Armes d’assaut: 30 ans de combat inutile au Canada

Par Serge St-Arneault

Plusieurs familles des victimes de la tragédie de la Polytechnique de Montréal du 6 décembre 1989 luttent depuis trente ans pour retirer les armes d’assaut de nos rues. Cela ne s’est jamais réalisé, pas même pendant la brève période du registre des armes à feu, pourtant utile, mais aboli en 2012 par le gouvernement Conservateur du premier ministre Harper. Depuis lors, beaucoup d’innocentes personnes ont perdu leur vie par des armes d’assaut légalement acquises selon les lois canadiennes. Logiquement, ces armes devraient être réservées aux professionnels militaires.

Certes, nous ne sommes pas aux États-Unis où la violence associée aux armes à feu est hors de contrôle. Près de 40 000 Américains ont été tués par balle en 2017. Cela représente un assassinat toutes les quinze minutes. Malheureusement, nous imitons de plus en plus cette culture valorisant la possession d’armes à feu. Le meurtre par balles d’une adolescente de 15 ans survenu à Montréal le 7 février est le plus récent exemple.

Aux dernières élections, le Parti libéral du Canada avait promis d’instaurer des mesures visant l’interdiction des armes d’assaut de style militaire. La promesse consistait à mettre en place un programme de rachat pour toutes les armes d’assaut. Au mois de mai 2020, le premier ministre Trudeau a annoncé l’interdiction «de vendre, d’acheter, de transporter, d’importer ou d’utiliser des armes d’assaut de type militaire au Canada.»

Or, malgré un sondage effectué par Environics Research pour le compte de PolySeSouvient qui montre que la majorité des Canadiens (61%) veut que le gouvernement Libéral respecte sa promesse électorale de racheter toutes les armes d’assaut existantes, nous apprenons avec consternation qu’un projet de loi ira dans le sens opposé. Le rachat des armes d’assaut, comme cela se fait en Nouvelle-Zélande et en Australie, ne sera pas obligatoire. Tant que ces armes de guerre seront en circulation, elles représenteront un risque pour la santé publique.

À titre d’exemple, Corey Hurren, un réserviste du Manitoba âgé de 46 ans et partisan avoué de la conspiration violente et fasciste de QAnon, était en possession d’un fusil Norinco S12 interdit, un fusil de chasse Lakefield Mossberg, un fusil de chasse Grizzly Arms et un chargeur de grande capacité interdit lorsqu’il s’est introduit par infraction avec un camion sur le terrain de Rideau Hall le 2 juillet 2020 et voulait faire arrêter le premier ministre Trudeau. Il voulait, semble-t-il, exprimer à quel point tout le monde était en colère contre l’interdiction des armes à feu et les restrictions de la COVID-19.

Nous ne sommes pas des cruches pour imaginer que les propriétaires d’armes d’assaut vont simplement garder leurs armes en souvenir des jours où ils pouvaient les utiliser. Ils savent très bien qu’un éventuel gouvernement conservateur dirigé par O’toole annulerait l’interdiction. Ce faisant, nous nous retrouverons encore une fois à la case de départ dans notre lutte. L’idéologie de la National Rifle Association des États-Unis s’imposera ainsi dans notre pays. Ce sera alors la fin de notre combat qui a débuté il y a plus de trente ans.

Ma sœur Annie a été assassinée dans une salle d’étude par une arme d’assaut de type militaire. Même avec le prochain projet de loi du gouvernement fédéral, ce genre de tragédie pourrait se reproduire de nouveau. Si cela est bel et bien l’intention du gouvernement de ne pas tenir sa promesse électorale qui a contribué à son élection, nous garderons le sentiment d’avoir été manipulés pour gagner des votes. Cela n’est rien de moins qu’une trahison. Les victimes d’armes à feu, leurs familles, d’hier, d’aujourd’hui et de demain se souviendront de ce sinistre calcul politique.

LIEN : SORCELLERIE ET THÉORIES COMPLOTISTES

Contrôle des armes de poing.

Alors que la prolifération des armes de poing entraîne de plus en plus de fusillades mortelles à Montréal, la porte-parole de PolySeSouvient dénonce l’inaction du gouvernement fédéral. 

PUBLIÉ LE 10 FÉVRIER 2021 

En entrevue avec Patrick Lagacé, Nathalie Provost a dénoncé l’inaction du gouvernement de Justin Trudeau dans le contrôle des armes de poing au pays. Selon le premier ministre canadien, cette responsabilité revient aux villes. 

«Il y a un pas qui a été franchi pour les armes de style d’assaut, mais il faut aussi une législation plus sévère pour les armes de poing. Je pense que le gouvernement fédéral cherche le chemin pour faire plaisir un peu à tout le monde et pas trop choquer ceux qui grognent très fort, c’est-à-dire, les militants pour de moins en moins de contrôle» 

Nathalie Provost, porte-parole de PolySeSouvient 

«C’est épouvantable ce que je vais dire, mais est-ce que ça va prendre une tuerie de masse pour que les choses changent?»

Patrick Lagacé

«Mais ça va en prendre combien de tueries de masse? Il y a quatre ans, c’était la mosquée, au printemps, c’était la Nouvelle-Écosse… mais ça n’arrêtera jamais! Là, c’est une jeune fille de 15 ans qui n’a rien fait. Les gouvernements attendent seulement des élections et ils cherchent juste des moyens pour être réélus»

Nathalie Provost, porte-parole de PolySeSouvient 

«Si chacun de vos auditeurs envoyait un courriel à M. Trudeau pour dire que les armes de poing doivent être contrôlées, moi je crois que nos gouvernements agiraient. Mais on ne le fait pas parce qu’on le tient pour acquis» 

Nathalie Provost, porte-parole de PolySeSouvient 

Armes de poing. La mairesse Valérie Plante demande à Ottawa d’agir

PHILIPPE TEISCEIRA-LESSARD, LA PRESSE, Publié le 10 février 2021 

Valérie Plante veut voir le gouvernement du Canada prendre le taureau par les cornes et interdire totalement la possession privée de ces armes, comme il l’a fait l’an dernier avec les fusils d’assaut.

