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Plante invite Trudeau à bannir lui-même les armes de poing

(Ottawa) La Ville de Montréal exhorte le gouvernement Trudeau à jeter aux orties son projet de déléguer aux municipalités le pouvoir de restreindre ou d’interdire les armes de poing sur leur territoire. Un tel plan serait inefficace et entraînerait une balkanisation en matière de mesures de contrôle de ce type d’arme au pays.

Publié le 15 octobre 2020

MÉLANIE MARQUIS et JOËL-DENIS BELLAVANCE, LA PRESSE

En lieu et place, la Ville de Montréal presse le gouvernement libéral de prendre une fois pour toutes le taureau par les cornes en adoptant lui-même un train de mesures pour interdire la possession privée, l’importation et la fabrication d’armes de poing d’un bout à l’autre du pays.

Alors que l’on constate une escalade de violence depuis un an dans le secteur nord-est de Montréal marquée par des coups de feu tirés en plein jour, des jeunes qui sont armés et des résidants qui sont terrorisés, la mairesse Valérie Plante doute de l’efficacité du plan des libéraux de Justin Trudeau concernant les armes de poing.

« Montréal a toujours été un chef de file dans la lutte contre la possession et l’utilisation des armes à feu. Tristement, la métropole a trop souvent été le théâtre de graves tragédies et de féminicides lors desquels des armes d’assaut et de poing ont été utilisées », a affirmé Mme Plante dans un courriel à La Presse.

« En mai dernier, le gouvernement fédéral a légiféré dans le dossier des armes d’assaut. J’invite les élus de la Chambre des communes à poursuivre le travail amorcé et [à] inclure rapidement les armes de poing », a-t-elle ajouté.

En coulisses, on fait aussi valoir que même si la Ville de Montréal avait le pouvoir de légiférer pour bannir les armes de poing, rien n’empêcherait un individu de se procurer ce même type d’arme dans une autre ville qui n’aurait pas de telles restrictions.

Lors de son passage à l’émission Tout le monde en parle, dimanche dernier, la mairesse Plante a exprimé sa vive inquiétude face à une recrudescence des incidents impliquant des armes de poing dans certains quartiers de la métropole, dont Montréal-Nord et le Vieux-Montréal.

« On voit de plus en plus de gens qui ont des armes, qui ont accès à des armes, comme à Toronto, a-t-elle dit. Les armes d’assaut vont être légiférées par le fédéral, mais toutes les armes, les pistolets, ce n’est pas le cas. Moi, je ne trouve pas ça normal qu’on puisse acheter aussi facilement des armes comme celles-là », a-t-elle fait valoir.

Revendications à l’échelle nationale

Et Valérie Plante n’est pas seule parmi les maires à exiger qu’Ottawa prenne davantage les choses en main. À Toronto et à Vancouver, les premiers magistrats John Tory et Kennedy Stewart réclament également une interdiction des armes de poing à l’échelle nationale depuis un bon moment. Il s’agit « d’une mesure parmi plusieurs autres que le gouvernement du Canada devrait mettre en place pour aider à mettre fin à la violence par arme à feu », a déclaré à La Presse le maire John Tory, déterminé à bannir ces armes dans la métropole ontarienne.

Son homologue de la métropole de la Colombie-Britannique est animé de la même ambition. « Si le gouvernement fédéral met en œuvre une législation qui permettrait à la Ville de Vancouver de mettre en place une interdiction des armes de poing, je ferais de mon mieux pour travailler avec le conseil afin de l’implanter », a soutenu M. Stewart dans une déclaration transmise à La Presse.

En dépit des récriminations émanant du camp Plante, le ministre fédéral de la Sécurité publique, Bill Blair, entend maintenir le cap.

« Nous présenterons un projet de loi qui nous donnera de nouveaux pouvoirs pour garder les armes à feu hors de portée des criminels en mettant fin à la contrebande d’armes à feu au Canada, ainsi qu’au trafic d’armes à feu par détournement et par achat par prête-nom », a ajouté la porte-parole du ministre de la Sécurité publique.

Dans le discours du Trône du 23 septembre dernier, où il a énoncé ses grandes priorités des prochains mois, le gouvernement Trudeau a réaffirmé son intention de donner aux municipalités « la capacité de restreindre ou d’interdire les armes de poing » et de « renforcer les mesures de contrôle du flux d’armes illégales qui entrent au Canada », notamment en provenance des États-Unis.

Pour déléguer un tel pouvoir aux municipalités, le gouvernement Trudeau devra amender le Code criminel et obtenir la collaboration des provinces. Or, cette proposition se heurte à un mur en Saskatchewan, où le gouvernement de Scott Moe a adopté une loi en juin interdisant aux municipalités de la province d’avoir recours à un tel pouvoir si Ottawa devait le leur accorder. L’Alberta s’y oppose aussi farouchement, le premier ministre Jason Kenney affirmant que la démarche d’Ottawa est vouée à l’échec.

Le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, ne s’est pas montré enthousiaste à l’idée de donner le feu vert à Toronto, où les fusillades sont un véritable fléau depuis plusieurs années. Quant au premier ministre britanno-colombien John Horgan, actuellement en campagne électorale, il s’est dit désireux de travailler avec les autres ordres de gouvernement en vue de bannir les armes de poing.

AUTRES LIENS :

Ruée sur les armes

La pandémie de COVID-19 et l’instabilité sociale ayant suivi la mort de George Floyd inquiètent de nombreux Américains qui ont décidé de s’acheter une arme pour se protéger. Les ventes ont même atteint un niveau record en juin sur fond d’élection présidentielle, générant des problèmes de stocks pour certains commerçants assaillis de clients.

Publié le 21 octobre 2020

MARC THIBODEAU, LA PRESSE

Quelques citations de cet article :

Selon les plus récentes données des Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC), près de 40 000 Américains ont été tués par balle en 2017.

