Archives du mot-clé Contrôle des armes à feu

Québec déclenche un Carcajou 2,0 à l’échelle provinciale

(Montréal) Ajout de 110 nouvelles ressources dont plus de 70 policiers, 90 millions de plus versés à la Sûreté du Québec (SQ), à des corps de police municipaux et au Laboratoire de sciences judiciaires et de médecine légale, des agents de renseignements dans les réserves autochtones de Kahnawake et d’Akwesasne, le retour de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) au sein des escouades mixtes : Québec lance l’opération Centaure, une ambitieuse stratégie nationale de lutte aux armes à feu qui s’attaquera en priorité aux fournisseurs d’armes pour ne pas que Montréal devienne un autre Toronto.

DANIEL RENAUD et PHILIPPE TEISCEIRA-LESSARD, LA PRESSE, 24 septembre 2021

« C’est une force de frappe sans précédent. La violence liée aux armes à feu qui inquiète les citoyens et nos familles, c’est assez. À l’époque de la guerre des motards, l’escouade Carcajou, c’était 44 enquêteurs et 10 millions. Ce qu’on annonce aujourd’hui, c’est beaucoup plus important. C’est l’opération ultime de la lutte aux armes à feu », a déclaré la ministre de la Sécurité publique du Québec, Geneviève Guilbault.

Mme Guilbault a fait l’annonce de cette nouvelle stratégie nationale vendredi matin au Palais des congrès de Montréal, entourée de la ministre responsable de la métropole, Chantal Rouleau, de la directrice de la SQ, Johanne Beausoleil, du directeur du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) Sylvain Caron, du président de l’Association des directeurs de police du Québec et directeur du Service de police de Laval, Pierre Brochet, et de plusieurs représentants de corps de police municipaux et autochtones.

Selon cette nouvelle stratégie, toutes les escouades mixtes actuellement en place pour lutter contre le crime organisé, telles l’Escouade nationale de répression du crime organisé (ENRCO) et les escouades régionales mixtes (ERM), et les équipes de lutte contre les stupéfiants et les armes que l’on retrouve déjà dans les villes, comme celles du SPVM, seront mises à contribution pour lutter contre les armes à feu, sous la supervision de la Sûreté du Québec.

L’équipe intégrée de lutte aux armes à feu (EILTA) est fusionnée à cette structure déjà existante pour s’attaquer principalement aux importateurs et aux fournisseurs d’armes à feu au Québec.

La Sûreté du Québec reçoit 74 des 90 millions supplémentaires annoncés vendredi matin. Avec cette somme, elle ajoutera plus de 60 policiers dans la lutte contre les armes à feu, dont un nouveau groupe tactique d’intervention (GTI). Les polices de Longueuil et de Laval recevront également quelques millions et pourront embaucher des policiers.

Le Laboratoire de sciences judiciaires et de médecine légale recevra 15 millions et pourra embaucher 15 employés, lui qui a de la difficulté à répondre aux demandes d’expertises pour toutes les armes à feu saisies au cours des derniers mois et années.

Avec la collaboration des corps de police locaux (Peacekeepers), un agent de renseignements sera en poste dans chacune des réserves d’Akwesasne et de Kahnawake, par où transitent beaucoup d’armes à feu illégales qui se retrouvent dans les rues de Montréal. C’est la première fois que les corps de police de ces deux réserves participent à une stratégie provinciale de lutte contre le crime organisé d’une telle envergure.

La police provinciale de l’Ontario, le Département de la sécurité intérieure des États-Unis et même les services frontaliers américains participent à l’Opération Centaure.

Les candidats à la mairie satisfaits

Même si l’essentiel des fonds annoncés vendredi matin ira à la SQ plutôt qu’au SPVM, les deux principaux candidats à la mairie de Montréal se sont dits satisfaits par l’annonce de Québec.

« Je suis très contente, a dit Valérie Plante, en marge d’une annonce électorale dans l’est de Montréal. Je vois ça d’un très bon œil que le gouvernement du Québec décide d’investir pour protéger les frontières, pour être beaucoup plus proactif. On y arrivera pas seuls. »

« Le fait que tous les corps policiers travaillent ensemble – dont ceux qui se trouvent sur des réserves autochtones – c’est une très très bonne nouvelle », a-t-elle ajouté.

La mairesse Plante ne participait pas à l’annonce de ce matin. Elle a expliqué qu’en campagne électorale municipale, le gouvernement du Québec préfère ne pas s’afficher aux côtés d’un des candidats.

« Je me réjouis de l’annonce du gouvernement du Québec qui se mobilise pour enrayer la violence par armes à feu », a réagi Denis Coderre dans une déclaration transmise par écrit. « Encore une fois, la Ville n’assume aucunement son leadership en matière de lutte contre la violence. Cette stratégie nationale démontre l’urgence d’agir pendant que la mairesse Plante se met la tête dans le sable. »

« Il y a une disproportion inquiétante entre la répression et la prévention dans l’approche de la ministre Guilbault. La ministre vient de mettre plus de 90 millions sur la table pour soutenir les corps policiers, mais n’a annoncé aucune nouvelle somme pour soutenir le milieu communautaire et les intervenants qui travaillent auprès des jeunes. C’est incompréhensible », a pour sa part déclaré le député de Laurier-Dorion Andrés Fontecilla, de Québec solidaire.

« L’augmentation des actes de violence commis au cours des derniers mois est assez inquiétante. C’est pourquoi on ne peut que saluer la présente stratégie gouvernementale qui permettra notamment de mieux outiller nos corps policiers et surtout d’agir en amont et en étroite collaboration avec nos organismes communautaires. », a notamment réagi le président de l’Union des municipalités du Québec et maire de Gaspé, Daniel Côté.

