(Boulder) Le président Joe Biden a réclamé mardi l’interdiction des fusils d’assaut après une nouvelle tuerie qui a relancé le débat sur la prolifération des armes à feu aux États-Unis et dont l’auteur présumé, un jeune homme de 21 ans, a été inculpé.
Publié le 23 mars 2021
LAURENT BANGUET, AGENCE FRANCE-PRESSE
Ce massacre lundi, qui a fait 10 morts dont un policier dans un supermarché de Boulder, dans le Colorado, est intervenu moins d’une semaine après qu’un homme a abattu huit personnes dans des salons de massage asiatiques d’Atlanta, en Géorgie. Une répétition qui a suscité des appels pressants envers l’administration démocrate et les élus à agir.
Identifié comme Ahmad Al Aliwi Alissa, le suspect a été blessé à la jambe et hospitalisé. Il se trouve dans un « état stable », a déclaré Maris Herold, la cheffe de la police de Boulder. « Il a été inculpé de dix meurtres », a-t-elle précisé.
Les motivations de cet homme, décrit comme « asocial » et « paranoïaque » par des proches qui pour certains ont évoqué des troubles psychiques, ne sont pas encore connues.
Le jeune homme, issu d’une famille d’immigrants syriens et revendiquant sa religion musulmane, avait fait l’acquisition d’une arme semi-automatique Ruger AR-556 moins d’une semaine avant la fusillade.
Toutes les victimes ont été identifiées et étaient âgées de 20 à 65 ans. Parmi elles figure notamment un policier de 51 ans, Eric Talley, premier arrivé sur place pendant la fusillade. Des dizaines de personnes lui ont rendu hommage mardi en recouvrant de fleurs et de ballons sa voiture de patrouille, garée devant le poste de police de Boulder, pour honorer sa mémoire. Trois autres victimes étaient des employés du supermarché King Soopers.
Le président Biden a ordonné que les drapeaux soient mis en berne dans tous les bâtiments publics. « Je n’ai pas besoin d’attendre une minute de plus, encore moins une heure, pour prendre des mesures de bon sens qui sauveront des vies à l’avenir et pour exhorter mes collègues à la Chambre et au Sénat à agir », a-t-il dit. « Nous devons aussi bannir les fusils d’assaut », a-t-il ajouté.
« Bang, bang, bang »
Le suspect est accusé d’avoir abattu 10 personnes lundi après-midi dans ou autour du magasin King Soopers de Boulder.
Des images diffusées en direct ont montré un homme, seulement vêtu d’un short de sport et les mains menottées dans le dos, emmené par des policiers hors du magasin. Selon les enquêteurs, le suspect s’était dévêtu avant de se livrer aux policiers d’élite qui avaient pénétré dans le supermarché.
Des témoins avaient indiqué avoir d’abord entendu plusieurs coups de feu sur le stationnement du King Soopers, où Ahmad Al Aliwi Alissa aurait commencé par tuer un homme de plusieurs balles avant de poursuivre ses tirs à l’intérieur après l’arrivée de la police.
Nevin Sloan, qui en a réchappé de peu avec sa femme Quinlan, a décrit la panique grandissante à mesure que les détonations se rapprochaient.
« Soudain, on a entendu plus de “bang, bang, bang, bang”. J’ai couru vers elle (sa femme) et je lui ai dit “Eh, il faut qu’on sorte d’ici” », a-t-il raconté à la chaîne CBS. Ils ont ensuite aidé d’autres clients à fuir par une sortie de secours, selon lui.
« Il faut agir »
Les fusillades de ce type, notamment dans les écoles, les centres commerciaux ou les lieux de culte, sont un mal récurrent des États-Unis que les gouvernements successifs ont été impuissants à endiguer.
« Nous devrions pouvoir faire nos courses sans crainte… Mais en Amérique, c’est impossible », a déploré mardi l’ancien président Barack Obama, appelant dans un communiqué à « surmonter l’opposition de politiciens lâches et la pression du lobby des armes à feu ».
« Il faut agir maintenant pour empêcher ce fléau de continuer à ravager notre population », a dit la présidente démocrate de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi.
Le chef de la majorité démocrate au Sénat, Chuck Schumer, a de son côté dénoncé « une épidémie continue de violence par armes à feu qui vole des vies innocentes avec une alarmante régularité ».
Mais l’hypothèse d’un durcissement des lois sur les armes reste improbable compte tenu de l’opposition des républicains.
Le Colorado a déjà connu deux des pires tueries de l’histoire américaine. En 1999, deux adolescents avaient tué 12 camarades de classe et un enseignant dans leur lycée de Columbine. Et en 2012, un homme lourdement armé avait abattu 12 personnes dans un cinéma d’Aurora.
La ville de Boulder avait décrété une interdiction sur les « armes de type fusil d’assaut » et les chargeurs à grande capacité après une fusillade dans une école secondaire de Parkland (17 morts), en Floride en 2018. Mais selon le journal Denver Post, un juge a suspendu cette interdiction la semaine dernière, une décision saluée par la National Rifle Association (NRA), le premier lobby des armes.
Cette organisation a publié sur Twitter après la fusillade de Boulder une reproduction du deuxième amendement de la Constitution américaine protégeant le droit des citoyens à porter les armes.
LIEN
Au sujet du deuxième amendement sans cesse répété par les partisans de la NRA, je vous propose de lire l’article suivant que j’ai écrit à ce sujet :
Actualités, par Lina Dib et Pierre Saint-Arnaud, La Presse Canadienne, 19 février 2021
OTTAWA — Déléguer à Québec le pouvoir d’interdire les armes de poing? Justin Trudeau y semble ouvert, mais ceux qui militent pour un plus grand contrôle des armes à feu croient que c’est une fausse bonne idée.
L’Assemblée nationale a adopté unanimement cette semaine une motion d’un député solidaire qui réclame cela. La motion prenait acte du refus des municipalités de se voir coller ce pouvoir dont elles ne veulent pas.
«Québec est prêt à prendre cette responsabilité», a-t-on indiqué, vendredi après-midi, au bureaude la ministre québécoise de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault.
La ministre parlera à son homologue fédéral Bill Blair la semaine prochaine, lui répétera que Québec voit d’un mauvais œil la délégation de ce pouvoir aux municipalités, et veut bien s’en charger. À son point de presse du vendredi, le premier ministre Trudeau semblait applaudir pareille initiative.
«Je félicite le Québec pour ses intentions et nous avons bien hâte de travailler avec eux et toute autre juridiction qui veut continuer de resserrer le contrôle des armes à feu», a-t-il dit.
«Avec un peu de recul on se rend compte que ça joue le jeu des libéraux qui cherchent désespérément à défendre leur projet de loi et à ressusciter leur crédibilité en lien avec le contrôle des armes», lance Heidi Rathjen de Polysesouvient. Déjà, son groupe dénonce à hauts cris les autres mesures du projet de loi C-21 déposé mardi, texte législatif que ces militants ontaccueilli comme «une trahison».
«C’est un piège. C’est encore un acte de déresponsabilisation par le gouvernement fédéral sur un enjeu de juridiction fédérale, et cela permettrait aux libéraux de se dénicher un rare allié crédible en faveur d’au moins un élément dans cette coquille vide», ajoutait-elle vendredi.
Mme Rathjen se souvient des six ans de lutte intense pour obtenir un registre québécois des armes d’épaule. Elle ne veut pas remettre l’épaule à la roue, encore.
«Alors à moins que le gouvernement caquiste ne soit prêt à s’engager à interdire les armes de poing demain matin…», laisse-t-elle tomber. «Les familles sont épuisées. Ceci est notre dernière bataille», confie-t-elle.
Vendredi, la mairesse de Montréal, Valérie Plante, répétait, elle aussi, que l’interdiction des armes de poing, c’est une responsabilité du gouvernement fédéral.
«Il faut qu’il y ait une responsabilisation, une prise en charge du fédéral à tout le moins pour qu’on se sente en sécurité partout à travers le pays. Je suis en désaccord avec l’idée de créer différentes classes de citoyens», a dit Mme Plante alors qu’elle tenait un point de presse avec les maires de Québec et de Gatineau qui, tous deux, ont opiné dans le même sens.
Le projet de loi C-21 donne la possibilité aux municipalités d’interdire l’entreposage des armes de poing sur leurs territoires. Le gouvernement fédéral s’engage à retirer le permis de possession d’armes à quiconque n’obéirait pas à pareil règlement municipal.
Il y aurait alors, de l’avis de Mme Plante, «des villes qui auraient la capacité de légiférer et où on se sentirait en sécurité, d’autres villes qui n’auraient pas cette possibilité parce qu’elles sont plus petites, elles n’ont pas nécessairement de corps de police».
«Imaginez à Québec, si nous légiférions sur les armes à feu et que Stoneham, Lac-Beauport, Lévis, ne légifèrent pas. Voyez-vous le ridicule de la situation?», a renchéri le maire Régis Labeaume.
«Pour réglementer ça, pour gérer ça, ça prend ce qu’on appelle des frontières. À Québec, on ne donne pas de visa pour entrer en ville nous autres. On n’a pas de poste frontière. Alors c’est ridicule de penser de même. Je comprends qu’on veut apaiser l’Ouest avec cette suggestion-là, mais on sait que c’est totalement inapplicable», a tonné le maire de Québec.
Tant l’opposition que les groupes opposés aux armes à feu se sont fait entendre après l’annonce, mardi, par le premier ministre Justin Trudeau, du projet de loi C-21. Le caractère facultatif du programme de rachat d’armes d’assaut est notamment la cible de nombreuses critiques.