« Il doit y avoir un contrôle des armes à feu », a dit la mairesse au cours de la réunion du comité exécutif de mercredi matin. « C’est un fléau en ce moment. Ça n’a pas de sens que ce soit aux villes de légiférer l’une à la suite de l’autre. Les armes se promènent. »

Selon elle, seule une approche nationale permettrait d’encadrer adéquatement ces armes de poing.

La mairesse a indiqué que la situation actuelle dans le nord-est de Montréal n’est pas attribuable à une seule cause, comme une guerre de territoire ou une vendetta. « Ce qui est évident, c’est qu’il y a un nombre accru d’armes illégales entre les mains de plein de gens », a-t-elle dit. « Et ça c’est un problème. » Elle a aussi mentionné le fait que le couvre-feu peut faire en sorte que les crimes se produisent plus tôt en journée – alors que davantage de citoyens innocents sont dans la rue – et que certaines personnes pourraient avoir investi leurs économies de la pandémie dans l’achat d’une arme à feu.

Mme Plante a offert ses condoléances à la famille de Meriem Boundaoui, l’adolescente tuée dimanche à Saint-Léonard, après avoir affirmé que la Ville de Montréal demeurait très sécuritaire.

Une escouade spécialisée dans la lutte au trafic des armes à feu – dont la création a été annoncée avant Noël – devrait être bientôt opérationnelle au sein du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM).

 (Montréal) La mairesse de Montréal demande à Ottawa d’adopter des mesures plus fermes pour interdire les armes de poing, après la mort tragique, dimanche, d’une adolescente de 15 ans, prise au milieu d’une fusillade dans l’arrondissement de Saint-Léonard.

MORGAN LOWRIE, LA PRESSE CANADIENNE, Publié le 10 février 2021 

Valérie Plante a déclaré mercredi au comité exécutif que les municipalités ne peuvent assumer seules la responsabilité de lutter contre la montée de la violence armée et le trafic d’armes à feu. Elle demande à Ottawa de prendre des mesures pour limiter la possession des armes de poing, de la même manière qu’il l’a fait récemment pour les armes d’assaut. Elle réclame aussi du fédéral des mesures pour mieux contrôler le trafic et la circulation des armes à feu au pays.

Le gouvernement fédéral a interdit l’an dernier quelque 1500 modèles d’armes d’assaut, ce qui signifie qu’ils ne peuvent plus être légalement utilisés, vendus ou importés. Le premier ministre Justin Trudeau a également promis d’aller de l’avant avec une loi qui autoriserait les municipalités à interdire par règlement les armes de poing sur leur territoire. Mais selon la mairesse Plante, il est plus logique que ce soit le gouvernement fédéral qui prenne l’initiative, car les armes peuvent facilement être déplacées d’un territoire à un autre.

La mairesse Plante a indiqué sur Twitter qu’elle avait notamment interpellé à ce sujet M. Trudeau, mercredi matin, lors d’une rencontre virtuelle entre le premier ministre et le Caucus des maires des grandes villes de la Fédération canadienne des municipalités.

Mme Plante estime que la mort de la jeune Meriem Boundaoui lors d’une fusillade au volant d’une voiture, dimanche soir, met en lumière le problème de la violence armée à Montréal, qui est en recrudescence depuis un an.

Victime innocente

L’adolescente était assise dans une voiture, avec une autre personne et discutait avec des gens sur le trottoir lorsqu’une autre voiture est passée et que quelqu’un a ouvert le feu, la touchant mortellement.

Le Service de police de la Ville de Montréal affirme qu’en 2019-2020, dernière année pour laquelle des statistiques sont disponibles, les crimes impliquant des armes à feu ont augmenté d’environ 10 % par rapport à l’année précédente. Les policiers estiment par ailleurs que le nombre de crimes commis avec des armes à feu est particulièrement élevé depuis quelques semaines.

La mairesse Plante assure que la Ville et son service de police prennent déjà, de leur côté, des mesures concrètes, avec des patrouilles accrues, la création récente de l’Équipe dédiée à la lutte contre le trafic d’armes, composée de 30 policiers, et plus de financement pour les organismes communautaires qui travaillent avec les jeunes à risque dans les quartiers.

Mme Plante demande également au gouvernement du Québec plus d’argent pour les patrouilles mixtes, qui jumellent des policiers à des travailleurs sociaux pour répondre aux appels.

À Québec, la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, a déclaré que la situation à Montréal était « préoccupante », en particulier dans le nord de la ville. Elle a rappelé que le gouvernement avait annoncé un financement de 65 millions pour lutter contre la violence armée l’automne dernier, dont 5 millions spécifiquement pour la police de Montréal.

Elle a aussi indiqué qu’elle était en discussion régulière avec les autorités locales concernant la nécessité de s’attaquer aux causes sociales sous-jacentes de la criminalité armée, avec l’aide d’organisations communautaires et éducatives.

Ottawa dit entendre l’appel

Dans une déclaration écrite, le secrétaire parlementaire du ministre de la Sécurité publique, Joël Lightbound, a fait valoir que le gouvernement avait « mis en place les mesures les plus strictes de l’histoire pour mettre fin à la prolifération des armes d’assaut de type militaires au pays ».

Il a toutefois reconnu qu’il restait « beaucoup de travail à faire ».

« Nous avons entendu l’appel récent de la mairesse Plante de Montréal. Nous présenterons d’ailleurs un projet de loi afin de remplir les promesses en lien avec les armes à feu que nous avons faites aux Canadiens lors des dernières élections », a-t-il indiqué.

Ce projet de loi permettra entre autres aux municipalités d’intervenir elles-mêmes pour limiter les armes de poing, a ajouté M. Lighbound.

De quel paradoxe les Québécois sont-ils champions?

Par Serge St-Arneault

Extraits d’un texte d’opinion de Denise Bombardier publié dans le Journal de Montréal le 5 février 2021; Les Québécois, champions du paradoxe :

Les Québécois sont de sacrés farceurs. Ils aiment se présenter comme un peuple jovial. Ils s’affichent différents des autres et ils sont les champions du paradoxe et de la contradiction.

