Archives pour la catégorie Lettres de Serge

Sur un air mélancolique de Johann Pachelbel

Par Serge St-Arneault

Assis, là où se situait le cloître du Monastère des Ursulines de Trois-Rivières, un air mélancolique de Johann Pachelbel représente bien l’état d’âme qui m’habite. Récemment, ce monastère trois fois centenaire, est devenu la propriété de la Ville de Trois-Rivières. Celle-ci se donne trois ans pour définir la future vocation de cet établissement hautement historique. Je suis témoin non seulement du changement vocationnel de ce lieu mais aussi d’une mutation sociale et d’un style d’Église. Les archives qui remontent à l’époque de la Nouvelle-France, m’a-t-on dit, seront conservés dans un édifice adjacent au monastère.

La photo murale au fond du cloître, datée de 1946, illustre bien ce qui s’est passé. Le cloître bondé de religieuses en prière a fait place à une salle vide, devenue muséale.

Le cloître

En ce dimanche du 12 septembre 2021, les portes étaient toutes ouvertes dans le cadre des Journées du Patrimoine Religieux. Un concert d’orgue se tenait à 14h00 dans la grande chapelle. Une petite assemblée s’y est retrouvée. L’auditoire a apprécié les pièces jouées par Suzanne Bellemare. Le répertoire comprenait John Stanley, Aria Selbaldina et Johann Pachelbel, François Couperin, Jean Sébastien Bach, Johannes Brahms et Nicolas J. Lemmens. L’ensemble mélancolique de ces œuvres a été interrompu par le grand classique de Bach; extrait de la cantate 147.

La chapelle

Le réfectoire avec vue sur la cour arrière et le cimetière

Jalon historique des Ursulines

1535      Fondation des Ursulines à Brescia en Italie

1639 – 1697 Marie de l’Incarnation et les Ursulines à Québec

1697      Arrivée des Ursulines à Trois-Rivières, lieu d’habitation dans la demeure du gouverneur de Ramesay.

1701      Installation des Ursulines au Monastère

1715      Construction de la chapelle, rénovée en 1897

1838      Début de la responsabilité de la direction d’écoles publiques à Trois-Rivières

1900      Présence des Ursulines à Grand-Mère

1908      Les Ursulines à Shawinigan

1935      Consolidation du Collège Marie-de-l’Incarnation

Septembre 2019 : Les Ursulines quittent leur monastère pour emménager dans leur nouvelle résidence Lokia située dans le nouveau quartier Promenade Trois-Rivières sur St-Laurent. C’est là que j’ai salué Sœur Suzanne Julien que j’ai bien connu lorsque nous étions étudiants en théologie à l’UQTR il y a plus de quarante ans. Avec quelques-unes de ses consœurs, elle avait elle aussi assisté au concert d’orgue. Elle m’a confié qu’elle s’était de nouveau sentie chez elle pour un court instant.

« Souhaitons que de beaux fruits surgissent de ce que nous avons semé, m’a-t-elle confié. »

Adresse : Musée des Ursulines, 734, rue des Ursulines, Trois-Rivières,QC G9A 5B5

Téléphone : 819 375-7922

Site internet : www.musee-ursulines.qc.ca

Polarisation

Par Serge St-Arneault, M.Afr

La conférence de presse de PolySeSouvient était sur le point de commencer sous le vaste chapiteau aménagé sur le terrain de l’École Polytechnique. Quelques caméras étaient déjà en place devant le podium où les personnes désignées pour cette conférence allaient parler. Devant ce podium, à mes côtés, se tenaient des jeunes qui représentaient les associations étudiantes.

Les photographes étaient aussi à l’œuvre.

— Bonjour, dis-je à l’un d’entre eux. Comment allez-vous?

— Je vais bien merci, répondit-il. J’étais à Ottawa hier pour suivre la campagne électorale. Je n’ai jamais vu autant de mesure de sécurité de toute ma carrière journalistique.

— C’est peut-être dû au phénomène de polarisation.

— Vous avez raison. Il y avait un homme accompagné de son fils de huit ans qui m’injuriait. Pour lui, les médias « sont les mauvais ». Je lui ai alors dit que j’avais moi aussi un fils de l’âge du sien et que je prenais soin, en sa présence, de faire preuve de respect pour mon prochain. Après tout, comme parents, nous devons bien éduquer nos enfants. Et il s’est alors tu.