D’après le gouvernement Trudeau, ce projet de loi, qui aura pour effet de modifier le Code criminel et la Loi sur les armes à feu, permettra de combattre la violence par arme à feu au pays tout en respectant les propriétaires légitimes d’armes à feu.
Les mesures annoncées mardi comprennent un programme, non obligatoire, de rachat des armes d’assaut. Les propriétaires d’armes qui décideront de conserver leurs armes seront assujettis à des conditions très strictes, entre autres pour leur entreposage. En vertu des nouvelles mesures, ces armes ne pourront pas légalement être utilisées, transportées, vendues, transférées ou léguées au Canada.
Elles vont devenir pour ainsi dire inutiles en tant qu’armes à feu, a déclaré le ministre de la Sécurité publique du Canada, Bill Blair. Selon ce dernier, le plan fédéral constitue la manière la plus efficace de contrôler ces armes.
En mai 2020, quelque 1500 modèles d’armes d’assaut avaient été prohibés par le gouvernement fédéral.
Cependant, aux yeux du chef de l’opposition officielle, le conservateur Erin O’Toole, M. Trudeau trompe la population. En substance, le chef conservateur soutient que le fait de racheter ces armes aux chasseurs et aux autres Canadiens qui respectent la loi ne résoudra pas le problème des fusillades et de l’activité des gangs criminels dans les grandes villes du pays.
Cette façon de faire passe à côté du véritable problème et divise les Canadiens, affirme Erin O’Toole, qui s’inquiète en outre du coût du programme de rachat prévu par le gouvernement libéral. Le chef conservateur rappelle que deux milliards de dollars avaient été dépensés pour le registre des armes d’épaule, qui a ensuite été démantelé par le gouvernement conservateur de Stephen Harper.
Selon le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, l’aspect non contraignant du programme de rachat des armes d’assaut rend l’exercice inutile à moult égards. Un programme de rachat facultatif, c’est comme un panneau de vitesse fixé à 100 km/h sur l’autoroute qu’on n’est pas obligé de respecter, affirme le chef bloquiste.
Les villes et les armes de poing
Par ailleurs, le projet de loi C-21, plutôt que d’interdire les armes de poing à l’échelle du pays, promet un appui aux villes qui le feront, en faisant de la violation de futurs règlements municipaux une infraction passible de deux ans de prison et d’une révocation du permis d’arme à feu.
Mais la mairesse de Montréal, Valérie Plante, continue de presser Ottawa d’exercer lui-même un meilleur contrôle sur les armes de poing. Montréal, à l’instar d’autres grandes villes du pays, considère que les municipalités n’ont pas à gérer ce dossier.
En fin de journée, mardi, le premier ministre du Québec, François Legault, a aussi réagi à ce volet du projet de loi C-21. La première chose qui nous achale, c’est qu’on délègue des pouvoirs aux 1100 municipalités au Québec. Techniquement, il y aurait 1100 règlements différents; ça, je ne comprends pas, a-t-il dit. M. Legault a ajouté que son gouvernement était prêt à prendre ce pouvoir-là.
Quant au reste du projet de loi, le premier ministre du Québec pense qu’il s’agit sûrement d’un pas dans la bonne direction.
Une trahison
Colère et consternation : ce sont les sentiments que le groupe PolySeSouvient a exprimés par voie de communiqué, mardi, à la suite de l’annonce du gouvernement Trudeau. Peu importe que les propriétaires d’armes ne soient pas autorisés à les utiliser, dénonce Nathalie Provost, survivante de la tuerie de Polytechnique, au sujet des armes d’assaut. Le fait est qu’ils le peuvent. Et ça n’en prend qu’un seul pour provoquer un massacre.
C’est une trahison totale, affirme Suzanne Laplante-Edward, dont la fille, Anne-Marie, a été assassinée à Polytechnique Montréal en décembre 1989.
Pour sa part, l’Association canadienne des médecins d’urgence (ACMU) se dit déçue des drapeaux rouges dont le gouvernement fédéral affirme se doter pour combattre la violence conjugale, la violence fondée sur le sexe et l’automutilation au moyen d’une arme à feu. Selon l’ACMU, les nouvelles mesures n’ajoutent rien à la loi actuelle, qui permet déjà à toute personne de signaler aux autorités qu’un individu est à risque d’utiliser une arme à feu de manière inappropriée.
L’ACMU dit réclamer depuis 25 ans une législation souple et adaptée qui rendrait obligatoire le signalement d’une personne à risque et le retrait temporaire, par la police, des armes dont disposerait cette personne.
Complètement illusoire
Ça va être un échec total, a pour sa part lancé Guy Morin, président de Tous contre un registre québécois des armes à feu. C’est complètement illusoire de penser que ces gens-là vont aller chercher leurs permis d’armes […] avec toutes les exigences qui viennent avec, pour être capables de les garder dans leur coffre-fort et ne jamais s’en servir, a déclaré M. Morin.
De son côté, la Coalition canadienne pour le droit aux armes à feu (CCFR) avait fait savoir, la semaine dernière, qu’elle allait s’opposer à ce que l’on confisque les armes que possèdent en toute légalité les propriétaires d’armes à feu.
Contrer le trafic d’armes
Pour Francis Langlois, membre de la Chaire Raoul-Dandurand et professeur d’histoire à l’Université du Québec à Trois-Rivières, le gouvernement canadien déplaît à tout le monde avec ce projet de loi. Il déplaît forcément aux propriétaires d’armes à feu, qui ne seront pas contents de ne pas pouvoir utiliser leurs armes […] et il ne plaît pas, non plus, au lobby en faveur d’un meilleur contrôle des armes à feu, a déclaré le professeur à l’émission Isabelle Richer, sur ICI RDI.
M. Langlois ajoute que ces armes d’assaut, même bien entreposées, pourraient tomber entre de mauvaises mains en étant volées, perdues ou encore utilisées par le crime organisé. […] On doit absolument renforcer le contrôle des armes qui traversent la frontière du sud vers le nord et mettre sur pied des escouades spéciales contre ce trafic-là, insiste-t-il. M. Langlois conclut qu’il faut, au minimum, tenir un registre de toutes les armes saisies, avec leur modèle et leur provenance.
En mai dernier, Statistique Canada avait annoncé son intention de colliger des données sur l’origine des armes à feu utilisées pour commettre des actes de violence.
Plus d’effectifs sur le terrain
Marcel Savard, ex-directeur adjoint à la Sûreté du Québec (SQ), a déclaré à Isabelle Richer qu’il souhaitait le déploiement d’effectifs, en nombre suffisant et spécifiquement voués au contrôle des armes, sur le terrain : Des équipes qui ne font que ça, qui ont la capacité de connaître le milieu, de connaître les armes [parce que] c’est rendu extrêmement complexe […].
À compter du 22 février, le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) disposera d’une nouvelle unité spéciale de 22 agents, l’escouade permanente dédiée à la lutte contre le trafic d’armes (ELTA).
En décembre dernier, Toronto a demandé à son service de police et à la Commission des services policiers de Toronto de se pencher sur le nombre croissant de fusillades et de porter une attention particulière aux fusillades au volant qui se multiplient chaque année.
(Ottawa) Les familles de victimes de la tuerie de Polytechnique accusent le gouvernement libéral de « trahison totale » après que le premier ministre Justin Trudeau eut annoncé que le programme de rachat des armes d’assaut prohibées s’appuiera sur la bonne foi de leurs propriétaires au lieu d’être obligatoire.
JOËL-DENIS BELLAVANCE, LA PRESSE, publié le 16 février 2021
Alors que les crimes impliquant des armes à feu sont à la hausse dans certaines villes au pays, notamment à Montréal, le gouvernement Trudeau a déposé mardi le projet de loi C-21 qui propose une série de mesures visant à resserrer le contrôle des armes d’assaut et des armes de poing et à combattre l’influence et l’emprise des gangs de rue dans les milieux urbains.
Ottawa veut agir sur plusieurs fronts pour contrer le fléau de la violence causée par l’utilisation illégale des armes à feu. Le gouvernement Trudeau confirme ainsi la création du programme de rachat des quelque 1500 armes à feu prohibées depuis mai dernier, impose de lourdes pénalités pour ceux qui acquièrent des armes à feu sur le marché noir, et va de l’avant avec son intention d’accorder de nouveaux pouvoirs aux municipalités pour interdire les armes de poing malgré les critiques de plusieurs maires.
« Dans certaines de nos villes, les crimes impliquant des armes à feu sont à la hausse. C’est inacceptable. Personne ne devrait avoir peur d’être victime d’un tireur de masse ou d’une balle perdue », a affirmé le premier ministre Justin Trudeau, en faisant allusion à la mort tragique de Meriem Boundaoui, adolescente de 15 ans tuée à Saint-Léonard il y a deux semaines par une balle perdue lors d’une fusillade entre gangs de rue.
Au lieu de rendre la remise des armes prohibées obligatoire, comme en Nouvelle-Zélande, le gouvernement Trudeau mise sur la bonne foi des propriétaires d’armes d’assaut devenues illégales l’an dernier afin qu’ils les remettent volontairement. Ceux qui décideront de les conserver malgré tout devront obtenir un permis, entreposer les armes dans un endroit sécuritaire et ne pourront pas les transporter, les vendre ou les utiliser.
Les familles des victimes de la tuerie de Polytechnique ont réagi avec colère en apprenant que le programme de rachat des armes d’assaut ne serait pas obligatoire.