Ils utilisent un vocabulaire différent de celui des francophones de la planète. Quand une chose leur plaît, ils s’écrient : « C’est pas pire pantoute ». Devant une belle femme, ils déclarent : « Est pas laide ». En hiver, à -30 °C, ils affirment : « Ça s’endure ». Devant une femme qui les attire physiquement, nombre d’hommes murmurent, un sourire en coin : « J’y f’rais pas mal ! ». « M’aimes-tu ? » répètent les Québécoises sentimentales. « Je t’haïs pas », ont tendance à suggérer les chéris. (…)

D’ailleurs, l’on peut même se demander si cette pandémie ne sera pas libératrice de cette tendance québécoise à chercher à atténuer la réalité ou à refuser de l’affronter. À se faire des accroires, comme disaient nos ancêtres. (…)

Or, l’utopie québécoise est à repenser, car nous ne pouvons plus tergiverser sans risque d’y perdre définitivement notre identité. 

Mon opinion sur ces affirmations

D’après Denise Bombardier, nous avons tendance à atténuer la réalité ou à refuser de l’affronter. Je me reconnais dans cette attitude. Là où ça se complique, c’est de dire que nous risquons de perdre notre identité en tergiversant de repenser notre « utopie québécoise ». En effet, notre perpétuelle crise identitaire est intimement liée à notre histoire, elle-même confrontée à l’altérité.

Citant le sociologue Marcel Rioux, Gilles Bibeau[i] relève que; « … les sociétés répondent toutes, et le Québec ne fait pas ici exception, par une double stratégie lorsqu’elles sont confrontées à l’altérité. D’un côté, la construction de l’identité se fait par renforcement de l’héritage reçu, répétition de l’identique et « retour sur soi » dans une quête des racines, une voie que le Québec a empruntée spontanément chaque fois qu’il s’est senti menacé. De l’autre, l’identification se fait par rapprochement, parfois par métissage, avec l’étranger, par emprunt au monde du voisin et par colmatage des écarts entre soi et les autres, une voie que le Québec a surtout privilégiée, selon Rioux, au temps de l’origine quand il s’est constitué en tant que société coloniale vivant des alliances avec les Premières Nations (page 326).

Thème largement utilisé par les historiens québécois et récemment repris par Éric Bédard[ii], la « survivance » de notre nation semble réapparaître depuis la défaite du référendum de 1995. N’est-ce pas là le propre de notre identité depuis l’arrivée de Jacques Cartier en 1534?

 Nos ancêtres ont vraisemblablement atténué la dure réalité dès leur arrivée dans leur Nouveau Monde pour tenir le coup, pour « survivre ». Peu nombreux pendant tout le XVIIe siècle, ils ont néanmoins parcouru de vastes territoires. La dure réalité a toujours fait partie de leur quotidien. La conquête anglaise a ajouté un surplus de précarité collective. Denise Bombardier se limite à 1759, mais l’échec de la rébellion de 1837 a aussi causé un profond traumatisme collectif. Je ne m’étonne pas que nous ayons ainsi développé un goût pour atténuer la dureté de la vie avec une expression comme; « ça va pas pire! » au lieu de dire « ça va mal! ». D’ailleurs, dès le début de la pandémie de la Covid-19, ne disait-on pas;  « Ça va bien aller! »? Il y a une année de cela. À vrai dire, c’est un mécanisme de défense pour toutes les personnes menacées, marginalisées, colonisées.

À propos, j’ai demandé un jour à un Zaïrois, lorsque j’étais à Gety au début des années 90, comment il allait. « Ça semble aller », a-t-il répondu pour atténuer la dure réalité. En effet, le pays traversait une période de révoltes populaires, d’anarchie et l’écroulement du Mouvement Populaire de la Révolution, Parti unique instauré par le Président Mobutu Sese Seco Kuku Mbengu Wa Za Banga en 1965 qui sera d’ailleurs renversé en 1997. J’ai alors osé ajouter la question; « Comment ça semble aller? ». « En quelque sorte » fut sa réponse.

Et maintenant, après une année de distanciation sociale et de confinement, comment allons-nous? Le 23 janvier dernier, notre premier ministre François Legault a déclaré que « Ça va aller mal avant d’aller mieux… ». Changement de ton évocateur d’une lutte à mener pour vaincre.

Affronter la réalité

Je diffère d’opinion par rapport à celle de Denise Bombardier sur un point. Nous n’avons pas refusé collectivement d’affronter la réalité. Nous avons simplement choisi les armes de combat approprié pour gagner : alliances avec les Autochtones, adaptation, ténacité, endurance, détermination, débrouillardise, ingéniosité, autosuffisance, humour, solidarité et le slogan « on va les avoir les Anglais! »

C’est un peu comme la tragique histoire des Chewa du Malawi. Vers 1840, ils ont été envahis par les guerriers Ngoni d’Afrique du Sud, de loin plus combattifs et physiquement supérieurs. Les ‘petits’ Chewa ont capitulé devant l’ampleur de l’envahisseur. Mais ils ont gagné à l’usure, avec le temps. Les épouses Chewa des guerriers Ngoni ont assuré la transmission de l’identité culturelle chewa à leurs enfants. Les Ngoni n’ont conservé que quelques pas de danse de leurs lointains ancêtres et les grandes plumes d’autruche de leurs apparats.

Selon Gilles Bibeau, citant l’écrivaine nigériane Chimanmanda Ngozi Adichie dans Le Danger d’une histoire unique (2009), pour que nous puissions nous libérer de la partialité attachée à l’« histoire unique », nous devrions prendre au sérieux l’idée que l’histoire est faite, partout, d’un empilement hétérogène de versions du passé et qu’il faut s’efforcer de les conjuguer si l’on veut s’approcher de la  réalité et en dire toute sa complexité. Plus qu’un musée où le passé serait restitué à travers des vitrines ordonnant et classant les événements, l’histoire est, ou devrait être, une science du changement (page 328).

Que dire de plus à Denise Bombardier?

Il y a des lieux, des moments particuliers de nos vies personnelles et collectives où l’affrontement doit se faire en atténuant (rendant moins dramatique) la dureté de la réalité. C’est une question de survie. Collectivement, à ce niveau, nous sommes bons! En période d’incertitude, le réflexe de la survivance devient notre salut. Il y a une dimension eschatologique dans cette attitude; notre endurance est promesse de victoire. Ainsi donc, atténuer la réalité ne signifie pas de refuser de l’affronter.

