Category: Lettres de Serge


J’ai le sentiment d’être un Noir de race blanche

Le Père Serge St-Arneault, de retour au Canada depuis un an, nous raconte les trente ans de sa vie en Afrique. Trente années qui lui donnent aujourd’hui le sentiment d’être un Noir de race blanche.

Photo 1Né le 29 juin 1955 à St-Adelphe, Serge St-Arneault a grandi à La Tuque. Il obtient un baccalauréat en théologie à l’UQTR en 1979. Il est officiellement membre de la Société des Missionnaires d’Afrique depuis le 5 décembre 1986. Après son ordination sacerdotale le 28 juin 1987, il part au Zaïre, l’actuelle République Démocratique du Congo, où il restera jusqu’en février 1996. En 2001, il part à Mua, au Malawi, où il devient codirecteur du centre culturel et artistique de Kungoni. En juin 2009, il se retrouve à la paroisse de Chézi. Puis, en janvier 2012, il devient le secrétaire de la Province d’Afrique Australe des Missionnaires d’Afrique dont le bureau central est situé à Lusaka en Zambie. Finalement, depuis août 2017, il est le directeur du Centre Afrika de Montréal.

Photo 2Mon premier séjour en Afrique Mon premier séjour en Afrique remonte aux années 1981-1983. En effet, j’ai vécu mes deux années de stage apostolique au Zaïre. Au terme de celui-ci, je devais me rendre à Londres pour poursuivre mes études. J’ai cependant retardé mon départ vers l’Angleterre en raison d’une vilaine hépatite virale de type A contractée au Zaïre.

De nombreuses images défilent dans ma tête en songeant à tous ces lieux et à ces personnes que j’ai connus depuis plus de trente ans, soit la moitié de ma vie. Je me souviens d’une brève conversation avec une religieuse qui, à l’époque, m’avait demandé ce que j’allais faire là-bas. À vrai dire, je n’en savais rien. Voici ce que j’aurais pu lui répondre.

 Je suis retourné au Zaïre en septembre 1987, après mon ordination sacerdotale qui avait eu lieu à La Tuque le 28 juin. J’ai alors vécu en pleine brousse chez les peuples Indru de Géty et Héma de Boga, à une soixantaine de kilomètres au sud de la ville de Bunia située au nord-est du pays. J’en garde un souvenir mémorable. Pourtant, les difficultés n’ont pas manqué: isolement, routes impraticables, écroulement économique, pillages dans les grandes villes en réaction aux exactions du régime politique du Président Mobutu Sese Seko, sans oublier les rivalités ethniques provoquées et alimentées par des intérêts mercantiles de pays étrangers.

Favoriser la tenue de négociations de paix entre les tribus

Malgré toutes ces difficultés, mes confrères et moi vivions une relation exceptionnelle avec la population dans ces moments tragiques qui ont coïncidé avec le départ des expatriés européens. J’ai même été menacé de mort. Sans aucune aide extérieure, nous avons investi toutes nos énergies en favorisant la tenue de négociations de paix entre les tribus en conflit. Avec nos faibles moyens, nous avons même réussi à organiser des convois humanitaires pour l’évacuation de familles menacées.

Je ne considère pas cela comme de l’héroïsme. J’ai simplement le sentiment d’avoir répondu aux paroles de Jésus : « Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement » (Mt 10, 8).

Photo 3Au milieu de toutes ces tragédies, avec mes amis zaïrois, qui entre-temps sont redevenus des Congolais, nous avons uni toutes nos ressources pour construire une école secondaire. J’ai aussi eu le privilège de me lier d’amitié avec les masadu, les gens mandatés pour superviser les rites funéraires des chefs coutumiers. J’ai même participé aux danses dites guerrières lors de ces cérémonies, si bien qu’au moment de partir, en février 1996, une vieille maman m’a confié ces quelques mots qui resteront toujours gravés dans mon cœur : « Vous savez, mon père, il ne vous manque qu’une seule chose pour être l’un de nous : la couleur de la peau! »

Tout est dans la qualité relationnelle. Celle-ci va au-delà de la connaissance pourtant essentielle des langues locales et des coutumes. Je peux le dire en toute franchise, je ressens une nostalgie chaque fois que je repense à « mon premier amour! »

Envoyé au Malawi

Ne pouvant pas retourner en République Démocratique du Congo au tournant du nouveau millénaire à cause de la guerre civile qui s’éternisait, mes supérieurs m’ont proposé d’aller au Malawi. Ce petit pays est coincé entre le Mozambique et la Zambie. J’ai dû tout recommencer ; l’apprentissage du chichewa (que je n’ai jamais aussi bien maîtrisé que le kiswahili au Congo), l’histoire et les coutumes ancestrales, particulièrement du peuple Chéwa. Je suis devenu codirecteur du centre culturel et artistique de Kungoni situé à Mua.

Photo 4Privilège peu offert aux non-Chéwa, j’ai eu la chance d’être accueilli au sein de la société secrète des Gulé Wamkulu qui sont reconnus pour leurs innombrables masques qui constituent la base de leur vision spirituelle associée aux esprits des ancêtres; les mizimu! C’est réellement fascinant.

Mon confrère Claude Boucher, originaire de Montréal, prêtre et anthropologue, a d’ailleurs consacré toute sa vie à approfondir les expressions culturelles de ces populations. Il a construit le centre culturel Kungoni qui comprend un musée renommé dans toute cette région d’Afrique.

Reconnaître la présence de Dieu dans l’histoire et la vie de ces peuples

Il faut investir du temps, beaucoup de temps, pour soulever le voile des premières apparences culturelles. Les missionnaires ont l’avantage de consacrer de nombreuses années de leur vie pour apprécier ces richesses : valeurs communautaires, sagesse et proverbes, diversités linguistiques, etc.

