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Récit de voyage; Montréal-Francfort-Addis-Abeba-Lusaka – du 7 au 10 mai 2016.

Francfort, Allemagne.

« L’autocar de l’hôtel arrivera dans cinq minutes. Tourner à droite à la prochaine porte sur votre gauche. C’est tout près. »

De Montréal, j’ai pris mon vol sur Air Canada le samedi 7 mai à 19h05 pour arriver à Francfort le lendemain à 8h20, heure locale, après un vol de sept heures. J’ai alors loué une chambre d’hôtel au Holiday Inn située à quinze minutes de l’aéroport de Francfort. J’y ai dormi une bonne partie de la journée. Trouver la sortie du terminal a été un peu compliqué vu son immensité et le passage nécessaire à l’immigration. Je trouve enfin l’endroit où faire ma réservation.

Évidemment, je me suis vite trouvé confus en voyant des autobus un peu partout. Le temps presse. Comment m’y retrouver? Où aller? Les indications! Pas évident! Paniquant, je m’informe auprès d’un passant.

« Attendez ici! Voyez! Là est l’affiche indiquant la liste des hôtels. Votre autocar s’arrêtera juste ici. »

Je possédais un papier sur lequel était inscrit le nom de l’hôtel. Le problème est que les autocars ont différentes tailles et affichent leur provenance de différentes façons. Soudain, je vois passer un véhicule où il est inscrit ‘Holiday Inn’ sur la portière. Loupé! Le prochain arrivera dans une demi-heure, m’a-t-on dit. Soudain arrive un minibus. C’est lui! Je montre mon papier au chauffeur qui s’élance sans rien dire. Je suis le seul passager.

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Le trajet emprunte une autoroute qui traverse une forêt. Quelques courbes et voilà qu’apparaît le Holiday Inn. On m’offre la chambre 524 que j’ai tôt faite de payer. C’était la dernière chambre disponible pour une location de jour. Je prends ma carte d’accès de la chambre et puis l’ascenseur. Mais comment ouvrir une porte avec une carte ? Cela aurait pourtant été si facile en lisant le mode d’emploi écrit  au verso ! Bref, un bon samaritain me montre comment faire.

Il y a deux petits lits et une salle de bain. Je ferme le rideau, car le soleil plombe. Vais-je passer toute la journée dans un four? Il y a une télévision et une lampe de bureau. Tout fonctionne sauf les lumières dans la salle de bain! Curieux! Me vient l’idée d’insérer la carte dans une fente placée au mur tout juste à côté de la porte d’entrée. La lumière apparaît et la climatisation se met en marche. Pas mal pour un ignorant!

Pas grand-chose d’intéressant à la Télé. Je me couche à 11h00, me réveille à quelques reprises pour me lever à 18h00. J’avais déjà pris ma douche le matin. Que faire maintenant pour me raser? La douanière à Montréal m’a confisqué ma crème à barbe.

« C’est au-delà de 10 ml. Je suis désolé. Vous n’aurez qu’à vous raser avec du savon. »

Je me fais donc une mousse avec un petit savon et me rase. Il est temps de descendre à la réception. Le minibus me ramènera à l’aéroport à 19h30. Je cherche le restaurant. Je le trouve, mais il n’y a personne. Je m’informe alors au réceptionniste qui m’a d’abord ignoré pour s’adresser en arabe à deux autres visiteurs.

« Prenez la sortie vers la terrasse juste là », me dit-il. 

Les tables sont alignées à l’extérieur. Il y a de la verdure, de magnifiques arbres. Le ciel est bleu. C’est très beau.

« Puis-je voir le menu? »

Il approche 19h00 et je ne tiens pas à être en retard pour prendre le minibus.

Je regarde rapidement et choisis le premier menu sans savoir vraiment ce que c’est. Le serveur m’apporte quelques bouts de pain et une assiette avec du beurre, une demi-tomate toute minuscule et une olive noire trempée dans de l’huile d’olive. Belle entrée quand même! L’assiette ne tarde pas à venir. Sur un côté, des petites patates rondes, au milieu, des asperges blanches et une sauce béchamel. C’est succulent! Facile aussi à manger. Pas autant que la facture de $26.00.

 Addis-Abeba, Éthiopie.