« C’est une trahison totale. Ma famille et moi avons lutté pendant trois décennies pour faire interdire ces armes. Nous pensions avoir gagné à l’automne 2019 alors que les libéraux ont annoncé en grande pompe qu’ils allaient interdire et racheter toutes ces machines de guerre. Ils ont menti. Ils nous ont menti et ils ont menti aux Canadiens », a déclaré Suzanne Laplante-Edward, mère d’Anne-Marie Edward, assassinée à Polytechnique en décembre 1989.
« Sans un programme de rachat obligatoire, des dizaines de milliers d’armes d’assaut complètement fonctionnelles resteront en circulation pendant des décennies. Peu importe que les propriétaires d’armes ne seront pas “autorisés” à les utiliser. Le fait est qu’ils le peuvent. Et il n’en faut qu’un seul pour provoquer un massacre », a renchéri Nathalie Provost, qui a survécu à quatre blessures par balle lors du massacre à Polytechnique.
La députée bloquiste Kristina Michaud a fait écho à ces critiques en affirmant que le projet de loi « passe complètement à côté de la cible » en ne rendant pas obligatoire le programme de rachat.
Mais Justin Trudeau a défendu l’efficacité de cette mesure, se disant convaincu qu’elle permettrait de réduire « de façon importante » le nombre d’armes d’assaut en circulation à travers le pays.
Le ministre de la Sécurité publique, Bill Blair, a pour sa part indiqué qu’on estime qu’il y a de 150 000 à 200 000 de ces armes prohibées au pays. Ottawa estime que le coût de rachat moyen par arme serait de 1300 $. La facture atteindrait donc de 300 à 400 millions pour le Trésor fédéral.
« Nous pensons que la grande majorité des armes à feu interdites seront volontairement rendues par leurs propriétaires », a avancé le ministre Bill Blair.
L’exemple de la Nouvelle-Zélande
La Nouvelle-Zélande a adopté un programme de rachat obligatoire à la suite des tueries de mars 2019 dans deux mosquées qui avaient fait 51 morts et de nombreux blessés.
Avant l’initiative, la police estimait qu’il y avait de 55 000 à 240 000 armes à feu nouvellement interdites dans le pays, d’après une analyse d’une firme d’experts-conseils. Plus de 61 000 armes à feu ont été remises ou modifiées.
En conférence de presse, M. Trudeau a aussi défendu la volonté de son gouvernement d’accorder aux municipalités le pouvoir d’interdire les armes de poing sur leur territoire. La mairesse de Montréal, Valérie Plante, a au contraire affirmé que le gouvernement fédéral devrait prendre ses responsabilités en prohibant lui-même ces armes. La Fédération québécoise des municipalités a d’ailleurs critiqué le gouvernement Trudeau de vouloir ainsi transférer la responsabilité du contrôle des armes de poing aux municipalités – une critique qu’a reprise à son compte mardi le premier ministre du Québec, François Legault.
« Nous avons fait la promesse durant la dernière campagne électorale de permettre aux villes de bannir les armes de poing, et c’est exactement ce qu’on est en train de faire », a répondu le premier ministre.
Les municipalités qui le souhaitent pourront donc adopter des règlements qui interdisent les armes de poing en restreignant leur entreposage et leur transport sur leur territoire. Les personnes qui enfreindraient ces règlements s’exposeraient à des sanctions fédérales, notamment la révocation du permis et des sanctions pénales.
Le Parti conservateur fustige les libéraux
Le Parti conservateur a accusé le gouvernement Trudeau de se livrer à des manœuvres électorales en présentant ces mesures. « Il est décevant qu’en pleine pandémie, Justin Trudeau ne pense qu’à sa réélection et à l’ordre du jour idéologique des libéraux, au lieu d’aider les Canadiens à se faire vacciner », a affirmé le député conservateur Richard Martel, qui est aussi le lieutenant politique d’Erin O’Toole au Québec.
Dans le projet de loi C-21, le gouvernement Trudeau veut aussi faciliter le retrait d’armes appartenant à des individus qui représentent un risque. Il propose ainsi de créer des lois « drapeau rouge » et « drapeau jaune ». Ces lois permettraient à des gens, par exemple des amis ou des parents inquiets, de demander aux tribunaux la saisie immédiate des armes à feu d’un individu ou de demander à un contrôleur des armes à feu de suspendre et d’examiner le permis de possession d’arme à feu d’un individu.
Pour contrer l’influence des gangs de rue auprès des jeunes, le gouvernement fédéral propose d’accorder un soutien financier aux municipalités et aux communautés autochtones pour créer des programmes pour les jeunes.
Le gouvernement Trudeau veut permettre à quiconque a des inquiétudes pour sa sécurité de faire saisir une arme à feu, établir des peines plus sévères pour resserrer le contrôle de ces armes et concrétiser l’interdiction des armes d’assaut adoptée l’an dernier. Mais au-delà de ces nouvelles mesures annoncées mardi, ce sont celles qui ne figuraient pas au projet de loi libéral qui ont été dénoncées. Le programme de rachat d’armes d’assaut sera bel et bien volontaire, a confirmé Ottawa, tandis que les villes n’ont aucune garantie qu’elles pourront réellement bannir les armes de poing comme promis.
Le projet de loi C-21 propose une importante modification au Code criminel canadien. « Toute personne » qui craint qu’un propriétaire d’arme à feu ne présente un danger pour autrui ou pour lui-même pourrait désormais demander à un juge de lui retirer l’accès à cette arme pendant un mois. À l’heure actuelle, seules les autorités policières ou de contrôle des armes à feu ont ce pouvoir.
La proposition législative vise aussi à sévir davantage contre la contrebande et le trafic d’armes à feu, de même que la possession d’une arme obtenue à la suite d’une infraction ou celle d’une arme prohibée ou restreinte chargée en faisant passer les peines maximales pour ces infractions de 10 à 14 ans de prison.
Justin Trudeau s’est également félicité mardi de réaliser sa promesse « de permettre aux villes d’interdire les armes de poing et c’est précisément ce que nous faisons ». Or, le projet de loi C-21 prévoit simplement que le respect d’éventuels règlements municipaux visant à restreindre fortement « l’entreposage et [le] transport » de ces armes devienne une condition relative au permis fédéral de possession. De ce fait, une violation de cette condition pourrait désormais entraîner la révocation du permis ou une peine pouvant aller jusqu’à deux ans de prison. Mais il n’est pas prévu que les municipalités puissent carrément interdire la possession des armes de poing.
Interdiction théorique pour les villes
La mairesse de Montréal a maintes fois réclamé que le fédéral interdise lui-même ces armes, plutôt que de laisser le soin aux villes de le faire sur leur territoire. Valérie Plante a rappelé mardi que de telles « disparités d’application menacent la portée réelle d’une réglementation municipale » et « impose aux villes la gestion d’un enjeu dont la complexité dépasse l’échelle locale ».
Rien n’oblige, en plus, les provinces à le leur permettre. L’Ontario et l’Alberta s’y opposent, tandis que la Saskatchewan a modifié ses lois pour empêcher ses villes de le faire. Les fonctionnaires du fédéral ont confirmé, en séance d’information, que les provinces conservent le pouvoir constitutionnel de délimiter les règlements que leurs municipalités peuvent adopter.
Le premier ministre François Legault a dit avoir « un gros problème avec le fait que des pouvoirs soient délégués à des municipalités », ce qui laisse présager au Québec 1100 règlements municipaux différents.
Pas de rachat obligatoire
Justin Trudeau a par ailleurs dû se défendre de ne prévoir qu’un programme de rachat volontaire des 1500 armes d’assaut interdites par son gouvernement en mai dernier. Le projet de loi C-21 obligera les propriétaires à obtenir un permis de possession, à enregistrer leur arme et à se conformer à une série de mesures qui les rendent essentiellement inutilisables. Il deviendra impossible de s’en servir, de les transporter, de les vendre ou de les léguer.
Dans un deuxième temps, « dans les prochains mois », le gouvernement compte offrir un programme de rachat à ces propriétaires. Mais ceux qui le souhaitent pourront profiter d’une clause grand-père pour conserver leurs armes tout en acceptant de ne pas les utiliser.
Le premier ministre Trudeau s’est dit convaincu que la « grande majorité » accepterait de les revendre à l’État puisqu’ils « vont se rendre compte que ça ne sert absolument à rien de les garder maintenant ».
Son ministre de la Sécurité publique, Bill Blair, a rapporté, pour défendre son programme volontaire, qu’en Nouvelle-Zélande un programme de rachat obligatoire n’avait permis de récupérer qu’environ 55 000 des 150 000 armes d’assaut estimées en circulation parce que les autorités ne savaient pas où les trouver. D’où l’idée d’Ottawa d’exiger d’abord leur enregistrement en vertu du projet de loi C-21.
Le fédéral estime que son programme de rachat pourrait viser de 150 000 à 200 000 armes d’assaut et coûter entre 300 et 400 millions de dollars, a prédit le ministre Blair.
Déception de tous bords
Nathalie Provost, qui a survécu au massacre de Polytechnique, a déploré qu’un programme de rachat volontaire laisse trop d’armes d’assaut en circulation. « Peu importe que les propriétaires d’armes ne soient pas “autorisés” à les utiliser. Le fait est qu’ils le peuvent. Et ça n’en prend qu’un seul pour provoquer un massacre. »
Dans le camp inverse, la Coalition pour le droit des armes à feu a dénoncé que les libéraux fassent de la sécurité publique « un enjeu purement politique » en ne faisant rien pour prévenir réellement les fusillades perpétrées dans les grandes villes. « Ce projet de loi n’est qu’électoraliste. »
À Ottawa, aucun des partis d’opposition n’a voulu se prononcer et révéler s’il appuierait ou non ce projet de loi qui nécessite l’appui d’au moins l’un d’entre eux pour être adopté.