La polarisation! Voilà où nous sommes rendus. Le juste milieu semble avoir disparu du radar! Dans le contexte des armes d’assaut de type militaire, nous n’avons d’autre choix que d’exiger le bannissement complet de telles armes de guerre des mains de simples citoyens. Ces armes sont essentiellement conçues pour tuer. Étant une question de sécurité publique, nous ne voulons pas connaître la prolifération des armes à feu comme cela est actuellement le cas aux États-Unis.

Vous êtres trop émotifs

J’ai reçu un message sur les réseaux sociaux me disant que je fais honte aux femmes qui ont été assassinés lors de la tragédie de la Poly parce que je milite pour un contrôle effectif ou, mieux encore, le bannissement des armes d’assaut dans notre pays. J’ai compris que celui qui m’a envoyé ce message est vraiment attaché à son arme à feu, un attachement émotif. Émotif! Oui, je le suis aussi mais pour une autre raison; ma sœur Annie est l’une des quatorze victimes de Poly.

Cela me rappelle un événement que j’ai vécu il y a plus de vingt ans. J’avais été invités par une congrégation religieuse de Bellechasse pour leur parler du contrôle des armes à feu qui était alors en vigueur. Une heure plus tard, j’ai demandé aux religieuses pourquoi le curé, présent au début de ma présentation, avait quitté les lieux si tôt.

— C’est qu’il possède une arme à feu et il pense que vous la lui enlèverez, m’ont-elles confié.

Pourtant, les armes de chasse n’ont jamais été prohibées au Canada. À force de propager la fausse nouvelle (Fake News) que les honnêtes chasseurs ne pourront plus utiliser leurs armes, même les curés paniquent, du moins ceux qui pratiquent la chasse sportive.

Édouard Montpetit

Après la conférence de presse, je suis descendu à pied en direction du Boulevard Édouard Montpetit. J’y découvre pour la première fois un bronze du premier secrétaire de l’Université de Montréal en 1929 : Édouard Montpetit.

Place du 6 décembre

Ensuite, j’ai poursuivi ma marche en direction de la Place du 6 décembre. J’ai pris le temps de déchiffrer le nom de chacune des quatorze femmes inscrites sur le sol. J’ai prié et revécu en mémoire les nombreuses fois où j’y étais venu, tout particulièrement lors de la visite de l’Honorable Chrystia Freeland, ministre des Affaires étrangères.

Ensuite, j’ai poursuivi ma prière à l’Oratoire Saint-Joseph où d’importants travaux d’aménagement sont en cours d’exécution. J’ai suivi la route sinueuse ascendante menant à la chapelle du Frère André.

D’une grande sobriété, celle-ci semble hors contexte à côté de l’immense oratoire. Curieusement, j’y vois de nouveau cette polarisation qui, cette fois-ci, s’exprime dans le style architectural. J’ai pris plusieurs photos dans la plus grande de deux, mais j’ai prié dans la petite chapelle.

NOUS GARDONS TOUJOURS CONFIANCE

Par Serge St-Arneault, M.Afr

Nous avons et, dans une moindre mesure, continuons de subir des transformations importantes liées à la pandémie du coronavirus. Nos habitudes de vie et nos rassemblements ne sont plus les mêmes. Nous avons toutes et tous été affectés par les restrictions et les mesures de distanciation sociale. Notre santé mentale a elle aussi été mise à rude épreuve.

D’un autre côté, nous voyons naître de nouvelles initiatives et nous sommes devenus plus conscients de notre humanité commune. Un minuscule virus venant du bout du monde peut aisément se propager sans frontières à la vitesse de l’éclair. Si ce problème est mondial, la solution doit, elle aussi, être planétaire. Il en est de même par rapport aux changements climatiques.

À son niveau, l’Église institutionnelle est elle aussi infectée par son passé ombrageux, par ses erreurs. Elle donne l’impression d’être en soin intensif. Nous sommes devenus une minorité de croyants en attente d’un vaccin spirituel pour nous protéger. Or, ce vaccin est déjà disponible.

« Nous gardons toujours confiance, tout en sachant que (…) nous cheminons dans la foi, non dans la claire vision » (Cor, 5,6).