En effet, selon Denise Bombardier : Un sondage pancanadien de l’institut Angus Reid sur la crise de la COVID-19, publié hier dans La Presse, indique que les Québécois, avec le nombre le plus élevé de décès au Canada, estiment à hauteur de 51 % que 2020 était difficile, alors qu’au Canada anglais, ils sont 63 % à l’avoir trouvée difficile.

Or, en ce qui a trait à cette promesse de victoire, ne pourrions-nous pas en dire autant pour les Chewa du Malawi, des Autochtones du Québec et des Amériques ainsi que d’innombrables autres nations en état de « survivance »? Vivement la venue d’une science du changement.

Mise au point au sujet de l’allusion de Denise Bombardier à la Révolution tranquille!

Nous avons inventé l’expression « révolution tranquille[iii] », dit-elle, une contradiction dans les termes comme on l’a toujours pratiquée. 

Pour être plus exact, ‘nous’ n’avons pas inventé cette expression. Selon Jean-Philippe Warren[iv], sociologue et professeur à l’Université Concordia[v]; la désignation anglaise (« quiet revolution ») des premières années du gouvernement libéral (de Jean Lesage) a été rapidement récupérée par les politiciens, les journalistes et les intellectuels de langue française, ce qui en solidifia les assises dans l’imaginaire collectif. 

Ce qu’il faut réaliser, c’est que la « quiet revolution » du Québec faisait écho à toute une série de tentatives de relèvement national de par le monde. Ce qui se passait au Québec, sans être la règle, n’était pas l’exception non plus. Les réformes du gouvernement libéral provincial prenaient place dans un contexte de bouleversement planétaire. Les années soixante ont en effet correspondu un peu partout à une période de profonde remise en cause des anciennes manières de faire dans les sphères politiques, économiques et culturelles.

René Lévesque parlait d’« accélération de l’histoire » et André Laurendeau d’« évolution rapide ». Les Québécois n’ont fait que récupérer pour eux-mêmes un concept qui était dans l’air du temps et qui servait déjà à qualifier toute une pléiade de plans de réformes en Asie, en Afrique et en Amérique latine. 

Conclusion

Denise Bombardier affirme que les Québécois sont champions du paradoxe. En effet, nous sommes des êtres paradoxaux « à condition d’ajouter qu’il s’agit là d’une stratégie typique de survie que tendent à développer les personnes et les sociétés lorsqu’elles sont confrontées à des situations de marginalisation, exclusion, rejet. En un mot, lorsqu’elles sont en situation d’infériorité, de subalternité. Le contenu à donner au mot « paradoxe » ne serait donc pas celui que lui donne Madame Bombardier. On gagne davantage à vouloir être deux choses en même temps  – Yvon Deschamps ne disait-il pas qu’on rêve d’un Canada fort dans un Québec libre ? Les Québécois peuvent en effet être des nationalistes sans rejeter le modèle fédéraliste. En étant les deux, on gagne toujours[vi] ».

Pour gagner un combat, il faut parfois atténuer la réalité grâce à une attitude dite de « survivance ». Certes, celle-ci peut déjà paraître une forme de défaite. Cependant, elle recèle une victoire engendrée par l’endurance ou une ténacité insoupçonnée. Se projeter vers l’espoir d’une vie meilleure, malgré la dure réalité, même la mort, est un gage de réussite. Celle-ci, accompagnée par la foi, en soi et en Dieu, nous oriente vers d’infinis horizons.


[i] Gilles Bibeau, Les Autochtones, la part effacée du Québec, Mémoire d’encrier, novembre 2020, 358 pages.

[ii] Éric Bédard, Survivance, Histoire et mémoire du XIXe siècle canadien-français, Les Éditions du Boréal, septembre 2017, 238 pages.

[iii] Autre lien sur le thème de la Révolution tranquille : Serge St-Arneault, Enseignants : quelle est la source du problème dans le port de signes religieux?, article publié sur le blogue Espace Perso de Serge et diffusé sur Huffpost le 14 décembre 2018.

[iv] Que j’ai rencontré pour la première fois à Mua au Malawi vers les années 2003/2004, lui et sa petite famille en touristes et moi comme directeur adjoint du Centre Culturel Kungoni dirigé par Claude Boucher Chisale.

[v] HistoireEngagée.ca, Là où le présent rencontre le passé, ISSN 2562-7716, 14 septembre 2016.

[vi] Opinion personnelle partagée par Gilles Bibeau à la lecture de cet article.

« Des jeunes sans historique se retrouvent avec une arme à feu dans les mains »

Le meurtre par balles d’une adolescente de 15 ans survenu dimanche à Montréal était presque écrit dans le ciel, selon un policier expert en armes à feu qui a témoigné devant le tribunal récemment. Un peu à l’image de ce qui se passe à Toronto, de plus en plus de jeunes possèdent des armes et ont la détente de plus en plus sensible.

DANIEL RENAUD, LA PRESSE, Publié le 9 février 2021

« Souvent, on a des victimes collatérales qui seront exposées parce qu’on se retrouve avec des gens blessés par balles dont on ne peut pas conclure qu’ils étaient visés par les évènements. On a des projectiles qui se retrouvent dans des logements privés, des tirs au travers de façades de maisons ou de commerces, ou sur des scènes de rassemblements de jeunes », a décrit l’enquêteur Marc-André Dubé le 18 janvier dernier, lors des plaidoiries sur la peine d’un récidiviste de 26 ans qui a plaidé coupable à une accusation de possession d’une arme à feu prohibée chargée.

Durant son témoignage, le policier a dit constater qu’en raison de la prolifération des sources d’approvisionnement des armes à feu, de la facilité de s’en procurer et de la présence des armes sur les réseaux sociaux et dans des vidéoclips sur l’internet qui font de la possession d’armes à feu « une banalisation », des individus de plus en plus jeunes en possèdent une aujourd’hui.