Sur Twitter, la Fraternité des policiers et policières de Montréal a salué « le leadership et la vision de la ministre de la Sécurité publique et du gouvernement du Québec dans la lutte contre la violence par armes à feu, une stratégie porteuse laissant espérer des résultats notables ».

Pour joindre Daniel Renaud, composez le 514 285-7000, poste 4918, écrivez à drenaud@lapresse.ca ou écrivez à l’adresse postale de La Presse.

L’AJOUT DES RESSOURCES

Sûreté du Québec : 74 millions

  • 78 policiers et civils
  • Un nouveau groupe tactique d’intervention
  • Des civils en soutien aux enquêtes

Service de police de Laval : 5,2 millions

  • 5 enquêteurs

Service de police de l’agglomération de Longueuil : 3 millions

  • 4 enquêteurs

QUELQUES CHIFFRES

Selon la SQ, 29 % des armes à feu illégales saisies au Québec proviennent de la province et 44 % de l’extérieur du Québec et de l’Ontario

Selon une compilation de La Presse, au moins 96 évènements de coups de feu étaient survenus à Montréal cette année, au 9 septembre.

Selon le SPVM, 400 armes à feu ayant servi à des crimes avaient été saisies à Montréal cette année, au 31 août dernier.

Centaure est un acronyme formé des mots : Coordination, efforts, national, trafic, arme, unifiée, répression et enquête

Justin Trudeau répond à vos questions

Harcèlement sexuel dans l’armée, PCRE, rachat des armes d’assaut, hydro-électricité : l’équipe éditoriale de La Presse a profité d’une rencontre avec le chef du Parti libéral du Canada pour lui poser vos questions. Celles-ci avaient été récoltées lors d’un appel à tous, auquel vous avez répondu en grand nombre. Voici les réponses.

Publié le 17 septembre 2021 dans La Presse

Vous dites que le problème du harcèlement dans l’armée vous préoccupe, alors pourquoi n’avez-vous pas mis en application les excellentes recommandations de Marie Deschamps au lieu de reporter le problème en nommant Louise Arbour pour faire le même travail ?

Réal Thuot, Saint-Jean-sur-Richelieu

Justin Trudeau : On a implanté plusieurs des recommandations de Mme Marie Deschamps, mais ça prend des changements profonds. Il n’y a aucun doute qu’on doive transformer nos forces armées, mais comment le faire de la bonne façon ? C’est ce que j’ai demandé à Mme Arbour de regarder. Je peux vous dire qu’on va absolument amener toutes les recommandations qu’elle met de l’avant. Ce sont des changements de fond qui vont faire la différence.

Alors qu’il manque de main-d’œuvre partout, comment pouvez-vous justifier la continuité de la PCRE ?

Gilles Carrière

J. T. : D’abord la pénurie de main-d’œuvre a été aggravée par la pandémie, mais elle existait bien avant. La PCRE est rendue à 300 $ par semaine, c’est moins que ce que gagnerait quelqu’un qui travaille toute une semaine au salaire minimum, donc ce n’est pas ce qui empêche les gens de travailler. De plus, il y a encore bien des industries – je pense aux artistes ou au milieu touristique – qui n’ont pas repris le cours des choses et on continue à les appuyer. Mais il y a aussi des gens qui ont pris cette année et demie pour réfléchir au genre de travail ou de carrière qu’ils voulaient. Ils ont repris leurs études ou cherché d’autres pistes. C’est pour cette raison qu’on veut augmenter l’immigration – pour compenser la période où les frontières étaient fermées. On va aussi investir dans la formation pour que les gens aient de meilleurs emplois.

Qu’est-il arrivé de la promesse officielle d’exiger le rachat sans condition par le gouvernement de toutes les armes d’assaut à travers le Canada ? Voilà maintenant presque 32 ans que nous demandons cette mesure élémentaire pour la sécurité des Canadiennes et des Canadiens.

Suzanne Laplante Edward, mère d’Anne-Marie Edward (1968-1989)

J. T. : On l’a fait l’année passée, on a banni les armes d’assaut. On a écouté PolySeSouvient qui nous a dit d’aller une coche plus loin. C’est un rachat obligatoire et si les gens ne veulent pas donner au gouvernement leur arme d’assaut, qui est maintenant illégale, ils vont devoir accepter qu’elle soit inutilisable de façon permanente. Donc fini les armes d’assaut dans ce pays… à moins que les conservateurs rentrent.

Comment se fait-il que le gouvernement fédéral ait aidé, avec des milliards de dollars, une province de 500 000 habitants – Terre-Neuve-et-Labrador – à vendre de l’électricité aux États-Unis, la plaçant ainsi en compétition avec le Québec ? À ce que je sache, le fédéral n’a jamais aidé le Québec pour ses barrages hydro-électriques. Ne serait-il pas sain que le Canada ait une stratégie hydro-électrique coopérative et unifiée ?

Yvon Pelletier

J. T. : On est justement en train de travailler avec les provinces de l’Atlantique et le Québec sur un réseau d’hydro-électricité qui va remplacer du charbon aux États-Unis. On a reconnu qu’avec les défis liés à l’industrie pétrolière, et à cause des décisions erronées qu’ont prises les gouvernements conservateurs à Terre-Neuve durant plusieurs années, ils avaient besoin d’un soutien financier important. On était là pour eux.

Propos recueillis par Nathalie Collard

Note : Les questions et réponses ont été légèrement éditées pour en faciliter la lecture.