De fait, notre vie personnelle et collective est constamment ponctuée de profondes transformations. L’être humain a cette exceptionnelle habilité de s’adapter à pratiquement toutes les circonstances, même à un âge avancé. Notre vaccin spirituel est la confiance. Nous persistons à cheminer dans la foi même si nous ne voyons pas clairement où nous allons. Cette attitude nous conduira au-delà de la mort.

Pour le moment, nous sommes encore de ce monde. Profitons-en pour garder le cap malgré notre manque de claire vision. En fin de compte, le plus important n’est pas de savoir où nous allons, mais plutôt de nous assurer de la qualité des petits pas de bienveillance que nous traçons sur la route quotidienne de la vie. Sans plus!

Au sujet de changements, je vous annonce que le Père Jacques Poirier, qui écrivait la Lettre aux Amis depuis plusieurs années, repart au Burkina Faso, en Afrique. Nous sommes invités à l’accompagner de notre soutien et de nos prières tout en lui disant merci pour les services rendus. Une nouvelle équipe rédactionnelle vous sera annoncée dans la prochaine édition du magazine.

Aujourd’hui, je vous invite à lire le témoignage d’Adrien Sawadogo, un jeune Père Blanc qui a rencontré le Christ vers l’âge de 22 ans. De musulman qu’il était, il est devenu chrétien et Missionnaire d’Afrique. Vous lirez aussi les origines de la basilique Notre-Dame d’Afrique en Algérie, patronne des Missionnaires d’Afrique. Il y a enfin une invitation à participer au projet de meubler l’école d’arts et métiers de Gyedna au Nigéria.

Travaux communautaires, communément appelés « salongo » dans la chefferie de Walendu-Bindi en République Démocratique du Congo

Par Adirodu Roger, avec la collaboration de Kabaseke Gérmain à Bavi

La chefferie de Walendu-Bindi compte quatre axes principaux :

1) Au nord : axe Walendu-Bindi-Bunia-Kasenyi-Chomia. Celui-ci est utilisé par des véhicules pour le transport des marchandises et passagers.

2) À l’est : axe Walendu-Bindi-Buguma. Cet axe est un sentier de marche abrupte de mille mètres. Une journée entière est nécessaire pour atteindre les frontières de l’Ouganda.

3) Au sud : axe partiellement carrossable par camion reliant Walendu-Bindi-chefferie de Bahema-Mitego, Bahema-Boga, Banyali-Tchabi et celle du nord Kivu. Cet axe est utilisé pour acheminer le bétail, notamment les vaches, les moutons, chèvres et poules.

4) À l’ouest : axe routier Walendu-Bindi-Andisoma-Komanda qui permet les échanges des produits commerciaux vers les marchés du groupement Bavi.

Tous ces axes, plus ou moins en bon état, nécessitent un entretien constant pour permettre les échanges commerciaux en dehors de la zone enclavée des Walendu-Bindi.

Sauf l’axe de Buguma, des centaines de kilomètres de route comportent de nombreux ponts en mauvais état. Heureusement, la route reliant Bukiringi, Aveba, Gety, Kagaba, Olongba, et Songolo est entretenue par le gouvernement provincial, la MONUSCO, le FONER et l’Office des routes. D’un autre côté, l’impact des pluies sur les autres routes oblige la population à se mobiliser pour maintenir ces voies de communication. Cet exercice s’appelle « le salongo ».


Base de la Monusco, Mission des Nations Unis pour la stabilisation de la RDC implanté à Gety-Mission

Or, il s’avère que certains citoyens, au lieu de participer bénévolement à un « salongo », choisissent d’engager, moyennement compensation financière, quelqu’un d’autre pour travailler à leur place.

Selon le chef intérimaire Maguru, en exercice le 15 mars 2019, le « salongo » débute avec une gestion responsable des déchets domestiques autour de la parcelle de chaque citoyen avant de s’étendre aux axes routiers. Les plus récalcitrants n’en font qu’à leur tête et jettent leur détritus et eau usée chez leurs voisins avec d’énormes conséquences. Le non-respect des travaux communautaires a pour conséquence la propagation de maladies telles que le paludisme, le choléra ou la fièvre typhoïde. Cette attitude cause aussi de violents conflits entre familles.