« Les armes sophistiquées étaient habituellement associées à des caches d’armes du crime organisé ou à un groupe criminalisé de plus haut niveau. Là, je peux voir des gens arrêtés avec une arme non autorisée, qui ont une feuille de route criminelle très peu chargée, et qui se retrouvent avec une excellente arme à feu dans les mains », a expliqué le sergent-détective Dubé.

116 évènements, 406 douilles

Marc-André Dubé, du Service de police de la Ville de Montréal (SVPM), est prêté depuis 2009 à l’Équipe nationale de soutien à l’application de la Loi sur les armes à feu (ENSALA), qui relève de la Gendarmerie royale du Canada, et dont le mandat est d’assister les corps de police au pays.

Il est revenu travailler au SPVM durant deux ans avant de retourner à l’ENSALA en 2019. Ce qu’il a constaté à son retour l’a sidéré : une hausse sensible des évènements de coups de feu à Montréal comparativement à la situation qui prévalait avant qu’il quitte temporairement l’ENSALA.

Il a été frappé par « la haute intensité des évènements », tellement que, de sa propre initiative, il a construit un tableau des évènements survenus à Montréal depuis l’automne 2019.

Entre le 29 octobre 2019 et le 31 décembre 2020, il a répertorié 116 évènements de décharge d’arme à feu, en ne tenant compte que des évènements sur les lieux desquels la présence de preuves matérielles a été constatée, comme des douilles et des projectiles ou des victimes mortes ou blessées.

Durant ces 116 évènements, pas moins de 406 douilles éjectées ont été retrouvées sur les scènes, une moyenne de 3,5 projectiles tirés par évènement.

Il décrit notamment un évènement survenu à Montréal le 29 octobre 2019, dans le quartier Villeray, au cours duquel 43 projectiles de deux calibres différents ont été tirés, dans un contexte de tentative de meurtre survenue lors du tournage d’un vidéoclip par des jeunes.

« Ce sont des évènements à haute intensité qui surviennent parfois en plein jour et démontrent un certain mépris pour la sécurité du public », a témoigné M. Dubé.

Avant, on voyait ces évènements, mais ils étaient plutôt épisodiques et prévisibles, souvent reliés à des guerres entre factions criminelles, puis la situation revenait à la normale. Mais maintenant, c’est constant. J’ai des évènements comme ceux-là sur mon bureau presque chaque semaine.

Le policier Marc-André Dubé

Depuis son retour à l’ENSALA, l’enquêteur constate une plus grande utilisation de chargeurs à haute capacité et la présence de plus d’une arme à feu sur la même scène. Il note que des projectiles d’une même arme à feu peuvent être retrouvés sur trois et même quatre scènes de crime.

Vidéoclips et réseaux sociaux

Marc-André Dubé ajoute que les requêtes des corps de police pour de vraies armes exhibées dans des vidéoclips de rap et sur les différentes plateformes des réseaux sociaux ont « explosé », alors qu’avant ce phénomène était « marginal et inexistant ».

« Il y a un message [dans ces vidéos] qui est clair et commun : ‟Je suis armé et je n’hésiterai pas à me servir de mon arme si quelqu’un veut s’en prendre à mon territoire, à mon gagne-pain criminel‟ », a interprété l’enquêteur Dubé.

Des armes à feu véritables sont exhibées sans souci pour les conséquences que ça pourrait entraîner de se faire voir avec celles-ci.

Le policier Marc-André Dubé

Marc-André Dubé souligne également la rapidité avec laquelle des photos d’armes disponibles circulent sur les réseaux sociaux.

Il déplore une diversification des armes disponibles et une plus grande fabrication artisanale et domestique.

Il confirme la popularité des « pistolets fantômes », fabriqués avec une carcasse de polymère à laquelle une culasse et un canon en métal sont ajoutés – et qui n’affichent pas de numéro de série –, ou des armes à feu fabriquées avec des imprimantes 3D, à partir d’instructions qui se trouvent aisément sur l’internet.

Ressemblances avec Toronto

Sans vouloir comparer le nombre d’évènements de décharges d’arme à feu qui surviennent à Montréal à ce qui se passe à Toronto – où il y en a eu 462 en 2020 –, l’enquêteur Dubé affirme que le travail entre les membres de l’ENSALA et ceux de l’escouade Gun and Gang de la Ville Reine se ressemble de plus en plus.

« La nature des évènements décrite dans les dossiers que je consulte, c’est du pareil au même », a dit le policier.

Il a ajouté que les échanges réalisés avec la police de Toronto et le Bureau of Alcohol, Tobacco, Firearms and Explosives des États-Unis démontrent régulièrement des sources d’approvisionnement communes.

Rappelons qu’en décembre dernier, en raison de la prolifération des évènements de coups de feu à Montréal, le SPVM a annoncé la création d’une équipe spécialisée dans la lutte contre trafic d’armes à feu, l’ELTA, qui sera bientôt opérationnelle.

Pour joindre Daniel Renaud, composez le 514 285-7000, poste 4918, écrivez à drenaud@lapresse.ca ou écrivez à l’adresse postale de La Presse.

Inspirés par la justice ontarienne

Au Québec, des procureurs de la poursuite s’inspirent de la justice ontarienne pour obtenir des peines plus sévères auprès des juges, chez lesquels ils commencent à percevoir une certaine volonté.

Des extraits de décisions de juges montréalais repris par la poursuite :

Il y a urgence d’interdire les armes de poing au Canada

Boufeldja Benabdallah, Cofondateur et porte-parole du Centre culturel islamique de Québec,

Le Devoir, 29 janvier 2021

Le 29 janvier 2021, quatre années se seront écoulées depuis qu’un jeune homme a utilisé une arme de poing et cinq chargeurs de dix balles qu’il possédait légalement pour tuer six de nos frères, en blesser sévèrement cinq autres, dont un qui est devenu paraplégique, et traumatiser à vie 35 autres rescapés, dont trois enfants en plus des centaines de fidèles fréquentant la Grande Mosquée de Québec — le tout en moins de deux minutes.

Les libéraux ont depuis promis d’interdire les armes d’assaut et ont concrétisé cet engagement par une série de décrets annoncés en mai 2020. Nous reconnaissons ces efforts et en sommes très reconnaissants, bien que nous continuions d’exhorter le gouvernement à compléter l’interdiction et à l’enchâsser dans la loi, ainsi qu’à déployer un programme de rachat obligatoire qui retirera l’ensemble de ces armes de notre société.