Selon une étude du Center for American Progress, les jeunes Américains sont frappés de plein fouet par la violence liée aux armes. L’organisation relève que bon an, mal an, plus de la moitié des personnes tuées par balle ont moins de 30 ans.

Les Afro-Américains sont particulièrement touchés. L’organisation Everytown for Gun Safety estime qu’en moyenne, 26 membres de cette communauté sont tués et 104 blessés quotidiennement. Dans les grandes villes, 68 % des victimes de meurtre sont afro-américaines.

Malgré l’impasse qui prévaut souvent sur le plan politique, une majorité d’Américains se disent favorables à un resserrement des règles régissant l’accès aux armes. 

Québec injecte 65 millions pour contrer la violence par arme à feu

(Québec) Devant une recrudescence des crimes liés à l’utilisation des armes à feu, les forces policières québécoises redoubleront d’efforts dans leur lutte contre le crime organisé et les « groupes criminels ». Le gouvernement Legault confirme des sommes de 65 millions pour les appuyer dans leurs actions.

Publié le 21 octobre 2020 à 5h00

FANNY LÉVESQUE, LA PRESSE

Quelques citations de cet article :

La ministre Guilbault a confirmé l’ajout de 65 millions pour lutter contre les réseaux criminels et la violence liée aux armes à feu, ce qui comprend un investissement de 32,5 millions sur cinq ans qui avait été annoncé dans le cadre du budget Girard, en mars 2020. S’ajoutent 27,6 millions qui proviennent du Fonds fédéral d’action contre la violence liée aux armes à feu et aux gangs.

Près de 4,5 millions provenant de la distribution annuelle du produit des biens confisqués à la suite d’activités criminelles seront également partagés entre les divers corps de police qui participent à ce genre de programme.

Y aura-t-il une guerre civile?

(Tucson, Arizona) Potrero surgit au milieu de la route sinueuse qui serpente dans le sud de la Californie. Entre deux montagnes, le panneau surgit : Potrero, population : 646. Il se fait tard et j’ai du chemin à faire, mais mon regard est attiré par un petit attroupement devant le « centre communautaire ».

Publié le 22 octobre 2020

YVES BOISVERT, LA PRESSE

Quelques citations de cet article :

À Phoenix, dimanche, je me suis arrêté dans une boutique d’armes à feu. Elle était fermée, mais « John », un ancien de l’armée devenu instructeur, venait y faire un tour. Je suis entré avec lui. Il voulait que je ne le photographie que de dos. Il porte un pistolet Glock bien visible à la ceinture, selon cette règle existant en Arizona et dans plusieurs États qui permet de porter une arme sans permis pourvu qu’on puisse l’apercevoir. C’est pour une arme « cachée » qu’on doit obtenir un permis de port d’arme à feu. Il transporte avec lui un 9 mm d’assaut semi-automatique, « surtout pour dissuader ». « Nos ventes d’armes ont explosé cet été, me dit-il. On a de la difficulté à obtenir certains modèles. Le prix des munitions augmente. »

Pourquoi les gens s’arment-ils ? La peur dans les foyers n’est pas à confondre avec l’armement des milices. Mais difficile de ne pas faire un lien entre le racisme et les « tensions raciales » et les différents motifs d’armement légal.

D’après le Southern Poverty Law Center, le nombre de membres de milices armées de divers ordres s’est multiplié par huit après l’élection de Barack Obama. Il y aurait 100 000 personnes dans l’un ou l’autre des 276 groupes identifiés. Ce n’est pas négligeable, même dans un pays de 330 millions d’habitants. Quand on voit qu’un de ces groupes armés complotait pour kidnapper et assassiner la gouverneure du Michigan, c’est clairement plus qu’un jeu pour grands garçons. Les groupes suprémacistes blancs, qui se recoupent avec ces milices antigouvernement bien souvent, sont considérés par le FBI comme la plus grande menace terroriste intérieure au pays.

Des mesures de contrôle des armes à feu ne seraient pas en vigueur avant 2022

(Ottawa) Une note interne du gouvernement fédéral indique que plusieurs mesures de contrôle des armes à feu qui avaient reçu la sanction royale il y a plus d’un an pourraient ne pas entrer en vigueur avant 2022 — notamment la vérification élargie des antécédents.

Publié le 24 août 2020

JIM BRONSKILL, LA PRESSE CANADIENNE

Une note d’information préparée en juin prévient le ministre de la Sécurité publique, Bill Blair, qu’une série de changements réglementaires, administratifs ou techniques doivent être apportés avant que toutes les dispositions de la « Loi modifiant certaines lois et un règlement relatifs aux armes à feu » (projet de loi C-71) soient en vigueur.

Certaines mesures sont entrées en vigueur dès la sanction royale en juin 2019, comme les articles prévoyant que les armes prohibées saisies par la police sont considérées comme « confisquées au profit de la Couronne ».

Mais plusieurs autres mesures nécessiteront des changements réglementaires, administratifs ou techniques avant de pouvoir s’appliquer. C’est notamment le cas pour l’élargissement de la vérification des antécédents pour obtenir un permis d’armes, qui passerait des cinq dernières années à toute la vie d’un demandeur.

La note, rédigée pour aider le ministre Blair à répondre aux questions à la Chambre des communes, mentionne d’autres dispositions qui ne sont pas encore entrées en vigueur :

— Obliger l’acheteur d’une arme à feu sans restrictions, dont de nombreux fusils de chasse, à présenter un permis d’arme à feu, tandis que le vendeur devra s’assurer de la validité du permis ;

— Exiger des vendeurs qu’ils tiennent des registres des ventes d’armes à feu sans restrictions ;

— Retirer au Cabinet le pouvoir de classer certaines armes à feu dans une catégorie moins restreinte, indépendamment des définitions du Code criminel ;

— Exiger une autorisation de transport distincte pour quiconque déplace des armes à feu à autorisation restreinte ou prohibées à n’importe quel endroit, sauf dans un champ de tir approuvé.