L’essentiel est de mettre en valeur, de faire surgir, d’éveiller ou simplement de reconnaître la présence de Dieu dans l’histoire et la vie de tous ces peuples qui puisent leur spiritualité dans les valeurs transmises par les ancêtres. En effet, l’Esprit de Dieu s’est manifesté chez ces gens bien avant l’arrivée des missionnaires. Pour moi, le missionnaire est avant tout celui qui permet de reconnaître ces traces spirituelles tout en annonçant la nouveauté de l’Évangile qui s’adresse à toute l’humanité.

Bref, ma vie n’est plus la même. Je suis allé en Afrique comme missionnaire, mais c’est l’Afrique qui m’a converti aux valeurs profondes de notre humanité commune éclairées par la radicalité du témoignage de l’homme Jésus.

J’ai vécu mes deux dernières années au Malawi dans une petite paroisse appelée Chézi, située à mi-chemin entre la capitale Lilongwe et le lac Malawi. Les Gulé Wamkulu y sont également actifs. Je me suis rapidement senti à l’aise grâce à mon initiation dans leur société secrète. C’est tout de même précieux de pouvoir côtoyer un environnement culturel si étrange aux premiers abords.

Le respect mutuel permet de vrais miracles

Photo 5Le « respect » est le mot qui résume le mieux mon expérience missionnaire. Au-delà des différences ou particularités sociales, linguistiques et spirituelles, le respect mutuel permet de vrais miracles. J’ai souvent constaté que les paroles s’évaporent, à commencer par les sermons. En effet, nous mémorisons plus facilement les bonnes et mauvaises impressions ou perceptions. Il peut aussi s’agir d’un souvenir de tendresse ou de compassion. Là est l’œuvre de l’Esprit de Jésus qui transforme les cœurs en profondeur.

Sachant que je quittais le Malawi en janvier 2012, les chefs coutumiers ont pris la décision de m’introniser dans leur cercle. Symboliquement, j’ai, en effet, été nommé chef coutumier sous le patronyme de « mfumu Chimphopo ». Je considère cela comme une marque de reconnaissance et de profonde amitié. J’en serai toujours reconnaissant.

Secrétaire de la Province d’Afrique Australe des Missionnaires d’Afrique

Photo 6De là, je me suis retrouvé à Lusaka en Zambie en tant que secrétaire provincial, et responsable des communications, au service des confrères vivant au Malawi, au Mozambique, en Afrique du Sud et en Zambie. C’est tout de même un défi de travailler dans la langue de Shakespeare pour un gars comme moi qui a échoué tous ses cours d’anglais à l’école.

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Capitale de la Zambie, Lusaka est en pleine envolée économique. L’Afrique, c’est aussi les grandes agglomérations, les vastes centres d’achat, les universités et les embouteillages sur les grands boulevards aux heures de pointe. Même si l’anglais est largement répandu, je parvenais à comprendre le chinyanja, une forme dérivée du chichewa.

Page 1Mon retour au Canada

Après plus d’une trentaine d’années, il est temps de revenir au bercail. Mes supérieurs m’ont demandé d’assurer la responsabilité du Centre Afrika situé sur la rue St-Hubert à Montréal. J’ai accepté avec joie. J’ai le sentiment que cela arrive à un bon moment dans ma vie. L’Afrique m’habite encore. J’ai parfois le sentiment d’être un Noir de race blanche.

Je suis chanceux de pouvoir poursuivre ma quête de connaissance du monde africain qui me passionne. Adolescent, j’avais le sentiment que la planète terre n’était pas assez grande pour mes aspirations. Je me suis limité à trois pays africains.

Serge St-Arneault, M.Afr.

 

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BINAM-FORMATION-06Le Bureau d’intégration des nouveaux arrivants de Montréal (BINAM), qui s’est donné comme mission de créer les conditions permettant d’accélérer le processus d’intégration des nouveaux arrivants afin de maximiser leur participation à la vie collective montréalaise, avait invité le Centre Afrika a participer à deux jours de formation les 5 et 6 septembre 2018 pour « développer des projets intégrés à impact social fort » en prévision du dépôt de nouveaux appels à projets qui seront cruciaux pour la continuité de nos services pour les deux prochaines années.

Cette rencontre avait lieu dans les locaux de l’ancienne usine de métallurgie[1] La Fonderie Darling située dans quartier de la Cité du Multimédia de Montréal. Quelques coins de rue suffisent pour offrir des points de vue vraiment disparates : les hauts édifices de Montréal (2), le parc Éphémère (3) et un vieil édifice en démolition (4). On y trouve même un traiteur ambulant de cuisine indienne.

Le métro Square-Victoria-OACI au pied de la Tour de la Bourse est à quelques minutes de marche de la Fonderie Darling. Or, le soir du 5 septembre, je reçois une invitation de la mairesse de Montréal, Valérie Plante, pour assister au dévoilement du lauréat du concours international d’architecture de paysage pluridisciplinaire Place des Montréalaises[2]. L’événement avait lieu le 6 septembre vers 13h30 sur la terrasse de l’Hôtel de Ville.

BINAM-FORMATION-19Je n’étais même pas au courant de ce projet! Il s’agit d’un projet d’envergure qui surplombera la bretelle de l’autoroute Ville-Marie et la rue Saint-Antoine pour éliminer la brisure avec le Vieux-Montréal. Les noms de 21 Montréalaises qui ont marqué l’histoire de la ville, comme Jeanne-Mance et Marie-Josèphe Angélique de même que les 14 victimes du drame de la Polytechnique, seront bien visibles. Le concours lancé en 2017 privilégiait cette commémoration.

