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Des victimes d’armes à feu interpellent Trudeau pour qu’il respecte ses promesses

Actualités, Par Stéphane Blais, La Presse Canadienne, 30 novembre 2020

MONTRÉAL — Des survivants et des familles de victimes de tueries qui ont organisé une conférence de presse, lundi matin, demandent au gouvernement fédéral de légiférer pour rendre permanente l’interdiction des armes d’assaut et d’interdire la vente d’armes de poing.   

Au mois de mai dernier, le Canada a banni pas moins de 1500 modèles d’armes d’assaut de type militaire, mais pour Heidi Rathjen, coordonnatrice de PolySeSouvient, «ce n’est que le premier pas pour l’interdiction des armes d’assaut».  

«Il est nécessaire de compléter l’interdiction (d’armes d’assaut de type militaire) et de la rendre permanente par voie législative, en plus d’instaurer un programme de rachat qui initialement devait commencer cette année. Ce programme devrait aussi être obligatoire, selon la promesse électorale des libéraux.»  

Heidi Rathjen demande également que Justin Trudeau envoie un message clair qui confirmera que l’éventuelle législation «confrontera la question des chargeurs modifiables qui peuvent être facilement convertis à leur pleine capacité illégale».  

Celle qui a été témoin de la tuerie à l’école  Polytechnique en 1989 a souligné que les témoignages au procès de Matthew Raymond, qui a tué quatre personnes à Fredericton le 10 août 2018, ont récemment permis d’apprendre que le tueur avait modifié son fusil semi-automatique, pour tirer plus de balles. 

«C’est le quatrième tueur de masse qui l’a fait, à notre connaissance, en plus des auteurs des tueries à Moncton, au Métropolis lors de l’attentat contre Pauline Marois et à la Mosquée de Québec.»  

Interdiction des armes de poing  

Les victimes et proches de victimes qui ont participé à la conférence de presse réclament également des mesures de contrôle plus sévères concernant les armes de poing.  Idéalement, ils souhaiteraient une interdiction à l’échelle nationale de ce type d’arme.  

«Mais au minimum, il faudrait au moins fermer le robinet et arrêter l’importation», a fait valoir Heidi Rathjen. Selon PolySeSouvient, il y a 1 million d’armes de poing au pays et pour Heidi Rathjen, «un compromis potentiel serait de restreindre les armes de poing dans les clubs de tirs».  

Dans le discours du Trône du 23 septembre dernier, le gouvernement Trudeau avait réaffirmé son intention de donner aux municipalités «la capacité de restreindre ou d’interdire les armes de poing».  

«Mais il faut arrêter de mettre ça dans la cour des municipalités», a indiqué Ken Prince lundi matin. Sa fille a été blessée par une balle lors de la fusillade en juillet 2018 sur l’avenue Danforth à Toronto.  

«Cela fait plus de deux ans que notre fille a été blessée et il n’y a eu aucun progrès législatif sur les armes de poing et la situation ne cesse de s’aggraver», a indiqué M. Price.  

Il voudrait voir le fédéral s’inspirer des lois au Royaume-Uni et en Australie plutôt que de laisser le fardeau aux municipalités, qui, selon lui, n’ont pas les moyens de mettre en place des mesures qui fonctionneraient. «Est-ce que le hobby des amateurs de tirs est plus important que la sécurité du public?» a-t-il demandé.  

Boufeldja Benabdallah, cofondateur et porte-parole de la Mosquée de Québec qui a été le théâtre d’un massacre le 27 janvier 2017, prône également le resserrement des lois.  

«C’est grâce à l’accès facile aux armes à feu qu’un jeune homme troublé et rempli de haine a pu faire six morts, cinq blessés graves et 25 personnes traumatisées à vie, dont quatre enfants, en moins de deux minutes. Voilà à quoi peut servir un pistolet ‘Glock’ avec cinq chargeurs de 10 balles»,  a fait valoir Boufeldja Benabdallah.  

«Rien n’a changé quant à la disponibilité légale des armes de poing, dont une a été suffisante pour causer ce massacre. Pas de progrès, malgré le fait que sept Canadiens sur 10 appuient leur interdiction», a ajouté le porte-parole de la Mosquée en faisant référence à un sondage de la firme Angus Reid. Selon ce sondage réalisé au printemps 2019, 72 % des Québécois veulent plus de limites pour l’accès aux armes de poing.

Médecins canadiens pour un meilleur contrôle des armes à feu. Publié dans le HUFFPOST du 10 avril 2019.

Les Canadiens attendent depuis de nombreuses années une action réelle et concrète dans ce domaine.

Ce texte est l’allocution présentée par l’auteur, M.Afr, membre de PolySeSouvient, lors de la conférence de presse organisée le 3 avril 2019, à l’hôpital général de Montréal, par un regroupement de médecins, de partout au Canada, favorable à un contrôle plus strict des armes à feu.

Par Serge St-Arneault, M.Afr

J’ai vécu en zone de guerre en République Démocratique du Congo (à l’époque le Zaïre) dans les années 1990. Le chaos s’était progressivement propagé dans tout le pays avec son lot de pillages et de conflits tribaux.

