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Un doctorat honorifique pour Nathalie Provost, survivante de Polytechnique

Félicitations, chère Nathalie, pour ce grand parcours et cette reconnaissance hautement méritée. (Boufeldja)

Seul on va peut-être vite, mais ensemble on va loin. (Nathalie Provost)

Lire les liens suivants

https://www.tvanouvelles.ca/2022/06/16/polytechnique-montreal-un-doctorat-honorifique-remis-a-nathalie-provost-1

https://www.journaldequebec.com/2022/06/16/polytechnique-montreal-un-doctorat-honorifique-remis-a-nathalie-provost

https://www.journaldemontreal.com/2022/06/16/polytechnique-montreal-un-doctorat-honorifique-remis-a-nathalie-provost

https://www.lapresse.ca/actualites/2022-06-16/survivante-de-la-tuerie/nathalie-provost-recevra-un-doctorat-honorifique-de-polytechnique.php

https://www.theglobeandmail.com/canada/article-ecole-polytechnique-shooting-survivor-nathalie-provost-to-receive/

https://montreal.citynews.ca/2022/06/16/polytechnique-shooting-survivor-nathalie-provost-to-receive-honorary-doctorate/

VIDEO 

https://globalnews.ca/video/8927056/polytechnique-shooting-survivor-advocate-awarded-honorary-doctorate/

PolySeSouvient se dit fatigué, mais non moins déterminé

Marco Bélair-Cirino, Le Devoir, 11 décembre 2021

Lundi 6 décembre 2021. La lumière de gyrophares éclabousse les arbres de part et d’autre du chemin Olmsted, qui serpente autour du mont Royal. Le convoi du premier ministre Justin Trudeau s’éloigne lentement du belvédère Kondiaronk, d’où 14 faisceaux lumineux s’élancent vers le ciel tourmenté, rappelant la mémoire des étudiantes tuées par balles lors de l’attentat antiféministe perpétré à l’École Polytechnique de Montréal, 32 ans plus tôt.

Passé en coup de vent, le chef du gouvernement canadien a laissé derrière lui une rose blanche et la promesse de soutenir la lutte contre la violence par armes à feu.

Plus de trois décennies après la tragédie du 6 décembre 1989, les figures de proue du groupe pour le contrôle des armes PolySeSouvient, Nathalie Provost et Heidi Rathjen, ne demandent qu’à croire Justin Trudeau, notamment lorsqu’il promet de retirer les armes à feu de style militaire opérationnelles des mains des Canadiens en échange d’une compensation financière.

« Il y a la fatigue, la frustration qui s’installent », fait remarquer Heidi Rathjen, après des années de batailles pour un contrôle accru des armes à feu au Canada durant lesquelles les avancées et les reculs ont été nombreux. « Même quand on gagne, on perd », dit la témoin de la tuerie du 6 décembre 1989, ayant en tête les « promesses électorales brisées » et les mesures de contrôle « anéanties par des tricheries réglementaires ».

« On ne peut pas faire cela pour l’éternité », lâche Heidi Rathjen. Pourtant, « beaucoup reste encore à faire », constate la coordonnatrice de PolySeSouvient, tout en pointant la recrudescence de la violence liée aux armes à feu et les 18 féminicides survenus au Québec depuis le début de l’année.

L’« adrénaline » ayant gagné Nathalie Provost le jour du 32e anniversaire de l’attaque antiféministe à Polytechnique au gré des entrevues avec des journalistes, des entretiens avec des personnes dont la vie a aussi été bouleversée par une arme à feu, des activités de commémoration, dont celle à laquelle elle a participé en compagnie des premiers ministres canadien, Justin Trudeau, et québécois, François Legault, s’estompe. « Je reviens au neutre, comme disait mon père », mentionne-t-elle dans un échange avec Le Devoir jeudi soir.

Nathalie Provost dit être « un peu tannée » de se battre pour interdire les armes d’assaut et de poing ainsi que les chargeurs de grande capacité, 32 ans après avoir été atteinte par les projectiles de Marc Lépine, qui avait fait irruption dans sa classe de l’École Polytechnique, porté par une haine antifemmes et armé d’une carabine semi-automatique Ruger Mini-14, pour y tuer le plus de femmes possible. « Je ne trouve pas ça facile. Puis, en même temps, j’ai la sensation que les probabilités qu’on s’approche de quelque chose de vrai, puis d’important, sont tellement grandes là », affirme la survivante de la tuerie du 6 décembre 1989, près de trois mois après les dernières élections fédérales. « Si les Canadiens avaient élu Erin O’Toole, même minoritaire, je ne sais pas ce que j’aurais fait », laisse tomber Nathalie Provost. « Mais ce n’est pas Erin O’Toole qui est au pouvoir, c’est un gouvernement libéral [qui s’y trouve] avec le Bloc québécois et le NPD, avec qui on peut travailler », poursuit-elle.

La femme de 55 ans n’hésite plus à dire aux décideurs politiques leurs quatre vérités, comme elle l’a fait avec Justin Trudeau après avoir lu le projet de loi C-21 sur les armes à feu déposé à la Chambre des communes en février dernier. Tant pis si son approche frontale nuit à ses ambitions, se dit-elle. « Vous dites que vous partagez la peine et la souffrance que nous vivons. C’est faux, Monsieur le Premier Ministre. Car si tel était véritablement le cas, vous auriez eu le courage d’aller au bout de vos convictions », avait écrit Nathalie Provost au premier ministre « un dimanche soir sur [sa] table de cuisine ». « Si vous poursuivez avec ce projet de loi, plus jamais nous n’accepterons de vous recevoir à nos côtés lorsque nous pleurerons la mort de nos filles, de nos sœurs, de nos amies, lors des commémorations annuelles », l’avertissait-elle. « Ça m’a pris une heure, une heure et quart l’écrire. On l’a fait vérifier par quelques stratèges qui ont dit “Ouf, ouais, OK”, puis on l’a envoyée par courriel à toute la gang de PolySeSouvient. Les réponses ont été instantanées : “Oui, oui, oui, oui, oui…” » raconte Nathalie Provost.

L’étude du projet de loi C-21 s’est arrêtée net après la publication de la lettre au bas de laquelle une quarantaine de survivants, témoins, parents de disparues avaient apposé leur signature.

« C’était pas mal extrême, mais nécessaire », souligne Heidi Rathjen, tout en rappelant que « la mesure principale pour laquelle [PolySeSouvient] se bat, c’est l’interdiction des armes d’assaut ».