Avant que ces dispositions n’entrent en vigueur, le gouvernement doit s’assurer que la Gendarmerie royale du Canada (GRC) ait le financement nécessaire pour mettre à jour ses systèmes de gestion de l’information et ses technologies, et pour tester les systèmes afin de s’assurer que la transition « se fasse sans accrocs pour les propriétaires individuels et les détaillants », indique la note.

La GRC aurait besoin de jusqu’à 24 mois pour mettre en œuvre les nouvelles dispositions, ajoute-t-on.

Un projet de règlement devra également être finalisé, ce qui impliquera des consultations avec les parties concernées, ajoute la note. « Les règlements devraient ensuite être déposés devant les deux chambres du Parlement pendant au moins 30 jours de séance, avant d’être promulgués par décret », peut-on lire.

Mary-Liz Power, porte-parole du ministre Blair, affirme que la mise en œuvre des changements que nécessite cette loi demeure une priorité pour le gouvernement libéral. Elle précise que le gouvernement élabore actuellement une proposition de financement afin de soutenir les nouvelles dispositions de la loi.

Les libéraux considèrent cette loi comme la première étape d’une série de mesures visant à mettre fin à la violence causée par les armes à feu.

En mai, le gouvernement a promulgué une interdiction couvrant quelque 1500 modèles et variantes de ce qu’il considère comme des armes d’assaut, ce qui signifie qu’elles ne peuvent plus être légalement utilisées, vendues ou importées.

Le chef conservateur nouvellement élu, Erin O’Toole, fait partie de ceux qui ont dénoncé cette nouvelle interdiction.

Les libéraux ont également promis de légiférer afin de :

— Donner aux policiers, aux médecins, aux victimes de violence conjugale et aux familles les moyens de signaler aux autorités les personnes qui présentent un risque pour eux ou pour un groupe identifiable ;

— Renforcer les lois sur l’entreposage sécurisé afin de prévenir le vol d’armes à feu ;

— Accorder plus de ressources aux policiers et aux agents des services frontaliers pour freiner le trafic transfrontalier d’armes, et prévoir des sanctions plus sévères pour les contrevenants.

Armes à feu: PolySeSouvient souhaite une limite de cinq balles par chargeur

(Ottawa) Tandis que le gouvernement Trudeau prépare une nouvelle loi sur le contrôle des armes à feu, PolySeSouvient, un groupe de défense des victimes, argue que toutes les armes devraient être limitées à cinq balles, afin de réduire les éventuels dommages qu’un tireur fou pourrait causer.

JIM BRONSKILL, LA PRESSE CANADIENNE – Publié le 4 juin 2020 à 18h18

Les limites actuelles sont de cinq cartouches pour les carabines de chasse et de 10 balles pour les armes de poing. Mais PolySeSouvient estime que les règles concernant les chargeurs sont remplies d’exemptions et de façons de les contourner.

Les armuriers continuent d’ailleurs de vendre des chargeurs excédant ces limites ou qui peuvent être modifiés pour les dépasser, a indiqué l’organisme jeudi, dans une analyse publiée en ligne. Des centaines de milliers de chargeurs illégaux sont toujours en circulation au pays, dont certains contenant plus de 100 munitions, estime PolySeSouvient.

Cette demande survient six ans après la tuerie de Moncton, au Nouveau-Brunswick, qui avait fait trois morts et deux blessés. Le tireur avait une arme semi-automatique avec un chargeur de cinq cartouches, et deux autres armes qui étaient à l’origine d’une capacité de 20 balles, mais limitées à pas plus de cinq chacune, a révélé une enquête indépendante. Or, il appert que ces modifications avaient été retirées, permettant au chargeur de recouvrer sa capacité maximale de 20 cartouches — rendant de facto ces armes illégales au Canada. Un chargeur comme celui-là pouvait être acheté auprès d’une multitude de marchands américains pour 20 $ chacun, a révélé l’enquête indépendante.

En 2017, le tireur de la mosquée de Québec avait commencé son carnage avec une arme équipée de deux chargeurs de 30 balles. Quand l’arme s’est enrayée, il a utilisé une arme de poing pour laquelle il avait cinq chargeurs de 10 balles.

Le gouvernement fédéral a rendu illégaux, le mois dernier, plus de 1500 modèles d’armes à feu « de type assaut » — des armes destinées aux champs de batailles, pas à la chasse ou aux champs de tir, ont plaidé les libéraux. Le ministre de la Sécurité publique, Bill Blair, a ajouté que le gouvernement allait aussi mettre de l’avant des mesures pour limiter la capacité des chargeurs, ce que PolySeSouvient considère crucial pour un contrôle efficace des armes à feu au pays.

Ces armes de guerre n’ont pas leur place

Dans la foulée de la fusillade de Portapique, en Nouvelle-Écosse, où 22 personnes ont été tuées dans l’un des actes de violence les plus meurtriers de l’histoire canadienne, le gouvernement fédéral a interdit, par décret, la vente, l’achat, le transport, l’importation et l’utilisation de plus de 1500 types d’armes d’assaut. Des mesures similaires avaient déjà fait partie des promesses de campagne du Parti libéral, mais l’annonce et la mise en application ont été devancées pour répondre à la tragédie de Portapique.

Serge St-Arneault est prêtre et citoyen engagé. Il est le frère d’Annie St-Arneault, décédée lors de la fusillade de Polytechnique le 6 décembre 1989. Il est impliqué dans le collectif PolySeSouvient, un groupe citoyen en faveur du contrôle resserré des armes à feu établi par des survivantes du drame, depuis sa création. Voici sa perspective sur les mesures annoncées.

