Archives du mot-clé Annie St-Arneault

Place des Montréalaises: un an plus tard que prévu

Place des Montréalaises: un an plus tard que prévu: https://lp.ca/loV67X

Le tunnel piétonnier lugubre qui relie la station de métro Champ-de-Mars à l’hôtel de ville de Montréal et au Vieux-Montréal, en passant sous une bretelle d’autoroute et sous la rue Saint-Antoine, sera « déconstruit » au cours des mois qui viennent, avec ses quatre petits bâtiments d’accès (édicules).

BRUNO BISSON, LA PRESSE, Publié le 4 juillet 2020 

Le tunnel sera remplacé d’ici 2022 par une longue passerelle entièrement intégrée au concept d’aménagement de la place des Montréalaises, le vaste espace public créé en 2017 au pied du Champ-de-Mars et de l’hôtel de ville de Montréal avec le recouvrement partiel de l’autoroute Ville-Marie.

Selon la Ville de Montréal, le budget prévu pour la réalisation des aménagements sera de 81 millions, en forte hausse par rapport au budget de 62,5 millions présenté en 2018, au moment du dévoilement du projet. Ces coûts incluent toutefois le démantèlement du tunnel et de ses accès actuels, qui n’étaient pas d’accès universel. La conception et les plans et devis détaillés de la place des Montréalaises devraient être terminés à la fin de l’année, et un appel d’offres sera lancé au début de 2021.

La nouvelle place des Montréalaises entièrement aménagée devait être terminée pour 2022. Ça ira plus tôt à 2023, a confirmé la Ville vendredi dans un courriel à La Presse.

Cet espace de plus de 1500 mètres carrés, déstructuré en raison de la présence d’une bretelle d’autoroute, a été redéfini grâce au recouvrement partiel de l’autoroute Ville-Marie sur une distance d’environ 125 mètres entre l’avenue de l’Hôtel-de-Ville et la rue Sanguinet, complété à la fin de 2017. Cet investissement de 70 millions avait été entièrement financé par le ministère des Transports du Québec, comme un legs à la Ville pour son 375anniversaire.

Sommairement aménagé depuis l’inauguration, le site se transformera peu à peu en un vaste pré fleuri, aménagé sur plan incliné, au bas duquel on construira un amphithéâtre urbain, avec gradins, et bordé par une esplanade publique pouvant accueillir chapiteaux, foires ou autres évènements.

Esquisses du projet

Bureau d’intégration des nouveaux arrivants de Montréal et dévoilement du projet « La Place des Montréalaises »

La place occupera tout l’espace ceinturé par les rues Saint-Antoine, Hôtel-de-Ville et Viger autour de la station de métro Champ-de-Mars, et rendra hommage à 21 femmes ayant marqué l’histoire de la ville, dont la cofondatrice de Montréal, Jeanne Mance, la joueuse de hockey Agnès Vautier, la journaliste et animatrice de radio et de télé d’origine mohawk, Myra Cree, et les 14 femmes victimes de la tuerie de Polytechnique.

Un espace commémorera aussi la vie de Marie-Josèphe-Angélique, esclave noire condamnée à mort et exécutée en 1734.

Les noms de ces 21 femmes seront gravés sur un emmarchement – structure en escalier monumental – au milieu d’un pré fleuri abritant 21 espèces de plantes et de fleurs.

Le concept, élaboré par le bureau d’architectes Lemay, avec SNC-Lavalin et l’artiste visuelle Angela Silver, permettra d’intégrer complètement l’imposante dalle de béton de la future passerelle piétonne. Cette passerelle unira la place aux bâtiments administratifs de la municipalité, dont l’hôtel de ville, en passant au-dessus des voies routières, et non pas dessous, en plus d’assurer l’accès universel au Vieux-Montréal à partir de la station de métro Champ-de-Mars.

De feu, de flammes et d’étincelles.

Le sort de George Floyd, un homme afro-américain de 49 ans tué par un policier de Minneapolis le 25 mai dernier mobilise des milliers de gens indignés. Son crime; être un Noir! En réalité, il se cache quelque chose de plus sordide derrière cette tragédie. Il y a le racisme. Nul ne devrait être sujet au rejet et être assassiné pour une question raciale.

Une puissante mobilisation émerge enfin! Assistons-nous à quelque chose qui va changer la société américaine où le racisme rime avec les extrêmes inégalités sociales?

Sondage après sondage, une majorité de Canadiens appuient un meilleur contrôle des armes à feu au Canada. PolySeSouvient milite pour un tel contrôle depuis trente ans. Un mot a finalement émergé en décembre dernier. La tragédie de la Polytechnique du 6 décembre 1989 était un féminicide. Ma sœur Annie et ses compagnes d’infortune ont été tuées parce qu’elles étaient des femmes. Rien de plus!

