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Justin Trudeau critique la position des conservateurs sur les armes à feu

(Montréal) Tandis que la campagne électorale bat son plein, le groupe PolySeSouvient dénonce les récentes publicités du Parti libéral qui s’enorgueillit de son bilan sur le contrôle des armes à feu. Or, les efforts des libéraux apportent peu de changements concrets, selon les victimes de l’attaque de Polytechnique.

JESSICA BEAUPLAT, LA PRESSE CANADIENNE, 18 août 2021

PolySeSouvient craint également de se retrouver face à d’autres « promesses brisées » ou pire encore de voir « le peu de progrès réalisé par les libéraux » anéanti si le pouvoir changeait de main lors du prochain scrutin, explique en entrevue téléphonique la porte-parole du groupe, Nathalie Provost.

En effet, le chef du Parti conservateur, Erin O’Toole, a promis d’abolir la loi qui interdit quelque 1500 modèles d’armes à feu de type d’assaut, depuis mai 2020. Ce qui signifie qu’ils ne peuvent ni être utilisés, vendus ou importés légalement au pays.

En campagne à Vancouver mercredi, le premier ministre Justin Trudeau a affirmé qu’il est inconcevable, à un moment où les Canadiens sont préoccupés par la violence armée, que les conservateurs s’engagent à renverser la mesure.

Le programme des conservateurs indique que le parti abolirait et réviserait la loi sur les armes à feu avec la contribution de la police, des propriétaires d’armes à feu, des fabricants et du public.

« La sensation qu’on a, c’est qu’on approche de la dernière heure », indique Mme Provost. « Dans cinq ans je ne serai plus là, je n’aurai plus l’énergie de me battre comme ça », explique celle qui milite depuis plus de 30 ans pour un contrôle plus strict des armes à feu.

De récents incidents impliquant des armes de poing, dans la plupart des grandes villes du pays — Toronto, Montréal, Québec — ramènent le débat sur les armes à feu à l’avant-plan.

En plus d’annonces publicitaires à la télé et à la radio, pour promouvoir le travail des libéraux en matière de protection contre les armes, une publicité vidéo du parti de Justin Trudeau s’est récemment attaquée à Erin O’Toole sur les médias sociaux pour ses positions en faveur des propriétaires d’armes.

Or, PolySeSouvient estime que les efforts des libéraux n’ont pas mené à des mesures très concrètes au cours des dernières années.

« Les mesures adoptées ou introduites ne sont qu’un pâle reflet de ce qui aurait pu constituer des progrès considérables et efficaces », peut-on lire dans un communiqué publié lundi.

Le professeur émérite à l’Université d’Ottawa Irvin Waller, auteur du livre Science and Secrets of Ending Violent Crimes (La science et les secrets pour mettre fin aux crimes violents), est plutôt d’accord avec les critiques du groupe.

« Oui, les libéraux ont avancé un peu avec l’interdiction de vente des armes [à feu, de style militaire] », avance M. Waller, mais il se montre perplexe face au programme de rachat optionnel qu’Ottawa avait l’intention d’offrir aux détenteurs d’armes récemment bannies.

Le projet de loi C-21 (mort au feuilleton avec la dissolution récente du Parlement) aurait permis au gouvernement de racheter les armes à feu de type arme d’assaut entre les mains des propriétaires.

Ceux-ci auraient également eu le droit de les garder s’ils le désirent sous des conditions strictes qui incluent l’enregistrement et le rangement sécuritaire.

Cette mesure volontaire s’appuyait sur la bonne foi des propriétaires au lieu d’être obligatoire, déplorent les membres du groupe PolySeSouvient.

Comme les familles de victimes et les survivantes, M. Waller est aussi d’avis que les actions des libéraux auraient pu se traduire en mesure plus concrètes.

Par ailleurs certaines mesures manquaient de clarté, selon le professeur. Comme celle voulant octroyer plus de pouvoir aux municipalités pour qu’elles puissent interdire les armes de poing sur leurs territoires.

Cette proposition assortie d’une enveloppe de 50 millions sur cinq ans n’était pourtant pas suffisante pour l’ensemble des villes canadiennes, estime M. Waller.

PolySeSouvient ajoute qu’en voulant accorder plus de pouvoir aux villes quant à la réglementation des armes à feu, le gouvernement Trudeau s’est défilé devant ses responsabilités et s’est incliné devant le lobby des armes à feu.

Le groupe a exprimé d’autres inquiétudes par rapport au projet de loi C-21 présenté en février.

Celui-ci visait notamment à protéger les potentielles victimes de violence conjugale en leur permettant de demander aux tribunaux une ordonnance pour la saisie immédiate des armes appartenant à un proche ou la suspension de permis.

Une aberration, selon Mme Provost, qui ne comprend pas pourquoi « une femme qui a peur » devrait se lancer « dans des procédures judiciaires ».

Cet article a été produit avec l’aide financière des Bourses Facebook et La Presse Canadienne pour les nouvelles.

LIENS

CBC overview

https://www.cbc.ca/news/canada/montreal/gun-control-quebec-federal-parties-election-1.6133579

Comment Matt Gurney

https://nationalpost.com/opinion/matt-gurney-on-gun-control-and-other-issues-liberals-are-big-on-promises-but-rarely-deliver

QMI Libs vs Cons

https://www.journaldemontreal.com/2021/08/16/otoole-accuse-par-les-liberaux-de-vouloir-legaliser-les-armes-dassaut

Video – Nathalie on CTV

https://montreal.ctvnews.ca/liberals-failing-to-keep-canadians-safe-from-gun-violence-says-polytechnique-survivor-1.5549578

Audio -Nathalie Radio 15-18 français

https://ici.radio-canada.ca/ohdio/premiere/emissions/le-15-18/episodes/561142/rattrapage-du-mardi-17-aout-2021/9

Groupe de victimes réagit aux publicités gouvernementales sur le contrôle des armes à feu alors que les élections sont déclenchées

Montréal, 16 août 2021 — Au début du mois d’août, le gouvernement libéral a lancé une campagne publicitaire à la radio et à la télé de plusieurs millions de dollars vantant son bilan sur le contrôle des armes à feu. Une autre annonce publiée sur les médias sociaux s’attaque à Erin O’Toole relativement à sa promesse d’abroger les lois sur le contrôle des armes.

Les familles de victimes et les survivants du féminicide à l’École Polytechnique qui militent depuis plus de 30 ans en faveur de contrôles plus stricts ont réagi avec consternation et désarroi face à ce qu’ils considèrent une tentative complètement malhonnête et clairement politique, financée par des fonds publics, de faire croire aux Canadiens que le gouvernement libéral a tenu tête aulobby des armes et qu’il a réalisé des progrès concrets et importants en matière de contrôle des armes à feu.

« D’abord, les Canadiens doivent comprendre que seule une minorité des mesures adoptées par les libéraux découlant des promesses de 2015 et de 2019 ont été mises en œuvre, y compris la plupart des mesures associées à la campagne de 2015 qui ont été adoptées il y a plus de deux ans, » explique Nathalie Provost, survivante du massacre à Polytechnique.