O’Toole s’appuie sur de « faux arguments », dit PolySeSouvient

En affirmant qu’il refuse de « blâmer » les propriétaires d’armes à feu qui « suivent les règles », le chef conservateur Erin O’Toole s’appuie sur de « faux arguments » et parle « des deux côtés de la bouche », martèle une survivante de la tuerie de Polytechnique.

HENRI OUELLETTE-VÉZINA, LA PRESSE, 16 septembre 2021

« Nous non plus, on ne veut pas blâmer les propriétaires d’armes. La réalité, c’est qu’il y a une foule d’armes beaucoup trop dangereuses pour être entre les mains des Canadiens, qu’ils soient honnêtes ou non », explique Nathalie Provost, qui est aussi porte-parole de l’organisme PolySeSouvient.

Elle réagissait ainsi aux propos du chef conservateur qui a indiqué mercredi, en entrevue avec La Presse, qu’il est « injuste de blâmer les Canadiens qui suivent les règles pour des fusillades, par exemple à Montréal, avec des gangs de rue ». Il a accusé au passage Justin Trudeau de « diviser les Canadiens, en appelant à un « processus public, avec tous les groupes concernés, pour améliorer notre système de classification ».

Mais Nathalie Provost ne croit pas une seconde à cette « ouverture » des conservateurs. « Erin O’Toole a joué avec le feu, il a tenté de parler des deux côtés de la bouche. Il a trouvé une position que certains ont acheté, d’autres pas, mais ça reste clair que la pelure de banane pour lui, c’est les armes à feu », dit-elle.

« Les propriétaires d’armes qu’étaient Marc Lépine, Kimveer Gil, Alexandre Bissonnette, Valery Fabrikant et Richard Henry Bain étaient tous d’honnêtes propriétaires d’armes jusqu’à au jour où ils ont commis d’horribles fusillades. C’est aussi eux que M. O’Toole ne veut pas pénaliser », ajoute Mme Provost par courriel.

À ses yeux, le problème réside surtout dans l’utilisation publique d’armes « pour se protéger ». « Dans les mouvements de propriétaires d’armes honnêtes, il y a toujours ce souhait de s’armer pour se protéger. Ils veulent tous légalement les acquérir, mais l’intention reste de se protéger. Or, ceux et celles qui doivent avoir une puissance de feu, ce sont les policiers et les forces armées, point final. La finalité pour les citoyens, ça ne devrait pas être de se protéger, mais bien d’aller à la chasse », insiste la survivante.

PolySeSouvient rappelle par ailleurs que M. O’Toole a entretenu des liens de proximité, notamment au cours de sa campagne au leadership, avec la Coalition pour les armes canadiennes, un lobby comptant plus de 20 000 membres qui s’oppose au programme de rachat obligatoire proposé par le gouvernement Trudeau. Le groupe appelle d’ailleurs clairement à voter pour les libéraux, ou au minimum, pour le Bloc, le NPD ou les Verts, bref tout sauf les conservateurs et le Parti populaire de Maxime Bernier.

« Le citoyen régulier n’a pas le droit de s’acheter un tank, d’acquérir un char d’assaut. Ce n’est pas ça, le mode de vie en commun. Quand on veut contrôler les armes et sortir les armes des mains des citoyens, c’est n’est pas pour pénaliser les citoyens. C’est là qu’est le faux argument », ajoute Nathalie Provost.

À Erin O’Toole, qui dit vouloir « entendre le point de vue » des victimes et de leurs familles, la porte-parole rétorque « qu’il aurait pu le faire avant ou pendant la campagne électorale ». « On est disponibles. Et ils sont capables de parler à n’importe quelle victime s’ils le veulent », conclut-elle.

Le contrôle des armes à feu est un enjeu délicat depuis le début de la campagne pour Erin O’Toole, que les libéraux accusent de défendre le « lobby pro-armes ». La semaine dernière, le Parti conservateur a ajouté une note en bas de page à sa plateforme, qui promet l’abolition du décret interdisant quelque 1500 modèles d’armes à feu. « Toutes les armes à feu actuellement interdites le resteront », peut-on y lire. Justin Trudeau avait alors taxé M. O’Toole de vouloir « berner les Canadiens » par son « manque de clarté ».

Les conservateurs défendent le lobby des armes, point final 

Le 13 septembre 2006, juste après le dîner, Kathlene Dixon avait un rendez-vous prévu à l’Hôpital de Montréal pour enfants, situé à l’époque à côté du collège Dawson. « Nous étions en avance, alors nous avons décidé de passer par le collège que fréquentait notre fille pour voir ses amis. »

JUDITH LACHAPELLE, LA PRESSE, 14 septembre 2021

« Nous étions sur le trottoir, sur le boulevard de Maisonneuve, se souvient sa fille, Meaghan Hennegan. J’ai vu arriver un homme portant un long manteau noir. Et le temps de l’apercevoir, il avait sorti son arme et a tiré. »

« Je me suis jetée sur ma fille », enchaîne Kathlene Dixon. « Elle a été la première personne qui a été blessée ce jour-là, elle a reçu deux balles. »

« Une dans le bras droit, l’autre dans la hanche droite, dit Meaghan. Après, c’était le chaos. »

Un chaos qui durera encore de longues minutes, avant que le tireur retranché dans la cafétéria et encerclé par les policiers ne retourne son arme contre lui vers 13 h. Près de lui gisait au sol Anastasia De Sousa, une élève de 18 ans, atteinte mortellement par neuf projectiles.

