Sorcellerie et théories complotistes

Par Serge St-Arneault, M.Afr, 21 septembre 2020

La terre tourne-t-elle autour du soleil?

Les astronomes ont prouvé scientifiquement que la terre tourne autour du soleil. Pourtant, on a longtemps cru et enseigné que la terre était le centre du monde et plate. Conséquemment, le soleil et les autres planètes tournaient autour d’elle. À vrai dire, notre perception de la réalité varie selon le lieu ou les instruments d’analyse utilisée. Les microscopes et les télescopes ont révolutionné notre regard du monde imperceptible à l’œil nu. De nos jours, les instruments scientifiques nous projettent dans l’infiniment petit et l’immensité de l’univers.

La théorie de la relativité (restreinte et générale) conçue par Albert Einstein en 1915 a changé nos vies en modifiant nos perceptions. Or, la relativité n’est pas simplement une théorie scientifique. Elle est une évidence quotidienne vécue à tout moment par chacun d’entre nous. Mon séjour de prêt de trois décennies en Afrique subsahélienne m’a enseigné que l’interprétation des choses dites réelles varie selon le contexte culturel dans lequel nous évoluons. À tire d’exemple, chez certains peuples, la sorcellerie existe comme l’air que nous respirons. Aucune explication n’est nécessaire. La sorcellerie est une partie intrinsèque de leur vue globale du monde. Ainsi donc, l’ennui du quotidien, l’anxiété provoquée pas les changements incontrôlés, les dépravations, les maladies, les mauvais sentiments tels que la jalousie, tout ce qui est inhabituel, rare ou simplement inexplicable, tout cela constitue le ferment des accusations de sorcellerie.

La sorcellerie se régénère quand elle alimente des histoires de paniers tressés volant comme des avions ou encore des sorciers mangeurs de chair humaine dans le but d’acquérir des pouvoirs magiques. En fait, il y a un appétit pour des histoires imaginaires permettant de modifier ou contrôler ce qui nous opprime ou ce qui nous manque. Il s’agit d’un désir social ou d’une volonté commune de nourrir les émotions autant que le corps peut l’être grâce à un bon repas.

Théories du complot

Le 12 septembre dernier, j’ai été témoin devant ma maison du défilé de 10,000 personnes dénonçant les ondes cellulaires 5G, le port du couvre-visage, la tyrannie des mesures sanitaires, l’implantation de micropuces à travers un vaccin pour dépeupler la planète et, conséquemment, le vaccin obligatoire. Il y en avait même un qui portait un T-shirt et offrait des câlins gratuits à tous les passants.

Il y avait aussi des drapeaux des Patriotes, ceux du Québec (souvent inversés), drapeaux américains et de la campagne présidentielle 2020 de Donald Trump. Accompagné de quelques adeptes de la conscience de Krishna, les extrémistes de droite côtoyaient ceux de gauche. Il faut de tout pour faire un monde! La foule était composée de gens de tous âges, hommes, femmes, familles poussant une trottinette d’enfant. L’atmosphère était genre bon-enfant.

De retour au Québec depuis trois ans, je m’étonne de voir la prolifération de théories sortilèges basés sur un éventail de théories du complot. Selon la théorie complotiste américaine QAnon, les États-Unis sont dirigés par des puissances occultes impliquées dans des réseaux pédophiles internationaux pour établir un « nouvel ordre mondial ». Farfelue, direz-vous! Ne diriez-vous pas la même chose de la sorcellerie?

Nous baignons dans la confusion.

L’abondance d’informations dans les médias sociaux fait en sorte qu’on fait fi des données scientifiques qui pourraient éclairer les débats. On croit tout savoir. Selon Jacques Lanctôt[1], l’industrie du mensonge gagne du terrain partout sur la planète globale.

Tout est devenu relatif. La méfiance est grande envers les institutions politiques, médiatiques et scientifiques. Alimenté par les conspirationnistes, il y a un nuage de « nouvelles erronées (fake news) » qui englobe les mécontentements ambiants dont l’aboutissement est la perception que des « forces occultes » ont pour objectif de restreindre les libertés individuelles.

Est-ce vrai?

Oui et non! Tout comme en science, cela dépend du lieu et des techniques d’observation. De la vitesse de la lumière à l’existence des trous noirs au centre de l’univers, la recherche scientifique est soutenue par un désir de véracité et l’idée de vérité.

Il faut ainsi oser confronter les théories conspirationnistes, cesser du moins de contribuer à répandre cette épidémie d’information qui submerge l’Internet. Il faut vérifier nos sources d’information, car « quand la science est discréditée, quand la vérité n’a plus d’importance dans le discours public, c’est l’idée même d’un monde commun qui s’effrite.[2]»

Le chercheur David Morin appréhende un déconfinement de la violence « déjà présente sur les réseaux sociaux ». « Dans un tel contexte anxiogène et de tensions sociales, le sentiment d’urgence et la colère vont inexorablement se traduire par des violences » avertit-il[3]. Selon la députée indépendante Catherine Fournier[4] « cela passe notamment par […] le déploiement de campagnes d’alphabétisation scientifique à grande échelle. »

Et la sorcellerie dans tout ça?

Dans le contexte culturel de certaines sociétés africaines, des rumeurs de meurtres rituels suffisent pour rendre les gens fous. C’est une occasion de revanche, pour faire s’exhaler la colère. Des gens désespérés, qui ont des difficultés à survivre et sortir d’une pauvreté abjecte, tirent avantage de cette confusion. À ce niveau, la sorcellerie sert à diminuer la responsabilité personnelle d’un méfait en rendant la culpabilité collective.

Parfois, l’analyse des rêves est employée pour susciter de l’hostilité chez les gens et ainsi cacher des sentiments d’impuissance. Dans cette vue du monde, chacun est un sorcier qui use de son pouvoir de faire peur aux autres. Comme chacun se sent physiquement et émotionnellement affamé, la sorcellerie peut aisément être un moyen d’assouvir cette faim aux dépens des autres.

