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UGO GIGUÈRE, La Presse Canadienne – GABRIEL DELISLE, Le Nouvelliste

MONTRÉAL — Chaque semaine, l’équipe de traumatologie du Centre universitaire de santé McGill (CUSM) doit traiter au moins un patient victime d’une blessure par arme à feu. Mercredi, les médecins et autres professionnels de la santé sont sortis dans la rue pour joindre leur voix à celles de leurs collègues de 13 hôpitaux à travers le Canada afin de dire haut et fort qu’ils en ont assez. À leurs côtés, on retrouvait le père Serge St-Arneault, le frère d’Annie St-Arneault de La Tuque, une des victimes de la tuerie de la Polytechnique.

D’après la coalition «Doctors for protection from guns», les armes à feu représentent un grave problème de santé publique au pays.

Des chirurgiens traumatologues, chefs de départements, infirmières et préventionnistes du CUSM ont tenu une conférence de presse pour réclamer l’interdiction complète des armes de poing et des fusils d’assaut au Canada. Un message relayé d’un océan à l’autre.

«On voit depuis 2013 une augmentation de 42 pour cent de la mortalité liée à des blessures par armes à feu au Canada. À Montréal, on voit une augmentation du nombre de patients blessés ou morts par des armes à feu. Il est temps qu’on change notre façon de parler des armes à feu. C’est un enjeu de santé publique et il faut qu’on le dise», a déclaré le chirurgien traumatologue Jeremy Grushka.

«Quand on regarde la manière dont on gère cette problématique d’un point de vue de santé publique, je pense qu’on pourrait faire mieux», poursuit le chef du département de traumatologie Tarek Razek.

Celui-ci ne croit pas que le Canada soit allé assez loin pour appliquer les meilleures pratiques de sécurité afin de réduire au minimum les risques que représentent les armes à feu dans la société.

«D’un point de vue de santé publique, c’est comme les voitures. Est-ce qu’il y a toujours des accidents de voiture? Oui. Mais est-ce qu’on réduit le risque au minimum d’avoir des accidents?», compare-t-il.

Le père Serge St-Arneault, qui est membre de Poly se souvient, était aux côtés des médecins lors de la manifestation. Même si chaque présence publique pour réclamer un meilleur contrôle des armes à feu est très difficile pour lui, Serge St-Arneault affirme qu’il ne pouvait refuser l’invitation des médecins.

«L’enjeu est tellement capital. En mémoire de celles qui ont été victimes d’armes à feu, c’est un devoir de continuer ce combat. C’est comme un appel», affirme en entrevue le frère d’Annie St-Arneault, une des étudiantes assassinées lors de la tuerie de la Polytechnique.

Pour le prêtre originaire de La Tuque, il est «indéniable» que les armes à feu représentent une crise de santé publique. «Compte tenu du nombre élevé de personnes qui sont atteintes d’armes à feu, qui sont handicapées pour leur vie, c’est évident qu’il s’agit d’une question de santé publique», a précisé Serge St-Arneault lors du point de presse tenu en marge de la manifestation de Montréal.

«Le projet de loi C-71 [pour le contrôle des armes à feu] est un pas dans la bonne direction, mais c’est loin d’être suffisant.»

Le père Serge St-Arneault, le frère d’Annie St-Arneault, une des victimes de la tuerie de la Polytechnique, a pris la parole publiquement en marge de la manifestation.

Serge St-Arneault prône le bannissement pur et simple des armes d’assaut et des armes de poings. «L’exemple de la Nouvelle-Zélande et de sa première ministre est extraordinaire et remarquable. On devrait le suivre au Canada.»

Militant au sein du regroupement Poly se souvient, Jean-François Larrivée a salué l’appui des médecins dans ce combat pour restreindre l’accès aux armes. Celui-ci a perdu sa jeune épouse dans la tuerie survenue à Polytechnique Montréal en 1989.

«Je milite depuis 30 ans pour le souvenir de Maryse et des autres filles. Les médecins ont une voix qui porte. Ils sont pragmatiques, ils ont une influence intellectuelle, ils ont un leadership», se réjouit-il.

«Je veux aider les autres femmes à ne pas subir le même drame et si on peut sauver une vie ça aura valu la peine», souligne M. Larrivée.

Le personnel soignant du CUSM est exaspéré au point où l’équipe de prévention commence à enseigner au public les techniques de premiers soins en cas de blessures par balles.

Tara Grenier, coordonnatrice du programme de prévention des blessures au CUSM, transmet aux élèves du secondaire, à des employés d’usine et au public en général des méthodes pour stopper l’hémorragie causée par une balle ou une arme blanche.

«Ce sont des techniques de guerre qu’on emploie dans le monde civil. On est rendu là. Peut-être qu’on pourra sauver des gens au lieu qu’ils meurent au bout de leur sang», mentionne la thérapeute sportive.

Ottawa tend l’oreille

Le Dr Tarek Razek espère sincèrement que sa voix et celles de ses collègues soient entendues. Selon lui, le fait qu’ils soient en première ligne pour constater les ravages causés par les armes donne du poids à leurs arguments.

Sur la colline parlementaire à Ottawa, le ministre de la Sécurité frontalière et de la Réduction du crime organisé, Bill Blair, a dit tendre l’oreille aux revendications des médecins.

«J’ai rencontré plusieurs fois des regroupements de médecins. Leur point de vue est pertinent, ils sont en première ligne pour traiter des victimes de blessures par armes à feu. Je crois qu’il y a des choses que l’on doit faire pour protéger nos communautés et nous sommes prêts à considérer des mesures qui empêcheraient les gens mal intentionnés de se procurer des armes pour blesser ou tuer», a-t-il commenté.

Le ministre n’a cependant pas l’intention d’accélérer le processus comme l’ont fait les élus de Nouvelle-Zélande à la suite de la tuerie de Christchurch.

«Je pense que les Canadiens s’attendent à ce qu’on écoute les différentes opinions de la population afin de trouver le meilleur moyen de rendre nos communautés plus sécuritaires», a mentionné M. Blair.

Avec la collaboration de Gabriel Delisle

Allocution présenté par Serge St-Arneault, M.Afr, Directeur du Centre Afrika, Montréal, lors de la conférence de presse organisée par les médecins et autres professionnels de la santé à l’Hôpital Général de Montréal aujourd’hui à 12h00. Les médecins réclament une interdiction complète des armes de poing et armes d’assaut ainsi que l’adoption du projet de loi C-71 qui renforce l’encadrement des armes à feu.

J’ai vécu en zone de guerre en République Démocratique du Congo (à l’époque le Zaïre) dans les années 1990. Le chaos s’était progressivement propagé dans tout le pays avec son lot de pillages et de conflits tribaux.

Dans la brousse où j’étais, on avait déjà eu la visite de militaires pour intervenir dans un conflit entre chefs coutumiers. Ce jour-là, revenant à la maison, j’ai été directement menacé par un militaire. Il m’a simplement dit :

  • « Siku y vita ingine, miye nitawa weye ».

