Les temps changent

Par Serge St-Arneault, M.Afr, 28 décembre 2021

Notre récente évolution sociale

Je vous parle d’un temps que les moins de 60 ans ne connaissent pas. Ma génération dite des bébés boomers a vécu la fin d’une époque; celle d’une société canadienne-française tricotée serrée peuplée de familles nombreuses, catholiques et francophones. Jusqu’à mes dix ans, la messe était célébrée en latin. Les prières enrobaient mystérieusement un sens du sacré sous le regard d’un Dieu omniprésent. La peur de tomber dans le péché ainsi que les lois et obligations de l’Église permettaient de tracer un chemin menant au salut. Il s’agissait de suivre le courant.

Cimetière et, au loin, l’église de Saint-Adelphe

Or, ce courant a brusquement changé de direction au tournant de ladite Révolution tranquille du Québec. Mes neveux et nièces n’ont aucune expérience de cette époque. La rupture est réelle et normale. Les liens si importants avec les membres de la parenté au village ancestral de Saint-Adelphe ne sont plus possibles. Sauf quelques cousines et cousins, la majorité de cette parenté est enterrée au cimetière du village.

Un vieil immeuble qui se lézarde

La pratique religieuse, jadis si importante, s’est drastiquement effondrée. Depuis bientôt deux ans, les mesures sanitaires provoquées par la pandémie de la Covid-19 ont pour effet de réduire encore davantage le nombre de croyants qui persistaient à se rendre à l’église. La foi chrétienne semble être comme un vieil immeuble qui se lézarde avant de tomber. À cela s’ajoute le silence médiatique de la structure pyramidale de l’Église que, de toute façon, personne n’écoute.

Le monde a changé

Selon le père Joseph De Mijolla, prêtre français de 83 ans; « Nous sommes dans une extension de science et de technique qui n’en finit pas et qui est irréversible. (…) Ce à quoi nous assistons aujourd’hui n’est pas seulement le résultat d’un renouvellement générationnel, mais d’un basculement civilisationnel et anthropologique sans précédent. »

Dans une large mesure, il en est de même au Québec. De plus, la technologie numérique annonce l’éclosion d’un monde parallèle visuel qui occupera de plus en plus notre quotidien. Bientôt, il nous sera possible de créer des personnages numériques dont la réalité dite augmentée rivalisera avec nos cinq sens grâce à une réalité virtuelle ultraréaliste. Préparez-vous, le métavers1 s’en vient!

Le changement déstabilisateur

Les structures qui défient l’épreuve du temps sont celles qui parviennent à s’adapter, à innover, à se réinventer. Tout est constamment en évolution même au sein d’une tradition millénaire. Nous devons alors distinguer l’essentiel de l’accessoire. La messe en latin a fait place aux langues vernaculaires. Ce changement, fruit du Concile Vatican II, a permis l’accessibilité de la parole de Dieu, de l’Évangile, à des millions de croyants. Le carcan d’un rituel liturgique immuable a laissé place à une éclosion extraordinaire de nouveaux chants et expressions rituelles plus significatives. Je le sais pour l’avoir vécu en Afrique, tout particulièrement en République Démocratique du Congo.

Ces changements n’enlèvent pourtant rien à l’essentiel du rituel de la célébration eucharistique. Or, un certain nombre, attaché à la tradition, a joint des mouvements plus conservateurs tel que les catholiques lefebvristes. D’autres, les plus nombreux, ont carrément quitté le bateau pour voguer sur d’autres océans de l’éventail spirituel mondial ou, tout simplement, décidé d’être seuls à bord.

L’inévitabilité des changements

L’accélération des changements des récentes décennies n’est que le prélude de changements plus importants en gestation. Notre écosystème planétaire est aux abois. Les changements climatiques se font de plus en plus sentir; inondations, feu de forêt, tornades, etc. Des populations entières sont en mouvement migratoire pour fuir l’oppression, la guerre, la pauvreté.

La pression exercée de ces mouvements migratoires sur les pays plus nantis, comme le nôtre, provoque des réactions défensives dont carbure un nationalisme étroit d’extrême droite. La polarisation des opinions, particulièrement politiques, s’accentue, particulièrement aux États-Unis. Cela n’augure rien de pacifique.

Un renouveau spirituel est possible

Je demeure néanmoins persuadé que l’Église Catholique peut encore être pertinente dans notre monde malgré les crises qui mine sa crédibilité depuis quelques décennies. Même si des voix discordantes se font entendre en son sein, la route du renouveau est tracée sous le leadership du pape François.

En effet, ayant appris que tout vient du Père et que tout nous est donné en son Fils Jésus, l’Esprit Saint continu de nous inspirer pour mieux partager la joie de notre foi chrétienne et à constamment la redécouvrir.

Notre attention ne se tourne pas vers la structure millénaire de l’Église, mais vers le message initial de Jésus, l’homme de Nazareth. L’Église restera l’Église de Dieu tant et aussi longtemps qu’elle proclamera humblement le message révolutionnaire de l’Évangile.

Selon le père Joseph De Mijolla, « nous avons besoin non seulement de la foi, mais de folle spontanéité dans la foi, d’inventivité dans la foi, dans les mots, les actes, les gestes, les images, les silences, l’amour et le respect… La spontanéité délicate de l’Esprit Saint. »

Conclusion

J’ai été ordonné prêtre en 1987 après quelques années d’études en Angleterre. L’ouverture à l’internationalité est ce que je cherchais et c’est ce que j’ai expérimenté au sein de la Société des Missionnaires d’Afrique. Nous sommes une famille spirituelle issue de la vision du Cardinal Lavigerie, archevêque de Cartage et d’Alger à la fin du XIXe siècle. Infiniment reconnaissant de cet héritage, j’ai la ferme conviction que mon sacerdoce repose avant tout sur mon désir de vivre mon appel missionnaire en fidélité avec le message de Jésus. Les Missionnaires d’Afrique me donne l’encadrement nécessaire pour réaliser ma vocation. Grand merci!

Nous avons tous besoin d’être structuré ou encadré en tant que société et individu. C’est le propre de l’évolution socio-économique des peuples. Malheureusement, il peut arriver qu’une structure sombre dans des formes d’aliénation. Cela peut être le cas de régimes politiques, économiques, culturels, familiaux ou religieux. Il faut alors avoir le courage de les condamner et de proposer des alternatives. Rien ne doit être figé dans le béton. C’est à ce niveau que la foi chrétienne est inconfortable, même au cœur de la vie de l’Église structurée. Elle se doit d’être en perpétuelle réformation.

