Lettre de Zambie No 6

Lusaka, 19 juin 2012

Une nouvelle constitution est actuellement à l’étude en Zambie. Après deux décennies d’expérience du multipartisme, le temps est venu d’ajuster la constitution du pays, non seulement pour la moderniser, mais aussi pour la rendre plus démocratique. Le processus est en marche depuis déjà plusieurs mois. Les journaux ont largement diffusé le premier document et les consultations se poursuivent partout dans le pays. Le processus est plus long que prévu, mais les autorités publiques et politiques soutiennent qu’il est préférable de prendre le temps nécessaire et obtenir ainsi le plus large consensus possible.

Une constitution! Est-ce vraiment nécessaire? L’exemple actuel de l’Égypte nous montre bien le chaos que peut engendrer l’inexistence d’une constitution. Celle-ci a pour mission d’encadrer la cohésion sociale en tenant compte des valeurs nationales, culturelles et religieuses de l’ensemble de la population, incluant les minorités. Qu’arrive-t-il lorsque ces valeurs changent? Le défi est alors de protéger la constitution en tant que référence ultime, donc absolue, du droit collectif, tout en permettant une interprétation au goût du jour pour éviter l’absolutisme. C’est comme un balancier, toujours un peu instable favorisant ainsi une recherche active de l’équilibre. Une constitution, c’est un peu comme un corps vivant qui se meut, évolue et se perfectionne. Elle peut aussi s’écrouler sous le poids d’un changement radical mais nécessaire.

J’ai rédigé ma constitution privée lors d’une retraite d’un mois que j’ai vécu à St-Jérôme en 1985. J’y ai aligné des références bibliques qui, mises bout à bout, sont devenues ma constitution, ou ma charte de vie. Mon arrivée récente en Zambie m’a donné la chance de revisiter ce que j’ai écrit il y a 27 ans. Tout en conservant l’essentiel de celle-ci, j’ai peaufiné ma constitution en espérant lui donner une nouvelle vigueur. C’est ce que je veux vous offrir aujourd’hui. C’est mon cadeau pour vous tous qui m’encourager depuis tant d’années dans mon projet missionnaire qui m’a mené sur les routes du Zaïre-Congo, du Malawi, et maintenant de la Zambie.

Bientôt, soit le 28 juin, je fêterai mon jubilé d’ordination sacerdotale; 25 ans! Ce jour-là, je serai en route vers Kawambwa, situé à environ 850 km de Lusaka, pour participer à l’ordination d’un jeune confrère zambien qui s’appelle Virgilius Kawama. Il vient de terminer ses études théologiques à Nairobi, Kenya. Il sera ordonné prêtre le 30 juin. Sa fête sera aussi la mienne.

Prêtre depuis 25 ans! Bon moment en effet pour mettre à jour l’orientation fondamentale de ma vie spirituelle (ma constitution). Je vous suis d’avance reconnaissant de bien vouloir penser et prier pour moi. Le combat spirituel, puisqu’il s’agit bien d’un combat, est exigeant, souvent héroïque. J’ose espérer que mon modeste cadeau produira en vous des fruits de croissance spirituelle dans le Christ Jésus.

Au plaisir d’avoir de vos nouvelles.

Serge St-Arneault, M.Afr

ORIENTATION FONDAMENTALE DE MA VIE SPIRITUELLE

Un mendiant est assis au bord du chemin, c’est Bartimée. Il est aveugle. Jésus l’appelle. Il laisse là son manteau et d’un bond il est près de Jésus qui lui pose cette question : Que veux-tu que je fasse pour toi? L’aveugle répondit : Rabonni, que je voie! (Mc, 10,46-52)

Seigneur, à ce moment-ci de ma vie,

Accorde-moi de VOIR DANS LA FOI  chaque femme et chaque homme qui m’entoure (Rm, 8,14) comme une sœur et un frère en Jésus-Christ (Ga, 4,5) ayant reçu le titre d’enfant du Père, Abba, Papa (2Co,1,22) et marqué du sceau de l’Esprit-Saint déposé en son cœur. (Ep, 4,30)