Je suis arrivé à Addis-Abeba vers 5h30. Voyage de nuit sans aucun sommeil. Je suis dans le terminal d’Addis-Abeba et je regarde les gens passer. Il y a beaucoup de Chinois. J’attends 8h00. En effet, la préposée au  service à la clientèle m’a demandé de patienter.

Comme j’ai voyagé sur Air Canada et Ethiopian Airways, elle ne sait pas si j’ai droit à une chambre d’hôtel. Attendre ici jusqu’à ce soir 20h30 me semble long. Il y a du bruit; appels sur haut-parleurs et travaux de restauration à l’intérieur du terminal, surtout sur le toit. J’ai fait le tour. Bof! Les boutiques et restaurants ont l’air délabrés à l’image du terminal lui-même.

Le mieux serait de ne pas trop dormir durant le jour. J’arriverai à Lusaka vers minuit trente. Le temps de sortir et de me rendre à Woodlands, il sera 2h00. Si je pouvais dormir la nuit prochaine, cela me permettra de ne pas changer le jour pour la nuit pour le reste de la semaine.

Il est 9h45. La situation ne s’est guère améliorée. Ethiopian m’a proposé une chambre pour la journée au prix de 190 $. Dire que j’ai eu une chambre d’hôtel pour 50 euros à Francfort. J’ai donc décliné. Le seul restaurant visible est plutôt moche. Il y a plusieurs cuisiniers, mais les serveurs/serveuses sont d’une lenteur exécrable. On dirait un désordre organisé. Une heure d’attente pour commander un grand verre de jus d’orange frais au prix de 5 $. Une chance que je n’ai rien d’autre à faire.

On entend les scies électriques et marteaux résonner de tous les côtés. J’ai pris deux comprimés pour soulager mon mal de tête. La journée sera longue. J’ai trouvé une prise de courant. J’espérais brancher mon portable. Sauf que la prise est incompatible avec mon fil d’alimentation. Ma seule consolation est de visualiser comment sera l’aérogare une fois les travaux de restauration terminés. Il y a en effet deux immenses panneaux en face de moi illustrant le futur terminal qui sera prêt en 2017.

14h00. Les marteaux-piqueurs sont sur le toit et font un bruit infernal. Deux militaires, hommes, viennent de passer en te tenant par la main. Je calcule. Cela fait 8 heures que j’attends et il m’en reste encore autant avant que le prochain avion s’envole. Ce sera donc une attente de 16 heures. De plus, il fait chaud, de plus en plus chaud. J’ai mangé un curry ce midi en regardant un reportage sur un écran de télévision; des animaux vivants dans l’arctique polaire. Le curry n’était pas mauvais, mais sec. Il manquait la sauce barbecue de St-Hubert.

J’ai les jambes ankylosées. J’ai comme des spasmes. Ouin! Ça pourrait être mieux! Je m’interroge souvent lorsque je vois les montages de produits sur les étalages des boutiques hors taxe et les choix de restaurant. Montréal et Francfort n’en manquent pas. Pourquoi y en a-t-il autant? Ici, j’ai le sentiment qu’il n’y a rien … d’intéressant. Conclusion; je suis fatigué et il me reste encore de longues heures d’attente et un long voyage. Je dois dire que les jeunes Éthiopiennes sont très jolies.

16h00. Les préposées aux déchets m’ont réveillé. J’ai probablement dormi une heure sur un siège allongé plutôt inconfortable. Les autres bruits sont devenus un bruit de fond. Il me semble avoir entendu la pluie sur le toit de tôle. Le ciel est couvert de nuages. D’immenses fenêtres s’étalent sur toute la longueur du terminal et laissent pénétrer la lumière du jour.

J’essaie d’économiser la batterie du portable du mieux que je peux. Il me reste 30% de capacité. De quoi ajouter quelques lignes. Je vais y penser deux fois plus qu’une avant de voyager encore sur Ethiopian.

18h30. J’attends dans cet aéroport depuis 13 heures. J’ai dormi une autre petite heure sur le même siège inconfortable. Le bruit ne m’importune plus. J’ai oublié de dire plus tôt que j’ai voulu acheter une barre de chocolat avec gaufrette et un Pepsi. Total de 9 $; le Pepsi 1 $, la gaufrette 8 $. Je me suis contenté du Pepsi. Maintenant même, je viens de commander un thé et un morceau de gâteau. L’embarquement ne débutera qu’à 20h30. Ma batterie va bientôt être trop basse pour continuer à écrire.