Au cours de l’été, le chef du Parti libéral du Canada, Justin Trudeau, a réitéré sa promesse de neutraliser les armes à feu de style militaire au pays. « Ou bien [les propriétaires] revendent ces armes au gouvernement pour qu’il les détruise ou bien on se charge de les rendre inutilisables », avait-il déclaré en campagne électorale à la satisfaction des signataires de la lettre.

Nathalie Provost dit avoir croisé un premier ministre « mal à l’aise » sur le sommet du mont Royal lundi dernier. « Je l’ai salué. Il nous a remerciés de l’accueillir. J’ai dit : “Maintenant, on attend que vous livriez les promesses”. Il a répondu : “oui” », relate-t-elle.

Les porte-parole de PolySeSouvient, Nathalie Provost et Heidi Rathjen — qui se sont rencontrées pour la première fois le jour de leur rentrée à l’École Polytechnique, en septembre 1985 —, disent continuer de mener bataille notamment parce qu’elles ont la certitude de faire écho aux demandes non seulement des victimes des violences par armes à feu, mais de la majorité de la population canadienne.

En compétition avec un lobby proarmes les accusant de « pleurnicher », les deux bénévoles ainsi que les survivants et les témoins de la violence par armes à feu qui gravitent autour d’elles comme Meaghan Hennegan (survivante de la fusillade au Collège Dawson, en 2006) et Boufeldja Benabdallah (témoin des contrecoups de l’attentat de la grande mosquée de Québec en 2017), ont l’oreille de la population, des médias et des hommes et femmes politiques.

« Les familles des victimes ont une crédibilité énorme parce qu’elles n’ont rien à gagner. Elles ont déjà tout perdu », explique Heidi Rathjen.

« On ne lâche pas, on continue, même si c’est exigeant », dit Nathalie Provost qui concilie, elle aussi, travail, famille et activisme.

« Toutes les deux on est fatiguées. Mais on s’appuie l’une sur l’autre, et sur les autres membres de notre petit collectif, et on est rendues d’une efficacité redoutable », fait-elle remarquer.

Comptez-vous sur une relève ? « La relève, on la prépare, on la prépare », indique l’ex-administratrice de l’École Polytechnique, tout en soulignant que « tu ne peux pas forcer » d’autres victimes à monter sur la ligne de front.

Cela dit, PolySeSouvient voit d’un très bon œil l’implication de la mairessede Montréal, Valérie Plante, qui a pris à bras-le-corps la lutte contre la violence armée.

Comme elle, le groupe continue de presser Justin Trudeau de renoncer à son idée de sous-traiter aux provinces et aux municipalités l’imposition de nouvelles restrictions sur les armes de poing pour interdire plutôt les armes de poing d’un océan à l’autre… comme son prédécesseur Paul Martin le promettait il y a plus de 15 ans.

« On est moins protégés en 2021 qu’en 1989 »

Entretien avec Nathalie Provost, survivante de Polytechnique

Le souvenir de la tuerie de Polytechnique, il y a 32 ans ce lundi, prend une couleur particulière pour des survivantes et des témoins cette année, dans la foulée d’une série de meurtres de femmes partout au Québec et de fusillades aux quatre coins de Montréal. Et plus que jamais, le collectif PolySeSouvient dénonce l’inaction du fédéral pour s’attaquer aux armes de poing.

MAYSSA FERAH, LA PRESSE, 6 décembre 2021

« C’est une catastrophe. On est moins protégés en 2021 qu’en 1989 », estime Nathalie Provost. Elle a reçu quatre projectiles le 6 décembre 1989, quand 14 femmes ont été tuées parce qu’elles étaient des femmes.

Bien sûr, il n’y a pas de lien entre le meurtre de Meriem Boundaoui, tuée en février dernier par une balle perdue, et le drame de Polytechnique. Mais les multiples évènements impliquant des armes à feu dans la métropole tourmentent la survivante de la tuerie.

Au moment d’évoquer la mort de Thomas Trudel, tué par balle en novembre, Nathalie Provost lance un soupir lourd de sens. Puis après un bref silence, elle dit : « Ce que ça provoque chez moi, c’est le retour de la peur. Je suis triste de ce retour-là dans ma vie. On ne redevient jamais complètement fonctionnel après un évènement impliquant une arme. La peur de la balle perdue, c’est affreux. »

Chaque année, Nathalie Provost est sollicitée pour parler du drame de Polytechnique. Et chaque année, elle reprend la parole dans l’espoir d’éliminer la violence par armes à feu.

Il y a des années où c’est pesant, et je le fais pareil. Cette année, je suis assez positive. J’ai le sentiment qu’on fait une différence. Notre discours fait écho dans le climat actuel.

Nathalie Provost, survivante de la tuerie de Polytechnique

À chaque commémoration, son mécontentement face à l’inaction du fédéral augmente.

« Essayez donc de me trouver une action forte et permanente des libéraux par rapport aux armes à feu. Les armes de poing, c’est une responsabilité fédérale. Il faut arrêter de se lancer la balle et envoyer un message clair : on n’en veut pas. »

Loin du but

Le collectif PolySeSouvient n’est pas tendre envers le gouvernement de Justin Trudeau. Le groupe dénonce la vacuité du projet de loi C-21 sur le contrôle des armes. Il ne va pas assez loin, plaide-t-il.

Le groupe qui se bat pour un meilleur contrôle des armes à feu, en particulier les armes de poing, critique l’absence d’un programme de rachat forcé pour les armes d’assaut interdites. Rien n’oblige pour le moment les propriétaires à les rendre aux autorités, malgré les promesses en ce sens du parti de Justin Trudeau.

Jusqu’à présent, Ottawa demeure campé sur l’idée de laisser aux villes le soin de les interdire.

Tout est mis sur la table pour nourrir le marché de la revente, estime Heidi Rathjen, coordonnatrice de PolySeSouvient.

Ce qui avait été gagné après le drame de Poly, notamment un registre fédéral des armes à feu, a été détruit sous l’administration Harper, soutient le collectif. « Mais ça n’a jamais été reconstruit sous les libéraux. Il y a un affaiblissement du contrôle des armes alors qu’on assiste à une hausse des féminicides et à plusieurs fusillades. »

Selon le collectif, en reculant sur sa promesse de forcer les points de vente à s’assurer que les acheteurs d’armes à feu non restreintes possèdent un permis valide, les libéraux nourrissent le statu quo.

Il faut envoyer un message clair et resserrer le contrôle. La job n’est pas finie.