Racisme et féminicide évoquent le même aveuglement, celui du rejet du mystère sacré de chaque être humain.

Coïncidence ou non, je viens de recevoir un message de Patrick Naud. « Lors des commémorations entourant la tragédie de Polytechnique en décembre dernier, écrit-il j’ai lu quelques articles qui parlaient des jeunes victimes de ce drame insensé. Dans l’un des articles, on faisait mention d’une des victimes – Annie St-Arneault – qui provenait de La Tuque et dont la bibliothèque municipale porte maintenant son nom. Elle était, je pense, une grande lectrice qui aimait beaucoup la poésie. »

« J’écris moi-même dans mes temps libres et plusieurs de mes textes ont pris la forme de poèmes. (…) J’ai relu mon texte dernièrement, étant moi aussi en confinement, et j’ai eu une pensée pour les jeunes victimes de Polytechnique. J’ai eu une pensée particulière pour Mme St-Arneault. (…) Ce texte est peut-être de moi, mais il appartient à toutes ces femmes courageuses qui ont malheureusement eu une vie écourtée par de tels drames. Elles demeureront toujours présentes dans notre mémoire collective. »

Le titre est évocateur de métamorphose : De feu, de flammes et d’étincelles. Aussi bien pour George Floyd que pour ma sœur Annie, pour toutes les victimes de rage meurtrière, de l’intérieur, d’une flamme, d’un rêve, d’une étincelle viendront le feu, la chaleur, les rires, la couleur et surtout le bonheur.

Par Patrick Naud

De feux, de flammes et d’étincelles

Ô qu’elle était belle
Toute petite, si naturelle
Jeune femme d’avenir
Remplie de promesses
Il n’y avait un moment qui passe
Sans que son sourire ne touche les gens autour d’elle
Un jour fortuit
Sur la route menant au collège
Alors qu’elle rêvait
De tout, de rien
De la vie qui serait sienne
L’impensable se produisit
Un face à face avec la haine
Et puis vint le feu
Les éclats, les cris, les pleurs
Et surtout, la douleur

Une violence crue et foudroyante
L’innocence attaquée de plein fouet
D’une balle ardente
Une vie blessée à tout jamais
A cheval entre l’ombre et la lumière
Un chemin vers l’espoir qui se referme
Combien d’autres avant elle
Auront subies ces foudres les plus extrêmes
Mais d’une enfant qu’elle était naguère
Jaillira une flamme, une inspiration universelle
Un courage, un message qui raisonne
Les femmes, elles aussi, ont droit à l’école
Et puis vint le feu
Les éclats, les cris, les pleurs
Et surtout, la douleur
Un autre jour, un autre drame
Aux confins de la terre
Des vies brisées, de la souffrance
Un tel carnage, tellement à faire
Tant de noirceur et d’ignorance
Difficile de faire entrer la lumière
Et arrêter une fois pour toute
Ce fléau, cette rage meurtrière

De l’intérieur peut-être, suffit d’une flamme
D’une enfant, d’un rêve, d’une étincelle
Et puis viendront le feu
La chaleur, les rires, la couleur
Et surtout, le bonheur
D’une enfant qui rêve d’une vie qui sera sienne.

En mémoire et en appui à Annie St-Arneault, ses camarades de classe de Polytechnique et à toutes les femmes qui ont perdues leurs vies en exerçant leur droit fondamental à l’éducation.     

Polytechnique: Consensus comes 30 years later that massacre was an anti-feminist act

CTV news – Published Thursday, December 5, 2019 – Last Updated Friday, December 6, 2019

MONTREAL — Thirty years after the worst mass shooting in Canadian history, official acknowledgment has come that what happened on Dec. 6, 1989 at Montreal’s École Polytechnique was an attack on feminists.

On the eve of Friday’s anniversary, Montreal changed a plaque in a memorial park that previously referred to a « tragic event » — with no mention that the victims were all women. The revised text unveiled on Thursday describes an « anti-feminist attack » that claimed the lives of 14 women. « I think it’s a very good thing, but in a way, I understand why it took so long, » said Catherine Bergeron, who lost her sister, Genevieve, on that day in 1989. « The event was such a shock and so dramatic that it was hard to admit the real origins of it until today. »

Thirty years on, questions continue to swirl about gun control, and violence and discrimination against women persist. Just last year, the man accused of using a rented van to kill 10 people and injured 16 others last year in Toronto told police the attack was a day of retribution because women sexually rejected and ridiculed him.

