Bonne nouvelle au sujet de mon papa Bastien – dimanche 1er mai 2016

Il y a trois semaines, je recevais un message de ma famille m’annonçant que mon papa était très malade, à vrai dire mourant. Transporté d’urgence à l’hôpital, son état était critique; eau aux poumons, insuffisance rénale, jambes enflées et autres complications. Je suis rapidement revenu au pays en espérant le voir avant sa dernière heure. Mon frère Sylvain m’a conduit à son chevet dès mon arrivée à l’aéroport de Montréal. Plus d’une centaine de personnes, parents et amis, ont envoyé des messages d’encouragement et des prières sur Facebook et par courriels. Je les ai imprimés pour les partager avec mon père.

Lentement, soins hospitaliers aidant, papa a pris du mieux. Du 5e étage de l’hôpital, il est descendu au 1er après deux semaines. Il a reçu de l’oxygène pendant un certain temps. Papa est toujours resté alerte et conservé son sens de l’humour. Encore maintenant, certaines douleurs persistent, sa fragilité physique aussi. Il aura tout de même 92 ans au mois d’août. De toute évidence, il ne pourra pas retourner vivre en appartement avec maman.

Puis, le vendredi 22 avril, la travailleuse sociale du nom de Maryline Villemure nous a annoncé que papa recevrait son congé d’hôpital la semaine suivante. Sans tarder, je me suis mis à la recherche d’une résidence privée où papa recevrait les soins dont il a besoin. Il fallait agir vite et donner notre réponse dès le lundi suivant.

En famille, nous avons opté pour la Villa du Jardin Fleuri. Il s’agit d’une résidence pour personnes autonomes et semi-autonomes. Nous avons aménagé la chambre 122 avec l’aide de mon ami Gervais Dumais en transportant les meubles de sa chambre à coucher. Même s’il aura besoin de quelques jours encore pour se familiariser avec son nouvel environnement, il retrouve son lit, ses meubles et ses effets personnels. Il pourra même utiliser son quadrimoteur dans la Villa. Par contre, un nouveau handicap s’ajoute à ses limites physiques. En effet, il devra porter en permanence une sonde urinaire.

Papa est dans son nouvel ‘appartement’ depuis vendredi 29 avril. C’est une autre adaptation. Nous avons confiance qu’il relèvera ce nouveau défi. Ma sœur Lucie, son mari Daniel et leurs enfants Vincent et Roxanne vivent tout près et le visitent déjà souvent. Sylvain n’est pas loin non plus avec Guylaine, son épouse, et ses enfants Mathieu et Isabelle. Nous sommes tous extrêmement reconnaissants pour l’appui et les prières que nous recevons des quatre coins du monde. Il y a beaucoup d’amour partagé dans cette étape de vie, de fin de vie … qui se poursuit. Pour combien de temps encore? Quoiqu’il advienne, nous remettons nos espoirs et nos vies dans les mains de Dieu. Notre foi est plus grande que nos questions. Encore une fois merci pour toutes vos marques d’encouragement et vos prières. Je retourne en Zambie samedi prochain. Serge

Récital de poésie et de littérature à La Tuque

La poésie et la littérature pour l’estime de soi

L’Écho La Tuque – Haut St-Maurice, Publié le 13 avril 2016

Récital de poésie La Tuque Mars 23 Echo La Tuque

Récital de poésie et de littérature à La Tuque

CULTURE. Le 5 février dernier, six élèves du primaire et du secondaire des écoles de La Tuque ont participé au récital de poésie et de littérature organisé au Complexe culturel Félix-Leclerc pour la cinquième année consécutive.

Le premier événement avait été tenu en septembre 2011 à l’occasion de la sortie du livre du père Serge St-Arneault, un prêtre missionnaire d’Afrique et frère d’Annie St-Arneault, l’une des victimes de la tuerie de Polytechnique. Son livre, Une parole pour traverser le temps, contient les poèmes de sa sœur. Un récital avait été tenu lors de la sortie.