Heidi Rathjen, coordonnatrice de PolySeSouvient

Le gouvernement fédéral n’a rien fait de concret sur le terrain, répète-t-elle. Les armes d’assaut sont théoriquement prohibées, mais la plupart demeurent entre les mains de leur propriétaire.

Vérifier le permis d’un acheteur, c’est la base d’une politique de contrôle des armes à feu efficace, estiment les membres de PolySeSouvient.

Culture des armes

« Le climat d’insécurité pousse de plus en plus de monde à s’armer. On ne veut pas se diriger dans une direction qui ne correspond pas aux valeurs des Canadiens. On ne veut pas de la culture des armes qui prolifère », juge Heidi Rathjen.

Interdire les armes de poing et ne pas tout laisser aux municipalités enverraient donc un message clair à l’ensemble de la population, qu’il s’agisse d’individus liés à la criminalité ou pas, pense la porte-parole.

« Le lobby des armes à feu fait la promotion de l’usage de l’arme pour la défense personnelle. Ils ne le font pas ouvertement, mais militent pour qu’on commence à voir l’arme comme un instrument de protection. Entre ce discours partagé par les criminels et le lobby des armes à feu, il n’y a qu’un pas. »

Pour stopper le fléau, il faut un certain courage politique, plaide-t-elle. Ça passe par la volonté de rendre les pistolets moins accessibles.

Les armes illégales sont déjà illégales, certes. « C’est une question d’opérations policières. Mais il faut aussi un courage politique pour décider d’intervenir dans les secteurs où on sait qu’elles circulent. »

Si on n’intercepte pas ces armes par où elles transitent, elles se retrouvent dans les mains de nos jeunes.

Heidi Rathjen, coordonnatrice de PolySeSouvient

Elle craint qu’un point de non-retour soit franchi autant en ce qui a trait aux armes légales, prohibées ou à utilisation restreinte.

« J’ai confiance en la nouvelle génération »

Nathalie Provost ne s’oppose pas nécessairement aux peines plus sévères pour possession d’armes à feu. Mais les punitions plus lourdes sont parfois inefficaces pour contrer la montée de la violence, avance-t-elle. « Dans les meurtres conjugaux ou les fusillades actuelles, il y a le facteur impulsivité. La décision de tirer est rapide et émotionnelle, le suspect ne pense pas aux conséquences à ce moment-là. » Un message clair d’Ottawa serait donc le bienvenu, lance-t-elle.

Meurtres de femmes qui se multiplient. Tuerie en Nouvelle-Écosse, la pire de l’histoire moderne du Canada. Règlement de comptes entre de jeunes suspects qui font d’innocentes victimes. Les dernières années sont peu encourageantes pour quiconque milite contre les armes de poing ou les violences envers les femmes, admet Nathalie Provost. L’inaction du fédéral la déconcerte encore plus dans ce contexte. Elle garde espoir malgré tout. Montréal n’est pas devenu dangereux, souligne-t-elle. « Je continue mon combat, car j’ai confiance en la nouvelle génération. Certains ont beau les traiter de woke, la génération des 20 à 30 ans se mobilise beaucoup plus contre la violence. »

Elle salue les marches dans certains quartiers touchés par les fusillades, les prises de position des jeunes sur les réseaux sociaux, le vent de changement et le refus du statu quo. « Peut-être vont-ils nous sauver, en bout de ligne. »

AUTRES LIENS

Lettre de PolySeSouvient au Premier ministre du Canada

PolySeSouvient demande au gouvernement de respecter sans tarder ses engagements électoraux sur les armes à feu et de nommer un ou une ministre qui appuie formellement le contrôle des armes.

Monsieur le Premier Ministre,

Permettez-nous d’abord de vous féliciter pour la réélection du Parti libéral et la vôtre, accédant pour un troisième mandat au poste de Premier Ministre du Canada. Comme vous le savez, PolySeSouvient a encouragé le vote libéral au cours de cette campagne. En effet, vos décrets de mai 2020 prohibant 1,500 modèles d’armes d’assaut ainsi que la précision et la clarté de vos promesses pour un programme de rachat obligatoire ont eu raison de notre déception devant l’approche faible privilégiée par le Parti libéral depuis 2012 en lien avec le contrôle des armes.

En fait, l’importance qu’a pris la question du contrôle des armes dans le cadre de la campagne électorale et la conviction que vous et vos candidats avez démontrée nous ont donné confiance quant à la concrétisation d’une véritable interdiction des armes d’assaut et des chargeurs à grande capacité sous un prochain gouvernement libéral. Comme vous le savez, l’interdiction des armes paramilitaires constitue notre premier objectif depuis 1989.

Nous vous écrivons aujourd’hui pour vous exposer les conditions nécessaires, de notre point de vue, pour concrétiser vos engagements électoraux en matière de contrôle des armes de façon sincère, sérieuse et déterminée. Nous osons croire que le public canadien, dont le vote a manifestement été influencé par la question, s’attend autant que nous à des actions rapides et audacieuses en vue de renforcer nos lois sur les armes à feu.

Nous n’insisterons pas sur la faiblesse du projet de loi C-71 du ministre Ralph Goodale, qui prétendait remplir vos promesses de 2015 alors que la plupart ne l’ont guère été, incluant la vérification de la validité du permis d’un acheteur potentiel. Comme nous ne reviendrons pas en détail sur la vacuité du projet de loi C-21 du ministre Bill Blair, une législation pratiquement vide de mesures efficaces qui allait non seulement à l’encontre d’une promesse clé de 2019, mais qui aurait aussi empiré la situation en lançant la balle aux municipalités pour interdire les armes de poing et en proposant une mesure « drapeau rouge » qui aurait augmenté le fardeau pour les victimes et victimes potentielles.

Pour assurer une approche à la hauteur des attentes des Canadiens, nous vous demandons de nommer un ou une ministre de la Sécurité publique ou de la Justice (qui détenait le dossier par le passé) qui appuie réellement le contrôle des armes, soit à l’image du ministre Alan Rock qui avait piloté l’adoption en 1995 du projet de loi C-68, une loi révolutionnaire qui était complète et solide avant qu’elle n’ait été détruite par le gouvernement de Stephen Harper. Par exemple, un.e ministre ou député.e qui a publiquement défendu le projet de loi C-21 ne serait pas digne de confiance pour livrer sur le contrôle des armes à nos yeux.