Woodlands, Lusaka

Il est 2h24 et je suis dans ma chambre. Le voyage a été long; 45 heures au total depuis Montréal en comptant les arrêts. Le dernier vol n’a duré que trois heures. Nous n’étions qu’une vingtaine de passagers à descendre de l’avion qui poursuivait son vol vers Harare au Zimbabwe. Autre frustration; je n’ai pas pu récupérer mes bagages. J’ai donc fait une réclamation. Quand trouverais-je mes valises?

Tout juste avant de sortir, l’hôtesse de l’air m’a donné un questionnaire à remplir pour évaluer le service d’Ethiopian. Je ferais mieux d’y répondre un peu plus tard, car mes réponses vont être salées.

Un taximan m’attendait à la sortie avec mon nom écrit sur une feuille. Nous n’avons croisé personne sur tout le trajet, 25 km, pour nous rendre à Woodlands. Ni même une voiture! Rien! C’est comme un couvre-feu. Jerry, le taximan, m’a expliqué que l’élite antiémeute patrouille dans les rues la nuit et malmène quiconque s’aventure seul. Cela fait suite à l’arrestation de 12 suspects, dont 4 Rwandais, accusés d’avoir assassiné des gens selon des rituels de sorcellerie. Il semble même que l’un d’eux soit un chirurgien qui a prélevé des membres sur les cadavres, aux dires de Jerry.

Je m’attendais à ce que ma chambre soit propre en arrivant, mais ce n’est pas le cas. De plus, le tuyau d’écoulement du robinet n’est plus étanche. J’ai dû mettre un seau sous l’évier pour éviter que l’eau se répande partout. De plus, je n’ai pas sommeil. Pour me consoler, je porte ma belle robe de chambre, car il fait plutôt frais.

Lusaka, 11 mai 2016.

J’ai récupéré mes bagages hier après-midi. J’ai nettoyé ma chambre et fixé le tuyau d’évacuation du robinet. J’ai également bien dormi la nuit dernière. Lisant le journal du matin, j’ai noté que des arrestations ont eu lieu suite à ces meurtres liés à des rituels de sorcelleries. Aucun rwandais n’est mentionné, mais plutôt quatre soldats de l’armée Zambienne.

En revenant de l’aéroport, je me suis arrêté pour saluer mon ami Jean-Marie Nderere Mungu, d’origine rwandaise. J’étais inquiet à son sujet. Heureusement, il n’a pas été attaqué et sa famille se porte bien.

« Ce sont de fausses rumeurs contre les expatriés rwandais, dit-il, qui ont provoqué ces incidents. »

Laurette, une femme et une petite maman extraordinaire.

Toute notre attention s’est tournée vers mon papa depuis un mois. Le médecin avait déclaré que ses jours étaient comptés. Son état était très critique. Et puis, comme vous le savez maintenant, il a retrouvé suffisamment de force pour être admis dans une résidence adaptée à ses besoins de santé. Tout compte fait, cela s’est déroulé rondement.

Mon papa Bastien est encore à s’adapter à son nouveau milieu. Il le fait avec toute la détermination qu’on lui connaît.  Évidemment, les repas n’ont pas aussi bon goût que ceux préparés par maman. Pour Laurette aussi c’est une nouvelle organisation de vie qui s’annonce. « Il n’y a pas beaucoup de couples qui se séparent après 62 ans de mariage », blaguait papa.

Maman, je le constate encore une fois, est d’une générosité sans borne. Nous, les enfants, avons invité tant d’amis et copines à la maison à La Tuque. Elle a accueilli chacun avec plaisir et elle a préparé de nombreux mets pour plaire à tout le monde. Cuisiner, elle connaît ça! Cinq minutes de repos et elle était prête à recommencer.

Mais ces jours-ci, c’est un peu différent. « Je me sens fatiguée. J’ai besoin de me reposer » nous dit-elle souvent. Il est évident que tous ces événements, les jours qui ont précédés l’hospitalisation de papa, les pronostics alarmants, les changements de propriété de la voiture et autres paperasses, la recherche d’une résidence, les va et viens et le stress ont exigés beaucoup de ses forces. Elle a dû puiser dans ses réserves mais « je vais bientôt  aller mieux», nous dit-elle. « Et puis, je ne serai pas la seule à vivre seule en appartement » ajoute-t-elle. La confiance, avant tout! Confiance pour Bastien, confiance pour elle-même. Bravo petite maman! Tu es un modèle pour nous tous.

