Archive for septembre, 2012


La jeunesse zambienne

Ma dernière lettre de Zambie remonte à environ trois mois. Plusieurs fois déjà, j’ai eu l’idée d’écrire un petit mot sans que cela se réalise. Entre temps, je vous ai fait suivre un lien au journal Le Nouvelliste au sujet de la controverse autour de l’abolition du registre des armes à feu au Canada. Encore, il y a une semaine à peine, j’ai ajouté une autre réflexion que vous avez peut-être lue sur mon blogue.

Tout cela a cependant passé presque inaperçu avec le déclenchement des élections au Québec et, ces jours-ci, les révoltes populaires et meurtrières dans les pays musulmans. Au cœur du brouhaha de ces conflits sociopolitiques et religieux, la force de la jeunesse, sa vitalité et l’espoir qu’elle suscite, voilà ce qui attire mon attention. Les Jeux olympiques à Londres ont rassemblé la jeunesse mondiale. Mais, c’est ici à Lusaka, partout où je vais, que la jeunesse m’émerveille.

J’ai surtout senti cela lorsque je suis allé à la foire agricole et commerciale qui s’est tenue au début du mois d’août. Des milliers d’exposants présentaient leurs produits incluant les services financiers, les concessionnaires de véhicules de tout genre tels que les machines et outils agricoles, les produits forestiers, les services gouvernementaux de développement, les compagnies de commu-nication, de transformation alimentaire, d’investissement, de planification urbaine sans oublier les hélicoptères de l’armée nationale et les majorettes. Ce salon du commerce et de l’industrie a lieu chaque année depuis 1916.

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Je suis ébahi de voir toute cette masse humaine se faufiler entre les kiosques. Les enfants sont partout, à l’affut d’un spectacle ou autre attraction. Je vois de jeunes adultes affichant leur fierté et leur beauté. J’y décèle une vitalité extraordinaire. L’avenir semble possible malgré le défi économique que doit affronter le pays.

Le mois dernier, je suis allé célébrer la messe au centre universitaire situé tout juste de l’autre côté de notre rue. Ce campus déménagera en janvier prochain sur un autre site plus approprié situé à 16 km au nord de Lusaka. Une fois les travaux terminés, des milliers d’étudiants y trouveront un centre d’apprentis-sage de grand niveau. Les responsables sont des religieuses appartenant à la société des Filles de Marie Immaculée, une Société de vie apostolique d’origine indienne.

Leur vocation est centrée sur la lutte contre l’ignorance, l’alphabétisme, l’injustice et l’esclavage économique. Le fondateur, le père J.E. Arul Ray, a débuté en 1984 dans le petit village perdu de Keechalm, près de Thiruthani situé à 125 km de Chennai, au Tamil Nadu en Inde. Aujourd’hui, la communauté s’élève à 425 jeunes femmes, assurant la responsabilité administrative de leurs nombreuses universités dispersées à travers le monde, qui emploient aussi 600 éducateurs. Sur le continent africain, trois Campus sont situés en Tanzanie, un au Malawi, deux en Zambie et un au Sierre Leone.

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Nous accueillons souvent ces religieuses dans notre chapelle lors de la messe du matin à 6h30. Je dirais que leur moyenne d’âge est entre 25 et 30 ans. Je trouve cela fascinant : une jeunesse indienne qualifiée et responsable d’un campus au service de la jeunesse zambienne.

Récemment, j’ai aussi mis en ordre la liste de nos propres candidats d’Afrique australe. Notre centre de formation à Balaka, Malawi, accueille 40 d’entre eux. Nous en avons 12 en stage apostolique dans différent pays du continent africain, 7 sont au noviciat et 10 en théologie. En tenant compte de l’ensemble de nos centres de formation, nous avons près de 500 candidats.

« La jeunesse est toujours belle », me disait un jour une brave dame. Et je crois qu’il est possible de rester ainsi même avec l’âge. Réjouissons-nous de la jeunesse porteuse d’avenir.

Question de Gabriel Deliste du journal Le Nouvelliste, Trois-Rivières :
Au sujet de la décision de la Cour supérieure du Québec qui donne raison au Québec qui demande la conservation du registre des armes à feu malgré qu’Ottawa ait manifesté son intention de le détruire, crois-tu que la raison l’emporte sur des considérations idéologiques?
Réponse :
Bonjour Gabriel,
Oui, je suis content. Seulement, comment puis-je répondre à ta question? Ce n’est pas facile. Je me rappelle simplement que Harper a récemment invité Brian Mulroney pour lui demander conseil à la veille des élections provinciales qui laissaient déjà présagé un nouveau gouvernement péquiste. Stephen Harper n’est pas sans réaliser qu’il a perdu la confiance des Québécois. Il forme un gouvernement majoritaire sans l’appui du Québec. La destruction des données du registre des armes à feu est perçue par une majorité de Québécois comme un affront, un manque de considération et de respect. Pourquoi s’acharner à détruire des registres qui ont été financés par tous les Canadiens alors que ces mêmes données peuvent être utilisées par les provinces canadiennes qui désirent les conserver? Cette destruction est un abus de pouvoir. Le projet de commission canadienne des valeurs mobilières en est un autre exemple.
Est-ce que la raison l’emporte sur les considérations idéologiques? Du côté du juge Blanchard, la raison semble en effet l’emporter. Par contre, cela n’est pas le cas du côté du gouvernement fédéral qui s’attriste de la décision de la Cour. Contrairement à leur affirmation, je ne crois pas que les Conservateurs ont été élus à cause de cette promesse électorale, du moins au Québec. Leur faible nombre de député en est la preuve.
Notre Premier Ministre Canadien fait face à un choix. Il peut décider de s’acharner avec sa vision idéologique. J’ose espérer qu’il fera preuve de sagesse en reconnaissant qu’un tel acharnement politique est contraire au bien commun. L’exercice du pouvoir est avant tout, ou devrait être, l’expression d’un leadership de service. Le défi est d’équilibrer en justice ce leadership en tenant compte de la diversité des provinces canadiennes.