Archives du mot-clé Armes de poing et d’assaut

Engagements électoraux 2022 sur le contrôle des armes à feu

Seuls les partis d’opposition de l’Assemblée nationale s’engagent à améliorer le contrôle des armes

Pour votre information, voici le bilan des réponses reçues de la part des partis politiques du Québec au sujet du contrôle des armes.

Montréal, 21 septembre 2022

En vue des élections provinciales du 3 octobre prochain, le collectif PolySeSouvient tient à informer les électeurs soucieux de sécurité publique au sujet des différentes positions des partis politiques sur la question du contrôle des armes sur la base de leurs réponses au questionnaire envoyé aux partis il y a deux semaines. « Compte tenu de l’augmentation généralisée des crimes et des homicides impliquant des armes à feu, les Québécois sont inquiets et s’interrogent quant aux engagements des partis en matière de contrôle des armes à feu sur leur territoire, » affirme Nathalie Provost, survivante du massacre à l’École Polytechnique de Montréal.

Parti Conservateur

Tous les principaux partis ont répondu au questionnaire sur le contrôle des armes sauf le Parti conservateur du Québec, « ce qui n’est pas surprenant étant donné qu’il était le seul à ne pas répondre en 2018, » commente Nathalie Provost, survivante et porte-parole de PolySeSouvient. « Pourtant, il y a deux semaines, monsieur Duhaime avait publiquement promis de le faire. Peut-être n’ose-t-il pas exposer davantage sa vive opposition au contrôle des armes, une cause qui est invariablement appuyée par la majorité des Québécois. Monsieur Duhaime et le Parti conservateur du Québec se sont systématiquement opposés aux diverses mesures qui encadrent l’accès et l’usage des armes à feu, le chef ayant en plus traité les survivantes de la tragédie à Polytechnique qui militent pour la cause de “filles qui braillent devant Polytechnique” et qui mentent. »

Coalition Avenir Québec

« Non seulement le parti n’a-t-il pas répondu aux questions, mais en voulant prioriser uniquement la lutte contre le trafic illégal, le parti ignore toutes les crimes commis à l’aide d’armes de poing légales, comme les tragédies à la Mosquée de Québec, à Concordia, au Collège Dawson, au Metropolis et bien d’autres. Les Québécois demandent la même chose que nous : oui luttons contre le trafic illégal, mais en même temps 8 sur 10 souhaitent l’interdiction des armes de poing légales. Par ailleurs, en prétendant que les armes d’assaut de style militaire sont déjà interdites au Canada, la CAQ démontre que le parti au pouvoir ne maîtrise pas la question et ignore la multitude d’armes d’assaut comme l’arme militaire russe “SKS” qui échappent aux prohibitions fédérales, signalant que notre collectif sera seul, sans l’appui d’un gouvernement caquiste, à se battre à Ottawa pour interdire ce type d’armes. Enfin, en ce qui concerne le registre des armes longues au Québec, la Coalition Avenir Québec se montre satisfaite des résultats : une conformité de 2/3 des armes, trois ans et demi après son entrée en vigueur, leur apparaît “rapide” et “très encourageante”. Or selon nous, le rôle d’un gouvernement est de légiférer pour atteindre des résultats, pas pour des apparences. Pour un enjeu tel que la sécurité de la population, est-ce qu’un résultat au 2/3 est suffisant ? Poser la question, c’est y répondre. Notre collectif ne se contente pas si facilement. »

Parti Libéral, Québec Solidaire, Parti québécois, Parti vert

« L’ensemble des partis d’opposition à l’Assemblée nationale propose des engagements généralement solides et proactifs pour le contrôle des armes. Ces partis s’engagent notamment à appuyer le renforcement du projet de loi fédéral (C-21) afin que soient interdites toutes les armes d’assaut de type militaire, comme le souhaitent 89 % des Québécois. Ils s’engagent également à agir pour augmenter la conformité au registre des armes québécois, ce que favorisent 78 % de la population. »

Rappel des statistiques sur les crimes armés et la source des armes saisies par les forces policières :

Rappel des statistiques sur les crimes armés et la source des armes saisies par les forces policières : Bien que plusieurs prétendent que ce sont les armes de poing illégales qui constituent le principal problème, le plus récent rapport de Statistique Canada (voir survol ici) montre qu’au niveau du pays, c’est 6 % des crimes violents avec arme à feu qui sont liés à une organisation criminelle ou à un gang de rue. De plus, de récentes statistiques de la GRC déposées à la Chambre des Communes (voir survol ici) montrent que le problème est loin de se limiter aux armes importées illégalement : dans l’ensemble, 68 % des armes à feu saisies par les forces policières à travers le pays, incluant 40 % des armes de poing, proviennent du Canada. En d’autres mots, la violence armée est un phénomène complexe qui exige un large éventail de mesures, qui touchent autant le marché légal que le trafic illégal – tout en poursuivant avec la lutte contre les causes sociétales de la détresse et la criminalité.

Lire le Communiqué de presse complet ICI

Voici aussi notre questionnaire électoral, qui présente un portrait de la situation actuelle.

Questionnaire électoral – contrôle des armes

QUESTIONS

  1. Interdiction des armes de poing

Qu’allez-vous faire pour réduire le nombre ou pour éliminer les armes de poing sur le territoire du Québec ? Par exemple, est-ce que vous prévoyez de demander au gouvernement fédéral une partie des sommes promises à cet effet pour lancer un programme de rachat (volontaire ou obligatoire) des armes de poing au Québec ?

