Category: Lettres de Serge


Commémoration citoyenne 29-01-2017 01Commémoration citoyenne 29-01-2017 11 bJe reviens du site près de la Mosquée de Québec où un grand rassemblement avait lieu pour commémorer l’attentat du 29 janvier 2017 à la Mosquée de Québec. Nous étions un millier à braver un froid polaire pour écouter les témoignages des familles des six hommes qui ont été tués l’année dernière. Il y a eu plusieurs discours, mais ne retiendrai que deux. Le témoignage de Nathalie Provost restera gravé dans nos mémoires tant pour ses paroles évoquant le souvenir de la tragédie de la Polytechnique que par le dévoilement de son cœur. Nathalie nous a partagé sa lente montée vers le pardon. Elle a évoqué combien le témoignage de la communauté musulmane la touchait. Il y avait en elle une fraîcheur spirituelle qui lui permettait d’aller au-delà de la lecture de son texte, car elle parlait avec son cœur, son âme, son être tout entier. Même le président du Centre culturel islamique de Québec, Mohamed Labidi, sur les ondes de TVA, a été profondément ému par les paroles de Nathalie.

Ensuite, il y a le discours du Premier Ministre Justin Trudeau qui a été remarquable. Je n’ai trouvé qu’un bref passage sur Internet qui, à mon avis, ne transmet pas l’essentiel de son allocution. Justin a beaucoup insisté sur les peurs qui nous paralysent. Il a fait appel à l’esprit d’accueil des Québécois et Canadiens dans le respect de nos différences.

Justin Trudeau discour commémoration 29-01-2017. bSelon le Journal de Québec, Justin Trudeau a été le premier à prendre la parole et il s’est montré plutôt cinglant envers La Meute. «C’est facile de condamner le racisme, l’intolérance, des discriminations contre la communauté musulmane. On sait c’est qui les racistes, c’est l’autre, c’est les nonos qui se promènent avec des pattes de chien sur le t-shirt.»

Le premier ministre est également revenu sur la réflexion qui dure depuis un an.

«On est unis dans une réflexion de comment, comment on va continuer de construire une société ouverte, généreuse, respectueuse de nos différences, qui célèbre nos différences. Cette réflexion continue.»

Autres liens : Hommage aux victimes de la grande mosquée à QuébecUn an plus tard, un appel au vivre-ensemble et  Attentat à la mosquée : communion à Québec.

Je remercie Gabrielle, bénévole qui nous a accueillis, et je salue Michel Leroux, Heidi Rathjen et Benoit Laganière qui représentaient avec moi Polysesouvient.

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Rassemblement Québec janvier 2018 01Animé par Éve-Marie Lortie et Khadija Saïd, un recueillement spirituel en mémoire des victimes de l’attentat de la Grande Mosquée de Québec a eu lieu le 28 janvier 2018 au Pavillon de la Jeunesse, ExpoCité. Ce rassemblement spirituel ouvert à tous a permis à plusieurs membres des familles touchées par ce drame de témoigner des six hommes qui ont perdu leur vie le soir du 29 janvier 2017. C’était des hommes de grande valeur qui, pour plusieurs, vivaient à Québec depuis de nombreuses années. L’ironie du sort a voulu que certains d’entre eux meurent tragiquement alors qu’ils avaient fui leur pays en guerre.

Rassemblement Québec janvier 2018 26Une composition intitulée ‘Papa tout bas’ a été interprétée par les élèves de l’école Jeunes musiciens du monde. Puis, un moment de prière a été introduit un discourt du Grand Chef Konrad Sioui et un chant des membres des Premières Nations intitulé ‘Le chant de l’eau’. Après quoi, accompagné de sa guitare, Mgr Louis Corriveau a chanté un magnifique chant intitulé ‘Ta nuit sera lumière de midi’. Ont suivi une prière de Mgr Bruce Myers de l’Église Anglicane de Québec ainsi qu’un chant du quatuor anglican de Québec. Finalement, monsieur Yacov Weil, le nouveau rabbin de la communauté juive de Québec, a chanté l’El Male Rahamim.