Voilà donc un lien entre la sorcellerie et les théories du complot, chacune se carburant au « pouvoir occulte » basé sur les rumeurs. Celles-ci n’ont pas à être démontrées. Elle existe par elle-même pour satisfaire un besoin essentiel; celui d’exercer une manipulation sur les forces dites maléfiques, réelles ou imaginaires.

Apparaissent alors des accusations fortuites sur des personnes ou des institutions. Paradoxalement, dans le magma conspirationniste, les moyens utilisés pour clamer la « libârté! »[5] deviennent eux-mêmes des mécanismes de contrôle sociaux qui s’ajoutent à l’ambiance confusionnelle relativiste. Un pas de plus et nous trébuchons dans la science-fiction.

Conclusion

Le poids culturel de la sorcellerie dans certains coins du monde se marie bien avec les rumeurs des complotistes propagées sur l’Internet. Or, il est possible de les rendre désuètes, ou au moins inoffensives, avec la conviction que le bien commun a prévalence sur les revendications individualistes et hédonistes.

Les forces dites occultes emprisonnent l’imaginaire à la fois des sorciers et des complotistes qui prétendant tout savoir sans fondement scientifique. Certes, la sorcellerie et les complotistes ont leurs adeptes. Les sorciers instrumentalisent la peur des ‘esprits’, surtout les mauvais, alors que les complotistes instrumentalisent le mécontentement de ceux qui se sentent perdus par les changements qu’ils ne comprennent pas mais qui leur sont imposés.

Nous sommes involontairement obligés de relever un défi crucial; celui de choisir le genre de vie que nous voulons construire comme société, avec ou sans anxiété. Rien ne nous oblige à être la proie de la croyance en la sorcellerie ou de l’adhésion aux théories du complot. Cherchons adéquatement nos sources d’information, toutes relatives soient-elles.

Références :

Bernard Udelhoven, M.Afr, Slavery, witchcraft and fear, M.Afr, 2013

Serge St-Arneault, M.Afr, Witchcraft or sorcery in the traditional African society – Malawi and Zambia, 2014


[1] Jacques Lanctôt https://www.journaldemontreal.com/2020/09/18/qui-se-cache-derriere-lopposition-au-masque-sanitaire

[2] Étienne Klen, https://www.ledevoir.com/societe/science/585841/entretien-la-verite-en-panne-de-plaisir

[3] David Morin,
https://www.ledevoir.com/societe/586270/qui-sont-les-antimasques?utm_source=infolettre-2020-09-19&utm_medium=email&utm_campaign=infolettre-quotidienne

[4] Catherine Fournier,
https://www.ledevoir.com/societe/586270/qui-sont-les-antimasques?utm_source=infolettre-2020-09-19&utm_medium=email&utm_campaign=infolettre-quotidienne

[5] La caricature d’Ygreck, https://www.journaldequebec.com/2020/09/15/la-caricature-dygreck

Des mesures de contrôle des armes à feu ne seraient pas en vigueur avant 2022

(Ottawa) Une note interne du gouvernement fédéral indique que plusieurs mesures de contrôle des armes à feu qui avaient reçu la sanction royale il y a plus d’un an pourraient ne pas entrer en vigueur avant 2022 — notamment la vérification élargie des antécédents.

Publié le 24 août 2020

JIM BRONSKILL, LA PRESSE CANADIENNE

Une note d’information préparée en juin prévient le ministre de la Sécurité publique, Bill Blair, qu’une série de changements réglementaires, administratifs ou techniques doivent être apportés avant que toutes les dispositions de la « Loi modifiant certaines lois et un règlement relatifs aux armes à feu » (projet de loi C-71) soient en vigueur.

Certaines mesures sont entrées en vigueur dès la sanction royale en juin 2019, comme les articles prévoyant que les armes prohibées saisies par la police sont considérées comme « confisquées au profit de la Couronne ».

Mais plusieurs autres mesures nécessiteront des changements réglementaires, administratifs ou techniques avant de pouvoir s’appliquer. C’est notamment le cas pour l’élargissement de la vérification des antécédents pour obtenir un permis d’armes, qui passerait des cinq dernières années à toute la vie d’un demandeur.

La note, rédigée pour aider le ministre Blair à répondre aux questions à la Chambre des communes, mentionne d’autres dispositions qui ne sont pas encore entrées en vigueur :

— Obliger l’acheteur d’une arme à feu sans restrictions, dont de nombreux fusils de chasse, à présenter un permis d’arme à feu, tandis que le vendeur devra s’assurer de la validité du permis ;

— Exiger des vendeurs qu’ils tiennent des registres des ventes d’armes à feu sans restrictions ;

— Retirer au Cabinet le pouvoir de classer certaines armes à feu dans une catégorie moins restreinte, indépendamment des définitions du Code criminel ;

— Exiger une autorisation de transport distincte pour quiconque déplace des armes à feu à autorisation restreinte ou prohibées à n’importe quel endroit, sauf dans un champ de tir approuvé.

Avant que ces dispositions n’entrent en vigueur, le gouvernement doit s’assurer que la Gendarmerie royale du Canada (GRC) ait le financement nécessaire pour mettre à jour ses systèmes de gestion de l’information et ses technologies, et pour tester les systèmes afin de s’assurer que la transition « se fasse sans accrocs pour les propriétaires individuels et les détaillants », indique la note.

La GRC aurait besoin de jusqu’à 24 mois pour mettre en œuvre les nouvelles dispositions, ajoute-t-on.

Un projet de règlement devra également être finalisé, ce qui impliquera des consultations avec les parties concernées, ajoute la note. « Les règlements devraient ensuite être déposés devant les deux chambres du Parlement pendant au moins 30 jours de séance, avant d’être promulgués par décret », peut-on lire.

Mary-Liz Power, porte-parole du ministre Blair, affirme que la mise en œuvre des changements que nécessite cette loi demeure une priorité pour le gouvernement libéral. Elle précise que le gouvernement élabore actuellement une proposition de financement afin de soutenir les nouvelles dispositions de la loi.

Les libéraux considèrent cette loi comme la première étape d’une série de mesures visant à mettre fin à la violence causée par les armes à feu.

En mai, le gouvernement a promulgué une interdiction couvrant quelque 1500 modèles et variantes de ce qu’il considère comme des armes d’assaut, ce qui signifie qu’elles ne peuvent plus être légalement utilisées, vendues ou importées.