  • Lutte contre le trafic illégal

Est-ce que votre gouvernement permettra aux forces policières d’intervenir tout au long du « pipeline de fer » par lequel transitent les armes de poing illégales, y compris auprès d’entrepôts qui se trouvent sur une réserve autochtone ?

  • Interdiction fédérale des armes d’assaut (de style militaire)

Votre gouvernement appuiera-t-il proactivement un amendement au projet de loi C-21 pour assurer une interdiction totale des armes d’assaut au Canada ?

  • Registre québécois des armes d’épaule

Est-ce que votre gouvernement déploiera les moyens nécessaires pour faire augmenter la conformité de la Loi sur l’immatriculation des armes à feu à un niveau acceptable, soit au moins 95 % ?

Lire les résultats complets du questionnaire ICI

Contrôle d’armes et programmes de rachat: des militants sondent les partis au Québec

Par La Presse Canadienne, 2022

EXTRAIT

PolySeSouvient, un groupe de défense qui comprend des survivants et des familles du féminicide de masse de 1989, a envoyé le questionnaire aux parties cette semaine. Le groupe, qui milite pour un contrôle plus strict des armes à feu, est aussi composé de survivants et de familles de survivants des fusillades au Collège Dawson, de Montréal, et au Centre culturel islamique de Québec.

Nathalie Provost signale que le groupe vise à fournir aux électeurs une meilleure idée de la position des partis sur le contrôle des armes à feu. « L’autre objectif est de montrer aux politiciens qu’il s’agit d’un vrai problème. Avec l’été que nous venons de vivre, nous n’avons pas à le leur rappeler. »

LIEN EN FRANÇAIS : NÉOMÉDIA, LAVAL

Contrôle d’armes et programmes de rachat: des militants sondent les partis au Québec

LIEN EN ANGLAIS : TORONTO STAR

Quebec election: gun control advocates to sound out parties on handgun ban, buybacks

Contrôle des armes – Premier pas concret vers une grande victoire!

GEL DU MARCHÉ DES ARMES DE POING ET ENGAGEMENT POUR INTERDIRE LES ARMES D’ASSAUT

Aux amis et partenaires de PolySeSouvient :
Lundi, nous étions plusieurs à Ottawa : Nathalie Provost, Suzanne Edward, Jean-François Larivée, Serge St-Arneault, Sylvie Haviernick, Heidi Rathjen (Polytechnique), avec nos amis Louise de Sousa (Dawson), Boufeldja Benabdallah (Mosquée) et Luna Vadlamudy (Ensemble pour Thomas). Meaghan Hennegan était parmi nous d’esprit et de cœur(!) Aux côtés de nos collègues – dont les familles de Danforth (Toronto), des groupes de femmes et la Coalition pour le contrôle des armes – nous avons assisté au dépôt du projet de loi C-21, version 2.0!

Si nous avons accepté de nous joindre au premier ministre Trudeau et au ministre la Sécurité publique Marco Mercidino, c’est parce que, cette fois-ci, ils ont livré la marchandise :
1) lancement du programme de rachat obligatoire des armes d’assaut prohibées (liste de 2020) à l’automne 2022
2) gel du marché des armes de poing et élimination progressive des celles en circulation (clauses grand-père)
3) révocation automatique du permis de possession d’armes pour tout individu faisant l’objet d’une ordonnance de protection associée à des menaces ou la violence intime
4) engagement pour inclure dans le projet de loi une interdiction complète et permanente des armes d’assaut
5) interdiction des chargeurs modifiables (qui peuvent atteindre leur pleine capacité illégale).
Nous voulions rapidement vous transmettre la nouvelle, bien qu’il aurait été difficile de manquer ces développements dans les médias! Les détails viendront plus tard. D’ici là, voici le survol des nos demandes ainsi que notre réaction officielle. Vous trouverez aussi quelques liens vers des reportages médiatiques. Nous aimerions cependant profiter de cette occasion pour souligner le travail en coulisse indispensable et sans relâche de la députée d’Outrement, Rachel Bendayan : rappelez-vous de son nom! 
Certes, il faut poursuivre nos efforts: il faut notamment veiller à améliorer la législation (surtout au niveau de l’amendement promis pour interdire toutes les armes d’assaut), à freiner les achats d’armes de poing en attendant l’interdiction de leur vente, et à faire adopter le projet de loi dans le contexte d’un gouvernement minoritaire.
Mais, aujourd’hui, nous pouvons célébrer cet énorme point tournant!

MERCI à vous tous qui avez répondu à nos appels
à l’action ou qui avez contribué financièrement!
Ensemble, avec beaucoup de patience et de détermination,
nous avons réussi à convaincre le gouvernement libéral 
de se ranger du côté de la majorité des Canadiens
qui souhaitent un meilleur contrôle.

Vous pouvez continuer à nous appuyer en faisant une petite contribution financière via le bouton PayPal qui se trouve sur notre site web . Les prochains mois seront cruciaux et nous aimerions commanditer des sondages pour montrer l’appui des Canadiens pour des mesures et renforcements spécifiques (ça coûte cher…). Compte tenu des événements récents aux États-Unis, ce serait maintenant le moment optimal pour sonder nos concitoyens.