« Aujourd’hui, je voudrais que les gens se souviennent que ma fille était belle, qu’elle avait un sourire et un rire merveilleux, dit Louise De Sousa, au bout du fil. Elle avait son propre caractère… Mais elle était une fille formidable. »

C’est un jour triste pour tant de gens, et en premier lieu, pour la famille De Sousa. Et pour les 19 autres blessés dont la vie a changé ce jour-là, pour toujours.

  • Kathlene Dixon, mère d’une victime de la tuerie du collège Dawson

Ce que Mme Dixon retient également, c’est que dans l’état actuel de la législation sur le contrôle des armes à feu au Canada, « rien n’a changé qui pourrait empêcher ce drame de survenir encore aujourd’hui ».

Le tireur avait deux armes en sa possession, pour lesquelles il détenait un permis en règle : un fusil semi-automatique Beretta Cx4 et une arme de poing. La première figure parmi les 1500 modèles d’armes à feu dont la vente est interdite au Canada depuis le décret de mai 2020.

Pour Kathlene Dixon, qui fait partie de la coalition PolySeSouvient qui milite pour un plus grand contrôle des armes à feu, la législation actuelle « est un très petit pas » dans la bonne direction, mais demeure incomplète. « Ces armes qui ont été interdites en mai 2020 sont toujours entre les mains de leurs propriétaires. Elles sont toujours là, elles sont toujours fonctionnelles. Le rachat obligatoire n’a pas été mis en place, tout comme l’obligation de les rendre inopérables. Ces armes sont donc toujours là, prêtes à être utilisées. »

Tout sauf les conservateurs

Dans une première version de son programme, le Parti conservateur promettait « d’abolir le projet de loi C-71 et le décret de mai 2020 ». La semaine dernière, le programme a été modifié pour préciser que « toutes les armes à feu actuellement interdites le resteront ». « On va maintenir les interdictions en place et avoir une revue transparente sur le système de classification », avait précisé le chef conservateur Erin O’Toole. Lundi, M. O’Toole a réitéré son intention de « maintenir toutes les restrictions » sur les armes à feu en place en « enlevant la politique » de cet enjeu et en donnant plus d’outils aux services policiers pour « combattre le crime organisé ».

« Les conservateurs défendent le lobby des armes, point final », réagit Kathlene Dixon. « Qui passera les restrictions en revue ? Tout ce que les conservateurs veulent restreindre, ce sont les armes qu’ils disent “illégales” », ajoute-t-elle, rappelant que le tireur de Dawson détenait un permis en règle.

La hausse des fusillades remarquée cet été dans certains quartiers de Montréal est-elle une preuve que la législation actuelle est inefficace ? Non, dit Meaghan Hennegan. Certaines armes sont légalement enregistrées, d’autres pas. « Il ne faut pas se baser sur ces fusillades pour remettre en question toute la législation sur les armes à feu. Oui, il faut empêcher les armes illégales d’être mises en circulation. Mais il faut aussi s’assurer que les personnes qui peuvent se procurer des armes soient surveillées. »

Meaghan Hennegan

Je n’ai aucun doute que si les conservateurs gagnent, ils détruiront tout le travail accompli depuis 15 ou 30 ans.

  • Meaghan Hennegan, victime de la tuerie du collège Dawson

« Si les gens sont préoccupés par l’enjeu du contrôle des armes à feu, alors, le Parti conservateur n’est pas pour eux », dit Kathlene Dixon.

Louise De Sousa, pour sa part, dit espérer que les libéraux, s’ils sont réélus, « termineront le travail » entrepris pour limiter l’accès aux armes. En attendant, sa famille comptait se réunir lundi pour commémorer le souvenir d’Anastasia. « Serrez vos proches et embrassez-les », a-t-elle voulu laisser comme message. « Et profitez de la belle journée. »

Communiqué de SolySeSouvient à l’occasion du 15e anniversaire de la tuerie au Collège Dawson 

13 SEPT – DAWSON

CPAC – O’Toole clarifying his mistake

https://cpac.ca/episode?id=c167d17d-10d7-40f7-88dc-09e3707cbf01

Survol français METRO

TVA entrevue Louise

https://www.journaldemontreal.com/2021/09/12/il-y-a-15-ans-une-fusillade-eclatait-au-college-dawson-1

Radio-Canada Louise

https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1823764/fusillade-dawson-15e-anniversaire-armes-feu

La Presse – erreur de OToole

https://www.lapresse.ca/elections-federales/2021-09-13/tuerie-du-college-dawson/o-toole-clarifie-ses-propos-des-familles-appellent-a-ne-pas-voter-pour-lui.php

The Gazette

https://montrealgazette.com/news/national/election-2021/survivors-of-dawson-college-shootings-urge-voters-to-shun-conservatives

Canadian press with video

https://nationalpost.com/pmn/news-pmn/canada-news-pmn/survivors-of-2006-dawson-college-shooting-urge-voters-not-to-pick-conservatives-2

Le Devoir

https://www.ledevoir.com/politique/canada/631842/quinze-ans-apres-la-fusillade-a-dawson-ne-votez-pas-conservateur-disent-des-familles

CultMtl

CTV – Videos

article: https://montreal.ctvnews.ca/survivors-of-2006-dawson-college-shooting-urge-voters-not-to-pick-conservatives-1.5583729 

Meaghan & Valerie Plante

https://montreal.ctvnews.ca/video?clipId=2280776&jwsource=em

Donna Varrica

https://montreal.ctvnews.ca/video?clipId=2280554&jwsource=em

Global – Video Meaghan

Radio Canada – Erreur OToole

https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1823912/parti-conservateur-tuerie-college-dawson-beretta-assault-

Contrôle des armes à feu et trafic illégal

Vous avez des questions sur nos éditoriaux ? Des interrogations sur les sujets chauds de l’actualité ? Chaque semaine, l’équipe éditoriale répond aux lecteurs de La Presse.