Nathalie Provost, who was shot four times in the Polytechnique attack, said using the right words to describe the Polytechnique shootings is crucial. « I think it’s very important to bear witness to reality. It was an anti-feminist act. It was obvious from the moment it happened, » Provost said. « I think that for those who will go there and take the time to read it, they’ll better understand what happened exactly on that horrible day. And that’s important for the memory of my friends. »

Claire-Anse Saint-Eloi, who is overseeing a Quebec Women’s Federation campaign to end violence against women, said identifying the attack as one against feminists opens the way to addressing ongoing problems. Three decades later, she said, victims of sexual violence, victims of discriminatory laws and victims of racism still struggle to be believed. « But when we name the violence, we can say what do we next? » she said.

Bergeron, who is head of the committee organizing this year’s commemorative events, said there will be a focus on the lives behind the names.

Those names are well-known and each year they are read out: Genevieve Bergeron, Helene Colgan, Nathalie Croteau, Barbara Daigneault, Anne-Marie Edward, Maud Haviernick, Barbara Klucznik-Widajewicz, Maryse Laganiere, Maryse Leclair, Anne-Marie Lemay, Sonia Pelletier, Michele Richard, Annie St-Arneault and Annie Turcotte.

« We know their names, » Bergeron said. « For the past 30 years, we’ve said them, reminding people that they were women, but who were they? What were their hopes? Where did they want to be? »

A new book written by former Le Devoir editor Josee Boileau looks closely at the events and the victims themselves. Commissioned by the organizing committee, the idea was to give the next generation a reference but also remind that the women were more than victims. « They were all very talented in a lot of fields. They were very energetic and nice and kind, » Bergeron said. « They were women that were curious to try different things — they were rays of sunshine in their respective families — that’s what comes out. »

Provost was a 23-year-old engineering student when Mark Lepine singled out women during his 20-minute shooting rampage. Fourteen women were killed — mostly students — while 13 people were wounded — nine women and four men. In a classroom, Provost came face-to-face with Lepine, armed with a .223-calibre Sturm-Ruger rifle. The shooter made clear he was targeting his victims because he saw them as feminists — people he blamed for his own failings. Provost survived being shot in the forehead, both legs and a foot.

On the 30th anniversary, Provost said she looks at the harrowing events in a different light now that her own children are around the same age she was at the time. « I more fully realize how young I was — I was a kid and we were kids — and it moves me a lot to see my kids and see they are where I was in my life — at the beginning, » she said. « I’m also much more sensitive to how terrible the loss of a child might have been for the families who had to survive after their kids (were killed) — I cannot imagine my grief and I don’t want to imagine it. »

Serge St-Arneault, whose sister Annie was killed that day, views the anniversary as a chance to come to terms with the tragedy. « We finally found the word that was missing — femicide — it was women who were targeted, » he said. St-Arneault was halfway across the world in 1989 doing missionary work at the Congo-Uganda border, and it took him a month to get back home. He was close to his sister — one of four siblings — and in the years that have passed, he has fought for tougher gun laws and an end to violence against women as a way of honouring Annie’s memory. « There was before Dec. 6, 1989, and after, » St-Arneault said. « This moment is a pivotal one in Quebec and Canada, that we must mobilize to build a society where women are safe. »

But for survivors and victims’ families, the fact the weapon used in the mass killing has yet to be banned by Canadian authorities is difficult to fathom. « It’s not easy, especially for the families, to keep fighting after 30 years, to keep facing the fact that the weapon that was used to kill their sisters and daughters is still legal and non-restricted, » said Heidi Rathjen, who was a Polytechnique student the night of the shooting and later became a staunch gun-control advocate.

Rathjen says they want to see « comprehensive, bold gun-control measures, » from the re-elected federal Liberals, including a full ban on assault-style weapons and handguns in short order. She pointed to New Zealand, which brought in a ban on assault weapons and rigorous screening and registration measures after a mass shooting at two mosques claimed 51 lives last March.  « If the new government doesn’t act decisively and boldly in the public interest now, 30 years later, after having been elected twice on the basis of a promise to strengthen gun control, then when? » Rathjen asked.

-This report by The Canadian Press was first published on Dec. 5, 2019.

LINKS:

IN PICTURES: Marking Canada’s worst mass shooting

IN PICTURES: Marking Canada’s worst mass shooting

1989 ARCHIVES: Stories from the shooting and days after

Polytechnique: Solemn ceremony caps 30-year anniversary of shooting that killed 14 women

Remembrance and reflection: 30 years since the Montreal massacre

Polytechnique: Events planned across Canada to mark grim 30th anniversary

Polytechnique: Massacre still haunts CTV journalist 30 years later

Polytechnique: Consensus comes 30 years later that massacre was an anti-feminist act

Polytechnique: New book tells stories of 14 victims, history of Quebec women’s movement

Polytechnique: Women are making advances in science, but there’s still a long way to go

Polytechnique: These women scientists are too young to remember the massacre, but it changed their lives

Polytechnique: Male survivor talks about guilt and lessons he’ll pass on

Polytechnique: Gun used to kill 14 women still not banned in Canada

‘Anti-feminist attack’: École Polytechnique plaque changes reference to massacre

GLOBAL NEWS – BY ALESSIA SIMONA MARATTA – Posted December 5 – Updated December 8, 2019

Thirty years later, we reflect and explore the progress made and progress yet to come from a massacre that sparked a conversation about violence against women. A new plaque to commemorate the École Polytechnique massacre was unveiled on Thursday, identifying the event as an act of violence against women. The event was previously referred to simply as a tragedy, without any mention of it having been a hate crime against women.