Traduction littérale :

  • « Lors du prochain conflit, c’est moi qui vais te tuer. »

J’ai immédiatement senti comme un boulet me tomber dans l’estomac. Je m’en rappelle très bien. De fait, les rivalités tribales se sont accélérées. Les paracommandos sont revenus, soi-disant pour rétablir la paix, en brulant les villages. La plupart des expatriés avaient déjà quitté le pays. Quant à moi, je suis resté avec mes confrères pratiquement jusqu’au moment de la chute du régime dictatorial du Président Mobutu.

En 2010, Marc Rochette, un journaliste du journal Le Nouvelliste de Trois-Rivières, m’a demandé dans une interview s’il y avait des risques de vivre dans la brousse africaine. Ce à quoi j’ai répondu :

  • « Qu’est-ce qui est le plus dangereux? Être missionnaire en Afrique ou étudiante à l’École Polytechnique de Montréal ».

Ma sœur Annie a été l’une des premières victimes du drame de la Poly du 6 décembre 1989. Le rapport d’investigation du coroner indique que le décès est attribué à des lésions multiples graves au niveau du crâne, du cerveau, section de l’aorte et des hiles pulmonaires et éclatement du foie, le tout secondaire au passage dans la tête et dans le thorax de trois projectiles d’arme à feu.

Vous êtes médecins et professionnels de la santé. Vous comprenez mieux que moi de quoi il s’agit. Nous sommes réunis ici pour une cause commune. Nous voulons, de fait nous exigeons des lois plus sévères sur les armes à feu au Canada. Une journée nationale d’action a lieu aujourd’hui dans 13 villes du pays. Tous s’entendent pour dire que les armes à feu représentent une menace croissante pour la santé publique. Selon Statistique Canada, le nombre de crimes violents commis avec une arme à feu a augmenté de 43% depuis 2013, soit depuis l’abolition du registre national des armes à feu par le gouvernement de Steven Harper en 2012, suivi par l’affaiblissement d’une série d’autres mesures en 2015.

À peine une semaine après la tragédie de Christchurch en Nouvelle-Zélande, la première ministre Jacinda Ardern a annoncé l’interdiction imminente de « toutes les armes semi-automatiques de style militaire », de « tous les fusils d’assaut », de « tous les chargeurs à grande capacité » et de « tous les accessoires ayant la capacité de convertir une arme à feu en arme semi-automatique de type militaire ». Elle a également émis une ordonnance de reclassification pour les armes semi-automatiques afin de dorénavant empêcher leur vente à la plupart des détenteurs de permis actuels.

Voilà une preuve de leadership politique.

Soulignons aussi l’action du Gouvernement du Québec qui a instauré son propre registre des armes en réaction à l’abolition du registre fédéral. Le Québec est maintenant l’une des trois seules juridictions en Amérique du Nord (avec Hawaï et le District de Columbia) qui enregistrent les armes sur son territoire – bien que c’est la norme en Europe et la plupart des pays industrialisés.

Mais qu’en est-il du gouvernement Trudeau?

Les Canadiens attendent depuis de nombreuses années une action réelle et concrète dans ce domaine.

Tout ce que ce gouvernement offre aux Canadiens pour corriger la quasi-destruction de l’ensemble des gains législatifs par le gouvernement antérieur, c’est le projet de loi C-17. D’ailleurs, celui-ci ne rétablit que quelques faibles mesures comparativement à ce qu’elles étaient avant leur élimination. Ceci dit, ce projet de loi C-71 est un pas dans la bonne direction et nous l’appuyons. Malheureusement, son adoption avance à pas de tortue au Sénat.

De plus, ce projet de loi ne modifie en rien l’accès légal aux armes de poing et aux armes d’assaut. Nous le savons, celles-ci sont conçues pour tuer efficacement et rapidement.

Combien de fois encore faudra-t-il rappeler que le même type d’armes légalement accessible, c’est-à-dire des armes semi-automatiques de type militaire,  a été utilisé lors de la tragédie à la Mosquée de Québec et tout récemment à Christchurch où 50 Néo-Zélandais innocents ont été assassinés?

Je réitère les paroles que j’ai prononcées à Ottawa au début du mois de décembre 2018 que j’adressais au premier ministre Justin Trudeau;

  •  « Ne faites pas de compromis. Montrer aux Canadiens comment on se tient debout quand on n’a pas peur du lobby des armes ».

Membres de PolySeSouvient présent lors de la marche pour soutenir les médecins dans leur manifestation contre les armes à feu.

Photo : André-Mam Mbombo

Lien YouTube : https://youtu.be/nZKSaZWRw1k

Mercredi, un regroupement de médecins de partout au Canada favorable à un contrôle plus strict des armes à feu organise une journée d’action. Au Québec, un rassemblement se tiendra à l’Hôpital général de Montréal. Entrevue avec le Dr Andrew Beckett, chirurgien traumatologue qui a décidé de monter au front.

Par CAROLINE TOUZIN, LA PRESSE

L’été dernier, en opérant une jeune femme atteinte au cou par un projectile d’arme à feu à Montréal, le Dr Andrew Beckett a eu une prise de conscience.

« Elle a eu la vie sauve, mais elle restera paralysée jusqu’à la fin de ses jours. Elle avait seulement 17 ans. Tout ça parce que dans son entourage, il y avait de mauvaises personnes avec un accès à des armes à feu », déplore le chirurgien spécialisé en traumatologie en entrevue à La Presse.

Les ravages causés par les armes à feu ne sont pas toujours médiatisés, souligne le médecin. Or, le Centre de traumatologie de l’Hôpital général de Montréal, où le chirurgien pratique, reçoit en moyenne un patient par semaine blessé par balle.

« Il faut voir les blessures et les morts par arme à feu comme une crise de santé publique. Cette crise est de plus en plus grave au Canada, mais totalement évitable. »

— Le Dr Andrew Beckett, chirurgien traumatologue à l’Hôpital général de Montréal

Ainsi des médecins d’un peu partout au Canada – appuyés par d’autres professionnels de la santé – viennent de former une coalition baptisée Médecins canadiens pour un meilleur contrôle des armes à feu (Canadian Doctors for Protection from Guns en anglais), qui se bat pour l’adoption de lois plus strictes sur le contrôle des armes à feu, notamment l’interdiction des armes de poing et de toutes les armes d’assaut.

Le groupe auquel s’est joint le Dr Beckett organise une journée nationale d’action le 3 avril pour demander un contrôle plus strict des armes à feu. Un rassemblement est prévu sur l’heure du dîner ce jour-là sur les terrains de l’Hôpital général de Montréal.

Au moment de notre entrevue réalisée la semaine dernière, le chirurgien de 49 ans – qui n’avait jamais milité avant aujourd’hui – a apporté sa pancarte, qu’il compte bien brandir mercredi.

