Category: Témoignages chrétiens


Ordinations sacerdotales Lusaka-Montréal.

Par Serge St-Arneault, M.Afr, directeur du centre Afrika, Montréal.

Ordination Cathedral of the Child Jesus May 27 2017 01J’ai eu le privilège de prendre part à une ordination sacerdotale de 14 nouveaux prêtres le 27 mai 2017. Parmi eux se trouvaient des jésuites, des capucins et des prêtres diocésains. Deux mille chrétiens s’étaient rassemblés dans la cathédrale de l’Enfant-Jésus à Lusaka. La liturgie fut remplie de vibrations joyeuses, en particulier lors de la présentation de ces ‘beaux hommes’ comme l’exprimait l’un des orateurs.

Cela s’est produit la veille de mon départ définitif de la Zambie. J’ai repris l’avion le mercredi suivant pour arriver à Montréal le jeudi vers midi bien loin de l’Afrique où j’y ai vécu 25 de mes 30 dernières années.

banniere_anime Centre AfrikaJe me suis rendu chez ma mère qui habite Trois-Rivières après quelques jours de repos à notre maison sur la rue Saint-Hubert. C’est là que j’assumerai mes prochaines responsabilités en tant que directeur du centre Afrika. Même en vacance, je tenais à revenir à Montréal pour assister à l’ordination d’un Camerounais qui est incardiné à l’archidiocèse de Montréal. Le père Claude Ngodji a été ordonné par l’Archevêque Christian Lépine à l’église de Notre-Dame d’Afrique.

Notre-Dame-dAfrique Montréal 02Cette mission catholique célèbre sa quatrième année d’existence. Elle rassemble des Africains d’expression française originaire de toute l’Afrique, mais vivant aux quatre coins de l’île de Montréal. Les activités pastorales s’orientent autour de quatre axes : la communion fraternelle, la liturgie, l’éducation à la foi et la transformation du monde.

Je suis plein de reconnaissance de pouvoir prendre part à ces moments importants de la vie de l’Église. Je suis allé en Afrique en toute liberté à l’âge de 26 ans en 1981. Je suis libre aujourd’hui de revenir vers ma terre natale. Ma joie est de voir que l’Afrique n’est plus une réalité éloignée et inconnue. Elle est dorénavant implantée à Montréal avec sa foi vibrante et son espoir.

Ordiantion Claude Ngodji

Ordinations sacerdotales Lusaka-Montréal.

2017-06-08 caricature Barack Obama

missionarios-da-africa-brezil3Les Missionnaires d’Afrique du Brésil vous souhaitent une Bonne et Heureuse Année 2017. Nous sommes heureux de vous envoyer quelques nouvelles du Secteur Brésil pour que notre mission soit mieux connue.  Moussa Serge Traore, M.Afr, Supérieur.

notre-dame-daparecida-pngOlá ! La situation politique et sociale reste tendue et instable. L’impeachment de la présidente a eu lieu. Le vice-président a pris le pouvoir. La chasse aux corrompus continue avec l’arrestation de politiciens. Les mesures et propositions du nouveau président de la république provoquent des manifestations publiques. La Conférence Nationale des Évêques du Brésil s’est prononcée contre certaines propositions du Président. Au niveau ecclésial, les évêques du Brésil ont déclaré l’année 2017, l’année Nationale Mariale car le pays célèbre le Jubilée de 300 ans de la découverte de l’image de Notre Dame dans le fleuve Paraíba en 1717. A cette occasion, l’image de Notre Dame d’Aparecida parcourt les paroisses, et diocèses du pays. C’est l’occasion de grands rassemblements et grandes célébrations.

Les confrères vont très bien. Ils se réjouissent de l’arrivée cette année 2016 du Père Francisco Javier, mexicain, un ancien missionnaire au Congo. Nous avons 2 communautés au Brésil. La communauté du centre-ville est composée de Moussa Serge Traore, prêtre, Burkinabe, 45 ans, 14 ans de serment ; Luciano Fuchs, Frère, Brésilien, 49 ans, 13 ans de serment ; Francisco Javier Ambrosio Vargas, prêtre, Mexicain, 42 ans, 4 ans de serment, Ethelbert Onyeaghala, stagiaire, Nigérian, 32 ans. Le Père Nazzareno Benacchio, italien, 94 ans vit dans sa maison de retraite á São Paulo. En 2017 il fera 60 ans de serment. Il est rattaché á la communauté de Federation. La communauté de la périphérie est composée d’Angelo Lee, prêtre, français, 67 ans, 39 ans de serment et Raphael Muteba Ndjibu, prêtre, Congolais, 38 ans, 5 ans de serment.