Qui sait? D’ici quelques années, certains de nos rassemblements dominicaux se feront sur le métavers où il sera possible de se retrouver dans une immense salle virtuelle pour célébrer la messe. De la même manière que nous recevons en temps réel la bénédiction papale urbi et ordi2, la pandémie nous a appris qu’il est possible de communier spirituellement au corps du Christ en suivant la messe sur un écran de télévision. La foi se doit d’être inventive. Ayons confiance!

Dernière remarque

Nous n’avons pas célébré la fête de Noël en famille cette année, pandémie oblige. Les décorations, normalement si abondantes, ont pratiquement disparu, sinon incontestablement diminuées, surtout devant les maisons et le long des rues. Les églises sont restées vides. Nous sommes loin des Noëls de mon enfance. L’ambiance n’y est plus, ou presque. Les baby-boomers se font vieux et c’est tant mieux. La frénésie des cadeaux s’est atténuée. Les pères Noël de rouge vêtu rient jaune, eux qui prenaient tout l’espace visuel au détriment de l’enfant de la crèche. La fête de Noël a enfin une chance de redevenir spirituellement significative. C’est mon espoir! Et vous?

  1. Le «métavers» (contraction de méta-univers, «metaverse» en anglais), est une sorte de doublure numérique du monde physique, accessible via internet. Ce concept, qui n’en est qu’à ses balbutiements, doit permettre de se libérer des contraintes physiques en multipliant les interactions humaines via la 3D.
  2. Une bénédiction urbi et orbi est une bénédiction solennelle, prononcée par le pape à certaines occasions religieuses importantes du culte catholique, spécialement les jours de Pâques et de Noël. Elle est précédée d’un message et assortie d’une indulgence plénière. Dans la pratique actuelle, elle est prononcée depuis le balcon de la basilique Saint-Pierre, dans l’État du Vatican.

AUTRES LIENS :

QU’EST-CE QU’ON EST VENU FAIRE ICITTE?

Gérard Bouchard, 31 décembre 2021

Historien, sociologue, écrivain, Gérard Bouchard enseigne à l’Université du Québec à Chicoutimi dans les programmes d’histoire, de sociologie/anthropologie, de science politique et de coopération internationale. Il est titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les imaginaires collectifs.

JULIE JAMMOT, AGENCE FRANCE-PRESSE, La Presse, 7 janvier 2022

(Las Vegas) « Qu’est-ce que le métavers sans les sensations ? C’est juste des avatars », lance José Fuertes, dont la veste haptique, garnie de capteurs, permet de sentir aussi bien les câlins que les coups de poing en réalité virtuelle.

La nouvelle normalité, Crime organisé montréalais

Pendant que les très jeunes membres de gang de rue se tirent dessus et font la manchette, les organisations criminelles traditionnelles, motards et mafia notamment, se réorganisent dans l’ombre. À d’autres époques, celles-ci auraient pu calmer le jeu, mais pas cette fois, la pandémie ayant chamboulé leur mode opératoire d’antan. Regard sur cette nouvelle normalité.

DANIEL RENAUD, LA PRESSE,  27 décembre 2021

PHOTO : MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

Une collaboration accrue à cause de la pandémie

La pandémie de COVID-19 a, depuis un an et demi, contribué à accroître les échanges de services entre groupes criminels à Montréal, qui ont pu ainsi s’adapter et surmonter les obstacles créés par les mesures de restriction.

Ces échanges accrus et nouveaux partenariats ont aussi permis à des individus d’amplifier leur influence au sein du crime organisé montréalais, au détriment d’autres acteurs.

Le prix du kilogramme de cocaïne était d’environ 45 000 $ avant la pandémie et il a atteint un sommet de près de 80 000 $ au plus fort de la crise sanitaire, vraisemblablement en raison d’une rareté provoquée par la fermeture des frontières.

La nouvelle normalité

Le trafic de stupéfiants est l’une des principales activités des groupes criminels.

Pour ce faire, il faut des investisseurs, des importateurs, des fournisseurs de produits précurseurs, des transporteurs, des « portes » pour faire entrer la drogue au Québec, des distributeurs, des fabricants ou des transformateurs, des réseaux de vendeurs, des courriers et des facilitateurs pour blanchir les profits.

Simultanément, les lucratifs paris sportifs, les maisons de jeu clandestines, les fraudes, les extorsions (pizzo) et l’infiltration de l’économie légale servent à financer des activités criminelles, dont les importations et le trafic de drogues, et stimulent le prêt usuraire, lui aussi très payant.

Plusieurs volets des opérations de trafic de stupéfiants ont été plus compliqués depuis le début de la pandémie, durant un certain temps du moins, et les groupes criminels ont dû s’entraider pour maintenir ou accroître leurs profits.

« Ils travaillent tous ensemble en ayant chacun leur spécialité. En temps de COVID-19, alors que les conteneurs restent bloqués et que des produits sont en rupture de stock dans les magasins, les criminels aussi ont plus de difficulté à s’approvisionner. Pour continuer d’avoir des occasions d’affaires, ils ont davantage besoin des services et des spécialités d’autres individus comparativement à avant, lorsque la vie était normale. Le crime organisé a dû s’adapter. Les spécialistes et les domaines d’affaires sont devenus plus importants », explique le patron des enquêtes à la Sûreté du Québec, l’inspecteur-chef Benoit Dubé.

« Il a fallu que les gens se réinventent et tissent encore plus de liens, ajoute le commandant de la Division du crime organisé du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), Francis Renaud. Ils ont dû être créatifs dans leurs modèles d’affaires. »

La pandémie a fait qu’il y a eu des alliances qu’on n’aurait jamais vues avant, parce que des gens pouvaient garantir d’avoir le produit ou le service que l’autre cherchait.

Francis Renaud, commandant de la Division du crime organisé du SPVM

De son côté, la Gendarmerie royale du Canada (GRC) ne peut dire si les liens entre groupes criminels se sont intensifiés depuis la pandémie. Elle affirme toutefois que les relations « sont étroites » depuis deux ans entre les Hells Angels de la section de Montréal et la mafia en particulier, dont les membres les plus influents se rencontrent régulièrement, comme lors d’une fête tenue le 10 décembre au Café Bellerose à Laval.