PHILIPPE MERCURE, LA PRESSE, 12 septembre 2021

Q : À la suite de la lecture de votre éditorial (sur les armes à feu et la campagne électorale), je me pose la question suivante : pensez-vous vraiment que légiférer sur les armes à feu va empêcher quelqu’un de s’en procurer une sur le marché noir ?

Luc B.

R : Luc,

Vous n’êtes pas seul à vous poser cette question. Plusieurs lecteurs nous ont écrit pour plaider que le véritable problème est la contrebande d’armes à feu venant des États-Unis, et que les propriétaires d’armes légales n’ont rien à voir avec les fusillades qui secouent actuellement Montréal et d’autres villes.

À cela, nous répondons qu’il est possible de combattre le trafic d’armes ET de resserrer le contrôle des armes au Canada. En fait, la sécurité des citoyens passe par cette double stratégie.

Il est indiscutable que la contrebande d’armes est un fléau au pays et qu’il faut agir pour la contrer. D’un autre côté, des tueries comme celles de Polytechnique, de Concordia, du collège Dawson et de la Mosquée de Québec ont été perpétrées avec des armes légales. C’est aussi le cas d’une grande proportion d’homicides et de suicides.

Autre problème : les armes légales sont souvent volées et finissent sur le marché noir. En 2017, Statistique Canada a répertorié 3603 évènements pendant lesquels au moins une arme avait été volée.

Ces vols sont d’ailleurs en augmentation au pays. En 2018, la tuerie de l’avenue Danforth à Toronto, qui a fortement secoué la ville et fait 3 morts et 13 blessés, a été perpétrée avec une arme légale volée.

Étienne Blais, professeur à l’École de criminologie de l’Université de Montréal, souligne que si les membres du crime organisé peuvent s’approvisionner sur le marché noir, d’autres, qui ont moins de contacts, peuvent trouver plus facile de profiter des vérifications laxistes du côté légal pour acheter des armes.

« Si on resserre le contrôle des armes de poing, c’est clair qu’on coupe l’une des sources d’approvisionnement des délinquants. Ça vient aussi augmenter le prix des armes sur le marché noir et ça augmente les efforts que les délinquants doivent déployer pour les acquérir », dit-il.

D’où la pression sur les chefs des partis fédéraux pour accoucher d’une stratégie claire sur le contrôle des armes à feu.

Et les armes à feu, chers politiciens fédéraux ?

PHILIPPE MERCURE, LA PRESSE, 1er septembre 2021

Mardi, la porte d’un appartement criblée de balles a été découverte dans le quartier Villeray, à Montréal.

Le weekend dernier, c’est à Lachine et dans Saint-Michel que les coups de feu avaient retenti.

La semaine précédente, des policiers avaient été pris pour cible dans Notre-Dame-de-Grâce. Un garçon avait été blessé par une balle perdue à Contrecœur. Une famille de Saint-Léonard avait vu sa maison criblée de balles lors de la deuxième fusillade dans le secteur en une semaine.

Des évènements qui s’ajoutent à ceux survenus dans le Vieux-Montréal, dans la Petite-Bourgogne, à Rivière-des-Prairies.

Montréal et ses environs demeurent sécuritaires si on les compare aux autres grandes villes nord-américaines. Mais ces fusillades déclenchées avec de moins en moins de scrupules suscitent la crainte des citoyens – avec raison.

On sait trop bien qu’au sein des milieux criminels, la peur des armes incite à s’armer. On ne peut écarter l’hypothèse qu’un cercle vicieux soit enclenché.

Au niveau municipal, Valérie Plante et Denis Coderre ont déjà commencé à se crêper le chignon sur la question, s’accusant l’un l’autre d’avoir fait des coupes dans les ressources policières.

Il reste toutefois du temps aux Montréalais pour analyser les propositions des candidats à la mairie. Entre-temps, ceux-ci doivent se choisir un premier ministre fédéral. Or, il se trouve qu’un grand nombre d’enjeux cruciaux touchant les armes à feu se décident justement à la Chambre des communes.

C’est le cas du type d’armes qu’on veut interdire. Des balises encadrant la possession, l’utilisation et le transport des armes. Du contrôle de la frontière américaine, d’où les armes entrent à flots. Le fait que Toronto soit encore plus touché que Montréal par les fusillades montre toute la nécessité de mesures nationales.

Malheureusement, ce sont surtout des bruits de criquets qui nous parviennent de la campagne fédérale. C’est ironique. Alors qu’on assiste à une multiplication des incursions dans les compétences provinciales, voici un dossier résolument fédéral qu’on refuse d’aborder de front.

***

Après six ans de règne, le bilan libéral sur la question des armes est loin d’être convaincant. Oui, les libéraux ont interdit environ 1500 types d’armes d’assaut en 2020. Cela a permis de fermer le robinet sur l’arrivée de nouvelles armes par les voies légales. Il restait à s’occuper de celles qui sont déjà là.

Ici, la déception est grande. Le programme de rachat proposé par les libéraux était volontaire plutôt qu’obligatoire. Et il n’a jamais été adopté, mourant au feuilleton.

M. Trudeau a par ailleurs refusé de légiférer sur les armes de poing, tentant de pelleter le dossier dans la cour des villes (qui n’en veulent pas). Une approche qui aurait conduit à une mosaïque de mesures aussi absurde qu’inefficace.