« Mais surtout, les mesures adoptées ou introduites ne sont qu’un pâle reflet de ce qui aurait pu constituer des progrès considérables et efficaces. Ce que nous avons vu jusqu’à présent ne représente que des demi-mesures ou des mesures creuses truffées de concessions au lobby des armes. »

Voir ici notre Bilan des principales promesses libérales sur le contrôle des armes (2015-2021) : https://polysesouvient.ca/Documents/DOCU_21_08_16_PromessesLiberaleArmes.pdf

Ces annonces laissent présager que le contrôle des armes fera partie de la plateforme des libéraux de Trudeau pour une troisième fois. Cependant, étant donné la succession de promesses non tenues, les Canadiens sont en droit de se demander s’ils peuvent croire monsieur Trudeau cette fois-ci. En quoi de nouvelles promesses se distingueront-elles des deux dernières séries de promesses?

« Les libéraux doivent trancher entre faire semblant d’appuyer le contrôle des armes à feu et le faire progresser de manière concrète et importante. Au moins lorsque les Canadiens votent pour les Conservateurs, ils savent qu’ils votent en faveur des intérêts du lobby des armes parce que la position du parti est claire : abroger le peu de progrès réalisé par les Libéraux, entre autres. En comparaison, les libéraux de Trudeau sont extrêmement malhonnêtes quant à leurs engagements et leur bilan. »

« Nous espérons que les médias qui couvriront cette campagne électorale ne s’arrêteront pas aux points de discussion des Libéraux, mais examineront ce qu’ils ont réellement accompli. Car en scrutant les détails des lois et règlements, on s’aperçoit que pas grand-chose n’a changé depuis que le gouvernement Harper a anéanti nos lois sur le contrôle des armes : des dizaines de milliers d’armes d’assaut restent entre les mains de propriétaires privés ; les chargeurs à grande capacité sont toujours facilement accessibles ; les armes de poing continuent à proliférer de façon exponentielle ; et d’importantes lacunes concernant les vérifications d’antécédents et les mesures préventives (en cas de suicide et de violence conjugale) se traduisent en tragédie sur tragédie, » conclut madame Provost.

PolySeSouvient se tourne contre les libéraux

Autrefois enthousiaste, le regroupement PolySeSouvient a déchanté par rapport aux promesses des libéraux.

Dans deux longs communiqués, ceux-ci reviennent sur les propositions des libéraux faites depuis l’entrée au pouvoir de Justin Trudeau au poste de premier ministre.

«D’abord, les Canadiens doivent comprendre que seule une minorité des mesures adoptées par les libéraux découlant des promesses de 2015 et de 2019 ont été mises en œuvre, y compris la plupart des mesures associées à la campagne de 2015 qui ont été adoptées il y a plus de deux ans», a déclaré Nathalie Provost, une survivante de l’attentat de Polytechnique.

«Mais surtout, les mesures adoptées ou introduites ne sont qu’un pâle reflet de ce qui aurait pu constituer des progrès considérables et efficaces. Ce que nous avons vu jusqu’à présent ne représente que des demi-mesures ou des mesures creuses truffées de concessions au lobby des armes», a-t-elle ajouté.

Polysesouvient est un groupe de citoyens bénévoles, dont de nombreux témoins, survivants et familles des victimes du massacre du 6 décembre 1989, qui œuvrent pour un meilleur contrôle des armes et dont les objectifs sont endossés par l’Association des Étudiants de Polytechnique, l’Association des étudiants aux cycles supérieurs de Polytechnique, le CA de l’Association des diplômés de Polytechnique, l’Ordre des ingénieurs du Québec, le Réseau des ingénieurs du Québec, l’École Polytechnique, l’École de technologie supérieure et plusieurs associations étudiantes de génie du Québec.
A/S: 
info@polysesouvient.ca ; téléphone : 514-816-7818 ; @polysesouvient ; www.polysesouvient.ca

PolySeSouvient reproche à Ottawa de reculer sur sa promesse

Réglementation pour C-71: Piètres mesures affaiblies encore plus

À tous les groupes et individus ayant appuyé le projet de loi C-71, soit la législation pilotée par l’ancien ministre de la Sécurité publique, Ralph Goodale, déposée en 2018 et adoptée en 2019 en réponse aux promesses électorales des Libéraux de 2015 sur le contrôle des armes à feu. Malheureusement, si les règlements récemment proposés sont adoptés tels quels, même les gains très modestes en matière de sécurité publique auxquels nous nous attendions ne se concrétiseront pas.

Nous vous invitons à consulter notre mémoire détaillé  (veuillez-nous excusez: en anglais seulement).

JIM BRONSKILLLA, PRESSE CANADIENNE, 8 août 2021 

(Ottawa) Le groupe PolySeSouvient accuse le gouvernement fédéral de mettre en danger la sécurité publique en reculant sur sa promesse de trouver un moyen pour s’assurer que les acheteurs d’armes à feu possèdent un permis valide.

Dans un mémoire uniquement rédigé en anglais remis au gouvernement, le groupe affirme que les règlements proposés pour étoffer les lois fédérales ne vont pas assez loin pour empêcher les armes à feu de tomber entre de mauvaises mains.

« Une analyse approfondie des règlements proposés montre que le gouvernement a décidé d’édulcorer davantage une législation déjà faible. Les détails fournis par les règlements proposés soulignent non seulement la faiblesse des principales mesures du projet de loi C-71, mais ils rendent également certaines d’entre elles pratiquement sans force », peut-on lire dans un extrait remis à La Presse Canadienne.

En 2019, après que le projet de loi C-71 eut reçu la sanction royale, le gouvernement avait déclaré qu’il exigerait aux commerçants de vérifier la validité du permis de leurs clients avant de leur vendre une arme à feu sans restriction comme une carabine ou un fusil de chasse.

Selon PolySeSouvient, la validation d’un permis d’un acheteur potentiel est un élément fondamental de tout régime crédible de contrôle, car les documents volés, révoqués ou contrefaits peuvent être utilisés pour acheter illégalement des armes à feu.

Le groupe craint que la réglementation envisagée n’empêche pas de tels abus. Selon lui, elle n’oblige pas le commerçant à vérifier auprès du registraire fédéral des armes à feu si un acheteur potentiel a réellement un permis valide.

Si le projet de règlement précise qu’un acheteur doit fournir à un vendeur tous les renseignements figurant sur le permis, il n’est indiqué nulle part que celui-ci doit ensuite les transmettre au registre.

« C’est exactement ce que veut le lobby des armes à feu : que le gouvernement ait le moins d’informations possible sur les transactions d’armes à feu sans restriction », souligne la porte-parole de PolySeSouvient, Nathalie Provost, qui avait été atteinte de quatre balles lors de l’attaque féminicide de 1989. « On dirait qu’il a réalisé son souhait, encore une fois, au détriment de la sécurité publique. »

Le registraire attribue un numéro de référence donnant le feu vert à une vente que s’il est convaincu que l’acheteur peut détenir un permis, dit Tim Warmington, un porte-parole de Sécurité publique Canada.

Il reconnaît que les règlements proposés « ne précisent pas explicitement quelles informations le vendeur doit fournir » au registraire lorsqu’un numéro de référence est demandé.

Parmi les renseignements qui pourraient être requis par le registraire, M. Warmington mentionne le numéro du permis du vendeur afin de s’assurer que celui-ci en possède un valide. Il cite aussi le numéro et la date d’expiration de celui de l’acheteur afin de garantir sa validité.

Le vendeur devra également confirmer qu’il a vérifié de manière raisonnable sur l’acheteur était titulaire du permis présenté, ajoute M. Warmington.

PolySeSouvient concède que le bureau d’enregistrement peut demander des informations sur le permis avant d’accorder un numéro de référence. Toutefois, il dit que cette mesure est discrétionnaire et n’est pas requise par la loi. « La vérification du permis d’un acheteur potentiel par le Directeur des armes à feu n’est plus une option et repose uniquement sur la bonne foi du vendeur, comme auparavant », peut-on lire dans le mémoire.