« Des Hells Angels qui s’affichent de façon régulière dans des cafés italiens, ce n’est pas quelque chose que l’on voyait avant. Leurs relations ne se situent pas seulement au niveau des activités criminelles, ils s’affichent ensemble, indique Julie-Anne Moreau, analyste en renseignement criminel sur le crime organisé à la Division C (Québec) de la GRC. Ce qui est particulier, c’est que les Hells Angels de Montréal ont établi des liens avec différentes cellules du crime organisé traditionnel italien (COTI) qui ne se côtoient pas tant que ça. »

Les Hells Angels de Montréal deviennent ainsi un peu comme un dénominateur commun.

Julie-Anne Moreau, analyste en renseignement criminel sur le crime organisé à la Division C (Québec) de la GRC

Le prix du kilogramme de cocaïne serait à environ 36 000 $ actuellement – moins cher qu’avant la pandémie –, ce qui signifie que les importateurs n’auraient maintenant pas de difficulté à faire entrer cette drogue au Québec.

La coexistence est également perceptible dans les opérations de paris sportifs. Alors que le clan sicilien de la mafia en avait pratiquement l’exclusivité à une certaine époque, les profits sont maintenant partagés entre quelques factions du crime organisé montréalais. Ces profits peuvent devenir un facteur de négociation entre groupe criminels, soutient le sergent Kevin Ross, responsable du renseignement criminel sur le crime organisé à la Division C de la GRC.

Une nouvelle table de direction ?

La nouvelle normalité. PHOTO CATHERINE LEFEBVRE, ARCHIVES COLLABORATION SPÉCIALE, PHOTOMONTAGE LA PRESSE. Martin Robert

Ces échanges de services auraient fait en sorte que depuis un an, des individus seraient devenus plus importants dans l’entourage des membres les plus influents du crime organisé, que la police identifie comme étant notamment les Hells Angels Martin Robert et Stéphane Plouffe, de la section de Montréal.

Robert serait non seulement le Hells Angel le plus influent au Québec, mais l’un des plus importants, sinon le plus influent au Canada, pense la police.

La nouvelle normalité, PHOTO CATHERINE LEFEBVRE, ARCHIVES COLLABORATION SPÉCIALE, PHOTOMONTAGE LA PRESSE, Stéphane Plouffe

La SQ croit qu’une nouvelle alliance, un peu comme l’alliance mafia-motards-gang décapitée dans l’opération Magot-Mastiff en novembre 2015, ou qu’une nouvelle table de direction mafia-motards composée entre autres de Martin Robert et Stéphane Plouffe, ainsi que des mafieux Marco Pizzi, Davide Barberio et Erasmo Crivello, serait en train d’être recréée à Montréal.

Mais ce scénario est réfuté par une source du milieu criminel qui affirme que des individus différents du crime organisé règlent des conflits ou encadrent des opérations, selon le cas.

La nouvelle normalité. Erasmo Crivello, Davide Barberio (en bas) et Marco Pizzi (lunettes)

« C’est plutôt une table de direction avec des chaises vides. C’est du cas par cas. Les visages des gens assis sur les chaises changent selon les besoins et situations. Avec la pandémie, il y a une plus grande coexistence entre les groupes. C’est comme s’il y avait davantage de covoiturage », a imagé notre source.

« Les groupes et individus qui ont le plus de territoires ou d’activités, ceux qui ont le plus d’influence, seront plus souvent présents à ces tables », renchérit l’analyste de la GRC Julie-Anne Moreau.

Des braises rougeoyantes

La police considère que les Hells Angels et la mafia sont les groupes criminels les plus forts à Montréal. Mais il y a également d’autres groupes puissants, comme le crime organisé libanais – très présent à Laval –, le crime organisé grec et d’autres organisations criminelles qui sont moins souvent inquiétées par la police.

La nouvelle normalité. PHOTOMONTAGE LA PRESSE

La police observe également certains liens entre les groupes criminels de Montréal et ceux de l’Ontario ; depuis peu, un Hells Angel ontarien, Rob Barletta, connu pour être impliqué dans les paris sportifs, porte les couleurs de la section de Montréal.

Les observations policières suggèrent également que le chef de gang Gregory Woolley serait revenu dans le giron des Hells Angels de la section de Montréal, alors que sa peine et ses conditions judiciaires sont terminées depuis la fin de novembre.

Les organisations criminelles font encore appel aux membres de gangs de rue pour effectuer des contrats de tous genres.

Pour le moment, le crime organisé montréalais a toujours une structure cellulaire et non pyramidale.

La nouvelle normalité. PHOTMONTAGE LA PRESSE, Stefano Sollecito (à gauche) et Leonardo Rizzuto

La mafia n’a toujours pas de chef. Le clan des Siciliens, l’ancien clan Rizzuto, est toujours considéré comme le plus fort, mais son influence diminuerait constamment.

Le clan Sollecito-Rizzuto n’est pas faible mais il est vulnérable. Leur étoile n’est pas en train de briller, elle est en train de pâlir.

Le sergent Kevin Ross, responsable du renseignement criminel sur le crime organisé à la Division C de la GRC

La mafia est encore instable. Il y a eu une accalmie après les assassinats des mafieux putschistes Salvatore et Andrew Scoppa en 2019, mais des tensions ont commencé à réapparaître.

La tentative de meurtre dont a été victime le chef de clan Serafino Oliverio le mois dernier en est une démonstration.

La nouvelle normalité. PHOTOMOMTAGE LA PRESSE, Serafino Oliverio

« Actuellement, ce sont des tensions qui sont beaucoup plus reliées aux activités criminelles qu’à une guerre de pouvoir », explique Julie-Anne Moreau, analyste à la GRC.

Pendant que les conditions judiciaires d’individus influents tombent, d’autres sortiront du pénitencier dans les prochains mois et les prochaines années, et voudront reprendre leur place.

Une lutte pour savoir quel clan de la mafia s’assoira ou discutera d’égal à égal avec les Hells Angels pourrait alors s’engager, appréhende la police.

Gangs de rue et armes à feu : « On vit quelque chose qu’on n’a probablement jamais vécu »

Le commandant de la Division du crime organisé du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), Francis Renaud, l’affirme sans détour : « On vit quelque chose qu’on n’a probablement jamais vécu en termes de violence par armes à feu à Montréal. La police fait sa part, mais on serait incapables d’en venir à bout sans l’aide d’autres instances. C’est tout le système qui est actuellement sous pression. »

« Même s’ils n’ont jamais réellement disparu », selon le commandant Renaud, les gangs de rue ont fait parler d’eux cette année à Montréal. Ce qui est nouveau, dit-il, c’est que leurs membres sont plus jeunes que ceux des gangs des dernières décennies et qu’ils ont plus d’armes à feu.