Aujourd’hui cependant, le même pistolet et les mêmes chargeurs de dix balles utilisés à la mosquée demeurent tout aussi disponibles qu’en janvier 2017.

Pourtant, en 2015, le Parti libéral a été élu sur la base de la promesse de « débarrasser nos rues des armes de poing et des armes d’assaut ». Et en 2019, il a promis de « donner aux municipalités la capacité de restreindre ou d’interdire les armes de poing ». Bien que nous considérions des interdictions municipales comme étant extrêmement malavisées et préférions une interdiction pancanadienne (comme le souhaitent par ailleurs aussi 69 % des Canadiens), nous ne pouvons que déplorer l’absence totale de progrès législatif en lien avec les armes de poing.

Ventes en hausse

Faute d’une action de la part du gouvernement, le nombre d’armes de poing continue d’augmenter à des niveaux records. Selon les données gouvernementales, il y avait plus d’un million (1 054 164) d’armes de poing enregistrées au Canada en 2019. C’est environ 630 000 armes de plus qu’en 2012 (il y en avait alors 467 146).

En ce qui concerne l’année 2020, le manufacturier Glock a tout récemment déclaré que ses ventes de pistolets ont connu une augmentation sans précédent au Canada, et ce, grâce à la demande élevée pour le même modèle qui a été utilisé dans le cadre du massacre à notre mosquée, soit le pistolet G17 Gen 5, outre le plus petit modèle G19 Gen 4 fait spécialement pour s’adapter aux lois canadiennes.

En somme, le nombre d’armes de poing au Canada a plus que doublé dans les dix dernières années seulement.

Pourtant, les sondages montrent invariablement qu’environ 7 Canadiens sur 10 appuient l’interdiction des armes de poing. Nos concitoyens et concitoyennes reconnaissent, comme nous, les risques associés à la prolifération des armes de poing. Outre la catastrophe flagrante au sud de la frontière causée par l’accès facile à ce type d’armes, il est évident qu’il s’agit d’objets particulièrement dangereux, vu la facilité avec laquelle ils peuvent être dissimulés ainsi que la puissance de tir et les caractères militaires de certains modèles.

Les armes de poing sont le type d’armes à feu le plus souvent utilisé au Canada pour commettre des homicides, soit 57 % des 249 homicides par balles en 2018.

De nombreuses armes de poing utilisées dans des crimes arrivent illégalement des États-Unis, comme le pistolet Glock faisant partie de l’arsenal utilisé par le tireur en Nouvelle-Écosse en avril 2020. En même temps, de nombreuses armes sont volées à leurs propriétaires légaux, comme le Smith & Wesson M&P40 utilisé à Danforth en juillet 2018. En effet, entre 2001 et 2017, quelque 9000 armes de poing ont été volées à leurs propriétaires légaux, dont environ 1000 seulement ont été récupérées. Près de 8000 d’entre elles demeurent donc, par définition, entre les mains de criminels.

Il arrive aussi que ces armes soient achetées légalement par des intermédiaires puis vendues illégalement, ou qu’elles soient, comme dans notre cas, utilisées par leurs propriétaires légaux… D’où l’importance de combattre simultanément l’accès légal et l’accès illégal.

De plus, rien n’a été fait pour éliminer la disponibilité des chargeurs qui sont facilement modifiables pour contenir plus de balles que la limite légale. En plus des auteurs des tragédies à notre mosquée, à Moncton et au Métropolis à Montréal, l’homme qui a fait quatre morts, dont deux policiers, à Fredericton en 2018 avait aussi modifié son chargeur pour qu’il tire plus de balles que la limite légale.

Les chargeurs de dix balles ne servent pas à la chasse ni au tir sportif légitime, mais ils facilitent les tueries de masse. Pire, la loi encadrant les chargeurs est depuis longtemps devenue inadéquate, étant donné les échappatoires et les mauvaises interprétations qui ont vu le jour à travers les années. Il est temps de corriger ces failles et de limiter le nombre maximal de balles à cinq, sans exception, comme le veulent 71 % des Canadiens.

Nous applaudissons sans réserve les importantes avancées en matière de contrôle des armes mises en avant par le gouvernement libéral actuel. Cela dit, il ne nous est pas possible de passer sous silence la question criante des armes de poing : six ans après la première promesse des libéraux, quatre ans après la tuerie à notre mosquée, deux ans et demi après la tuerie à Danforth, rien n’a encore changé en ce qui concerne la disponibilité et la possession des armes de poing au Canada, pendant que leur nombre ne cesse de croître.

TUERIE À LA MOSQUÉE DE QUÉBEC: UNE COMMÉMORATION SOUS LE SIGNE DE L’UNITÉ ET DE LA RÉFLEXION

Tuerie à la mosquée de Québec: une commémoration sous le signe de l’unité et de la réflexion

Caroline Plante – La Presse canadienne à Québec, 30 janvier 2021

Plus de 600 personnes ont assisté en ligne vendredi à la commémoration du quatrième anniversaire de l’attentat à la grande mosquée de Québec qui a fait 6 morts et 19 blessés le 29 janvier 2017.

Ce soir-là, Mamadou Tanou Barry, Ibrahima Barry, Khaled Belkacemi, Abdelkrim Hassane, Azzedine Soufiane et Aboubaker Thabti sont tombés sous les balles. Ils ont laissé derrière eux 17 orphelins.

Vendredi, plusieurs personnalités ont pris la parole, dont la championne nationale de slam poésie Véronica Rioux, qui, en plus de se dire outrée du massacre à Québec, a rappelé la mort odieuse en 2020 de George Floyd aux États-Unis, et celle de Joyce Echaquan à l’hôpital de Joliette.

« C’est assez », a-t-elle lancé, découvrant ainsi le véritable thème de la soirée. « Hurlons à l’unisson que nous honnissons le racisme », s’est permis le maire de Québec, Régis Labeaume. « Décidons ensemble que toute forme d’intolérance, de racisme nous est collectivement interdite. »

« Notre population […] continuera à se métisser. Le racisme à Québec, c’est non, pas question. Le racisme, c’est assez », a tonné le maire. « C’est une journée pour se rappeler de ne jamais baisser la garde face à la haine », a ajouté le premier ministre François Legault dans un message préenregistré.