Contrôle des armes à feu Un « drapeau rouge » jugé inutile pour les victimes de violence familiale
(Ottawa) La plus récente initiative de contrôle des armes à feu du gouvernement Trudeau a été accueillie par une pluie de critiques. Même la section du projet de loi présentée comme un effort pour protéger les victimes de violence familiale ne trouve pas grâce aux yeux de ceux qui militent pour le contrôle des armes à feu.
LINA DIB, LA PRESSE CANADIENNE, publié le 17 février 2021
« La loi du drapeau rouge », dans le projet de loi C-21, est dénoncée par les représentants d’un groupe de médecins et les militants de Polysesouvient.
C-21, par cette « loi du drapeau rouge », permet à quiconque qui s’inquiète de l’état mental d’un propriétaire d’armes à feu de s’adresser à un juge pour faire saisir des armes.
« On va […] proposer des lois qui permettront aux amis et aux proches qui s’inquiètent d’une situation de demander à la cour de confisquer immédiatement les armes à feu des individus violents et à risque, et de suspendre leur permis d’acquisition », disait le premier ministre Justin Trudeau mardi.
En ce moment, c’est une plainte à la police qui peut conduire à la saisie des armes d’un individu qui n’a commis aucun crime.
« Ils mettent le fardeau sur les victimes potentielles. Imaginez une femme qui est battue, qui est dans une maison d’hébergement… Elle ? Elle doit aller en cour convaincre un juge pour enlever les armes de son ex ? Au lieu de maintenant juste appeler la police », s’est indignée Heidi Rathjen, porte-parole de Polysesouvient, en entrevue téléphonique, mercredi. Selon Mme Rathjen, rien dans C-21 n’élargit les critères pour faciliter la saisie d’armes, celle-ci demeurant discrétionnaire.
« Ça ne change pas les critères. Ça fait juste ajouter un processus », a-t-elle souligné.
De son côté, l’Association canadienne des médecins d’urgence (ACMU) rappelle qu’elle réclame depuis 25 ans une loi qui rende obligatoire la signalisation d’un individu armé à risque, signalisation qui conduirait automatiquement à la saisie temporaire des armes jusqu’à ce que la crise, qu’elle soit de santé mentale ou de toute autre nature, soit passée. Le projet de loi C-21, selon l’ACMU, ne fait rien de tel.
« Plutôt qu’une loi du drapeau rouge, le gouvernement fédéral a levé le drapeau blanc de la capitulation », s’est désolée l’ACMU dans un communiqué publié mardi.
Le ministre de la Sécurité publique, Bill Blair, n’en démord pas : sa loi du drapeau rouge sera utile.
« Cela donne le pouvoir au public, et la responsabilité n’est pas transférée à qui que ce soit », assure-t-il dans une déclaration fournie par courriel, mercredi après-midi.
« Nous ne tentons d’aucune façon de retirer cette responsabilité de la police. Nous faisons entrer davantage de personnes dans un cercle d’intervention […] pour désamorcer une situation dangereuse », a-t-il avancé.
Mme Rathjen cite quantité de tragédies où ni les proches ni les médecins ne sont intervenus à temps pour retirer les armes à feu.
« On veut des mesures concrètes », a-t-elle insisté, en réclamant un élargissement des circonstances où la saisie des armes devient « obligatoire » et « rapide ».
Aux États-Unis, a-t-elle fait remarquer, un ex-conjoint qui fait l’objet d’une ordonnance de protection n’a pas le droit d’avoir des armes à feu. Une telle interdiction automatique n’existe pas au Canada.
RAPHAËL PIRRO, Le Journal de Montréal, mercredi, 17 février 2021
Le gouvernement Legault et l’Union des municipalités du Québec ne veulent pas d’une loi qui transfère le contrôle des armes de poing aux municipalités comme l’ont proposé les libéraux fédéraux.
Dans le projet de loi dévoilé mardi, Ottawa propose que chaque municipalité puisse établir ses propres règles en matière de possession d’armes de poing.
L’Union des municipalités du Québec (UMQ) estime que cela créerait un problème majeur de «cohérence», car «il est impensable de réglementer d’une façon dans une municipalité et d’une autre façon dans une municipalité voisine».
Dans une déclaration diffusée par l’UMQ et cosignée notamment par Valérie Plante et Régis Labeaume, les maires de la province demandent au gouvernement fédéral de «réviser sa position» sur cette question.
«On demande que le gouvernement fédéral ne délaisse pas son pouvoir pour l’envoyer aux villes, a déclaré à l’Agence QMI la présidente de l’UMQ, Suzanne Roy. Si on veut établir des règles claires, harmonisées et efficaces en matière d’armes de poing, il faut que le gouvernement assume ses responsabilités jusqu’au bout et fasse un règlement à cet effet-là.»
Du côté de Québec, les partis ont unanimement soutenu une motion de Québec solidaire demandant la «délégation» de ce pouvoir au gouvernement provincial.
L’idée d’un transfert de ce pouvoir à Québec n’a pas déplu à Suzanne Roy. «Si l’ensemble du Québec prend le dossier et dit: « nous, on va interdire la possession des armes de poing », ça va être clair pour tout le monde. Les citoyens vont savoir à quoi s’en tenir, les villes vont savoir à quoi s’en tenir», a fait valoir la présidente de l’UMQ.
Parallèlement, la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbeault, a indiqué que le gouvernement était «agacé» par la volonté du Parti libéral fédéral de «déléguer ce pouvoir-là aux municipalités», même si elle a reconnu que le projet de loi représente «un pas dans la bonne direction».
«Il y a plus de 1100 municipalités au Québec. Donc, imaginez, juste la province du Québec, d’une ville à l’autre aurait ses exigences de permis, sa réglementation, ses exceptions. Ça amène de la confusion potentielle […]», a-t-elle ajouté.
Jointe par l’Agence QMI, l’attachée du ministre fédéral de la Sécurité publique, Bill Blair, est restée vague sur la possibilité de revoir le projet de loi. «Nous accueillons l’intérêt du Québec à vouloir également mettre en œuvre des restrictions sur la disponibilité et l’utilisation des armes de poing», a déclaré Mary-Liz Power.
À Toronto, métropole aux prises avec une flambée de violence armée liée aux gangs, le maire John Tory s’est fait moins critique à l’égard de l’approche d’Ottawa. S’il a dit favoriser une interdiction au niveau fédéral, il estime ne pas avoir suffisamment «analysé le dossier».
Notons que la Saskatchewan et l’Alberta ont interdit aux municipalités le pouvoir de légiférer sur les armes à feu l’année dernière.
La Tuque — «Ce n’est pas simplement une déception. On est même fâché. On est au bout». Serge St-Arneault, qui a perdu sa sœur Annie lors de la tragédie de l’école Polytechnique, se bat depuis plus de 30 ans pour retirer les armes d’assaut des rues du pays. Il demande au gouvernement d’agir fermement, mais l’essoufflement commence à se faire sentir.
«Comment dire, on est à bout de souffle. On ne pourra continuer indéfiniment à se battre contre… Si le gouvernement actuel ne change pas d’opinion, et qu’il maintient son idée de ne pas exiger d’éliminer les armes d’assaut selon ce qui était prévu. C’est un recul et une défaite totale», lance-t-il.
Au printemps dernier, Serge St-Arneault a vu une lueur d’espoir alors que le gouvernement fédéral a interdit quelque 1500 modèles d’armes d’assaut.
Par ailleurs, selon les informations de Radio-Canada, le gouvernement Trudeau devrait déposer prochainement son projet de loi qui mettra sur pied le programme de rachat des armes d’assaut, mais il ne serait pas obligatoire. Ce serait un échec total, selon Serge St-Arneault.
«La promesse électorale, c’était le rachat de toutes ces armes d’assaut et le bannissement complet. Point final. C’est ça l’enjeu […] C’est un peu curieux de garder des armes à feu si on ne peut pas les utiliser», note-t-il.
«Ce que je trouve difficile à comprendre, c’est qu’au niveau du vote populaire, une majorité assez claire de Canadiens, d’un bout à l’autre du pays, sont en faveur d’un bannissement complet des armes d’assaut. Point final. Qu’est-ce qu’ils attendent? Je ne sais pas.»
«Terriblement… La seule nuance ici, c’est qu’il s’agit d’une arme de poing. Vous savez, il y a 30 ans, on ne parlait pas des armes de poing. […] Maintenant, les armes de poing sont également devenues un enjeu majeur», insiste-t-il.
D’ailleurs, la mairesse de Montréal, Valérie Plante, a demandé à Ottawa d’adopter des mesures plus strictes concernant les armes de poing.
«C’est un dossier extrêmement compliqué aussi. […] Comment on va solutionner le problème des armes de poing si les armes d’assaut sont encore conservées parmi les propriétaires d’armes à feu», se questionne-t-il.
Serge St-Arneault presse le gouvernement libéral d’agir et de forcer les propriétaires d’armes d’assaut interdites de les rendre au gouvernement. Il exige une décision ferme et radicale des autorités, pas seulement «une demi-loi».