Ce n’est pas sans un pincement au cœur que je retourne en Zambie. Je m’envolerai samedi soir le 7 mai. Il est difficile de quitter. Je rends grâce au Seigneur pour tout l’amour, les marques d’attention et les prières, par centaines, qui ont fusé de partout sur Facebook et par courriels. Nous, la famille de Bastien et Laurette, nous sommes tous très touchés par cette amitié sans frontières. Je tiens à dire un merci particulier à mon ami Gervais Dumais qui, toujours disponible et souriant, nous a aidés pour le déménagement des meubles de chambre de papa. Merci aussi à mon amie Danielle Paradis pour sa présence attentive et sa tendresse indéfectible. Ensemble, nous faisons partie d’une seule et même famille, celle de Dieu. Nous sommes ses enfants.

Merci Laurette, merci Bastien pour votre courage. J’ai été choyé de pouvoir partager avec vous ces moments si intenses pendant un mois entier. Voilà. Maintenant je suis prêt pour ce départ, on m’attend à Lusaka!

Père Serge St-Arneault, Missionnaire d’Afrique en Zambie

Bonne nouvelle au sujet de mon papa Bastien – dimanche 1er mai 2016

Il y a trois semaines, je recevais un message de ma famille m’annonçant que mon papa était très malade, à vrai dire mourant. Transporté d’urgence à l’hôpital, son état était critique; eau aux poumons, insuffisance rénale, jambes enflées et autres complications. Je suis rapidement revenu au pays en espérant le voir avant sa dernière heure. Mon frère Sylvain m’a conduit à son chevet dès mon arrivée à l’aéroport de Montréal. Plus d’une centaine de personnes, parents et amis, ont envoyé des messages d’encouragement et des prières sur Facebook et par courriels. Je les ai imprimés pour les partager avec mon père.

Lentement, soins hospitaliers aidant, papa a pris du mieux. Du 5e étage de l’hôpital, il est descendu au 1er après deux semaines. Il a reçu de l’oxygène pendant un certain temps. Papa est toujours resté alerte et conservé son sens de l’humour. Encore maintenant, certaines douleurs persistent, sa fragilité physique aussi. Il aura tout de même 92 ans au mois d’août. De toute évidence, il ne pourra pas retourner vivre en appartement avec maman.

Puis, le vendredi 22 avril, la travailleuse sociale du nom de Maryline Villemure nous a annoncé que papa recevrait son congé d’hôpital la semaine suivante. Sans tarder, je me suis mis à la recherche d’une résidence privée où papa recevrait les soins dont il a besoin. Il fallait agir vite et donner notre réponse dès le lundi suivant.

En famille, nous avons opté pour la Villa du Jardin Fleuri. Il s’agit d’une résidence pour personnes autonomes et semi-autonomes. Nous avons aménagé la chambre 122 avec l’aide de mon ami Gervais Dumais en transportant les meubles de sa chambre à coucher. Même s’il aura besoin de quelques jours encore pour se familiariser avec son nouvel environnement, il retrouve son lit, ses meubles et ses effets personnels. Il pourra même utiliser son quadrimoteur dans la Villa. Par contre, un nouveau handicap s’ajoute à ses limites physiques. En effet, il devra porter en permanence une sonde urinaire.

Papa est dans son nouvel ‘appartement’ depuis vendredi 29 avril. C’est une autre adaptation. Nous avons confiance qu’il relèvera ce nouveau défi. Ma sœur Lucie, son mari Daniel et leurs enfants Vincent et Roxanne vivent tout près et le visitent déjà souvent. Sylvain n’est pas loin non plus avec Guylaine, son épouse, et ses enfants Mathieu et Isabelle. Nous sommes tous extrêmement reconnaissants pour l’appui et les prières que nous recevons des quatre coins du monde. Il y a beaucoup d’amour partagé dans cette étape de vie, de fin de vie … qui se poursuit. Pour combien de temps encore? Quoiqu’il advienne, nous remettons nos espoirs et nos vies dans les mains de Dieu. Notre foi est plus grande que nos questions. Encore une fois merci pour toutes vos marques d’encouragement et vos prières. Je retourne en Zambie samedi prochain. Serge

Yolande

Il y a quelques années, ma cousine et grande amie Yolande St-Arneault nous accueillait chez elle à Ste-Thérèse, moi et Danielle. Je ne me rappelle plus exactement le contexte, mais, suite à nos échanges, Yolande nous déclara dans un élan de tendresse : « Je vous prends dans mes bras et je vous berce ».