Et ils les utilisent pour viser également des victimes très jeunes. Trois d’entre elles, des adolescents de 15 et 16 ans, ont été tuées, dont deux par balles ; des crimes à propos desquels les policiers sont loin d’être insensibles.

« Nos policiers se donnent et travaillent très fort. Je ne veux pas manquer de respect aux familles de ces trois adolescents tués, mais on se voit tous dans Meriem Boundaoui, Thomas Trudel ou Jannai Dopwell-Bailey », assure le commandant Renaud.

Selon lui, les réseaux sociaux ont contribué à accroître la violence, notamment en facilitant l’acquisition d’armes à feu et en exacerbant les conflits entre individus ou groupes.

La nouvelle normalité. PHOTO MARTIN TREMBLAY, ARCHIVES LA PRESSE.
Armes à feu saisies récemment par le SPVM

« C’est la fameuse culture de la violence et la banalisation de cette violence, dit-il. La banalisation s’effectue au travers des vidéos que ces jeunes regardent ou de la musique qu’ils consomment ou composent. Tout ça pour avoir de la notoriété, devenir hood famous. Ces jeunes s’abreuvent de cela, c’est un mode de vie. La police, on s’attaque à une culture. Et comme on le dit souvent, on ne peut pas mettre cette culture en prison. »

Ils n’écoutent plus leurs aînés

Le fait que les membres des gangs émergents d’aujourd’hui soient plus jeunes, même souvent mineurs, et le fait qu’ils possèdent beaucoup plus d’armes à feu que leurs prédécesseurs constituent deux ingrédients d’un cocktail explosif.

D’autant plus que ces jeunes armés ne seraient plus très réceptifs envers les membres de gangs plus vieux, surnommés les vétérans, ou les anciens membres de gangs devenus des acteurs importants du crime organisé montréalais, comme Gregory Woolley.

La nouvelle normalité. PHOTO PATRICK SANFAÇON, ARCHIVES LA PRESSE.
Gregory Woolley

« On ne voyait jamais des gens de moins de 20 ans jadis. Il y a 10 ou 12 ans, on utilisait des jeunes parfois pour effectuer certaines tâches, mais présentement, il n’est pas rare que nos jeunes aient moins de 18 ans, des mineurs avec des armes à feu », explique le commandant Renaud.

Plus ils sont jeunes, moins ils vont écouter les plus vieux. C’est ce que la rue nous dit présentement. Il n’y a personne qui est capable d’influencer positivement ou de calmer le jeu.

Francis Renaud, commandant de la Division du crime organisé du SPVM

Selon l’officier, il serait étonnant que les membres du crime organisé veuillent intervenir auprès des membres de gangs émergents qui multiplient les fusillades depuis deux ans, « pour ne pas ouvrir un panier de crabes ». « Les membres du crime organisé n’ont rien à gagner », dit-il.

Le commandant Renaud croit même que ces fusillades font l’affaire des criminels organisés, car les projecteurs de la police sont braqués ailleurs que sur eux.

« C’est sûr et certain que lorsqu’on regarde à droite, il y en a qui en profitent à gauche », affirme l’officier.

Conflits internes

Les membres des gangs de rue émergents sont surtout impliqués dans les fraudes, le trafic de stupéfiants et le proxénétisme, des activités qui leur servent à se payer des armes.

Malgré leur jeune âge, ils vendent d’étonnantes quantités de stupéfiants, qu’ils offrent même sur des territoires appartenant historiquement à des organisations criminelles établies.

Selon Francis Renaud, les gangs de rue contrôlent encore des territoires, mais ceux-ci ne sont plus aussi hermétiques qu’avant, dans le sens où, par exemple, un membre d’un gang peut habiter dans le secteur d’un autre groupe.

Alors qu’à une certaine époque, les conflits opposaient les Rouges et les Bleus, il y a aujourd’hui des querelles entre membres de groupes d’une même allégeance rouge ou bleue.

Des conflits qui ont débuté à Montréal peuvent se déplacer à Laval, et l’inverse est aussi vrai.

Pour joindre Daniel Renaud, composez le 514 285-7000, poste 4918, écrivez-lui à son adresse courriel ou à l’adresse postale de La Presse.

LIEN

PolySeSouvient se dit fatigué, mais non moins déterminé

Marco Bélair-Cirino, Le Devoir, 11 décembre 2021

Lundi 6 décembre 2021. La lumière de gyrophares éclabousse les arbres de part et d’autre du chemin Olmsted, qui serpente autour du mont Royal. Le convoi du premier ministre Justin Trudeau s’éloigne lentement du belvédère Kondiaronk, d’où 14 faisceaux lumineux s’élancent vers le ciel tourmenté, rappelant la mémoire des étudiantes tuées par balles lors de l’attentat antiféministe perpétré à l’École Polytechnique de Montréal, 32 ans plus tôt.

Passé en coup de vent, le chef du gouvernement canadien a laissé derrière lui une rose blanche et la promesse de soutenir la lutte contre la violence par armes à feu.

Plus de trois décennies après la tragédie du 6 décembre 1989, les figures de proue du groupe pour le contrôle des armes PolySeSouvient, Nathalie Provost et Heidi Rathjen, ne demandent qu’à croire Justin Trudeau, notamment lorsqu’il promet de retirer les armes à feu de style militaire opérationnelles des mains des Canadiens en échange d’une compensation financière.

« Il y a la fatigue, la frustration qui s’installent », fait remarquer Heidi Rathjen, après des années de batailles pour un contrôle accru des armes à feu au Canada durant lesquelles les avancées et les reculs ont été nombreux. « Même quand on gagne, on perd », dit la témoin de la tuerie du 6 décembre 1989, ayant en tête les « promesses électorales brisées » et les mesures de contrôle « anéanties par des tricheries réglementaires ».

« On ne peut pas faire cela pour l’éternité », lâche Heidi Rathjen. Pourtant, « beaucoup reste encore à faire », constate la coordonnatrice de PolySeSouvient, tout en pointant la recrudescence de la violence liée aux armes à feu et les 18 féminicides survenus au Québec depuis le début de l’année.

L’« adrénaline » ayant gagné Nathalie Provost le jour du 32e anniversaire de l’attaque antiféministe à Polytechnique au gré des entrevues avec des journalistes, des entretiens avec des personnes dont la vie a aussi été bouleversée par une arme à feu, des activités de commémoration, dont celle à laquelle elle a participé en compagnie des premiers ministres canadien, Justin Trudeau, et québécois, François Legault, s’estompe. « Je reviens au neutre, comme disait mon père », mentionne-t-elle dans un échange avec Le Devoir jeudi soir.