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Au pays du carnaval et du football, nous, Missionnaires d’Afrique, réalisons notre vocation et notre projet apostolique : être témoins du Règne de Dieu et partager avec ceux qui l’accueillent la grâce de la Bonne Nouvelle. Tous nos engagements, dans leur diversité, sont orientés vers ce but. Nous sommes de plus en plus connus, appréciés et sollicités. Nous sommes très heureux de notre présence missionnaire au Brésil. Nous avons le sentiment profond d’une mission bien remplie. Vive la Mission ! Vive le Brésil ! Sainte Année 2017.

PDF DOCUMENT : new-from-brazil-january-2017

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À l’âge de 31 ans, le 5 décembre 1986, j’ai prononcé mon serment missionnaire au Collège de St-Édouard, à Londres, en compagnie de Clyde Marklew, d’Angleterre, Stan Dye, d’Angleterre, Claudio Zuccala, d’Italie, Richard Baawobr, du Ghana, Matthew Pathilcirayil, de l’Inde, Michael Mawelera, du Malawi, Damien Rawbukamba, de la DRCongo et Serge St-Arneault, du Canada.

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chudleigh-house-school-oct-2016-27Dans la foulée du 20e anniversaire de l’école de Chudleigh qui a eu lieu en 2013, Mme Petronella Chisanga a demandé aux Missionnaires d’Afrique de bénir l’école. Le père Serge St-Arneault, M.Afr, a répondu à cette invitation en bénissant les élèves de maternel, primaire et secondaire. Au-delà de 600 enfants ont été bénis individuellement sachant bien qu’ils sont déjà bénis par la vie reçue, le soutien familial, celui des enseignants et amis. Avec l’aide des enseignants, chaque classe a créé une affiche en y incorporant les noms des filles et garçons pour symboliser l’unité dans la diversité. Tous et toutes, ainsi que les adultes, sont enfants de Dieu. Notre prière est de préserver la bénédiction donnée en manifestant notre amour mutuel et notre respect.

chudleigh-house-school-website-logo-20_jpegL’école de Chudleigh est située dans un quartier résidentiel. Elle a été officiellement ouverte par le recteur de l’Université de la Zambie, Mr John Mupanga Mwanakatwe, le 16 juillet 1993. Cette école est le rêve de Mme Petronella Chisanga avec la participation de Mme Lalita Money, Mme Dorothy Kasanda, Mme Lucy Musonda et Mme Maud Moonzwe.

L’école privée de Chudleigh accueille des étudiants de tout horizon. Le but est d’offrir une éducation complète sur une période de 12 ans. Au total, l’école est composée de 17 classes, d’une salle d’ordinateur, de deux laboratoires scientifiques, d’une bibliothèque, d’une salle de musique et une autre pour l’apprentissage de notions économiques. Une cantine permet aux enfants d’avoir un repas chaud chaque jour. L’école comprend trois catégories; maternelle, primaire et secondaire.

Le taux de réussite a toujours été au-dessus de 90% depuis les 20 dernières années. Prions pour que la bénédiction de Dieu offerte en ce jour sur les étudiants et enseignants permette de maintenir de même résultat de réussite pour les années à venir.

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Traduction de : Blessing of children at Chudleigh House School, Lusaka, Zambia

Day of Prayer Showgrounds July 24, 2016 00Le « National House of Prayer » a invité l’élite politique, militaire et religieuse pour une journée de prière le 24 juillet dernier en plein centre de la capitale Lusaka, à un lieu public appelé ‘showground’. Ce rassemblement avait pour but de prier pour des élections pacifiques qui culmineront le 11 août avec les élections générales pour le choix d’un nouveau Président et d’un nouveau gouvernement.