Le groupe dit craindre qu’un futur gouvernement s’appuyant sur le lobby des armes à feu demande à ses fonctionnaires d’approuver automatiquement de telles demandes ou applications, « d’où l’importance de spécifier ces détails dans la loi ».

La loi oblige maintenant à vérifier tout l’historique des comportements de l’acheteur, pas seulement ceux des cinq années précédant la demande de permis. Une personne ayant des antécédents de violence conjugale ou ayant proféré des menaces sur l’internet n’est pas admissible.

Elle oblige les commerçants à conserver des registres des ventes d’armes à feu sans restriction. Les propriétaires d’armes à feu à autorisation restreinte et prohibée doivent se munir d’une autorisation de transport sauf s’ils se rendent dans un centre de tir approuvé. « Enfin, l’autorisation de transporter des armes de poing ne s’applique pas dans 96,5 % des cas, tout en gardant l’échappatoire qui peut être invoquée par toute personne transportant son arme de poing presque n’importe où dans une province », note le groupe.

PolySeSouvient a également exprimé d’autres inquiétudes concernant ces éléments. Notamment, il estime que l’efficacité des registres des ventes est minée par la nécessité pour les policiers d’obtenir un mandat de perquisition pour y accéder, « une exigence qui n’existait pas auparavant ».

Fusillades à Montréal. Une équipe intégrée pour lutter contre les armes à feu

La Sûreté du Québec (SQ) et le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) formeront une équipe pour lutter contre le trafic d’armes à feu dans la région du Grand Montréal, a annoncé mercredi la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault.

CORALIE LAPLANTE, LA PRESSE, Publié le 4 août 2021

Cette annonce survient deux jours après que trois hommes ont été tués lors d’une fusillade, dans le secteur de Rivière-des-Prairies. Deux personnes ont aussi été blessées.

En réaction à cet évènement, l’hypothèse d’une aide de la SQ au SPVM avait été soulevée. Cette collaboration se traduira par « une équipe intégrée qui va lutter contre le trafic d’armes à feu et contre la violence liée aux armes à feu, à moyen et à long terme », a déclaré Mme Guilbault. L’équipe sera coordonnée par la SQ.

« C’est inquiétant […], la succession d’évènements violents n’importe où et n’importe quand depuis quelque temps », a affirmé la ministre de la Sécurité publique, en conférence de presse devant l’hôtel de ville de Montréal.

L’Équipe dédiée à la lutte contre le trafic d’armes (ELTA) du SPVM sera élargie, a précisé le directeur général du SPVM, Sylvain Caron.

PHOTO OLIVIER JEAN, LA PRESSE
Sylvain Caron, directeur général du SPVM

L’apport en effectifs de la SQ « nous permettra de retirer un certain nombre de personnes du groupe ELTA, et de les affecter dans les régions nord-est et sud-ouest [de Montréal] en enquête, pour travailler sur les évènements de violence impliquant des armes à feu », a expliqué M. Caron.

Plus spécifiquement, ces nouvelles équipes s’attarderont aux violences par arme à feu, aux tentatives de meurtre et à la possession d’armes à feu. Elles seront affectées à cette tâche à temps plein, et feront partie de la section du crime organisé du SPVM, a précisé le directeur général du corps policier.

« La Sûreté du Québec va permettre [d’apporter] oui des ressources humaines, mais aussi beaucoup au niveau du soutien technique, technologique, de la cyber[sécurité] », a ajouté la directrice générale de la SQ, Johanne Beausoleil.

« On a des moyens intéressants au niveau de la [SQ], alors on va pouvoir en faire bénéficier le SPVM ». Johanne Beausoleil, directrice générale de la SQ

Plus de détails concernant la nouvelle équipe intégrée seront dévoilés au courant des prochains jours, a assuré Geneviève Guilbault.

PHOTO SARAH MONGEAU-BIRKETT, LA PRESSE
Cette annonce survient deux jours après que trois hommes ont été tués lors d’une fusillade, dans le secteur de Rivière-des-Prairies. Deux personnes ont aussi été blessées.

Le drame survenu à Rivière-des-Prairies lundi serait relié à un conflit entre des gangs de rue, selon des sources policières. « La violence par armes à feu est un moyen souvent utilisé pour rendre des comptes et exécuter des vengeances entre les groupes criminalisés », a évoqué Sylvain Caron.

En juillet, 20 évènements impliquant des armes à feu, deux homicides et près d’une dizaine de tentatives de meurtre ont été répertoriés sur le territoire du SPVM, a rapporté La Presse mercredi. Deux fusillades se sont déroulées à Montréal depuis le début du mois d’août.

Des actions du fédéral demandées par Plante

La mairesse de Montréal, Valérie Plante, s’est attardée à la circulation des armes au sud de la frontière, en conférence de presse. « On le sait que les violences armées sont un enjeu qui est national, et il faut le traiter comme tel », a-t-elle plaidé.

« Malheureusement, le projet de loi C-21 ne répond pas à nos attentes », a déploré Mme Plante. Le projet de loi laisse aux municipalités la responsabilité d’interdire les armes de poing.

PHOTO OLIVIER JEAN, LA PRESSE
Valérie Plante, mairesse de Montréal, en conférence de presse, mercredi

Il est important d’offrir du soutien aux organismes communautaires et d’investir dans les infrastructures de loisir des arrondissements, selon la mairesse, afin de contrer la flambée de violence des derniers mois. Mais le définancement de la police ne fait pas partie des objectifs de son administration.

« Il n’y a pas eu de définancement avec nous, [et] il n’y en aura pas non plus », a-t-elle souligné. Pour la mairesse, la sécurité des citoyens des différents quartiers passe notamment « par une présence policière pour le travail de prévention [et] de collectes de données ».

La mairesse de l’arrondissement de Rivière-des-Prairies–Pointe-aux-Trembles et responsable de la sécurité publique à la Ville de Montréal, Caroline Bourgeois, s’est d’ailleurs dite troublée par le fait que des Montréalais souhaitaient quitter leur quartier parce qu’ils s’inquiétaient pour leur sécurité. « Ça nous brise le cœur, c’est absolument inacceptable », a-t-elle dénoncé.

Avec Mayssa Ferah, La Presse

Un week-end de fête meurtrier

Au moins 233 personnes ont été tuées par balle au pays en marge des festivités du 4 juillet

RICHARD HÉTU, collaboration spéciale. Publié par La Presse le 7 juillet 2021

(New York) Aussi américain que la tarte aux pommes. La métaphore est souvent employée pour décrire des phénomènes aussi rassembleurs que le baseball ou le rock & roll. Mais elle s’applique aussi à l’orgie de violence qui a éclaté au cours du long week-end de la fête nationale des États-Unis.

Au moins 233 personnes ont été tuées par balle et 618 ont été blessées durant une période de 72 heures marquée par plus de 540 évènements avec armes à feu, selon les données du groupe de recherche Gun Violence Archive, qui répertorie les cas de violence armée au pays de la National Rifle Association et du 2amendement.

Au nombre des victimes : quatre enfants, âgés de 6 à 16 ans, blessés le 2 juillet à Norfolk, en Virginie, où la police a arrêté et inculpé un garçon de 15 ans en rapport avec cette fusillade.