UN ENCADREMENT PLUS STRICT RÉCLAMÉ

« Oui pour C-71. On peut faire mieux », pouvait-on y lire, un slogan qui fait référence au projet de loi visant à encadrer plus strictement la commercialisation et la possession d’armes à feu au Canada, actuellement à l’étude au Sénat. Ce projet de loi fédéral propose, entre autres, des mesures comme une vérification plus fouillée des antécédents d’une personne qui demande un permis d’arme à feu, ou encore l’obligation pour les commerçants de garder la trace de toutes les ventes d’armes.

Aussi chirurgien dans les Forces armées canadiennes, le Dr Beckett a été déployé en Afghanistan et en Irak. « J’ai vu les ravages des armes d’assaut et des armes de poing en temps de guerre », dit-il. 

« Je ne vois aucune raison pour laquelle une personne, ici, dans un pays en paix, devrait posséder une arme de poing ou une arme d’assaut. Ça ne fait qu’infliger des souffrances. »

— Le Dr Andrew Beckett, chirurgien traumatologue à l’Hôpital général de Montréal

Annoncer à une famille que son enfant a été tué par balle est la pire chose qu’il ait dû faire dans sa carrière, dit-il. Et il l’a fait beaucoup « trop de fois ».

« J’ai moi-même un jeune garçon. Je ne voudrais jamais qu’il soit blessé par balle en raison d’un accident ou d’un acte de violence », poursuit-il, d’où sa motivation à militer pour un contrôle plus strict des armes à feu au Canada.

Le chirurgien énumère des données qui, à ses yeux, prouvent qu’il y a une crise de santé publique : selon Statistique Canada, le nombre de crimes violents commis avec une arme à feu a augmenté de 42 % depuis 2013 ; le Canada a le cinquième taux de mortalité par arme à feu parmi les pays de l’OCDE ; selon l’Observatoire canadien du fémicide pour la justice et la responsabilisation, 34 % des femmes et des filles tuées en 2018 ont été victimes d’armes à feu ; un récent énoncé publié par la Société canadienne de pédiatrie indique que l’accessibilité des armes à feu augmente le risque de suicide.

« UNE PERSPECTIVE DE SANTÉ PUBLIQUE »

Le médecin n’y voit pas un combat politique : « C’est une prise de position dans une perspective de santé publique comme celles qui ont mené au port obligatoire de la ceinture de sécurité en voiture ou à celui du casque à vélo. Ce sont des mesures qui sauvent des vies. »

N’empêche, l’implication de médecins dans le débat ne plaît pas à tout le monde. La coprésidente du regroupement, la Dre Najma Ahmed, fait l’objet de pressions d’une association de propriétaires d’armes à feu.

La chirurgienne torontoise, qui a soigné les victimes de la fusillade de l’avenue Danforth l’été dernier, a publié plusieurs messages sur les réseaux sociaux depuis en faveur de l’adoption rapide du projet de loi C-71. Elle se prononce aussi contre la possession d’armes de poing et d’armes d’assaut.

Or, un groupe de propriétaires d’armes à feu reproche à la Dre Ahmed d’user de sa crédibilité de médecin pour alimenter un débat strictement politique. 

Des membres de la Coalition canadienne pour le droit aux armes à feu ont récemment déposé près de 70 plaintes contre la chirurgienne auprès de son ordre professionnel – plaintes que l’ordre a refusé de trancher, jugeant qu’on avait ici affaire à un désaccord politique, non à des reproches liés aux soins cliniques ou au comportement professionnel du médecin.

Ce genre de pressions n’intimide pas le Dr Beckett. « Comme médecins, nous sommes en première ligne pour constater les ravages causés par les armes à feu, dit-il. On soigne les blessures par balle, et la prévention des blessures fait aussi partie de notre travail. »

MOUVEMENT #THISISOURLANE AUX ÉTATS-UNIS

Cette mobilisation de médecins canadiens pour un meilleur contrôle des armes à feu fait écho au mouvement #thisisourlane ou #thisismylane lancé l’an dernier aux États-Unis. Des centaines de médecins américains se sont mis à publier des photos saisissantes sur les réseaux sociaux de salles d’opération ensanglantées, de matériel chirurgical rougi ou encore de vêtements tachés par le sang de leur patient blessé par balle, après avoir été piqués au vif par la National Rifle Association (NRA).

La NRA avait publié un tweet discréditant une récente série de recommandations de l’American College of Physicians qui fait du contrôle des armes à feu aux États-Unis un enjeu de santé publique. 

« Quelqu’un devrait dire à ces “importants” médecins anti-armes de rester dans leur domaine [to stay in their lane]. »

— La NRA, lobby américain pro-armes, sur Twitter, en novembre dernier

« Avez-vous une idée du nombre de balles que je retire de cadavres chaque semaine ? Ce n’est pas seulement ma voie [lane], c’est ma putain d’autoroute ! », a répondu sur le même réseau social la Dre Judy Melinek, pathologiste en Californie, alors qu’une nouvelle fusillade venait de survenir dans un bar de cet État, faisant 12 morts. Ce gazouillis a lancé le mouvement qui tente d’infléchir le débat sur le contrôle des armes à feu chez nos voisins du Sud.

La « crise de santé publique » est toutefois plus importante aux États-Unis qu’au Canada, nuance le Dr Beckett, qui ne voit pas la nécessité de répondre aux critiques de propriétaires d’armes à feu d’ici avec des moyens aussi saisissants.

« Je souhaite ne plus jamais avoir à retirer des balles du corps d’un enfant, conclut le chirurgien. Je ne vois pas comment des gens pourraient être d’avis contraire. »

MÉDECINS CANADIENS POUR UN MEILLEUR CONTRÔLE DES ARMES À FEU

L’ADOPTION RAPIDE D’UNE LOI DEMANDÉE

Le groupe de médecins demande l’adoption d’une législation et d’autres outils visant à réduire la prévalence des armes à feu, à savoir des restrictions en matière de possession d’armes à feu, un programme d’amnistie permettant la récupération des armes à feu actuellement en circulation et une approche stratégique visant à réduire leur vente illégale et leur importation en provenance d’autres compétences territoriales.

FINANCEMENT DE LA RECHERCHE

Le groupe demande aussi le financement et une infrastructure pour soutenir la recherche sur l’épidémiologie des blessures et morts par arme à feu, notamment sur le rôle de déterminants sociaux comme la pauvreté, la maladie mentale, la discrimination raciale et l’isolement social, ainsi que sur l’efficacité des stratégies visant à réduire les blessures et les décès liés aux armes à feu.

APPUI DE PLUSIEURS ORGANISMES MÉDICAUX

Ce groupe de médecins a récolté l’appui d’organismes médicaux nationaux et provinciaux tels que le Collège des médecins de famille du Canada, l’Association canadienne des chirurgiens généraux, l’Association canadienne des médecins d’urgence, l’Ontario Medical Association, l’Association canadienne de traumatologie, la Société canadienne de soins intensifs, la Société canadienne des anesthésiologistes, la Société canadienne de neurochirurgie ainsi que les Jeunes médecins pour la santé publique.