Dans la brousse où j’étais, on avait déjà eu la visite de militaires pour intervenir dans un conflit entre chefs coutumiers. Ce jour-là, revenant à la maison, j’ai été directement menacé par un militaire. Il m’a simplement dit: «Lors du prochain conflit, c’est moi qui vais te tuer.» («Siku y vita ingine, miye nitawa weye»).

J’ai immédiatement senti comme un boulet me tomber dans l’estomac. Je m’en rappelle très bien. De fait, les rivalités tribales se sont accélérées. Les paramilitaires sont revenus, soi-disant pour rétablir la paix, en brûlant les villages. La plupart des expatriés avaient déjà quitté le pays. Quant à moi, je suis resté avec mes confrères pratiquement jusqu’au moment de la chute du régime dictatorial du président Mobutu.

En 2010, Marc Rochette, un journaliste pour le Nouvelliste de Trois-Rivières, m’a demandé dans une interview s’il y avait des risques à vivre dans la brousse africaine. Ce à quoi j’ai répondu: «Qu’est-ce qui est le plus dangereux: être missionnaire en Afrique dans un pays en guerre ou être étudiante à l’École Polytechnique de Montréal?»

Le rapport d’investigation du coroner indique que le décès est attribué à de multiples lésions graves au niveau du crâne, du cerveau, en plus de l’aorte sectionnée, des hiles pulmonaires et l’éclatement du foie; le tout secondaire au passage dans la tête et dans le thorax de trois projectiles d’arme à feu.

Vous êtes médecins et professionnels de la santé. Vous comprenez mieux que moi de quoi il s’agit. Nous sommes réunis ici pour une cause commune. Nous voulons, de fait nous exigeons des lois plus sévères sur les armes à feu au Canada.

Une journée nationale d’action a eu lieu le 3 avril dans 13 villes du pays. Tous s’entendent pour dire que les armes à feu représentent une menace croissante pour la santé publique. Selon Statistique Canada, le nombre de crimes violents commis avec une arme à feu a augmenté de 43% depuis 2013, soit depuis l’abolition du registre national des armes à feu par le gouvernement de Steven Harper en 2012, suivi par l’affaiblissement d’une série d’autres mesures en 2015.

À peine une semaine après la tragédie de Christchurch en Nouvelle-Zélande, la première ministre Jacinda Ardern a annoncé l’interdiction imminente de «toutes les armes semi-automatiques de style militaire», de «tous les fusils d’assaut», de «tous les chargeurs à grande capacité» et de «tous les accessoires ayant la capacité de convertir une arme à feu en arme semi-automatique de type militaire». Elle a également émis une ordonnance de reclassification pour les armes semi-automatiques afin de dorénavant empêcher leur vente à la plupart des détenteurs de permis actuels.

Voilà une preuve de leadership politique.

Soulignons aussi l’action du Gouvernement du Québec qui a instauré son propre registre des armes en réaction à l’abolition du registre fédéral. Le Québec est maintenant l’une des trois seules juridictions en Amérique du Nord (avec Hawaï et le District de Columbia, aux États-Unis) qui enregistrent les armes sur son territoire — bien que ce soit la norme en Europe et la plupart des pays industrialisés.

Mais qu’en est-il du gouvernement Trudeau?

Les Canadiens attendent depuis de nombreuses années une action réelle et concrète dans ce domaine.

Tout ce que ce gouvernement offre aux Canadiens pour corriger la quasi-destruction de l’ensemble des gains législatifs par le gouvernement antérieur, c’est le projet de loi C-71. D’ailleurs, celui-ci ne rétablit que quelques faibles mesures comparativement à ce qu’elles étaient avant leur élimination. Ceci dit, ce projet de loi C-71 est un pas dans la bonne direction et nous l’appuyons. Malheureusement, son adoption avance à pas de tortue au Sénat.

Combien de fois encore faudra-t-il rappeler que le même type d’armes légalement accessible, c’est-à-dire des armes semi-automatiques de type militaire, a été utilisé lors de la tragédie à la Mosquée de Québec et récemment à Christchurch où 50 Néo-Zélandais innocents ont été assassinés?

Je réitère les paroles que j’ai prononcées à Ottawa au début du mois de décembre 2018 que j’adressais au premier ministre Justin Trudeau: «Ne faites pas de compromis. Montrer aux Canadiens comment on se tient debout quand on n’a pas peur du lobby des armes».

AP PHOTO/MARK BAKER. Les émotions sont fortes lors d’un service commémoratif national à Hagley Park en l’honneur des victimes de l’attaque terroriste perpétrée contre la mosquée à Christchurch, en Nouvelle-Zélande, le vendredi 29 mars 2019.

Ouvrez le lien YouTube pour voir cette entrevue : https://youtu.be/nZKSaZWRw1k

Armes à feu: des victimes de la mosquée de Québec écrivent à Trudeau

Plus de 75 personnes déplorent que le nouveau projet de loi du gouvernement libéral n’interdise pas les armes d’assaut comme celle qu’a utilisée le tireur de la mosquée, Alexandre Bissonnette.