Je me sentais perdu au milieu de tous ces journalistes et caméras de télévision. Discrètement, je me suis adressé à une adjointe de ma mairesse si je pouvais lui parler une petite minute.

— « Bonsoir, je suis le frère d’Annie St-Arneault, l’une des victimes de la Poly. Nous nous sommes brièvement croisés lors de la présentation de la motion votée unanimement par le conseil de ville pour bannir la vente d’armes de poing et d’assaut. »

— « Oui, je me souviens. »

— « Saviez-vous que vous êtes une arrière-petite-cousine d’Annie qui figure parmi celles que vous voulez honorer la mémoire à la Place des Montréalaises? »

— « Non! D’ailleurs, beaucoup de gens me demandent qui sont mes ancêtres et je ne le sais pas. »

— « Et bien, vous êtes de la lignée de Paul Bertrand dit St-Arnaud qui est venu en Nouvelle-France autour de 1690. Celui-ci a épousé Gabrielle Barideau. Ils ont conçu Marguerite Bertrand dit St-Arnaud en 1712. Là est votre lignée, onzième génération à partir de notre ancêtre commun. »

BINAM-FORMATION-24J’ai promis de lui remettre bientôt son arbre généalogique complet compilé grâce au travail bénévole des membres de l’Association des descendants de Paul-Bertrand dit St-Arnaud.

De la terrasse de l’Hôtel de Ville, je suis retourné à La Fonderie Darling. Une heure plus tard, Valérie Plante était là aussi pour remercier les 120 personnes réunis et conclure la formation offerte par le BINAM.

________________________

[1] La fonderie Darling construite en 1880 par les Frères Darling (Darling Brothers) dans le but de répondre à la demande de métal pour la machinerie, la construction navale et l’industrie ferroviaire. Le complexe agrandi en 1888 et 1818 contenait 4 édifices et était le deuxième en importance à Montréal. Il a atteint sa pleine capacité en 1970 et employait 800 personnes. Achetée par la Pumps & Softener Company en 1971, la fonderie fermera définitivement ses portes en 1991.

[2] La place des Montréalaises sera aménagée dans le quadrilatère formé par l’avenue de l’Hôtel-de-Ville, la rue Saint-Antoine Est, la rue Sanguinet et l’avenue Viger Est.

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Document PDF : article publié sur ICI Radio-Canada.

La place des Montréalaise PDF

 

Théâtre Espace Libre conviait la population aujourd’hui sur la rue Poupal pour sa grande épluchette annuelle de maïs avec spectacles et rencontres avec les artistes et artisans qui font vivre le théâtre. Le Centre Afrika était présent avec son kiosque animé par Cathy et Anne de Styl’Afrique Coop et leurs étalages de plantes médicinales, chenilles pour dégustation, extraits d’huile et vêtements de style africain. Aussi, le percussionniste Adama a ajouté sa gaieté musicale avec ses balafons à la plus grande joie des enfants.

Ambiance festive qui coïncide avec la première journée officielle de la campagne électorale provinciale. Lieu approprié pour les candidats et candidates de se faire connaître. À ce propos, j’ai eu un échange très agréable avec la candidate du Parti Québécois dans Sainte-Marie-Saint-Jacques, Jennifer Drouin, 40 ans, anglophone originaire de la Nouvelle-Écosse, mais qui habite au Québec depuis 1998. Trois-Rivières a été sa première ville d’accueil.

EspaceLibre_fête_de_quartier_23-08-2018_22Mais ce n’est pas tout, la candidate de Québec-Solidaire, Manon Massé, 55 ans, s’est également jointe à l’événement avec son autobus orange qui nous rappelle la ‘vague orange’ du NPD de Jack Layton lors des élections fédérales de 2011. S’agit-il seulement d’une coïncidence? Bref, elle jouit d’un capital de sympathie très enviable. Elle a de fortes chances de remporter son deuxième mandat comme député de sa circonscription.

Félicitation à toute l’équipe du Centre Afrika pour leur présence à cette fête de quartier, particulièrement Jean-François Bégin et Marie Mousenga qui n’a pas manqué l’occasion de se faire prendre aussi en photo avec Manon Massé.

Au retour, le long de la rue Ontario, mon œil de photographe à noter des affiches et des points de vue inhabituels; dessins muraux, l’Ordre Bouddhique Vietnamien Mondial et une cheminée qui semble d’une autre époque, coin Ontario Ouest et rue de la Visitation, mais qui abrite le Centre de création et de diffusion national et international.

 

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Serge St-Arneault et Papa Diop devant la porte d’entré du Centre Afrika.

Par Serge St-Arneault

À Montréal, la fête du sacrifice Aïd al-Adha débute dans la soirée du 21 août. Elle coïncide avec le point culminant du pèlerinage à La Mecque. Pour ceux qui n’accomplissent pas le pèlerinage, cette fête est marquée par une prière suivie par le sacrifice d’un animal ; pour ceux qui se trouvent à La Mecque, le sacrifice constitue le rite final du pèlerinage.

Au Sénégal, cette fête porte le nom de Tabaski. Je me suis donc rendu au restaurant sénégalais ‘Chez Khady’ situé au 850 Décarie à Ville Saint-Laurent, à deux pas du métro Côte Vertu à l’invitation de Papa Diop, un ami et collaborateur du Centre Afrika depuis plus de 20 ans.

Au menu; viande de chèvre, riz et banane plantain avec sauce piquante. Opportunité d’échanger cordialement en visionnant des photos prises au Sénégal.

En sortant du restaurant, moi habillé avec une gandoura algérienne et un burnous et Papa Diop avec son boubou, nous avons rencontré deux policiers en vélo sur la rue Décarie. Sans hésiter, Papa Diop leur a adressé la parole.