Entre deux discours, des versets du Coran et une minute de silence, des hommes blessés dans la tuerie à la grande mosquée sont venus rappeler toutes les séquelles physiques et psychologiques de la tragédie et dire que, comme la COVID-19, le racisme et l’islamophobie existent bel et bien.

« Je ne suis pas capable d’effacer les images, a témoigné Mohamed Khabar, qui a été atteint de deux balles le soir du 29 janvier 2017 et qui dit vivre avec la crainte que cela se reproduise. J’ai vu mes frères tomber […] et j’ai entendu les cris incroyables de frayeur des enfants qui étaient présents. »

Selon le président du Centre culturel islamique de Québec (CCIQ), Abderrahim Loukili, tant qu’on ne peut pas répondre avec assurance que oui, la communauté musulmane est à l’abri d’un autre drame, c’est qu’« il reste encore du travail à faire ».

Plus tôt en conférence de presse, une des organisatrices de la commémoration, Maryam Bessiri, a déclaré que l’événement se voulait un « appel à la réflexion […] de cette société inclusive qu’on veut mettre en place ». « C’est beaucoup plus qu’un devoir de mémoire », a-t-elle insisté.

À ses côtés, Sébastien Bouchard a déploré que le gouvernement du Québec n’ait toujours pas reconnu l’existence du racisme systémique et de l’islamophobie. Le cofondateur du CCIQ, Boufeldja Benabdallah, a prié M. Legault de sortir du « déni ».

LETTRE DE BOUFELDJA BENABDALLAH ADRESSÉE AU PREMIER MINISTRE DU CANADA

M. Bouchard a néanmoins souligné les mesures annoncées par Québec l’automne dernier afin de lutter contre le racisme. Il a dit espérer « que ces mesures se transformeront en actions concrètes ».

Une minute de silence à Ottawa

À Ottawa, le gouvernement fédéral de Justin Trudeau a officiellement décrété le 29 janvier comme Journée nationale de commémoration de l’attentat à la mosquée de Québec et d’action contre l’islamophobie.

« L’élimination de l’islamophobie est un pilier important de la stratégie canadienne de lutte contre le racisme », a déclaré M. Trudeau dans un communiqué diffusé vendredi pour marquer l’anniversaire de la tragédie.

En conférence de presse, il a eu ce message pour les familles des victimes, et pour tous les membres de la communauté musulmane : « Je sais que ça fait encore mal. Au nom de tous les Canadiens, on est solidaires avec vous. »

« Les commentaires racistes, les propos haineux, les insultes des trolls, la désinformation, que ce soit en ligne ou ailleurs, ont des conséquences réelles. Il faut en être conscient, et il faut continuer d’agir. »

La Chambre des communes a également tenu une minute de silence en hommage aux victimes.

Les Autochtones – la part effacée du Québec

L’avenir des relations entre Autochtones et Québécois et le sens même de la nation du Québec dépendent intimement de ce que sera ou ne sera pas la réécriture à parts égales de notre histoire.

Les Autochtones, la part effacée du Québec retrace les premiers contacts entre les colons français et les Autochtones. Cette rencontre fondatrice a modelé l’identité québécoise et le regard sur l’Autre. Les récits des voyageurs-explorateurs et colons dialoguent avec les récits oraux, les mythes, les légendes et les écrits autochtones contemporains.

Émerge un portrait riche où se confrontent et s’enchevêtrent représentations et impensé colonial. En replaçant les Autochtones au cœur de l’histoire du Québec, Les Autochtones, la part effacée du Québec propose une éthique qui rompt avec la vision unique, et rétablit l’égale dignité des peuples en présence.

Gilles Bibeau est anthropologue et professeur émérite à l’Université de Montréal. Il a entrepris des recherches dans plusieurs pays d’Afrique, d’Amérique latine ainsi qu’au Québec et en Inde. Il a publié chez Mémoire d’encrier Généalogie de la violence. Le terrorisme: piège pour la pensée (2015) et Andalucía, l’histoire à rebours (2017).

Lien : NON AU RACISME SYSTÉMIQUE

Le Québec commémore les 31 ans de la tuerie de Polytechnique

La Presse canadienne, 6 décembre 2020

Les Québécois commémoraient dimanche les 31 ans de la tuerie de Polytechnique Montréal, mais le triste anniversaire prendra cette année une forme particulière parce qu’il n’y aura pas de rassemblement en personne pour souligner l’événement.

Une cérémonie commémorative virtuelle a eu lieu à l’heure du midi, avec la participation entre autres de l’une des survivantes de l’attentat, Nathalie Prévost, qui a fait un discours depuis la place du 6-Décembre-1989.

« Trente et un an après les premières demandes des étudiants de Polytechnique, juste en haut de la côte, et j’y étais, 31 ans et on demande encore des contrôles simples, des contrôles nécessaires », a-t-elle soutenu.

« Malheureusement, 31 ans après, c’est encore à faire, je suis encore là, debout, devant vous, à vous demander qu’ensemble comme Canadiens, on le demande au gouvernement. »

Lors de la cérémonie, un accent particulier a été mis sur la violence contre les femmes autochtones. Plusieurs ont notamment parlé de Joyce Elchaquan, cette Attikamek qui est morte à l’hôpital de Joliette après avoir subi des insultes dégradantes d’une infirmière et d’une préposée aux bénéficiaires.

« Depuis 1980, 1600 femmes autochtones ont disparu ou ont été assassinées. C’est l’équivalent de 37 000 Canadiennes ou 8000 Québécoises. Huit mille Cédrika Provencher passées inaperçues », a déclaré l’artiste innue Kathia Rock.

Comme les années dernières, des faisceaux de lumière seront projetés dans le ciel depuis le belvédère du mont Royal, mais le public n’est pas invité à y assister.

Il y a exactement 31 ans, quatorze femmes, dont beaucoup étaient des étudiantes en génie, ont été tuées et plus d’une douzaine de personnes ont été blessées dans une attaque motivée par la haine du tireur envers les femmes.