Le Parti conservateur ? Sur cette question, il joue le rôle du loup dans la bergerie. Erin O’Toole a été élu à la tête du parti avec le soutien du lobby proarmes. Son directeur de campagne, Fred DeLorey, est d’ailleurs un ex-lobbyiste de l’Association canadienne des armes à feu. Le plan est clair : défaire les quelques mailles du filet (percé) tricoté par les libéraux.

Le NPD et le Bloc québécois ont des offres plus censées et rassurantes. Cela inclut une définition plus large des armes prohibées, un programme de rachat obligatoire et un meilleur contrôle des frontières pour lutter contre la contrebande.

Malheureusement, le NPD souhaite confier aux provinces le pouvoir de légiférer sur les armes de poing –une position bien commode qui lui évite de se mouiller. Le Bloc, constatant le blocage des autres partis à Ottawa, y voit aussi une solution.

Redisons-le : il s’agirait d’une abdication des responsabilités fédérales, et seule une réglementation uniforme dans l’ensemble du pays peut atteindre ses buts.

Politiciens fédéraux, il vous reste 20 jours pour proposer mieux aux Canadiens. Qui osera dégainer ?

Revue de presse sur l’enjeu électoral des armes à feu selon la position de PolySeSouvient vis-à-vis des Partis politiques fédéraux

Plusieurs étudiants de l’École Polytechnique, ainsi que plusieurs autres associations étudiantes, ont activement participé à la conférence de presse organisé par PolySeSouvient. Voici quelques manchettes.

Radio-Canada

https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1822882/poly-feminicide-vote-elections-federales-armes-otoole-trudeau

Le Devoir

https://www.ledevoir.com/societe/631041/elections-federales-un-vote-pour-les-conservateurs-c-est-un-vote-pour-le-lobby-des-armes-a-feu-previent-polysesouvient

Montreal Gazette

https://montrealgazette.com/news/national/election-2021/polytechnique-gun-control-group-warns-tories-will-gut-firearms-limits

https://windsorstar.com/news/national/election-2021/polytechnique-gun-control-group-warns-tories-will-gut-firearms-limits

QMI

https://www.journaldemontreal.com/2021/09/09/voter-pour-les-conservateurs-equivaut-a-voter-pour-le-lobby-des-armes-selon-polysesouvient

CTV

https://montreal.ctvnews.ca/dawson-shooting-and-polytechnique-massacre-survivors-urge-federal-parties-to-focus-on-gun-control-1.5579132

Global:

Metro

https://journalmetro.com/actualites/politique/2692458/conservateurs-vote-pour-lobby-armes-polysesouvient/amp/

Polarisation

Par Serge St-Arneault, M.Afr

La conférence de presse de PolySeSouvient était sur le point de commencer sous le vaste chapiteau aménagé sur le terrain de l’École Polytechnique. Quelques caméras étaient déjà en place devant le podium où les personnes désignées pour cette conférence allaient parler. Devant ce podium, à mes côtés, se tenaient des jeunes qui représentaient les associations étudiantes.

Les photographes étaient aussi à l’œuvre.

— Bonjour, dis-je à l’un d’entre eux. Comment allez-vous?

— Je vais bien merci, répondit-il. J’étais à Ottawa hier pour suivre la campagne électorale. Je n’ai jamais vu autant de mesure de sécurité de toute ma carrière journalistique.

— C’est peut-être dû au phénomène de polarisation.

— Vous avez raison. Il y avait un homme accompagné de son fils de huit ans qui m’injuriait. Pour lui, les médias « sont les mauvais ». Je lui ai alors dit que j’avais moi aussi un fils de l’âge du sien et que je prenais soin, en sa présence, de faire preuve de respect pour mon prochain. Après tout, comme parents, nous devons bien éduquer nos enfants. Et il s’est alors tu.

La polarisation! Voilà où nous sommes rendus. Le juste milieu semble avoir disparu du radar! Dans le contexte des armes d’assaut de type militaire, nous n’avons d’autre choix que d’exiger le bannissement complet de telles armes de guerre des mains de simples citoyens. Ces armes sont essentiellement conçues pour tuer. Étant une question de sécurité publique, nous ne voulons pas connaître la prolifération des armes à feu comme cela est actuellement le cas aux États-Unis.

Vous êtres trop émotifs

J’ai reçu un message sur les réseaux sociaux me disant que je fais honte aux femmes qui ont été assassinés lors de la tragédie de la Poly parce que je milite pour un contrôle effectif ou, mieux encore, le bannissement des armes d’assaut dans notre pays. J’ai compris que celui qui m’a envoyé ce message est vraiment attaché à son arme à feu, un attachement émotif. Émotif! Oui, je le suis aussi mais pour une autre raison; ma sœur Annie est l’une des quatorze victimes de Poly.

Cela me rappelle un événement que j’ai vécu il y a plus de vingt ans. J’avais été invités par une congrégation religieuse de Bellechasse pour leur parler du contrôle des armes à feu qui était alors en vigueur. Une heure plus tard, j’ai demandé aux religieuses pourquoi le curé, présent au début de ma présentation, avait quitté les lieux si tôt.

— C’est qu’il possède une arme à feu et il pense que vous la lui enlèverez, m’ont-elles confié.

Pourtant, les armes de chasse n’ont jamais été prohibées au Canada. À force de propager la fausse nouvelle (Fake News) que les honnêtes chasseurs ne pourront plus utiliser leurs armes, même les curés paniquent, du moins ceux qui pratiquent la chasse sportive.

Édouard Montpetit

Après la conférence de presse, je suis descendu à pied en direction du Boulevard Édouard Montpetit. J’y découvre pour la première fois un bronze du premier secrétaire de l’Université de Montréal en 1929 : Édouard Montpetit.