La soirée s’est terminée avec un discourt de monsieur Boufeldja Benabdallah, cofondateur du Centre culturel islamique de Québec ainsi que de monsieur David Weiser. Le chant final sur la mélodie Allelujah de Leonard Cochen interprété par madame Nancy Lapointe, monsieur Daniel L Moisan accompagné par tous les participants de la soirée et les enfants dont certains sont maintenant les orphelins de ces hommes qui ont été assassinés.

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Huffpost 26 janvier 2018

Le Soleil

https://www.lesoleil.com/opinions/point-de-vue/se-liberer-de-la-culpabilisation-par-association-30359b8ca6ed2928b81330d2b87fade3

Visite Farnham jan 2018 3Dans le cadre du programme d’éducation internationale de l’école secondaire Jean-Jacques Bertrand de Farnham, 55 jeunes de 1er secondaire accompagné par 8 jeunes de 5e secondaire, qui sont déjà venus au Centre Afrika, ont vécu au rythme africain le 18 janvier 2018 au Centre Afrika. Accompagnés de leurs enseignantes Isabelle Gaudreau et Patricia Bussières, les élèves enthousiastes ont expérimenté la jam-session avec tambours, le maniement des balafons et les pas de danse. Les contes inspirés de légendes africaines étaient aussi au rendez-vous ainsi que des échantillons de fruits exotiques accompagnés de chenilles grillées.

Visite Farnham jan 2018 16Le groupe s’est déplacé en après-midi vers la galerie d’art africain Espace Mushagalusha situé à un coin de rue du Centre Afrika. Les masques et autres objets d’art ont été témoin du talent des élèves dans une danse rythmée. Les rires, les commentaires et l’excitation se sont mariés avec un grand sérieux chez ces jeunes esprits ouverts à la différence culturelle.

Cette journée d’insertion africaine a enrichi leur connaissance de l’Afrique et leur compréhension des cultures africaines sur lesquelles ils ont fait des recherches et étudié pendant plusieurs semaines. Nous espérons revoir les élèves de l’école secondaire Jean-Jacques Bertrand pour une onzième fois l’année prochaine.
Merci à toute l’équipe du Centre Afrika et aux artistes qui ont largement contribué au succès de cette belle journée : Jean Marie Mousenga, Saandiya Allaoui, Adama Daou, Zenabou Ouedraogo, Luc Bambara, Cathy Mbuyi et Jean-Claude Kamina Mulodi, Jean-François Bégin et Serge St-Arneault.

 

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By Serge St-Arneault, Catholic Missionary Priest

I am the brother of Annie St-Arneault, one of the victims of the tragic shooting at the Polytechnic School in Montreal on the 6th of December 1989. This event has not only changed my life, but also it has been inscribed in the collective imagination of Quebecers in an indelible way, a bit like a collective traumatism.

Ruger Mini-14The debate about the arms control started after this tragedy. The young murderer had used a semi-automatic weapon, a Ruger Mini-14, to murder my sister Annie and 13 other women, under the pretext that these women were aspiring to take over professions historically attributed to men. He was furious against these feminists who were defying his male identity.

Rightly so, all women felt threatened and all men had become, by rebound, victims by developing a form of guilt by association. It is as if they were sharing unconsciously a ring of violence following the brutal acts carried out by one of them.

Just as Marc Lepine blamed the feminists, Alexandre Bissonnette, the presumed gunman at the Mosque in Quebec City in January 2017, had left hateful messages against the Muslims. Why Quebecers should feel guilty by association for an action committed by one of them, by unjustly killing honest Muslims, socially integrated in the Quebec society? No more should the Muslims feel guilty by association on account of the hatred spread by some Muslim extremists, who do not even live in Quebec. Another equally dangerous association is to identify all Catholic priests as pedophiles.

Think of it, men or women, we are all victims by association to the senseless violence perpetrated by individuals who abuse of their power, wherever they are, using firearms for the bloodiest; or by intimidation, fury, verbal aggressiveness, brutality, abuse, aggression, rape and abuse of confidence.

However, in spite of all, our personal and collective tragedies can become a springboard for us to uplift ourselves to something better as far as we are endeavouring to denounce all forms of violence and abuses, wherever they come from. Often, the victim carries the burden of guilt. The denunciation, that is to say the act of speaking, frees from a heavy burden hidden in the heart since too long. This is what we see with the movement about sexual harassment called #MeToo, or with the national enquiry concerning native women and girls who have disappeared or been murdered.