Le père St-Arneault avait alors invité la communauté de La Tuque à répéter l’expérience le 6 décembre, date de la tragédie, ainsi qu’au cours des années subséquentes. La tradition se perpétue ainsi depuis maintenant cinq ans, où des artistes partagent leurs propres textes ou ceux d’autres auteurs latuquois d’origine ou d’adoption.

Nadine Abboud Lebrun dit s’investir depuis cinq ans pour susciter la participation des élèves, car il s’agit d’une occasion privilégiée d’améliorer leur estime de soi et leur confiance. «Écrire permet aussi à chacun des élèves de se révéler à lui-même et de mieux se connaître. Il y a donc un aspect spirituel dans la participation au récital de poésie», explique-t-elle.

«Je participe aux récitals de poésie depuis 2011. J’étais alors en première secondaire et j’ai répondu à l’invitation de Mme Nadine. Au début, j’avais de la difficulté à me présenter au micro. J’étais trop gênée», explique le participant Shawerim Coocoo. «Au bout de cinq ans, je peux mesurer le chemin parcouru. J’ai acquis énormément de confiance et d’assurance sur scène. Mes textes sont devenus de plus en plus profonds. Ils me permettent aussi de mieux me connaitre, de me comprendre et de m’affirmer. Je suis fière de moi!»

Yolande

Il y a quelques années, ma cousine et grande amie Yolande St-Arneault nous accueillait chez elle à Ste-Thérèse, moi et Danielle. Je ne me rappelle plus exactement le contexte, mais, suite à nos échanges, Yolande nous déclara dans un élan de tendresse : « Je vous prends dans mes bras et je vous berce ».

La veille de Noël, je vous ai partagé le drame de la maman de Mercy, cette adolescente de 15 ans qui est probablement décédée de leucémie. « On peut penser, de me dire Danielle, que Yolande est présente pour consoler la maman et accueillir Mercy. » En effet, Yolande est morte le 27 mars 2014 d’un cancer. J’étais chez elle au moment de son décès.

Hier, Jean-Marie Nderere Mungu, un réfugier Rwandais vivant en Zambie depuis une quinzaine d’années, m’a invité chez lui pour célébrer le baptême de sa fille âgée maintenant de huit mois. La communauté rwandaise est assez nombreuse à Lusaka. Les années se sont écoulées et ces familles autrefois déplacées se sont intégrées dans la société zambienne. Jean-Marie est propriétaire de magasins d’articles d’art et de confection d’habits. Il a une boutique pas très loin de chez moi, au centre d’achat Crossroads à Woodlands.

─ « Comment te sens-tu d’être de nouveau papa à l’âge de 54 ans ? », lui ai-je demandé.

─ « Je me sens plus jeune ! »

Son épouse, d’une dizaine d’années de moins que lui, a enfantée après un intervalle de onze ans. Cela a été totalement inattendu et par moment inquiétant.

─ « Solange a eu des complications pendant sa grossesse due à son âge. J’ai beaucoup prié, mais elle a prié encore plus que moi. Je vous le dis, mon père, c’est notre foi en Jésus qui nous a soutenus. Voyez, l’enfant est en bonne santé, une belle petite fille. »

Les drames se transforment parfois en réjouissances. Sans oublier la précarité de la situation de réfugiés, Jean-Marie a une belle maison. Il a planté des arbres dans sa parcelle, dont des eucalyptus. Les plus grands enfants ont étudié. Le plus vieux a même obtenu son diplôme d’avocat.

Nous sommes une trentaine de personnes bavardant sous le feuillage des arbres. Il y a à boire et à manger. C’est une fête.

─ « Merci d’être venu en grand nombre partager notre joie. Cette année, la fête de Noël est plus belle que jamais puisque notre fille vient d’être baptisée aujourd’hui. »

Son discours se poursuit en anglais, en français et en kinyarwanda. Un peu disparate, mais émouvant ! Bougie à la main, le parrain prend aussi la parole au côté de la marraine et de Solange tenant l’enfant dans ses bras. Tout se fait en kinyarwanda, mais je comprends qu’il remercie Jésus. C’est un discours d’action de grâce.