Nathalie Provost dit être « un peu tannée » de se battre pour interdire les armes d’assaut et de poing ainsi que les chargeurs de grande capacité, 32 ans après avoir été atteinte par les projectiles de Marc Lépine, qui avait fait irruption dans sa classe de l’École Polytechnique, porté par une haine antifemmes et armé d’une carabine semi-automatique Ruger Mini-14, pour y tuer le plus de femmes possible. « Je ne trouve pas ça facile. Puis, en même temps, j’ai la sensation que les probabilités qu’on s’approche de quelque chose de vrai, puis d’important, sont tellement grandes là », affirme la survivante de la tuerie du 6 décembre 1989, près de trois mois après les dernières élections fédérales. « Si les Canadiens avaient élu Erin O’Toole, même minoritaire, je ne sais pas ce que j’aurais fait », laisse tomber Nathalie Provost. « Mais ce n’est pas Erin O’Toole qui est au pouvoir, c’est un gouvernement libéral [qui s’y trouve] avec le Bloc québécois et le NPD, avec qui on peut travailler », poursuit-elle.

La femme de 55 ans n’hésite plus à dire aux décideurs politiques leurs quatre vérités, comme elle l’a fait avec Justin Trudeau après avoir lu le projet de loi C-21 sur les armes à feu déposé à la Chambre des communes en février dernier. Tant pis si son approche frontale nuit à ses ambitions, se dit-elle. « Vous dites que vous partagez la peine et la souffrance que nous vivons. C’est faux, Monsieur le Premier Ministre. Car si tel était véritablement le cas, vous auriez eu le courage d’aller au bout de vos convictions », avait écrit Nathalie Provost au premier ministre « un dimanche soir sur [sa] table de cuisine ». « Si vous poursuivez avec ce projet de loi, plus jamais nous n’accepterons de vous recevoir à nos côtés lorsque nous pleurerons la mort de nos filles, de nos sœurs, de nos amies, lors des commémorations annuelles », l’avertissait-elle. « Ça m’a pris une heure, une heure et quart l’écrire. On l’a fait vérifier par quelques stratèges qui ont dit “Ouf, ouais, OK”, puis on l’a envoyée par courriel à toute la gang de PolySeSouvient. Les réponses ont été instantanées : “Oui, oui, oui, oui, oui…” » raconte Nathalie Provost.

L’étude du projet de loi C-21 s’est arrêtée net après la publication de la lettre au bas de laquelle une quarantaine de survivants, témoins, parents de disparues avaient apposé leur signature.

« C’était pas mal extrême, mais nécessaire », souligne Heidi Rathjen, tout en rappelant que « la mesure principale pour laquelle [PolySeSouvient] se bat, c’est l’interdiction des armes d’assaut ».

Au cours de l’été, le chef du Parti libéral du Canada, Justin Trudeau, a réitéré sa promesse de neutraliser les armes à feu de style militaire au pays. « Ou bien [les propriétaires] revendent ces armes au gouvernement pour qu’il les détruise ou bien on se charge de les rendre inutilisables », avait-il déclaré en campagne électorale à la satisfaction des signataires de la lettre.

Nathalie Provost dit avoir croisé un premier ministre « mal à l’aise » sur le sommet du mont Royal lundi dernier. « Je l’ai salué. Il nous a remerciés de l’accueillir. J’ai dit : “Maintenant, on attend que vous livriez les promesses”. Il a répondu : “oui” », relate-t-elle.

Les porte-parole de PolySeSouvient, Nathalie Provost et Heidi Rathjen — qui se sont rencontrées pour la première fois le jour de leur rentrée à l’École Polytechnique, en septembre 1985 —, disent continuer de mener bataille notamment parce qu’elles ont la certitude de faire écho aux demandes non seulement des victimes des violences par armes à feu, mais de la majorité de la population canadienne.

En compétition avec un lobby proarmes les accusant de « pleurnicher », les deux bénévoles ainsi que les survivants et les témoins de la violence par armes à feu qui gravitent autour d’elles comme Meaghan Hennegan (survivante de la fusillade au Collège Dawson, en 2006) et Boufeldja Benabdallah (témoin des contrecoups de l’attentat de la grande mosquée de Québec en 2017), ont l’oreille de la population, des médias et des hommes et femmes politiques.

« Les familles des victimes ont une crédibilité énorme parce qu’elles n’ont rien à gagner. Elles ont déjà tout perdu », explique Heidi Rathjen.

« On ne lâche pas, on continue, même si c’est exigeant », dit Nathalie Provost qui concilie, elle aussi, travail, famille et activisme.

« Toutes les deux on est fatiguées. Mais on s’appuie l’une sur l’autre, et sur les autres membres de notre petit collectif, et on est rendues d’une efficacité redoutable », fait-elle remarquer.

Comptez-vous sur une relève ? « La relève, on la prépare, on la prépare », indique l’ex-administratrice de l’École Polytechnique, tout en soulignant que « tu ne peux pas forcer » d’autres victimes à monter sur la ligne de front.

Cela dit, PolySeSouvient voit d’un très bon œil l’implication de la mairessede Montréal, Valérie Plante, qui a pris à bras-le-corps la lutte contre la violence armée.

Comme elle, le groupe continue de presser Justin Trudeau de renoncer à son idée de sous-traiter aux provinces et aux municipalités l’imposition de nouvelles restrictions sur les armes de poing pour interdire plutôt les armes de poing d’un océan à l’autre… comme son prédécesseur Paul Martin le promettait il y a plus de 15 ans.

« On est moins protégés en 2021 qu’en 1989 »

Entretien avec Nathalie Provost, survivante de Polytechnique

Le souvenir de la tuerie de Polytechnique, il y a 32 ans ce lundi, prend une couleur particulière pour des survivantes et des témoins cette année, dans la foulée d’une série de meurtres de femmes partout au Québec et de fusillades aux quatre coins de Montréal. Et plus que jamais, le collectif PolySeSouvient dénonce l’inaction du fédéral pour s’attaquer aux armes de poing.

MAYSSA FERAH, LA PRESSE, 6 décembre 2021

« C’est une catastrophe. On est moins protégés en 2021 qu’en 1989 », estime Nathalie Provost. Elle a reçu quatre projectiles le 6 décembre 1989, quand 14 femmes ont été tuées parce qu’elles étaient des femmes.

Bien sûr, il n’y a pas de lien entre le meurtre de Meriem Boundaoui, tuée en février dernier par une balle perdue, et le drame de Polytechnique. Mais les multiples évènements impliquant des armes à feu dans la métropole tourmentent la survivante de la tuerie.