 I pray that men will learn to express their feelings openly and their sorrows when we commemorate the violence made against women. It is also my prayer that believers both Christian and Muslim, or any other religion, will no longer carry the burden of violent actions carried by a few, and that together we mobilize ourselves against all forms of fanaticism. Finally, closer to me, it is my prayer that priests will cease to suffer by association the justified condemnations meant only for the clerical pedophiles.

We have all been made fragile by our own wounds; bodily, emotionally and psychologically. My last prayer will be that we may find somewhere to relieve our deceitful guilt by association which poisons our personal and collective memories. While violence finds its root in the fears and the unspoken words, the way to peace is found in mutual trust.

The slaughter on December 6, 1989, as well as that of January 29, in Quebec City, have happened with the use of a firearm. Therefore, it seems relevant that we denounce all the different faces of violence, including Islamophobia.

 

Par Serge St-Arneault, prêtre missionnaire catholique.

Je suis le frère d’Annie St-Arneault, l’une des victimes de la tragédie de la Polytechnique de Montréal du 6 décembre 1989. Cet évènement a non seulement changé ma vie, mais il s’est aussi inscrit dans l’imaginaire collectif des québécois d’une manière indélébile, un peu comme un traumatisme collectif.

Ruger Mini-14Le débat autour du contrôle des armes à feu a pris son envol à la suite de cette tragédie. Le jeune meurtrier a utilisé une arme semi-automatique, un Ruger Mini-14, pour assassiner ma sœur Annie et treize autres femmes sous le seul prétexte d’être des femmes qui aspiraient à pratiquer des professions historiquement attribuées aux hommes. Il rageait contre ces féministes qui bafouaient son identité masculine.

À juste titre, toutes les femmes se sont senties menacées et les hommes sont devenus, par ricochet, des victimes en développant une forme de culpabilisation par association. C’est comme s’ils partageaient inconsciemment une aura de violence consécutive aux actes de brutalité commis par l’un d’entre eux.

Tout comme Marc Lépine blâmait les féministes, Alexandre Bissonnette, présumé tireur de la Grande Mosquée de Québec en janvier 2017, a laissé des messages haineux contre les musulmans. Pourquoi les Québécois auraient-ils à se sentir coupables par association pour le geste qu’un des leurs a posé en assassinant injustement des musulmans honnêtes et socialement intégrés dans la société québécoise ? Pas plus, les musulmans n’ont à se culpabiliser par association à cause de la haine propagée par des extrémistes musulmans qui ne vivent même pas au Québec. Dangereuse association également que celle d’identifier tous les prêtres catholiques à des pédophiles.

À bien y penser, homme ou femme, nous sommes tous victimes par association de la violence insensée perpétrée par des individus qui abusent de leur pouvoir, quel qu’il soit; arme à feu pour les plus sanglants ou par intimidation, fureur, rage, agressivité verbale, brutalité, maltraitance, molestation, viols et abus de confiance.

Pourtant, nos tragédies personnelles et collectives peuvent malgré tout devenir des tremplins pour nous élever vers quelque chose de mieux dans la mesure où nous nous engageons à dénoncer toutes les formes de violence et d’abus, quel que soit le milieu ou l’endroit. Souvent, la victime porte le fardeau de la culpabilité. La dénonciation, c’est-à-dire la prise de parole, libère d’un poids trop longtemps enfermé dans les cœurs. N’est-ce pas ce que nous observons avec le mouvement de témoignage sur le harcèlement sexuel #MoiAussi – #MeToo ou encore avec l’enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées ?

C’est ma prière que les hommes apprennent à exprimer ouvertement leur peine et leurs sentiments lors des commémorations contre la violence faite aux femmes. C’est aussi ma prière que les croyants chrétiens, musulmans, ou de toute autre religion, ne portent plus le fardeau d’actes violents commis par quelques-uns et qu’ensemble on se mobilise contre le fanatisme. Et enfin, plus près de moi, c’est ma prière que les prêtres cessent de subir par association une condamnation justifiée qui s’adresse uniquement aux pédophiles cléricaux.

Nous sommes tous et toutes des êtres fragilisés par nos blessures corporelles, émotionnelles et psychologiques. Ma dernière prière est que nous puissions trouver des lieux d’échange pour soulager cette sournoise culpabilisation par association qui empoisonne nos mémoires personnelles et collectives. Alors que la violence trouve sa racine dans les peurs et les non-dits, le chemin de la paix repose sur la confiance mutuelle.