«Nous ne sommes pas des cruches pour imaginer que les propriétaires d’armes d’assaut vont simplement garder leurs armes en souvenir des jours où ils pouvaient les utiliser. Ils savent très bien qu’un prochain gouvernement conservateur dirigé par O’Toole annulera l’interdiction. Ce faisant, nous nous retrouverons encore une fois à la case de départ dans notre lutte. L’idéologie de la National Rifle Association des États-Unis s’imposera ainsi dans notre pays. Ce sera alors la fin de notre combat qui a débuté il y a plus de trente ans», écrit M. St-Arneault dans une lettre ouverte envoyée au Nouvelliste.
Serge St-Arneault estime que le gouvernement pourrait sauver des vies, tout comme il tente de le faire dans son combat contre la COVID-19.
«On a une chance idéale de faire un pas en avant pour sauver des vies et des citoyens canadiens par une loi qui a du mordant […] Pourquoi est-ce qu’on aurait une demi-loi qui ne sert à rien. C’est une contradiction, on veut sauver et on ne veut pas prendre de mesures réelles pour sauver des vies. Il y a quelque chose qui m’échappe là-dedans», a-t-il conclu.
CARREFOUR DES LECTEURS, Le Nouvelliste, 13 février 2021
OPINIONS / L’auteur, Serge St-Arneault, est originaire de La Tuque. Il est le frère d’Annie, une des victimes de la tuerie de Polytechnique. Il dirige aujourd’hui le Centre Afrika de Montréal.
Plusieurs familles des victimes de la tragédie de la Polytechnique de Montréal du 6 décembre 1989 luttent depuis trente ans pour retirer les armes d’assaut de nos rues. Cela ne s’est jamais réalisé, pas même pendant la brève période du registre des armes à feu, pourtant utile, mais aboli en 2012 par le gouvernement conservateur du premier ministre Harper. Depuis lors, beaucoup d’innocentes personnes ont perdu leur vie par des armes d’assaut légalement acquises selon les lois canadiennes. Logiquement, ces armes devraient être réservées aux professionnels militaires.
Certes, nous ne sommes pas aux États-Unis où la violence associée aux armes à feu est hors de contrôle. Près de 40 000 Américains ont été tués par balle en 2017. Cela représente un assassinat toutes les quinze minutes. Malheureusement, nous imitons de plus en plus cette culture valorisant la possession d’armes à feu. Le meurtre par balles d’une adolescente de 15 ans survenu à Montréal le 7 février dernier est le plus récent exemple.
Aux dernières élections, le Parti libéral du Canada avait promis d’instaurer des mesures visant l’interdiction des armes d’assaut de style militaire. La promesse consistait à mettre en place un programme de rachat pour toutes les armes d’assaut. Au mois de mai 2020, le premier ministre Trudeau a annoncé l’interdiction «de vendre, d’acheter, de transporter, d’importer ou d’utiliser des armes d’assaut de type militaire au Canada.»
Or, malgré un sondage effectué par Environics Research pour le compte de PolySeSouvient qui montre que la majorité des Canadiens (61 %) veut que le gouvernement libéral respecte sa promesse électorale de racheter toutes les armes d’assaut existantes, nous apprenons avec consternation qu’un projet de loi ira dans le sens opposé. Le rachat des armes d’assaut, comme cela se fait en Nouvelle-Zélande et en Australie, ne sera pas obligatoire. Tant que ces armes de guerre seront en circulation, elles représenteront un risque pour la santé publique.
À titre d’exemple, Corez Hurren, un réserviste du Manitoba âgé de 46 ans et partisan avoué de la conspiration violente et fasciste de QAnon, était en possession d’un fusil Norinco S12 interdit, un fusil de chasse Lakefield Mossberg, un fusil de chasse Grizzly Arms et un chargeur de grande capacité interdit lorsqu’il s’est introduit par effraction avec un camion sur le terrain de la résidence officielle du gouverneur général le 2 juillet 2020 pour assassiner le premier ministre Trudeau. Il voulait, dit-il, exprimer à quel point tout le monde était en colère contre l’interdiction des armes à feu et les restrictions de la COVID-19.
Nous ne sommes pas des cruches pour imaginer que les propriétaires d’armes d’assaut vont simplement garder leurs armes en souvenir des jours où ils pouvaient les utiliser. Ils savent très bien qu’un prochain gouvernement conservateur dirigé par Erin O’Toole annulera l’interdiction. Ce faisant, nous nous retrouverons encore une fois à la case de départ dans notre lutte. L’idéologie de la National Rifle Association des États-Unis s’imposera ainsi dans notre pays. Ce sera alors la fin de notre combat qui a débuté il y a plus de trente ans.
Ma sœur Annie a été assassinée dans une salle d’étude par une arme d’assaut de type militaire. Même avec le prochain projet de loi du gouvernement fédéral, ce genre de tragédie pourrait se reproduire de nouveau. Si cela est bel et bien l’intention du gouvernement de ne pas tenir sa promesse électorale qui a contribué à son élection, nous garderons le sentiment d’avoir été manipulés pour gagner des votes. Cela n’est rien de moins qu’une trahison.
Les victimes d’armes à feu, leurs familles, d’hier, d’aujourd’hui et de demain se souviendront de ce sinistre calcul politique.
JIM BRONSKILL, La Presse Canadienne, 12 février 2021
OTTAWA — Le gouvernement libéral devrait déposer mardi prochain un projet de loi visant à renforcer le contrôle des armes à feu dites «d’assaut» – mais le programme de rachat serait volontaire.
Ce projet de loi, promis depuis longtemps, viendrait étoffer l’interdiction au pays, annoncée le printemps dernier, de nombreux types d’armes à feu que le gouvernement considère comme des «armes d’assaut de type militaire». Le projet de loi prévoirait des dispositions d’entreposage plus strictes des armes à feu et ciblerait le trafic et la contrebande.
Le gouvernement a interdit en mai dernier, par décret du cabinet, des centaines de types d’armes à feu «d’assaut», affirmant qu’elles avaient été conçues pour le champ de bataille et non pour la chasse au chevreuil ou le tir sportif. L’interdiction couvre quelque 1500 modèles et variantes de ces armes, ce qui signifie qu’elles ne peuvent plus être utilisées, vendues ou importées légalement au Canada.
Le projet de loi du ministre de la Sécurité publique, Bill Blair, devrait proposer un programme de rachat de ces armes, à leur juste valeur marchande, mais devrait aussi permettre aux propriétaires de les conserver, avec des conditions strictes.
Pas assez contraignant
Une telle mesure volontaire risque de mécontenter les partisans du contrôle des armes à feu, qui implorent les libéraux depuis des mois de rendre le rachat obligatoire afin de garantir que les armes à feu qui restent aux propriétaires ne soient pas utilisées à mauvais escient ou volées.
«Les libéraux […] ont été élus en promettant un programme de rachat obligatoire», indiquait en mai dernier Heidi Rathjen, diplômée de Polytechnique et coordonnatrice de PolySeSouvient. «Les libéraux continueront à être critiqués pour n’avoir pas accompli la tâche alors qu’ils en avaient l’opportunité et les conservateurs continueront à être aux prises avec une base extrémiste pro-armes.»
Boufeldja Benabdallah, cofondateur de la Grande Mosquée de Québec, exhortait le gouvernement «à ne pas reculer sur le programme de rachat obligatoire qui nous a été promis, ainsi qu’à tous les Canadiens». Il avait comparu devant la Chambre des communes quelques mois après l’attentat à la mosquée de Québec, qui a fait six morts et plusieurs blessés, tombés sous les balles d’un tueur, il y a quatre ans.
Interrogé là-dessus jeudi, le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, a estimé qu’«un programme de rachat, pour être pertinent et efficace, doit, bien sûr, être contraignant».
«On a l’impression que le gouvernement recule, encore une fois, dans la perspective de déplaire au moins de monde possible, a-t-il dit. Mais il y a beaucoup de gens qui vont juger le gouvernement selon son sens des responsabilités et le respect de ses propres engagements.»
Sur le dos des municipalités
Par ailleurs, le gouvernement libéral a depuis longtemps fait part de son intention d’accorder aux municipalités les moyens de gérer l’entreposage et l’utilisation des armes de poing sur leur territoire, puisqu’elles ont des besoins et des préoccupations différents à ce chapitre.
Mais les détracteurs de ce plan affirment que ces interdictions municipales créent une courtepointe inefficace de réglementations. La mairesse de Montréal, Valérie Plante, plaidait encore cette semaine que «le trafic des armes ne s’arrête pas rendu au fleuve ou à la rivière des Prairies: ça circule».
«Ça n’a pas de sens que ce soit les villes qui légifèrent une à la suite de l’autre», a soutenu Mme Plante, à la suite de la fusillade qui a coûté la vie à une adolescente de 15 ans dans l’arrondissement Saint-Léonard, dimanche dernier.
Le regroupement «Les familles de Danforth pour des communautés sûres», qui a fait pression pour l’interdiction de la possession privée d’armes de poing, a plaidé que la violence armée à Toronto n’avait fait qu’empirer depuis la tragique fusillade de 2018.
Le député libéral torontois Nathaniel Erskine-Smith préconise plutôt des restrictions fédérales sur les armes de poing, qui prévoiraient un droit de retrait pour les municipalités qui le souhaitent.