Une sensibilisation sur les effets négatifs d’un manque de solidarité communautaire est maintenant nécessaire pour permettre un changement de mentalité là où le « salongo » n’existe que de nom. Selon le juge de Badjanga, maître Musaki, les récalcitrants sont transférés à la police de proximité de leur quartier. « Pour bien gérer les déchets, les travaux communautaires sont exercés deux fois la semaine et non une fois comme le souhaite l’arrêté du maire de la ville », fait-t-il savoir.

En 1990, le chef Akobi Tsomi Katorogo, aujourd’hui décédé, avait ordonné la distribution de jetons aux habitants pour indiquer leur participation dans l’exécution des travaux communautaires, cruciaux pour la vie des gens. La preuve a de nouveau été faite en 2020 avec l’arrivée d’un véhicule à la localité de Kelenzi, près de la montagne Maplungulu, accueilli avec acclamation par la population. Bien que cette tâche incombe au pouvoir public, cette joie est le fruit d’un dur labeur fait à mains d’homme avec une simple houe ou des pelles comme outils.

« Le salongo » a démonté que le courage et la solidarité des citoyens a permis de maintenir des voies de communication et aussi prévenir la famine, appelé agayii, grâce aux échanges entre patate douce d’un côté et le manioc lumbe d’un autre. Il est à espérer que cette expérience communautaire se maintienne chez les nouvelles générations malgré le dur labeur qu’il incombe.

fUNÉRAILLES DES PÈRES YVES GAUDReAULT ET MARCEL BOIVIN, m.aFR-10 AOÛT 2021

Par Serge St-Arneault

Les membres des familles Gaudreault et Boivin, ainsi que plusieurs confrères Missionnaires d’Afrique et consœurs SMNDA, se sont retrouvés à l’église Notre-Dame de l’Espérance à Québec le 10 août 2021 pour les funérailles des pères Yves Gaudreault décédé le 16 novembre 2020 et Marcel Boivin décédé le 19 janvier 2021.

Le père Réal Doucet, le président de l’assemblée et provincial des Missionnaires d’Afrique au niveau des Amériques, a prononcé ces mots d’ouverture de la célébration eucharistique.

Père, tu as accompagné pendant toute leur vie nos confrères, frères, oncles et amis Yves et Marcel et tu les as accueillis chez toi dans ta demeure. Nous voulons célébrer dans l’action de grâce leur arrivée auprès de toi en te remerciant pour ces années 92 et 84 respectivement que tu leur as données sur terre et qu’ils ont vécu comme tes bons et fidèles serviteurs en passant par des problèmes de santé de toutes sortes.

Yves et Marcel ont su intégrer ces épreuves et en ont fait un soutien dans l’accompagnement des personnes que tu as mises sur leur chemin tout au long de leur vie missionnaire. Que Yves et Marcel soient comblés auprès de toi de paix et de joie avec tous ceux et celles qu’ils ont retrouvés maintenant, surtout leurs proches et leurs nombreux amis Pères Blancs et autres que tu as déjà accueillis dans ton royaume. Par Jésus-Christ et Seigneur. Amen!

Les Missionnaires d’Afrique remercient vivement toutes les personnes qui ont partagé ce moment de prière, tout particulièrement Jean-François Gaudreault-Desbiens, Claude Tremblay et Francine Boivin pour leurs témoignages ainsi que Caroline Proulx, responsable, et l’animatrice du chant Christine Beaulieu accompagnée de sa maman à l’orgue.

Mon oncle Albert Perron

Photo d’Albert Perron prise le jour de son mariage et figurant sur le signet commémorant son décès.

Par Serge St-Arneault

Je n’étais pas né lorsque mon oncle Albert Perron est décédé le 15 juillet 1951 à l’âge de 27 ans et 11 mois. Ma mère m’a expliqué qu’il est mort accidentellement à Clova. Il était camionneur. Si je me rappelle bien sa triste histoire, Albert a probablement oublié d’attacher la benne basculante, communément appelé la « dompeuse », de son camion qui s’est abaissée à son insu au moment où il fixait un problème mécanique. Il est mort sur le coup.

Martin, le frère aîné d’Albert, et leur père Éritha se sont rendus à Clova pour l’identification du corps. Il faut se rappeler que les routes, à l’époque, étaient en gravier. Cela fut le cas jusqu’au tournant des années 70. Je me rappelle, enfant, de voir les nuages de poussière s’élever au passage des voitures. Il valait mieux ne pas en suivre une!