Question : Au sein de PolySeSouvient, vous luttez pour un contrôle resserré des armes depuis trois décennies. Pourriez-vous nous donner un peu de perspective historique?

Réponse : Quelques années après la tragédie à Polytechnique [en 1995, NDLR] le gouvernement de l’époque a voté une loi sur le contrôle des armes à feu qui a interdit une vaste gamme d’armes. Nous avions lutté pour cette loi pendant plusieurs années. Cette loi a eu un impact important sur le nombre des personnes tuées et blessées par des armes à feu. Malheureusement, en 2012, le gouvernement Harper a aboli cette loi et détruit toute l’information qui avait été recueillie dans le cadre de son renforcement. Quand ces données ont été détruites, il y a eu trahison de la volonté du peuple canadien.

Q. : Qu’est-ce que ces nouvelles mesures changent?

R. : Ces mesures ont pour but de retirer les armes d’assaut du marché parce que ce sont des armes militaires. L’argument des lobbyistes, c’est que ça ne sert à rien de légiférer sur les armes parce que les bandits et les gangs de rue n’obéiront pas à la loi. Ce que nous disons, c’est que tant et aussi longtemps que ces armes seront en circulation, il y aura plus de risques, plus de victimes de violence et plus de suicides. Ces armes sont faites pour tuer.

Q. : Pourquoi pensez-vous que ç’a pris tant de temps, et un autre massacre, pour mettre en place ces nouvelles restrictions?

R. : C’est un combat de longue haleine. Il faut faire appel non seulement à la raison, mais aussi à une conversion du regard pour rejoindre le cœur des gens. Il s’agit d’une nouvelle perception du réel qui déconstruit un schéma mental. Il y a des parallèles avec les questions environnementales – quel est le déclic qui permet à une société de consentir à payer le prix pour sauver la planète?

Un autre facteur crucial est la force du lobby des armes à feu. Ce lobby puissant entretient la peur viscérale qui fait croire que la seule façon de se protéger est de posséder une arme à feu. En plus, ce lobby contribue substantiellement aux caisses électorales de certains partis politiques.

Q. : Pour vous comme humain et comme proche d’une victime, qu’est-ce que ça fait de voir la prise de position du fédéral?

R. : C’est très émotionnel. Je suis content de la prise de position courageuse du gouvernement. C’est une combinaison de joie et de regrets, parce que ce n’est pas tout ce qu’on espérait.

Q. : Où sont les lacunes dans les mesures annoncées?

R. : Il ne faut pas que le programme de rachat demeure facultatif. Si c’est le cas, des dizaines de milliers d’armes d’assaut resteront entre les mains de leurs propriétaires actuels, pendant des générations. Le prochain projet de loi doit imposer le retour de toutes ces armes. Le Parti libéral avait d’ailleurs promis de le faire lors de la dernière campagne électorale. La deuxième lacune concerne l’absence de mesures appropriées pour régler le contrôle des armes détenues par les gangs de rues.

Q. : Qu’est-ce que vous comptez faire comme veille pour assurer que les mesures sont mises en pratique et ont les effets escomptés?

R. : On doit continuer de faire du lobbying avec le gouvernement pour que le programme de rachat devienne obligatoire. Nous voulons aussi appuyer des villes qui demandent de l’aide fédéral pour interdire les armes à poing. Le gouvernement fédéral parle de laisser cette décision aux villes, mais ils ont aussi leur rôle à jouer. Les armes d’assaut sont des armes de guerre qui n’ont pas leur place dans notre société.

Cette entrevue a été révisée et condensée.

Ruby Irene Pratka est journaliste indépendante et porte un intérêt particulier aux questions d’immigration, d’intégration et de diversité culturelle. Immigrante elle-même et nomade invétérée, elle arrive à Montréal en passant par Baltimore, Ottawa, Saint-Pétersbourg, Ljubljana, Berne, Bujumbura, Bruxelles, Québec et Winnipeg. Elle a passé son été en tant que responsable des communications à bord d’un bateau qui portait secours aux migrant-es en mer. Elle rêve d’un monde sans frontières.

Ottawa veut interdire l’arme du massacre de Polytechnique

Louis Blouin (accéder à la page de l’auteur)

Le gouvernement Trudeau veut agir rapidement pour interdire 9 types spécifiques d’armes, dont plusieurs sont liées à des drames survenus au pays, et deux importantes catégories, qui permettront de prohiber 1500 variantes d’armes à feu, a appris Radio-Canada.

Ottawa pourrait implanter dès cette semaine un premier volet de la réforme promise lors de la dernière campagne électorale visant à interdire les armes d’assaut de type militaire.

Radio-Canada a pu obtenir la liste d’armes dont le ministre de la Sécurité publique veut interdire l’importation, la vente et le transfert au Canada.

Trois critères ont guidé le gouvernement dans l’élaboration de cette liste. D’abord, il cible les armes disposant d’un « mécanisme semi-automatique ayant un potentiel de tir rapide soutenu (une conception tactique ou militaire pouvant accueillir un chargeur de grande capacité) ». Ensuite, il cible les armes de conception moderne. Enfin, le gouvernement vise les armes présentes en grand volume sur le marché, c’est-à-dire plus de 1000.