La veille de Noël, je vous ai partagé le drame de la maman de Mercy, cette adolescente de 15 ans qui est probablement décédée de leucémie. « On peut penser, de me dire Danielle, que Yolande est présente pour consoler la maman et accueillir Mercy. » En effet, Yolande est morte le 27 mars 2014 d’un cancer. J’étais chez elle au moment de son décès.

Hier, Jean-Marie Nderere Mungu, un réfugier Rwandais vivant en Zambie depuis une quinzaine d’années, m’a invité chez lui pour célébrer le baptême de sa fille âgée maintenant de huit mois. La communauté rwandaise est assez nombreuse à Lusaka. Les années se sont écoulées et ces familles autrefois déplacées se sont intégrées dans la société zambienne. Jean-Marie est propriétaire de magasins d’articles d’art et de confection d’habits. Il a une boutique pas très loin de chez moi, au centre d’achat Crossroads à Woodlands.

─ « Comment te sens-tu d’être de nouveau papa à l’âge de 54 ans ? », lui ai-je demandé.

─ « Je me sens plus jeune ! »

Son épouse, d’une dizaine d’années de moins que lui, a enfantée après un intervalle de onze ans. Cela a été totalement inattendu et par moment inquiétant.

─ « Solange a eu des complications pendant sa grossesse due à son âge. J’ai beaucoup prié, mais elle a prié encore plus que moi. Je vous le dis, mon père, c’est notre foi en Jésus qui nous a soutenus. Voyez, l’enfant est en bonne santé, une belle petite fille. »

Les drames se transforment parfois en réjouissances. Sans oublier la précarité de la situation de réfugiés, Jean-Marie a une belle maison. Il a planté des arbres dans sa parcelle, dont des eucalyptus. Les plus grands enfants ont étudié. Le plus vieux a même obtenu son diplôme d’avocat.

Nous sommes une trentaine de personnes bavardant sous le feuillage des arbres. Il y a à boire et à manger. C’est une fête.

─ « Merci d’être venu en grand nombre partager notre joie. Cette année, la fête de Noël est plus belle que jamais puisque notre fille vient d’être baptisée aujourd’hui. »

Son discours se poursuit en anglais, en français et en kinyarwanda. Un peu disparate, mais émouvant ! Bougie à la main, le parrain prend aussi la parole au côté de la marraine et de Solange tenant l’enfant dans ses bras. Tout se fait en kinyarwanda, mais je comprends qu’il remercie Jésus. C’est un discours d’action de grâce.

─ « À propos, quel est le nom de la petite ? »

Jean-Marie me regarde avec un large sourire. Il prend sa fille dans ses bras et la berce.

─ « Elle s’appelle Yolanda ! »

Quelle belle tendresse ! Yolande nous berce encore !

Noël n’est pas joyeux pour tout le monde!

Par Serge St-Arneault, M.Afr

Ambewe Tembo est venue me voir la semaine dernière. Elle n’était pas venue depuis longtemps.

─ Mon père, aidez-moi, mon enfant est à l’hôpital et elle a besoin d’une transfusion sanguine.

─ Où est-elle?

─ À l’hôpital général!

─ Mais c’est précisément là où se trouve la banque de sang.

─ Ils disent qu’ils n’ont pas son groupe sanguin.

Je suis déjà allé offrir mon sang à la clinique, qu’on appelle ici la banque de sang, et je trouvais cela très étrange que cette banque soit à court de sang. C’est d’ailleurs le seul endroit officiellement reconnu en Zambie pour le prélèvement professionnel de don sanguin.

Il arrive que les gens frappant à notre porte nous disent de demi-vérités ou carrément nous mentent. Comment savoir? Ambewe, je le crois, est sincère. Elle me parlait en chinyanja avec beaucoup de nervosité, d’urgence.