Le chef conservateur nouvellement élu, Erin O’Toole, fait partie de ceux qui ont dénoncé cette nouvelle interdiction.

Les libéraux ont également promis de légiférer afin de :

— Donner aux policiers, aux médecins, aux victimes de violence conjugale et aux familles les moyens de signaler aux autorités les personnes qui présentent un risque pour eux ou pour un groupe identifiable ;

— Renforcer les lois sur l’entreposage sécurisé afin de prévenir le vol d’armes à feu ;

— Accorder plus de ressources aux policiers et aux agents des services frontaliers pour freiner le trafic transfrontalier d’armes, et prévoir des sanctions plus sévères pour les contrevenants.

COVID-19

Madame Larouche est poète à ses heures. Son état d’âme était fragile lorsque la pandémie du Covid-19 a forcé l’imposition du confinement qui affecte en premier lieu les personnes âgées. Elle s’adresse à Covid en le nommant pour mieux le confronter. Peur et bravoure s’entremêlent dans un cri du cœur qui ne laisse personne indifférent.
Avec mes remerciements pour m’autoriser à partager ce poème sur mon blogue. Serge St-Arneault, M.Afr

COVID-19

Covid, tu es là qui vient dans nos vies, mais nous ne t’avons pas choisi
Que viens-tu faire Covid? Pourquoi t’imposer? Personne de nous ne t’a dit oui
On nous dit Covid que tu es petit et que tu aimes les personnes âgées
Covid, pourquoi, les 70 ans et plus, te permets-tu de nous menacer?

Tu es horrible Covid et malheureusement trop collant
On veut se défaire de toi Covid, mais on ne sait pas comment
Covid, tu rends les gens tellement malades qu’ils en meurent
Prends note Covid que tu n’es pas bienvenu dans ma demeure

Je veux vivre encore avec ma famille Covid et continuer mon chemin
Personne n’a besoin de toi Covid, ne vient pas coller les miens
Covid, ne m’arrache pas le cœur en m’enlevant ce que j’ai de plus cher
Tu le sais Covid qu’il m’est impossible de te faire disparaître

Covid tu as voyagé d’un pays à l’autre, tu as tué des personnes par milliers
Villes et villages, d’un océan à l’autre Covid, le malheur partout tu as semé
Des jeunes ne sont pas épargnés non plus Covid, tu ne seras jamais pardonné
Covid, un jour nous te vaincrons, tu seras tué, pour avoir brimé notre liberté!

Jeannine Laroche Larouche

©Jeannine Laroche Larouche
22 avril 2020
Usage sans but lucratif permis!
Accord écrit de Jeannine Larouche nécessaire pour tout usage commercial.

L’hospitalité solidaire comme fondement spirituel de nos communautés interculturelles

Par Serge St-Arneault, article publié à l’intention des membres de la Société des Missionnaires d’Afrique de partout dans le monde.

Il n’est pas si simple de concevoir l’hospitalité solidaire comme fondement spirituel de nos communautés interculturelles. Cette notion apparaît trop abstraite à première vue. Pourtant, je suis convaincu de son exactitude depuis ma participation à l’atelier « Vivre en communauté interculturelle comme témoignage apostolique aujourd’hui » qui s’est déroulé à Rome en 2019.

« Plus que jamais », ai-je écrit après la session dans le Petit Écho, « nous tenons compte de notre diversité culturelle perçue non pas comme une menace, mais plutôt comme une richesse. Notre désir profond est de témoigner de notre unité dans la diversité. »

Un exemple particulier : le Centre Afrika

Le Centre Afrika a ouvert ses portes en 1988 au sous-sol de la maison des Missionnaires d’Afrique à Montréal dans le but de favoriser l’intégration et la participation des Africains à leur société d’accueil. Depuis lors, de nombreuses associations collaborent à la vitalité du centre qui sert de relais auprès des nouveaux arrivants dans le but de les orienter vers les services dont ils ont besoin grâce à un réseau tissé au long des années avec d’autres organismes privés, communautaires et gouvernementaux.

Les groupes qui viennent au Centre Afrika sont très variés. Certaines associations représentent un pays africain déterminé, d’autres s’orientent vers des formes d’engagement. Il y a aussi des groupes de danse et des chorales. L’expérience montre qu’il n’y a pas vraiment d’interaction entre ces différents groupes. À vrai dire, le Centre Afrika est avant tout un agréable lieu de service décoré avec des œuvres d’art africains qui plaît beaucoup. Sa qualité d’accueil est particulièrement appréciée.

Changement nécessaire

Il faut pourtant aller plus loin et bâtir des ponts. Mon rêve est de favoriser le développement d’une appartenance basée sur l’entraide mutuelle entre les individus et les associations grâce à l’émergence d’une hospitalité solidaire qui favorisera l’acceptation d’une dépendance réciproque comme fondement identitaire.

Ainsi, l’association togolaise ne se limitera pas aux seuls Togolais vivants à Montréal pour soutenir une levée de fond pour une école au Togo. Toutes les autres associations se joindront à cet effort collectif. Un autre jour, nous assisterons ensemble à une conférence organisée par une association algérienne. Il en sera de même pour participer à un spectacle organisé par l’une de nos chorales. Nous sommes à la recherche d’un cadre où la pluralité devient le ciment unificateur du développement identitaire qui relie aussi bien les individus que les groupes.

L’identité « Centre Afrika »

Je souhaite que le Centre Afrika développe sa propre identité basée sur une interculturalité compatible avec une spiritualité de la communion. Celle-ci se doit d’être une démarche constructive favorisant la complémentarité. Les groupes qui se réunissent au Centre Afrika ne se menacent pas. Au contraire, ils deviennent un don réciproque. En élargissant notre cercle de fraternité, nous avons alors une chance de voir un jour le Centre Afrika devenir véritablement un lieu d’hospitalité solidaire.

Nos communautés missionnaires

La session que nous avons vécue à Rome s’adressait avant tout à nos communautés missionnaires dites internationales. Elles sont aussi interraciales.