Et la violence armée qui sévit dans de nombreuses grandes villes depuis 2020 s’est poursuivie de plus belle, y compris à New York et à Chicago, où au moins 35 et 100 personnes respectivement ont été atteintes par balle.

À Chicago, au moins 18 personnes ont succombé à leurs blessures. Il s’agissait du week-end le plus meurtrier depuis au moins 2017 dans cette ville qui en a vu d’autres. Dans l’ensemble du pays, 15 fusillades de masse ont été recensées par Gun Violence Archive, qui fait entrer dans cette catégorie les évènements ayant fait au moins quatre morts ou blessés (à part le tireur).

« Je suis extrêmement préoccupé par le fait que cette année va dérailler », a dit à La Presse Mark Bryant, directeur de Gun Violence Archive. « Elle sera 25 % pire que l’année dernière, qui était 25 % pire que l’année précédente. Cela dit, ce dernier week-end a été bon. Je déteste dire qu’un peu plus de 850 personnes blessées ou tuées par balle, c’est bien, mais c’est mieux que l’année dernière. Considérer cela comme bon est triste. »

L’an dernier, au moins 1 068 personnes ont été blessées ou tuées par balle lors du week-end de la fête nationale américaine.

Mais comment expliquer autant d’événements impliquant des armes à feu d’un bout à l’autre des États-Unis ?

Des ventes d’armes records

Robert Spitzer, politologue à l’Université d’État de New York à Cortland et auteur de plusieurs livres sur les armes à feu, répond en évoquant d’abord le contexte dans lequel son pays évolue depuis plus d’un an.

« Les États-Unis ont connu une recrudescence de la violence armée et des meurtres par arme à feu pendant cette période de pandémie », a-t-il dit en citant comme une des causes probables de ce phénomène les ventes records d’armes à feu.

L’insécurité et l’anxiété ressenties par les Américains sont également des facteurs à prendre en considération, selon Robert Spitzer.

« Pour certains Américains, le remède à l’insécurité et à l’anxiété consiste à sortir et à se procurer une arme. Vous ne pouvez pas tirer sur une bactérie, mais cela fait partie du calcul », a-t-il dit.

Et il y a les retombées du mouvement Black Lives Matter qu’on ne peut pas non plus ignorer, selon lui. Dans beaucoup de villes américaines, des policiers ont choisi de prendre leur retraite ou de quitter le métier en réaction aux critiques dont ils ont été la cible après le meurtre de George Floyd.

Biden face à l’autre « épidémie »

Le désengagement et le désabusement policiers pourraient donc contribuer à faire de 2021 une année encore pire que 2020, l’une des plus meurtrières depuis des décennies, avec près de 20 000 personnes tuées dans des évènements impliquant des armes à feu et 24 000 autres qui se sont suicidées par balle.

Depuis le début de l’année, des actes de violence armée ont fait 10 318 morts, dont 629 adolescents et 154 enfants de moins de 11 ans, sans compter 12 342 morts par suicide avec une arme à feu, selon les données du groupe Gun Violence Archive.

Le 8 avril dernier, pour combattre ce qu’il a lui-même décrit comme une « épidémie de violence par armes à feu », Joe Biden a signé six décrets de portée réduite, faute de pouvoir convaincre le Sénat d’adopter des mesures plus fortes.

Le 24 juin dernier, il a par ailleurs autorisé les États et les localités à utiliser quelque 350 milliards de dollars accordés dans le cadre de son plan de relance économique pour augmenter les budgets des services policiers et des programmes communautaires.

« Ce n’est pas le moment de tourner le dos aux forces de l’ordre ou à nos communautés », a déclaré le président, dont le parti est accusé à tort par les républicains de vouloir « définancer » la police.

Robert Spitzer estime que l’approche de Joe Biden peut aider. Mais il y a des limites au nombre des problèmes auxquels le président peut s’attaquer. Et cela inclut sans doute la tradition de tirer des coups de feu en l’air pour accompagner les feux d’artifice du 4 juillet.

« C’est un peu comme dans les vieux westerns où les cow-boys tirent au hasard en l’air avec leurs armes », a expliqué l’auteur de Guns Across America. « Bien sûr, ces balles doivent bien retomber quelque part. C’est souvent quelque chose auquel les gens ne pensent pas. »

(New York) Le gouverneur de New York a annoncé mardi des mesures d’« urgence » pour lutter contre les armes à feu, sur fond d’augmentation de la criminalité dans cet État américain comme dans le reste du pays.
La Presse, publié le 6 juillet 2021. AGENCE FRANCE-PRESSE

Nouveaux règlements sur le contrôle des armes : Groupe de victimes se réjouit face au début de la mise en œuvre du C-71, adopté il y a plus de 2 ans, mais des questions demeurent

Montréal, 22 juin 2021 — Le groupe de familles de victimes et de survivants se dit heureux de voir enfin entamé le processus réglementaire permettant le début de la mise en œuvre du projet de loi C-71 adopté en mai 2019 tel qu’annoncé par le premier ministre plus tôt aujourd’hui de même que le ministre de la Sécurité publique Bill Blair en après-midi.

En attendant que le groupe ait l’opportunité d’examiner les détails de la réglementation, certaines questions viennent à l’esprit. « Comme d’habitude, mais tout particulièrement dans ce cas-ci, le diable est dans les détails, » déclare Heidi Rathjen, coordinatrice de PolySeSouvient.

Vérification de la validité du permis :

La vérification systématique du permis de possession d’un acheteur potentiel a été supprimée en 2012 en même temps que l’abolition du registre des armes d’épaule. Le rétablissement de cette exigence, bien que plus faible sans l’enregistrement de toutes les armes à feu, est un développement positif.

Cependant, des questions subsistent quant à l’obligation pour les vendeurs commerciaux autant que privés de contacter le Directeur des armes à feu afin de vérifier la validité du permis d’un acheteur potentiel (comme c’était le cas pendant toutes les années où le registre des armes d’épaule était en vigueur), c’est-à-dire sans permettre une norme plus faible pour les ventes privées qui représentent une proportion substantielle des transferts d’armes (ex : 4 sur 10 au Québec).

Prenons par exemple ce cas récent : alors que les armes à feu de l’époux séparé avaient été confisquées et son permis vraisemblablement révoqué, il a pu acheter une nouvelle arme à un ami qui ne soupçonnait rien et l’utiliser pour tuer son ex.

MISE À JOUR : Le règlement ne semble pas faire de distinction entre les ventes commerciales et privées.

Registres des ventes :

C’est une excellente nouvelle que les vendeurs d’armes devront tenir des registres de vente pour toutes les armes à feu, mais la police et les autres autorités gouvernementales pourront-elles accéder à ces données de manière efficace?

La police aura-t-elle besoin d’un mandat de perquisition en lien avec une arme à feu spécifique, ou pourra-t-elle examiner les registres de ventes de divers magasins de manière à détecter des schémas d’acquisition suspects (comme l’accumulation d’arsenaux ou les achats par prête-nom), à s’assurer que les inventaires sont complets (pas de détournement) ou à surveiller de manière générale le respect des règles ? Les données sur les ventes peuvent-elles être mises en commun, ou la police doit-elle être « chanceuse » pour trouver le bon magasin qui a vendu une arme spécifique (il y a plus de quatre mille commerces d’armes à feu au Canada) ?