Dans le détail, la « liste provisoire des armes à feu dont l’interdiction est recommandée » comprend spécifiquement neuf armes :

  • Carabine M16, M4, AR-10 et AR-15 (drames de Sandy Hook, Las Vegas et Orlando, aux États-Unis, et celui de Christchurch, en Nouvelle-Zélande / nombre estimé en circulation : 83 572)
  • Carabine Ruger mini-14 (drame de Polytechnique / nombre estimé en circulation : 16 859)
  • Swiss Arms, modèle Classic Green (nombre estimé en circulation : 1342)
  • Carabine M14 (drame de Moncton / nombre estimé en circulation : 5229)
  • Carabine Vz58 (drame de la Mosquée de Québec / nombre estimé en circulation : 11 593)
  • Carabine pistolet Cz Scorpion EVO 3 (nombre estimé en circulation : 1813)
  • Carabine Beretta CX4 Storm (Collège Dawson / nombre estimé en circulation : 1513)
  • Carabine et pistolet SIG Sauer SIG MCX et SIG MPX (nombre estimé en circulation : 1000)
  • Armement Robinson XCR (nombre estimé en circulation : 1834)

Et cette liste inclut également deux catégories : calibre de plus de 20 mm et énergie initiale de plus de 10 000 joules.

Sécurité publique Canada a fondé son estimation sur les registres d’armes à feu de 2012, laquelle a été majorée de 25 % pour tenir compte de la croissance du nombre d’armes depuis ce temps.

En combinant ces 9 types d’armes et ces 2 catégories, le gouvernement se trouverait à interdire 1500 variantes d’armes à feu au pays.

Selon nos informations, le gouvernement pourrait agir dès cette semaine pour mettre en place cette interdiction. Des changements réglementaires pourraient être publiés dans la Gazette officielle du Canada aussi tôt que vendredi.

C’est au premier ministre Justin Trudeau de prendre la décision dans ce dossier.

Un programme de rachat

Au cours des prochaines semaines, le gouvernement annoncera les détails d’un programme de rachat promis lors de la dernière campagne électorale qui permettrait aux propriétaires de ces armes de les remettre aux autorités et d’obtenir une indemnité.

Cette portion de la réforme devra probablement recevoir l’aval des parlementaires. Le gouvernement Trudeau espère pouvoir commencer à collecter les armes et effectuer des paiements à compter du printemps 2021.

Le gouvernement souhaite aussi mettre en place un régime de « droits acquis non permissifs » pour les propriétaires qui ne souhaitent pas obtenir une compensation.

Une annonce attendue avec impatience

Le groupe Poly se souvient attend depuis longtemps ces changements et surtout l’interdiction du Ruger mini-14 utilisé lors du massacre de Polytechnique, le 6 décembre 1989.

Pour beaucoup de familles des victimes de Polytechnique et des survivants, ce serait une très très bonne chose après 30 ans de voir cette arme à feu interdite, déclarait la porte-parole Heidi Rathjen, à Radio-Canada mercredi, avant de savoir que cette arme figurait dans la liste.

Elle ajoutait que l’interdiction de modèles existants par règlement devrait être suivie par une réforme plus générale du système de classification, qui permet toujours l’introduction de nouveaux modèles d’assaut.

À lire aussi :

Armes à feu : Ottawa veut agir bientôt par règlement

Louis Blouin (accéder à la page de l’auteur) 29 avril 2020

Le gouvernement Trudeau s’apprête à implanter par la voie réglementaire une partie de la réforme promise sur les armes à feu, a appris Radio-Canada. Ottawa pourrait agir aussi tôt que cette semaine pour interdire certaines armes.

Alors qu’une autre tragédie liée aux armes à feu vient de secouer le pays, les libéraux semblent déterminés à concrétiser rapidement cet élément crucial de leur plateforme électorale. Des changements réglementaires pourraient être publiés dans la Gazette officielle du Canada aussi tôt que vendredi. Le ministre de la Sécurité publique a soumis une recommandation au premier ministre du Canada, qui doit y donner l’approbation finale. Selon nos informations, cette proposition vise notamment à interdire 11 types d’armes. Justin Trudeau pourrait donner son aval aujourd’hui, alors que les discussions finales sont toujours en cours.

Lors de la dernière campagne électorale, les libéraux ont promis d’interdire les armes d’assaut de type militaire, y compris le fusil AR-15.

Impossible de connaître pour l’instant la date de mise en application de ces éventuels changements ni s’il est prévu qu’ils soient accompagnés d’un programme de rachat à court terme. Le Bureau du premier ministre n’a pas voulu commenter le dossier.

Promesses électorales des libéraux

  • Interdire les armes d’assaut de style militaire, y compris l’AR-15;
  • Mettre sur pied un programme de rachat pour toutes les armes d’assaut de style militaire achetées légalement au Canada;
  • Collaborer avec les provinces et les territoires pour donner aux municipalités la capacité de restreindre davantage les armes à feu ou de les interdire.

Source : plateforme libérale 2019

PolySeSouvient aux aguets

Le groupe de pression Poly se souvient attend avec impatience la réforme proposée. Sa porte-parole Heidi Rathjen écrit : Nous espérons voir une approche similaire à celle de la Nouvelle-Zélande, ce qui inclurait le Ruger Mini-14, soit l’arme qui a été utilisée lors de la tuerie à l’École polytechnique. Pour l’instant, Radio-Canada n’a pas pu confirmer quelles sont les armes visées par l’interdiction. Le groupe prévient aussi que cette interdiction devra s’accompagner de changements plus en profondeur.

L’interdiction de modèles existants par règlement devrait être suivie par une réforme plus générale du système de classification, qui permet toujours l’introduction de nouveaux modèles d’assaut, affirme Mme Rathjen.

À lire aussi :

Polytechnique: une tragédie «qui fait partie de notre identité collective»

AUDREY TREMBLAY, Le Nouvelliste, 6 décembre 2019

La Tuque — La tuerie de Polytechnique a marqué profondément la société québécoise. Trente ans plus tard, on commémore les tristes événements du 6 décembre 1989. Cette journée-là, Serge St-Arneault a perdu sa sœur, la Latuquoise Annie St-Arneault. Aujourd’hui, il souhaite que la mémoire de sa sœur traverse le temps, que le gouvernement prenne ses responsabilités dans le contrôle des armes à feu et que le courage de prendre la parole apporte un baume sur les âmes blessées.