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Serge St-Arneault et Papa Diop célébrant la tabaski.

─ « Vous voyez! Nous militons pour le dialogue interreligieux. Lui est catholique et moi musulman. Nous fêtons la Tabaski ensemble. »

Et eux de répondre :

─ « Nous vous souhaitons bonne fête. »

C’est ce que nous partageons avec tous nos frères et sœurs sénégalais ainsi que leurs familles et amis.

Notez que le 15 septembre se tiendra la première édition du forum des compétences de la Diaspora Canado-Sénégalaise au Centre Afrika. À cette occasion, sera projeté un film intitulé « Comme un caillou dans la botte » narrant la dure réalité des migrants sénégalais dans la fabuleuse ville de Florence en Italie. Bienvenue!

Serge et Papa Diop 02

unanimité l'interdiction des armes de poing et d'assaut 04bPar Serge St-Arneault

Présenté par le conseiller Alex Norris, les élus municipaux de la Ville de Montréal ont adopté à l’unanimité une motion pour demander au gouvernement fédéral de bannir la vente d’armes d’assaut ainsi que les armes de poing. Il ne s’agit pas d’établir un meilleur encadrement, mais un bannissement pur et simple de leur possession sauf pour les militaires et, au besoin, les forces policières. De fait, il s’agit aussi d’une question de santé publique. En effet, les armes d’assaut sont des armes de guerre. De plus, d’un simple point de vue économique, il a maintes fois été démontré que les coûts sociaux reliés aux blessures et décès causés par des armes à feu sont considérables[1].

Ceci dit, les adeptes de la chasse sportive ne sont nullement affectés par cette motion. Les chasseurs sont des citoyens responsables, consciencieux et respectueux de la loi. D’ailleurs, ceux-ci n’utilisent pas d’armes d’assaut. Qui imaginerait chasser avec une telle arme? C’est un non-sens.

Les statistiques montrent aussi que 80% des Canadiens, aussi bien dans les centres urbains que dans les zones rurales, désapprouvent la vente libre d’armes d’assaut comme c’est encore le cas au Canada en ce moment. «Qui a besoin d’un fusil d’assaut de type militaire de toute façon?» a déclaré le conseiller de l’opposition Marvin Rotrand.

C’est avec un sentiment de fierté que j’ai accompagné les délégués de Polysesouvient qui militent pour un meilleur contrôle des armes à feu partout au Canada depuis 1989. La tragédie de la Polytechnique demeure encore présente dans notre mémoire collective. Heureusement, plusieurs représentants étudiants de la Polytechnique de Montréal ont également assisté à la motion présentée à l’Hôtel de Ville de Montréal[2]. Nous avons le sentiment d’assister à un mouvement de masse qui provoquera un réel changement dans notre attitude envers l’utilisation responsable des armes à feu et le bannissement pur et simple d’armes de type militaire aux mains de simples citoyens.

D’autres défis sont à prévoir. Un enjeu de taille est la confiscation d’armes illégales généralement utilisées par les groupes criminels. Parallèlement, une attention plus grande doit être donnée pour venir en aide aux personnes aux prises avec des problèmes de santé mentale qui, trop souvent, agissent dangereusement ou catastrophiquement avec une arme à feu sous l’impulsion du moment ou en état de détresse psychologique.

L’accueil du conseil de Ville en cet après-midi du 20 août 2018 a été très touchant. Un regain d’espoir renaît après l’absurde démantèlement du registre des armes à feu aboli par le gouvernement Harper en 2012.

Il est à espérer que d’autres villes canadiennes suivront l’exemple des motions adoptées dans les villes de Toronto et de Montréal pour inciter le gouvernement fédéral à doter le projet de loi C 71 d’une armature plus vigoureuse qu’une simple loi modifiant certaines lois et règlements relatifs aux armes à feu.

[1] La violence armée coûte 6,6 milliards de dollars canadiens par année. Ce sont les victimes qui assument 47 % de ces coûts. Trois millions de dollars année pour enregistrer toutes les armes à feu représentent un coût dérisoire. Une seule enquête entourant un meurtre coûte 500 000 $, sans compter tous les autres coûts.

[2] Liste des représentants de Polysesouvient et étudiants de Polytechnique : Jim Edward, frère d’Anne-Marie (décédée à Polytechnique), Serge Saint-Arneault, frère d’Annie (décédée à Polytechnique), Louise de Sousa, mère d’Anastasia  (décédée à Dawson), Meaghan Hennegan, survivante de la tuerie à Dawson, Kathleen Dixon, mère de Meaghan, Guillaume Lecorps, Président de l’union étudiante du Québec, Bryan Gingras, Vice-président aux affaires externes de l’Association des Étudiants de l’École de Technologie supérieure, Léandre Tarpin-Pitre, Secrétaire général de l’Association des Étudiants de Polytechnique (AEP), Belange Nohra, Vice-présidente à l’éducation de l’AEP, Mathieu Bélanger, Vice-président aux affaires internes de l’AEP, Hélène Thibeault, diplômée de Polytechnique (témoin), Heidi Rathjen, diplômée de Polytechnique (témoin) et coordonnatrice de PolySeSouvient.

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Également sur: quebec.huffingtonpost.ca-hotel-Ville-armes

Nous tenons à exprimer, ce jour, notre immense gratitude à l’Assemblée Parlementaire de la Francophonie qui vient de se réunir à Québec du 5 au 10 juillet 2018 pour sa Résolution sur l’importance de l’éducation sur les droits des personnes vivant sans mélanine, et spécialement à deux Grandes Dames de Cœur: Mme Carole Poirier, députée d’Hochelaga-Maisonneuve (Montréal) pour avoir écouté avec émotion les doléances des personnes vivant sans mélanine et promis d’en parler avec ses collègues parlementaires, et Mme Ibro Na-Alla Aoua, députée du Niger et trésorière de la CECAC qui a présenté la Résolution à la 44e Session de l’AFP.