Un touchant témoignage devant le sénat.

Mélanie Marquis, La Presse Canadienne

Michèle Audette PC/DAVID LIPNOWSKI

OTTAWA — La disponibilité des armes à feu contribue au fléau du suicide dans les communautés autochtones, a témoigné Michèle Audette en comité sénatorial, lundi. Et elle a dit aux sénateurs qu’elle était bien placée pour le savoir, étant passée à un cheveu d’en retourner une contre elle.

La commissaire de l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées a offert à titre personnel un touchant témoignage devant le comité sénatorial de la sécurité nationale et de la défense, qui étudie le projet de loi C-71.

«Si je suis ici aujourd’hui, devant vous, à plaider pour le contrôle des armes à feu, c’est seulement parce que ma dernière tentative n’a pas porté les fruits espérés à l’époque», a-t-elle témoigné dans la salle de comité.

«Qu’est-ce qui m’a sauvée? Le cocktail de substances que j’avais prises m’a fait sombrer dans un coma et m’a empêchée de me rendre jusqu’à l’utilisation de l’arme que je tenais dans les mains, toute prête à la retourner contre moi», a-t-elle laissé tomber.

Selon la militante des droits des femmes autochtones, la disponibilité des armes à feu dans les communautés, dont l’usage y est «répandu», permet «de respecter nos droits ancestraux au niveau de la chasse, certes».

Mais le fait qu’autant d’armes circulent contribue au suicide et «permet la commission d’actes d’une violence inouïe dans nos communautés», surtout compte tenu de la prévalence des cas de violence conjugale et familiale, «une réalité quotidienne pour trop de femmes autochtones».

Et si l’on ajoute à cela la présence des armes à feu, «on a entre les mains tous les outils nécessaires pour nous décimer, nous, les femmes autochtones», a illustré Mme Audette pendant sa comparution.

Le projet de loi C-71 a été déposé par le gouvernement libéral en mars dernier. Les conservateurs y sont farouchement opposés, entre autres parce qu’ils accusent les libéraux de vouloir réinstaurer un registre «par la porte d’en arrière» avec les mesures contenues dans le projet de loi.

Celui-ci oblige les marchands d’armes à conserver pendant au moins 20 ans les données sur les armes à feu sans restriction, et resserre les vérifications de sécurité menées pour déterminer si un acheteur est admissible à un permis d’armes à feu, entre autres.

En décembre dernier, des représentants de groupes qui militent pour un meilleur contrôle des armes sont venus à Ottawa afin d’exhorter les sénateurs à tout faire afin que C-71 soit adopté avant les élections d’octobre prochain.

Par Serge St-Arneault

Montréal, 16 février 2019

Milieux ruraux versus les centres urbains.

L’enjeu sur le contrôle des armes à feu au Québec n’est pas de ruiner la passion que partagent les chasseurs pour leur sport. Le véritable enjeu est de protéger des vies humaines. Or, la stratégie des adversaires au registre des armes est d’opposer les milieux urbains contre les zones rurales en prétendant que les grandes villes veulent imposer leurs valeurs aux campagnes où vivent la majorité des chasseurs.

Cette stratégie a très bien réussi aux États-Unis où les électeurs des grandes villes américaines votent majoritairement pour les Démocrates alors que les électeurs des zones ou des États ruraux votent pour les Républicains qui sont massivement soutenus par la National Rifle Association (NRA). Opposer les régions contre Montréal nous mène à une fracturation sociale dont nous n’avons pas besoin.

L’émotivité

Posséder une arme à feu au Canada est un privilège. Ainsi en est-il pour les automobilistes. Puisque toutes les voitures ont une plaque d’immatriculation, pourquoi en serait-il autrement pour une arme à feu? Dans un cas comme dans l’autre, il s’agit de sécurité publique. « Je suis un chasseur, de dire le maire Pierre-David Tremblay de La Tuque. La loi ne me brime pas. Ça prend 20 minutes pour enregistrer mes armes, ça ne coûte rien. J’ai inscrit mes armes. »

Martin Francoeur du journal Le Nouvelliste résume très bien la situation en disant que : « Le registre des armes à feu sert à réduire les risques de tragédies comme celle de la mosquée de Québec, de Polytechnique, de Dawson. Ce n’est pas vrai qu’il faut réduire le débat à des phrases creuses comme celles qu’on entend chez nos voisins du sud: «le problème n’est pas l’arme à feu, mais la personne qui la manipule». Ce n’est pas vrai qu’il s’agit d’un débat exclusivement émotif. Ce n’est pas vrai, non plus, que c’est un débat entre la métropole et les régions. 

Il est établi que les procédures d’enregistrement et les systèmes de permis ont un impact direct sur la circulation (et l’usage) des armes à feu. Il faut aussi rappeler aux élus qui viennent de se réveiller que le registre a reçu l’appui des instances policières, de l’Institut national de santé publique du Québec et d’une large proportion de la population québécoise (dans toutes les régions), selon un sondage (Léger) dévoilé par PolySeSouvient. »

Responsabilisation commune

Les lois ont pour ultime but de favoriser l’épanouissement et la protection du citoyen. À cet égard, il n’y a pas de différence entre les milieux urbains et ruraux, et il n’y a donc aucune raison pour ne pas unir nos forces en faveur d’une société responsable où les propriétaires d’armes, aussi bien dans les centres urbains qu’en régions, s’engagent à entreposer, enregistrer et manipuler de façon sécuritaire leurs armes dans le but premier de protéger les vies. Des irritants, il y en aura toujours, tout comme c’est le cas pour les règlements de conduite sur les routes.

Contrairement à la pensée de certains groupes d’amateurs d’armes, cette loi n’associe pas les honnêtes propriétaires d’armes avec les criminels, tout comme l’enregistrement des voitures ne cible pas les conducteurs consciencieux.

Les adeptes de la chasse sportive font déjà beaucoup d’efforts pour se conformer aux lois en vigueur. Ils ont notre admiration. Cette responsabilisation doit s’étendre à toutes les nations amérindiennes qui peuvent, en accord avec leur mode de vie, se doter de moyens efficaces pour régulariser le maniement et l’utilisation d’armes à feu au sein de leur communauté. Après tout, le registre fédéral qui était en vigueur pendant une douzaine d’années s’appliquait aussi auprès de ces communautés.

Investissement en santé mentale.

Par ailleurs, d’où vient la soudaine passion du mouvement « Tous contre un registre des armes » (TCRQ) en faveur de plus d’investissements en santé mentale? Où sont tous ces gens lorsque les intervenants en santé mentale critiquent, budget après budget, le manque de financement adéquat? Ce n’est que dans le cadre de leur opposition au registre qu’ils se préoccupent de cet enjeu, et jamais en collaboration avec les experts et associations pour la santé mentale.