Solidairement,
Heidi, Nathalie, Boufeldja, Serge, Jean-François, Suzanne, Sylvie, Louise et bien d’autres

« Une étape à la fois, » Justin Trudeau

Serge St-Arneault, M.Afr, Montréal, 31 mai 2022

Jeune, je me rappelle la forte impression que m’a laissée la nouvelle diffusée sur les ondes de la radio locale CFLM de La Tuque : « Le maire Lucien Filion se rendra à Ottawa pour rencontrer de hauts fonctionnaires. » Je ne sais plus de quoi il s’agissait, mais cela devait être très important. Ottawa! La capitale lointaine du Canada et, en plus, il allait rencontrer des gens importants et influents. Wow!

Justin Trudeau et Serge St-Arneault

Dans mon imaginaire, ce monde revêtait une étrangeté presque mystique. Prendre la peine d’aller à Ottawa relevait d’un exploit et comportait des risques. Et voilà que je suis revenu d’Ottawa hier pour la xième fois depuis cinq ans. Rien ne correspondait à mon imaginaire d’enfant. J’ai rencontré plusieurs ministres et députés et même le premier ministre Justin Trudeau avec lequel j’ai eu un bref entretien avec une bonne poignée de main chaleureuse. Je n’ai rencontré que des politiciens attentifs, accueillants, souriants, profondément humains et reconnaissants pour notre présence.

La conférence de presse à laquelle nous étions invités s’est avérée un moment historique sur le chemin d’un contrôle des armes à feu dans notre pays. Le gouvernement annonçait un projet de loi audacieux vers une nouvelle étape pour mettre en place de réelles mesures de protection publique face à la prolifération des armes de poing tout en promettant d’autres mesures pour bannir les armes d’assaut de type militaire. Nous étions euphoriques d’entendre cela.

Conférence de presse
Rachel Bendayen

Avant de nos rendre à la salle de réception du Château Laurier où une importante délégation de journalistes et de caméramans nous attendait, nous avons été accueillis au bureau de Rachel Bendayen, députée et grande partenaire de PolySeSouvient. Puis, nous nous sommes dirigés vers le bureau du ministre de la Santé publique Marco Mendicino. Il m’a expliqué qu’il est avocat de profession. Je l’ai senti ému de constater notre importante délégation pour soutenir le nouveau projet de loi. Le C-21.

Sur cette photo, je suis entre le ministre Marco Mendicino et Alison Irons de Toronto.

Serge et Wendy Cukier

J’ai eu la joie aussi de revoir Wendy Cukier de Toronto et porte-parole de la Coalition pour le contrôle des armes. Notre précédente rencontre remonte à plus de vingt ans.

Ce n’était pas vraiment mon intention de porter ce vêtement. En fait, mon bel habit ne me fait plus. Ou plutôt, mon gabarit n’est plus ajusté à l’habit. Bref, pour une rare fois, tous ensemble, nous étions dans un esprit festif, joyeux. De PolySeSouvient, en plus de moi, il y a eu Heidi, Boufeldja, Jean-François, Nathalie, Sylvie et Suzanne.

Justin Trudeau et Luna Vadlamudy

Nous nous sommes donc retrouvés au Château Laurier pour la conférence de presse. Nous avons attendu un bon moment. C’est là que j’ai fait connaissance avec une adolescente de 16 ans, Luna Vadlamudy, d’origine indienne, qui représentait l’organisme « Ensemble pour Thomas », un jeune homme qui a été tué par balle dans le quartier Saint-Michel à Montréal en novembre 2021.

Château Laurier
Serge et Greg Fergus

Je tiens aussi à souligner le député de Hull-Aylmer Greg Fergus. Il est secrétaire parlementaire du premier ministre et de la présidente du Conseil du Trésor. Nous avons eu une très belle conservation. Il m’a certifié qu’il y a une unité au sein du Parti libéral canadien sur la question du contrôle des armes à feu. Peut-être aurons-nous la chance de nous revoir.

Une étape à la fois

J’avais déjà parlé brièvement au premier ministre Justin Trudeau le 6 décembre 2021 sur le Mont-Royal lors de la cérémonie annuelle de commémoration de la tragédie de la Polytechnique. Aux côtés de Nathalie Provost, nous lui demandions pour combien de temps nous devrions attendre pour que le gouvernement agisse. Voici ce qu’il nous a dit : « Nous y arriverons. Nous procéderons pas à pas, une étape à la fois. »

Le mot ÉTAPE est le mot clef que je retiens de mon expérience avec le monde politique, celui de Justin Trudeau. Je commence à comprendre que ce politicien a une vision à plus long terme que les politiciens populistes à courte vue. Nous avons souvent des réprimandes à faire sur son style de leadership, mais je suis maintenant d’avis qu’il est un réel homme politique.

Il procède par étapes. Il a un plan d’avenir. Ce plan englobe beaucoup de points sensibles tels que la réconciliation avec les Peuples autochtones pour ne nommer que celui-là. En plus des enjeux imprévus comme la pandémie de la Covid-19 ou la guerre en Ukraine, le gouvernement fait preuve d’audace, certes calculée, mais également prometteuse pour l’avenir du Canada.