Place du 6 décembre

Ensuite, j’ai poursuivi ma marche en direction de la Place du 6 décembre. J’ai pris le temps de déchiffrer le nom de chacune des quatorze femmes inscrites sur le sol. J’ai prié et revécu en mémoire les nombreuses fois où j’y étais venu, tout particulièrement lors de la visite de l’Honorable Chrystia Freeland, ministre des Affaires étrangères.

Ensuite, j’ai poursuivi ma prière à l’Oratoire Saint-Joseph où d’importants travaux d’aménagement sont en cours d’exécution. J’ai suivi la route sinueuse ascendante menant à la chapelle du Frère André.

D’une grande sobriété, celle-ci semble hors contexte à côté de l’immense oratoire. Curieusement, j’y vois de nouveau cette polarisation qui, cette fois-ci, s’exprime dans le style architectural. J’ai pris plusieurs photos dans la plus grande de deux, mais j’ai prié dans la petite chapelle.

« Un vote pour les Conservateurs, c’est un vote pour le lobby des armes à feu », prévient ​PolySeSouvient

Zacharie Goudreault, Le Devoir, 9 septembre 2021

L’organisme PolySeSouvient appréhende un accès plus facile aux armes à feu et aux armes d’assaut pour les Canadiens si les élections fédérales du 20 septembre menaient à la victoire du Parti conservateur, menaçant ainsi les minces gains effectués par le pays en matière de contrôle de celles-ci au cours des dernières années.

« Un vote pour les conservateurs, c’est un vote pour le lobby des armes à feu », a lancé jeudi avant-midi la coordonnatrice de PolySeSouvient, Heidi Rathjen, lors d’une conférence de presse tenue dans un chapiteau aménagé sur le site de Polytechnique Montréal, où 14 femmes ont été tuées lors d’une fusillade survenue le 6 décembre 1989.

Près de 32 ans plus tard, certains gains ont été accomplis en matière de contrôle des armes à feu. Le gouvernement libéral a notamment interdit l’an dernier environ 1500 modèles d’armes d’assaut de type militaire et mis en place un programme de rachat volontaire visant celles-ci. La formation de Justin Trudeau s’est d’ailleurs engagée dans la présente campagne électorale à rendre obligatoire la remise de ces armes par leurs propriétaires, en plus d’interdire les chargeurs à haute capacité.

Le Parti conservateur, pour sa part, a prévu dans sa plateforme électorale d’annuler l’interdiction des armes d’assaut visées par la loi C-71 et le décret de mai 2020, un engagement qu’a ensuite contredit à quelques reprises son chef, Erin O’Toole. « Toutes les armes à feu actuellement interdites le resteront », indique d’ailleurs une note de bas de page ajoutée depuis à la plateforme du parti. Une volte-face qui laisse Heidi Rathjen dubitative.

« Malheureusement pour les Canadiens, quand il est question du contrôle des armes à feu, les conservateurs respectent leurs promesses. […] Ils vont même plus loin », a-t-elle lancé au micro, en présence de plus d’une dizaine d’étudiants et de proches de survivants de la tuerie de Polytechnique. Mme Rathjen rappelle à cet effet la décision de l’ancien gouvernement de Stephen Harper d’abolir en 2012 le registre des armes d’épaule, contre vents et marées.

« Au lieu de continuer à rebâtir notre loi, un prochain gouvernement conservateur continuera à le détruire davantage, au point où ce ne sera plus récupérable. Le lobby proarmes aura le contrôle, comme il l’a aux États-Unis », appréhende la survivante de la tragédie de Polytechnique Nathalie Provost, qui s’inquiète de la perspective que les armes d’assaut deviennent plus facilement accessibles au pays.

Dans ce contexte, elle presse les électeurs canadiens à voter pour le Parti libéral en vue du scrutin du 20 septembre.

« Le Parti libéral est le seul parti qui est en position de renforcer le contrôle des armes. Aujourd’hui, nous sommes convaincus qu’au minimum, un gouvernement libéral livrera l’interdiction des accessoires et des armes de type militaire », a-t-elle renchéri.

Mme Provost, qui accuse le Nouveau Parti démocratique et le Parti vert de manquer de « leadership » sur l’enjeu du contrôle des armes à feu, salue d’autre part les prises de position du Bloc québécois à cet égard. Le parti nationaliste a notamment fait pression sur le gouvernement libéral sortant en faveur d’un programme obligatoire de rachat pour les propriétaires d’armes d’assaut de type militaire, en plus de réclamer l’interdiction des chargeurs à grande capacité. « Ce sont toutes des mesures solides et attendues depuis longtemps », estime Mme Rathjen.

« Nous sommes très confiants que le Bloc québécois restera un allié fort et fiable pour le contrôle des armes, comme il l’a été depuis le début », a déclaré Mme Provost.

Le premier ministre du Québec, François Legault, a pour sa part incité jeudi les « nationalistes québécois » à se « méfier » de Justin Trudeau, une prise de position que Heidi Rathjen a préféré ne pas commenter, tout en rappelant que son organisme oriente ses appuis dans cette campagne électorale uniquement en fonction de la lutte contre la violence par armes à feu.

Garder espoir, malgré « la fatigue »

Dans les dernières années, PolySeSouvient a pourtant critiqué à maintes reprises les mesures prises par le gouvernement libéral en matière de contrôle des armes à feu. C’est aussi le cas de plusieurs municipalités, incluant Montréal et Québec, qui déplorent qu’Ottawa leur relègue pour l’instant la tâche d’interdire les armes de poing sur leur territoire au lieu d’appliquer une interdiction à l’échelle du pays.