Selon un collectif en prévention du suicide et santé mentale, les propriétaires d’arme sont des acteurs importants du fait que l’enregistrement de leurs armes est une façon d’agir pour prévenir le suicide. Bien que des voix s’élèvent actuellement contre le registre des armes à feu et réclament que les sommes qui lui sont investies soient plutôt consacrées à la santé mentale, les études démontrent que la présence d’une arme dans la maison est un facteur de risque beaucoup plus élevé que les troubles mentaux. En fait, elle multiplie par cinq les risques de suicide.

Mieux encore, une nouvelle étude de l’Université du Texas rendue publique la semaine dernière conclut que « la majorité des symptômes en santé mentale ne sont pas liés aux armes à feu. (…) C’est plutôt l’accès à ces armes qui est la principale cause de violence mortelle. Ces recherches auront dorénavant une implication importante sur les efforts déployés pour un contrôle des armes (aux États-Unis). »

Une question de valeurs

Enfin, selon le chroniqueur Michel David du journal Le Devoir, « D’une certaine façon, le registre, créé au départ à la suite des pressions des survivantes et des familles des victimes de 1989, fait maintenant partie de l’identité québécoise et reflète nos valeurs. (…) Même si les modalités d’enregistrement sont très simples et qu’il n’y a aucuns frais, bon nombre de chasseurs et d’agriculteurs voient dans le registre une attaque contre leurs propres valeurs et ne voient pas en quoi ils représentent la menace que celui-ci prétend éliminer. Plus qu’une simple incompréhension, il semble y avoir un conflit entre les valeurs de la majorité et celles d’une minorité. »

Pourtant, n’avons-nous pas en commun le désir de protéger des vies? Ne sommes-nous pas tous, chasseurs ou non, des gens responsables et respectueux des lois? C’est sur cette base d’intérêts collectifs que nous formerons véritablement une « société distincte ».

LIENS

Par Jacques Gauthier, écrivain

Quand arrive le 6 décembre, c’est inévitable, je me rappelle la tuerie de l’École polytechnique de Montréal. C’était en 1989, j’avais rencontré à la maison, quelques mois avant la tragédie, Annie St-Arneault, âgée de dix-huit ans, sœur de mon ami Serge, missionnaire d’Afrique. Elle sera tuée avec treize jeunes femmes par Marc Lépine, blessant quatorze autres personnes, avant de se suicider.Vingt-neuf ans plus tard, je me souviens. Chaque année, nous commémorons ce triste événement, pour ne pas oublier l’inoubliable? La blessure ne se referme pas aisément au cœur des amis et des familles qui sont proches des victimes. Ce devoir de mémoire est vital; il permet de ne pas oublier et il suscite désengagements comme celui d’un meilleur contrôle des armes à feu. Je dédie ce poème à mes quatorze sœurs à peine éteintes.

L’étudiante du 6 décembre

fixe l’horizon qui s’assombrit 

larmes de sang sur la neige

le tireur marque le pas

fauchant dans l’ombre

des fleurs à peine écloses

Le soir frisquet tombe

retour à la demeure du cœur 

l’aumône d’un requiem

ferveur des respirations

chant fraternel et silencieux

des fruits à peine ouverts

Tant de peurs et de cris

transmis de mères en filles

les armes s’entrechoquent

on entend l’écho des pleurs

ces secrets qui s’échappent

des vies à peine mûries

L’Avent presse le jour

brûle avec l’encens

le cortège s’arrête

cierges à la main

la cire fondue au feu

des âmes à peine éteintes 

Pour aller plus loin: voir le site Polysesouvient et celui de Serge St-Arneault.
Lire aussi sur le blogue de Jacques Gauthier : La tuerie de Newtown.

Un meilleur contrôle des armes à feu exigé

TVA Nouvelles, PolySeSouvient, Publié le 3 décembre 2018 à 13:43

Conférence de presse 3 décembre 2018 Ottawa 4

Le groupe PolySeSouvient, s’est rendu à Ottawa lundi pour rappeler l’urgence d’adopter un plus grand contrôle des armes à feu. Il dénonce que le projet de loi C-71, présenté au début de l’année, ne soit toujours pas en vigueur.

À la veille du 29e anniversaire de la tragédie de Polytechnique, le groupe craint que le lobby contre le contrôle des armes à feu ne fasse pression sur les sénateurs.

«Ne faites pas de compromis et montrez aux députés comment on se tient debout quand on n’a pas peur du lobby des armes», a affirmé Serge St-Arneault, frère d’une victime de Polytechnique, en s’adressant aux sénateurs.

De plus, PolySeSouvient estime que ce projet de loi ne va pas assez loin et que des amendements sont nécessaires.

L’Actualité

Contrôle des armes : pression sur le Sénat pour adopter C-71

Mélanie Marquis, La Presse canadienne, 3 décembre 2018

OTTAWA — Les sénateurs doivent ignorer le «très bruyant» lobby pro-armes et adopter sans plus tarder le projet de loi C-71, implorent des représentants de groupes qui militent pour un meilleur contrôle des armes à feu.

Cinq d’entre eux étaient à Ottawa lundi pour déplorer la lenteur du processus d’adoption de la mesure législative déposée il y a plus de sept mois. Adoptée aux Communes le 24 septembre dernier, elle n’a pas encore franchi l’étape de la deuxième lecture au Sénat.

«Le lobby des armes au Canada est bien organisé, bien financé et très bruyant. Nous avons constaté leur influence sous les conservateurs», a exposé en ouverture la porte-parole du groupe Polysesouvient, Heidi Rathjen.

Elle a évoqué l’influence de ce lobby pour expliquer la progression qu’elle juge trop lente de C-71: «On sait que les sénateurs ont été noyés dans des courriels, des appels, des lettres, contre le projet de loi».

Or, les sénateurs sont nommés; ils ne sont donc pas soumis aux mêmes pressions que les députés qui cherchent à se faire réélire, a argué à ses côtés Serge St-Arneault, le frère d’Annie, tombée sous les balles du tireur de Polytechnique le 6 décembre 1989.

Il a ainsi mis au défi les membres de la chambre haute. «Priorisez la sécurité publique. Ne faites pas de compromis. Et montrez aux députés comment on se tient debout quand on n’a pas peur du lobby des armes», a-t-il lancé.

Pas de compromisLe président de la mosquée de Québec, Boufelda Benabdallah, s’est aussi adressé aux sénateurs.

«Je le rappelle aux nobles et aux gentils sénateurs, en dedans de deux minutes, c’est plusieurs vies qui sont parties, c’est plusieurs blessés», a-t-il déclaré au micro, faisant référence à l’attentat qui a été perpétré le soir du 29 janvier 2017.

Armes de poing et d’assaut

On croise aussi les doigts pour que gouvernement de Justin Trudeau bouge rapidement dans le dossier des armes de poing et d’assaut, dont on envisage une interdiction.