Message de Rachel Bendayen qui s’est adressée à la Chambre des Communes

Bonjour à vous tous,

Merci du fond du cœur pour vos bons mots, mais surtout merci pour tout ce que vous faites et merci de continuer à porter ce combat. Hier nous avons pris un énorme pas en avant, mais notre travail n’est pas terminé. Vous pouvez compter sur moi pour continuer à me battre à vos côtés.

Il y a peine deux heures, je me suis levée en chambre et je tenais à partager ça avec vous

Rachel

Contrôle des armes à feu: une avancée majeure pour Serge St-Arneault

Sur la photo : le Ministre fédéral de la Santé publique Marco Mendicino, Serge St-Arneault et Alison Irons

SÉBASTIEN LACROIX, Le Nouvelliste, 30 mai 2022

«C’est un discours historique. Ça va vraiment dans le sens que l’on a toujours rêvé.» C’est en ces termes qu’a réagi le Latuquois Serge St-Arneault qui avait fait le voyage à Ottawa, lundi, où il a rencontré le ministre fédéral de la Sécurité publique Marco Mendicino et le premier ministre Justin Trudeau avant la présentation du nouveau projet de loi sur le contrôle des armes à feu, en compagnie d’autres militants.

«C’est sûr que c’est une étape. Il y en aura d’autres à suivre», a souligné celui qui se bat depuis plus de 30 ans pour le contrôle des armes à feu, lui qui a perdu sa sœur Annie lors de la tragédie de Polytechnique.

Il faut dire que les annonces respectent pratiquement en tout point ce que proposait le groupe PolySeSouvient, qui revendique un plus grand contrôle des armes à feu, si ce n’est «certains détails» qui demeurent à régler. «On a le sentiment que nous progressons de manière significative», a mentionné M. St-Arneault lorsque joint par Le Nouvelliste.

«Ça résume l’ensemble des préoccupations que nous portons, surtout au niveau des armes d’assaut. La nouveauté, c’est au niveau des armes de poing. C’est un pas qui est significatif, insiste-t-il. C’est une avancée parce que le fédéral a reconnu à voix basse que l’idée de remettre ça dans les mains des municipalités ou même des provinces, ça ne fonctionnerait pas. Ils ont trouvé une manière originale d’au moins arrêter de vendre et d’importer des armes de poing.»

Pour la suite des choses, il restera assurément de s’assurer de l’adoption du projet de loi, alors qu’on s’attend à ce que les partis d’opposition tentent de freiner le processus. Tout de même, Serge St-Arneault a senti une réelle volonté du gouvernement d’aller de l’avant. «J’ai demandé à quelques ministres s’il y avait des dissensions et au contraire, il y a une réelle unanimité. Tous les ministres travaillent dans la même direction. Je pense que c’est un élément à retenir», a-t-il soutenu.

Les prochaines étapes seront les mesures pour appliquer le projet de loi qui sera déposé. Il faudra par exemple s’assurer que la définition d’arme d’assaut soit suffisamment claire pour ne pas que les compagnies cherchent à contourner la loi.

«Une prochaine étape, ce sera la clarification de la définition des armes d’assaut pour bannir de façon catégorique la prolifération des armes d’assaut et la création de nouvelles armes qui ne répondraient pas à la définition actuelle», ajoute Serge St-Arneault. «Il y a de nouveaux modèles d’armes d’assaut qui sont maintenant bannis, continue-t-il. De 1500, on est rendu à 1800, mais je pense que le gouvernement veut améliorer la définition pour éviter l’ambiguïté.»

Si les récents événements au Texas n’ont pas été mentionnés au cours de la journée, Serge St-Arneault croit que ç’a pu être dans les pensées de plusieurs personnes au moment de faire les annonces. «On ne veut surtout pas que le Canada aille dans la même direction que les États-Unis, insiste-t-il. Je pense que ça faisait partie de la pensée cachée. On a été tout le monde été touché par ça, mais je ne pense pas que ce soit un élément direct. Parce que le gouvernement était déjà prêt à l’annonce de son projet de loi.»

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Armes à feu. Les commerces devront tenir un registre

PHOTO SEAN KILPATRICK, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Dès le 18 mai, tout vendeur d’armes à feu, qu’il s’agisse d’un particulier ou d’un commerce, devra vérifier l’identité de l’acheteur et vérifier qu’il possède bien son permis d’armes à feu au moyen d’une base de données en ligne.

(Ottawa) Le ministre de la Sécurité publique, Marco Mendicino, a annoncé une série de mesures mercredi pour contrôler la vente d’armes à feu. Il s’agit des dernières étapes de la mise en œuvre de la loi C-71 adoptée en 2019.

MYLÈNE CRÊTE

MYLÈNE CRÊTE, LA PRESSE, 11 mai 2022

Les commerces auront l’obligation de tenir un registre sur l’achat de chaque arme à feu comme ils le faisaient jusqu’en 2005. Cette exigence était alors devenue redondante avec la création du registre des armes d’épaule sept ans plus tôt. Ce registre national avait par la suite été aboli dans la controverse à cause de son coût trop élevé.

Dès le 18 mai, tout vendeur d’armes à feu, qu’il s’agisse d’un particulier ou d’un commerce, devra vérifier l’identité de l’acheteur et vérifier qu’il possède bien son permis d’armes à feu au moyen de la base de données en ligne du Programme canadien des armes à feu.