En somme, nous vous demandons de nommer un ministre sur lequel vous pouvez compter pour :

1) effectuer de véritables consultations avant la rédaction de législation et de réglementation, notamment auprès des directeurs de police, représentants policiers, regroupements luttant contre la violence conjugale, intervenants en santé public et prévention du suicide, experts en droit, etc., en plus des groupes de victimes et d’usagers dont les chasseurs et commerçants d’armes (les lobbys dont le principal objectif est de défendre des « droits » inexistants ou qui prônent la désobéissance civile ne sont pas des parties prenantes crédibles à nos yeux),

2) instaurer un programme de rachat obligatoire et de modification d’armes en vue de les rendre inopérantes de manière permanente le plus tôt possible étant donné que l’amnistie pour les propriétaires actuels prend fin le 30 avril 2022, et refuser tout délai de mise en œuvre associé aux contestations juridiques par les intérêts pro-armes,

3) compléter les décrets afin de prohiber de nombreux modèles ayant échappé à la réglementation (ex : WK180, IWI Tavor, SKS, Deyra MK, Type 97, etc.)

4) enchâsser dans la loi une nouvelle définition des armes « prohibées » de manière à rendre l’interdiction des armes d’assaut complète et permanente, et instituer un système de pré-autorisation pour tout nouveau modèle d’arme à feu,

5) éliminer les échappatoires, exemptions et exceptions relatives aux chargeurs afin d’assurer le respect universel des limites légales de 5/10 cartouches, tout en considérant les bénéfices de sécurité publique d’une limite de 5 pour l’ensemble des chargeurs comme le souhaitent 7 Canadien sur 10,

6) prioriser la mise en œuvre de la loi C-71 adoptée il y a deux ans et demi,

7) amender le projet de réglementation déposé avant les élections habilitant la mise en œuvre de la loi C-71 de manière à assurer la vérification systématique de la validité du permis d’un acheteur potentiel tel que promis en 2015,

8) écarter tout délestage de responsabilité (notamment aux provinces) quant au contrôle des armes de poing pour plutôt instaurer une interdiction fédérale comme le souhaitent 7 Canadian sur 10, et immédiatement instituer un moratoire sur les nouvelles acquisitions d’armes de poing (ou, au minimum, interdire toute nouvelle importation et fabrication),

9) renforcer les critères dans la loi menant au refus automatique d’un permis de possession, investir des ressources substantielles dans le dépistage des candidats aux permis ainsi que dans la formation des agents et des tribunaux à l’égard de l’importance des mesures préventives (pour prioriser l’approche précautionnaire en lien avec les refus et révocations de permis, et les confiscations d’armes), et éliminer la période de grâce de six mois pour les propriétaires qui ne renouvellent pas leur permis,

10) bonifier l’accès des policiers aux registres de vente pour permettre la compilation des données, notamment en éliminant l’obligation d’obtenir un mandat de la cour, afin de leur permettre de mieux repérer l’origine d’une arme non restreinte et de détecter des patrons de transactions suspectes comme les achats massifs et

11) mettre en œuvre la réglementation sur le marquage international des armes à feu conformément aux obligations du Canada en vertu de deux traités internationaux contre le trafic illégal — au lieu de les reporter continuellement.

Aujourd’hui, monsieur le premier ministre, toutes les conditions gagnantes sont rassemblées pour que vous puissiez répondre aux attentes des Canadiens en manière de contrôle des armes : un mandat électoral clair, l’appui majoritaire et solide du public, un lobby proarmes politiquement discrédité et l’appui de deux partis de l’opposition, surtout le Bloc québécois en plus du NPD.

Il ne reste que de nommer un ministre qui est à la hauteur de la tâche.

Comme vous le savez, les crimes et les actes de violence commis à l’aide d’armes à feu continuent d’être en hausse au Canada, et la vente d’armes de poing augmente de façon exponentielle. Ces tristes statistiques ne changeront pas aussi longtemps qu’il n’y aura pas de changements concrets et considérables sur le terrain, ce que nous n’avons pas vu depuis que vous avez pris pouvoir il y a six ans.

 En espérant fermement pouvoir collaborer avec vous et votre prochain gouvernement pour protéger la population et les générations futures contre la violence armée, nous vous prions de bien vouloir agréer nos sentiments les plus respectueux,

Nathalie Provost, diplômée de Polytechnique, survivante et porte-parole de PolySeSouvient

Heidi Rathjen, diplômée de Polytechnique et Coordonnatrice de PolySeSouvient

Citation :

« Au cours des six dernières années, il y a eu très peu de progrès concret et visible. Par exemple, même les faibles mesures du projet de loi C-71, vieux de deux ans, n’ont pas encore été mises en œuvre, et les décrets de 2020 interdisant les armes d’assaut n’ont rien changé sur le terrain puisque toutes ces armes restent entre les mains de leurs propriétaires. J’ai vu cette approche timide et fragmentaire de première main lorsque j’étais membre du Comité consultatif sur les armes à feu du ministre Ralph Goodale. C’est une approche gagnante pour le lobby des armes puisqu’elle empêche toute réforme significative tout en fournissant de bons points de discussion au gouvernement. C’est précisément cette approche qui doit changer fondamentalement. Et pour que cela se produise, nous avons besoin d’un ou d’une ministre qui n’a pas peur d’agir avec audace, ce que nous n’avons pas vu depuis qu’Alan Rock était ministre de la Justice dans les années 1990. »

Nathalie Provost, diplômée de Polytechnique, survivante et porte-parole de PolySeSouvient

En appui à notre demande, voici un aperçu de l’approche libérale en matière de contrôle des armes (depuis 2012) qui doit changer de manière fondamentale (en anglais):

Autres liens :

Respect de vos engagements électoraux sur le contrôle des armes à brève échéance.

The Liberal Party’s Shift on Gun Control 2012 – 2021

Couverture médiatique

https://lactualite.com/actualites/polysesouvient-demande-a-justin-trudeau-de-faire-avancer-ses-promesses-sur-les-armes/

https://www.thestar.com/politics/2021/09/29/gun-control-group-urges-trudeau-to-name-new-minister-to-advance-liberal-promises.html

https://www.journaldemontreal.com/2021/09/29/poly-se-souvient-reclame-un-nouveau-ministre-de-la-securite-publique-1

Survol de propos d’experts en opinion publique et de leaders d’opinion dans les médias concernant l’enjeu déterminant du contrôle des armes à feu lors de la campagne électorale :

POST-ELECTION ANALYSIS RE GUN CONTROL TWEETS / IN THE MEDIA

Coup d’œil de la mauvaise gestion d’O’Toole sur cette question :

Complément d’information publié par le Globe and Mail : 

https://www.theglobeandmail.com/opinion/editorials/article-erin-otoole-and-the-wrong-way-to-pick-a-party-leader/ )

Pour suivre tous les développements en temps réel, suivez-nous sur Twitter (pas besoin d’un compte) : https://twitter.com/Polysesouvient 

PolySeSouvient exhorte les députés à voter contre le projet de loi sur les armes

OTTAWA — L’organisme PolySeSouvient exhorte les députés fédéraux à voter contre le nouveau projet de loi du gouvernement libéral sur le contrôle des armes à feu, affirmant qu’il ne va pas assez loin pour être sauvé.