Voilà une excellente opportunité pour approfondir notre « identité missionnaire » dans le cadre d’une spiritualité interculturelle. Nos communautés peuvent-elles devenir des lieux d’hospitalité solidaires ?

Comme je le mentionnais l’année dernière, nous vivons l’hospitalité depuis notre fondation. De plus, la solidarité fait déjà partie de notre façon de vivre. C’est largement inscrit dans nos Constitutions. Pouvons-nous alors allier d’une manière plus créative ces deux concepts qui constituent la base de l’interculturalité?

Nos limites

Mon expérience missionnaire m’a appris qu’il n’est pas si facile de se parler, de partager notre vécu entre confrères. Certes, nous nous répartissons le fardeau du travail apostolique, vivons parfois dans des conditions de vie difficile ou tendue. Heureusement, nous nous soutenons dans nos moments de prière. Par contre, que savons-nous vraiment de nos confrères ?

Comme pour tout autre être humain, inévitablement, nos stéréotypes et préjugés reposent sur des codes culturels liés à nos expériences collectives particulières avec la nature, le temps, l’espace, la maladie, la mort, le pouvoir, les traumatismes historiques, etc. La variété de nos comportements culturels est presque infinie.

La chance que nous avons d’être ce que nous sommes

Dès leur origine, les Pères Blancs européens ont dû relever les défis du « vivre ensemble » au-delà des guerres dévastatrices du XXe siècle. Pour en avoir fait l’expérience moi-même, il y a véritablement un choc culturel entre l’Amérique et l’Europe, plus profond à certains égards que celui entre l’Amérique et l’Afrique. Depuis maintenant trois ou quatre décennies, les Pères Blancs s’africanisent. À eux, s’ajoutent aussi nos confrères indiens et philippins. Quels défis !

Pourtant, nous avons fait la preuve, au-delà de nos erreurs et maladresses, que nous pouvons vivre en communautés interculturelles. En effet, nous avons développé un esprit de famille unique inspiré de notre fondateur, Charles Lavigerie, qui a insisté sur notre fameux « esprit de corps ». Nous pouvons à juste titre en être fiers.

Et nous aujourd’hui ?

Lavigerie n’a pas parlé en termes d’interculturalité, car ce mot n’existait pas. Ce qu’il a préconisé est tout de même similaire. Notre spiritualité en est une de communion fraternelle respectueuse des différences culturelles. Être disciples du Christ présuppose que nous sommes tous complémentaires les uns des autres. Comment cela peut-il alors s’exprimer concrètement au sein de nos communautés missionnaires majoritairement composées en Afrique de confrères africains et indiens? Comment peuvent-elles devenir des lieux d’hospitalité solidaire ?

Liban – Beyrouth – De l’aide d’urgence pour la nourriture

Par John Pontifex, AED International – Traduction AED Canada

Königstein – Montréal, Mercredi le 5 août 2020 L’organisme de charité Aide à l’Église en Détresse envoie de toute urgence une somme de 362 500 $ à Beyrouth suite aux explosions colossales d’hier (4 août).

L’aide acheminée par Aide à l’Église en Détresse (AED) visera les familles pauvres les plus affectées par les explosions qui ont dévasté la région du port dans la capitale libanaise. Au moins 100 personnes sont mortes et 4 000 autres blessées lorsque les 2 750 tonnes de nitrate d’ammonium d’un entrepôt ont explosé.

Le père Raymond Adbod a indiqué à l’organisme que « les explosions avaient les airs d’une bombe atomique avec de la fumée rouge partout et des dommages considérables ».

Selon le père Samer Nassif, expert de l’AED au Liban, la zone chrétienne de Beyrouth a été « complètement dévastée » avec au moins 10 églises détruites, 300 000 personnes devenues sans domicile et beaucoup d’autres qui souffrent d’avoir perdu leurs moyens de subsistance aussi « totalement détruits » par l’explosion.  Il a ajouté qu’hier « en une seconde, plus de dommages ont été infligés au quartier chrétien de Beyrouth que dans les longues années de guerre civile.  Il faudra reconstruire à partir de zéro. »

Les pères Abdo et Nassif ont affirmé qu’après la longue crise économique et le coronavirus, le Liban est mal équipé pour faire face à cette situation urgente et demandent sans délai de l’aide d’urgence pour aider la population avec leurs besoins de base.

Dans un « appel aux pays du monde » envoyé aujourd’hui le patriarche maronite, le cardinal Bechara Boutros Rai, président de la Conférence des patriarches et évêques catholiques du Liban, a dit que « Beyrouth est une ville dévastée.  Beyrouth, la fiancée de l’Orient et le phare de l’Occident, est blessée.  C’est une scène de guerre – la destruction et la désolation règnent dans les rues, les districts et les maisons. »

Le père Abdo a également décrit comment dans un couvent non loin de son monastère, une relieuse âgée et malade est morte des blessures causées par l’explosion.  Le prêtre carmélite ajoute qu’elle était la seule qui n’était pas à la salle à manger du couvent au moment des explosions et, que si les autres avaient été dans leurs chambres, plusieurs seraient également décédées ou sérieusement blessées.

Aide à l’Église en Détresse appelle à prier pour les victimes et leurs familles.

L’AED est une Œuvre internationale catholique de bienfaisance et une œuvre pontificale de charité qui soutient les fidèles partout où ils sont persécutés, opprimés ou en détresse. Aujourd’hui, l’Œuvre aide l’Église à travers des projets d’information, de prière et d’assistance dans plus de 140 pays où elle est persécutée ou bien ne dispose pas de ressources suffisantes pour ses tâches pastorales.

Mme Marie-Claude Lalonde est disponible pour des entrevues. Pour toutes demandes à ce sujet, merci de me contacter : Mario Bard, responsable de l’information, AED Canada

(514) 932-0552, poste 224, ou sans frais, au 1-800-585-6333, poste 223.              

mcl@acn-canada.org

*Les articles et communiqués de l’AED sont offerts gratuitement pour publication partielle ou totale, à la seule condition que la source, Aide à l’Église en Détresse (AED), soit mentionnée.