« Ces nouvelles règles garantiront que les personnes qui ne sont pas autorisées ou ne devraient pas avoir accès à une arme à feu ne pourront pas en obtenir une et empêcheront les armes de tomber entre de mauvaises mains », a affirmé M. Mendicino en conférence de presse.

Actuellement, les vendeurs peuvent vérifier si l’acheteur d’une arme à feu sans restriction détient un permis valide, mais ils n’en ont pas l’obligation. De plus, les commerces sont seulement obligés de tenir un registre des transactions pour les armes à feu prohibées ou à autorisation restreinte.

La situation est différente au Québec où les armes à feu sans restriction, comme les armes d’épaule, doivent être immatriculées depuis 2019.

Le ministre Mendicino a fait valoir que le registre permettra aux forces policières de retrouver le propriétaire d’une arme avec laquelle un crime aurait été commis. « C’est de cette façon que la police a pu trouver Marc Lépine », a avancé le ministre. En fait, les policiers avaient utilisé le numéro de série de l’arme utilisée pour perpétrer la tuerie de l’École polytechnique pour l’identifier après qu’il se soit enlevé la vie.

Le collectif PolySeSouvient estime que le gouvernement corrige ainsi une faille. « Compte tenu de l’opposition continue du Parti conservateur au projet de loi C-71 et de ses manœuvres passées visant à saper la mise en œuvre de contrôles sur les armes à feu, nous craignions qu’un futur gouvernement conservateur ne profite d’un passage vague du règlement proposé pour faire en sorte que les demandes de transferts soient systématiquement approuvées sans que le permis ne soit réellement validé par le système, a réagi l’une de ses porte-parole, Heidi Rathjen. L’amendement empêche effectivement un tel scénario. »

Le Parti conservateur accuse le gouvernement libéral de réintroduire le registre des armes d’épaule « qui n’a pas permis de lutter contre la violence armée à l’époque et qui ne permettra pas de lutter contre la violence armée aujourd’hui ».

« La réalité est que la grande majorité des crimes commis avec des armes à feu le sont avec des armes obtenues illégalement et le registre des armes à feu de Trudeau ne fait absolument rien pour arrêter le flux d’armes acquises illégalement qui se retrouvent dans les mains de gangs et de criminels », a indiqué la députée Rachel Dancho, porte-parole en matière de sécurité publique.

L’annonce du ministre Mendicino survient au lendemain d’une fusillade qui a fait un blessé dans un quartier résidentiel de Laval. Il s’agit du troisième incident du genre à survenir dans cette ville depuis dimanche. La nouvelle a été saluée par la mairesse de Montréal Valérie Plante, dont la ville connaît aussi une recrudescence de fusillades.

« C’est un pas dans la bonne direction, a-t-elle écrit sur Twitter. Comme nous l’avons rappelé au Forum montréalais, nous continuerons à appuyer tous les efforts menant à l’interdiction des armes de poing. La sécurité des Montréalais-es est une priorité. »

AUTRES LIENS

Marche contre la violence armée à Laval.
Quelques dizaines de personnes ont marché contre la violence armée samedi à Laval. Elles réclamaient notamment plus de ressources en prévention de la part des différents ordres gouvernementaux.

7,4 millions pour améliorer la qualité de vie des jeunes. Lutte contre la violence armée

PHOTO SARAH MONGEAU-BIRKETT, LA PRESSE – La mairesse de Montréal, Valérie Plante

À l’issue du Forum montréalais pour la lutte contre la violence armée, qui s’est terminé jeudi, la Ville de Montréal investira 7,4 millions pour des initiatives ciblant les jeunes et leurs familles

ISABELLE DUCAS, LA PRESSE, 31 mars 2022

« Au-delà de la réponse immédiate aux évènements violents, il faut se pencher sur les conditions qui améliorent la qualité de vie et le parcours des jeunes, et qui peuvent les maintenir loin de la criminalité et des armes », a expliqué la mairesse Valérie Plante, en annonçant cet investissement, en fin de journée jeudi.

Une somme de 2 millions servira à soutenir des projets initiés « par et pour les jeunes », a indiqué Mme Plante. Il permettra de financer des projets tels que des campagnes de sensibilisation, des évènements ou des activités sociales, sportives et culturelles, en collaboration avec les organismes communautaires.

De plus, la Ville de Montréal réservera 5 millions provenant de son budget participatif à des projets d’infrastructures qui répondent aux besoins des jeunes, tels que « des plateaux sportifs, des projets de ruelles vertes ou d’agriculture urbaine », a cité la mairesse.

Enfin, 400 000 $ seront consacrés à la création d’une ligne d’accompagnement téléphonique offerte aux familles qui veulent agir pour la prévention de la violence.

Crise de santé publique

Le Forum montréalais pour la lutte contre la violence armée, qui s’est déroulé sur trois jours au cours des trois derniers mois, a permis à une centaine de personnes de discuter des meilleures pratiques pour combattre la criminalité.

Valérie Plante a promis, aux côtés du chef du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), Sylvain Caron, que ces discussions mèneront à d’autres pistes d’action en vue d’une deuxième série d’engagements.

Au cours du forum, on a notamment soulevé le fait que la violence armée devait être traitée comme une crise de santé publique, qui est exacerbée par la pandémie, par les inégalités sociales et par les réseaux sociaux.