─ Je suis désolé Ambewe, mais je n’ai pas d’argent à t’offrir. Allons plutôt à l’hôpital.

En route, je me demandais vraiment ce qui se passait. Il nous a fallu quelques minutes pour nous rendre sur les lieux. Heureusement, j’ai trouvé un stationnement tout juste en face de la banque de sang située au cœur d’une vaste agglomération d’édifices. C’est l’hôpital universitaire le plus reconnu et le mieux équipé de Lusaka, la capitale de la Zambie.

─ Bonjour, je suis le père Serge. Je suis déjà venu offrir mon sang deux fois cette année. Ma dernière visite remonte au mois de juin. Voici madame Ambewe. Je suis disposé à offrir mon sang pour sa fille qui est hospitalisée. Pouvez-vous vérifier si cela est exact?

L’infirmière a plus de facilité que moi pour saisir ce qui se passe. Je comprends que la maman n’avait pas bien interprété ce que le médecin lui avait dit. Par contre, sa fille était bel et bien hospitalisée.

─ Pouvez-vous remplir ce formulaire? Votre sang sera très utile.

Au Québec, les collectes de sang refusent toujours mes dons pour la simple raison que je vis en Afrique et que je suis porteur de la malaria. Même si je n’ai pas eu de crise depuis maintenant quatre ans, cela n’y change rien. Par contre, cela n’a pas d’importance ici, car tout le monde est porteur de ce virus.

Le tour est joué après une petite demi-heure. Je ne suis pas le seul d’ailleurs. Je compte au moins cinq autres personnes, Zambiens et étrangers, sur les banquettes spécialement aménagées pour les donneurs.

En sortant, je vérifie de nouveau avec l’infirmière si mon don sanguin servira pour l’enfant d’Ambewe. Je suis un donneur universel, 0 négatif. Donc, cela devrait être possible.

─ Ne vous inquiétez pas! Je m’en occupe personnellement.

Que faire de plus? Elle connaît les rouages de l’hôpital mieux que moi.

Quelques jours plus tard, je reçois de nouveau la visite d’Ambewe. Elle était encore une fois très nerveuse. Je finis par comprendre que l’enfant est de retour à la maison. C’est déjà mieux. Elle me remercie pour ce que j’ai fait et me demande encore une fois un peu d’argent.

C’est chaque fois difficile de répondre à une telle demande. C’est toujours trop peu et il n’y a aucune garantie que la demande soit authentique. Cela me déchire le cœur. Je consens à lui remettre un 10 dollars sachant que c’est bien en deçà de ses besoins.

C’est aujourd’hui le 24 décembre. Nous fêterons Noël ce soir. Je ne peux pas m’empêcher de penser aux milliers de déplacés de par le monde qui doivent fuir la guerre; les migrants cherchant refuge en Europe et au Canada. Il y a aussi des réfugiés dans les pays limitrophes du Burundi qui traverse une grave crise politique. Cela m’attriste!

La cloche sonne à la porte. On me prévient qu’Ambewe me demande. J’ai comme un pincement au cœur en imaginant qu’elle vient encore me solliciter.

─ Merci mon père pour ce que vous avez fait pour mon enfant. Vous avez donné votre propre sang. Malheureusement, ma fille est morte cette nuit à la maison.

─ Oh non! Pauvre vous! Je suis vraiment peiné d’apprendre cela. De fait, comment s’appelle-t-elle?

─ Mercy Nyendwa!

─ Quel âge avait-elle?

─ 15 ans!

Je ne sais pas vraiment ce qui s’est passé. Mercy aurait-elle pu être sauvée avec un peu plus d’attention?

─ Mon père! J’ai besoin d’argent pour l’enterrer. Je n’ai rien!

Je lui remets 30 dollars qui lui permettront de se procurer un simple cercueil. Mon Dieu! Mon Dieu! Quel triste Noël pour les pauvres veuves!