Dans une lettre envoyée cette semaine, PolySeSouvient estime que le projet de loi récemment déposé aux Communes représente une capitulation des libéraux face au lobby des armes à feu. L’initiative libérale équivaut à jeter l’éponge en matière de contrôle des armes à feu, soutient l’organisme, fondé par des victimes et des proches des femmes tuées à l’École polytechnique en 1989.

La lettre de PolySeSouvient est signée par Nathalie Provost, qui a été atteinte de quatre balles lors de la tuerie de l’École polytechnique de Montréal. Elle a été envoyée à tous les députés à l’exception des conservateurs, étant donné l’opposition du parti au projet de loi, au motif qu’il cible injustement les propriétaires d’armes à feu responsables, mais pas les criminels.

Le projet de loi C-21, déposé le 16 février, vise à interdire les armes à feu dites «d’assaut», mais le programme de rachat des armes existantes serait volontaire. Le projet de loi libéral offrirait aussi aux municipalités la responsabilité d’interdire l’entreposage des armes de poing sur leur territoire.

PolySeSouvient a fait pression pour un rachat obligatoire des armes à feu récemment interdites pour s’assurer qu’elles ne peuvent pas être utilisées à mauvais escient, ainsi que pour une interdiction nationale des armes de poing pour éviter une courtepointe de lois à travers le pays.

Le groupe souhaite également que le gouvernement endigue l’accès facile aux chargeurs qui sont plafonnés à cinq ou dix balles, mais qui peuvent être facilement modifiés pour contenir leur pleine capacité illégale ou encore plus.

Le projet de loi introduirait des mesures sur un «drapeau rouge» et un «drapeau jaune» permettant à des personnes, comme des amis ou des parents concernés, de demander aux tribunaux de retirer immédiatement les armes à feu à une personne, ou de demander à un contrôleur des armes à feu de suspendre et d’examiner un permis individuel de posséder des armes.

PolySeSouvient y voit «un écran de fumée» qui imposerait un nouveau fardeau aux particuliers.

Dans une lettre adressée au premier ministre le 18 mars, PolySeSouvient indique que si Justin Trudeau ne modifie pas substantiellement son projet de loi, il ne sera plus le bienvenu aux cérémonies de commémoration du drame de Polytechnique.

Mary-Liz Power, porte-parole du ministre de la Sécurité publique Bill Blair, a déclaré vendredi que «nous travaillerons avec toutes les parties intéressées pour assurer la sécurité de nos communautés», mais il n’est pas clair si cela pouvait signifier des changements importants à la législation.

PolySeSouvient souhaite que le gouvernement libéral retire carrément son projet de loi. Mais s’il devait demeurer au feuilleton, l’organisme demande aux députés de le rejeter en deuxième lecture à la Chambre des communes.

La coordinatrice de PolySeSouvient Heidi Rathjen a déclaré que la plupart des réponses de députés libéraux à la lettre répètent jusqu’à présent les points de discussion officiels qui accompagnaient le dépôt du projet de loi, «ce qui nous dit que pour l’instant, peu ou rien n’a changé par rapport à la position du gouvernement».

Le Bloc québécois affirme que le projet de loi ne protégera pas le public.

PolySeSouvient n’avait reçu vendredi aucune réponse du NPD. Mme Rathjen a qualifié la réticence générale du parti à l’égard du projet de loi «d’inquiétante», soulignant que les néo-démocrates pourraient avoir le pouvoir de décider de son sort.

Le porte-parole du NPD en matière de sécurité publique, Jack Harris, a souligné que le parti appuyait depuis longtemps des actions plus sévères contre les armes à feu dites «d’assaut» et les efforts pour éliminer les armes de la rue.

Dans une entrevue, il a également exprimé sa consternation face au problème de longue date de la contrebande d’armes à feu. M. Harris a laissé entendre que le NPD appuie généralement le projet de loi, mais il a ajouté qu’il souhaitait entendre des témoins sur le projet de loi au Comité de la sécurité publique de la Chambre des communes.

Gun-control group urges MPs to vote against ‘weak’ Liberal firearms bill

Des survivantes de Polytechnique ne veulent plus être vues avec Trudeau

Extrêmement déçues par le nouveau projet de loi d’Ottawa sur le contrôle des armes à feu, une trentaine de survivantes et proches de victimes de la tuerie de Polytechnique demandent à Justin Trudeau de ne plus apparaître à leurs côtés lors des commémorations futures.

TRISTAN PÉLOQUIN, LA PRESSE, Publié le 18 mars 2021

« Ça suffit, les belles photos de monsieur Trudeau avec le regard larmoyant à nos côtés », lance Nathalie Provost, une survivante de la tuerie qui a cosigné la lettre ouverte acheminée au premier ministre mercredi.

« Si vous poursuivez avec ce projet de loi, plus jamais nous n’accepterons de vous recevoir à nos côtés lorsque nous pleurerons la mort de nos filles, de nos sœurs, de nos amies, lors des commémorations annuelles », promet la lettre envoyée au premier ministre.

Les 33 signataires reprochent au gouvernement d’essayer de « duper » la population avec du « verbiage politique et des slogans accrocheurs » avec son nouveau projet de loi C-21, qu’ils décrivent comme une « trahison ». Ce projet de loi, déposé en février, permettra aux propriétaires de plus de 1500 modèles d’armes à feu « de type militaire » de conserver leurs armes selon des conditions plus strictes. Il leur sera notamment interdit de les utiliser dans des champs de tir, de les léguer ou de les vendre, d’en acquérir de nouvelles ou d’en importer. Ils devront aussi obtenir un permis de possession d’arme à autorisation restreinte, les enregistrer et se conformer à des règles d’entreposage plus contraignantes.