« Pour en arriver à une bonne couverture vaccinale chez les jeunes, on est allé les chercher là où ils étaient, alors il faut faire la même chose pour d’autres types de problématiques », a noté la directrice de santé publique de Montréal, Mylène Drouin, qui participait à l’évènement.

Les participants ont aussi soulevé le problème de la glorification de la violence sur les réseaux sociaux, le besoin de soutien pour les parents, la nécessité pour les jeunes d’avoir accès à des intervenants de confiance, le manque de financement des organismes communautaires et l’importance de mieux contrôler les armes à feu.

Interdire les armes de poing

À ce sujet, Valérie Plante a directement interpellé le ministre fédéral de la Sécurité publique, Marco Mendicino, présent à ses côtés en conférence de presse, en réitérant sa demande pour une interdiction des armes de poing au Canada.

L’interdiction des armes, c’est primordial pour moi et pour d’autres acteurs, dont le SPVM. Parce que si à chaque fois qu’on retire une arme, il y en a dix autres qui apparaissent, soit en provenance d’une autre province ou des États-Unis, c’est difficile.

Valérie Plante, mairesse de Montréal

« On sera là pour prendre plus d’actions », a répondu le ministre Mendicino, sans toutefois prendre d’engagement concret à ce sujet.

Du côté de l’opposition à l’hôtel de ville, on déplore que les engagements de l’administration Plante manquent de sérieux.

« Il est ironique de voir la mairesse piger dans le budget participatif de la Ville de Montréal en pensant que c’est avec des projets de ruelles vertes qu’on va enrayer la violence armée », a déploré Abdelhaq Sari, porte-parole de l’opposition en matière de sécurité publique et vice-président de la Commission sur la sécurité publique. « En décembre dernier, nous lui avions proposé d’allouer plutôt une somme de ce budget participatif pour le projet de centre sportif à Montréal-Nord. Cette solution, beaucoup plus concrète et attendue par les organismes et les citoyens, nous a été refusée. »

AUTRES LIENS

Jean Charest ne toucherait pas aux lois sur le contrôle des armes à feu

PHOTO TODD KOROL, ARCHIVES REUTERS

(Ottawa) Le candidat à la direction du parti conservateur Jean Charest a déclaré jeudi qu’il ne modifierait pas les lois canadiennes actuelles sur les armes à feu, y compris en ce qui concerne l’interdiction des armes à feu « d’assaut ».

STEPHANIE TAYLORLA, PRESSE CANADIENNE, 17 mars 2022

Lors d’une entrevue de fond, M. Charest a déclaré qu’en matière de contrôle des armes à feu, l’accent devrait être mis sur le trafic d’armes de poing en provenance des États-Unis. Il a souligné le nombre élevé de fusillades qui ont eu lieu récemment à Montréal et à Toronto.

Selon M. Charest, c’est là-dessus qu’Ottawa devrait consacrer son énergie et ses ressources, plutôt que de réglementer les chasseurs et les agriculteurs. « Je ne possède pas d’arme à feu, mais j’ai aimé chasser. Et je pense qu’il devrait simplement y avoir une approche de gros bon sens dans tout ça. »

Interrogé spécifiquement sur l’interdiction par le gouvernement libéral de quelque 1500 modèles d’armes à feu, M. Charest a répondu qu’il « ne cherchait pas à modifier les lois » actuelles. « Ce n’est pas à mon programme », a-t-il dit.

La position de M. Charest semble aller à l’encontre de celle du Parti conservateur. Des opposants à cette interdiction ont récemment demandé qu’elle soit supprimée et que tout l’argent qui y est consacré soit redirigé vers les services policiers et frontaliers.

Des propos en ce sens ont été tenus jeudi soir par le candidat à la direction Patrick Brown.

« Je suis maire dans le Grand Toronto. Je sais d’expérience que les milliards que Justin Trudeau dépensera pour enlever des armes à feu détenues légalement seraient mieux investis auprès des forces policières qui en ont désespérément besoin », a-t-il écrit sur Twitter.

Une question chaude

La course à la direction des conservateurs a ravivé la question de savoir ce que les propriétaires d’armes à feu attendent d’Ottawa, car ils constituent une part importante de la base militante du parti, fortement concentrée dans l’Ouest canadien. Les groupes de défense connexes sont également bien mobilisés et attendent déjà de pied ferme M. Charest sur cette question.

Les partisans du candidat Pierre Poilievre dans la course ont eux aussi souligné les positions passées de M. Charest sur le contrôle des armes à feu. Avant même que M. Charest n’entre officiellement dans la course, Jenni Byrne, de l’équipe Poilievre, l’avait traité sur Twitter de « libéral » parce que lorsqu’il était premier ministre du Québec, il s’était opposé à la décision de Stephen Harper de mettre fin au registre fédéral des armes d’épaule.

La cheffe par intérim des conservateurs, Candice Bergen, a acquis une certaine notoriété en promettant de supprimer le registre, en 2009, avec un projet de loi d’initiative parlementaire. Lorsque M. Harper a formé un gouvernement conservateur majoritaire en 2011, la députée manitobaine a contribué à faire démanteler le registre.