Dispositions
Le projet de loi qui doit être déposé mardi aux Communes prévoirait notamment:
des dispositions permettant à la police, aux médecins, aux victimes de violence conjugale et aux familles de lancer un signal d’alarme sur ceux qui possèdent des armes et qui présentent un risque pour eux-mêmes ou pour un groupe identifiable;
des règles d’entreposage sécuritaire plus strictes pour aider à prévenir le vol d’armes à feu;
une augmentation éventuelle des ressources, et des sanctions plus sévères, pour freiner le trafic d’armes illégales aux frontières;
de nouvelles pénalités pour les achats d’armes à feu par un acheteur agréé au nom d’un acheteur non agréé;
le maintien des limites actuelles des chargeurs, qui sont généralement de cinq balles pour les carabines et fusils de chasse, et de 10 pour les armes de poing. On devrait aussi sanctionner la vente de chargeurs qui peuvent être modifiés pour contenir plus de cartouches.
Plusieurs familles des victimes de la tragédie de la Polytechnique de Montréal du 6 décembre 1989 luttent depuis trente ans pour retirer les armes d’assaut de nos rues. Cela ne s’est jamais réalisé, pas même pendant la brève période du registre des armes à feu, pourtant utile, mais aboli en 2012 par le gouvernement Conservateur du premier ministre Harper. Depuis lors, beaucoup d’innocentes personnes ont perdu leur vie par des armes d’assaut légalement acquises selon les lois canadiennes. Logiquement, ces armes devraient être réservées aux professionnels militaires.
Or, malgré un sondage effectué par Environics Research pour le compte de PolySeSouvient qui montre que la majorité des Canadiens (61%) veut que le gouvernement Libéral respecte sa promesse électorale de racheter toutes les armes d’assaut existantes, nous apprenons avec consternation qu’un projet de loi ira dans le sens opposé. Le rachat des armes d’assaut, comme cela se fait en Nouvelle-Zélande et en Australie, ne sera pas obligatoire. Tant que ces armes de guerre seront en circulation, elles représenteront un risque pour la santé publique.
À titre d’exemple, Corey Hurren, un réserviste du Manitoba âgé de 46 ans et partisan avoué de la conspiration violente et fasciste de QAnon, était en possession d’un fusil Norinco S12 interdit, un fusil de chasse Lakefield Mossberg, un fusil de chasse Grizzly Arms et un chargeur de grande capacité interdit lorsqu’il s’est introduit par infraction avec un camion sur le terrain de Rideau Hall le 2 juillet 2020 et voulait faire arrêter le premier ministre Trudeau. Il voulait, semble-t-il, exprimer à quel point tout le monde était en colère contre l’interdiction des armes à feu et les restrictions de la COVID-19.
Nous ne sommes pas des cruches pour imaginer que les propriétaires d’armes d’assaut vont simplement garder leurs armes en souvenir des jours où ils pouvaient les utiliser. Ils savent très bien qu’un éventuel gouvernement conservateur dirigé par O’toole annulerait l’interdiction. Ce faisant, nous nous retrouverons encore une fois à la case de départ dans notre lutte. L’idéologie de la National Rifle Association des États-Unis s’imposera ainsi dans notre pays. Ce sera alors la fin de notre combat qui a débuté il y a plus de trente ans.
Ma sœur Annie a été assassinée dans une salle d’étude par une arme d’assaut de type militaire. Même avec le prochain projet de loi du gouvernement fédéral, ce genre de tragédie pourrait se reproduire de nouveau. Si cela est bel et bien l’intention du gouvernement de ne pas tenir sa promesse électorale qui a contribué à son élection, nous garderons le sentiment d’avoir été manipulés pour gagner des votes. Cela n’est rien de moins qu’une trahison. Les victimes d’armes à feu, leurs familles, d’hier, d’aujourd’hui et de demain se souviendront de ce sinistre calcul politique.
Alors que la prolifération des armes de poing entraîne de plus en plus de fusillades mortelles à Montréal, la porte-parole de PolySeSouvient dénonce l’inaction du gouvernement fédéral.
PUBLIÉ LE 10 FÉVRIER 2021
En entrevue avec Patrick Lagacé, Nathalie Provost a dénoncé l’inaction du gouvernement de Justin Trudeau dans le contrôle des armes de poing au pays. Selon le premier ministre canadien, cette responsabilité revient aux villes.
«Il y a un pas qui a été franchi pour les armes de style d’assaut, mais il faut aussi une législation plus sévère pour les armes de poing. Je pense que le gouvernement fédéral cherche le chemin pour faire plaisir un peu à tout le monde et pas trop choquer ceux qui grognent très fort, c’est-à-dire, les militants pour de moins en moins de contrôle»
Nathalie Provost, porte-parole de PolySeSouvient
«C’est épouvantable ce que je vais dire, mais est-ce que ça va prendre une tuerie de masse pour que les choses changent?»
Patrick Lagacé
«Mais ça va en prendre combien de tueries de masse? Il y a quatre ans, c’était la mosquée, au printemps, c’était la Nouvelle-Écosse… mais ça n’arrêtera jamais! Là, c’est une jeune fille de 15 ans qui n’a rien fait. Les gouvernements attendent seulement des élections et ils cherchent juste des moyens pour être réélus»
Nathalie Provost, porte-parole de PolySeSouvient
«Si chacun de vos auditeurs envoyait un courriel à M. Trudeau pour dire que les armes de poing doivent être contrôlées, moi je crois que nos gouvernements agiraient. Mais on ne le fait pas parce qu’on le tient pour acquis»
Le 29 janvier 2021, quatre années se seront écoulées depuis qu’un jeune homme a utilisé une arme de poing et cinq chargeurs de dix balles qu’il possédait légalement pour tuer six de nos frères, en blesser sévèrement cinq autres, dont un qui est devenu paraplégique, et traumatiser à vie 35 autres rescapés, dont trois enfants en plus des centaines de fidèles fréquentant la Grande Mosquée de Québec — le tout en moins de deux minutes.
Les libéraux ont depuis promis d’interdire les armes d’assaut et ont concrétisé cet engagement par une série de décrets annoncés en mai 2020. Nous reconnaissons ces efforts et en sommes très reconnaissants, bien que nous continuions d’exhorter le gouvernement à compléter l’interdiction et à l’enchâsser dans la loi, ainsi qu’à déployer un programme de rachat obligatoire qui retirera l’ensemble de ces armes de notre société.
Aujourd’hui cependant, le même pistolet et les mêmes chargeurs de dix balles utilisés à la mosquée demeurent tout aussi disponibles qu’en janvier 2017.
Pourtant, en 2015, le Parti libéral a été élu sur la base de la promesse de « débarrasser nos rues des armes de poing et des armes d’assaut ». Et en 2019, il a promis de « donner aux municipalités la capacité de restreindre ou d’interdire les armes de poing ». Bien que nous considérions des interdictions municipales comme étant extrêmement malavisées et préférions une interdiction pancanadienne (comme le souhaitent par ailleurs aussi 69 % des Canadiens), nous ne pouvons que déplorer l’absence totale de progrès législatif en lien avec les armes de poing.
Ventes en hausse
Faute d’une action de la part du gouvernement, le nombre d’armes de poing continue d’augmenter à des niveaux records. Selon les données gouvernementales, il y avait plus d’un million (1 054 164) d’armes de poing enregistrées au Canada en 2019. C’est environ 630 000 armes de plus qu’en 2012 (il y en avait alors 467 146).
En ce qui concerne l’année 2020, le manufacturier Glock a tout récemment déclaré que ses ventes de pistolets ont connu une augmentation sans précédent au Canada, et ce, grâce à la demande élevée pour le même modèle qui a été utilisé dans le cadre du massacre à notre mosquée, soit le pistolet G17 Gen 5, outre le plus petit modèle G19 Gen 4 fait spécialement pour s’adapter aux lois canadiennes.
En somme, le nombre d’armes de poing au Canada a plus que doublé dans les dix dernières années seulement.
Pourtant, les sondages montrent invariablement qu’environ 7 Canadiens sur 10 appuient l’interdiction des armes de poing. Nos concitoyens et concitoyennes reconnaissent, comme nous, les risques associés à la prolifération des armes de poing. Outre la catastrophe flagrante au sud de la frontière causée par l’accès facile à ce type d’armes, il est évident qu’il s’agit d’objets particulièrement dangereux, vu la facilité avec laquelle ils peuvent être dissimulés ainsi que la puissance de tir et les caractères militaires de certains modèles.
Les armes de poing sont le type d’armes à feu le plus souvent utilisé au Canada pour commettre des homicides, soit 57 % des 249 homicides par balles en 2018.
De nombreuses armes de poing utilisées dans des crimes arrivent illégalement des États-Unis, comme le pistolet Glock faisant partie de l’arsenal utilisé par le tireur en Nouvelle-Écosse en avril 2020. En même temps, de nombreuses armes sont volées à leurs propriétaires légaux, comme le Smith & Wesson M&P40 utilisé à Danforth en juillet 2018. En effet, entre 2001 et 2017, quelque 9000 armes de poing ont été volées à leurs propriétaires légaux, dont environ 1000 seulement ont été récupérées. Près de 8000 d’entre elles demeurent donc, par définition, entre les mains de criminels.
Il arrive aussi que ces armes soient achetées légalement par des intermédiaires puis vendues illégalement, ou qu’elles soient, comme dans notre cas, utilisées par leurs propriétaires légaux… D’où l’importance de combattre simultanément l’accès légal et l’accès illégal.
De plus, rien n’a été fait pour éliminer la disponibilité des chargeurs qui sont facilement modifiables pour contenir plus de balles que la limite légale. En plus des auteurs des tragédies à notre mosquée, à Moncton et au Métropolis à Montréal, l’homme qui a fait quatre morts, dont deux policiers, à Fredericton en 2018 avait aussi modifié son chargeur pour qu’il tire plus de balles que la limite légale.