Des milliers de gens se sont donné rendez-vous pour participer à cette prière animée par des leaders religieux; évêques, pasteurs et prêtres de différentes Églises. Je me suis retrouvé un peu par hasard au cœur de cet événement. J’ai en effet accompagné le père Charles Chilinda, curé de la paroisse de St-Ignace, après la messe de 11h30. Il devait inaugurer la cérémonie en implorant le pardon de Dieu pour les actes de violence politique qui ont entaché la présente campagne électorale. La chorale de St-Ignace était également présente et elle a soutenu les prières d’intercession en compagnie de la chorale des Forces policières de la Zambie.

Assis à côté du père Chilinda, celui-ci reçut un message sur son cellulaire lui disant que le père Lupupa était dans l’impossibilité de joindre les lieux. Il devait faire une prière.

─ « Peux-tu prendre sa place? » me demande-t-il.

Pendant que les chants se succèdent, je me mets à griffonner sur l’endos du papier sur lequel le père Chilinda avait écrit sa propre prière en empruntant un stylo d’un pasteur protestant voisin et une bible d’une pasteure. Le temps de coucher quelques idées sur mon papier, je suis appelé au podium pour m’adresser à cette foule devant une meute de caméra et de journalistes. La célébration était télédiffusée en direct sur le réseau national de la télévision d’État.

─ « Nous invitons maintenant le père Mbéwé à venir prier pour les forces de l’ordre et militaire. »

Comme il y avait changement de nom au programme, il m’a semblé plus simple de donner le surnom de ‘Mbéwé’ que j’ai reçu lorsque j’étais au Malawi. M’inspirant d’un passage des psaumes, j’ai fortement invité les hommes et les femmes engagés dans les forces de sécurité de la Zambie de répondre à leur vocation reçue de Dieu de protéger des plus vulnérables, en premier lieu les veuves et les orphelins. En effet, ce sont les plus pauvres qui subissent le plus cruellement les conséquences de la violence politique.

Étant pratiquement l’un des seuls ‘Blancs’ présents dans cette large assemblée, j’ai été inspiré par le populaire slogan ‘Une Zambie, Une Nation!’

─ « Comme vous le voyez, j’ai la peau blanche et je voudrais vous remercier, vous peuples de la Zambie, pour m’accueillir dans votre pays. Je suis un étranger, mais je me sens en sécurité et heureux d’être avec vous. Je suis fier de vous. Il y a des ‘Noirs’ et des ‘Blancs’, mais la seule vraie couleur est la couleur de l’AMOUR. »

─ «  ‘Une Zambie, Une Nation, Une couleur!’, la couleur de l’AMOUR. »

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Vous pouvez visionner la vidéo (de piètre qualité) qui a été publiée sur le réseau social de Facebook. Ci-joint un extrait sur YouTube : https://youtu.be/aRR-liDZikQ

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Deuxième entrevue de Robert Lalonde avec le père Serge St-Arneault, M.Afr

Cette entrevue a été réalisée par téléphone et sera diffusée sur les ondes de Radio Ville-Marie le 6 février 2013. Remerciement à Robert Lalonde, l’animateur de l’émission Vues d’ailleurs, en diffusion tous les mercredis, 19 h, en rediffusion les vendredis à 12 h 30. Robert Lalonde est responsable de l’information Aide à l’Église en Détresse.

P.-S. Le texte ci-joint en format PDF est une transcription plus élaborée de l’entrevue radiophonique.

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Entrevue de Robert Lalonde avec le père Serge St-Arneault, M.Afr
Cette entrevue sur la situation en République Démocratique du Congo a été animée par téléphone par Robert Lalonde et elle a déjà été diffusée sur les ondes de Radio Ville-Marie.

Lusaka, 11 avril 2012

La semaine a commencé par le dimanche des Rameaux avec une célébration œcuménique organisée par un comité composé de huit différentes Églises chrétiennes du secteur de Kabwata. La communauté chrétienne anglicane nous invitait dans l’enceinte d’un immense hangar juxtaposé à leur église. Une fois par semaine, ce hangar accueille les marchands de légumes et autres petits commerçants du quartier, un peu à l’exemple des marchés aux puces.

Lette_Zambie_05_A  À tour de rôle, les différentes Églises animèrent une prière, un chant ou un témoignage. Le prédicateur, capitaine M. Hamanenga de l’Armée du Salut, a développé avec finesse le thème de l’expectation en prenant pour exemple le championnat de football de la coupe d’Afrique récemment remporté par la Zambie. Personne n’y croyait. Mais, au fur et à mesure que l’équipe progressait dans le tournoi, l’exaltation s’amplifiait. Lette_Zambie_05_B

— Qui sait? Peut-être que notre équipe gagnera! Qui sait?