MISE À JOUR : Selon le résumé officiel : « Les organismes d’application de la loi ne pourraient accéder aux documents commerciaux que pour des motifs raisonnables et sur présentation d’une autorisation judiciaire. » Ceci un donc net reçu par rapport aux registres de vente facilement accessibles qui existaient de 1977 à 2012. En outre, les informations sur les ventes pourront être détruites au bout de 20 ans, alors que les armes à feu sont des objets qui peuvent fonctionner pendant de nombreuses décennies. Aux États-Unis. La loi oblige les marchands d’armes à conserver toute transaction de manière indéterminée, et lorsqu’ils ferment leurs portes ils doivent remettre cette documentation au gouvernement.

Vérification des antécédents à vie :

Cette mesure assure que les enquêtes des préposés aux armes à feu ne se limitent pas aux cinq dernières années lorsque ceux-ci effectuent la vérification des antécédents d’un demandeur de permis (il faut toutefois noter que rien ne les empêchait de remonter plus loin dans le temps, et que ces vérifications demeurent optionnelles).

Ici aussi, il est bien sûr bon d’élargir la portée temporelle de la vérification des antécédents. Cependant, ni cette mesure découlant du C-71 ni aucune mesure proposée dans le cadre du projet de loi C-21 (déposé le 16 février dernier) n’aborde le problème beaucoup plus important des policiers ou des tribunaux qui ignorent des risques réels et connus, conférant la priorité à la possession d’armes plutôt qu’à la prévention.

En effet, de trop nombreux cas de ce genre ont été documentés, y compris de nombreux meurtres conjugaux alors que la police avait été avertie mais avait néanmoins décidé de permettre à l’agresseur ou l’agresseur potentiel de posséder des armes à feu (quelques cas notoires: Mark Jones, Gabriel Wortman, Lionel Desmond, Cory Lewis, Kevin Runke). Le pouvoir discrétionnaire très large des autorités d’agir ou de ne pas agir (c’est-à-dire refuser un permis ou de retirer les armes) lorsqu’elles sont confrontées à un individu manifestant des facteurs de risque reste le même.

La question qui se pose est la suivante : le gouvernement entend-t-il compléter cette mesure en renforçant les critères dans la loi et en investissant dans l’éducation des policiers et des tribunaux de même que le nombre de ressources nécessaires pour garantir des enquêtes systématiquement rigoureuses et des décisions qui privilégient la sécurité publique ?

Autorisation de transport des armes restreintes :

Contrairement à ce laissent entendre les dires du gouvernement fédéral, le projet de loi C-71 a maintenu « l’autorisation automatique » de transporter des armes restreintes introduite par le gouvernement conservateur, permettant le transport sans autorisation spécifique pour les déplacements entre la résidence du propriétaire d’une arme restreinte et n’importe quel club ou champ de tir dans la province, même si le propriétaire n’en est pas membre (aussi pour ramener une nouvelle arme à la maison).

En fait, la loi C-71 exige des autorisations spécifiques uniquement dans le cas d’un transport pour « d’autres raisons », les « autres » ne représentant que 4 % de tous les motifs de transport. Cela signifie que pour 96 % des transferts, le C-71 et ses règlements ne requièrent aucune autorisation et, ce, malgré la promesse faite par les libéraux en 2015 « d’abroger les modifications apportées par le projet de loi C-42 qui permettent de transporter librement des armes à autorisation restreinte ou prohibées sans permis ».

MISE À JOUR (général) : Il n’y a pas d’échéancier fixe pour la mise en vigueur de ce règlement.

Information: – Heidi Rathjen : 514-816-7818 (via texto si/if possible) or info@polysesouvient.ca – Nathalie Provost : survivante (Polytechnique) : 514-796-0142

La Cour suprême des États-Unis va se prononcer sur le port des armes à feu

(Washington) La Cour suprême des États-Unis a accepté lundi un recours du puissant lobby des armes NRA et sa décision pourrait peser sur la capacité des autorités à réguler le port des armes à feu hors du domicile.

AGENCE FRANCE-PRESSE, publié le 26 avril 2021

La haute juridiction, qui compte six magistrats conservateurs sur neuf, se penchera à l’automne sur une loi new-yorkaise contestée par la branche locale de la National Rifle Association et deux propriétaires d’armes.

En vertu de cette loi centenaire, l’État de New York a accordé des permis de port d’armes à ces deux hommes, mais uniquement pour se rendre à des stands de tir ou à la chasse, et non à des fins d’autodéfense. Après avoir perdu devant des tribunaux fédéraux, ils avaient fait appel auprès de la Cour suprême.

Celle-ci a annoncé lundi qu’elle acceptait leur recours, mais répondrait uniquement à une question : « Est-ce que le refus de l’État d’accorder aux plaignants des permis de porter des armes dissimulées à des fins d’autodéfense viole le deuxième amendement » de la Constitution ?

Cet amendement, qui fait l’objet d’interprétations divergentes, énonce qu’« une milice bien organisée étant nécessaire à la sécurité d’un État libre, le droit qu’a le peuple de détenir et de porter des armes ne sera pas transgressé ».

Pour les partisans des armes à feu, il garantit un droit au port d’armes pour chaque citoyen. D’autres considèrent toutefois que les auteurs de la Constitution ont seulement voulu protéger le droit de détenir et utiliser des armes dans le cadre d’une force de maintien de l’ordre, comme l’armée ou la police.

Dans un arrêt emblématique pris en 2008, la Cour suprême avait affirmé que le deuxième amendement protégeait le droit à détenir une arme chez soi. Mais elle avait laissé aux villes et aux États le soin de réguler le transport en dehors du domicile, ce qui explique l’existence de grandes disparités dans le pays.

Malgré de nombreuses sollicitations, elle est depuis restée à l’écart de ce sujet très délicat. Mais la Cour a été profondément remaniée par Donald Trump qui, au cours de son mandat à la Maison-Blanche, a nommé trois de ses juges, choisis pour leurs opinions conservatrices censées être favorables aux détenteurs d’armes.

Cette nouvelle donne fait craindre aux partisans d’un meilleur encadrement des armes une lecture extensive du deuxième amendement de la Constitution, qui ferait tomber les restrictions adoptées localement.

L’arrêt de la haute Cour pourrait également contrarier les projets du président démocrate Joe Biden qui, après une série de fusillades meurtrières, a redit vouloir durcir la législation sur les armes aux États-Unis.

Plus de 43 000 personnes ont été tuées par des armes à feu en 2020, en incluant les suicides, selon le site Gun Violence Archive.

Autre lien :

Vague de tueries? Facilitons l’acquisition des armes…

LUC LALIBERTÉ,   mardi, 20 avril 2021

Depuis la tuerie du 16 mars dans trois salons de massage d’Atlanta, on recense 50 autres tueries aux États-Unis. Depuis le début de l’année 2021, le total s’élève à 150.

Même si presque toutes les régions ont été affectées, le Texas, lui-même touché à 6 reprises, vient de démarrer un processus qui ne manquera de soulever la controverse alors que 90% des Américains sont favorables à une forme ou à une autre de contrôle et que le président Biden vient à peine de lancer ses premières initiatives.

Il y a quelques jours la chambre des représentants de l’état votait une loi qui permettrait de pouvoir acheter et porter une arme sans obtenir un permis au préalable. Si vous avez plus de 21 ans, nul besoin de formation ou d’examen pour porter une arme, qu’elle soit dissimulée ou non.

Quand on analyse le résultat du vote, aucun suspense. La majorité de 84 vs 56 parle d’elle-même et la réaction de la NRA ne s’est pas fait attendre. Les partisans de la loi ont même obtenu le soutien d’une poignée de démocrates.