O’Toole avait eu du mal

La bataille actuelle contre le contrôle des armes à feu que mènent les conservateurs porte sur l’interdiction de ce que M. Trudeau appelle « les armes de type assaut ».

Le 1er mai 2020, quelques semaines après la fusillade la plus meurtrière de l’histoire du Canada, en Nouvelle-Écosse, le gouvernement libéral a désigné comme prohibés plus de 1500 modèles et variantes d’armes à feu de type « armes d’assaut ». M. Trudeau s’était également engagé à mettre en place un programme de rachat de ces armes d’assaut prohibées.

Le gouvernement avait prévu en mai 2020 une période d’amnistie de deux ans pour les propriétaires d’armes à feu visés par l’interdiction. Cette période d’amnistie devait donc prendre fin en mai prochain, mais Ottawa a annoncé mercredi sa prolongation de 18 mois, soit jusqu’au 30 octobre 2023.

L’élection fédérale de l’an dernier a vu les conservateurs se débattre sur la question du contrôle des armes à feu. Le chef de l’époque, Erin O’Toole, avait courtisé les propriétaires d’armes et leurs défenseurs lors des courses à la direction du parti, en 2017 et 2020.

Mais à mi-chemin de la campagne électorale l’an dernier, le chef a fait marche arrière sur une promesse inscrite dans la plate-forme du parti, qui prévoyait d’abroger l’interdiction libérale des armes de type « assaut ». M. O’Toole a trébuché lorsque M. Trudeau l’a talonné là-dessus lors d’un débat des chefs en direct.

Après avoir dû répondre pendant des jours à des questions des journalistes sur sa position exacte, M. O’Toole a finalement inséré une note en bas de page dans la plate-forme, pour préciser qu’au lieu d’abroger purement et simplement l’interdiction, il la soumettrait à un examen.

Un fusil semi-automatique destiné aux enfants crée la controverse aux États-Unis

PHOTO TIRÉE DU SITE WEE1TACTICAL.COM

Le JR-15 (pour « Junior ») mesure seulement 80 cm de long et pèse moins d’un kilo. Livré avec des chargeurs de 5 ou 10 cartouches de calibre 22 long rifle, il a été commercialisé à la mi-janvier à un prix de 389 dollars.

AGENCE FRANCE-PRESSE, Le Devoir, 18 février 2022

(Washington) Le JR-15, un fusil spécialement conçu pour les enfants sur le modèle d’un fusil d’assaut utilisé dans plusieurs fusillades meurtrières, a fait récemment son apparition sur le marché aux États-Unis, provoquant la colère des associations luttant contre les violences causées par les armes personnelles.

C’est « la première de nombreuses armes qui aideront les adultes à faire découvrir aux enfants le sport de tir en toute sécurité », selon la société WEE1 Tactical, qui salue sur son site internet un fusil « comme l’arme de papa et maman ».

Le JR-15 (pour « Junior ») mesure en effet seulement 80 cm de long et pèse moins d’un kilo. Livré avec des chargeurs de 5 ou 10 cartouches de calibre 22 long rifle, il a été commercialisé à la mi-janvier à un prix de 389 dollars.

Le modèle adulte, l’AR-15, est la version civile d’une arme de type militaire qui a été utilisée dans une série de tueries, notamment en milieu scolaire, qui ont choqué les États-Unis.

Les fusillades sont un fléau récurrent aux États-Unis où le droit de posséder des armes est garanti par la Constitution. Les tentatives de réguler leur vente sont souvent bloquées au Congrès américain, où le puissant lobby des armes NRA exerce une forte influence.

Le 14 décembre 2012, un jeune déséquilibré avait tué 26 personnes, dont 20 enfants, dans l’école primaire Sandy Hook à Newtown, dans le Connecticut, une tragédie qui avait profondément marqué l’opinion publique.

L’AR-15 a également servi dans les fusillades de Las Vegas en 2017, la plus meurtrière de l’histoire récente du pays avec 58 morts, ou de l’école secondaire de Parkland en Floride (17 morts) en 2018.  

« À première vue, ça a l’air d’une farce grotesque. En y regardant de plus près, c’est juste grotesque », a commenté vendredi Josh Sugarmann, directeur général de l’organisation Violence Policy Center, qui lutte contre la violence des armes à feu.

La Newtown Action Alliance, une association favorable à la limitation des armes a condamné le lobby des armes et les fabricants qui font « tout pour continuer à amasser des bénéfices ».

Josh Sugarmann a fustigé l’imagerie utilisée par le manufacturier pour attirer les jeunes clients : un crâne de pirate avec une coupe iroquoise pour les garçons et des couettes blondes pour les filles, une tétine à la bouche.

Dans son rapport sur les méthodes des fabricants d’armes américains pour attirer les jeunes, publié en 2016, il dénonçait les armes peintes avec des couleurs vives – rose, rouge, orange ou violet métallisé – appréciées du jeune public, et plus légères à manier.

En 2021, les armes à feu ont fait près de 45 000 morts aux États-Unis, dont environ 24 000 suicides, et plus de 1500 mineurs ont été tués, selon l’organisation Gun Violence Archive.  