Au moment d’évoquer la mort de Thomas Trudel, tué par balle en novembre, Nathalie Provost lance un soupir lourd de sens. Puis après un bref silence, elle dit : « Ce que ça provoque chez moi, c’est le retour de la peur. Je suis triste de ce retour-là dans ma vie. On ne redevient jamais complètement fonctionnel après un évènement impliquant une arme. La peur de la balle perdue, c’est affreux. »

Chaque année, Nathalie Provost est sollicitée pour parler du drame de Polytechnique. Et chaque année, elle reprend la parole dans l’espoir d’éliminer la violence par armes à feu.

Il y a des années où c’est pesant, et je le fais pareil. Cette année, je suis assez positive. J’ai le sentiment qu’on fait une différence. Notre discours fait écho dans le climat actuel.

Nathalie Provost, survivante de la tuerie de Polytechnique

À chaque commémoration, son mécontentement face à l’inaction du fédéral augmente.

« Essayez donc de me trouver une action forte et permanente des libéraux par rapport aux armes à feu. Les armes de poing, c’est une responsabilité fédérale. Il faut arrêter de se lancer la balle et envoyer un message clair : on n’en veut pas. »

Loin du but

Le collectif PolySeSouvient n’est pas tendre envers le gouvernement de Justin Trudeau. Le groupe dénonce la vacuité du projet de loi C-21 sur le contrôle des armes. Il ne va pas assez loin, plaide-t-il.

Le groupe qui se bat pour un meilleur contrôle des armes à feu, en particulier les armes de poing, critique l’absence d’un programme de rachat forcé pour les armes d’assaut interdites. Rien n’oblige pour le moment les propriétaires à les rendre aux autorités, malgré les promesses en ce sens du parti de Justin Trudeau.

Jusqu’à présent, Ottawa demeure campé sur l’idée de laisser aux villes le soin de les interdire.

Tout est mis sur la table pour nourrir le marché de la revente, estime Heidi Rathjen, coordonnatrice de PolySeSouvient.

Ce qui avait été gagné après le drame de Poly, notamment un registre fédéral des armes à feu, a été détruit sous l’administration Harper, soutient le collectif. « Mais ça n’a jamais été reconstruit sous les libéraux. Il y a un affaiblissement du contrôle des armes alors qu’on assiste à une hausse des féminicides et à plusieurs fusillades. »

Selon le collectif, en reculant sur sa promesse de forcer les points de vente à s’assurer que les acheteurs d’armes à feu non restreintes possèdent un permis valide, les libéraux nourrissent le statu quo.

Il faut envoyer un message clair et resserrer le contrôle. La job n’est pas finie.

Heidi Rathjen, coordonnatrice de PolySeSouvient

Le gouvernement fédéral n’a rien fait de concret sur le terrain, répète-t-elle. Les armes d’assaut sont théoriquement prohibées, mais la plupart demeurent entre les mains de leur propriétaire.

Vérifier le permis d’un acheteur, c’est la base d’une politique de contrôle des armes à feu efficace, estiment les membres de PolySeSouvient.

Culture des armes

« Le climat d’insécurité pousse de plus en plus de monde à s’armer. On ne veut pas se diriger dans une direction qui ne correspond pas aux valeurs des Canadiens. On ne veut pas de la culture des armes qui prolifère », juge Heidi Rathjen.

Interdire les armes de poing et ne pas tout laisser aux municipalités enverraient donc un message clair à l’ensemble de la population, qu’il s’agisse d’individus liés à la criminalité ou pas, pense la porte-parole.

« Le lobby des armes à feu fait la promotion de l’usage de l’arme pour la défense personnelle. Ils ne le font pas ouvertement, mais militent pour qu’on commence à voir l’arme comme un instrument de protection. Entre ce discours partagé par les criminels et le lobby des armes à feu, il n’y a qu’un pas. »

Pour stopper le fléau, il faut un certain courage politique, plaide-t-elle. Ça passe par la volonté de rendre les pistolets moins accessibles.

Les armes illégales sont déjà illégales, certes. « C’est une question d’opérations policières. Mais il faut aussi un courage politique pour décider d’intervenir dans les secteurs où on sait qu’elles circulent. »

Si on n’intercepte pas ces armes par où elles transitent, elles se retrouvent dans les mains de nos jeunes.

Heidi Rathjen, coordonnatrice de PolySeSouvient

Elle craint qu’un point de non-retour soit franchi autant en ce qui a trait aux armes légales, prohibées ou à utilisation restreinte.

« J’ai confiance en la nouvelle génération »

Nathalie Provost ne s’oppose pas nécessairement aux peines plus sévères pour possession d’armes à feu. Mais les punitions plus lourdes sont parfois inefficaces pour contrer la montée de la violence, avance-t-elle. « Dans les meurtres conjugaux ou les fusillades actuelles, il y a le facteur impulsivité. La décision de tirer est rapide et émotionnelle, le suspect ne pense pas aux conséquences à ce moment-là. » Un message clair d’Ottawa serait donc le bienvenu, lance-t-elle.

Meurtres de femmes qui se multiplient. Tuerie en Nouvelle-Écosse, la pire de l’histoire moderne du Canada. Règlement de comptes entre de jeunes suspects qui font d’innocentes victimes. Les dernières années sont peu encourageantes pour quiconque milite contre les armes de poing ou les violences envers les femmes, admet Nathalie Provost. L’inaction du fédéral la déconcerte encore plus dans ce contexte. Elle garde espoir malgré tout. Montréal n’est pas devenu dangereux, souligne-t-elle. « Je continue mon combat, car j’ai confiance en la nouvelle génération. Certains ont beau les traiter de woke, la génération des 20 à 30 ans se mobilise beaucoup plus contre la violence. »

Elle salue les marches dans certains quartiers touchés par les fusillades, les prises de position des jeunes sur les réseaux sociaux, le vent de changement et le refus du statu quo. « Peut-être vont-ils nous sauver, en bout de ligne. »

AUTRES LIENS

Montreal, The Tragically Hip

Aujourd’hui, 6 décembre 2021, le groupe musical The Tragically Hip (reconnu mondialement) diffuse officiellement la vidéo d’une chanson que le défunt chanteur Gord Downie avait écrite en 1999 pour souligner la 10e commémoration de la tragédie de la Polytechnique. Gord Downie a performé cette chanson qu’une seule fois à Montréal le 7 décembre 2000 au Centre Molson. Elle est dédiée aux familles des 14 victimes et soutient le travail de PolySeSouvient. 