Aide à l’Église en Détresse (AED) est une œuvre pontificale de charité catholique internationale qui a pour mandat « le service de la charité fraternelle envers les Églises locales les plus souffrantes et nécessiteuses », par l’information, la prière et l’action.

Fondée par le Père Werenfried van Straaten en 1947, elle aide spirituellement et matériellement, grâce à 23 bureaux nationaux, dont celui du Canada, l’Église en détresse dans plus de 139 pays (Rapport annuel 2019).

Caritas Internationalis appelle à des mesures urgentes contre la traite

En vue de la Journée mondiale contre la traite des êtres humains, célébrée le 30 juillet, Caritas Internationalis demande aux gouvernements d’intensifier leurs efforts pour identifier les victimes de la traite et de l’exploitation. En cette période de pandémie de Covid-19, le nombre de victimes de ce phénomène augmente de façon alarmante.

Caritas Internationalis et Coatnet, un réseau de 46 organisations chrétiennes engagées dans la lutte contre la traite des êtres humains, élèvent la voix à l’approche de la Journée mondiale contre la traite des êtres humains. «En ce temps de propagation de la Covid-19, déclare le Secrétaire général de Caritas Internationalis Aloysius John dans ce communiqué commun, nous dénonçons une réalité inquiétante pour les personnes vulnérables qui risquent davantage de devenir victimes de la traite». En effet, l’attention portée à la pandémie «ne doit pas nous empêcher de prendre soin des personnes les plus exposées à l’exploitation», en leur fournissant des «filets de sécurité» et un «soutien matériel, médical, juridique et psychologique» pour «les accompagner dans leurs difficultés». Les gouvernements devraient donc davantage tenir compte des «dommages collatéraux de la pandémie mondiale, en particulier sur les migrants et les travailleurs informels, désormais plus vulnérables à la traite».

Appel aux gouvernements et à la bonne volonté de chacun

Par conséquent, Caritas Internationalis et Coatnet appellent à «des mesures urgentes et ciblées pour soutenir ceux qui travaillent dans les secteurs informels, y compris les travailleurs domestiques, les travailleurs agricoles et du bâtiment, les migrants sans papiers». «Nous demandons instamment aux gouvernements, poursuit Aloysius John, de fournir à ces personnes un accès à la justice et aux services de base, tels que des abris et des lignes d’assistance téléphonique spécialisées. Nous appelons également les institutions et les organisations de la société civile à protéger les enfants contre les abus et l’exploitation, notamment par internet et les nouveaux moyens de communication, et nous invitons toutes les personnes de bonne volonté à être vigilantes et à signaler de tels cas». Pendant la pandémie, les cas de violence contre les enfants et le nombre d’enfants victimes d’exploitation en ligne ont en effet augmenté. En Inde, par exemple, «92 000 cas de maltraitance d’enfants ont été signalés aux autorités en seulement 11 jours», et de nombreux enfants courent le risque de devoir mendier dans la rue.

Une situation qui s’aggrave, en particulier au Moyen-Orient

Il faut rappeler que, selon l’Organisation internationale du travail, il y a aujourd’hui dans le monde plus de 40 millions de victimes de la traite et de l’exploitation des êtres humains, actuellement encore plus menacées en raison de la pandémie. Le manque de liberté de mouvement causé par les mesures de quarantaine et les restrictions de voyage, explique Caritas Internationalis, «a fait que les victimes de la traite ont moins de chances de s’échapper et de trouver de l’aide». La situation est particulièrement préoccupante au Liban et dans d’autres pays du Moyen-Orient. Comme le constate Gabriel Hatti, président du bureau Moyen-Orient et Afrique du Nord de Caritas, «de nombreux Philippins et autres travailleurs étrangers luttent pour rentrer chez eux après avoir perdu leur emploi à cause de la Covid-19 et de la crise économique actuelle. Aujourd’hui, ils font la queue devant leur ambassade, sans aucun soutien social ni protection psychologique et beaucoup d’entre eux sont même sans aucun statut juridique».

La Journée mondiale contre la traite des êtres humains a été établie au 30 juillet par l’Assemblée générale des Nations unies en 2013, avec la résolution A/RES/68/192. L’objectif de cette initiative est de sensibiliser la communauté internationale à la situation des victimes de ce fléau multiforme et de promouvoir la défense de leurs droits.

Vatican News Service – IP

Déménager la bibliothèque dans l’église Saint-Zéphirin: la Ville veut l’avis des citoyens

AUDREY TREMBLAY, Le Nouvelliste, 22 juillet 2020

LA TUQUE — La bibliothèque municipale pourrait s’installer à l’église Saint-Zéphirin. C’est du moins ce qu’envisage la Ville de La Tuque. Les citoyens seront invités à donner leur opinion sur cette idée qui a été dévoilée mardi soir lors de l’assemblée publique du conseil municipal, sans même que le Conseil de la Fabrique soit au courant des plans de la Ville.

«On aimerait présenter un projet à la population de La Tuque. Il y a beaucoup de conditions. La première condition ce serait probablement de devenir propriétaire de la bâtisse et d’y ériger la bibliothèque municipale. Ce n’est pas nouveau, ç’a été déjà pensé lorsqu’il y a eu la transformation des deux églises», lance la maire de La Tuque, Pierre-David Tremblay.

Il faut dire que l’option avait déjà été analysée avec l’église Marie-Médiatrice avant de finalement se tourner vers le projet qui a donné naissance à la résidence des bâtisseurs.

À LIRE Marie-Médiatrice ne sera pas transformée en bibliothèque

«On ne veut pas voir disparaître le bâtiment de l’église Saint-Zéphirin, c’est un bâtiment qui a une valeur patrimoniale», indique le maire.

La Ville souligne également que des investissements majeurs, qui nécessiteront plusieurs millions, doivent être faits à la bibliothèque Annie-St-Arneault.

Les élus municipaux veulent un mandat clair de la population pour mettre en place toutes les conditions favorables à élaborer ce projet à caractère «culturel, historique, touristique».

«Une des premières conditions, c’est de consulter la population, les jeunes et les moins jeunes. Je vais mandater le greffier pour trouver une formule où je peux consulter tous les gens. Là-dedans, ça va nous prendre un mandat de la population», note le maire Tremblay.