«Les femmes vivent encore des drames, les femmes sont encore violentées, il y a encore des femmes qui sont assassinées par arme à feu par des hommes encore aujourd’hui. Les statistiques montrent qu’il faut continuer de prendre tous les moyens nécessaires pour protéger les femmes. Il faut lutter contre la violence faite aux femmes. Je pense que l’un des moyens efficaces est celui du contrôle des armes à feu. Mon souhait, c’est qu’au Canada il y ait un réel contrôle des armes à feu», lance Serge St-Arneault.

Trente ans après le drame, il a enfin pu rencontrer Monique Lépine, la mère de Marc Lépine, l’auteur du meurtre des 14 étudiantes de l’École polytechnique de Montréal. C’est avec une grande nervosité qu’il s’est rendu à cette rencontre dernièrement.

«J’avais le sentiment de devoir le faire. J’étais prêt à la rencontrer et j’avais un désir de la rencontrer. Ç’a été un moment d’apaisement mutuel. […] Le drame est toujours là, la cicatrice est toujours là, mais le baume vient apaiser. Je comprenais son drame et elle comprenait le mien. On s’est retrouvé à travers le drame qu’on partage.» «C’est ensemble, dans le partage, qu’on peut surmonter les épreuves et trouver un sens à la vie au-delà des drames. C’est un peu ça que j’ai essayé de partager avec elle.»

L’année du drame, raconte-t-il, il s’était retrouvé à l’oratoire Saint-Joseph en compagnie de quelques familles des victimes. «Je me souviens du père d’une des victimes. Il disait que c’était dommage de ne pas pouvoir rencontrer madame Lépine puisqu’elle est aussi une victime comme nous. […] Quand je l’ai rencontrée, je lui ai dit que déjà, il y a trente ans, on avait le désir de la rencontrer, mais qu’on ne savait pas comment faire. Trente ans plus tard, je l’ai fait au nom des familles», souligne Serge St-Arneault. Ce dernier lui a dit, entre autres, qu’il l’avait toujours considérée comme une victime, comme «l’une d’entre nous». Ce moment n’a pas été sans émotion.

Trente ans après le drame, Serge St-Arnault n’est plus seulement Serge, il est devenu le «frère d’Annie St-Arneault.» «Pour moi, que je le veuille ou non, il n’est pas et ne sera jamais question de passer à autre chose»! Cette nouvelle identité me colle à la peau. […] Les souvenirs douloureux s’intègrent en nous, en tant qu’individus ou sociétés. Ces souvenirs forgent notre identité.»

«La tragédie de Poly nous colle tous à la peau. Elle fait maintenant partie de notre identité collective. À vrai dire, c’est plus profond qu’un simple tatouage. Depuis lors, nos choix et notre détermination comme groupe social à lutter pour l’égalité hommes-femmes à tous les niveaux ont été, sont et seront encore inspirés par la tragédie de la Poly. D’où l’importance de préserver cette douloureuse mémoire», note-t-il.

Impossible de tourner la page sur une histoire comme celle-là, les cicatrices de blessures sont éternelles pour M. St-Arneault. Malgré la grande douleur, il faut se souvenir pour agir et travailler ensemble pour bâtir un monde meilleur.

Annie St-Arneault

Cela passe, notamment, par un meilleur contrôle des armes à feu. D’ailleurs, il milite en ce sens depuis plusieurs années. Encore récemment, il signait une lettre adressée au ministre de la Sécurité publique et de la Protection civile, Bill Blair, demandant de mettre en œuvre un moratoire immédiat sur la vente des armes d’assaut, ainsi qu’une interdiction permanente sur l’importation et la fabrication des armes de poing. «La volonté de la majorité en faveur d’un meilleur contrôle des armes à feu est également issue de ce drame. Cette volonté est d’ailleurs partagée par l’ensemble des Canadiens partout au pays», insiste-t-il.

Durant la récente campagne électorale fédérale, le Parti libéral s’est engagé à bannir les armes d’assaut et permettre aux municipalités qui le souhaitent d’interdire les armes de poing sur leur territoire. «De toute évidence, demander aux municipalités d’interdire les armes de poing serait non seulement inefficace, mais irréaliste compte tenu des luttes politiques longues et acrimonieuses contre le lobby des armes auxquelles ferait face tout maire», estime M. St-Arneault. «C’est au niveau fédéral seulement qu’on peut parvenir à un certain résultat tangible», ajoute-t-il.

La parole libératrice

Le livre «Ce jour-là. Parce qu’elles étaient des femmes» sera lancé prochainement. L’ouvrage de l’auteure Josée Boileau fera, entre autres, le fil des événements et rendra hommage aux victimes.

«Il y a quelques pages sur chacune des femmes. J’ai vu le texte sur Annie. Ça donne un tableau assez complet de sa vie, ses moments forts. Il y a des citations de sa plus grande amie d’enfance qui s’appelle Sonia Beauregard. «Elle aussi a fait un cheminement extraordinaire il y a quelques mois. Trente ans plus tard aussi. On a repris contact. La parole libératrice… trente ans plus tard Sonia a réussi à trouver les mots pour dire ce qu’elle portait dans le plus profond d’elle-même depuis tant d’années.»

Serge St-Arneault dit «elle aussi», parce qu’il fait référence au récent témoignage d’Yves Bouchard, l’un des deux professeurs présents dans la salle de classe où a surgi Marc Lépine avec une arme à feu. «Ça fait 30 ans qu’il garde ça dans son cœur, il n’a jamais été capable d’en parler. […] En ce triste, car il n’y a rien de réjouissant, trentième anniversaire du drame de la Poly, une parole surgit enfin, prélude d’un début d’apaisement. C’est le cas d’Yves Bouchard. […] Sa petite-nièce, Pascale Devette, n’a pas vécu l’époque du drame. C’est pour elle que son oncle a ouvert son cœur, trente ans plus tard.»