─ « À propos, quel est le nom de la petite ? »

Jean-Marie me regarde avec un large sourire. Il prend sa fille dans ses bras et la berce.

─ « Elle s’appelle Yolanda ! »

Quelle belle tendresse ! Yolande nous berce encore !

Noël n’est pas joyeux pour tout le monde!

Par Serge St-Arneault, M.Afr

Ambewe Tembo est venue me voir la semaine dernière. Elle n’était pas venue depuis longtemps.

─ Mon père, aidez-moi, mon enfant est à l’hôpital et elle a besoin d’une transfusion sanguine.

─ Où est-elle?

─ À l’hôpital général!

─ Mais c’est précisément là où se trouve la banque de sang.

─ Ils disent qu’ils n’ont pas son groupe sanguin.

Je suis déjà allé offrir mon sang à la clinique, qu’on appelle ici la banque de sang, et je trouvais cela très étrange que cette banque soit à court de sang. C’est d’ailleurs le seul endroit officiellement reconnu en Zambie pour le prélèvement professionnel de don sanguin.

Il arrive que les gens frappant à notre porte nous disent de demi-vérités ou carrément nous mentent. Comment savoir? Ambewe, je le crois, est sincère. Elle me parlait en chinyanja avec beaucoup de nervosité, d’urgence.

─ Je suis désolé Ambewe, mais je n’ai pas d’argent à t’offrir. Allons plutôt à l’hôpital.

En route, je me demandais vraiment ce qui se passait. Il nous a fallu quelques minutes pour nous rendre sur les lieux. Heureusement, j’ai trouvé un stationnement tout juste en face de la banque de sang située au cœur d’une vaste agglomération d’édifices. C’est l’hôpital universitaire le plus reconnu et le mieux équipé de Lusaka, la capitale de la Zambie.

─ Bonjour, je suis le père Serge. Je suis déjà venu offrir mon sang deux fois cette année. Ma dernière visite remonte au mois de juin. Voici madame Ambewe. Je suis disposé à offrir mon sang pour sa fille qui est hospitalisée. Pouvez-vous vérifier si cela est exact?

L’infirmière a plus de facilité que moi pour saisir ce qui se passe. Je comprends que la maman n’avait pas bien interprété ce que le médecin lui avait dit. Par contre, sa fille était bel et bien hospitalisée.

─ Pouvez-vous remplir ce formulaire? Votre sang sera très utile.

Au Québec, les collectes de sang refusent toujours mes dons pour la simple raison que je vis en Afrique et que je suis porteur de la malaria. Même si je n’ai pas eu de crise depuis maintenant quatre ans, cela n’y change rien. Par contre, cela n’a pas d’importance ici, car tout le monde est porteur de ce virus.

Le tour est joué après une petite demi-heure. Je ne suis pas le seul d’ailleurs. Je compte au moins cinq autres personnes, Zambiens et étrangers, sur les banquettes spécialement aménagées pour les donneurs.

En sortant, je vérifie de nouveau avec l’infirmière si mon don sanguin servira pour l’enfant d’Ambewe. Je suis un donneur universel, 0 négatif. Donc, cela devrait être possible.

─ Ne vous inquiétez pas! Je m’en occupe personnellement.

Que faire de plus? Elle connaît les rouages de l’hôpital mieux que moi.

Quelques jours plus tard, je reçois de nouveau la visite d’Ambewe. Elle était encore une fois très nerveuse. Je finis par comprendre que l’enfant est de retour à la maison. C’est déjà mieux. Elle me remercie pour ce que j’ai fait et me demande encore une fois un peu d’argent.

C’est chaque fois difficile de répondre à une telle demande. C’est toujours trop peu et il n’y a aucune garantie que la demande soit authentique. Cela me déchire le cœur. Je consens à lui remettre un 10 dollars sachant que c’est bien en deçà de ses besoins.