En 2019, M. Trudeau avait lui-même promis, lors de la cérémonie commémorative marquant le 30e anniversaire de la tuerie de Polytechnique, de « renforcer le contrôle des armes à feu en éliminant et en interdisant les armes d’assaut de style militaire ». « Nous avons un consensus clair à la Chambre des communes, nous avons un consensus clair à travers le pays », avait-il déclaré, devant une foule largement composée de survivantes du drame et de leurs proches.

Son gouvernement a ensuite annoncé, en mai dernier, qu’il souhaitait interdire ces armes « conçues expressément pour les soldats et pour tuer des gens ». Le Ruger Mini-14, utilisé par le tueur de Polytechnique, et la VZ58, arme que possédait le tueur de la Grande Mosquée de Québec (mais qui s’est enrayée) figurent dans la liste des armes désormais prohibées.

Le gouvernement Trudeau a cependant mis de l’eau dans son vin en février, en annonçant une forme de « clause grand-père » (clause de droits acquis) pour permettre aux propriétaires actuels de ces armes semi-automatiques « de type militaire » de les conserver.

Un programme de rachat de 250 millions de dollars, prévu par le gouvernement pour retirer ces armes des mains des propriétaires, devient de ce fait volontaire.

M. Trudeau a indiqué qu’il « remerci[ait] les signataires de la lettre et leur répondra[it] directement ». « Nous partageons leur volonté de resserrer le contrôle des armes à feu au pays et nous les remercions pour leur travail et leur engagement », a-t-il affirmé dans une déclaration transmise par son attachée de presse Ann-Clara Vaillancourt.

« Ces armes sont des outils qui ont été conçus spécifiquement pour tuer le plus de gens possible, le plus rapidement possible, et elles n’ont pas leur place dans notre société. Depuis le 1er mai 2020, il est illégal d’utiliser, d’acheter, de vendre, de transférer ou de léguer des armes d’assaut de style militaire dans notre pays. Nous allons continuer d’écouter et de travailler avec les provinces, les municipalités, et les parties prenantes qui veulent resserrer le contrôle des armes à feu », ajoute la déclaration.

Influence du lobby des armes

Jean-François Larrivée, l’un des cosignataires de la lettre dont la femme est morte sous les balles lors du drame de Polytechnique, déplore qu’« aucune des tragédies, que ce soit celle de Polytechnique, celle de Dawson ou celle de la mosquée de Québec, n’aurait été empêchée avec ce projet de loi du gouvernement Trudeau ».

« Les tueurs responsables de ces tragédies avaient tous des armes légalement acquises. Si le gouvernement ne rend pas son programme de rachat des armes d’assaut obligatoire, ou s’il n’exige pas qu’elles soient rendues inopérantes, en coulant par exemple du plomb dans le canon, rien n’empêchera une personne dont deux fils se touchent dans la tête de provoquer un drame semblable. Ce n’est pas un simple édit gouvernemental qui interdit leur utilisation qui va empêcher des drames de se produire », croit-il.

Pour Mme Provost, qui milite depuis des années pour l’interdiction des armes d’assaut, « le puissant lobby des armes à feu a fini par gagner ».

Le projet de loi C-21 s’est aussi attiré les critiques de nombreuses municipalités du gouvernement québécois, parce qu’il délègue aux villes le pouvoir d’interdire les armes de poing. La ministre de la Sécurité publique du Québec, Geneviève Guilbault, s’est dite « agacée » par cette délégation de pouvoir aux quelque 1100 municipalités de la province, qui risque selon elle de créer de la « confusion ».

« Réalisez-vous que votre projet de loi vise à créer une mosaïque de plus de 3000 législations auprès de municipalités qui n’ont jamais demandé et qui ne veulent pas de ce pouvoir ? », demandent les cosignataires à M. Trudeau, qui y voient un « fardeau inutile sur les épaules des élus municipaux ».

Avec Mélanie Marquis, La Presse

LIENS :

VIDEO Radio-Canada

Canadian Press

Updated – Montreal

Canadian Press: update – Canada

CBC – English

Presse canadienne française

Le Metro – lettre publiée

Metro 

Welland Tribune

RADIO ICI Radio-Canada Hugo Lavoie

Radio 98.5 

Des familles de Polytechnique menacent de déclarer Trudeau « persona non grata »

Des survivantes, des familles et des témoins touchés par le drame de Polytechnique ont l’impression d’avoir été utilisés par le gouvernement libéral.

Louis Blouin, Radio-Canada

Le premier ministre du Canada est accusé « d’abandonner » et de « trahir » les victimes de violence par armes à feu et leurs proches. Dans une lettre cinglante adressée à Justin Trudeau, des survivantes et des proches de femmes tuées lors du drame de Polytechnique lui demandent de revoir de fond en comble son projet de loi C-21 sur le contrôle des armes.

Le ton de la longue missive, dont Radio-Canada a obtenu copie, est très dur.

Nous tenons, par la présente, à vous exprimer notre colère à l’endroit du lamentable projet de loi C-21, peut-on lire d’entrée de jeu dans la lettre envoyée à Justin Trudeau. L’absence d’un programme de rachat obligatoire pour les armes d’assaut interdites au printemps 2020 est au cœur des critiques.

Les signataires accusent le gouvernement libéral d’hypocrisie. Bien que vous et votre gouvernement puissiez sans doute duper une importante partie de la population avec du verbiage politique et des slogans accrocheurs, vous ne pouvez pas duper les familles et les survivants qui se battent depuis plus de 30 ans pour le contrôle des armes, peut-on lire dans la lettre.

Elle contient aussi une mise en garde claire : si Justin Trudeau ne modifie pas substantiellement sa proposition législative sur le contrôle des armes, il ne sera plus le bienvenu aux commémorations du drame de Polytechnique du 6 décembre 1989.

Une trentaine de personnes ont signé la lettre, dont une quinzaine de proches de victimes du drame de Polytechnique, ainsi que des survivantes et des témoins.

Le gouvernement Trudeau maintient que son approche est la bonne en matière de contrôle des armes à feu.

Si Justin Trudeau a participé aux commémorations du 6 décembre ces dernières années à Montréal, l’accueil pourrait être bien différent la prochaine fois. Jean-François Larivée, qui a perdu son épouse Maryse Laganière le 6 décembre 1989, ne mâche pas ses mots envers le premier ministre.