Communiqué de presse, samedi 19 septembre 2015 – Bibliothèque Annie-St-Arneault

C’est en présence de plusieurs membres de la famille, dont ses parents, ses deux frères et sa sœur, d’amis et de nombreux citoyens réunis pour l’occasion, que les dirigeants de Ville de La Tuque ont procédé aujourd’hui à une cérémonie spéciale pour rebaptiser l’édifice de la bibliothèque à la mémoire d’Annie St-Arneault. Cette Latuquoise qui aimait l’art, la poésie, ainsi que tout ce qui entoure le savoir et la connaissance, est l’une des 14 victimes de la tragédie du 6 décembre 1989 à l’École Polytechnique de Montréal. Par ce geste, le conseil municipal de La Tuque désire lui rendre hommage et s’assurer que son histoire traversera le temps.

« Nous avons travaillé ce projet en étroite collaboration avec la famille, parce que c’était important pour nous de poser un geste significatif qui aurait leur approbation. Il y avait plusieurs options possibles pour lui rendre hommage, mais il nous est vite apparu que la bibliothèque était le lieu le plus approprié pour le faire, étant donné qu’elle aimait la poésie et qu’elle avait une grande soif d’apprendre. Le conseil municipal est très fier, car nous vivons aujourd’hui un beau moment dans l’histoire latuquoise, même si ce geste est relié à une tragédie. Comme sa poésie, son nom sur cet édifice de La Tuque pourra traverser le temps, afin de perpétuer sa mémoire et rappeler à tous que la violence envers les femmes n’a pas lieu d’être dans le monde. Nous remercions les membres de sa famille qui ont généreusement accepté que cet hommage lui soit rendu », a souligné le maire de La Tuque, M. Normand Beaudoin dans le cadre de cette cérémonie.

Le nouvel affichage de l’édifice a été dévoilé à l’extérieur de la bibliothèque. Sur l’affiche, le mot municipale a laissé sa place à Annie-St-Arneault. Il y a aussi maintenant un espace à l’intérieur de la bibliothèque dédié à la mémoire de cette étudiante en génie mécanique décédée à 23 ans en assistant à son dernier cours avant l’obtention de son diplôme. En 2011, son frère, le Père Serge St-Arneault missionnaire en Afrique, a publié un recueil de poèmes qu’elle avait rédigé à l’âge de 11 ans et à l’âge de 23 ans. Ce recueil fait partie des objets exposés à sa mémoire à la Bibliothèque Annie-St-Arneault de La Tuque. Le logo, ainsi que le signet de la bibliothèque ont aussi été modifiés. Les gens présents à la cérémonie ont reçu le nouveau signet en guise de souvenir de cette journée très spéciale.

Pour voir la version originale et imprimable de ce communiqué, cliquez ici.

Source : Hélène Langlais, directrice des communications, Ville de La Tuque.

Arrêt à Washington DC – 22 août 2015

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La ville de Washington est peuplée de nombreuses statues, les unes plus fameuses que les autres. Mais les quelques heures que j’y ai passées le 22 août dernier en route vers Montréal m’ont seulement permis de croiser les moins connues; celles d’Andrew Jackson (7e Président des États-Unis) et de l’Amiral David G. Farragut (érigée par le Président James A. Garfield, 20e Président Américain).

Elles sont situées sur les quelques rues séparant notre maison à celle de la Maison Blanche de l’actuel Président Américain Barack Obama. Au passage, nous nous sommes arrêtés à la Cathédrale de l’Apôtre St-Mathieu qui est le siège épiscopal de l’Archevêque de Washington, Mgr. Donald Wuerl. Un grand merci au père Barthélémy Bazemo, M.Afr, qui m’a accompagné.

L’approche du divin par l’expérience sensorielle

LE  PROPOS de Serge St-Arneault

Article publié dans le Journal Diocésain de l’Église de Trois-Rivières, édition mai 2013.

Les édifices religieux et lieux historiques abondent à Rome comme peu d’autres lieux. En longeant la Via Quattro Novembri, je découvris un jour avec étonnement les ruines d’une impressionnante salle. Il s’agissait d’un centre d’approvisionnement composé de 150 boutiques qui permettaient aux fonctionnaires impériaux de l’Empereur Trajan d’approvisionner la capitale. De gigantesques travaux avaient été nécessaires pour sa réalisation. De même que César avait financé ses travaux avec le butin pris aux Gaulois, Trajan utilisa les richesses enlevées aux Daces, peuple redoutable qui occupait à peu près l’actuelle Roumanie. Bref, il s’agit de conquête. C’est alors que j’ai commencé à comprendre quelque chose qui allait changer ma perception de l’Église et mieux comprendre qui j’étais.