«Ce que l’on s’engage à faire, c’est de créer les conditions pour le faire. Je ne suis pas l’homme le plus patient. Je ne veux pas faire ça sur 15 ans. J’aimerais créer un comité de travail», a-t-il ajouté.

Le personnel de la bibliothèque a été rencontré à ce sujet et la Ville soutient qu’ils sont emballés par le projet et qu’ils se sentent très concernés.

Le maire Tremblay a également tenu à rassurer la population, il n’est pas question de faire concurrence au Complexe culturel Félix-Leclerc.

Il sera également possible de partager l’endroit pour des services sacramentels pendant un certain temps.

Impossible pour le moment de chiffrer le projet, mais chose certaine la ville «ne va pas acheter ça à 600 000 $».

«Il faudra que ce soit acceptable», insiste le maire.

Ce dernier n’a toutefois pas encore rencontré les gens de la Fabrique. La Ville avait demandé à la Fabrique de montrer patte blanche au niveau des états financiers avant d’ouvrir la discussion.

«Cette condition-là n’a toujours pas été établie, mais comme je vous dis, je me propose pour communiquer avec Mme Fréchette et de voir ce qu’il peut être fait. Il devra y avoir des discussions d’ordre technique, financier et d’organisation aussi sur le comité. Ce que j’aimerais aussi, c’est qu’on rejoigne tous les gens», indique M. Tremblay.

Le maire voulait avant tout informer et consulter la population. Le conseiller municipal, Jean Duchesneau, a toutefois indiqué qu’il ne fallait pas le faire au détriment des autres projets qui sont sur pause à l’heure actuelle.

«Ce n’est pas une mauvaise idée, mais il ne faudra pas non plus négliger les autres projets qui sont en attente ou en manque de subventions parce qu’on n’a pas d’argent pour les compléter, je pense au parc du lac Saint-Louis», a-t-il fait valoir.

Surprise

La présidente du conseil de Fabrique, Lise Fréchette, a été surprise d’apprendre la nouvelle via la diffusion du Conseil municipal mardi soir.

«J’ai été surprise. Il me semble que ç’aurait été décent de nous en parler avant», avoue-t-elle.

«Moi je n’ai pas à prendre position, ce sont les marguilliers qui doivent le faire […] Je ne sais pas si tout le monde est au courant, je n’ai pas le point de vue des marguilliers, mais je ne crois pas que ce soit négatif. On souhaite devenir des partenaires. On n’était pas partenaires avec la Ville, et ça fait longtemps qu’on dit qu’on doit l’être. On va le devenir selon leurs intentions», ajoute-t-elle.

Le sujet sera évidemment à l’ordre du jour des prochaines réunions, et une position sera prise dans les prochains jours.

«Je ne crois pas que ce sera négatif. On est à la recherche d’un partenaire qui a un projet. Depuis le temps qu’on cherche un projet pour faire vivre cette bâtisse-là. Par contre, je n’ai pas encore l’opinion des marguilliers», note Mme Fréchette.

La bibliothèque Annie-St-Arneault, quant à elle, pourrait demeurer disponible pour des organismes communautaires si le projet allait de l’avant.

Église Saint-Zéphirin: Marc Lahaie croit que le projet peut être positif

AUDREY TREMBLAY, Le Nouvelliste, 23 juillet 2020

La Tuque — La Ville de La Tuque a annoncé en début de semaine que la bibliothèque municipale pourrait s’installer à l’église Saint-Zéphirin et que les citoyens seront consultés à cet effet. Le prêtre de la paroisse Saint-Martin-de-Tours, Marc Lahaie, a été surpris d’apprendre la nouvelle, mais il soutient que l’idée semble intéressante.

Marc Lahaie souligne d’entrée de jeu que les marguilliers devraient se prononcer de façon officielle dans les prochaines semaines. Toutefois, de façon personnelle, il pense que l’idée est positive.

«Il y a sûrement un élément très positif pour le patrimoine de La Tuque. […] Autrefois, il y avait beaucoup de prêtre et de personnes impliquées qui veillaient à la structure des bâtiments. Ces années-ci autant pour les presbytères que les églises au Québec, il n’y a plus beaucoup de monde pour veiller au grain. Les prêtres ont des charges immenses et ne peuvent pas tout faire. Il y a de moins en moins de bénévoles et de sous», affirme Marc Lahaie.

«Le meilleur service qu’on peut rendre à la population comme ça, c’est de trouver ce qu’il y a de mieux. Toutefois, il ne faut pas avoir des discussions pendant 15 ans, il va être trop tard. On sait déjà que la paroisse ne peut pas supporter tout ça, ca fait longtemps qu’on le dit. C’est heureux qu’on se pose la question pour la bibliothèque et pour le patrimoine lui-même c’est certain», lance-t-il.

Rappelons que les élus municipaux vont bientôt consulter les citoyens afin de connaître leur opinion sur le sujet. Ils veulent un mandat clair de la population pour mettre en place toutes les conditions favorables à élaborer ce projet à caractère «culturel, historique, touristique».

L’impact de la pandémie sur les croyants en Dieu

Ce n’est pas seulement l’économie qui est affectée par le Covid-19. Une attention est désormais accordée à la santé mentale des citoyens. Incontestablement, nous sommes tous ébranlés par un climat d’incertitude, parfois de peur, relayé quotidiennement par les bulletins de nouvelles. L’inquiétude se fait particulièrement sentir chez les personnes âgées. D’ailleurs, celles-ci détiennent le plus grand nombre de décès.

Les festivals sont annulés. On assiste à la fermeture de restaurants et de magasins. Les aéroports, compagnies aériennes et agences de voyages sont en déroute, etc. Conséquemment, les gouvernements apportent une aide d’urgence aux personnes directement affectées. Cela se chiffre en centaines de milliards de dollars. Pourtant, le sort des églises et autres lieux de culte passe complètement sous le radar. Les croyants en Dieu sont tout simplement ignorés par les autorités civiles.