Autrement, les libéraux auront rompu un engagement contenu dans leur plateforme électorale de 2015, a insisté Heidi Rathjen.

«C’est une promesse électorale pour le mandat présent. Les libéraux ont promis de sortir de nos rues les armes de poing et les armes d’assaut», a-t-elle fait valoir.

Le gouvernement a lancé en octobre dernier une consultation sur cet enjeu.

La démarche arrive «très tard dans le processus», mais «c’est techniquement possible d’avoir des changements avant les prochaines élections», a suggéré Mme Rathjen.

Pratte veut rassurer

Le sénateur indépendant André Pratte, qui parraine le projet de loi au Sénat, dit comprendre le sentiment d’urgence exprimé lundi, mais il juge que C-71 progresse somme toute assez bien.

Il est confiant que la mesure législative sera envoyée en comité avant le congé des Fêtes, et qu’elle sera adoptée à l’hiver ou au printemps.

«C’est sûr qu’on s’impatiente, et que ça concerne la vie des gens, donc on voudrait tous que ce soit adopté le plus rapidement possible et que ce soit le régime le plus fort possible», a-t-il dit.

Selon lui, le projet de loi jouit d’un très bon appui dans le camp des sénateurs indépendants. En revanche, dans les banquettes conservatrices, on est «fermement opposé», a-t-il convenu.

Le sénateur Pratte a par ailleurs confirmé que le lobby pro-armes s’est «beaucoup activé» en «inondant» de courriels et de lettres les membres de la chambre haute.

«Ils ont même publié un livre à ce sujet-là, « The Bill C-71 Book », alors ils ont travaillé très fort», a-t-il illustré.

Au bureau du sénateur Peter Harder, représentant du gouvernement au Sénat, on a soutenu que C-71 «continue d’être une priorité au Sénat» et qu’il «est d’une grande importance pour les sénateurs, considérant le nombre de discours à ce sujet».

Amendements: Goodale sceptique

En même temps qu’ils réclamaient l’adoption rapide de C-71, les représentants des groupes venus à Ottawa priaient les sénateurs de le «renforcer» avec trois amendements.

Le ministre de la Sécurité publique, Ralph Goodale, a dit craindre que l’ajout d’amendements puisse retarder l’adoption du projet de loi.

«À ce moment-ci du processus, il serait potentiellement très difficile de rouvrir le projet de loi dans le sens que cela retarderait (l’adoption)», a-t-il exposé en mêlée de presse, lundi.

Le ministre n’a toutefois pas voulu se prononcer sur les amendements en tant que tels, n’ayant pas eu le temps d’en prendre connaissance au moment de répondre aux questions des médias.

Trois modifications ont été présentées lundi par les représentants des groupes qui militent pour un contrôle plus serré des armes à feu.

Ils réclament notamment de rétablir des contrôles sur les ventes privées et de «permettre l’accès facile et rapide» aux données sur les ventes d’armes pour les autorités policières.

Autres liens :

Contrôle des armes à feu: «Ne faites pas de compromis»

Contrôle des armes - Le Nouvelliste

Serge St-Arneault (à gauche) était à Ottawa, accompagné de représentants de groupes qui militent pour un meilleur contrôle des armes, pour déplorer la lenteur du processus législatif. Photo : Presse Canadienne, Sean Kilpatrick

LA TUQUE — «Nous avons le sentiment que les choses traînent depuis un certain temps. On veut rappeler aux membres du Sénat l’urgence de cette loi.» Le Latuquois Serge St-Arneault, qui a perdu sa sœur Annie lors de la tragédie de Polytechnique, s’est rendu aux côtés de plusieurs représentants de groupes qui militent pour un meilleur contrôle des armes, lundi, à Ottawa pour déplorer la lenteur du processus législatif. À la veille du 29e anniversaire de la tuerie de Polytechnique, les sénateurs se font presser d’adopter le projet de loi sur le contrôle des armes à feu.

(…) « Constamment, on doit revenir pour parler de la question des armes à feu. C’est la nécessité qui nous oblige à venir ici, ce n’est pas parce qu’on le veut vraiment. On n’est pas un club qui se réunit pour le plaisir de se réunir. On vient ici parce qu’il y a une cause à défendre», soutient Serge St-Arneault.

La porte-parole du groupe Polysesouvient, Heidi Rathjen, considère le projet de loi comme «un strict minimum», mais elle souhaite le voir adopté «le plus rapidement possible».

Elle n’a pas trop voulu spéculer sur les raisons qui expliquent cette progression qu’elle juge trop lente, mais elle a pointé du doigt le lobby pro-armes.

Mais les sénateurs sont nommés, et ne sont donc pas soumis aux mêmes pressions que les députés qui cherchent à se faire réélire, ont argué tour à tour les représentants des groupes. Serge St-Arneault les a donc mis au défi.

«Ne faites pas de compromis. Et montrez aux députés comment on se tient debout quand on n’a pas peur du lobby des armes», a plaidé M. St-Arneault.

Ce dernier soutien également les chasseurs n’ont rien à craindre de cette loi.

«Ce que l’on dénonce c’est la vente, pratiquement libre sur le marché, d’armes d’assaut, d’armes de guerre, d’armes militaires… Ce type d’armes peut être vendu pratiquement sans contrôle. C’est une aberration. (…) Les chasseurs n’utilisent pas des armes d’assaut pour aller à la chasse. Ce serait complètement stupide. On ne tue pas un orignal avec une mitraillette. Il faut être logique. Cette loi est pour protéger la population», note M. St-Arneault. (…)

Le Latuquois Serge St-Arneault a également invité la population à se manifester afin de soutenir leur démarche.

«On invite les gens à soutenir notre cause et militer pour un meilleur contrôle des armes à feu et retirer surtout du marché légal, la vente d’armes d’assaut et de poings qui sont de portée militaire», a-t-il lancé. (…)

Contrôle des armes à feu: pression sur le Sénat

Contrôle des armes: pression sur le Sénat pour adopter le projet de loi

Pression sur le Sénat pour un meilleur contrôle des armes

Pression sur le Sénat pour adopter le projet de loi sur le contrôle des armes

Contrôle des armes à feu: le Sénat se fait presser d’adopter le projet de loi

Survivors implore Senate to pass gun reform bill despite ‘loud’ lobby resistanceederal firearms bill

 

Gun control activists impatient with process to pass government’s firearms bill

Vidéo de la conférence de presse

Gun control 'do not compromise'

Des proches de victimes des tueries survenues à l’école Polytechnique et à la grande mosquée de Québec lancent un cri du cœur pour un meilleur contrôle des armes à feu. https://twitter.com/icimontreal/status/1069615736081903623

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La fondatrice de PolySeSouvient, Heidi Rathjen, le président de l’Association des étudiants de Polytechnique, Manuel Klaseen, et la présidente de la Confédération pour le rayonnement étudiant en ingénierie au Québec, Wendy Vasquez. PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE

Publié le 25 octobre 2018

ISABELLE GRIGNON-FRANCKE, La Presse

Des associations de victimes de tueries craignent que les élections fédérales à venir ne reportent la réalisation des engagements du gouvernement Trudeau à interdire les armes d’assaut et de poing. Elles ont souligné leur impatience à leur sortie d’une rencontre avec des représentants du ministère de la Sécurité frontalière et de la Réduction du crime organisé, ce matin à Montréal.