LA DÉCLARATION UNIVERSERSELLE DES DROITS HUMAINS DES PERSONNES VIVANT AVEC ALBINISME
44e Session de l'AFP 00Se fondant sur notre Déclaration du 13 juin 2018, l’APF, Assemblée parlementaire de la Francophonie réunie à Québec (Canada) du 5 au 10 juillet 2018, a adopté la Résolution sur l’importance de l’éducation sur les droits des personnes vivant sa mélanine. Cette Résolution a une importance capitale pour la cause que nous défendons.

Elle DÉCLARE que les personnes vivant avec amélanisme sont des êtres humains et doivent bénéficier de toutes les dispositions de la Déclaration universelle des droits de l’homme;

Elle ENCOURAGE les États et gouvernements de l’espace francophone à poursuivre leurs efforts pour protéger et préserver le droit à la vie, le droit à la dignité et le droit à la sécurité des personnes vivant sans mélanine, notamment en fournissant les ressources nécessaires afin de veiller au respect et à la promotion des droits humains des personnes sans mélanine;

Elle INCITE à introduire l’enseignement de l’amélanisme dans les systèmes éducatifs de l’espace francophone afin d’éduquer tant le personnel enseignant que les enfants et adolescents, et de faciliter l’intégration des élèves et des étudiants sans mélanine;

Elle DEMANDE la substitution du mot albinos par celui d’amélanique et d’albinisme par amélanisme, termes dénués de connotation péjorative et dégradante afin de désigner les personnes vivant sans mélanine;

Elle DEMANDE aux États et gouvernements de l’espace francophone d’introduire l’enseignement de l’amélanisme dans leurs systèmes éducatifs et invite l’UNESCO à inciter ses États membres à faire de même;

Elle S’ENGAGE à diffuser cette déclaration auprès des instances de l’UNESCO.

44e Session de l'AFP 01À TOUT SEIGNEUR TOUT HONNEUR! Nous sommes arrivé au présent résultat grâce à l’écoute et au soutien de Madame Carole Poirier, députée d’Hochelaga-Maisonneuve, Montréal, à qui nous disons ici grand merci: c’est à sa demande que le Niger a présenté la résolution à la plénière. Nous restons reconnaissant à toutes les personnes de bonne volonté qui font ce qu’elles peuvent pour secourir les amélaniques d’ici et d’ailleurs, et notamment Peter Ash de l’ONG Under the Same Sun, l’artiste musicien Salif Keita, Fatou Toureau Mali, la mannequin Adina Ntankeu de l’asbl ANIDA, le chanteur Jhony Chancel du Congo-Brazzaville, le catcheur Mwimba Texass et la bienfaitrice Pauline Musawu Bukasa du Congo-Kinshasa, Touré Eugenie Epse BiniKabinet Albi CamaraBlanchard L’albinosPavillon BlancAlbinos De MauritanieSimon KalonjiMwanaluPanda Ene AhaaAdama DiabateCadou HaindzyRebecca MpianaBenjamin CardozoSummer JayJa JamSerge St-ArneaultLola BantuMajambu MbikayBalaiIsmene ToussaintDephill LipoHelene Queen NzabandoraLine BantyAnnie Mokto, et tant d’autres cœurs sensibles au sort des amélaniques. Par bonheur, cette liste n’est pas exhaustive.

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Mgr Ignatius KaigamaPar Serge St-Arneault, M.Afr

Le 14 juin dernier, j’ai assisté à une conférence de Mgr Ignatius Kaigama, l’archevêque de Jos au Nigéria, au sujet de la violence qui se passe dans son pays. De fait, nous avons constaté au Centre Afrika une augmentation de ressortissants nigérians qui viennent au Canada pour fuir les persécutions.

Selon la dépêche publiée par l’Aide de l’Église en Détresse, section Canada, la ville de Jos où siège Mgr Kaigama depuis l’an 2000 a été le théâtre d’affrontements en 2004. Depuis, celui qui préside actuellement la Conférence des évêques catholiques du pays est devenu un ardent défenseur du dialogue entre chrétiens et musulmans. Si le fondamentalisme religieux est l’une des raisons principales des violences, l’évêque ne se gêne pas pour dénoncer régulièrement le manque de moyens pour lutter efficacement contre la montée des extrémismes, non seulement par la défense effective des minorités, mais également parce qu’il n’existe pas de système d’éducation digne de ce nom et que le chômage est endémique, plus de 14 %.

Atwater_Library_of_the_Mechanics_Institute_of_Montreal_02Nous n’étions pas nombreux ce soir-là du 14 juin à l’étage de cette antique librairie Atwater fondé en 1828 et situé à Westmount. Étrange lieu en effet; très ‘british’ avec de vieilles photos de Georges V, Roi du Royaume-Uni, sur les murs de la mezzanine qui offre une vue plongeante sur des étagères de livres venant d’une autre époque.

Bref, j’admire ce paisible évêque aux larges sourires. « J’ai établi, dit-il, de très bonnes relations avec les musulmans qui vivent dans le diocèse de Jos. J’ai de fréquents contacts avec des imams qui me considèrent comme un père et me demandent souvent conseil. Malgré tous les problèmes d’insécurité que nous connaissons, j’ai espoir de construire un jour une large cathédrale. »

L’espoir n’est-il pas souvent plus puissant de la peur!