La tuerie du 6 décembre 1989, tout comme celle du 29 janvier à Québec, a été commise par l’utilisation d’une arme à feu.  Il semble donc pertinent de dénoncer tous les visages sous lesquels se profile l’intolérance, incluant l’islamophobie.

J’ai eu la chance de participer au grand rassemblement de 800 jeunes universitaires catholiques du Canada à Ottawa. Ces jeunes provenaient de 15 universités canadiennes. Ils sont tous membres du Catholic Christian Outreach (CCO) qui a pour mission de proclamer l’Évangile de manière claire et simple sur les campus du Canada.

André et Angèle Regnier

André et Angèle Regnier

CCO a été fondé par André et Angèle Regnier en 1988 à l’Université de la Saskatchewan. Des humbles débuts d’une poignée d’étudiants, le mouvement est maintenant au service de milliers d’étudiants dans tout le Canada. Celui-ci encourage les jeunes adultes à vivre pleinement leur foi catholique en mettant l’accent sur la formation de leaders pour le renouveau du monde. Des équipes de missionnaires composées d’une centaine de permanents dirigent l’apostolat dans les campus. Les étudiants sont invités à une conversion profonde, enracinée dans une relation personnelle avec Jésus Christ.

Débuté il y a maintenant 29 ans à l’université de Saskatchewan, le thème du congrès de cette année coïncidait avec le 150e anniversaire de la Confédération canadienne et s’est donc tenue à Ottawa sous un froid mordant quoique bien au chaud à l’intérieur de l’hôtel Westin.

Armand et SergeJ’ai joint mon confrère Armand Galay de Toronto. Armand est originaire des Philippines et a été missionnaire en Afrique du Nord et au Burundi. Plusieurs membres de sa famille ont immigré à Vancouver. Bref, nous avons dansé aux sons des chants de louange, participé aux échanges et profité de la qualité des témoignages de foi et des conférences. L’organisation et le sérieux des jeunes étaient exceptionnels. C’est tout de même remarquable que tant de jeunes femmes et hommes investissent les cinq derniers jours de l’année pour approfondir leur foi catholique avec tant d’enthousiasme.

Message du Pape François aux jeunes canadiensQuelques temps forts ont façonné ce congrès. Entre autres, il y a eu le dévoilement de la relique de Saint François-Xavier.  Cette relique est l’avant-bras du Saint enchâssé dans une boîte vitrée. En accord avec les évêques du Canada, celle-ci voyagera dans tout le pays dans les prochains mois sous la direction du CCO. Il y a eu aussi le message du Pape François à la jeunesse canadienne sur vidéo qui a annoncé la tenue d’un synode des évêques en 2018 sur le thème des jeunes, la foi et le discernement vocationnel. Finalement, située à quelques coins de rue de l’hôtel, la Basilique Notre-Dame d’Ottawa s’est remplie à pleine capacité incluant les balcons latéraux pour la messe du 31 décembre au soir.

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Signe des temps, ce genre de rassemblement met en évidence l’appel missionnaire de chaque catholique. Il faut miser avant tout sur le témoignage de foi d’une jeunesse enflammée par la parole de Jésus. Or, l’Église Catholique a quelque chose à proposer aux jeunes qui sont à la recherche d’une appartenance communautaire au sein d’une diversité qui s’accroit à la mesure des courants migratoires qui semblent s’accélérer. Aussi, il n’est plus réservé aux seules Églises Protestantes évangéliques à insister sur la conversion personnelle à Jésus-Christ. C’est d’abord et avant tout grâce à cette expérience profondément spirituelle que toute mission débute. Elle permet alors de devenir audacieuse, surprenante et engageante. Ce qui prime maintenant, c’est de nous investir dans le renouveau de la mission des jeunes croyants issus de la tradition catholique.

Le tout s’est terminé avec les traditionnels feux d’artifice du Nouvel An sur la colline parlementaire qui nous avons admiré de la fenêtre de l’hôtel.