C’est aujourd’hui le 24 décembre. Nous fêterons Noël ce soir. Je ne peux pas m’empêcher de penser aux milliers de déplacés de par le monde qui doivent fuir la guerre; les migrants cherchant refuge en Europe et au Canada. Il y a aussi des réfugiés dans les pays limitrophes du Burundi qui traverse une grave crise politique. Cela m’attriste!

La cloche sonne à la porte. On me prévient qu’Ambewe me demande. J’ai comme un pincement au cœur en imaginant qu’elle vient encore me solliciter.

─ Merci mon père pour ce que vous avez fait pour mon enfant. Vous avez donné votre propre sang. Malheureusement, ma fille est morte cette nuit à la maison.

─ Oh non! Pauvre vous! Je suis vraiment peiné d’apprendre cela. De fait, comment s’appelle-t-elle?

─ Mercy Nyendwa!

─ Quel âge avait-elle?

─ 15 ans!

Je ne sais pas vraiment ce qui s’est passé. Mercy aurait-elle pu être sauvée avec un peu plus d’attention?

─ Mon père! J’ai besoin d’argent pour l’enterrer. Je n’ai rien!

Je lui remets 30 dollars qui lui permettront de se procurer un simple cercueil. Mon Dieu! Mon Dieu! Quel triste Noël pour les pauvres veuves!

Bibliothèque Annie St-Arneault, un message d’espoir pour les jeunes

De passage à La Tuque en fin de semaine lors de l’événement où l’on dévoilait que la bibliothèque municipale devenait la bibliothèque Annie St-Arneault, son frère, Serge, a profité du moment pour lancer un message d’espoir auprès de tous ceux et celles qui fréquenteront l’édifice, en particulier les étudiants.

Il souhaite que ces derniers prendront connaissance des événements tragiques de décembre 1989 à l’école Polytechnique de Montréal et qu’ils seront ainsi sensibilisés au fait que la violence faite notamment aux femmes est inacceptable.

Émission radiophonique complète sur les ondes de CFLM (6 minutes)

 

Communiqué de presse, samedi 19 septembre 2015 – Bibliothèque Annie-St-Arneault

C’est en présence de plusieurs membres de la famille, dont ses parents, ses deux frères et sa sœur, d’amis et de nombreux citoyens réunis pour l’occasion, que les dirigeants de Ville de La Tuque ont procédé aujourd’hui à une cérémonie spéciale pour rebaptiser l’édifice de la bibliothèque à la mémoire d’Annie St-Arneault. Cette Latuquoise qui aimait l’art, la poésie, ainsi que tout ce qui entoure le savoir et la connaissance, est l’une des 14 victimes de la tragédie du 6 décembre 1989 à l’École Polytechnique de Montréal. Par ce geste, le conseil municipal de La Tuque désire lui rendre hommage et s’assurer que son histoire traversera le temps.

« Nous avons travaillé ce projet en étroite collaboration avec la famille, parce que c’était important pour nous de poser un geste significatif qui aurait leur approbation. Il y avait plusieurs options possibles pour lui rendre hommage, mais il nous est vite apparu que la bibliothèque était le lieu le plus approprié pour le faire, étant donné qu’elle aimait la poésie et qu’elle avait une grande soif d’apprendre. Le conseil municipal est très fier, car nous vivons aujourd’hui un beau moment dans l’histoire latuquoise, même si ce geste est relié à une tragédie. Comme sa poésie, son nom sur cet édifice de La Tuque pourra traverser le temps, afin de perpétuer sa mémoire et rappeler à tous que la violence envers les femmes n’a pas lieu d’être dans le monde. Nous remercions les membres de sa famille qui ont généreusement accepté que cet hommage lui soit rendu », a souligné le maire de La Tuque, M. Normand Beaudoin dans le cadre de cette cérémonie.

