts, 5 blessés graves, et 39 personnes, dont 4 enfants, traumatisées à vie en moins de deux minutes », soulignent-ils dans leur missive.

Les signataires jugent qu’il est « regrettable » que le gouvernement « ignore complètement » les armes d’assaut dans son projet de loi, et ce, « malgré les pertes en vies humaines à la mosquée, l’assassinat de trois agents de la GRC à Moncton, la tuerie

à Dawson et celle au soir des élections québécoises , toutes impliquant des armes et accessoires d’assaut légalement acquis ».

Un projet de loi critiqué

Le projet de loi présenté en mars est jugé trop timide par les partisans du contrôle des armes à feu, alors que certains propriétaires estiment qu’il s’agit d’une tentative masquée pour ressusciter le registre des armes à feu.

Si elle est adoptée, la loi élargirait l’étendue des vérifications d’antécédents pour toute personne qui voudrait acheter une arme à feu. En outre, l’ensemble des antécédents d’un potentiel acheteur seraient révisés, plutôt que ceux des cinq dernières années seulement.

Selon le gouvernement, ces nouvelles mesures permettront d’éloigner les armes à feu des mauvaises mains.

Le projet de loi édicte que les vendeurs d’armes devraient garder les registres de leur inventaire et de leurs ventes pendant au moins 20 ans afin d’aider la police dans ses enquêtes.

La lettre envoyée au premier ministre laisse entendre que le gouvernement a plié devant le lobby des armes à feu.

« Monsieur le premier ministre, pourquoi agir ainsi? Découragés de voir les choses s’envenimer, nous sommes tentés de dire, est-ce parce qu’une minorité d’amateurs d’armes qui se considèrent « victimes » d’une législation « draconienne » font peur à vos députés en vue des prochaines élections? », demandent-ils.

« Corrigez nos sérieux sentiments quant à la question électoraliste qui freine les gouvernements successifs à prendre au sérieux le dossier des armes à feu. Il est pourtant question de « vie et de mort ». »

Une priorité «urgente»

Les signataires disent avoir fait part de leurs inquiétudes au secrétaire parlementaire du ministre de la Sécurité publique, Mark Holland, sur l’implantation de groupes d’extrême-droite qui pourraient vouloir s’en prendre aux musulmans.

Holland a tenté de les rassurer en leur parlant des programmes gouvernementaux pour contrer la radicalisation, selon la lettre.

« Nous avons dû respectueusement l’interrompre pour insister sur le fait que, malgré notre appui évident et enthousiaste à la lutte contre la radicalisation, la priorité la plus urgente devrait être de limiter le pouvoir destructeur que détiennent les milices actuelles ainsi que tout autre citoyen ordinaire », indiquent-ils.

Scott Bardsley, le porte-parole de Ralph Goodale, a récemment dit que le ministre avait hâte d’entendre l’opinion des différents groupes sur son projet de loi.

Le ministre « est ouvert aux propositions constructives pour renforcer la loi », a-t-on dit.

Ralph Goodale doit comparaître devant le comité de la sécurité publique de la Chambre des communes, mardi.