Déjà, l’incertitude plane sur l’avenir des institutions religieuses, particulièrement les paroisses catholiques. Les allégations et condamnations pour harcèlement sexuel de certains prêtres ou religieux minent sans cesse la crédibilité de l’institution. À vrai dire, le virus du Covid-19 n’est que la cerise sur le gâteau. Un autre genre de virus plus redoutable est à l’œuvre depuis plusieurs années déjà.

L’insignifiance des institutions religieuses

Le débat sur les accommodements raisonnables s’est finalement soldé par une grande « distanciation ». Au sein de l’Église Catholique, les sacrements ont perdu leur sens symbolique aux yeux de la majorité. Ils sont devenus littéralement insignifiants, sans importance.

Cet état de fait est particulièrement mis à jour en cette période de pandémie. Malgré la collaboration des responsables religieux en lien avec les directives gouvernementales, « Le Québec est la seule province qui n’a pas discuté avec les lieux de culte de leurs besoins spécifiques », a déploré Reuben Poupko, du Conseil des rabbins de Montréal. (…) « On nous a imposé le modèle des 50 personnes assises qui ne parlent pas, qui provient des salles de spectacle, ça ne correspond pas à nos pratiques. [1]»

La goutte vient de déborder du vase. Aux dires de l’archevêque de Québec, Gérard Cyprien Lacroix, les autorités québécoises ont « manqué de respect » envers les groupes religieux pendant le confinement. « Jamais M. Legault n’a remercié les sacrifices des fidèles durant Pâques, le ramadan. Si nous voulions avoir des réponses, il nous fallait demander aux journalistes de les poser. Les casinos ont pu rouvrir avant les églises ! [2]»

Ironiquement, nous sommes passés d’une société où le « religieux » était omniprésent et intouchable à une situation où il est presque absent et, par nature, coupable ou blâmable.

Y a-t-il un vaccin?

Des montants d’argent considérables sont investis pour mettre au point un vaccin contre le Covid-19. Mais le vaccin contre le « manque de sens et de respect » ne viendra pas de Chine ou d’ailleurs. Il ne peut venir que d’ici.

La pandémie actuelle offre malgré elle une occasion favorable pour réfléchir sur notre modèle de société. De nouvelles initiatives émergent qui auront de plus en plus d’impact sur nos choix de vie, idéalement plus écologique. À titre d’exemple, notre modèle d’économie basée sur le transport en voiture et le travail dans des tours de bureau s’effondre grâce au télétravail à domicile.

De même, les virus de l’insignifiance et du manque de respect affectant les communautés croyantes offrent une opportunité pour changer leur manière de vivre leur foi. Une audace nouvelle pointe où les lieux de cultes se transforment en profondeur. Sans faire de bruit et bon marché, un vaccin est déjà disponible. Il porte les noms de « confiance dans l’avenir », « abandon dans la foi », « lâcher prise », « défense des plus vulnérables », « ouverture de cœur et d’esprit à la différence », « établissement de ponts entre les cultures », « dialogue interreligieux », « accueil inconditionné de l’étranger », « don de soi par amour », « simplicité volontaire », « protection environnementale », « égalité véridique entre les sexes », « recherche incessante de justice réparatrice », « rejet de toute forme de racisme », « reconnaissance des erreurs commises », « demandes de pardon », « naître, grandir et mourir dans la dignité ».

Ce vaccin est d’ordre spirituel. D’où l’importance pour le gouvernement de tenir compte des spécificités des regroupements de croyants en Dieu. Ayant perdu une large part de sa signification, il n’est pas requis pour autant de manquer de respect par une ignorance à saveur de mépris. Certains diront que ces propos sont exagérés, mais c’est pourtant ce que beaucoup de croyants ressentent, à tort ou à raison. Comme tout autre citoyen qui compose notre société, ils méritent d’être reconnus.

La distanciation ne signifie pas abstraction et la qualité d’une personne n’est pas lié à la beauté de son couvre-visage. De même, la distanciation n’est pas l’absence du désir de vivre en « communion ». Le seul masque à craindre est celui de la honte.


[1] Québec a «manqué de respect» envers la religion, tonne l’archevêque de Québec, Mathieu Perreault, La Presse, 29 juillet 2020

[2] Québec a «manqué de respect» envers la religion, tonne l’archevêque de Québec, Mathieu Perreault, La Presse, 29 juillet 2020

Place des Montréalaises: un an plus tard que prévu

Place des Montréalaises: un an plus tard que prévu: https://lp.ca/loV67X

Le tunnel piétonnier lugubre qui relie la station de métro Champ-de-Mars à l’hôtel de ville de Montréal et au Vieux-Montréal, en passant sous une bretelle d’autoroute et sous la rue Saint-Antoine, sera « déconstruit » au cours des mois qui viennent, avec ses quatre petits bâtiments d’accès (édicules).

BRUNO BISSON, LA PRESSE, Publié le 4 juillet 2020 

Le tunnel sera remplacé d’ici 2022 par une longue passerelle entièrement intégrée au concept d’aménagement de la place des Montréalaises, le vaste espace public créé en 2017 au pied du Champ-de-Mars et de l’hôtel de ville de Montréal avec le recouvrement partiel de l’autoroute Ville-Marie.

Selon la Ville de Montréal, le budget prévu pour la réalisation des aménagements sera de 81 millions, en forte hausse par rapport au budget de 62,5 millions présenté en 2018, au moment du dévoilement du projet. Ces coûts incluent toutefois le démantèlement du tunnel et de ses accès actuels, qui n’étaient pas d’accès universel. La conception et les plans et devis détaillés de la place des Montréalaises devraient être terminés à la fin de l’année, et un appel d’offres sera lancé au début de 2021.

La nouvelle place des Montréalaises entièrement aménagée devait être terminée pour 2022. Ça ira plus tôt à 2023, a confirmé la Ville vendredi dans un courriel à La Presse.

Cet espace de plus de 1500 mètres carrés, déstructuré en raison de la présence d’une bretelle d’autoroute, a été redéfini grâce au recouvrement partiel de l’autoroute Ville-Marie sur une distance d’environ 125 mètres entre l’avenue de l’Hôtel-de-Ville et la rue Sanguinet, complété à la fin de 2017. Cet investissement de 70 millions avait été entièrement financé par le ministère des Transports du Québec, comme un legs à la Ville pour son 375anniversaire.