The new sign was unveiled at Place du 6-décembre-1989, a small memorial park in Montreal’s Côte-des-Neiges neighborhood. It was put in place just ahead of the mass shooting’s 30-year anniversary on Friday.

READ MORE: Remembering the women killed in the École Polytechnique massacre

On Dec. 6, 1989, a gunman stormed the university just after 5 p.m. on a snowy Wednesday evening and killed 14 young women who were, for the most part, studying to become engineers. The gunman, who had set out to kill women only, then took his own life.

The attack at Polytechnique remains the deadliest shooting in Canada’s history.

A new commemorative plaque was unveiled at Place du 6-décembre-1989 on Thursday to honour the 14 lives lost in the École Polytechnique massacre. THE CANADIAN PRESS/Ryan Remiorz

The new plaque reads, in French: “This park was named in the memory of the 14 women murdered during the anti-feminist attack that took place at École Polytechnique on December 6, 1989. It is a reminder of the fundamental values of respect and equality, and a condemnation of all forms of violence against women.”

READ MORE: Have headlines on violence against women changed in 30 years?

Present at the sign’s unveiling on Thursday were Montreal Mayor Valérie Plante and Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce borough Mayor Sue Montgomery, among others. “We want people walking through this place of memory to know the horrific truth,” Montgomery said. “We should not be afraid to call acts of violence what they really are.”

Montgomery said that naming things for what they are is the first step in developing effective prevention mechanisms.

The borough mayor called the massacre an anti-feminist attack against not just women, but all people who work for equality.

READ MORE: Broken: A Global News series on Canada’s ongoing failure to end violence against women

Plante said that modifying the sign’s language to properly name the event for what it was is a significant step for a society to take to properly remember and reflect on the event.

She said it also highlights the importance of fighting against injustice and violence against women and girls. “The sign now clearly explains why 14 young women, who had their entire lives ahead of them, lost them,” said the Montreal mayor.

“We finally found the word that was missing — femicide,” said Serge St-Arneault, whose sister, Annie St-Arneault, was killed in the mass shooting. “It was women who were targeted.”

Annie was accompanied by 13 others, whose names are well known and are read out each year: Geneviève BergeronHélène ColganNathalie CroteauBarbara DaigneaultAnne-Marie EdwardMaud HaviernickBarbara Klucznik-WidajewiczMaryse LaganièreMaryse LeclairAnne-Marie LemaySonia PelletierMichèle Richard and Annie Turcotte.

READ MORE: École Polytechnique shooting survivor quits panel over Liberal record on assault-style guns

Thirty years later, what happened at Polytechnique continues to spark questions about violence against women and gun control. For survivors and victims’ families, the fact that the weapon used in the mass killing has yet to be banned by Canadian authorities is difficult to fathom. “It’s not easy, especially for the families, to keep fighting after 30 years, to keep facing the fact that the weapon that was used to kill their sisters and daughters is still legal and non-restricted,” said Heidi Rathjen, who was a Polytechnique student the night of the shooting and later became a staunch gun-control advocate.

The move to change the plaque’s text to specify the nature of the incident was initiated by professors Mélissa Blais and Diane Lamoureux from UQAM’s Réseau québécois en études féministes.

READ MORE: Polytechnique survivors group call on Liberals to end assault-style gun sales

The families of the 14 victims were honoured at Quebec’s National Assembly on Thursday, with leaders condemning the misogynist violence and promising to never forget what happened on that evening in early December, 30 years ago. A ceremony to honour the young women whose lives were taken will be held at 5 p.m. on Friday on Montreal’s Mont Royal.

— With files from Global News’ Kalina Laframboise and The Canadian Press 

‘We cannot forget’: 14 women killed in École Polytechnique massacre honoured.

© 2019 Global News, a division of Corus Entertainment Inc.

Tuerie de Polytechnique : La Tuque se souvient de l’une des siennes

Amélie Marcoux | TVA Nouvelles | Publié le 6 décembre 2019 

L’une des 14 victimes de Marc Lépine était une Latuquoise : Annie St-Arneault.