The Canadian Press/Jacques Boissinot – 07/05/2018 (HUFFPOST.COM)

des victimes de la mosquée de Québec écrivent à TrudeauDes gens tiennent des photographies des victimes de la tuerie de la mosquée de Québec à l’occasion du premier anniversaire de la tragédie, le 29 janvier 2018.

Des blessés de l’attentat de la mosquée de Québec, ainsi que les familles des victimes, demandent à Justin Trudeau d’interdire les armes d’assaut.

Dans une lettre envoyée au premier ministre Trudeau, plus de 75 personnes déplorent que le nouveau projet de loi du gouvernement libéral n’interdise pas les armes d’assaut comme celle qu’a utilisée le tireur de la mosquée, Alexandre Bissonnette.

« Mais dans quelle société vivons-nous pour tolérer qu’un citoyen ordinaire puisse se donner un pouvoir aussi destructeur et profiter de la faiblesse de nos lois sur la possession d’armes à feu? », écrivent-ils.

Bissonnette, âgé de 28 ans, a plaidé coupable en mars à six accusations de meurtre au premier degré et six accusations de tentative de meurtre.

En janvier 2017, Alexandre Bissonnette est arrivé sur les lieux de la mosquée avec une arme longue semi-automatique « Small Arms VZ58 Sporter », qui est légale et non restreinte, ainsi qu’avec deux chargeurs de 30 balles qui, eux, sont illégaux. Lorsque l’arme longue s’est enrayée en tirant sa première balle, le tireur a eu recours à un pistolet et à cinq cartouches de dix balles.

Dans leur lettre, les blessés et les familles des victimes se demandent ce qui aurait pu arriver si l’arme du jeune homme ne s’était pas enrayée.

« Armé uniquement d’un pistolet et de cinq chargeurs, le tueur a pu tirer jusqu’à 10 coups en rafale, d’une telle force que les projectiles ont traversé les murs et d’une telle dangerosité qu’il a ainsi fait 6 morts, 5 blessés graves, et 39 personnes, dont 4 enfants, traumatisées à vie en moins de deux minutes », soulignent-ils dans leur missive.

Les signataires jugent qu’il est « regrettable » que le gouvernement « ignore complètement » les armes d’assaut dans son projet de loi, et ce, « malgré les pertes en vies humaines à la mosquée, l’assassinat de trois agents de la GRC à Moncton, la tuerie

à Dawson et celle au soir des élections québécoises , toutes impliquant des armes et accessoires d’assaut légalement acquis ».

Un projet de loi critiqué

Le projet de loi présenté en mars est jugé trop timide par les partisans du contrôle des armes à feu, alors que certains propriétaires estiment qu’il s’agit d’une tentative masquée pour ressusciter le registre des armes à feu.

Si elle est adoptée, la loi élargirait l’étendue des vérifications d’antécédents pour toute personne qui voudrait acheter une arme à feu. En outre, l’ensemble des antécédents d’un potentiel acheteur seraient révisés, plutôt que ceux des cinq dernières années seulement.

Selon le gouvernement, ces nouvelles mesures permettront d’éloigner les armes à feu des mauvaises mains.

Le projet de loi édicte que les vendeurs d’armes devraient garder les registres de leur inventaire et de leurs ventes pendant au moins 20 ans afin d’aider la police dans ses enquêtes.

La lettre envoyée au premier ministre laisse entendre que le gouvernement a plié devant le lobby des armes à feu.

« Monsieur le premier ministre, pourquoi agir ainsi? Découragés de voir les choses s’envenimer, nous sommes tentés de dire, est-ce parce qu’une minorité d’amateurs d’armes qui se considèrent « victimes » d’une législation « draconienne » font peur à vos députés en vue des prochaines élections? », demandent-ils.

« Corrigez nos sérieux sentiments quant à la question électoraliste qui freine les gouvernements successifs à prendre au sérieux le dossier des armes à feu. Il est pourtant question de « vie et de mort ». »

Une priorité «urgente»

Les signataires disent avoir fait part de leurs inquiétudes au secrétaire parlementaire du ministre de la Sécurité publique, Mark Holland, sur l’implantation de groupes d’extrême-droite qui pourraient vouloir s’en prendre aux musulmans.

Holland a tenté de les rassurer en leur parlant des programmes gouvernementaux pour contrer la radicalisation, selon la lettre.

« Nous avons dû respectueusement l’interrompre pour insister sur le fait que, malgré notre appui évident et enthousiaste à la lutte contre la radicalisation, la priorité la plus urgente devrait être de limiter le pouvoir destructeur que détiennent les milices actuelles ainsi que tout autre citoyen ordinaire », indiquent-ils.

Scott Bardsley, le porte-parole de Ralph Goodale, a récemment dit que le ministre avait hâte d’entendre l’opinion des différents groupes sur son projet de loi.

Le ministre « est ouvert aux propositions constructives pour renforcer la loi », a-t-on dit.

Ralph Goodale doit comparaître devant le comité de la sécurité publique de la Chambre des communes, mardi.