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Conférence front page

 

Mario Bard2

Source : Mario Bard, Information, AED Canada
(514) 932-0552, poste 224, ou sans frais, au 1-800-585-6333
Cell. : 514-967-8340
com@acn-canada.org

 

Last June

Un livre condensé des travaux et des discussions qui ont eu lieu lors de 1re Journée Internationale de Sensibilisation à l’Albinisme de Montréal (JISAM-2018), le 13 juin 2018 au Centre Afrika de Montréal, est maintenant disponible.

Intitulé La mélanine épinglée. De l’albinisme à l’amélanisme ce livre est l’œuvre du Dr Mbikayi Majambu ainsi que d’André-Man Mbombo et il est disponible à la Galerie Espace Mushagalusa, 533 rue Ontario Est à Montréal. Outre les travaux et les discussions, le livre contient aussi la Déclaration de Montréal par laquelle la JISAM donne son approche et son regard sur l’amélanisme.

MÉLANINE ÉPINGLÉE - Couverture - Avant

 

MÉLANINE ÉPINGLÉE - Couverture - Endos

 From Albinism to melamine

Adina NtankeuFrères et sœurs humains, aimez-nous !

Aidez-nous à nous aimer et à vous aimer !

Nous sommes nous aussi des êtres humains.

Adina Ntankeu

Déclaration de la première Journée Internationale de Sensibilisation à l’Albinisme de Montréal (JISAM) du 13 juin 2018

Nous participantes et participants à la Première Journée Internationale de Sensibilisation à l’Albinisme de Montréal,

  • Vu les résolutions du Conseil des droits de l’homme 23/13, du 13 juin 2013, sur les agressions et la discrimination à l’encontre des personnes atteintes d’albinisme 1, 24/33, du 27 septembre 2013, sur la coopération technique en vue de prévenir les agressions contre les personnes atteintes d’albinisme 2 et 26/10, du 26 juin 2014, sur la Journée internationale de sensibilisation à l’albinisme,
  • Vu le rapport préliminaire sur les personnes atteintes d’albinisme que le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme a présenté au Conseil des droits de l’homme à sa vingt-quatrième session,
  • Vu également la résolution 263, du 5 novembre 2013, de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples, sur la prévention des agressions et de la discrimination à l’égard des personnes souffrant d’albinisme,
  • Considérant que les agressions qui sont commises, souvent en toute impunité, contre des personnes atteintes d’albinisme, y compris des femmes et des enfants,
  • Prenant note les efforts déployés par les États pour éliminer toute forme de violence et de discrimination à l’encontre des personnes atteintes d’albinisme,
  • Prenant note également l’intérêt de la communauté internationale de plus en plus à la situation des droits de l’homme des personnes atteintes d’albinisme et l’action menée par le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme et la Représentante spéciale du Secrétaire général chargée de la question de la violence à l’encontre des enfants,
  • Souhaitant que les États Membres poursuivent les efforts qu’ils sont censés faire pour protéger et préserver le droit à la vie, le droit à la dignité et le droit à la sécurité des personnes atteintes d’albinisme, ainsi que leur droit de ne pas être soumises à la torture et à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, et pour leur garantir l’égalité d’accès à l’emploi, à l’éducation et à la justice et la jouissance du meilleur état de santé possible,
  • Constatant qu’il faut impérativement que la communauté internationale s’attache de toute urgence à promouvoir et protéger l’ensemble des droits de l’homme, notamment les droits économiques, sociaux et culturels,
  • Notant que, dans de nombreuses régions du monde, la sensibilisation à la situation des droits de l’homme des personnes atteintes d’albinisme reste limitée et considérant qu’il importe de mieux faire connaître et comprendre l’albinisme afin de lutter contre la discrimination et la stigmatisation ces personnes font l’objet,
  • Se félicitant que les acteurs de la société civile ait décidé de faire du 13 juin la Journée internationale de sensibilisation à l’albinisme,
  • Considérant que tous ces efforts de la communauté internationale et de la société civile qui ont abouti à la résolution 69/170 adoptée par l’Assemblée générale le 18 décembre 2018 proclamant le 13 juin Journée internationale de sensibilisation à l’albinisme, risquent de reste lettre morte si l’approche actuelle de la problématique de l’albinisme n’est pas modifiée,
  • Considérant que ni la communauté internationale ni les États Membres ne sont intéressés au problème de fond de l’albinisme et se contentent de soigner les symptômes,
  • Considérant que le terme albinisme qu’utilisent les textes et les documents des Nations Unies, de l’Assemblée générale et des États Membres, est péjoratif et dégradant à tous égards,
  • Considérant que le nom albinos employé également comme adjectif d’où est tiré le nom albinisme a été inventé au XVIIe siècle dans le contexte de négation de l’humanité des personnes dites sauvages avec le poids des ethnocentrismes européen et africain,
  • Considérant que le nom amélanisme, dénué de toute connotation péjorative et dégradante, est approprié pour désigner les amélaniques, c’est-à-dire, des personnes vivant sans mélanine, abusivement appelées albinos,
  • Considérant que toute forme de violence et des discriminations dont les personnes sans mélanine sont victimes découlent de l’ignorance et que l’ignorance engendre la peur et entretient les superstitions,
  • Considérant que l’introduction de l’enseignement de l’amélanisme dans les systèmes éducatifs des États Membres de la maternelle aux secondaires est capable de permettre l’intégration des élèves et des étudiants sans mélanine,
  • Considérant que qu’un élève qui a appris que l’amélanisme n’est pas mystique ni sorcier peut partager ses cacahouètes avec son camarade amélanique,

Capture

  1. Demandons aux Nations Unies et à l’Assemblée générale de déclarer l’amélanisme un problème de santé publique ;
  2. Demandons à l’UNESCO d’instruire tous les États Membres d’introduire l’enseignement de l’amélanisme dans leurs systèmes éducatifs ;
  3. Prions le Secrétaire général et tous les organismes des Nations Unies de conditionner certaines aides bilatérales et multilatérales avec tous les États Membres au respect et à la promotion des droits humains des personnes sans mélanine.
  4. Sollicitons le concours de toutes les personnes sans mélanine et de toutes les personnes sensibles à l’amélanisme d’ici et d’ailleurs de diffuser largement la présente Déclaration et de la transmettre par tous les moyens aux Nations Unies et à l’UNESCO.