En août 2018, Trudeau dépêchait le ministre Blair d’étudier la question. « Vous devrez vous pencher sur la possibilité d’interdire complètement les armes de poing et les armes d’assaut au Canada, sans entraver l’utilisation légitime d’armes à feu par les Canadiens », précisait la lettre de mandat envoyé au ministre Bill Blair.

En mars dernier, le projet de loi C71 présenté n’incluait pas de clause interdisant complètement les armes d’assaut et de poing, le statut de certaines d’entre elles est maintenu comme armes à « autorisation restreinte ». Une consultation a été lancée après les fusillades de Fredericton et de Toronto cet été. Cette rencontre était la troisième d’une série de 8 rencontres menées par le gouvernement.

« Il y a un dialogue, mais ce n’est pas fini! Nous ne sommes pas dans un pays de guerre, les armes de poing doivent être prohibées! », a souligné M.  Boufeldja Benabdallah, cofondateur de la mosquée de Québec. Il a martelé l’importance d’éduquer les plus jeunes au danger des armes à feu. Il s’est également indigné de la répétition des tueries et de l’« inaction des gouvernements » depuis la tuerie de Polytechnique en 1989.

Un lobby puissant    

« Je pense que les Canadiens ne réalisent pas à quel point le lobby est puissant au Canada », a souligné Heidi Rathjen, Fondatrice de PolySeSouvient et témoin du massacre de ses consœurs.

Elle a souligné l’adhésion de la majorité de l’opinion publique à des mesures d’interdiction des armes d’assaut et de poing, soulignant que ceux qui s’y opposent ne sont que « la minorité de la minorité qui ont des intérêts personnels, idéologiques et financiers. »

Milieu scolaire   

Des associations étudiantes étaient également sur place pour souligner leur désir de maintenir les campus sans armes. « On a peur pour la communauté étudiante, pour nos campus. On pense que ça a pas de bon sang que ça soit accessible aussi facilement », affirme Manuel Klaseen, Président, Association des étudiants de Polytechnique.

Les armes à feu ont également été pointées du doigt comme des outils permettant le suicide dans les milieux étudiants.

Accès et législation   

Depuis le démantèlement du régime des armes à feu, en 2012 par le gouvernement Harper, les armes sans restriction ne sont enregistrées dans aucune des provinces canadiennes, sauf le Québec. Le Québec dispose d’un système d’immatriculation des armes à feu, qui n’encadre que les armes d’épaules, comme celles utilisées pour la chasse.

Les solutions proposées concernent l’enregistrement des armes à feu, leur reclassification entre les diverses catégories d’accès, des formations plus exhaustives et le suivi des personnes possédant un permis de port d’arme.

« Il y a des armes restreintes qui devraient être interdites, avec lesquelles on a vu des massacres. Il y a même des armes non-restreintes comme le Ruger Mini-14, qui a tué mon épouse, qui est encore non-restreinte! », explique Jean Françoise Larrivée, époux d’une des victimes de Polytechnique.

Journal La Presse, publié le 24 octobre 2018 à 18h39 | Mis à jour à 18h39

SIDHARTHA BANERJEE, La Presse Canadienne, Montréal

Des groupes représentant les survivants et les familles des victimes de fusillades meurtrières survenues au Québec depuis trente ans remettent en question l’engagement du gouvernement Trudeau à éliminer les armes de poing et les armes d’assaut, alors que se tient une consultation en privé à Montréal, à un an des élections.

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Le projet de loi C-71, déposé en mars dernier pour modifier la législation canadienne sur les armes à feu, prévoit une vérification accrue des antécédents avant l’obtention d’un permis d’armes à feu, et la conservation obligatoire de ces dossiers par les vendeurs. Le projet de loi n’interdit pas les armes de poing et les armes d’assaut. PHOTO KEVIN FRAYER, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Des partisans du contrôle des armes à feu ayant des liens avec l’École polytechnique, le Collège Dawson et le Centre culturel islamique de Québec – qui ont tous connu des tueries sanglantes – ont accepté de rencontrer jeudi à huis clos des représentants du gouvernement libéral de Justin Trudeau. Mais ils craignent qu’il ne soit trop tard pour accomplir quoi que ce soit à ce moment-ci du calendrier électoral.

Heidi Rathjen, coordinatrice de l’organisme PolySeSouvient, craint que les libéraux ne reportent ce « dossier controversé » après les prochaines élections, alors qu’ils avaient promis en campagne électorale, en 2015, d’interdire les armes de poing et les armes d’assaut.

« La dernière année avant les élections, on se retrouve avec une consultation, note Mme Rathjen, qui a été elle-même témoin de la tuerie de Polytechnique en 1989. Pourtant, le projet de loi qui a été déposé en lien avec cette promesse ne touche en rien l’accès légal à ces types d’armes à feu. Et c’est seulement après les tueries de Fredericton et de Toronto, cet été, que le gouvernement lance une consultation. »

Le projet de loi C-71, déposé en mars dernier pour modifier la législation canadienne sur les armes à feu, prévoit une vérification accrue des antécédents avant l’obtention d’un permis d’armes à feu, et la conservation obligatoire de ces dossiers par les vendeurs. Le projet de loi n’interdit pas les armes de poing et les armes d’assaut.

« On a vu ce qui s’est passé tout récemment à la mosquée de Québec, plaide Mme Rathjen. Un individu qui était propriétaire légal d’armes de poing et d’armes d’assaut, qui était membre d’un club de tir, a décidé que, pour les raisons qu’il avait, de faire du mal à beaucoup de personnes – six morts et plusieurs blessés graves en moins de deux minutes. »

« Suffisamment de tragédies »

Le ministre de la Sécurité frontalière et de la Réduction du crime organisé, Bill Blair, n’a annoncé que ce mois-ci les consultations à huis clos, sur invitation seulement. Il souhaite que ces consultations soient achevées d’ici la fin de l’année, et qu’un rapport soit publié au début de 2019 – donc à quelques mois du déclenchement des élections générales.

Pour Boufeldja Benabdallah, cofondateur de la mosquée de Québec, où six fidèles ont été abattus en janvier 2017, l’interdiction des armes de poing et des armes d’assaut est essentielle. M. Benabdallah avait écrit en mai au premier ministre Trudeau pour exprimer sa déception devant le contenu du projet de loi C-71. Il estime que le Canada a connu suffisamment de tragédies pour que les législateurs trouvent les motifs d’agir.