Le nouvel affichage de l’édifice a été dévoilé à l’extérieur de la bibliothèque. Sur l’affiche, le mot municipale a laissé sa place à Annie-St-Arneault. Il y a aussi maintenant un espace à l’intérieur de la bibliothèque dédié à la mémoire de cette étudiante en génie mécanique décédée à 23 ans en assistant à son dernier cours avant l’obtention de son diplôme. En 2011, son frère, le Père Serge St-Arneault missionnaire en Afrique, a publié un recueil de poèmes qu’elle avait rédigé à l’âge de 11 ans et à l’âge de 23 ans. Ce recueil fait partie des objets exposés à sa mémoire à la Bibliothèque Annie-St-Arneault de La Tuque. Le logo, ainsi que le signet de la bibliothèque ont aussi été modifiés. Les gens présents à la cérémonie ont reçu le nouveau signet en guise de souvenir de cette journée très spéciale.

Pour voir la version originale et imprimable de ce communiqué, cliquez ici.

Source : Hélène Langlais, directrice des communications, Ville de La Tuque.

La bibliothèque Annie-St-Arneault est inaugurée

Michel Scarpino, Publié le 19 septembre 2015

HOMMAGE. Il y avait beaucoup d’émotion dans l’air, lors de l’inauguration de la bibliothèque municipale qui portera désormais le nom d’Annie-St-Arneault.

Parents, amis, plus d’une centaine de personnes ont été témoins du dévoilement de la nouvelle enseigne, qui témoigne que La Tuque se souviendra de cette Latuquoise décédée à 23 ans, lors de la tuerie de la polytechnique, en décembre 1989.

Ville de La Tuque souhaitait vraiment associer le nom d’Annie St-Arneault à un établissement de culture.

Le père Serge St-Arneault, missionnaire en Afrique, a ainsi résumé la pensée de sa mère Laurette en 2009. «Elle était belle, vaillante, déterminée, avec une soif d’apprendre en semant autour d’elle la joie et l’amour. Étudiante en sciences, elle mettait beaucoup d’efforts pour comprendre les formules mathématiques au lieu de simplement les apprendre par cœur. La bibliothèque municipale, rebaptisée à son nom, est donc un choix judicieux, puisqu’elle est un lieu de savoir, comme le soulignait M. Luc Martel». Dès l’adolescence, Annie St-Arneault a écrit de la poésie. Un recueil de ses poèmes a d’ailleurs été publié en 2011.

La sœur d’Annie St-Arneault, Lucie, trouve «doublement touchant», le fait que ce soit le premier bâtiment municipal à porter le nom d’une personne. «Ça place un baume sur la tragédie de la perte de ma sœur et c’est très apprécié de la part de Ville de La Tuque», a-t-elle indiqué.

« Nous avons travaillé ce projet en étroite collaboration avec la famille, parce que c’était important pour nous de poser un geste significatif qui aurait leur approbation. Il y avait plusieurs options possibles pour lui rendre hommage, mais il nous est vite apparu que la bibliothèque était le lieu le plus approprié pour le faire, étant donné qu’elle aimait la poésie et qu’elle avait une grande soif d’apprendre. Le conseil municipal est très fier, car nous vivons aujourd’hui un beau moment dans l’histoire latuquoise, même si ce geste est relié à une tragédie. Comme sa poésie, son nom sur cet édifice de La Tuque pourra traverser le temps, afin de perpétuer sa mémoire et rappeler à tous que la violence envers les femmes n’a pas lieu d’être dans le monde. Nous remercions les membres de sa famille qui ont généreusement accepté que cet hommage lui soit rendu », a pour sa part indiqué le maire Normand Beaudoin.

Un signet a d’ailleurs été produit pour l’occasion et le logo de la bibliothèque a été modifié.

«Nous sommes et resterons toujours fiers d’être latuquois», a lancé Serge St-Arneault.