Le 6 décembre 1989, à 23 ans, elle assistait à son dernier cours à la Polytechnique avant de graduer en génie mécanique. «Un cours auquel elle n’était même pas obligé d’aller», souligne amèrement son oncle Charles Morand.  Annie St-Arneault avait un bel avenir devant elle. «Elle avait une entrevue à l’Alcan le 8 décembre, elle est morte le 6», raconte sa tante Justine Perron en laissant couler quelques larmes.

Tous ceux qui ont connu Annie St-Arneault ne gardent que de bons souvenirs d’elle. «Annie était une personne très gentille, très joviale», se souvient Chantal Fortin, une amie d’enfant Annie St-Arneault. La tuerie de Polytechnique fait aussi renaître de vifs souvenirs chez le maire actuel de La Tuque. Le 6 décembre 1989, Pierre-David Tremblay était un jeune policier en service à Montréal. Il se rappelle toute la gamme d’émotions par lesquelles sont passés les 200 ou 300 policiers touchés de près ou de loin par les événements. Dans les forces policières, rien ne sera plus pareil après la tuerie. Même après 30 ans, la cicatrice de la tuerie de Polytechnique est encore bien visible.

«Il y avait un lien naturel avec la bibliothèque»

AUDREY TREMBLAY, Le Nouvelliste, 6 décembre 2019

La Tuque — En 2015, les dirigeants de la Ville de La Tuque ont rebaptisé l’édifice de la bibliothèque à la mémoire d’Annie St-Arneault, l’une des 14 victimes de la tragédie de l’École polytechnique de Montréal. On souhaitait que la Latuquoise reste gravée dans la mémoire collective des citoyens du Haut Saint-Maurice.

«C’était une suggestion du conseil municipal à ce moment-là pour souligner le 25e. La décision avait été unanime», lance Estelle Paulhus, directrice du loisir et de la culture de Ville de La Tuque. Par ce geste, le conseil municipal désirait rendre hommage à Annie St-Arneault et s’assurer que son histoire traversera le temps.

«C’était une femme qui aimait l’art et la littérature. Il y avait un lien naturel avec la bibliothèque. […] La bibliothèque est un lieu de savoir et d’apprentissage. La tragédie était aussi dans un lieu d’apprentissage et de savoir. C’est un symbole très fort de nommer la bibliothèque», indique Mme Paulhus.

Il s’agissait d’ailleurs du premier bâtiment municipal baptisé au nom d’une personne à La Tuque. D’ailleurs, la famille avait été très touchée par cet honneur. «Ç’a été très important pour mes parents. Ça l’était pour tout le monde, les amis, la famille, mais ç’a été un moment extrêmement important pour mes parents. Cette reconnaissance officielle de la Ville de La Tuque, c’est quelque chose. C’est très significatif», a souligné Serge St-Arneault, le frère d’Annie.

Il y a un espace, à l’intérieur de la bibliothèque, dédié à Annie St-Arneault. AUDREY TREMBLAY

La famille souhaitait alors que les générations futures qui vont fréquenter la bibliothèque puissent avoir accès à la poésie et à d’autres documents, mais surtout qu’ils connaissent le nom d’Annie et qu’ils s’interrogent sur la tragédie qu’ils n’ont pas connue. Un espace à l’intérieur de la bibliothèque est également dédié, depuis 2015, à la mémoire de cette étudiante en génie mécanique décédée à 23 ans en assistant à son dernier cours avant l’obtention de son diplôme.

En 2011, Serge St-Arneault a publié un recueil de poèmes que sa sœur avait rédigé. Ce recueil fait partie des objets exposés à sa mémoire à la Bibliothèque Annie-St-Arneault de La Tuque. «Dès son enfance, elle a démontré ses talents artistiques en écrivant des pièces de théâtre et comme flûtiste. Elle a commencé à écrire des poèmes à l’âge de 12 ans jusqu’à la veille de sa mort à 23 ans. Elle avait aussi un esprit scientifique, non pas pour défendre le féminisme, mais parce qu’elle aimait ça. Déjà à cette époque, elle se souciait des problèmes environnementaux. Sa foi en Dieu était palpable. Le recueil de sa poésie le montre bien. Il s’intitule «Une parole pour traverser le temps».

«Dans la préface de ce recueil, j’écrivais que «son tragique décès nous prive de la présence d’une femme exceptionnelle. Cette poésie, la sienne, nous montre une âme profonde, parfois tourmentée. C’est notre souhait que ce recueil lui redonne un droit de parole qui lui a été injustement enlevé. Le message que j’aimerais laisser est précisément celui de l’importance de préserver le souvenir d’Annie», a conclu Serge St-Arneault.