Trudeau avait demandé au ministre Blair d’envisager une possible interdiction de ces armes après une série de fusillades meurtrières cette année, dont l’attentat dans le quartier grec de Toronto en juillet, au cours duquel une femme de 18 ans et une fille de 10 ans ont été tuées, et 13 autres personnes ont été blessées.

Les conseils municipaux de Montréal et de Toronto ont demandé à Ottawa d’interdire les armes de poing et les armes d’assaut. Mais les opposants à cette interdiction – y compris les conservateurs à Ottawa – soutiennent qu’elle ne contribuerait guère à améliorer la sécurité publique.

Mme Rathjen indique par ailleurs que les intervenants ont été prévenus environ une semaine à l’avance de la consultation fédérale, empêchant ainsi certains experts d’y participer.

« Ça fait 29 ans, maintenant, qu’on demande l’interdiction des armes d’assaut, plaide-t-elle. On espère qu’enfin, compte tenu de toutes les tragédies dont on a été témoins dans le passé – et tout dernièrement -, le gouvernement va prendre la part de l’intérêt public au lieu de céder devant le lobby des armes, aussi puissant soit-il. »

Liens : Contrôle des armes à feu

01 Ottawa 22 mai 2018Les belles tulipes étalées sur les parterres longeant les rues de la capitale n’ont pas modifié le ciel gris d’Ottawa qui se reflétait dans le local du Comité Permanent de la Sécurité Publique et Nationale situé au 197 rue Sparks. En présence des parlementaires qui représentaient leurs partis politiques d’affiliation, la Commission nous avait convoqués pour 11h00 le 22 mai 2018 afin d’entendre notre point de vue dans la foulée du projet de loi C-71 sur le contrôle des armes à feu.

Les armes d’assaut ont non seulement été les principales armes à feu récemment utilisées dans les fusillades de masse au États-Unis, mais il en fut de même lors des tragédies que nous avons connues au Canada tel qu’à la Polytechnique en 1989, au Collège Dawson en 2006, au Métropolis à Montréal en 2012, sans oublier la tuerie à la mosquée de Québec l’année dernière.

Malgré le fait que 80% des Canadiens, y compris la majorité des propriétaires d’arme à feu, sont en faveur d’une interdiction de la vente d’armes d’assaut au Canada, le projet de loi C-71 n’aborde pas cette question. Clairement, aux dires du ministre de la Sécurité publique, Ralph Goodale, un autre projet de loi différent du C-71 devra être présenté aux Communes pour traiter du bannissement des armes d’assaut.

«S’il vous plaît, s’il vous plaît. Aidez-nous, aidez-nous, et aidez la société à ce que ce genre d’arme d’assaut, de guerre ne soit pas dans ce pays. C’est pour le bien de toute la société.» Ce cri du cœur lancé par Boufeldja Benabdallah aux élus aura-t-il été inutile?

Contre les armes d'assaut Radio-Canada nouvelles

Daniel Thibeault, journaliste

Le lobby des armes à feu au Canada est politiquement influent. Les députés sont, semble-t-il, inondés de messages provenant de leurs sympathisants. Le plus troublant est de constater que le public présuppose que notre pays est mieux protégé qu’aux États-Unis en ce qui concerne la vente d’armes à feu. Pourtant, aux dires d’Hélène Buzzetti dans un long article publié dans le journal Le Devoir du 4 mai; obtenir un permis d’armes à feu est d’une facilité désarmante. Les autorités se fient à la bonne foi des demandeurs et croisent les doigts en espérant que les médecins leur signaleront les cas à risque.

En vérité, il est légalement possible d’acheter dans notre pays une arme d’assaut de type militaire sans restriction, c’est-à-dire sans qu’il soit possible de retrouver leurs propriétaires. Le projet de loi C-71 n’aborde pas ce point précis, mais s’adresse seulement à des considérations techniques secondaires telles que le rôle de la Gendarmerie Nationale et l’application de la loi.

Ironiquement, au même moment où se tient ce débat, selon un article publié par Olivier Robichaud dans le Huffpost le 23 mai, le Service de police de la Ville de Laval et de Longueuil est en voie d’offrir des armes d’assaut à leurs patrouilleurs. Cela ne semble pas encore être le cas pour le SPVM à Montréal où seuls les groupes d’intervention tactiques en possèdent une quarantaine.

Sommes-nous en train de créer une psychose sociale aux allures étasuniennes? Le danger accroît avec l’usage du tabac, c’est connu. La prolifération des armes à feu de type militaire n’annonce rien de bon pour les Canadiens incluant les honnêtes propriétaires d’armes à feu consciencieux, responsables dans le maniement de leurs armes et respectueux des lois. Ceux-ci n’utilisent pas d’armes d’assaut pour la chasse au gibier!

La raison ne semble pas prévaloir à ce chapitre. La question de l’accessibilité d’armes d’assaut doit se restreindre aux militaires. C’est pourtant simple! Qu’est-ce qui nous empêche en tant que société qui aspire à vivre en sécurité de mettre hors la loi la vente libre d’armes de guerre? Ce n’est certainement pas la prolifération de ces armes qui assurera une plus grande protection civile. L’exemple de nos voisins américains n’est-il pas suffisant?

Sans trop nous en rendre compte, assistons-nous à une forme lente et sournoise d’acceptabilité sociale de vente libre d’armes d’assaut sans mécanisme de contrôle?

Serge St-Arneault, Membre de Polysesouvient

07 Ottawa 22 mai 2018

Membres présents lors de l’audience au local du Comité Permanent de la Sécurité Publique et Nationale : Heidi Rathjen, Coordonatrice de PolySeSouvient, Michel LeRoux, père du policier Thierry LeRoux abattu à Lac-Simon, Boufeldja Banabdallah, président et cofondateur du Centre culturel islamique de Québec, Nizar Ghali et Mohamed Khabar, survivants de la tragédie à la Mosquée de Québec, Nathalie Provost, survivante de la Polytechnique le 6 décembre 1989, Serge St-Arneault, frère d’Annie St-Arneault assassinée à la Polytechnique de Montréal, Alison Irons, mère de Lindsay qui a été tuée par une arme à feu à Bracebridge, Ontario, en avril 2013, Manuel Klassen, président de l’Association des Étudiants de Polytechnique, Wendy Vasquez, présidente de la Confédération pour le Rayonnement des Étudiants en Ingénierie au Québec, Jade Karim, Coordonnateur à la mobilisation de l’union Étudiante du Québec, Alexandra Laberge, représentante de la Fédération des Femmes du Québec (vidéo conférence), Hélène Thibault, diplômée de Polytechnique et membres de PolySeSouvient, Jérôme Goudreault, directeur, Association Québécoise de prévention du Suicide, et plusieurs autres étudiants de la Polytechnique de Montréal.

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Assault weapons in Canada

Armes d'assaut dans le journal Le Soleil

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