Les chargeurs de dix balles ne servent pas à la chasse ni au tir sportif légitime, mais ils facilitent les tueries de masse. Pire, la loi encadrant les chargeurs est depuis longtemps devenue inadéquate, étant donné les échappatoires et les mauvaises interprétations qui ont vu le jour à travers les années. Il est temps de corriger ces failles et de limiter le nombre maximal de balles à cinq, sans exception, comme le veulent 71 % des Canadiens.
Nous applaudissons sans réserve les importantes avancées en matière de contrôle des armes mises en avant par le gouvernement libéral actuel. Cela dit, il ne nous est pas possible de passer sous silence la question criante des armes de poing : six ans après la première promesse des libéraux, quatre ans après la tuerie à notre mosquée, deux ans et demi après la tuerie à Danforth, rien n’a encore changé en ce qui concerne la disponibilité et la possession des armes de poing au Canada, pendant que leur nombre ne cesse de croître.
La commémoration de la tuerie qui a coûté la vie à 14 femmes à l’École polytechnique est devenue à travers le temps une journée de réflexion et d’appel à l’action pour mettre fin à la violence basée sur le genre, mais cette année, les gens vivront ce triste anniversaire seuls plutôt qu’en groupe.
MORGAN LOWRIE, LA PRESSE CANADIENNE, publié le 5 décembre 2020
La plupart des évènements qui ont lieu chaque année, dont le dépôt de couronnes de fleurs, des discours et une cérémonie pour projeter des faisceaux de lumière dans le ciel depuis le belvédère du mont Royal, se dérouleront virtuellement ou sans foule en cette année qui sera « difficile », de l’aveu de l’une des survivantes de l’attentat.
« Il y a beaucoup de chaleur humaine dans ma vie autour du 6 décembre, beaucoup d’émotions reliées à ces rassemblements, beaucoup de chaleur et cette année, c’est beaucoup plus froid », a relaté Nathalie Provost, qui a été blessée de quatre balles lorsqu’un tireur a fait irruption à l’École polytechnique en 1989.
Quatorze femmes, dont beaucoup étaient des étudiantes en génie, ont été tuées et plus d’une douzaine de personnes ont été blessées dans une attaque motivée par la haine du tireur envers les femmes.
Mme Provost, qui est porte-parole du groupe militant pour le contrôle des armes à feu PolySeSouvient, affirme que les efforts pour se commémorer le drame se sont poursuivis, même si les réglementations sanitaires empêchent les gens de se rassembler en personne.
Plus tôt cette semaine, une bourse de 30 000 $ connue sous le nom de l’Ordre de la rose blanche a été remise à l’étudiante crie Brielle Chanae Thorsen, une étudiante en génie que Mme Provost décrit comme une « jeune femme extraordinaire ».
Et dimanche midi, Nathalie Provost se joindra à un panel de conférenciers dans un parc nommé en l’honneur des victimes pour un évènement qui sera diffusé en ligne. Mais Mme Provost craint que la participation ne soit plus faible cette année, soulignant que les gens sont fatigués de regarder les écrans.
« C’est pourtant important, le rassemblement dans le deuil et la commémoration. Et là, on essaie de les faire virtuellement et l’impression que j’ai, c’est que, c’est beaucoup plus difficile d’atteindre (les gens) », a-t-elle expliqué.
Cette diminution de la participation survient à un moment où la question de la violence basée sur le genre est plus urgente que jamais, selon certains groupes de défense.
Élisabeth Fluet-Asselin, porte-parole de la Fédération des femmes du Québec, a indiqué que la pandémie avait entraîné une demande accrue dans les refuges pour femmes, des difficultés d’accès aux services et des problèmes de santé mentale provoqués par l’isolement. Elle précise que certains groupes sont particulièrement touchés, notamment les femmes autochtones, les membres de la communauté LGBTQ, les femmes handicapées et les détenus.
En plus d’une cérémonie dominicale dans un parc de Montréal, la fédération a organisé plusieurs évènements virtuels dans le cadre de ses 12 jours d’action, dont des baladodiffusions, des vidéos, des tables rondes et des évènements d’art et de poésie – tous conçus pour souligner et dénoncer la nature systémique de la violence basée sur le genre.
« Les violences faites aux femmes, ce n’est pas seulement physique, c’est pas seulement de la violence conjugale ou sexuelle. Il y a plein d’autres formes de violence et il ne faut pas l’oublier surtout dans le contexte présent », a-t-elle soutenu en entrevue.
Pour sa part, Nathalie Provost s’inquiète d’une augmentation de la violence sur les réseaux sociaux, qui, selon elle, peut entraîner des conséquences réelles et violentes.
À travers les années, Mme Provost dit que ses propres émotions entourant la tuerie de Polytechnique ont évolué.
Cette année, elle se sent fatiguée et frustrée de la lenteur des changements législatifs sur le contrôle des armes à feu.
Elle affirme avoir été encouragée par le plan du gouvernement fédéral, qui prévoit interdire quelque 1500 d’armes à feu de style militaire. Mais il y a encore beaucoup de travail à faire, selon elle, dont interdire les armes de poing, doter la police de meilleurs outils pour intervenir dans des situations problématiques et gérer les armes en circulation actuellement.
Éventuellement, elle espère tourner la page sur la fusillade et que la commémoration devienne une journée paisible. Au lieu de cela, elle dit que le contraire semble se produire alors que les victimes de fusillades à Toronto, à Québec et en Nouvelle-Écosse ajoutent leur voix à ceux qui appellent au changement.
« Nous n’avons pas besoin d’autres commémorations, a-t-elle plaidé. Nous ne voulons pas en créer de nouvelles. Nous voulons que ça arrête. »
À quelques jours du 6 décembre, qui marquera le 31e anniversaire de la tuerie de Polytechnique, des survivants et des familles de victimes demandent au gouvernement Trudeau de respecter ses promesses et d’agir rapidement pour rendre « complètes et permanentes » les interdictions des armes d’assaut et des armes de poing.
Des survivants et des familles de victimes des tueries au Collège Dawson (2006), à la mosquée de Québec (2017) et dans le quartier Danforth, à Toronto (2018), se sont joints au groupe PolySeSouvient lundi pour réclamer des mesures plus musclées du gouvernement fédéral.
« Nous sommes très heureux du progrès concernant les armes d’assaut, soit les décrets annoncés le 1er mai dernier interdisant quelque 1500 modèles spécifiques, en plus de ceux qui ont été ajoutés à la liste en fonction de certains critères », signale Heidi Rathjen, témoin de la fusillade survenue à l’École Polytechnique, le 6 décembre 1989.
Mais le gouvernement Trudeau ne doit pas se limiter à des décrets. Mme Rathjen, coordonnatrice de PolySeSouvient, rappelle que le ministre fédéral de la Sécurité publique, Bill Blair, avait promis le printemps dernier de déposer un projet de loi avant l’été.
Aucune annonce n’a été faite, aucune consultation n’a été menée, déplore Heidi Rathjen. « Nous ne percevons aucune indication comme quoi le processus législatif aurait été entamé ou qu’il soit à la veille de l’être. »
Les groupes qui demandent un plus grand contrôle des armes à feu s’inquiètent notamment qu’un éventuel gouvernement conservateur puisse annuler facilement les décrets mis en place par les libéraux.
Mme Rathjen demande également à ce que le programme de rachat des armes proscrites, qui devait débuter cette année, entre en vigueur le plus rapidement possible.
Colère et impatience
« Je suis fatiguée et impatiente. On doit encore répéter des évidences », a déclaré Nathalie Provost, qui a été blessée par balle le 6 décembre 1989.
« J’ai fait face à un tireur qui avait un Ruger Mini-14 semi-automatique équipé de deux chargeurs de 30 balles », poursuit la survivante de la tuerie. « J’ai vu six camarades de classe périr à mes côtés et j’ai moi-même été atteinte quatre fois, le tout en quelques secondes. Oui, l’arme change la donne. La force des coups de feu a joué un rôle déterminant ainsi que la capacité de tirer en rafale. »
Une colère et une impatience partagées par le cofondateur de la mosquée de Québec, Boufeldja Benabdallah. « On a perdu des gens extraordinaires, le 29 janvier 2017. Deux minutes ont suffi au tueur parce qu’il a eu accès à des armes de guerre. »
Un mémorial sera d’ailleurs dévoilé mardi à Québec pour rappeler la tragédie. Un évènement qui attriste le porte-parole de la mosquée. « Nous en avons assez de voir des hommes et des femmes pleurer encore. Attendons-nous qu’il y ait encore d’autres commémorations ? »
Règlement sur le marquage des armes reporté
Le ministère fédéral de la Sécurité publique et de la Protection civile a annoncé lundi le report d’un règlement sur le marquage des armes qui devait entrer en vigueur le 1er décembre. Le règlement entrera plutôt en vigueur le 1er décembre 2023.
« Le gouvernement utilisera la période de report pour continuer à consulter ses partenaires et élaborer un régime de marquage efficace qui convient au Canada, en équilibrant les besoins de l’application de la loi et les répercussions sur les entreprises et les propriétaires d’armes à feu, tout en accordant la priorité à la sécurité publique », indique-t-on.