JISAM 2018 – 13 JUIN 2018

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Declaration First Inter Day Albinism

 

La question du voile 02Par Serge St-Arneault, M.Afr

Le 29 mai dernier, le Carrefour Foi et Spiritualité a favorisé la rencontre de jeunes musulmans et de chrétiens dans le cadre des échanges animés par le groupe ‘InterFoi’. Ils étaient vingt-deux jeunes adultes composés de dix-sept musulmans, dont six filles voilées et six filles non voilées, ainsi que de cinq chrétiens, dont quatre filles.

Le but ce cet échange était de leur permettre d’identifier leurs rêves et les défis auxquels ils font face. Cela devait aussi les aider à préciser les valeurs spirituelles requises pour rendre la société plus solidaire et plus juste. De ce groupe, un seul était Québécois de souche; le garçon chrétien catholique.

Tous ces jeunes, sans distinction, s’identifiaient comme croyants vivant dans une société laïque. Les comptes rendus des discussions de groupes pointaient vers la même direction : le respect mutuel. Ce même point a d’ailleurs été renforcé par un soufi adulte qui était comme moi témoin de cet échange. « Reconnaissons, dit-il, que les chrétiens du Québec ne seraient pas aussi bien accueillis dans nos pays d’origine comme les Québécois nous ont accueillis et nous accueillent encore ici. Nous avons tous la chance d’être nous-mêmes dans cette société d’accueil où nous pouvons vivre librement nos différences. »

La question du voile 03La soirée s’est terminée avec la levée du ramadan autour de 20h34. Chacun a eu sa pointe de pizza et quelques morceaux de fruits.

La question du voile 04Je disais donc qu’il y avait six musulmanes voilées et six autres non voilés. Pourtant, elles partageaient exactement la même vision ou les mêmes rêves que les chrétiennes. De plus, cet aspect vestimentaire n’a pas été soulevé et n’a semblé poser aucun problème dans la qualité des échanges. À les entendre en fermant les yeux, nul n’aurait su laquelle était voilée.

Pourquoi sommes-nous donc troublés par le voile musulman?

Le récent livre d’Osire Glacier[1] clarifie cette question. « Les versets coraniques qui portent sur le voile, dit-elle, s’inscrivent dans le contexte historique patriarcal que connaissent les civilisations de l’époque » (page 21).

Le voile, dans l’ordre patriarcal, signifie donc que les femmes voilées sont sous la tutelle d’un ou de plusieurs membres masculins de sa famille. Conséquemment, le voile protège contre l’agressivité masculine dans la rue. Ainsi, même au Canada, le voile est perçu par celles qui le portent comme un instrument qui garantit leur dignité contre le regard dégradant de certains hommes.

Or, la perception générale des gens d’ici est que cette tenue vestimentaire représente la subordination des femmes, ce qui porte atteinte au principe de l’égalité des sexes. En plus, les fondamentalismes musulmans font du voile la bannière la plus visible de leur idéologie. Le voile tout comme la réclusion des femmes, selon eux, découlerait d’une loi divine. Conséquemment, le féminisme arabe est considéré par eux comme un phénomène occidental qui menacerait la religion musulmane.

Osire Glacier met en lumière un mécanisme de contrôle d’une élite politique qui ne se soucie guerre du bien commun de leur population, mais cherche avant tout à se maintenir au pouvoir. Les exemples des gouvernants de pays musulmans sont éloquents.

Aussi, les médias occidentaux polarisent deux figures : les musulmanes qui revendiquent le droit de porter le voile et celles qui rejettent l’islam. Or, la conscience féministe dans les pays musulmans, qu’elle soit laïque ou basée sur la foi musulmane, remet en question cet état de fait. Le monde musulman a une voix plurielle où les femmes jouent un rôle très important. Tout en affirmant leur appartenance à l’islam en tant que spiritualité, les féministes suggèrent des lectures contextuelles, et donc plus souples, du Coran. « À présent, le mouvement féministe constitue l’un des principaux acteurs du processus de démocratisation au Maroc » (page 64).

La loi islamique

Il est bien de se rappeler que le voile, la réclusion et l’invisibilité dans la sphère publique étaient des valeurs importantes dans la Grèce antique et l’époque de Byzance, donc tout autour du bassin de la Mer Méditerranée. C’est un fait historique global qui est plus large que le monde musulman. Le voile que les religieuses catholiques ont longtemps porté, centaines le portent encore, est de la même origine.

Historiquement, avec la conquête musulmane, s’est imposée une nouvelle réalité. Les élites dirigeantes ont adopté les pratiques des autres cultures. Les guerres ont ramené captives des femmes qui sont devenues des esclaves sexuelles et vendues sur le marché des esclaves. Or, « les juristes de cour, qui ont élaboré la loi islamique, entretenaient avec les femmes un rapport de maître à esclaves. D’où une loi islamique défavorable à l’égard des femmes » (page 86).

C’est dans cet environnement qu’une distinction est également apparue entre les femmes voilées, mais protégées, par rapport aux esclaves sexuelles non voilées.

Les califats ou les monarchies se sont imposés par l’épée, la répression et l’exploitation de la foi. Cette réalité est encore d’actualité. Conséquemment, le pouvoir politique favorise l’immobilisme social, culturel et religieux pour maintenir son hégémonie aliénante.