 À (RE)LIRE:

La commémoration des 30 ans : Montréal se souvient du féminicide
En vidéo | Regards croisés de Francine Pelletier et d’Aurélie Lanctôt sur la tuerie
L’éditorial de Marie-Andrée Chouinard: Polytechnique: déni de féminicide
En données | Portrait de la violence par arme à feu au Canada

Les politiciens au Québec et au Canada ont tenu à souligner le triste anniversaire, dimanche.

« La sécurité des femmes doit être le fondement de toute société. Encore aujourd’hui, trop de femmes, de filles et de personnes de diverses identités et expressions de genre font face à la violence et la discrimination au Canada et à travers le monde. Il nous reste encore beaucoup de travail à faire pour nous assurer qu’elles puissent vivre sans injustice, sans misogynie et sans peur », a déclaré le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, dans un communiqué.

M. Trudeau a rappelé que son gouvernement avait interdit cette année plus de 1500 armes à feu de style militaire, qui comprend l’arme utilisée à Polytechnique.

Le premier ministre François Legault a affirmé que le Québec avait un devoir de souvenir, mais aussi « un devoir d’action ».

« On doit continuer le travail pour prévenir et combattre toutes les formes de violence contre les femmes », a-t-il écrit sur Twitter.

Les commémorations seront virtuelles

La commémoration de la tuerie qui a coûté la vie à 14 femmes à l’École polytechnique est devenue à travers le temps une journée de réflexion et d’appel à l’action pour mettre fin à la violence basée sur le genre, mais cette année, les gens vivront ce triste anniversaire seuls plutôt qu’en groupe.

MORGAN LOWRIE, LA PRESSE CANADIENNE, publié le 5 décembre 2020

La plupart des évènements qui ont lieu chaque année, dont le dépôt de couronnes de fleurs, des discours et une cérémonie pour projeter des faisceaux de lumière dans le ciel depuis le belvédère du mont Royal, se dérouleront virtuellement ou sans foule en cette année qui sera « difficile », de l’aveu de l’une des survivantes de l’attentat.

« Il y a beaucoup de chaleur humaine dans ma vie autour du 6 décembre, beaucoup d’émotions reliées à ces rassemblements, beaucoup de chaleur et cette année, c’est beaucoup plus froid », a relaté Nathalie Provost, qui a été blessée de quatre balles lorsqu’un tireur a fait irruption à l’École polytechnique en 1989.

Quatorze femmes, dont beaucoup étaient des étudiantes en génie, ont été tuées et plus d’une douzaine de personnes ont été blessées dans une attaque motivée par la haine du tireur envers les femmes.

Mme Provost, qui est porte-parole du groupe militant pour le contrôle des armes à feu PolySeSouvient, affirme que les efforts pour se commémorer le drame se sont poursuivis, même si les réglementations sanitaires empêchent les gens de se rassembler en personne.

Plus tôt cette semaine, une bourse de 30 000 $ connue sous le nom de l’Ordre de la rose blanche a été remise à l’étudiante crie Brielle Chanae Thorsen, une étudiante en génie que Mme Provost décrit comme une « jeune femme extraordinaire ».

Et dimanche midi, Nathalie Provost se joindra à un panel de conférenciers dans un parc nommé en l’honneur des victimes pour un évènement qui sera diffusé en ligne. Mais Mme Provost craint que la participation ne soit plus faible cette année, soulignant que les gens sont fatigués de regarder les écrans.

« C’est pourtant important, le rassemblement dans le deuil et la commémoration. Et là, on essaie de les faire virtuellement et l’impression que j’ai, c’est que, c’est beaucoup plus difficile d’atteindre (les gens) », a-t-elle expliqué.

Cette diminution de la participation survient à un moment où la question de la violence basée sur le genre est plus urgente que jamais, selon certains groupes de défense.

Élisabeth Fluet-Asselin, porte-parole de la Fédération des femmes du Québec, a indiqué que la pandémie avait entraîné une demande accrue dans les refuges pour femmes, des difficultés d’accès aux services et des problèmes de santé mentale provoqués par l’isolement. Elle précise que certains groupes sont particulièrement touchés, notamment les femmes autochtones, les membres de la communauté LGBTQ, les femmes handicapées et les détenus.

En plus d’une cérémonie dominicale dans un parc de Montréal, la fédération a organisé plusieurs évènements virtuels dans le cadre de ses 12 jours d’action, dont des baladodiffusions, des vidéos, des tables rondes et des évènements d’art et de poésie – tous conçus pour souligner et dénoncer la nature systémique de la violence basée sur le genre.

« Les violences faites aux femmes, ce n’est pas seulement physique, c’est pas seulement de la violence conjugale ou sexuelle. Il y a plein d’autres formes de violence et il ne faut pas l’oublier surtout dans le contexte présent », a-t-elle soutenu en entrevue.

Pour sa part, Nathalie Provost s’inquiète d’une augmentation de la violence sur les réseaux sociaux, qui, selon elle, peut entraîner des conséquences réelles et violentes.

À travers les années, Mme Provost dit que ses propres émotions entourant la tuerie de Polytechnique ont évolué.

Cette année, elle se sent fatiguée et frustrée de la lenteur des changements législatifs sur le contrôle des armes à feu.

Elle affirme avoir été encouragée par le plan du gouvernement fédéral, qui prévoit interdire quelque 1500 d’armes à feu de style militaire. Mais il y a encore beaucoup de travail à faire, selon elle, dont interdire les armes de poing, doter la police de meilleurs outils pour intervenir dans des situations problématiques et gérer les armes en circulation actuellement.

Éventuellement, elle espère tourner la page sur la fusillade et que la commémoration devienne une journée paisible. Au lieu de cela, elle dit que le contraire semble se produire alors que les victimes de fusillades à Toronto, à Québec et en Nouvelle-Écosse ajoutent leur voix à ceux qui appellent au changement.

« Nous n’avons pas besoin d’autres commémorations, a-t-elle plaidé. Nous ne voulons pas en créer de nouvelles. Nous voulons que ça arrête. »

Missionnaire sans frontières