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place-6-decembre-1989-lieuLe Nouvelliste, Le vendredi 1er décembre

Le rassemblement prévu par le groupe Tous contre un registre des armes à feu n’aura finalement pas lieu sur le site du parc du 6-Décembre-1989 près de l’Université de Montréal. Le tollé provoqué par cette annonce aura eu gain de cause contre ce groupe proarmes. Celui-ci revendique le droit de s’exprimer. Alors que ce droit leur est accordé pourquoi donc faire des revendications sur un lieu hautement symbolique qui n’a jamais été autre chose qu’un lieu de souvenir, de commémoration et de soutien pour les familles victimes d’armes à feu?

Guy Morin a le mérite d’avoir provoqué tout le monde. «Ça fait 28 ans, dit-il, qu’ils (Poly se souvient) sont instrumentalisés. Nous, on veut que ça s’arrête, l’instrumentation de ces gens-là à des fins pécuniaires et politiques, pour passer à un autre agenda.» Mais à qui s’adresse-t-il? Ne s’est-il pas lui-même laissé instrumentaliser par les puissants lobbies proarmes qui nagent dans des millions alors que ces «gens-là» n’ont à vrai dire que leur argent de poche? Guy Morin ne fait-il pas lui-même de la politique en arborant ses propos dans les médias?

Selon ses dires Guy Morin veut démontrer que «Poly se souvient» utilise chaque année l’événement de la Polytechnique pour ramasser de l’argent, exiger un meilleur contrôle des armes à feu et sauver des vies. J’accorde à M. Morin deux bonnes réponses sur trois. Il est vrai que la vie des citoyens serait mieux protégée avec un registre pour les armes à feu. Cela a été prouvé depuis le démantèlement de la loi de 1995 sur le contrôle des armes à feu, votée en 2012 sous le gouvernement Harper. En effet, selon Statistique Canada, le nombre de décès reliés aux armes à feu a augmenté pour la troisième année consécutive. Là où Guy Morin se trompe, c’est que Poly se souvient ne ramasse pas d’argent lors de la commémoration du 6 décembre 1989.

Il veut nous tendre la main pour qu’ensemble nous puissions passer à un autre agenda. Je n’ai rien contre cela. Mais comment faire confiance à une main tendue quand l’autre tient une arme à feu? Nous aimerions tous, lui et moi, que les propriétaires d’armes à feu soient vraiment des gens garants de l’entreposage et de l’utilisation responsable de toutes leurs armes à feu. Malheureusement, Guy Morin a saboté un possible climat de collaboration en celui d’un affrontement, d’une opposition.

De quoi s’agit-il donc? En vertu de la nouvelle loi 64 sur l’immatriculation des armes à feu, toute arme à feu sur le territoire du Québec doit être immatriculée avec un numéro unique et inscrite à un fichier. Les transactions devront être signalées et l’arme pourrait être saisie en cas d’infraction. De toute évidence, et cela a été sans cesse répété, Poly se souvient n’est pas contre les propriétaires d’armes, ni contre la chasse, ni contre le tir sportif. Tout ce qui est demandé est la mise en place d’un système de contrôle raisonnable d’objets qui sont d’abord conçus pour tuer. Les proarmes s’acharnent à dénoncer ce registre des armes à feu en imaginant qu’il y a là un «contrôle excessif». Voilà l’erreur! Il n’y a rien d’excessif à mettre en place des lois civilisées pour protéger les vies humaines. Il y a beaucoup de lois imposées aux propriétaires de voiture pour assurer la sécurité publique. Nous comprenons tous que c’est pour notre protection même si on chiale de temps en temps. On sait que c’est pour notre bien.

À vrai dire, ce qui pose problème est le mot «contrôle». Qui aime se faire contrôler? Même un enfant va un jour exiger de ses parents de le laisser faire: «Je suis capable!» Et si on changeait le mot «contrôle» pour le mot «responsabilité». Au lieu de parler de «contrôle des armes à feu», nous pourrions avoir une loi de «responsabilisation des détenteurs d’armes à feu» en leur permettant de participer ou de devenir des acteurs dans la prévention du crime et des accidents reliés à la possession d’armes à feu.

L’enregistrement des armes et l’assurance de garder ces armes dans des lieux sécuritaires (à la maison ou en déplacement) deviendraient non pas une obligation imposée, mais relèveraient de la responsabilité participative des propriétaires d’armes à feu. Ceux-ci deviendraient alors des collaborateurs pour la santé et de la sécurité publique, en partenariat avec la police.

