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© Martin Ouellet-Diotte, AFP | Une quinzaine de femmes ministres des Affaires étrangères posent pour une photo de famille, le 21 septembre 2018 à Montréal.

Par Serge St-Arneault

À l’initiative du Cabinet de la Ministre des Affaires étrangères du Gouvernement du Canada et avec l’aide du Service des communications et des relations publiques de la Polytechnique Montréal, j’ai été invité à assister à une commémoration voulue par les femmes ministres des Affaires étrangères réunies pour un sommet historique à Montréal les 21 et 22 septembre 2018.

Je suis allé au Parc du 6 décembre[1] tôt dans l’après-midi de samedi où allait se dérouler l’événement. Je me suis aussitôt dirigé près de la stèle illustrant la lettre ‘A’ et le nom de ma sœur Annie gravé sur le sol. La température était splendide. Sylvie Haviernick, la sœur de Maud, m’a ensuite rejoint. Ensemble, nous avons attendu l’arrivée de la ministre Chrystia Freeland ainsi que Federica Mogherini, représentante de l’Union européenne pour les Affaires étrangères. Notre rôle consistait à les accueillir officiellement. De fait, les premières voitures à apparaître ont été celles de la ministre des Affaires étrangères suédoise et de la République d’Andorre.

Tout compte fait, il y avait peu de monde présent si ce n’est les officiels du gouvernement et les journalistes tenus à distance. Sylvie et moi avons donc conduit nos hôtes le long du tracé séparant les 14 noms étalés sur le sol. Toutes les autres femmes ministres de leur différent pays ont suivi le cortège en déposant les roses blanches. J’accompagnais Federica Mogherini. Elle était très touchée par le lieu et la symbolique des fleurs. Elle a improvisé un discours après celui de Chrystia Freeland.

Chrystia Freeland 04bAprès la séance de photos, les voitures protocolaires noires étaient vites au rendez-vous pour le départ des femmes ministres. Federica Mogherini était elle-même un peu nerveuse car elle devait prendre son vol à 16h00 à l’aéroport en direction de New York dans le cadre de la 73e Assemblée générale de l’ONU.

─ « Je vous souhaite bon voyage. Revenez nous voir. Il y a beaucoup de belles choses à découvrir à Montréal. »

─ « Je n’y manquerai pas. Merci pour votre accueil. »

─ « Oh! Madame Freeland, permettez-moi de vous dire une chose. »

─ « Oui! Je vous écoute. »

─ « J’aime votre nom. Je l’aime vraiment. »

Elle s’est mise à rire. Freeland signifie littéralement ‘libre pays’.

─ « Nous savons tous que les discussions que vous menez pour un nouvel accord commercial avec les États-Unis ne sont pas faciles. Mais courage. Nous sommes fiers de vous. »

Je vous laisse le soin de deviner ce qu’elle m’a répondu. C’est maintenant un ‘secret d’État’. Je vous le dirai au creux de l’oreille mais pas plus. Enfin, je me suis surpris de lui dire à haute voix : « On vous aime! »

En un rien de temps, presque tout le monde était parti. Pourtant, il restait encore une voiture protocolaire. (Question : pourquoi sont-elles toujours noires?)

Je m’adresse alors au responsable du service protocolaire qui n’en finissait plus de nous remercier d’être venu.

─ « En tout cas, lui dis-je, si vous voulez que nous revenions, je pose une condition. »

─ « Laquelle, me dit-il. »

─ « Et bien! La prochaine fois, je veux moi aussi être reconduit à mon domicile dans l’une de vos voitures protocolaires noires. »

Je suis certain qu’il a déjà oublié.

Ma dernière bise, je l’ai donnée à Sylvie en nous promettant mutuellement de nous revoir bientôt. Puis, j’ai pris le métro à deux coins de rue plus loin.

Ceci dit, je suis donc profondément touché par le geste de ces femmes qui ont insisté pour se recueillir un bref moment au Parc du 6 décembre en mémoire de celles qui ont été tuées lors de la tragédie de la Poly il y aura bientôt 29 ans. Selon les reportages journalistiques, je note que l’élimination de la violence fondée sur le genre était l’un des thèmes discutés par ces femmes ministres. C’est leur désir d’établir une tradition de coopération. Je leur souhaite bonne chance.

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Autres liens :

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Monument 6 déc 01b

[1] La place du 6 décembre a été inaugurée en 1999 pour souligner le 10e anniversaire de la tragédie de la Polytechnique où 14 femmes ont été assassinées. Cette œuvre de l’artiste Rose-Marie Goulet est une initiative de la Fondation des victimes du 6 décembre contre la violence. Les matériaux sont choisis de telle sorte que le passant doit s’attarder pour déchiffrer le nom de la femme sur l’un des sept arcs de cercle. Annie St-Arneault et Maud Haviernick sont deux des quatorze victimes, sœurs de Serge et de Sylvie respectivement.

(Source :http://bilan.usherbrooke.ca/bilan/pages/evenements/3899.html)