Nathalie Provost, une survivante de la tuerie, en rajoute : Pour moi, il n’est plus le bienvenu là. Je n’irai plus le saluer. Je n’accepterai plus ses bons mots de condoléances ou de sympathie […]. Pour moi, ça devient de l’hypocrisie de le répéter fois après fois et de ne pas faire les gestes qui sont efficaces.

Je dois vous avouer qu’on se sent utilisés, affirme Nathalie Provost.

Un sentiment que partage Jean-François Larivée. Ils se sont servis de ce qu’on disait, de ce qu’on faisait, pour avoir plus de votes et, finalement, ils nous trahissent parce que le projet de loi qui est déposé, là, ce n’est absolument rien. C’est de la poudre aux yeux, c’est un écran de fumée, affirme-t-il.

Un projet de loi critiqué

Le groupe PolySeSouvient aimerait que l’interdiction des armes d’assaut annoncée au printemps dernier soit accompagnée d’un programme de rachat obligatoire, plutôt que facultatif. Selon ce qui est prévu dans le projet de loi C-21, les propriétaires des armes proscrites ne seraient pas forcés de les rendre aux autorités en échange d’une compensation et pourraient les conserver, sans les utiliser, à condition de les entreposer de manière sécuritaire.

Les signataires déplorent que, selon le plan libéral, ces armes demeurent en circulation; ils craignent qu’un éventuel gouvernement conservateur puisse annuler cette interdiction.

Demain, dans une semaine, dans un an, les tueurs de Polytechnique, de Dawson ou de la mosquée, tous détenteurs de permis de possession et propriétaires d’armes d’assaut acquises légalement, pourraient commettre les mêmes massacres avec les mêmes armes et les mêmes chargeurs à grande capacité, est-il écrit dans la lettre. Non, nous ne serons pas plus en sécurité grâce à votre projet de loi.

Ottawa garde le cap

Dans une déclaration écrite, le bureau du premier ministre a remercié les signataires de la lettre et s’est engagé à leur répondre directement. Nous allons continuer d’écouter et de travailler avec les provinces, les municipalités, et les parties prenantes qui veulent resserrer le contrôle des armes à feu, a-t-on ajouté.

Le projet de loi, comme tel, nous sommes persuadés que c’est la bonne approche à prendre, affirme de son côté Joël Lightbound, secrétaire parlementaire du ministre de la Sécurité publique. Il rappelle que les groupes intéressés pourront s’exprimer en comité parlementaire et assure que le gouvernement sera à l’écoute.

M. Lightbound réitère que des programmes de rachat obligatoire des armes d’assaut ont eu des résultats mitigés dans d’autres pays, comme la Nouvelle-Zélande. Le tiers des armes leur a été rendu, les deux tiers sont toujours en circulation, souligne-t-il.

Au Canada, les propriétaires qui veulent conserver les armes interdites devront les enregistrer et ne pourront pas les utiliser, ajoute-t-il. Je comprends la douleur des familles des victimes qui veulent qu’on en fasse toujours plus, explique-t-il.

PolySeSouvient aimerait aussi voir une interdiction des armes de poing à l’échelle nationale, alors que le gouvernement Trudeau veut laisser le soin aux villes, individuellement, de les interdire sur leur territoire. Ce fardeau n’incombe pas aux villes, selon les signataires. Assumez vos propres responsabilités, monsieur le premier ministre! lancent-ils.

À Ottawa, les troupes bloquistes ont déjà laissé entendre qu’elles avaient l’intention de proposer des changements au projet de loi C-21 en comité parlementaire pour que le programme de rachat des armes d’assaut de type militaire soit obligatoire. Selon la députée Kristina Michaud, le gouvernement Trudeau doit faire preuve de courage une fois pour toutesS’il est pour un resserrement du contrôle des armes d’assaut, il doit rendre le programme de rachat obligatoire, comme nous le lui demandons, a-t-elle ajouté.

Le Nouveau Parti démocratique, de son côté, déplore que le projet de loi C-21 manque cruellement de mordant, en matière de lutte contre le trafic d’armes, notamment. Toutefois, il ne fait pas du programme de rachat obligatoire une condition sine qua non pour l’appuyer.

À la mi-février, le Parti conservateur avait réitéré son opposition à un régime d’interdiction des armes d’assaut et à un programme de rachat pour les propriétaires. Le fait de retirer leurs armes aux citoyens respectueux des lois ne fait rien pour arrêter les dangereux criminels et les gangs qui obtiennent leurs armes illégalement, avait alors déclaré le lieutenant politique d’Erin O’Toole au Québec, le député Richard Martel.

Pour Nathalie Provost, c’est la bataille de la dernière chance pour obtenir une loi plus musclée en matière de contrôle des armes. Si ce projet de loi est adopté [dans sa forme actuelle], pour nous, c’est comme un combat perdu complètement. C’est 30 ans de militantisme perdus. Trente ans d’engagement, trente ans de convictions, perdus, dit-elle.

On allait avoir un château en pierre, puis on a fini avec un château de cartes qu’un simple souffle des conservateurs va pouvoir détruire, s’inquiète Jean-François Larivée.

Le Québec commémore les 31 ans de la tuerie de Polytechnique

La Presse canadienne, 6 décembre 2020

Les Québécois commémoraient dimanche les 31 ans de la tuerie de Polytechnique Montréal, mais le triste anniversaire prendra cette année une forme particulière parce qu’il n’y aura pas de rassemblement en personne pour souligner l’événement.

Une cérémonie commémorative virtuelle a eu lieu à l’heure du midi, avec la participation entre autres de l’une des survivantes de l’attentat, Nathalie Prévost, qui a fait un discours depuis la place du 6-Décembre-1989.

« Trente et un an après les premières demandes des étudiants de Polytechnique, juste en haut de la côte, et j’y étais, 31 ans et on demande encore des contrôles simples, des contrôles nécessaires », a-t-elle soutenu.

« Malheureusement, 31 ans après, c’est encore à faire, je suis encore là, debout, devant vous, à vous demander qu’ensemble comme Canadiens, on le demande au gouvernement. »

Lors de la cérémonie, un accent particulier a été mis sur la violence contre les femmes autochtones. Plusieurs ont notamment parlé de Joyce Elchaquan, cette Attikamek qui est morte à l’hôpital de Joliette après avoir subi des insultes dégradantes d’une infirmière et d’une préposée aux bénéficiaires.

« Depuis 1980, 1600 femmes autochtones ont disparu ou ont été assassinées. C’est l’équivalent de 37 000 Canadiennes ou 8000 Québécoises. Huit mille Cédrika Provencher passées inaperçues », a déclaré l’artiste innue Kathia Rock.