Rien n’indique pour le moment que le sénat appuiera la nouvelle loi et que le gouverneur y apposera sa signature, mais que ce projet de loi se soit frayé un chemin jusqu’à la chambre en dit long sur l’état des lieux.

Comme le rapporte le Texas Tribune, en 2017 le lieutenant-gouverneur républicain de l’état s’opposait à ce type de loi. On rapporte aussi que les syndicats des policiers de quelques villes, dont Houston, sont en désaccord avec l’initiative. 

Comme je l’ai déjà souligné ici, non seulement les États-Unis sont au cœur de ma vie professionnelle, mais j’ai également un attachement émotif pour ce pays qui ne cesse de me surprendre par ses contradictions et ses paradoxes. 

L’attitude de nos voisins dans le dossier des armes représente encore et toujours un mystère pour moi. Alors que les tueries se multiplient à un rythme effarant, contrôler ou limiter le nombre et le type d’armes ne fait pas l’unanimité.

Je suis parfaitement conscient que la problématique des armes à feu est complexe et que des interventions de l’état ne régleront pas tout. Dans le cas du Texas, c’est parfois désespérant. Si des politiciens de Washington se contentent du statu quo, les représentants du Lone star state ont préféré bougé… Dans le sens contraire d’une solution pour parvenir à un meilleur contrôle. 

«Only in America» dit-on souvent. Oui, seulement aux États-Unis.

Prière de ne pas encourager la déresponsabilisation du fédéral face à la prolifération des armes de poing au Canada

6 avril 2021

Monsieur François Legault, Premier ministre, Chef Coalition Avenir Québec

Madame Dominique Anglade, Cheffe Parti Libéral du Québec

Madame Manon Massé, Co‑porte‑parole Québec Solidaire

Monsieur Paul St-Pierre Plamondon, Chef Parti Québécois

 Objet : Prière de ne pas encourager la déresponsabilisation du fédéral face à la prolifération des armes de poing au Canada

Mesdames et messieurs,

Nous vous écrivons aujourd’hui suite à la parution de l’article dans La Presse du samedi 3 avril dans le cadre duquel un représentant du gouvernement du Québec affirme que « si le fédéral veut qu’on gère les armes à feu, eh bien, qu’il nous donne la compétence … [ainsi que] l’argent qui va avec, ce serait beaucoup d’argent ».

D’emblée, soulignons qu’il n’y a plus de doute quant à l’urgence d’agir pour contrer la prolifération des armes de poing au Canada ainsi que la violence armée qui s’ensuit. En effet, le nombre d’homicides commis avec ce type d’arme est passé d’une moyenne de 100 par an (entre 2010 et 2015) à une moyenne de 138 (entre 2016 et 2019). Alors que 60% des homicides par balles sont commis avec des armes de poing, il importe de noter qu’il y a autant d’homicides par balles attribuables aux gangs de rue (51%) que ceux qui ne le sont pas (49%)[i].

La montée fulgurante des fusillades commis à l’aide de ce type d’arme par des gangs à Toronto et maintenant à Montréal, témoigne de la nécessité de combattre le trafic illégal de ces armes, notamment en intervenant le long du « pipeline de fer » par lequel transitent ces armes à partir de leurs sources américaines, dont les entrepôts sur les réserves autochtones tels qu’exposés par le récent reportage « J.E. sur la route des armes illégales ». Le décès de la jeune et innocente Meriem Boundaoui ne sera pas le dernier si le flot d’armes illégales n’est pas interrompu.

En même temps, la prolifération exponentielle des armes de poing légales multiplient les risques que ces dernières soient utilisées par leurs propres propriétaires pour des fins mortelles (Mosquée de Québec, Metropolis, Dawson, Université Concordia), qu’elles soient volées (en moyenne 600 par an) pour ensuite être utilisées à des fins criminelles (Danforth), ou qu’elles soient achetées légalement dans le but d’être revendues sur le marché noir, soit le phénomène en croissance de « l’achat par prête-nom ».

En somme, en moins de huit ans, le nombre d’armes de poing enregistrées au Canada a plus que doublé, passant de 467,146 en 2012 à plus d’un million en 2019. C’est dire que plus de la moitié des armes de poing présentement détenues par des particuliers ont été acquises au cours des dix dernières années.

Combattre le trafic illégal et renverser la prolifération des armes de poing légales ne sont pas deux objectifs mutuellement exclusifs, malgré la rhétorique incessante des adversaires du contrôle des armes qui ne cessent de dresser une mesure contre l’autre. Il faut faire les deux.

Mais alors que la lutte contre le trafic illégal est complexe (on ne peut pas rendre les armes illégales « encore plus » illégales) et requiert le déploiement efficace de ressources policières de même que la volonté politique pour autoriser les interventions nécessaires, celle contre la prolifération légale des armes de poing est relativement plus simple, ne nécessitant que l’adoption d’une loi instaurant un gel sur leur importation/fabrication et, idéalement, leur interdiction. C’est ce que souhaitent 7 Canadiens sur 10 (et 8 Québécois sur 10), pendant que 7 Canadiens sur 10 veulent une interdiction pancanadienne plutôt que des interdictions municipales.

Regrettablement, le gouvernement de Justin Trudeau a choisi de refiler cette responsabilité aux municipalités, un pouvoir que ces dernières n’ont clairement jamais demandé. Sans surprise, d’innombrables maires et associations municipales à travers le pays ont dénoncé cette mesure emblématique du projet de loi C-21, affirmant correctement que c’est au fédéral et non aux villes de réglementer ces armes.

Dans la foulée des réactions négatives au projet de loi, l’Assemblée nationale a adopté à l’unanimité une motion rejetant la délégation du pouvoir d’intervenir sur les armes de poing aux municipalités tout en le réclamant pour le Québec. Il n’y a pas de doute que l’esprit de la motion vise le renforcement du contrôle des armes en vue de mieux protéger les Québécois à défaut d’obtenir un tel renforcement pour tous les Canadiens. Sachez que nous apprécions sincèrement cette intention, soit la même qui incarne les multiples autres motions unanimes en faveur d’un meilleur contrôle de même que la Loi sur l’immatriculation des armes à feu.

Malheureusement, dans le contexte actuel, cette demande s’avère, au mieux, prématurée[ii] et, au pire, une invitation pour le gouvernement fédéral à légèrement ajuster sa posture de manière à mener au même résultat recherché : refiler à d’autres juridictions le fardeau de mettre en œuvre une mesure manifestement populaire mais controversée.

Ce scénario est d’autant plus probable étant donné l’article de La Presse du samedi 3 avril qui rapporte également que « le gouvernement Trudeau songe sérieusement à confier aux provinces et aux territoires, plutôt qu’aux municipalités, la responsabilité d’interdire les armes de poing ».

Toutefois, il s’avère que le Québec détient déjà le pouvoir de réglementer davantage les armes de poing, au point où il pourrait « réglementer à un point tel que cela pourrait conduire à une interdiction dans les faits, mais pas en droit, » explique le constitutionnaliste Pierre Thibault. En d’autres mots, il serait surtout question d’un « transfert » de pouvoir ultimement insignifiant car si l’Assemblée nationale souhaite agir au niveau des armes de poing, elle pourrait le faire demain.

Or, compte tenu de l’absence d’un engagement ferme du gouvernement du Québec en vue d’interdire les armes de poing, le combat politique qui perdure depuis plus de quinze ans au fédéral (depuis la première promesse des Libéraux de les interdire, en 2005) serait tout simplement déplacé vers les provinces, entamant ici comme ailleurs un autre débat éternel sans le moindre progrès concret à l’horizon. (Rappelons que cela a nécessité six ans de lutte politique pour faire adopter le registre québécois des armes d’épaule et, ce, avec l’appui de tous les partis de l’Assemblée nationale!)