«Au même moment, Monique Lépine a présenté son livre intitulé « Renaître. Oser vivre après une tragédie». Croyante, son livre expose son cheminement vers une reconstruction, une transformation progressive menant à une guérison individuelle et collective. À vrai dire, une démarche spirituelle».

Serge St-Arneault pense qu’à travers ses écritures et ses conférences Mme Lépine a su trouver une parole de consolation. «Elle partage son drame, mais beaucoup de gens se reconnaissent dans le drame qu’elle a vécu. Tout le monde vit un drame dans sa vie à un moment ou un autre. La parole devient un lieu de partage et de réconciliation, d’apaisement… Je fais référence à la parole dans le sens qu’Annie était poète. Son recueil de poésie. Il y a des éléments un peu dramatiques là-dedans aussi.»

«Il me semble que les deux livres cités ne se contredisent pas. À leur façon, ces deux livres rendent honneur au désir d’Annie que «sa parole traverse le temps», a-t-il conclu.

Armes à feu: des proches de victimes exhortent le ministre Blair à agir

D’une même voix, des proches des victimes des tueries de Polytechnique, du Collège Dawson et de la mosquée de Québec, de même que le père d’un policier tué en service, réclament du gouvernement Trudeau un moratoire immédiat sur la vente des armes d’assaut, de même qu’une interdiction permanente sur l’importation et la fabrication des armes de poing.

LOUISE LEDUC, LA PRESSE

Publié le 26 novembre 2019

Rappelant les engagements du gouvernement Trudeau en campagne électorale, les signataires d’une lettre qui vient d’être adressée à Bill Blair, ministre de la Sécurité publique, se disent « très optimistes » que ces promesses seront respectées « au cours du prochain mandat libéral compte tenu de l’appui explicite de trois partis d’opposition (NPD, Bloc québécois et Parti vert) ».

Les auteurs de la lettre rappellent au gouvernement que selon Statistique Canada, le nombre d’homicides par armes à feu a augmenté pour une quatrième année consécutive. « Notons que cette recrudescence suit de près le démantèlement de mesures de contrôle majeures entrepris à partir de 2012 par le précédent gouvernement Harper », est-il écrit.

Pour ce qui est des armes de poing, les proches de tueries survenues au Québec écrivent qu’« une interdiction de l’importation et de la fabrication d’armes de poing n’équivaut pas à leur prohibition – leur vente, transfert et possession pouvait se poursuivre à l’intérieur du pays –, mais cela freinerait l’augmentation exponentielle de leur nombre en territoire canadien ».

Quant aux armes d’assaut, les auteurs de la lettre rappellent que le Ruger Mini-14 de Marc Lépine « demeure une arme à feu sans restriction, et ce, malgré l’engagement du Parti libéral de l’interdire » en 1999.

« Théoriquement, la limite pour les chargeurs au Canada est de cinq balles pour les armes non restreintes et de 10 balles pour les armes restreintes, précisent les proches de victimes. Cependant, des échappatoires et la disponibilité légale de chargeurs “modifiés” font de ces limites une risée. En effet, au moins trois auteurs de récentes tueries avaient modifié illégalement leurs chargeurs pour les augmenter à leur capacité maximale illégale. »

Entre autres mesures, les signataires de la lettre à M. Blair réclament entre autres de meilleurs contrôles des demandeurs de permis et un meilleur accès pour les policiers des registres de ventes. Ils espèrent aussi que le gouvernement réfléchira à la pertinence d’interdire la vente en ligne des armes restreintes.

« En tant que victimes et témoins de violence extrême commise à l’aide d’armes à feu, nous cherchons ainsi à rendre hommage à nos proches, soit en obtenant des mesures concrètes pour prévenir d’autres tragédies évitables », concluent les auteurs de la lettre.

Vient de paraître dans le journal Le Devoir

https://www.ledevoir.com/opinion/idees/567874/pour-un-moratoire-immediat

Ont également signé cette lettre plusieurs membres de familles des victimes de l’attentat de Polytechnique, dont Serge Saint-Arneault, frère d’Annie Saint-Arneault, orginaire de La Tuque.

L’opposition propose un programme de rachat d’armes à Montréal

Elsa Iskander, Mercredi, 6 novembre 2019

Le parti d’opposition Ensemble Montréal propose de mettre en place un programme de rachat volontaire d’armes à feu par le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM).

Conférence de presse. PDF.

«De façon tout à fait anonyme, nous inviterions les citoyens à remettre les armes qu’ils ont en leur possession au SPVM en échange d’un montant d’argent», a proposé le chef du parti, Lionel Perez.

«La police ne pose aucune question, ne fait aucun contrôle d’identité, remet l’argent sur-le-champ et détruit lesdites armes», a-t-il décrit, mercredi, un mois avant le 30e anniversaire de la tuerie de Polytechnique, survenue le 6 décembre 1989.

Au printemps dernier, la police de Toronto a mis en place un tel programme qui a permis le rachat de 3100 armes à feu via un programme de rachat financé à hauteur de 750 000 $.

Selon l’administration Plante, il est toutefois préférable d’attendre l’instauration d’un programme de rachat à l’échelle nationale, puisque la responsabilité ne devrait pas incomber à la Ville de Montréal à elle seule. Le SPVM n’a pas voulu commenter la sortie d’Ensemble Montréal.

Les deux types d’armes

Les deux partis pressent le gouvernement fédéral d’interdire les armes d’assaut et les armes de poing.

En campagne électorale, le premier ministre Justin Trudeau avait promis de bannir les armes d’assaut, mais a mentionné qu’il laisserait les municipalités la tâche de restreindre l’utilisation des armes à poing. C’est un non-sens aux yeux des élus municipaux montréalais.