Poursuivi en justice, l’armurier Remington va dédommager les familles, Tuerie de Sandy Hook en 2012

PHOTO DON EMMERT, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Des membres des familles des victimes de la tuerie de l’école primaire de Sandy Hook, lors d’une conférence de presse à Newtown, Connecticut, en 2013. Les familles de neuf victimes de la tuerie sont parvenues à un règlement avec Remington, le fabricant du fusil utilisé dans le massacre, selon des documents judiciaires américains publiés le 15 février 2022.

(New York) Le fabricant américain d’armes Remington a accepté de verser 73 millions de dollars de compensation aux familles de neuf victimes de la tuerie dans l’école de Sandy Hook en 2012, une décision qualifiée d’« historique » par les associations de lutte contre les armes à feu.

PETER HUTCHISON, AGENCE FRANCE-PRESSE, La Presse, 15 février 2022

« Les plaignants dans cette action informent qu’un accord en dommages-intérêts a été conclu entre les parties », indiquent dans un document judiciaire publié mardi les familles de victimes.

Selon leurs avocats, c’est la première fois qu’un manufacturier d’armes est tenu responsable d’une fusillade aux États-Unis.

« L’accord porte sur 73 millions de dollars », a précisé lors d’une conférence de presse l’avocat des familles, Joshua Koskoff. « C’est tout ce qu’il restait » après la faillite du groupe Remington, qui s’est placé sous la protection de la Loi américaine sur les faillites en 2021 avant d’être racheté.

Les familles avaient engagé des poursuites contre l’armurier et sa filiale Bushmaster, estimant qu’il avait vendu en connaissance de cause une version du fusil semi-automatique AR-15, une arme de type militaire « pas du tout adaptée » à un usage civil.

« Cela signe le début du processus nécessaire consistant à tenir les manufacturiers d’armes pour responsable de la fabrication d’armes de guerre » et de leur « marketing irresponsable », a souligné le président américain Joe Biden, saluant « un accord historique » dans un communiqué mardi soir.

Créé en 1816 et considéré comme le plus ancien armurier du pays, Remington niait les accusations et n’a pas immédiatement réagi à l’annonce.

Le 14 décembre 2012, Adam Lanza avait utilisé son Bushmaster XM15-E2S pour tuer 26 personnes, dont 20 enfants et six adultes, à l’école primaire Sandy Hook de Newtown, dans le Connecticut.

Le tireur, âgé de 20 ans et qui s’est suicidé, avait auparavant tué sa mère à son domicile.

« Victoire historique »

Le massacre avait stupéfié l’Amérique et provoqué un énième débat sur l’acquisition et la détention des armes personnelles dans un pays où le droit de posséder une arme est garanti par la Constitution.

Mais les fusils de type AR-15 ont également servi dans d’autres fusillades, comme à Las Vegas en 2017 (58 morts) ou à Parkland en Floride (17 morts) en 2018.

En 2021, les armes à feu ont fait près de 45 000 morts aux États-Unis, dont environ 24 000 suicides, selon l’organisation Gun Violence Archive.  

L’association Giffords qui milite pour un durcissement des lois sur les armes individuelles a salué sur Twitter « une victoire historique » pour les familles, qui sonne comme « un avertissement à l’industrie des armes : aucune entreprise n’est au-dessus de la loi ».

« Enfin, un fabricant d’armes est tenu responsable de la crise de la violence par les armes dans ce pays », a commenté Newtown Action Alliance, un autre groupe partisan de la limitation des armes individuelles.  

Matthew Soto, dont la sœur Victoria était l’une des enseignantes tuées à Sandy Hook, a expliqué devant la presse avoir fait une découverte « horrible » en étudiant les documents de Remington.

« Les fabricants d’armes savaient qu’ils faisaient de la publicité pour un produit dangereux et ils exploitaient ces dangers », a-t-il dit.

« Forcer au changement »

« Quand les militaires cherchent la meilleure arme, la plus meurtrière, la plus destructrice et celle qui pourrait être utilisée par nos soldats s’ils devaient tuer les ennemis de notre pays et de notre liberté, ils choisiraient l’AR-15 », a expliqué l’avocat Joshua Koskoff.

Cette arme « n’a pas été utilisée par un soldat hautement entraîné, mais par un jeune très perturbé, pas sur un champ de bataille, mais dans une école primaire, pas pour protéger la liberté, mais pour la tuer », a-t-il ajouté.

Selon l’avocat, les familles n’ont pas intenté ces poursuites pour être dédommagées financièrement, mais « pour forcer au changement » les fabricants d’armes.

Cet accord « ne signifie pas la fin de l’industrie des armes personnelles (qui) fera toujours partie de notre culture », a affirmé M. Koskoff, mais il montre que « l’immunité de cette industrie n’est pas à l’épreuve des balles ».

Une loi protège, depuis 2005, les fabricants d’armes de la plupart des actions en justice visant à engager leur responsabilité dans un acte violent commis avec l’une de leurs armes.

Mais il existe des exceptions, notamment pour négligence du vendeur, sur lesquelles entendaient jouer les familles.

En mars 2019, la Cour suprême du Connecticut avait statué que Remington pouvait être jugé pour déterminer si ses publicités sur son fusil semi-automatique avaient une responsabilité dans les tueries faisant un grand nombre de victimes.

À l’audience, en novembre 2017, M. Koskoff s’était notamment appuyé sur le marketing de Bushmaster qui, selon lui, avait présenté dans une publicité son fusil de type AR-15 comme une arme d’assaut.