Voici le message publié par le groupe

Aujourd’hui nous exprimons notre soutien aux familles des 14 victimes et aux survivants du féminicide à l’École Polytechnique de 1989. Nous souhaitons appuyer leurs efforts contre la possession et la vente d’armes d’assaut semi-automatiques.

Visitez https://polysesouvient.ca/polyremembers/ pour plus d’informations et pour faire un don.

Lien qui vous permettra de visionner la chanson

Paroles originales avec traduction française de Montreal, The Tragically Hip

Nous aimerions faire une chanson maintenant sur le processus d’identification
We’d like to do a song now about the identification process
Ça s’appelle Montréal
It’s called Montreal
Elle aimait les tailleurs lavande
She used to like lavender pant suits
Et de longs gants de velours noir
And long black velvet gloves
Les sourires traversent les salles bondées
Smiles cross crowded rooms
Du seul garçon qu’elle aurait jamais aimé
From the only boy she’d ever love
Ne t’inquiète pas
Don’t you worry
Sa mère va la faire bien paraître
Her mother’s gonna make her look good
Ne t’inquiète pas
Don’t you worry
Sa mère va la faire bien paraître
Her mother’s gonna make her look good
Je n’aimais pas les manteaux léopard
Didn’t like leopard coats
Ou de grands millionnaires minces
Or tall thin millionaires
Embrasser tout le monde le soir du Nouvel An
Kissing everybody on New Year’s Eve
Ou envoyer un homme à la chaise électrique
Or send a man to electric chair
Ne t’inquiète pas
Don’t you worry
Sa mère va la faire bien paraître
Her mother’s gonna make her look good
Ne t’inquiète pas
Don’t you worry
Son père va la faire bien paraître
Her father’s gonna make her look good
Donnez-moi la chance d’expliquer
Give me the chance to explain
Eh bien, pourquoi n’expliques-tu pas simplement
Well, why don’t you just explain
Allez, explique-moi
Come on, explain away
La neige est si impitoyable
The snow is so merciless
Sur le pauvre vieux Montréal
On poor old Montreal
Malgré tout ce qui s’est passé
In spite of everything that’s happened
Ouais, malgré tout
Yeah, in spite of it all
Ne t’inquiète pas
Don’t you worry
Sa mère va la faire bien paraître
Her mother’s gonna make her look good
Ne t’inquiète pas
Don’t you worry
Son père va la faire bien paraître
Her father’s gonna make her look good
Source LyricFind
Paroliers : Gord Downie / Gord Sinclair / Johnny Fay / Paul Langlois / Rob Baker
Paroles de Montreal © Peermusic Publishing

Interprétation de la chanson

Ces paroles énigmatiques suggèrent qu’il s’agit bel et bien de la tragédie de la Polytechnique de Montréal du 6 décembre 1989.

Le compositeur décrit ce que les filles aiment; les simples choses de la vie, sans extravagances dans leur habillement. Elles ne recherchent pas de riches manteaux, ni de millionnaires. Elles aiment rire et sont en amour. Tout ce qu’elles demandent, c’est d’être comprises dans leur quête pour devenir ingénieure. Peut-être que le tueur aurait découvert des amies chez ces jeunes femmes s’il avait pris la peine de les écouter au lieu de s’accrocher aux stéréotypes qui l’aveuglaient, qui l’empêchait de voir en elles des êtres humains ayant une histoire sacrée, comme tout autre être humain.

Dès les premières notes, Gord Downie souligne qu’il s’agit d’une chanson au sujet d’un processus d’identification. Il semblerait, selon une interprétation, qu’il s’agit de la mère de l’une des victimes qui a dû identifier la dépouille de sa fille. D’où la lyrique « sa mère (son père) va la faire bien paraître ». Triste image d’une mère et d’un père penchés au-dessus du cercueil de leur fille défigurée.

Mes remerciements au groupe The Tragically Hip

J’aimerais sincèrement remercier le groupe The Tragically Hip d’avoir rendu publique une chanson que le défunt chanteur Gord Downie a écrite il y a plus de vingt ans en hommage aux quatorze victimes du féminicide de l’École Polytechnique en 1989, dont ma sœur Annie.

Cette commémoration est difficile chaque année, mais elle est aussi très importante. Notre devoir de mémoire est ce qui fortifie notre lutte pour un meilleur contrôle des armes au Canada. La solidarité que ce groupe d’artistes mondialement reconnu est ainsi très touchante.

Leur générosité est également vivement appréciée. En effet, même si l’opinion publique est majoritairement de notre côté, notre budget opérationnel est très modeste. Nous n’avons pas les ressources nécessaires pour mettre sur pied des activités d’envergure pour une levée de fonds.

À l’occasion de cette 32e commémoration de la tragédie de Polytechnique, je me permets de demander aux Canadiens qui appuient le contrôle des armes de visiter le site internet de PolySeSouvient afin d’utiliser notre module permettant d’envoyer un courriel à nos élus en appui avec nos revendications, dont l’interdiction des armes d’assaut.

Lien : https://polysesouvient.ca/appelaction/

Traduction anglaise de mes remerciements

I would like to sincerely thank The Tragically Hip for releasing a song that the late singer Gord Downie wrote more than twenty years ago in honour of the fourteen victims of the 1989 École Polytechnique femicide, including my sister Annie.

This commemoration is difficult every year, but it is also very important. Our duty to remember is what strengthens our fight for better gun control in Canada. The solidarity of this group of world-renowned artists is therefore very touching.

Their generosity is also greatly appreciated. Indeed, even though public opinion is overwhelmingly on our side, our budget is very modest. We do not have the resources to organise large-scale fundraising activities.

On the occasion of this 32nd commemoration of the tragedy at Polytechnique, I would like to ask Canadians who support gun control to visit the PolySeSouvient website to use our online tool to send an email to our elected officials in support of our recommendations, including the banning of assault weapons: 

https://polysesouvient.ca/calltoaction/

Serge St-Arneault
Brother of Annie St-Arneault

Polytechnique : un triste anniversaire au terme d’une année ternie par les féminicides

Morgan Lowrie – La Presse canadienne, 5 décembre 2021

Trente-deux ans après qu’un homme armé, obsédé par sa haine des féministes, eut ouvert le feu sur le campus de Polytechnique Montréal, tuant 14 femmes et en blessant d’autres, la liste des femmes assassinées par des hommes continue de s’allonger au Québec.

Alors que les Québécois se préparent à observer un moment de silence ainsi qu’à participer à des cérémonies solennelles pour commémorer la tragédie survenue le 6 décembre 1989, des militantes soulignent que la vague de féminicides observée au Québec prouve que la violence misogyne n’est pas une affaire du passé.