Il a fallu attendre le dernier tir de barrage au but, le sixième si je me rappelle bien, pour que le pays tout entier se soulève avec délire et fierté. Un inimaginable rêve venait de se réaliser.

L’entrée triomphante de Jésus à Jérusalem avait quelque chose de cette exaltation. Le peuple, opprimé par l’armée d’occupation romaine, attendait avec ardeur le libérateur d’Israël.

— Qui sait? Peut-être que ce Jésus est le Messie qui chassera l’envahisseur étranger? Qui sait?

Le peuple espérait un roi politique, à la grandeur du roi David. Or, ce fut une profonde déception. Jésus parlait d’un royaume spirituel. Ce fut un désastre complet, une incompréhension totale qui a changé l’enthousiasme en une farouche haine : À mort! À mort! Crucifie-le! Comment se fait-il que l’enthou-siasme du peuple se soit transformé si rapidement en cris de mort?

— Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants!

La réponse est simple et se résume en un seul mot : déception.

Judas n’a pas mieux fait. Jésus ne correspondait pas à l’image du puissant Messie qu’il espérait découvrir en lui. Trois années d’amitié réelle entre Jésus et Judas n’ont pas réussi à briser cette incompréhension. Judas a trahi Jésus parce qu’il était profondément déçu.

Et je pense à mes propres déceptions. Nous en avons tous. Elles sont liées à des échecs relationnels, à d’imprévus revirements de situation ainsi qu’à des rejets, des injustices et peut-être aussi de fausses accusations et calomnies. Cela s’est déjà transformé chez moi en colère. N’avez-vous pas vécu quelque chose de semblable? Une amère déception peut facilement mener au désir de vengeance, peut-être aussi au découragement suicidaire. Elle devient alors une douleur si profonde qu’elle se transforme en gestes destructeurs.

C’est seulement aujourd’hui que je commence à comprendre la grandeur de l’abnégation de Jésus qui a répondu par le pardon aux cris de haine proférés contre lui.

— Père, pardonne-leur, car ils ne savent ce qu’ils font.

Il a fallu que Jésus verse son sang pour que le cercle du désir de vengeance engendré par nos blessantes déceptions soit rompu. En y regardant de près, Jésus a eu toutes les raisons d’être déçu de ses disciples et du peuple qui l’a acclamé. Mais, contrairement à nous qui accusons les autres d’être responsables de nos malheurs, Jésus a pris sur lui les douleurs de toute l’humanité endeuillée par la peur et par la mort. Transpercé par les clous et la lance, son corps est devenu l’ouverture par laquelle Jésus actualise son royaume spirituel. Sa souffrance était nécessaire pour nous conduire vers la liberté des enfants de Dieu, pardonnés et aimés. C’est à n’y rien comprendre.

Il n’est donc pas si étrange de constater que beaucoup de nos blessantes déceptions par rapport à l’Église institutionnelle paralysent notre foi. Il y a encore trop de colère masquée par une collective indifférence.

— Qui sait? Peut-être qu’un jour nous comprendrons le message de Jésus! Qui sait?

Pourvu que cette attente ne nous déçoive pas! Mon espérance demeure grande en dépit de toute réalité contraire. C’est en acceptant mes propres blessures dans l’Esprit de Jésus que je progresse vers ma guérison spirituelle, voire même physique. Cela n’est pas sans peine. Souvenons-nous qu’une pierre celait le tombeau de Jésus. Cette pierre symbolise la pesanteur de nos blessantes déceptions. Jésus l’a repoussée par son chant de victoire sur la mort.

Amen! Alléluia! Le Christ est ressuscité.

Le film « Des Hommes et des Dieux » s’inscrit sans contredit aux antipodes des films à sensation. Pourtant, il obtient un succès remarquable. L’histoire dramatique de ces moines soulève une interrogation qui confond plusieurs d’entre nous.  Malgré les requêtes répétés de partir, les moines ont en effet décidé de rester malgré le danger qui les menaçait. S’agit-il d’un entêtement suicidaire?