Commémoration

Ce vendredi 6 décembre à 16 h 30, le Toit de l’amitié, une maison d’hébergement et de services pour femmes victimes de violence conjugale, organise un rassemblement à la bibliothèque Annie St-Arneault. «C’est une commémoration. On va lire un texte. On pense aux 14 victimes et on se rappelle que la folie des hommes peut encore tuer des femmes. C’est à 16 h 30 parce que c’est arrivé à la brunante aussi en 1989. On veut garder cet esprit-là», a indiqué Ginette Girard, coordonnatrice du Toit de l’amitié.

Polytechnique: une tragédie «qui fait partie de notre identité collective»

AUDREY TREMBLAY, Le Nouvelliste, 6 décembre 2019

La Tuque — La tuerie de Polytechnique a marqué profondément la société québécoise. Trente ans plus tard, on commémore les tristes événements du 6 décembre 1989. Cette journée-là, Serge St-Arneault a perdu sa sœur, la Latuquoise Annie St-Arneault. Aujourd’hui, il souhaite que la mémoire de sa sœur traverse le temps, que le gouvernement prenne ses responsabilités dans le contrôle des armes à feu et que le courage de prendre la parole apporte un baume sur les âmes blessées.

«Les femmes vivent encore des drames, les femmes sont encore violentées, il y a encore des femmes qui sont assassinées par arme à feu par des hommes encore aujourd’hui. Les statistiques montrent qu’il faut continuer de prendre tous les moyens nécessaires pour protéger les femmes. Il faut lutter contre la violence faite aux femmes. Je pense que l’un des moyens efficaces est celui du contrôle des armes à feu. Mon souhait, c’est qu’au Canada il y ait un réel contrôle des armes à feu», lance Serge St-Arneault.

Trente ans après le drame, il a enfin pu rencontrer Monique Lépine, la mère de Marc Lépine, l’auteur du meurtre des 14 étudiantes de l’École polytechnique de Montréal. C’est avec une grande nervosité qu’il s’est rendu à cette rencontre dernièrement.

«J’avais le sentiment de devoir le faire. J’étais prêt à la rencontrer et j’avais un désir de la rencontrer. Ç’a été un moment d’apaisement mutuel. […] Le drame est toujours là, la cicatrice est toujours là, mais le baume vient apaiser. Je comprenais son drame et elle comprenait le mien. On s’est retrouvé à travers le drame qu’on partage.» «C’est ensemble, dans le partage, qu’on peut surmonter les épreuves et trouver un sens à la vie au-delà des drames. C’est un peu ça que j’ai essayé de partager avec elle.»

L’année du drame, raconte-t-il, il s’était retrouvé à l’oratoire Saint-Joseph en compagnie de quelques familles des victimes. «Je me souviens du père d’une des victimes. Il disait que c’était dommage de ne pas pouvoir rencontrer madame Lépine puisqu’elle est aussi une victime comme nous. […] Quand je l’ai rencontrée, je lui ai dit que déjà, il y a trente ans, on avait le désir de la rencontrer, mais qu’on ne savait pas comment faire. Trente ans plus tard, je l’ai fait au nom des familles», souligne Serge St-Arneault. Ce dernier lui a dit, entre autres, qu’il l’avait toujours considérée comme une victime, comme «l’une d’entre nous». Ce moment n’a pas été sans émotion.

Trente ans après le drame, Serge St-Arnault n’est plus seulement Serge, il est devenu le «frère d’Annie St-Arneault.» «Pour moi, que je le veuille ou non, il n’est pas et ne sera jamais question de passer à autre chose»! Cette nouvelle identité me colle à la peau. […] Les souvenirs douloureux s’intègrent en nous, en tant qu’individus ou sociétés. Ces souvenirs forgent notre identité.»

«La tragédie de Poly nous colle tous à la peau. Elle fait maintenant partie de notre identité collective. À vrai dire, c’est plus profond qu’un simple tatouage. Depuis lors, nos choix et notre détermination comme groupe social à lutter pour l’égalité hommes-femmes à tous les niveaux ont été, sont et seront encore inspirés par la tragédie de la Poly. D’où l’importance de préserver cette douloureuse mémoire», note-t-il.

Impossible de tourner la page sur une histoire comme celle-là, les cicatrices de blessures sont éternelles pour M. St-Arneault. Malgré la grande douleur, il faut se souvenir pour agir et travailler ensemble pour bâtir un monde meilleur.

Annie St-Arneault

Cela passe, notamment, par un meilleur contrôle des armes à feu. D’ailleurs, il milite en ce sens depuis plusieurs années. Encore récemment, il signait une lettre adressée au ministre de la Sécurité publique et de la Protection civile, Bill Blair, demandant de mettre en œuvre un moratoire immédiat sur la vente des armes d’assaut, ainsi qu’une interdiction permanente sur l’importation et la fabrication des armes de poing. «La volonté de la majorité en faveur d’un meilleur contrôle des armes à feu est également issue de ce drame. Cette volonté est d’ailleurs partagée par l’ensemble des Canadiens partout au pays», insiste-t-il.