Lire aussi ce document en fichier PDF

«Annie St-Arneault restera gravée dans l’histoire»

Publié le 19 septembre 2015 à 15h21 | Mis à jour le 21 septembre 2015 à 08h31

«Annie St-Arneault restera gravée dans l’histoire»

(La Tuque) La Latuquoise Annie St-Arneault, l’une des 14 victimes de la tragédie à l’École Polytechnique de Montréal, restera gravée dans la mémoire collective des citoyens du Haut Saint-Maurice. Entourés des membres de sa famille et d’amis, les dirigeants de Ville de La Tuque ont procédé, samedi, à une cérémonie spéciale pour rebaptiser l’édifice de la bibliothèque à la mémoire d’Annie St-Arneault.

«Annie St-Arneault restera ainsi gravée dans l’histoire de La Tuque, et l’événement insensé qui lui a coûté la vie, jamais oublié […] Ce grand hommage apporte un baume sur une douleur que nous ressentons encore 25 ans après la tragédie», a mentionné son frère, le père Serge St-Arneault.

La Latuquoise aimait l’art, la poésie, ainsi que tout ce qui entoure le savoir et la connaissance. D’ailleurs, Lucie St-Arneault a lu, avec beaucoup d’émotion, un des poèmes de sa sœur devant les dizaines de personnes venues pour le grand dévoilement.

«Ce sont des belles émotions», a-t-elle tenu à préciser.

Par ce geste, le conseil municipal désirait rendre hommage à Annie St-Arneault et s’assurer que son histoire traversera le temps. C’était d’ailleurs le premier bâtiment municipal baptisé au nom d’une personne à La Tuque.

«Nous avons travaillé ce projet en étroite collaboration avec la famille, parce que c’était important pour nous de poser un geste significatif qui aurait leur approbation. Il y avait plusieurs options possibles pour lui rendre hommage, mais il nous est vite apparu que la bibliothèque était le lieu le plus approprié pour le faire, étant donné qu’elle aimait la poésie et qu’elle avait une grande soif d’apprendre», a souligné le maire de La Tuque, Normand Beaudoin.

D’ailleurs, la famille a été très touchée par cet honneur. Un honneur qui a ravivé un mélange d’émotions. «Un mélange d’émotions et un mélange de fierté. Ça nous remet un peu dans le drame, ça nous fait un peu de peine, mais ce qui ressort c’est le côté positif. […] Ça touche encore des gens après 25 ans, et ça m’impressionne. Les gens n’ont pas oublié et c’est très touchant», a affirmé sa sœur.

«Mes parents vivent cette journée d’une façon unique, que je ne peux malheureusement pas décrire, mais le sentiment est profond. Pour ma mère particulièrement, le fait que la Ville honore sa fille, c’est vraiment un honneur. Un honneur partagé par la famille, la population de La Tuque, le Québec, le pays…», a ajouté son frère.

Le nouvel affichage de l’édifice a été dévoilé à l’extérieur de la bibliothèque. Sur l’affiche, le mot ‘municipale’ a laissé sa place à ‘Annie-St-Arneault’. Il y a aussi maintenant un espace, à l’intérieur de la bibliothèque, dédié à la mémoire de cette étudiante en génie mécanique décédée à 23 ans en assistant à son dernier cours avant l’obtention de son diplôme.

En 2011, son frère, le père Serge St-Arneault, missionnaire en Afrique, a publié un recueil de poèmes qu’elle avait rédigé à l’âge de 11 ans et à l’âge de 23 ans. Ce recueil fait partie des objets exposés à sa mémoire à la Bibliothèque Annie-St-Arneault de La Tuque.

«J’ai espoir que les générations futures qui viendront à la bibliothèque, qui auront accès à sa poésie et à d’autres documents et qui verront le nom d’Annie, s’interrogent sur la tragédie qu’ils n’ont pas connue. Que cela devienne une mobilisation contre la violence et particulièrement celle faite aux femmes», a souligné son frère.