On pourrait étendre ce concept vers l’idée que nous serions les deux mains d’un même corps qui lutte contre le mal; les victimes et les propriétaires d’armes à feu uni dans un même but, celui de la prévention et de la responsabilité sociale. D’ennemis, nous deviendrions des amis!

Malheureusement, cela semble utopique. Mon intuition est simplement de dire que certains propriétaires d’armes à feu s’opposent au «contrôle» (sous toutes ses formes!), mais pas nécessairement à l’idée de détenir le ‘pouvoir’ de protéger les gens (femmes, enfants, personnes vulnérables) au service de la loi et de l’ordre.

Détenir une arme à feu, c’est détenir un «pouvoir». Le détenteur de ce pouvoir peut l’utiliser sagement ou en abuser. Il faut donc constamment se rappeler que pouvoir et domination sont souvent proches l’un de l’autre. D’où la nécessité de la loi pour la responsabilisation accrue des détenteurs d’armes à feu pour la protection des citoyens.

Je reviens à la main tendue de Guy Morin que je ne connais pas. Je n’ai aucune raison de croire qu’il est un méchant garçon, mais j’ai peur de lui. Là est la conséquence de mon traumatisme depuis l’assassinat de ma sœur Annie à la Polytechnique. Aurais-je un jour l’occasion de lui tendre ma main? Dès maintenant, même de loin, je la lui tends. C’est celle d’un prêtre catholique qui le bénit. Là est ma seule arme!

Serge St-Arneault, M.Afr

Frère d’Annie, tuée le 6 décembre 1989

PolysesouvientComme chaque année, la commémoration de la tragédie de la Polytechnique du 6 décembre 1989 nous insiste non seulement à revenir vers un passé douloureux mais nous interpelle sur nos engagements d’aujourd’hui en faveur d’un monde moins violent. À vrai dire, cela ne semble pas s’améliorer à en juger par les drames de guerre perpétrés par les groupes extrémistes et les tueries de masse qui se succèdent aux États-Unis.

Cela dit, nous ne pouvons pas baisser les bras. D’autant plus que le groupe des étudiants et diplômés de Polytechnique pour le contrôle des armes Polysesouvient mène de nouveau cette année une campagne pour demander à nos élus de renforcer le contrôle des armes au Canada.

heidi-rathjen-2014bFraîchement arrivé à Montréal, j’ai repris contact avec Heidi Rathjen qui coordonne une conférence de presse qui se tiendra à Ottawa le jeudi 30 novembre. Heidi m’a invité à représenter les familles des victimes de la Polytechnique. J’y serai donc. Même si j’ai participé à un événement semblable en l’an 2000, ça me remue quand même profondément. Les souvenirs remontent, un pincement du cœur réapparaît saupoudré d’une colère sourde de constater que le Canada, au lieu de maintenir bravement une politique de sécurité publique, a plutôt détruit un consensus unique au monde en faveur d’une protection contre les fusils semi-automatiques récemment légalisés dans le pays.

Bref, je vous invite à être attentif aux médias qui couvriront notre conférence de presse à Ottawa le 30 novembre prochain. J’assisterai aussi à l’illumination des 14 faisceaux en mémoire d’Elles, le mercredi 6 décembre 2017 à 17h00 sur le belvédère du Mont-Royal.

14 faisceaux lumineuxLiens : Drame de Polytechnique: 27 ans après, une victime continue de se confier

PolySeSouvient regroupe les témoins, survivants et familles des victimes de la tragédie à l’École Polytechnique qui appuient le contrôle des armes; le groupe a été mis sur pied suite aux premières menaces du gouvernement Harper en vue d’abolir l’enregistrement des armes d’épaule. Cette mesure faisait partie de la loi adoptée en décembre 1995 pour laquelle madame Rathjen s’est battue pendant six années en tant que directrice de la Coalition pour le contrôle des armes, le mouvement pancanadien qu’elle a cofondé (avec Wendy Cukier) suite à la tuerie à Polytechnique qu’elle fréquentait alors comme étudiante. PolySeSouvient se bat actuellement contre un lobby pro-armes extrêmement bien organisé, dans le but d’assurer l’instauration d’un registre des armes d’épaule au Québec.