D’autant plus que ce petit hameau est situé à environ 434 km de St-Adelphe, dont 302 km entre la ville de La Tuque et Clova, par la route forestière RO-451 (25). Il est encore hasardeux d’emprunter ce chemin forestier et il faut compter de nos jours plus de huit heures de route pour s’y rendre. En 1951, le train était de toute évidence le meilleur moyen de transport pour se rendre à Clova. La gare ferroviaire a d’ailleurs été désignée patrimoniale en 1995.

Depuis plusieurs années déjà, le Canadien National (CN) a cessé ses opérations entre Hervey-Jonction et Saint-Marc-des-Carrières. Longue de 47 km, cette voie ferrée desservait le village de St-Adelphe où habitaient les familles de mes ancêtres Laquerre et Perron. Il en est de même pour la lignée des Veillette et St-Arneault du côté de mon père Bastien. De hautes herbes poussent désormais entre les rails et le pont qui enjambe la rivière se cache derrière une forêt de plus en plus danse, envahissant ainsi les pâturages de jadis.

Combien de jours ont-ils été nécessaires pour achever le pénible périple aller-retour entre St-Adelphe et Clova? Ma tante Justine, sœur d’Albert, m’a simplement expliqué qu’une grande foule attendait au quai de la gare de St-Adelphe, aujourd’hui démolie. Les pleurs ont jailli en voyant la « fausse tombe » en bois sortir du wagon.

Le corps du défunt a été exposé au deuxième étage d’une maison située près de l’église. L’été 1951 a été très chaud. Les membres de la famille, les voisins, les amis, se sont constamment relayés pendant trois jours pour s’assurer que quelqu’un veille le mort en tout temps. L’excès de fatigue prenait parfois le dessus au petit matin malgré les nombreuses tasses de café et la récitation fréquente du chapelet. Il arrivait alors que des éclats de rire incontrôlés rompent la pieuse atmosphère.

Pendant toute une année, la veuve, ma grand-mère, ma mère, mes tantes et autres membres de la famille ont porté des vêtements noirs. Même les boutons de la robe de la maman du défunt étaient noirs. Les six mois suivants, il leur était permis de porter du gris, du bleu marine, du brun foncé, du violet ou du blanc.

De plus, ils devaient s’abstenir d’écouter la radio par respect pour le défunt. La radio était le seul divertissement avant l’arrivée de la télévision.

Albert Perron s’était marié avec Pauline Vandal le 16 juillet 1949, soit deux ans presque jour pour jour avant l’accident. Leur fils Michel-Eritha est né le 5 mai 1950. Tante Pauline a toujours fait partie de la famille des Perron malgré son veuvage. Je lui ai souvent rendu visite en compagnie de mes parents. Elle est même venue à La Tuque avec son second mari, Armand Plamondon.

Pierre tombale d’Albert Perron

Elle vivait depuis plusieurs années dans une résidence à St-Tite. Or, ses funérailles ont eu lieu le mois dernier au village de St-Adelphe. Elle avait atteint l’âge très respectable de 96 ans.

Pandémie oblige, changement de mœurs, abandon des traditions, essoufflement des liens familiaux, tante Pauline a été enterrée très sobrement au cimetière du village. Cette fois-ci, il n’y a pas eu de drame, ni de train, ni de foule, ni de veillées funéraires, ni de pleurs, ni même de rassemblement familial.

Son nom est inscrit sur la pierre tombale d’Albert qui gît là depuis 1951. En revanche, son urne a été déposée au côté de celle d’Armand Plamondon qui est, tout compte fait, le papa que Michel-Éritha a connu.

Pour reprendre un adage d’autrefois; « que les âmes des fidèles défunts reposent en paix ».

Amen!

Photo de mariage entre Pauline Vandal et Albert Perron
le 16 juillet 1949 à l’église de St-Adelphe.
Rangée avant : Alice Laquerre, 49 ans, mère d’Albert, Éritha Perron, 54 ans, père d’Albert, sa petite sœur Jacqueline, 11 ans, son frère Martin, 28 ans, Albert Perron, 25 ans, Pauline Vandal, 24 ans, Gertrude Douville, belle-sœur d’Albert, 24 ans, Sylva Gauthier et Mme Gauthier, les parents adoptifs de Pauline.
Maison ancestrale de la famille d’Alice Laquerre et Éritha Perron où a grandi Albert
situé au
761 Rang du Haut Saint-Émile, communément appelé le Rang de la Lune.