Par surcroît, un tel transfert créerait un dangereux précédent, soit la délégation aux provinces d’une mesure centrale du contrôle des armes. Qu’en est-il alors de la sécurité des citoyens qui résident dans les provinces qui ne se prélaveraient pas de ces pouvoirs? Pire, en attirant toute l’attention et en monopolisant d’énormes ressources, cette mesure minera l’obtention de contrôles fédéraux véritablement efficaces sur les armes de poing pendant les prochaines décennies.

Pour tout dire, nous espérons vous convaincre de résister à toute tentative de la part du gouvernement fédéral d’obtenir du gouvernement du Québec une entente ou un appui en lien avec le projet de loi C-21 et l’enjeu spécifique des armes de poing.

Tel que souligné dans une lettre récente à Justin Trudeau, nous considérons cette législation comme étant une coquille vide irrécupérable. Et elle demeurera tout aussi irrécupérable dans l’éventualité qu’elle serait amendée de façon à refiler aux provinces (en plus des ou au lieu des municipalités) l’autorité d’interdire les armes de poing. Notre demande est claire : retirer complètement la proposition de transfert de pouvoir et mettre de l’avant des mesures fédérales sérieuses et robustes pour contrer la prolifération des armes de poing au niveau canadien.

En espérant pouvoir compter sur l’appui historique et inébranlable des partis politiques de l’Assemblée nationale, nous vous prions de bien vouloir agréer, mesdames et messieurs, l’expression de nos sentiments les meilleurs.

Nathalie Provost, M. Ing Diplômée de l’École Polytechnique – 1990 Survivante

Suzanne Laplante Edward Mère d’Anne-Marie Edward

Jimmy Edward Frère d’Anne-Marie Edward

Jean-François Larivée, ing, M.Sc.A Diplômé de l’École Polytechnique – 1988 Époux de Maryse Laganière

Serge St-Arneault Frère de Annie St-Arneault

Sylvie Haviernick Sœur de Maud

Louise de Sousa Mère d’Anastasia de Sousa

Meaghan Hennegan Survivante (Collège Dawson)

Kathlene Dixon Témoin (Collège Dawson)

Mère de Meaghan Hennegan

Heidi Rathjen, B.ing., Dr.h.c., LLD, C.S.M Diplômée de l’École Polytechnique – 1990 Témoin (Polytechnique)


[i] Statistique Canada ne fournit pas cette proportion pour les armes de poing seulement. 

[ii] Il importe de continuer de réclamer du gouvernement fédéral des mesures pancanadiennes contre la prolifération des armes de poing. Advenant que ces pressions se solderaient sans issue, des interdictions provinciales seraient alors envisageables.  

Acheter une arme, un jeu d’enfant

Les armes de poing sont de plus en plus accessibles aux adolescents, assure un jeune homme de 18 ans qui a lui-même été la cible de coups de feu. Du sud des États-Unis à Montréal, un trafic d’une simplicité déconcertante permet à ces engins de la mort de se retrouver entre leurs mains, a constaté La Presse. Et c’est payant.

Publié le 25 mars 2021

VINCENT LAROUCHE, LA PRESSE

« Je me suis fait tirer dessus. J’avais des ennemis, j’étais pas loin de chez moi. Ils sont arrivés, j’ai été touché. Mais avec l’adrénaline, tu ne le sais pas que tu es touché. Tu cours et tu sens comme un gros choc électrique. Rendu à l’hôpital… là, ça fait mal. »

Alex (prénom fictif) est âgé d’à peine 18 ans, mais il parle comme quelqu’un de beaucoup plus vieux. Comme un vétéran qui aurait vieilli trop vite. Le jeune Montréalais a été blessé par balle. Il a vu un de ses amis atteint d’un projectile à ses côtés. Une de ses connaissances est demeurée paralysée après une fusillade. Il connaît déjà le marché illégal des armes de poing comme le fond de sa poche.

Incarcéré en centre jeunesse pour ses activités criminelles, il a eu la permission d’accorder une entrevue à La Presse à condition que son identité soit tue. Pas même question de révéler où la balle s’est logée dans son corps. Le risque serait trop grand qu’il soit reconnu, selon ses éducateurs.

« Scorer » dans le quartier rival

Au cours de la dernière année, les autorités ont constaté une flambée d’évènements violents impliquant des coups de feu, avec souvent des victimes ou des suspects très jeunes. Une adolescente de 15 ans, Meriem Boundaoui, a péri en pleine rue sous les balles au mois de février.

Alex sait que le dossier préoccupe la population. Lorsqu’il était en liberté, lui et ses amis surveillaient toute mention de fusillade à la télévision, dans les journaux ou sur les réseaux sociaux. Si ses « ennemis » faisaient parler d’eux en venant tirer dans son quartier, c’était considéré comme un « score », dans leur langage. Et le clan rival devait répliquer en allant faire à son tour un « score » dans le territoire de l’autre camp, dit-il. Quitte à viser un jeune qui n’avait pas participé à l’attaque initiale et ne faisait peut-être même pas partie du milieu criminel. « Pour pouvoir dire qu’on a scoré back », explique le jeune homme.

Mathieu Perrier, intervenant spécialisé en réseaux délinquants au Centre jeunesse de Montréal, confirme avoir constaté une augmentation de l’usage d’armes ces dernières années.

Alex, de son côté, a l’impression que les armes de poing sont devenues plus accessibles pour les adolescents. « Les tranches d’âge ont descendu. Tu peux trouver des gars de 14-15 ans avec une arme. Les prix ne sont pas hors norme. Pour une arme “sale”, déjà utilisée, c’est entre 800 $ et 1200 $ », dit-il.

Une arme « sale », c’est une arme qui a déjà servi à tirer dans un dessein criminel. Si les policiers mettent la main dessus, ils la feront analyser en laboratoire et pourront découvrir qu’elle a déjà servi dans une fusillade, un homicide, un braquage. Ce qui peut apporter beaucoup d’ennuis à celui qui la porte.

« Propre ou sale, c’est la première question à poser quand tu achètes une arme », affirme Alex.

Un pistolet « propre », qui ne peut être relié à aucun crime, vaut plus cher, soit entre 2000 et 4000 $ ces jours-ci à Montréal, selon lui. Une fois qu’elle est utilisée, elle est revendue moins cher sur le marché secondaire. Parfois plus qu’une fois.

Tout fonctionne par contacts, et les adolescents doivent avoir des connaissances chez les plus vieux au sein des gangs de rue ou des groupes du crime organisé pour se procurer un pistolet. « Il n’y a pas un parc où tout le monde peut aller pour s’acheter une arme », dit-il en rigolant.

Vivre dans la peur

Alex dit avoir appris à se tenir sur ses gardes, à ne pas révéler l’endroit où il se trouve sur les réseaux sociaux, à regarder autour de lui par crainte d’une attaque. Comme plusieurs de ses amis. Cette peur de se faire tirer dessus peut prendre le dessus sur le souci des autres, observe-t-il.

Pourtant, ils savent au fond d’eux que ces jeux de guerre sont un réel danger public. « On n’est pas des tireurs d’élite. Je peux te viser toi et atteindre la personne à côté », reconnaît-il.