(Ottawa) La Ville de Montréal exhorte le gouvernement Trudeau à jeter aux orties son projet de déléguer aux municipalités le pouvoir de restreindre ou d’interdire les armes de poing sur leur territoire. Un tel plan serait inefficace et entraînerait une balkanisation en matière de mesures de contrôle de ce type d’arme au pays.
MÉLANIE MARQUIS et JOËL-DENIS BELLAVANCE, LA PRESSE
En lieu et place, la Ville de Montréal presse le gouvernement libéral de prendre une fois pour toutes le taureau par les cornes en adoptant lui-même un train de mesures pour interdire la possession privée, l’importation et la fabrication d’armes de poing d’un bout à l’autre du pays.
Alors que l’on constate une escalade de violence depuis un an dans le secteur nord-est de Montréal marquée par des coups de feu tirés en plein jour, des jeunes qui sont armés et des résidants qui sont terrorisés, la mairesse Valérie Plante doute de l’efficacité du plan des libéraux de Justin Trudeau concernant les armes de poing.
« Montréal a toujours été un chef de file dans la lutte contre la possession et l’utilisation des armes à feu. Tristement, la métropole a trop souvent été le théâtre de graves tragédies et de féminicides lors desquels des armes d’assaut et de poing ont été utilisées », a affirmé Mme Plante dans un courriel à La Presse.
« En mai dernier, le gouvernement fédéral a légiféré dans le dossier des armes d’assaut. J’invite les élus de la Chambre des communes à poursuivre le travail amorcé et [à] inclure rapidement les armes de poing », a-t-elle ajouté.
En coulisses, on fait aussi valoir que même si la Ville de Montréal avait le pouvoir de légiférer pour bannir les armes de poing, rien n’empêcherait un individu de se procurer ce même type d’arme dans une autre ville qui n’aurait pas de telles restrictions.
Lors de son passage à l’émission Tout le monde en parle, dimanche dernier, la mairesse Plante a exprimé sa vive inquiétude face à une recrudescence des incidents impliquant des armes de poing dans certains quartiers de la métropole, dont Montréal-Nord et le Vieux-Montréal.
« On voit de plus en plus de gens qui ont des armes, qui ont accès à des armes, comme à Toronto, a-t-elle dit. Les armes d’assaut vont être légiférées par le fédéral, mais toutes les armes, les pistolets, ce n’est pas le cas. Moi, je ne trouve pas ça normal qu’on puisse acheter aussi facilement des armes comme celles-là », a-t-elle fait valoir.
Revendications à l’échelle nationale
Et Valérie Plante n’est pas seule parmi les maires à exiger qu’Ottawa prenne davantage les choses en main. À Toronto et à Vancouver, les premiers magistrats John Tory et Kennedy Stewart réclament également une interdiction des armes de poing à l’échelle nationale depuis un bon moment. Il s’agit « d’une mesure parmi plusieurs autres que le gouvernement du Canada devrait mettre en place pour aider à mettre fin à la violence par arme à feu », a déclaré à La Presse le maire John Tory, déterminé à bannir ces armes dans la métropole ontarienne.
Son homologue de la métropole de la Colombie-Britannique est animé de la même ambition. « Si le gouvernement fédéral met en œuvre une législation qui permettrait à la Ville de Vancouver de mettre en place une interdiction des armes de poing, je ferais de mon mieux pour travailler avec le conseil afin de l’implanter », a soutenu M. Stewart dans une déclaration transmise à La Presse.
En dépit des récriminations émanant du camp Plante, le ministre fédéral de la Sécurité publique, Bill Blair, entend maintenir le cap.
« Nous présenterons un projet de loi qui nous donnera de nouveaux pouvoirs pour garder les armes à feu hors de portée des criminels en mettant fin à la contrebande d’armes à feu au Canada, ainsi qu’au trafic d’armes à feu par détournement et par achat par prête-nom », a ajouté la porte-parole du ministre de la Sécurité publique.
Dans le discours du Trône du 23 septembre dernier, où il a énoncé ses grandes priorités des prochains mois, le gouvernement Trudeau a réaffirmé son intention de donner aux municipalités « la capacité de restreindre ou d’interdire les armes de poing » et de « renforcer les mesures de contrôle du flux d’armes illégales qui entrent au Canada », notamment en provenance des États-Unis.
Pour déléguer un tel pouvoir aux municipalités, le gouvernement Trudeau devra amender le Code criminel et obtenir la collaboration des provinces. Or, cette proposition se heurte à un mur en Saskatchewan, où le gouvernement de Scott Moe a adopté une loi en juin interdisant aux municipalités de la province d’avoir recours à un tel pouvoir si Ottawa devait le leur accorder. L’Alberta s’y oppose aussi farouchement, le premier ministre Jason Kenney affirmant que la démarche d’Ottawa est vouée à l’échec.
Le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, ne s’est pas montré enthousiaste à l’idée de donner le feu vert à Toronto, où les fusillades sont un véritable fléau depuis plusieurs années. Quant au premier ministre britanno-colombien John Horgan, actuellement en campagne électorale, il s’est dit désireux de travailler avec les autres ordres de gouvernement en vue de bannir les armes de poing.
La pandémie de COVID-19 et l’instabilité sociale ayant suivi la mort de George Floyd inquiètent de nombreux Américains qui ont décidé de s’acheter une arme pour se protéger. Les ventes ont même atteint un niveau record en juin sur fond d’élection présidentielle, générant des problèmes de stocks pour certains commerçants assaillis de clients.
Publié le 21 octobre 2020
MARC THIBODEAU, LA PRESSE
Quelques citations de cet article :
Selon les plus récentes données des Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC), près de 40 000 Américains ont été tués par balle en 2017.
Selon une étude du Center for American Progress, les jeunes Américains sont frappés de plein fouet par la violence liée aux armes. L’organisation relève que bon an, mal an, plus de la moitié des personnes tuées par balle ont moins de 30 ans.
Les Afro-Américains sont particulièrement touchés. L’organisation Everytown for Gun Safety estime qu’en moyenne, 26 membres de cette communauté sont tués et 104 blessés quotidiennement. Dans les grandes villes, 68 % des victimes de meurtre sont afro-américaines.
Malgré l’impasse qui prévaut souvent sur le plan politique, une majorité d’Américains se disent favorables à un resserrement des règles régissant l’accès aux armes.
(Québec) Devant une recrudescence des crimes liés à l’utilisation des armes à feu, les forces policières québécoises redoubleront d’efforts dans leur lutte contre le crime organisé et les « groupes criminels ». Le gouvernement Legault confirme des sommes de 65 millions pour les appuyer dans leurs actions.
Publié le 21 octobre 2020 à 5h00
FANNY LÉVESQUE, LA PRESSE
Quelques citations de cet article :
La ministre Guilbault a confirmé l’ajout de 65 millions pour lutter contre les réseaux criminels et la violence liée aux armes à feu, ce qui comprend un investissement de 32,5 millions sur cinq ans qui avait été annoncé dans le cadre du budget Girard, en mars 2020. S’ajoutent 27,6 millions qui proviennent du Fonds fédéral d’action contre la violence liée aux armes à feu et aux gangs.
Près de 4,5 millions provenant de la distribution annuelle du produit des biens confisqués à la suite d’activités criminelles seront également partagés entre les divers corps de police qui participent à ce genre de programme.
(Tucson, Arizona) Potrero surgit au milieu de la route sinueuse qui serpente dans le sud de la Californie. Entre deux montagnes, le panneau surgit : Potrero, population : 646. Il se fait tard et j’ai du chemin à faire, mais mon regard est attiré par un petit attroupement devant le « centre communautaire ».
Publié le 22 octobre 2020
YVES BOISVERT, LA PRESSE
Quelques citations de cet article :
À Phoenix, dimanche, je me suis arrêté dans une boutique d’armes à feu. Elle était fermée, mais « John », un ancien de l’armée devenu instructeur, venait y faire un tour. Je suis entré avec lui. Il voulait que je ne le photographie que de dos. Il porte un pistolet Glock bien visible à la ceinture, selon cette règle existant en Arizona et dans plusieurs États qui permet de porter une arme sans permis pourvu qu’on puisse l’apercevoir. C’est pour une arme « cachée » qu’on doit obtenir un permis de port d’arme à feu. Il transporte avec lui un 9 mm d’assaut semi-automatique, « surtout pour dissuader ». « Nos ventes d’armes ont explosé cet été, me dit-il. On a de la difficulté à obtenir certains modèles. Le prix des munitions augmente. »
Pourquoi les gens s’arment-ils ? La peur dans les foyers n’est pas à confondre avec l’armement des milices. Mais difficile de ne pas faire un lien entre le racisme et les « tensions raciales » et les différents motifs d’armement légal.
D’après le Southern Poverty Law Center, le nombre de membres de milices armées de divers ordres s’est multiplié par huit après l’élection de Barack Obama. Il y aurait 100 000 personnes dans l’un ou l’autre des 276 groupes identifiés. Ce n’est pas négligeable, même dans un pays de 330 millions d’habitants. Quand on voit qu’un de ces groupes armés complotait pour kidnapper et assassiner la gouverneure du Michigan, c’est clairement plus qu’un jeu pour grands garçons. Les groupes suprémacistes blancs, qui se recoupent avec ces milices antigouvernement bien souvent, sont considérés par le FBI comme la plus grande menace terroriste intérieure au pays.
PATRICK WHITE PUBLISHED DECEMBER 13, 2020 in the Globe and Mail
La police de Montréal met en place une escouade de lutte au trafic d’armes à feu devant une « hausse atypique des événements » violents dans le nord-est de la ville.