Comme les années dernières, des faisceaux de lumière seront projetés dans le ciel depuis le belvédère du mont Royal, mais le public n’est pas invité à y assister.

Il y a exactement 31 ans, quatorze femmes, dont beaucoup étaient des étudiantes en génie, ont été tuées et plus d’une douzaine de personnes ont été blessées dans une attaque motivée par la haine du tireur envers les femmes.

 À (RE)LIRE:

La commémoration des 30 ans : Montréal se souvient du féminicide
En vidéo | Regards croisés de Francine Pelletier et d’Aurélie Lanctôt sur la tuerie
L’éditorial de Marie-Andrée Chouinard: Polytechnique: déni de féminicide
En données | Portrait de la violence par arme à feu au Canada

Les politiciens au Québec et au Canada ont tenu à souligner le triste anniversaire, dimanche.

« La sécurité des femmes doit être le fondement de toute société. Encore aujourd’hui, trop de femmes, de filles et de personnes de diverses identités et expressions de genre font face à la violence et la discrimination au Canada et à travers le monde. Il nous reste encore beaucoup de travail à faire pour nous assurer qu’elles puissent vivre sans injustice, sans misogynie et sans peur », a déclaré le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, dans un communiqué.

M. Trudeau a rappelé que son gouvernement avait interdit cette année plus de 1500 armes à feu de style militaire, qui comprend l’arme utilisée à Polytechnique.

Le premier ministre François Legault a affirmé que le Québec avait un devoir de souvenir, mais aussi « un devoir d’action ».

« On doit continuer le travail pour prévenir et combattre toutes les formes de violence contre les femmes », a-t-il écrit sur Twitter.

Les commémorations seront virtuelles

La commémoration de la tuerie qui a coûté la vie à 14 femmes à l’École polytechnique est devenue à travers le temps une journée de réflexion et d’appel à l’action pour mettre fin à la violence basée sur le genre, mais cette année, les gens vivront ce triste anniversaire seuls plutôt qu’en groupe.

MORGAN LOWRIE, LA PRESSE CANADIENNE, publié le 5 décembre 2020

La plupart des évènements qui ont lieu chaque année, dont le dépôt de couronnes de fleurs, des discours et une cérémonie pour projeter des faisceaux de lumière dans le ciel depuis le belvédère du mont Royal, se dérouleront virtuellement ou sans foule en cette année qui sera « difficile », de l’aveu de l’une des survivantes de l’attentat.

« Il y a beaucoup de chaleur humaine dans ma vie autour du 6 décembre, beaucoup d’émotions reliées à ces rassemblements, beaucoup de chaleur et cette année, c’est beaucoup plus froid », a relaté Nathalie Provost, qui a été blessée de quatre balles lorsqu’un tireur a fait irruption à l’École polytechnique en 1989.

Quatorze femmes, dont beaucoup étaient des étudiantes en génie, ont été tuées et plus d’une douzaine de personnes ont été blessées dans une attaque motivée par la haine du tireur envers les femmes.

Mme Provost, qui est porte-parole du groupe militant pour le contrôle des armes à feu PolySeSouvient, affirme que les efforts pour se commémorer le drame se sont poursuivis, même si les réglementations sanitaires empêchent les gens de se rassembler en personne.

Plus tôt cette semaine, une bourse de 30 000 $ connue sous le nom de l’Ordre de la rose blanche a été remise à l’étudiante crie Brielle Chanae Thorsen, une étudiante en génie que Mme Provost décrit comme une « jeune femme extraordinaire ».

Et dimanche midi, Nathalie Provost se joindra à un panel de conférenciers dans un parc nommé en l’honneur des victimes pour un évènement qui sera diffusé en ligne. Mais Mme Provost craint que la participation ne soit plus faible cette année, soulignant que les gens sont fatigués de regarder les écrans.

« C’est pourtant important, le rassemblement dans le deuil et la commémoration. Et là, on essaie de les faire virtuellement et l’impression que j’ai, c’est que, c’est beaucoup plus difficile d’atteindre (les gens) », a-t-elle expliqué.

Cette diminution de la participation survient à un moment où la question de la violence basée sur le genre est plus urgente que jamais, selon certains groupes de défense.

Élisabeth Fluet-Asselin, porte-parole de la Fédération des femmes du Québec, a indiqué que la pandémie avait entraîné une demande accrue dans les refuges pour femmes, des difficultés d’accès aux services et des problèmes de santé mentale provoqués par l’isolement. Elle précise que certains groupes sont particulièrement touchés, notamment les femmes autochtones, les membres de la communauté LGBTQ, les femmes handicapées et les détenus.

En plus d’une cérémonie dominicale dans un parc de Montréal, la fédération a organisé plusieurs évènements virtuels dans le cadre de ses 12 jours d’action, dont des baladodiffusions, des vidéos, des tables rondes et des évènements d’art et de poésie – tous conçus pour souligner et dénoncer la nature systémique de la violence basée sur le genre.

« Les violences faites aux femmes, ce n’est pas seulement physique, c’est pas seulement de la violence conjugale ou sexuelle. Il y a plein d’autres formes de violence et il ne faut pas l’oublier surtout dans le contexte présent », a-t-elle soutenu en entrevue.

Pour sa part, Nathalie Provost s’inquiète d’une augmentation de la violence sur les réseaux sociaux, qui, selon elle, peut entraîner des conséquences réelles et violentes.

À travers les années, Mme Provost dit que ses propres émotions entourant la tuerie de Polytechnique ont évolué.

Cette année, elle se sent fatiguée et frustrée de la lenteur des changements législatifs sur le contrôle des armes à feu.

Elle affirme avoir été encouragée par le plan du gouvernement fédéral, qui prévoit interdire quelque 1500 d’armes à feu de style militaire. Mais il y a encore beaucoup de travail à faire, selon elle, dont interdire les armes de poing, doter la police de meilleurs outils pour intervenir dans des situations problématiques et gérer les armes en circulation actuellement.

Éventuellement, elle espère tourner la page sur la fusillade et que la commémoration devienne une journée paisible. Au lieu de cela, elle dit que le contraire semble se produire alors que les victimes de fusillades à Toronto, à Québec et en Nouvelle-Écosse ajoutent leur voix à ceux qui appellent au changement.

« Nous n’avons pas besoin d’autres commémorations, a-t-elle plaidé. Nous ne voulons pas en créer de nouvelles. Nous voulons que ça arrête. »