Malgré tout, Mme Provost garde espoir qu’un gouvernement libéral réélu irait de l’avant avec les mesures qu’il propose pour resserrer le contrôle des armes à feu, notamment en raison de « l’ensemble de l’intérêt qui a été porté par les Canadiens sur cette question » dans les dernières semaines.

« On est surpris de l’ampleur que le dossier a prise dans le cadre des élections », a d’ailleurs soulevé Heidi Rathjen.

Un sondage mené à la fin août par la firme Léger pour le compte de l’Association d’études canadiennes fait notamment état d’un taux de 51 % d’électeurs qui soutiendraient davantage un parti fédéral entendant renforcer le contrôle des armes à feu. Ce pourcentage tombe à 9 % chez les répondants canadiens qui souhaiteraient un allègement des règles en la matière. Les autres personnes sondées ont indiqué être en faveur du statu quo ou ne pas voir dans le contrôle des armes à feu un enjeu important dans le cadre de ces élections.

« Le gouvernement libéral nous donne espoir que les choses vont se faire. Mais je souligne qu’on a été à quelques reprises déçus par les promesses libérales, alors on a des raisons de penser qu’on peut à nouveau être déçus », a pour sa part soulevé Serge St-Arneault, rencontré par Le Devoir en marge de cet événement. Sa sœur a péri pendant la tuerie de Polytechnique en 1989.

Plus de trente ans après cet événement, on en est encore à débattre de l’importance de bannir les armes d’assaut, s’exaspère M. St-Arneault, qui garde toutefois espoir.

« C’est sûr que physiquement et mentalement, il y a une fatigue. Les années passent et on voit qu’on ne sait pas encore très bien où l’on va. Mais là, les signes sont prometteurs », a ajouté le prêtre, qui puise la motivation nécessaire pour continuer ses démarches en faveur d’un meilleur contrôle des armes à feu dans l’amour et « l’attachement » qu’il conserve pour sa sœur. « Je pense que je ne lâcherai jamais jusqu’à la fin de ma propre vie. »

Armes à feu : les maires de cinq villes du Québec veulent des engagements clairs

La Presse canadienne, 6 septembre 2021

Les maires des cinq plus grandes villes du Québec réclament que les chefs des principaux partis fédéraux s’engagent « clairement et fermement » à lutter contre le trafic d’armes à feu.

La mairesse de Montréal, Valérie Plante, le maire de Québec, Régis Labeaume, le maire de Laval, Marc Demers, le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin, et la mairesse de Longueuil, Sylvie Parent, ont convoqué la presse mardi au Vieux-Port de Montréal afin de traiter du sujet dans le but avoué de mettre de la pression sur les chefs à la veille du débat des chefs en français.

Leur sortie survient alors que le sujet des armes d’assaut continuait de hanter le chef conservateur lundi, pour une quatrième journée d’affilée. Erin O’Toole avait renoncé dimanche à une de ses promesses en annonçant qu’il n’abolirait finalement pas un décret interdisant certains types d’armes de style militaire, tout en promettant de revoir la classification de ces armes.

Selon ses adversaires libéraux, un tel exercice vise simplement à autoriser à nouveau la possession de certaines de ces armes.

Dans sa liste de demandes aux partis fédéraux, Montréal réclamait à la fin août une interdiction pancanadienne de la possession privée des armes de poing et d’assaut afin de s’attaquer à la source du problème de la montée des épisodes de violence par armes à feu.

Un projet de loi du gouvernement libéral, déposé en février, envoyait la gestion des armes de poing dans la cour des municipalités, ce qui avait suscité un tollé. Des survivants, des membres de familles des victimes du massacre de 1989 à l’École polytechnique de Montréal et des étudiants de l’époque du carnage avaient même averti le premier ministre Justin Trudeau qu’ils n’accepteraient plus jamais qu’il soit à leurs côtés lors des commémorations annuelles de la fusillade.

Dans un geste de désaveu, les élus de l’Assemblée nationale avaient alors réclamé, unanimement, qu’Ottawa lui délègue le pouvoir d’interdire les armes de poing. Le gouvernement québécois n’a cependant jamais dit qu’il légiférerait en la matière.

Le Parti libéral du Canada promet désormais de remettre aux provinces le pouvoir de légiférer en matière d’armes de poing, une position qui continue de décevoir le groupe PolySeSouvient, lequel note que l’Ontario, le Manitoba, la Saskatchewan et l’Alberta n’en veulent pas.

Le coprésident de la campagne libérale pour le Québec, Pablo Rodriguez, avait expliqué samedi qu’il s’agit d’une démonstration de fédéralisme flexible et coopératif.

Selon le Bloc québécois, à défaut d’avoir le courage d’agir, Ottawa devra minimalement donner le pouvoir de bannir les armes de poing au Québec et aux provinces.

Les plateformes du Parti conservateur du Canada et du Nouveau Parti démocratique ne précisent pas une interdiction des armes de poing sur un territoire précis.

Les conservateurs indiquent vouloir chercher à garder les armes à feu loin des mains des criminels, tandis que les néo-démocrates s’engagent à travailler pour garder les armes hors de nos rues et à s’attaquer à la contrebande d’armes à feu et au crime organisé.

La violence par armes à feu a fortement augmenté dans les dernières années au Canada. Selon Statistique Canada, le nombre d’infractions de ce type est passé de 3544 en 2019 à 4137 en 2020, ce qui constitue une augmentation de 15 %, soit la sixième hausse annuelle consécutive.