«Il nous faut une interdiction de la possession privée des armes de poing et des armes d’assaut à l’échelle canadienne. Une mosaïque de règlements municipaux serait tout à fait inefficace», a résumé Alex Norris, président de la Commission de la sécurité publique et élu de Projet Montréal.

Polytechnique

C’est aussi l’avis de Heidi Rathjen, témoin de la tuerie et coordonnatrice de PolySeSouvient, qui accompagnait Lionel Perez lors de sa sortie mercredi.

Demander aux municipalités d’interdire les armes de poing serait «inefficace, mais aussi irréaliste compte tenu des luttes politiques longues et acrimonieuses contre le lobby des armes auxquelles ferait face tout maire», estime-t-elle.

Serge St-Arneault, le frère d’Annie St-Arneault, l’une des victimes de la tuerie de Polytechnique, abonde dans le même sens. «Les armes à feu, c’est fait pour tuer. Qu’on laisse des armes militaires aux mains des militaires ou des gens responsables de la protection civile», a-t-il plaidé, ajoutant que la même logique vaut pour les armes de poing.

Pour celui qui vient de La Tuque, une «région de chasseurs», il est normal que les carabines ne soient pas concernées par ces discussions. «Les chasseurs sont des gens responsables. On ne va pas à la chasse au caribou ou à l’orignal avec des armes militaires.»

Il faut mieux surveiller la frontière, selon Maria Mourani

Pour réduire le nombre d’armes en circulation dans les milieux criminels, il faut s’attaquer plus vigoureusement à l’entrée illégale de ces produits de contrebande via la frontière américaine, fait valoir la criminologue Maria Mourani.

Celle-ci croit qu’il faut lutter contre l’entrée des armes des États-Unis en y consacrant du financement et en haussant la surveillance. «Malheureusement, pour l’instant, c’est des vraies passoires nos frontières, a-t-elle déploré. Juste au Québec, on a plus d’une centaine de routes non surveillées.»

Dans les milieux criminels, la majorité des armes sont acquises illégalement, a expliqué Mme Mourani, ajoutant que «80 % des armes illégales viennent des États-Unis et vont dans le marché noir».

Plus d’armes

Cela dit, «il y a une proportion croissante de crimes violents qui sont commis à l’aide d’armes légalement acquises, a indiqué Alex Norris, président de la Commission de la sécurité publique. Nous avons besoin de mesures plus costaudes à l’échelle nationale.»

Le nombre d’armes de poing en circulation est passé de 465 000 en 2012 à 935 000 actuellement, selon Statistique Canada, et elles ont été utilisées dans près d’un quart des homicides au pays.

Ces données peuvent signifier que plus d’armes sont détectées, a nuancé Mme Mourani. «Le nombre d’armes en circulation dans le marché noir au Canada est beaucoup plus élevé.»

Le bannissement par Ottawa des armes de poing et d’assaut, excepté pour les policiers et les militaires, s’impose, selon Mme Mourani. Un programme de rachat d’armes par les policiers doit s’accompagner de mesures rendant la possession de ces armes illégales, selon elle.

«Au Québec, on a toujours été les champions dans le contrôle des armes; Polytechnique, ç’a choqué», a-t-elle noté.

L’engagement de PolySeSouvient souligné par l’Association québécoise de prévention du suicide

11 juin 2019

L’Association québécoise de prévention du suicide (AQPS) a remis le prix méritas Partenaire de l’année au groupe PolySeSouvient pour son leadership dans la lutte pour un meilleur contrôle des armes à feu au Québec et au Canada. Le lauréat en a fait un enjeu majeur de santé et de sécurité publique. Ses analyses et conseils ont permis à l’AQPS de jouer un rôle déterminant dans ce dossier incontournable pour la prévention du suicide. 

Pour réduire les décès par suicide, il est nécessaire d’agir sur plusieurs fronts, notamment en réduisant l’accès aux moyens de s’enlever la vie. L’Organisation mondiale de la santé en fait d’ailleurs l’une de ses mesures phares. « Considérant que la majorité des décès par arme à feu au Québec sont des suicides et que plus de 100 Québécois s’enlèvent la vie de cette façon tous les ans, nous devons être proactifs dans le contrôle des armes à feu », a commenté Jérôme Gaudreault, directeur général de l’AQPS. « Nous sommes grandement reconnaissants de l’expertise et du soutien indéfectible de PolySeSouvient dans ce dossier ».

Depuis sa création en 2009, PolySeSouvient n’a cessé d’être actif et mobilisateur, surtout lorsque des moments clés se présentaient dans le cadre de débats publics ou de processus législatifs au sujet du contrôle des armes à feu. Le collectif a notamment lutté contre l’abolition du registre fédéral par le gouvernement conservateur et, à partir de 2012, a milité pour la création d’un registre québécois. La Loi sur l’immatriculation des armes à feu a été adoptée en juin 2016 et est entrée en vigueur au début 2018, à la satisfaction de nombreux groupes œuvrant pour la santé et la sécurité publiques dont l’AQPS. Tout récemment, le gouvernement du Canada a adopté le projet de loi C-71, une autre législation comportant d’importantes mesures de prévention pour lesquelles PolySeSouvient s’est également battu pendant des années. Dans ce débat clivé, l’engagement et la persévérance des bénévoles de PolySeSouvient sont source d’inspiration.

À propos de l’AQPS et des Prix méritas

Fondée en 1986, l’Association québécoise de prévention du suicide a pour mission de développer la prévention du suicide au Québec. Les Prix méritas en prévention du suicide sont remis annuellement par un jury constitué d’administrateurs et de citoyens. La remise des prix 2018-2019 s’est déroulée le 10 juin à Québec. 

Documentation complémentaire

Communiqué complet – Poly Se Souvient