Sommairement aménagé depuis l’inauguration, le site se transformera peu à peu en un vaste pré fleuri, aménagé sur plan incliné, au bas duquel on construira un amphithéâtre urbain, avec gradins, et bordé par une esplanade publique pouvant accueillir chapiteaux, foires ou autres évènements.

Esquisses du projet

Bureau d’intégration des nouveaux arrivants de Montréal et dévoilement du projet « La Place des Montréalaises »

La place occupera tout l’espace ceinturé par les rues Saint-Antoine, Hôtel-de-Ville et Viger autour de la station de métro Champ-de-Mars, et rendra hommage à 21 femmes ayant marqué l’histoire de la ville, dont la cofondatrice de Montréal, Jeanne Mance, la joueuse de hockey Agnès Vautier, la journaliste et animatrice de radio et de télé d’origine mohawk, Myra Cree, et les 14 femmes victimes de la tuerie de Polytechnique.

Un espace commémorera aussi la vie de Marie-Josèphe-Angélique, esclave noire condamnée à mort et exécutée en 1734.

Les noms de ces 21 femmes seront gravés sur un emmarchement – structure en escalier monumental – au milieu d’un pré fleuri abritant 21 espèces de plantes et de fleurs.

Le concept, élaboré par le bureau d’architectes Lemay, avec SNC-Lavalin et l’artiste visuelle Angela Silver, permettra d’intégrer complètement l’imposante dalle de béton de la future passerelle piétonne. Cette passerelle unira la place aux bâtiments administratifs de la municipalité, dont l’hôtel de ville, en passant au-dessus des voies routières, et non pas dessous, en plus d’assurer l’accès universel au Vieux-Montréal à partir de la station de métro Champ-de-Mars.

De feu, de flammes et d’étincelles.

Le sort de George Floyd, un homme afro-américain de 49 ans tué par un policier de Minneapolis le 25 mai dernier mobilise des milliers de gens indignés. Son crime; être un Noir! En réalité, il se cache quelque chose de plus sordide derrière cette tragédie. Il y a le racisme. Nul ne devrait être sujet au rejet et être assassiné pour une question raciale.

Une puissante mobilisation émerge enfin! Assistons-nous à quelque chose qui va changer la société américaine où le racisme rime avec les extrêmes inégalités sociales?

Sondage après sondage, une majorité de Canadiens appuient un meilleur contrôle des armes à feu au Canada. PolySeSouvient milite pour un tel contrôle depuis trente ans. Un mot a finalement émergé en décembre dernier. La tragédie de la Polytechnique du 6 décembre 1989 était un féminicide. Ma sœur Annie et ses compagnes d’infortune ont été tuées parce qu’elles étaient des femmes. Rien de plus!

Racisme et féminicide évoquent le même aveuglement, celui du rejet du mystère sacré de chaque être humain.

Coïncidence ou non, je viens de recevoir un message de Patrick Naud. « Lors des commémorations entourant la tragédie de Polytechnique en décembre dernier, écrit-il j’ai lu quelques articles qui parlaient des jeunes victimes de ce drame insensé. Dans l’un des articles, on faisait mention d’une des victimes – Annie St-Arneault – qui provenait de La Tuque et dont la bibliothèque municipale porte maintenant son nom. Elle était, je pense, une grande lectrice qui aimait beaucoup la poésie. »

« J’écris moi-même dans mes temps libres et plusieurs de mes textes ont pris la forme de poèmes. (…) J’ai relu mon texte dernièrement, étant moi aussi en confinement, et j’ai eu une pensée pour les jeunes victimes de Polytechnique. J’ai eu une pensée particulière pour Mme St-Arneault. (…) Ce texte est peut-être de moi, mais il appartient à toutes ces femmes courageuses qui ont malheureusement eu une vie écourtée par de tels drames. Elles demeureront toujours présentes dans notre mémoire collective. »

Le titre est évocateur de métamorphose : De feu, de flammes et d’étincelles. Aussi bien pour George Floyd que pour ma sœur Annie, pour toutes les victimes de rage meurtrière, de l’intérieur, d’une flamme, d’un rêve, d’une étincelle viendront le feu, la chaleur, les rires, la couleur et surtout le bonheur.

Par Patrick Naud

De feux, de flammes et d’étincelles

Ô qu’elle était belle
Toute petite, si naturelle
Jeune femme d’avenir
Remplie de promesses
Il n’y avait un moment qui passe
Sans que son sourire ne touche les gens autour d’elle
Un jour fortuit
Sur la route menant au collège
Alors qu’elle rêvait
De tout, de rien
De la vie qui serait sienne
L’impensable se produisit
Un face à face avec la haine
Et puis vint le feu
Les éclats, les cris, les pleurs
Et surtout, la douleur

Une violence crue et foudroyante
L’innocence attaquée de plein fouet
D’une balle ardente
Une vie blessée à tout jamais
A cheval entre l’ombre et la lumière
Un chemin vers l’espoir qui se referme
Combien d’autres avant elle
Auront subies ces foudres les plus extrêmes
Mais d’une enfant qu’elle était naguère
Jaillira une flamme, une inspiration universelle
Un courage, un message qui raisonne
Les femmes, elles aussi, ont droit à l’école
Et puis vint le feu
Les éclats, les cris, les pleurs
Et surtout, la douleur
Un autre jour, un autre drame
Aux confins de la terre
Des vies brisées, de la souffrance
Un tel carnage, tellement à faire
Tant de noirceur et d’ignorance
Difficile de faire entrer la lumière
Et arrêter une fois pour toute
Ce fléau, cette rage meurtrière

De l’intérieur peut-être, suffit d’une flamme
D’une enfant, d’un rêve, d’une étincelle
Et puis viendront le feu
La chaleur, les rires, la couleur
Et surtout, le bonheur
D’une enfant qui rêve d’une vie qui sera sienne.

En mémoire et en appui à Annie St-Arneault, ses camarades de classe de Polytechnique et à toutes les femmes qui ont perdues leurs vies en exerçant leur droit fondamental à l’éducation.     

Missionnaire sans frontières