Durant la récente campagne électorale fédérale, le Parti libéral s’est engagé à bannir les armes d’assaut et permettre aux municipalités qui le souhaitent d’interdire les armes de poing sur leur territoire. «De toute évidence, demander aux municipalités d’interdire les armes de poing serait non seulement inefficace, mais irréaliste compte tenu des luttes politiques longues et acrimonieuses contre le lobby des armes auxquelles ferait face tout maire», estime M. St-Arneault. «C’est au niveau fédéral seulement qu’on peut parvenir à un certain résultat tangible», ajoute-t-il.

La parole libératrice

Le livre «Ce jour-là. Parce qu’elles étaient des femmes» sera lancé prochainement. L’ouvrage de l’auteure Josée Boileau fera, entre autres, le fil des événements et rendra hommage aux victimes.

«Il y a quelques pages sur chacune des femmes. J’ai vu le texte sur Annie. Ça donne un tableau assez complet de sa vie, ses moments forts. Il y a des citations de sa plus grande amie d’enfance qui s’appelle Sonia Beauregard. «Elle aussi a fait un cheminement extraordinaire il y a quelques mois. Trente ans plus tard aussi. On a repris contact. La parole libératrice… trente ans plus tard Sonia a réussi à trouver les mots pour dire ce qu’elle portait dans le plus profond d’elle-même depuis tant d’années.»

Serge St-Arneault dit «elle aussi», parce qu’il fait référence au récent témoignage d’Yves Bouchard, l’un des deux professeurs présents dans la salle de classe où a surgi Marc Lépine avec une arme à feu. «Ça fait 30 ans qu’il garde ça dans son cœur, il n’a jamais été capable d’en parler. […] En ce triste, car il n’y a rien de réjouissant, trentième anniversaire du drame de la Poly, une parole surgit enfin, prélude d’un début d’apaisement. C’est le cas d’Yves Bouchard. […] Sa petite-nièce, Pascale Devette, n’a pas vécu l’époque du drame. C’est pour elle que son oncle a ouvert son cœur, trente ans plus tard.»

«Au même moment, Monique Lépine a présenté son livre intitulé « Renaître. Oser vivre après une tragédie». Croyante, son livre expose son cheminement vers une reconstruction, une transformation progressive menant à une guérison individuelle et collective. À vrai dire, une démarche spirituelle».

Serge St-Arneault pense qu’à travers ses écritures et ses conférences Mme Lépine a su trouver une parole de consolation. «Elle partage son drame, mais beaucoup de gens se reconnaissent dans le drame qu’elle a vécu. Tout le monde vit un drame dans sa vie à un moment ou un autre. La parole devient un lieu de partage et de réconciliation, d’apaisement… Je fais référence à la parole dans le sens qu’Annie était poète. Son recueil de poésie. Il y a des éléments un peu dramatiques là-dedans aussi.»

«Il me semble que les deux livres cités ne se contredisent pas. À leur façon, ces deux livres rendent honneur au désir d’Annie que «sa parole traverse le temps», a-t-il conclu.

Polytechnique, un 6 décembre

Par Jacques Gauthier, écrivain

Quand arrive le 6 décembre, c’est inévitable, je me rappelle la tuerie de l’École polytechnique de Montréal. C’était en 1989, j’avais rencontré à la maison, quelques mois avant la tragédie, Annie St-Arneault, âgée de dix-huit ans, sœur de mon ami Serge, missionnaire d’Afrique. Elle sera tuée avec treize jeunes femmes par Marc Lépine, blessant quatorze autres personnes, avant de se suicider.Vingt-neuf ans plus tard, je me souviens. Chaque année, nous commémorons ce triste événement, pour ne pas oublier l’inoubliable? La blessure ne se referme pas aisément au cœur des amis et des familles qui sont proches des victimes. Ce devoir de mémoire est vital; il permet de ne pas oublier et il suscite désengagements comme celui d’un meilleur contrôle des armes à feu. Je dédie ce poème à mes quatorze sœurs à peine éteintes.

L’étudiante du 6 décembre

fixe l’horizon qui s’assombrit 

larmes de sang sur la neige

le tireur marque le pas

fauchant dans l’ombre

des fleurs à peine écloses

Le soir frisquet tombe

retour à la demeure du cœur 

l’aumône d’un requiem

ferveur des respirations

chant fraternel et silencieux

des fruits à peine ouverts

Tant de peurs et de cris

transmis de mères en filles

les armes s’entrechoquent

on entend l’écho des pleurs

ces secrets qui s’échappent

des vies à peine mûries

L’Avent presse le jour

brûle avec l’encens

le cortège s’arrête

cierges à la main

la cire fondue au feu

des âmes à peine éteintes 

Pour aller plus loin: voir le site Polysesouvient et celui de Serge St-Arneault.
Lire aussi sur le blogue de Jacques Gauthier : La tuerie de Newtown.