Voyage à La Tuque, 16 juillet 2021

Par Serge St-Arneault

J’étais à La Tuque hier pour présider la messe de funérailles de Madame Alvina Lefebvre, la maman de man chère amie Thérèse Moisan avec laquelle je participais aux activités pastorales à l’école secondaire. Épouse de feu Lionel Moisan, Alvina était âgée de 101 ans.

Il y a environ une quarantaine d’années, Madame Lefebvre a composé un texte en prévision de ses funérailles.

J’éprouve toujours une certaine émotion lorsque je retourne à La Tuque.

La route, grandement améliorée, la rivière St-Maurice, les montagnes et finalement la ville font jaillir en moi tant de souvenirs.

L’église St-Zéphirin est l’église mère. C’est un impressionnant édifice aux allures d’une cathédrale.

Enfant, j’allais généralement prier avec mes parents à l’église Marie-Médiatrice, démolie il y a quelques années. Mais, en famille, nous allions occasionnellement à l’église St-Zéphirin. Les statues accrochées sur les murs m’intimidaient.

Même aujourd’hui, cette église impose sa stature. Ses vitraux illustrant l’esprit missionnaire des Canadiens français, ses colonnes de marbre, son orgue Casavant, ses mosaïques, sa hauteur, tout cela illustre la foi de nos ancêtres qui construisaient avec une vision de mille ans. Aujourd’hui, nos autorités religieuses et politiques cherchent ensemble comment préserver ce lieu de culte déserté. Y verrons-nous un jour s’y installer la bibliothèque municipale?

J’ai profité de mon bref séjour à La Tuque pour me rendre au Lac St-Louis où se tenait jadis la renommée course à la nage des 24 heures qui attirait jusqu’à 30,000 visiteurs. Commencée en 1965, cette compétition de nage a cessé en 1982.

Il ne reste plus rien de cette époque si ce n’est que le réaménagement réduit de l’édifice, qu’on appelait Le 120, devenu maintenant le Centre Sakihikan, un centre d’ancrage culturel autochtone.

Tant qu’à lui, le Lac St-Louis est devenu un petit sanctuaire de pêche urbaine durant la belle saison.

La nature a repris sa place au lieu d’avoir un lac ceinturé de béton. Le chant des oiseaux est constant au côté des bernaches qui se promènent librement.

C’est maintenant votre tour de vous rendre à La Tuque.

Quelques photos supplémentaires et deux vidéos,
gracieuseté de Simon Pageau.

Changement de noms topographiques

Par Serge St-Arneault, M.Afr, 14 juillet 2021

Pendant 25 ans, la République Démocratique du Congo (DRC) est devenue le Zaïre sous la gouvernance du régime totalitaire du Mouvement Populaire de la Révolution (MPR) fondé par le Président Mobutu. Le pays a repris le nom de République Démocratique du Congo après la chute de ce dernier en 1997.

L’une des principales caractéristiques à l’époque du Zaïre fut l’idéologie de l’authenticité qui aboutira à la zaïrianisation des entreprises étrangères qui s’est avérée être un désastre économique. Pourtant, le principe initiateur de cette idéologie basé sur la primauté de la dignité des peuples était bien fondé.

Déjà en 1968, la capitale Léopoldville était devenue Kinshasa, Stanleyville s’appelait Kisangani, Costermansville se nommait Bukavu, etc. Cette affirmation identitaire authentiquement africaine a généré un immense enthousiasme et un élan de fierté résolument nécessaire après des décennies d’humiliation coloniale belge et le chaos social qui a caractérisé les premières années de l’indépendance du pays.

Puis, sous la mouvance d’une plus grande authenticité, les noms chrétiens ont été bannis. Le Président Joseph-Désiré Mobutu a donné l’exemple en devenant Mobutu Sese Seko Kuku Ngendu wa Za Banga. La population a suivi en reprenant des noms ancestraux propres à chaque tribu.