Au jardin de Gethsémani, Jésus a lui aussi fait face à ce choix. Il aurait pu décider de remonter la colline, se rendre à Béthanie et, de là, s’enfuir avec ses disciples. Sachant ce qui allait bientôt lui arriver, submerger d’une angoisse indescriptible, s’agissait-il là aussi d’un entêtement suicidaire?

Au début de 1993, au Zaïre, mes confrères et moi, nous nous sommes retrouvés au cœur d’un conflit tribal alors que sévissait l’anarchie généralisée dans le pays. Les pillages avaient lieu partout et n’épargnaient pas non plus les maisons religieuses. Toutes les radios onde courte diffusaient des messages aux ressortissants étrangers leur demandant de fuir le pays sans tarder. D’ailleurs, un avion militaire français devait atterrir à Bunia dans les jours suivants. Que faire?

Les rumeurs ont vite fait de se répandre. Les paras-commandos allaient-ils venir « pacifier » la région en incendiant les villages? L’année précédente, d’autres militaires étaient intervenus suite à une dispute entre deux chefs de village. Un de ces militaires m’avait pointé en affirmant qu’il serait celui qui me tuerait si jamais il y avait de nouveaux incidents. Je sentis alors un boulet m’appesantir le ventre. Allait-il revenir?

des-hommes-et-des-dieux-de-xavier-beauvois-cannes-2010-4554339aqozmL’urgence nous a poussés à intervenir. Nous formions des convois pour sauver la vie des gens appartenant à la tribu ennemie et les acheminions en sécurité dans leur territoire situé à 60 km de distance. Au retour, nous prenions de là-bas des familles entières, elles aussi en danger, pour les ramener là d’où nous venions. Les routes sinueuses et rocailleuses nous obligeaient à conduire très lentement et offraient des embuscades idéales. Le soir venu, en prière dans l’église, je demandais au Seigneur si je serais là le lendemain pour le prier encore. Puis, j’allais me coucher sans jamais m’inquiéter.

Un autre jour, au volant de notre véhicule tout terrain, un lourd silence s’empara de nous tous. Une vingtaine de personnes, dont beaucoup d’enfants, m’accompagnaient. Au bout d’un moment, une conversation intérieure surgit et j’entendis :

— Serge, la situation est vraiment dangereuse! Ne prends plus de risque et laisse-moi faire. Je te prends et je te ramène chez toi au Canada à l’instant même.

Ma réponse fut immédiate.

— Non! Je ne partirai pas même si je dois mourir sur cette route. Je ne veux pas être ailleurs qu’ici.

J’avais la conviction intime que ma mission était d’être là. Le reste n’avait aucune importance. S’agissait-il d’un entêtement suicidaire?

Par la suite, puisque personne d’autre ne pouvait le faire, nous avons contribué à la mise en place de pourparlers de paix entre des deux tribus en conflit. Les victimes innocentes étaient nombreuses de part et d’autre, des villages entiers brûlés. Mais, jamais n’avons-nous, à ce moment-là du moins, songé à partir. L’histoire montrera quelques années plus tard, en 1996, que l’invasion des militaires ougandais obligera un départ précipité des missionnaires.

C’est par amour pour le peuple algérien que les moines de Tibhirine ont décidé de rester. Au nom de ce peuple, une femme transforme également le regard que les moines ont sur eux-mêmes en leur rappelant qu’ils sont la branche sur laquelle les villageois s’appuient dans la tourmente. Ces moines ne contemplaient nullement la gloire du martyre. Aujourd’hui, leur choix nous transforme à notre tour dans la mesure où nous accueillons le choix que Jésus a lui-même fait en donnant sa vie pour changer le monde.

Mon expérience au Zaïre me laisse croire que ce choix n’est pas suicidaire. Au contraire, l’horizon du suicidaire est sans vision. Cette personne n’est plus portée par un projet de vie dans la mesure où le choix se dérobe. La clef de compréhension du choix des moines, comme celle de Jésus, si situe dans une désappropriation de soi qui mène au projet ultime, celui de la liberté intérieure.

L’amour est un langage déraisonnable et incompréhensible pour qui n’est pas submergé par sa folie. La tragédie des moines de Tibhirine met en valeur non pas l’héroïsme humain, mais la certitude d’être là où Dieu veut. Est-ce rationnel? Certes non! C’est plutôt une certitude intérieure que tout retourne vers Celui qui est l’Amour et la Vie.

Serge St-Arneault, M.Afr