Bureau d’intégration des nouveaux arrivants de Montréal et dévoilement du projet « La Place des Montréalaises »

BINAM-FORMATION-06

Le Bureau d’intégration des nouveaux arrivants de Montréal (BINAM), qui s’est donné comme mission de créer les conditions permettant d’accélérer le processus d’intégration des nouveaux arrivants afin de maximiser leur participation à la vie collective montréalaise, avait invité le Centre Afrika a participer à deux jours de formation les 5 et 6 septembre 2018 pour « développer des projets intégrés à impact social fort » en prévision du dépôt de nouveaux appels à projets qui seront cruciaux pour la continuité de nos services pour les deux prochaines années.

Cette rencontre avait lieu dans les locaux de l’ancienne usine de métallurgie[1] La Fonderie Darling située dans quartier de la Cité du Multimédia de Montréal. Quelques coins de rue suffisent pour offrir des points de vue vraiment disparates : les hauts édifices de Montréal (2), le parc Éphémère (3) et un vieil édifice en démolition (4). On y trouve même un traiteur ambulant de cuisine indienne.

Le métro Square-Victoria-OACI au pied de la Tour de la Bourse est à quelques minutes de marche de la Fonderie Darling. Or, le soir du 5 septembre, je reçois une invitation de la mairesse de Montréal, Valérie Plante, pour assister au dévoilement du lauréat du concours international d’architecture de paysage pluridisciplinaire Place des Montréalaises[2]. L’événement avait lieu le 6 septembre vers 13h30 sur la terrasse de l’Hôtel de Ville.

BINAM-FORMATION-19

Je n’étais même pas au courant de ce projet! Il s’agit d’un projet d’envergure qui surplombera la bretelle de l’autoroute Ville-Marie et la rue Saint-Antoine pour éliminer la brisure avec le Vieux-Montréal. Les noms de 21 Montréalaises qui ont marqué l’histoire de la ville, comme Jeanne-Mance et Marie-Josèphe Angélique de même que les 14 victimes du drame de la Polytechnique, seront bien visibles. Le concours lancé en 2017 privilégiait cette commémoration.

Je me sentais perdu au milieu de tous ces journalistes et caméras de télévision. Discrètement, je me suis adressé à une adjointe de ma mairesse si je pouvais lui parler une petite minute.

— « Bonsoir, je suis le frère d’Annie St-Arneault, l’une des victimes de la Poly. Nous nous sommes brièvement croisés lors de la présentation de la motion votée unanimement par le conseil de ville pour bannir la vente d’armes de poing et d’assaut. »

— « Oui, je me souviens. »

— « Saviez-vous que vous êtes une arrière-petite-cousine d’Annie qui figure parmi celles que vous voulez honorer la mémoire à la Place des Montréalaises? »

— « Non! D’ailleurs, beaucoup de gens me demandent qui sont mes ancêtres et je ne le sais pas. »

— « Et bien, vous êtes de la lignée de Paul Bertrand dit St-Arnaud qui est venu en Nouvelle-France autour de 1690. Celui-ci a épousé Gabrielle Barideau. Ils ont conçu Marguerite Bertrand dit St-Arnaud en 1712. Là est votre lignée, onzième génération à partir de notre ancêtre commun. »

J’ai promis de lui remettre bientôt son arbre généalogique complet compilé grâce au travail bénévole des membres de l’Association des descendants de Paul-Bertrand dit St-Arnaud.

De la terrasse de l’Hôtel de Ville, je suis retourné à La Fonderie Darling. Une heure plus tard, Valérie Plante était là aussi pour remercier les 120 personnes réunis et conclure la formation offerte par le BINAM.

________________________

[1] La fonderie Darling construite en 1880 par les Frères Darling (Darling Brothers) dans le but de répondre à la demande de métal pour la machinerie, la construction navale et l’industrie ferroviaire. Le complexe agrandi en 1888 et 1818 contenait 4 édifices et était le deuxième en importance à Montréal. Il a atteint sa pleine capacité en 1970 et employait 800 personnes. Achetée par la Pumps & Softener Company en 1971, la fonderie fermera définitivement ses portes en 1991.

[2] La place des Montréalaises sera aménagée dans le quadrilatère formé par l’avenue de l’Hôtel-de-Ville, la rue Saint-Antoine Est, la rue Sanguinet et l’avenue Viger Est.

Document PDF : article publié sur ICI Radio-Canada.

La place des Montréalaise PDF