Le logo, ainsi que le signet de la bibliothèque ont aussi été modifiés. Les gens présents à la cérémonie ont reçu le nouveau signet en guise de souvenir de cette journée très spéciale.

«Le conseil municipal est très fier, car nous vivons aujourd’hui un beau moment dans l’histoire latuquoise, même si ce geste est relié à une tragédie. Comme sa poésie, son nom sur cet édifice de La Tuque pourra traverser le temps, afin de perpétuer sa mémoire et rappeler à tous que la violence envers les femmes n’a pas lieu d’être dans le monde. Nous remercions les membres de sa famille qui ont généreusement accepté que cet hommage lui soit rendu», a mentionné le maire de La Tuque.

Fiche PDF

Discours du père Serge St-Arneault lors de l’inauguration de la bibliothèque « Annie St-Arneault »

Bibliothèque « Annie St-Arneault »

La Tuque, 19 septembre 2015

Monsieur Normand Beaudoin, Maire de Ville de La Tuque

Monsieur Luc Martel, Conseiller municipal

Conseillère et conseillers municipaux de Ville de La Tuque

Monsieur Alain Michaud, Bibliothécaire

Parents, amis, membres de ma communauté des Missionnaires d’Afrique

ainsi que de l’Association de famille Paul Bertrand dit St-Arnaud.

Distingués invités et visiteurs

Latuquoises et Latuquois

C’est une grande joie pour nous tous d’être ici aujourd’hui. Cela est particulièrement vrai pour mes parents Laurette et Bastien, ma sœur Lucie et mon frère Sylvain, ainsi que leurs conjoins Daniel et Guylaine et leurs enfants Roxanne, Vincent, Isabelle et Mathieu.

Nous nous préparons pour ce grand jour depuis le mois de mai alors que Monsieur Beaudoin adressait une lettre à mes parents leur demandant s’ils seraient d’accord à ce que Ville de La Tuque rende hommage à titre posthume à leur fille en nommant la bibliothèque municipale à son nom. Annie St-Arneault resterait ainsi gravée dans l’histoire de La Tuque et l’événement insensé qui lui a coûté la vie, jamais oublié. Mes parents n’ont pas tardé à donner leur accord avec le consentement unanime des enfants.

Ce grand hommage apporte un baume sur une douleur que nous ressentons encore 25 ans après la tragédie de la Polytechnique. Votre présence nombreuse, j’en suis persuadé, montre bien que vous partagez le même sentiment.

Dans l’un de ses témoignages en 2009, Laurette disait qu’Annie avait une personnalité unique. Elle était belle, vaillante et déterminée avec une soif d’apprendre en semant autour d’elle la joie et l’amour. Étudiante en sciences au CEGEP de Trois-Rivières, elle mettait beaucoup d’effort pour comprendre les formules mathématiques au lieu de simplement les apprendre par cœur. La bibliothèque municipale rebaptisée à son nom est donc un choix judicieux puisqu’il est un lieu de savoir, comme le soulignait Monsieur Luc Martel.

Annie avait de grands rêves qui resteront à jamais inachevés, dont celui de devenir ingénieure. À la surprise d’une de ses grandes amies, elle avait même envisagé de venir me rejoindre en Afrique. C’était là une autre manière pour elle de repousser les frontières de l’inconnu.

La bibliothèque qui portera désormais le nom de ma sœur est non seulement un geste public, mais également l’occasion d’affirmer l’égalité fondamentale entre nous tous : hommes et femmes engagés pour la promotion des droits universels de la personne.

La tuerie de 14 femmes à l’École Polytechnique de Montréal en 1989 est devenue une référence historique incontournable, certes tragique, mais également mobilisatrice dans nos luttes contre toute forme de discrimination et de violence. Heureux hasard, dans deux jours, soit le 21 septembre, l’Organisation des Nations Unies soulignera la Journée internationale de la paix où nous sommes conviés à exprimer notre solidarité avec les millions de personnes de par le monde qui sont touchées par les persécutions dévastatrices de la violence et des conflits.