Depuis le début de l’année 2021, le décompte non officiel s’élève à au moins 18 féminicides survenus sur le territoire québécois.

Nathalie Provost, elle-même blessée par quatre balles tirées par le tueur de la Polytechnique, est bien placée pour savoir que chacun de ces décès est une tragédie.

Si le drame de la Polytechnique demeure l’une des pires tueries de l’histoire du Canada, pour Mme Provost, cette histoire va bien au-delà des statistiques.

En entrevue avec La Presse canadienne, elle souligne que les victimes n’étaient pas des inconnues ou des visages sur des photos. Pour elles, ces femmes étaient ses collègues, des yeux qu’elle croisait, des voix qu’elle connaissait.

Devant la série de meurtres commis contre des femmes, Nathalie Provost se dit inquiète parce qu’elle voit des similitudes entre les difficultés économiques et le marché du travail en 1989, puis le climat d’incertitude provoqué par la pandémie de COVID-19.

« De mon point de vue, en temps de crise, les premiers à en payer le prix sont les femmes et les enfants. J’en suis absolument convaincue », dit-elle.

Louise Riendeau, porte-parole du Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale, abonde dans le même sens. À son avis, l’année 2021 a été particulièrement difficile en matière de violence envers les femmes et la pandémie de COVID-19 n’y est pas étrangère.

Elle souligne que le confinement visant à limiter la propagation du virus a aussi eu pour effet de piéger certaines femmes chez elle, sous le joug de leurs agresseurs.

Puis, au moment du retour progressif à la vie normale, ces mêmes agresseurs ont vu leur contrôle sur leur victime s’effriter, entraînant du même coup une hausse de leur niveau de violence.

Lorsqu’elle pense aux victimes de la tragédie de la Polytechnique, Louise Riendeau se dit attristée par le fait qu’elles ont été tuées pour le simple fait qu’elles rêvaient d’occuper les mêmes emplois que des hommes.

« Elles voulaient devenir ingénieures et quelqu’un a voulu les en empêcher », résume-t-elle en soulignant que la violence des hommes envers les femmes vise encore aujourd’hui à les empêcher de s’épanouir pleinement.

Toutefois, malgré tous les parallèles que l’on peut imaginer, Mme Riendeau tient à rappeler que la plus grande menace à laquelle les femmes sont confrontées n’est pas celle d’un tireur inconnu, mais se trouve près d’elles, voire dans leur propre maison.

Des 18 féminicides recensés au Québec cette année, 17 auraient été commis par un conjoint actuel ou passé.

La représentante du Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale prévient que les signes de danger les plus clairs sont des antécédents de violence conjugale chez un conjoint et des tendances manipulatrices.

En avril dernier, le gouvernement du Québec a annoncé des investissements supplémentaires de 223 millions $ pour lutter contre la violence conjugale. Plus récemment, on a annoncé un projet de loi dans le but de créer un tribunal spécialisé pour entendre les affaires de violence sexuelle. Québec a aussi dévoilé un projet pour forcer des agresseurs à porter des bracelets électroniques anti-rapprochement.

Louise Riendeau estime que certaines choses se sont améliorées pour les victimes, incluant la manière dont elles sont traitées par les policiers et les procureurs. Elle se réjouit aussi d’une plus grande conscientisation de la jeune génération.

Il reste que c’est par l’éducation et par la création d’une société égalitaire que l’on peut enfin espérer mettre fin à la maltraitance des femmes, selon elle.

La cérémonie de commémoration de la tragédie de 1989 aura lieu lundi soir avec l’illumination sur le mont Royal de 14 faisceaux s’élevant vers le ciel et représentant les victimes du drame. En raison de la pandémie, on demande toutefois aux gens de ne pas se rassembler sur place.

Autre lien du même article ICI

Aux amis de PolySeSouvient. Mise à jour : Élections / Appel à l’action / Levée de fonds urgente

À l’approche du 32e anniversaire du féminicide à Polytechnique (6 décembre), les survivants, témoins et familles de victimes continuent leur lutte pour un meilleur contrôle des armes, et plus particulièrement l’interdiction des armes d’assaut. Nous sommes proches de but! 

Lors des dernières élections, les Libéraux sont revenus sur leur recul du printemps dernier et ont promis de nouveau un programme de rachat *obligatoire* des armes d’assaut! Étant donné l’attention sans précédent que les médias ont consacrée à ce dossier pendant la campagne électorale, nous pouvons cette fois être un peu plus optimistes… Pour ce qui est des armes de poing, cela augure plutôt mal en ce moment, avec les deux paliers de gouvernement qui se lancent la balle. Somme toute, il est clair qu’il y a encore beaucoup de travail à faire. 

Voici donc une mise à jour depuis notre dernière en mars, une proposition d’action concrète et une demande spéciale :

LISEZ notre mise à jour qui présente toutes nos actions et l’impact qu’elles ont eu sur l’issue des élections. Vous pourrez alors constater à quel point la question du contrôle des armes et les actions de PolySeSouvient ont été déterminantes autant quant aux promesses des partis qu’aux résultats finaux du vote:
https://polysesouvient.ca/Documents/DOCU_21_11_29_MiseAJour.pdf

AGISSEZ en envoyant un courriel réclamant des mesures concrètes au premier ministre, au nouveau ministre de la Sécurité publique et à votre député (ou députée) à l’aide de ce simple module en ligne (bilingue) qui ne nécessite qu’une minute de votre temps:
https://polysesouvient.ca/appelaction/

AIDEZ-NOUS à poursuivre la lutte en faisant un don à PolySeSouvient. Cette fois, notre levée de fonds bisannuelle est particulièrement cruciale. En effet, notre site web a été victime d’un vicieux sabotage, ce qui a fait qu’il a complètement disparu – en pleine campagne électorale! C’est seulement avec l’aide d’une firme spécialisée que nous avons réussi à le rebâtir en toute urgence (ce dernier étant un outil essentiel à nos campagnes). Cette immense dépense imprévue de plusieurs milliers de dollars s’ajoute à nos frais habituels. Nous espérons donc pouvoir compter sur votre support pour nous aider à acquitter de cette facture exceptionnelle pour que nous puissions continuer à accomplir notre travail.

Par virement Interac au info@polysesouvient.ca ou par carte de crédit à l’aide du bouton de don (PayPal) sur notre site web au https://polysesouvient.ca/

Solidairement,
Heidi, Nathalie, Serge, Meaghan, Kathlene et bien d’autres…