Un problème s’est alors posé. Les amis ou voisins ne connaissaient pas les nouveaux noms adoptés par tout un chacun. C’est alors que les Pierre, Jean, Jacques et Marie sont devenus des ex-Pierre, ex-Jean, ex-Jacques et ex-Marie. Le résultat n’a pas toujours été celui recherché. En effet, les lettres « L » et « R » en langue bantu sont facilement interchangeables. Il est généralement difficile de distinguer ces deux consonnes. Je vous laisse le soin de prononcer le nom d’ex-Clément avec la sonorisation d’un « R » plutôt que d’un « L ».

Or, le retour à l’authenticité a connu un renversement spectaculaire. Ainsi, les Lacs Idi Amin et Mobutu, situés à la frontière de l’Ouganda et du Zaïre, sont redevenus le Lac Victoria et le Lac Édouard, noms donnés par les colonialistes, après l’écroulement de ces régimes dictatoriaux. La monnaie, le fleuve et le pays qui portaient tous le nom de Zaïre sont redevenus le franc congolais, le fleuve Congo et la DRC. Il en est de même du drapeau et de l’hymne national. Même la cravate a détrôné l’abacost (abat costume); emblème vestimentaire par excellence du Mobutisme.

Cela étant dit, l’initiative initiale d’un retour à l’authenticité par un changement topographique était non seulement louable, mais avant tout inspirante, mobilisatrice et propice à une réappropriation identitaire socialement génératrice de fierté nationale retrouvée.

EXEMPLES AU CANADA

Assisterons-nous à une forme d’autochtonisation de nos lieux historiques et topographiques? Le fleuve St-Jean au Nouveau-Brunswick deviendra-t-il le fleuve Wolastoq? Montréal deviendra-t-il Tiohtià:ke? Allons-nous effacer dans l’indifférence les noms de Saints chrétiens qui ornent les rues à l’exemple des récentes églises catholiques incendiées?

Rappelons-nous simplement que nous avons conservé beaucoup de noms issus des Premières Nations. Pour n’en nommer que quelques-uns de la région de la Mauricie, ces noms sont intégrés dans nos gènes identitaires tels que Shawinigan, Matawin, Wayagamac et Mékinac et j’en passe.

UNE TENDANCE

La rue Amherst à Montréal est récemment devenue la rue Atateken. Ce n’est pas anodin. Les recherches historiques nous révèlent que l’officier Jeffrey Amherst de l’armée britannique et administrateur colonial, anobli par le roi George III, s’opposait farouchement, parfois avec mépris, à tout ce qui était contraire à son identité coloniale et sa religion.

Derrière ce changement de nom, il y a une volonté sincère de reconnaître les torts causés. Il peut s’agir d’un général anglais tout aussi bien que nos propres ancêtres ou nos Églises. À certains égards, nous assistons à une forme de confession publique, certes humiliante, mais, espérons-le, réconciliatrice.

Cette réconciliation est due depuis trop longtemps. Les conditions semblent maintenant être rassemblées pour y arriver sans pour autant aggraver un sentiment d’excessive culpabilisation. De fait, nous bénéficierions de reconnaître notre patrimoine autochtone commun. En effet, nous avons tous un ou des ancêtres autochtones qui sommeillent dans nos lignées généalogiques. Lorsque possible, une reconfiguration topographique de nos lieux communs avec des noms issus des Premières Nations nous aiderait à cheminer vers une guérison mutuelle. Notre histoire est commune au-delà de sa diversité. Ce fait, cette diversité est notre richesse … à découvrir.

Lettre de remerciement pour l’aide apporté aux populations de Goma à la suite de l’irruption du volcan Nyiragongo.

Vous avez été nombreux à répondre à l’appel au secours pour venir en aide aux populations de Goma. Voici une lettre de remerciement des membres de notre communauté à Goma.

Bonjour, chers confrères et bienfaiteurs du Canada

Salutations fraternelles de la part des confrères Missionnaires d’Afrique du Secteur Goma en République Démocratique du Congo. Au nom des confrères du secteur Goma : Le père Evans Chama, le père Robert Ouedrago, le père Kanto Hembram, le père Louis Arcos, le père Diedonné Utera, le père Jean-Noël Baraka, le père Xavier Biernaux, le père Jean-Paul Cirhakarhula, Mgr. Willy Ngumbi, je vous dis sincèrement merci pour votre aide financière.