L’intervenant Mathieu Perrier confirme que beaucoup des jeunes qui ont des amis parmi les auteurs ou les victimes des fusillades de la dernière année craignent pour leur sécurité. En privé, certains avouent qu’ils apprécient le fait de ne pas avoir à regarder par-dessus leur épaule pendant qu’ils sont en détention, contrairement à ce qu’ils vivent à l’extérieur. « On a des rencontres préparatoires avant leur sortie de détention, et il y en a qui vivaient de l’anxiété compte tenu qu’ils pouvaient être impliqués de près ou de loin dans ces évènements-là », dit-il.

Sensibiliser les plus jeunes

Et les conflits, d’où viennent-ils ? Alex évoque les guerres d’ego entre quartiers et les conflits interpersonnels qui se seraient autrefois réglés à coups de poing, mais conduisent aujourd’hui à des fusillades vu l’accessibilité des armes. Il parle aussi de la compétition pour le profit, à travers diverses activités criminelles, chez des jeunes qui ont grandi en milieu défavorisé.

Lui-même affirme qu’il n’élèvera jamais ses enfants à Montréal, lorsqu’il sera père. « Je trouve que ce n’est pas faisable », lance-t-il le plus sérieusement du monde. Il veut tenir sa famille loin de ce qu’il a connu.

Et comment faire pour empêcher d’autres jeunes de suivre le même chemin que lui ?

« Il faut aller voir les 13-14 ans, et peut-être même au primaire. Il faut éviter d’aller voir les 15-16 ans, sinon la mentalité est déjà formée. Et même si tu n’as plus envie de ce mode de vie, ce n’est pas parce que tu lâches que tes ennemis vont te lâcher », dit-il.

Un trafic moins complexe… et très profitable

Les enquêteurs du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) surveillaient l’appartement depuis quatre mois. Une cache d’héroïne, de fentanyl et de cocaïne pour un réseau de trafiquants très structuré, près du métro Côte-des-Neiges. Lorsqu’ils ont investi les lieux, le 31 mai 2018, ils ont découvert quatre pistolets chargés, cachés sous les coussins du canapé, dans le salon.

Un revolver a aussi été découvert dans la chambre à coucher. Le réseau, dirigé par un certain Francis Pigeon-Michaud, avait visiblement une bonne source d’approvisionnement en armes de poing. L’enquête, baptisée « Projet Niet », considérait les suspects comme des cibles prioritaires.

Sur un des pistolets découverts dans le canapé, le laboratoire de science judiciaire a pu déchiffrer un numéro de série, qui avait été mal effacé par les criminels. Grâce à une vérification rapide auprès de leurs confrères américains, les policiers montréalais ont appris que l’arme avait été achetée légalement dans un magasin de la Floride par une certaine Naomi Haynes, ancienne Montréalaise devenue résidente permanente aux États-Unis.

Au cours des mois suivants, six autres armes saisies au Québec et en Ontario ont été reliées à cette acheteuse. Deux pistolets ont notamment été découverts par le SPVM lors d’une frappe contre un autre réseau de trafic d’héroïne en septembre 2018. En novembre suivant, l’Escouade nationale de répression du crime organisé pilotée par la Sûreté du Québec en a saisi un autre, en frappant des producteurs de métamphétamine de la région de Lanaudière.

Le pipeline de fer

Toutes ces saisies, retracées par La Presse dans les archives des tribunaux québécois, pointaient vers la même source. Naomi Haynes, qui est la sœur du chef de gang montréalais Roy « Capone » Haynes, faisait d’ailleurs l’objet d’une enquête des autorités américaines depuis le printemps 2018. Son volume d’achats dans les armureries floridiennes avait attiré l’attention. Elle était soupçonnée d’alimenter le tristement célèbre « Iron Pipeline » (« Pipeline de fer »).

Ce surnom désigne le trajet effectué par les trafiquants le long de l’autoroute I-95 pour faire monter les armes achetées dans les États du Sud, où leur vente est beaucoup moins encadrée, vers les grandes villes du Nord-Est américain et du Canada, où les lois sont beaucoup plus sévères.

Naomi Haynes a été arrêtée et a avoué sa participation à un vaste réseau qui aurait exporté au moins 40 armes, mais possiblement jusqu’à une centaine, vers le Canada. Elle achetait les armes elle-même ou les faisait acheter par des prête-noms à son service dans les magasins de Floride, puis les conduisait jusqu’à la frontière. Une complice, Enza Esposito, les faisait traverser à Saint-Bernard-de-Lacolle dans son Ford Escape muni d’un compartiment spécial sous le plancher. Naomi Haynes a écopé d’une peine de 84 mois de prison aux États-Unis en janvier dernier. Enza Esposito, qui a été accusée au Canada, est en attente d’une date de procès.

Contourner les contrôles

Chuck Papp est assistant-gérant chez Gun Shop Boca, armurier de Boca Raton, en Floride, où Naomi Haynes avait acheté une partie des armes envoyées au Canada. Il souligne que les acheteurs doivent se soumettre à une vérification de leurs antécédents et signer un document officiel où ils jurent que l’achat n’est pas fait pour une tierce personne. Mais beaucoup de criminels essayent de contourner les contrôles.

« Ça arrive tout le temps. J’ai vu des gars qui disaient ouvertement : “Ce n’est pas pour moi, c’est pour mon ami” », raconte-t-il. Il assure que son entreprise bloque toutes les tentatives détectées. Mais il s’étonne de ne pas voir plus souvent les policiers enquêter sur les achats qui ont été refusés.

L’organisme fédéral américain chargé d’enquêter sur le trafic d’armes à feu est le Bureau of Alcohol, Tobacco, Firearms and Explosives (ATF). Son attaché officiel à Ottawa a déclaré à La Presse que l’exportation vers le Canada est extrêmement profitable.

« Il y a une marge de profit significative dans la vente d’armes de poing illégales au Canada. Un acheteur peut acheter une arme de poing commune pour 400 à 600 $ aux États-Unis et une fois passée au Canada en contrebande, le prix peut atteindre jusqu’à 3000 $ ou 5000 $ selon les provinces », dit-il.

Dans un récent dossier de cour consulté par La Presse, les enquêteurs de l’ATF ont souligné que la Toyota Camry est un modèle de voiture particulièrement prisé pour faire traverser des armes vers le Canada, puisqu’un grand espace derrière la console permet d’y dissimuler facilement la marchandise.

« N’importe qui peut faire ça »

Philippe Paul, ancien sergent-détective au SPVM qui s’était spécialisé pendant un temps dans les enquêtes sur le trafic d’armes, souligne que le degré de sophistication nécessaire à cette activité criminelle est moins élevé que pour le trafic d’héroïne ou de cocaïne. L’approvisionnement se fait dans des commerces qui ont pignon sur rue chez nos voisins du Sud, plutôt qu’auprès de cartels en Colombie ou en Asie. Les armes ne nécessitent pas de transformation ou de manipulation comme la drogue, qui doit être coupée, ensachée, distribuée à toute heure sur de vastes territoires.

« Le trafic d’armes, ce sont des réseaux beaucoup moins structurés et restreints que le trafic de stupéfiants. N’importe qui peut faire ça », souligne-t-il.

Mais il ne faut pas sous-estimer l’importance de ce commerce pour autant, prévient-il.

« Les tueurs à gages achètent ça, ceux qui font des hold-up achètent ça dans la rue. C’est un précurseur de crimes très graves. Et quand on en saisit, oui, ça fait baisser la criminalité en rendant certains crimes plus difficiles d’accès », croit-il.

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