Seigneur, à ce moment-ci de ma vie,

Accorde-moi le GOÛT (Mt,28,19) d’une vie simple pour qu’en tout temps je sois prêt à aller en tout lieu (Mt, 5,3) afin de répondre à l’appel du témoignage évangélique (Ac,1,8b) et reconnaitre en toute personne sa dignité d’enfant de Dieu, (1Jn, 8,16.21) héritier de la liberté avec le Christ glorieux. (Jn 1,12)

Seigneur, à ce moment-ci de ma vie,

Accorde-moi de REGARDER et d’AIMER  toute personne d’un cœur pur. (Mt, 5,8) Non pas les choses visibles qui ne durent pas (1Jn, 2,17) mais les invisibles qui sont éternelles; (2Co, 4,18) comme ta Parole incorruptible qui vit et demeure. (1P, 1,23)

Seigneur, à ce moment-ci de ma vie,

Accorde-moi de REGARDER  les réalités du monde et l’évolution des idées dans la joie de l’espérance, (Rm,12,12a) fuyant ainsi l’amertume ou l’aigreur des épreuves de la vie; méchantes paroles, emportements, colère, cris, injures, (Ep, 4,31) par des sentiments de tendre compassion, de bienveillance, d’humilité, de douceur, de patience, comme un digne élu de Dieu. (Col, 3,12)

Seigneur, à ce moment-ci de ma vie,

Accorde-moi DE ME REGARDER le visage à découvert, de la même manière que je ne cache rien devant toi, (2Co, 3,18.5,11) réfléchissant les reflets de ta gloire, comme en plein jour, (Rm, 13,13a) bénissant dans l’Esprit de Jésus ceux qui me persécutent, (2Co, 3,18) vivant pour les autres dans un amour fraternel inventif (Rm, 12,14) afin que tes faveurs se multipliant fassent monter (Mt, 5,11) une immense action de grâce pour ta plus grande gloire. (Rm, 12,10b)

Seigneur, à ce moment-ci de ma vie,

Accorde-moi DE T’OFFRIR  chaque instant de ma vie, quoique je dise, quoique je fasse (Col, 3,17) comme une constante liturgie, éveillée à tout instant, pour ainsi devenir plus maître de moi (Gal, 5,23) et vigilant par la force de la foi. (1P, 5,9a)

Seigneur, à ce moment-ci de ma vie,

Accorde-moi DE T’OFFRIR  la fragilité de mon corps, ma lourdeur et sommeil spirituel, (Rm, 13,11b) pour ainsi résister à la tentation de vivre selon les convoitises de ma propre nature, (Rm, 8,13) pour devenir plus vigilant et capable de te plaire, (Rm, 12,1) d’un zèle sans nonchalance et d’un cœur plein d’ardeur à te servir. (Rm, 12,11)

Seigneur, grâce à tes dons de sagesse et d’intelligence spirituelle (Col, 1,9) accorde-moi D’ÊTRE TRANSFORMÉ PAR LE RENOUVEAU INTÉRIEUR (Rm, 12,2) afin d’atteindre la parfaite connaissance, et rejoindre ainsi ton image de Créateur, pour devenir fort et patient, par l’effet de ta gloire, sans perdre ma joie et, un jour, partager l’héritage avec les saints dans la lumière. (Col, 3,10)    

Tout comme Bartimée, nous sommes des mendiants assis sur le bord du chemin de la vie. Nous sommes souvent épuisés, malades, découragés, aveuglés par nos ignorances, nos insouciances, nos blessures du corps et du cœur, nos incompréhensions, nos jugements hâtifs et nos doutes. Bratimée a osé crier vers Jésus. Et nous? Oserons-nous crier vers lui?  À son appel, saurons-nous rejeter le pauvre manteau de nos fausses sécurités et exprimer clairement à Jésus ce que nous désirons vraiment?

Oui, je veux VOIR! Je veux voir à la manière de Jésus. Je veux me mettre à sa suite là où il m’indiquera la route à suivre, jusqu’au seuil de ma mort et plus loin encore!

Père Serge St-Arneault, M.Afr