Nous tenons  à vous envoyer ce petit message pour vous remercier de nous avoir aidés avec la somme de 20730.38$ pendant ce temps difficile après l’éruption volcanique de mont Nyiragongo le soir du 22 mai 2021 qui était accompagnée par le tremblement de terre pendant plusieurs jours. Recevoir de l’argent des personnes qu’on aime est comme recevoir un beau poème. Un  beau poème dont les vers poétiques sont des offrandes affectueuses.  Un geste plein de gentillesse et de tendresse, une belle preuve d’amitié qui n’a pas de prix. Ce don d’argent, cette aide financière est un véritable soutien amical qui nous sera très utile.

Après l’éruption de Nyiragongo, les confrères de Goma est les séminaristes de Foyer Godefroid Ngongo (Notre maison de formation qui est à Goma) sont allés se cacher à Bukavu la province voisine de notre province du Nord-Kivu pendant deux semaines. Nous disons merci aux confrères de Bukvu pour le service qu’ils nous ont rendu.

À vrai dire les chrétiens du diocèse de Goma et la population de Nord-Kivu en général traversent un moment très difficile. L’évaluation faite trois jours après l’éruption  indiquait un total de 9548 ménages affectés. Ces chiffres englobent les ménages dont les domiciles ont été détruits complètement et partiellement. 31 morts signalés dont 13 personnes lors de l’évacuation de la ville et 24 personnes brulées par la lave, 40 adultes signalés disparus ; plusieurs enfants disparus et plusieurs hospitalisations. 

Les événements inoubliables qui ont laissés de traces dans la vie des habitants de cette province sont : La maladie à virus Ebola, les différents groupes rebelles qui ne cessent d’enlever et de kidnapper les gens, les tueries perpétuelles, l’éruption volcanique, le Covid-d-19 (la province de Nord-Kivu est la deuxième province la plus touchée par le Covid-19 dans le pays). Chez qui irions ? La mission de missionnaires au milieu de gens qui souffrent  n’est pas facile. Ils besoins de votre soutien spirituel, moral, financier, psychologique, etc.

Union de prière :

Père Elias Peter Kapange, MAfr, Goma

Leçons de la pandémie de la Covid-19

Par Serge St-Arneault, M.Afr

Collectivement, mais aussi au niveau de chaque individu que nous sommes, l’expérience de la pandémie de la Covid-19 nous force à redéfinir nos valeurs et nos priorités. Notre vulnérabilité a été, et demeure, étroitement liée à notre capacité de résistance. Certes, nous avons fait preuve de résilience, mais nous constatons aussi, par exemple, la fragilité de notre système de santé.

Une prise de conscience collective surgit de cette épreuve, celle de notre étroite et mutuelle humanité. Un minuscule virus venant du bout du monde peut aisément se propager sans frontières à la vitesse de l’éclair. Si ce problème est mondial, la solution doit, elle aussi, être planétaire.

Un rappel de la vaccination contre la Covid-19 deviendra, semble-t-il, annuel. Le danger de nouvelles vagues meurtrières persistera tant et aussi longtemps que la vaste majorité des habitants de notre planète ne sera pas immunisée. En fait, nous sommes entrées dans une ère d’incertitude où les points de vue se polarisent de façon inquiétante.

À son niveau, l’Église institutionnelle est elle aussi infectée par son passé ombrageux, ses erreurs. Elle donne l’impression d’être paralysée et en soin intensif. Nous sommes devenus une minorité de croyants en attente d’un vaccin spirituel pour nous protéger. Or, ce vaccin est déjà disponible.

« Nous gardons toujours confiance, tout en sachant que (…) nous cheminons dans la foi, non dans la claire vision » (Cor, 5.6).

De fait, notre vie personnelle et collective est constamment ponctuée de profondes transformations. L’être humain a cette exceptionnelle habilité de s’adapter à pratiquement toutes les circonstances, même à un âge avancé. Notre vaccin spirituel est la confiance. Nous persistons à cheminer dans la foi même si nous ne voyons pas clairement où nous allons. Cette attitude nous conduira au-delà de la mort.

Pour le moment, nous sommes encore de ce monde. Profitons-en pour garder le cap malgré notre manque de claire vision. En fin de compte, le plus important n’est pas de savoir où nous allons, mais plutôt de nous assurer de la qualité des petits pas de bienveillance que nous traçons sur la route de la vie. Sans plus!