Ici, dans notre société, les gains acquis pour un plus grand respect mutuel sont nombreux. Nous pouvons être fiers de qui nous sommes. Cette fierté a des racines profondes qui remontent à nos ancêtres qui ont prôné les valeurs de charité, d’égalité, de compassion et de solidarité dans un effort réel de lutter contre la pauvreté. Ce sont ces valeurs, au dire du sociologue Gérard Bouchard, prêchées par la religion catholique de nos aïeux, qui nous ont permis de devenir l’une des sociétés les plus égalitaires d’Amérique.

Annie s’exprimait par l’écriture. D’ailleurs, son recueil de poésie, intitulé Une parole pour traverser le temps, est ici à la bibliothèque. Dans un extrait du prologue de ce recueil, j’écrivais ceci :

« La rage abusive et meurtrière ne s’explique pas. L’intolérance s’acharne sur des cibles pour la simple raison d’être ce qu’elles sont : des femmes ou des enfants, des gens d’autres races ou de différentes idéologies et religions. Une fausse image de l’autre, exacerbée par une peur aveugle, semble être à l’origine de comportements aussi absurdes que tragiques, comme ce fut le cas le 6 décembre 1989. »

« Avec le passage du temps, à la lumière de l’Esprit de Jésus, nous cessons de nous ronger de l’intérieur et de faire souffrir nos proches avec notre douleur personnelle. Le cycle de la violence prend fin et nos cœurs brûlent de la présence invisible de ceux et celles qui nous ont quittés, comme il nous arrive de saisir un morceau de vie céleste en accueillant spirituellement la présence de Jésus au moment de la fraction du pain eucharistique. »

Annie est née à La Tuque, y a grandi, reçu son éducation, exprimé ses talents de comédienne, de musicienne et de scientifique. La bibliothèque municipale est à l’image de sa soif de connaissance. Il m’arrive parfois de faire un parallèle avec une autre jeune femme que vous connaissez bien; Malala Yousafzai, cette jeune Pakistanaise que des islamistes alliés à Al-Qaïda ont tenté d’assassiner en 2012. Le souhait de Malala est que toutes les filles, où qu’elles soient dans le monde, puissent avoir accès à l’éducation.

Aujourd’hui nous célébrons la courte vie d’une jeune et talentueuse femme  dont le nom est désormais associé à un édifice public dédié au savoir. Annie est devenue une source d’inspiration pour les jeunes femmes ainsi que les hommes qui rêvent d’un monde meilleur.

De retour d’Afrique pour mes vacances, je remercie de tout cœur les organisateurs de cet événement pour avoir patienté afin de me permettre d’être avec vous en ce moment.

Un merci spécial aussi à ma petite maman Laurette qui a été notre porte-parole dans les nombreux courriels échangés pour préparer l’inauguration de la bibliothèque « Annie St-Arneault ». Cela lui a fait revivre beaucoup d’émotion et a aussi accru sa fierté d’être la maman d’Annie.

Votre nombreuse présence est le gage de votre amitié, de votre amour et de votre fraternité. Certains d’entre vous venez d’aussi loin que Québec et Montréal. Nous vous remercions infiniment.

Plus spécialement, la population de La Tuque a toujours manifesté sa sympathie et son affection auprès de notre famille St-Arneault. Nous sommes et resterons toujours fiers d’être Latuquois.

Je termine avec ces quelques mots de maman qui ont été publiés dans le journal Le Nouvelliste au mois de décembre dernier : « Annie, tes rêves ne se réaliseront pas, tes poèmes resteront inachevés, mais notre amour pour toi durera toujours. Tu es notre étoile qui éclaire nos nuits, puisse ta joie de vivre nous inspirer toujours. »

 Père Serge St-Arneault, M.Afr, Missionnaire en Zambie

Cliquer ici pour télécharger le discours et visionner préférablement avec Windows Media ou VLC Media Player 

Missionnaire sans frontières

%d blogueurs aiment cette page :