Il s’agit d’une instrumentalisation de « la culture, (des) traditions et (de) la religion officielle dans le but de se maintenir au pouvoir » (page 120).

Or, il ne faut pas oublier que « la spiritualité relève de la foi personnelle, alors que les politiques d’islamisation colonisent les espaces privés et publics » (page 122).

Le port du hijab

Soit parce qu’un membre de la famille les y a contraints, soit pour ne pas s’exposer à la violence dans la rue « le port du voile en Égypte est le résultat de pressions sociales » (page 140).  C’est pourquoi Osire Glacier préconise le respect des libertés individuelles et le principe de l’égalité des sexes comme un principe universel, et non comme une provenance exclusivement occidentale.

Au Québec, la couverture médiatique insistant sur les femmes qui veulent porter le voile là où elles vivent et travaillent contribue à alimenter les discours populistes de droite ou d’extrême droite. Cela a pour résultat de marginaliser des individus issus des pays musulmans vivants en Occident, notamment en matière de protection des migrants et des réfugiés.

La solution réside dans un effort accru d’éducation et d’une « couverture médiatique des productions artistiques, culturelles et intellectuelles des pays arabo-musulmans pour révéler les identités plurielles et les préoccupations universelles des individus issus de ces pays » (page 148).

Conclusion

Je reviens donc à l’échange des jeunes du 29 mai dernier. J’ai le sentiment que ces jeunes filles musulmanes voilées et non voilées vivent les mêmes aspirations, le même goût de contribuer positivement au bien commun collectif sans référence explicite aux religions.

Il serait intéressant de connaître les motivations des unes et des autres. Y a-t-il encore au Québec une pression familiale ou d’un imam qui pousse certaines à porter le voile? Se sentent-elles plus en sécurité ou protégé du regard des hommes en portant un voile comme cela était à l’époque du Prophète? Cela présumerait que les hommes d’ici sont tout aussi dangereux dans les rues que dans certains pays musulmans! Or, il me semble injuste de penser que tous les hommes soient des prédateurs sexuels, ici comme ailleurs.

Un chauffeur de taxi d’origine algérienne immigré au Québec depuis plus de vingt ans me partageait sa fierté d’avoir trois jeunes filles épanouies qui ne portant pas le voile. « Je ne comprends pas celles qui en Algérie revendiquaient leur droit de ne pas être voilé, mais qui, une fois ici, se voilent, m’a-t-il confié. Comme moi, elles ont fui la ‘police des mœurs islamiques’, mais pour adopter le voile une fois rendu ici. C’est à n’y rien comprendre ».  S’agit-il d’un esprit rebelle inversé mal compris? Ou bien, est-ce une incapacité de s’adapter à un autre environnement culturel en revendiquant le droit d’exercer une liberté nouvellement acquise, mais mal intégrée? Sont-elles conscientes de l’instrumentalisation du voile manipulée par l’idéologie du fondamentalisme musulman?

D’un autre côté, il me semble également judicieux de clamer que le féminisme laïque n’est pas un phénomène strictement occidental. « Les pays musulmans abritent une multitude de voix et une pensée plurielle en matière d’égalité entre les sexes » (page 83). Parallèlement, la foi islamique a intérêt à être vécue par ses adeptes en tant que spiritualité pour contrecarrer l’avancée des intégrismes religieux.

Tout compte fait, cela s’applique également aux chrétiens, quelle que soit leur dénomination. La religion, en tant que structure sociale, court constamment le danger d’imposer des règles et des mécanismes de contrôle au détriment de la conscience personnelle et de la véritable conversion du cœur. C’est mon souhait que les rencontres interreligieuses entre jeunes se multiplient pour enrichir le collectif humain que nous formons.

[1] Osire Glacier (Hadouche), Femmes, Islam et Occident, Essai, Collection « Regards solidaires », Éditions de la Pleine Lune, Lachine, Canada, 2018.

Femmes, Islam et Occident

Osire Glacier (Hadouche) réfute la croyance selon laquelle le féminisme serait une idéologie strictement occidentale et montre qu’une telle croyance se base sur une image figée et méprisante des cultures d’ailleurs. À l’instar de toutes les sociétés humaines, les pays musulmans abritent une multitude de voix et une pensée plurielle, notamment en matière d’égalité entre les sexes.

Dans Femmes, Islam et Occident, elle retrace l’historique du port du voile et nous fait découvrir des féministes arabo-musulmanes qui se sont penchées sur la question du statut des femmes dans l’islam, montrant l’importance des luttes de ces femmes et leur contribution à l’avancement des droits humains dans leur société et dans le monde.

Ce livre invite à une réflexion sur des sujets tels que les signes religieux dans l’espace public, la neutralité de l’État, les accommodements raisonnables et un vivre-ensemble harmonieux qui serait fondé sur des principes universels.

OSIRE GLACIEROsire Glacier. Née à Agadir dans les années 1960, Osire Glacier a vécu au Maroc jusqu’à l’âge de 17 ans. Après quelques années en France et aux États-Unis, elle a déménagé au Québec pour y réaliser une maîtrise à l’Université Laval, puis un doctorat à l’université McGill. Spécialiste de l’histoire des femmes et des droits de la personne au Maroc et dans le monde arabe, conférencière et professeure d’histoire et de sciences politiques à l’Université Bishop’s de Sherbrooke, elle tente, par ses travaux et ses recherches, d’apporter sa contribution à la connaissance du Maghreb et souhaite collaborer à un meilleur vivre-ensemble en offrant un éclairage constructif au dialogue québécois.

Lien : http://etudesmarocaines.com/

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