En tant qu’institution humaine, héritière de la romanité, l’Église Catholique utilise la beauté des sens dans son mode de perception pour approcher le mystère divin. La mosaïque intérieure de l’église Santa Sabina qui date de 422-423 l’illustre bien. Il s’agit de faire quelques pas pour voir surgir d’autres aspects spectaculaires de l’odyssée trois fois millénaire de Rome.

Puis, je suis retourné à la Basilique St-Pierre en passant par la Santa Porta. C’était le 29 décembre 2000, année du Jubilé. La foule était si dense que toutes les places assises étaient occupées. Mes yeux ne cessaient d’être attirés par les trois symboles mille et une fois représentés sur les sculptures, les tableaux ou les fioritures placées à chaque angle de pilier. Il s’agit de la tiare papale, des clefs de St-Pierre et d’une multitude d’anges. J’associe ces symboles de la manière suivante : tiare pour l’honneur, les clefs pour le pouvoir et les anges pour la gloire. Voilà donc ce sur quoi l’Église Catholique a édifié sa Persona ou son identité.

Le dos adossé sur la paroi intérieure de la Basilique, presque à genoux, l’immensité de cet édifice et ses symboles me révélaient tout à coup qui j’étais. Cela est apparu comme un éclair. Ce que je voyais représentait qui j’étais. Dans mon unicité, j’étais celui qui recherchait la reconnaissance (honneur), j’étais celui qui désirait changer le monde (pouvoir), j’étais aussi celui qui se vantait de ce qu’il avait accompli (gloire). En d’autres mots, ce qui m’irritait dans ma perception du grandissime de l’Église était à vrai dire un reflet de mon ombre intérieure. À ma manière, j’étais soucieux de sauvegarder l’honneur de ma réputation. J’étais également attentif au pouvoir que me conférait ma propre image aux yeux des autres. Finalement, j’étais réceptif aux futiles illusions de la gloire.

Ce que j’ai compris se résume à ceci : tout comme l’Église, que les pays anglophones s’empressent toujours de qualifier de « Romaine », façonnée sous le poids de deux mille ans d’histoire, je porte des ombres qui ont besoin de guérison. La véritable conquête n’est pas celle des empires, mais plutôt celle de la liberté intérieure offerte par Jésus qui est à la fois le Christ glorifié ainsi que l’Homme crucifié. Mon chemin de conversion est identique à celui de l’Église institutionnelle. Ce parcours nous mène tous sur le seuil de notre intime Porta Santa. Jésus est là! Il frappe pour y apporter une lumière spirituelle éclipsant les ombres de l’honneur, du pouvoir et de la gloire.

C’est mon espoir que le Pape François saura nous aider à approcher le divin non pas par l’expérience sensorielle du majestueux style « romain », mais plutôt par celui de la beauté de la nature, comme l’a si bien chanté Saint François d’Assise.

Père Serge St-Arneault, M.Afr, Lusaka, Zambie

Qu’est-ce qu’on est venu faire icitte?

Lettre de Zambie no 12, 26 janvier 2013

Je suis assez vieux pour me souvenir des messes en latin. J’avais environ dix ans lorsque le second Concile du Vatican a adopté les langues dites vernaculaires en remplacement du latin jusqu’à lors seule langue liturgique de l’Église Catholique. Le passage de l’un à l’autre n’a provoqué ni remous ni enthousiasme particulier, du moins là où j’ai grandi, à La Tuque. Il y eut un changement, voilà tout! De la même manière, on assistera plus tard aux « messes à gogo » au son des guitares et de la batterie dont la grosse caisse rythmait le tempo du « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, boum boum ». Cela n’a duré que le temps des roses. De fait, ce ne fut qu’un feu de paille.

Avant la disparition du latin, nous allions tous chez mes oncles et tantes au village ancestral de Saint-Adelphe pour la fête de Noël. J’en garde de très beaux souvenirs. La joie était réelle, les familles nombreuses avec plein de cousins et cousines, la nourriture abondante et les soirées interminables où les adultes jouaient aux cartes. Et puis, il y avait la neige, le froid, les décorations et les crèches dans chaque maison et surtout les becs sur le bec particulièrement affectionnés par certaines lointaines sœurs de ma grand-mère que l’on voyait qu’à ce moment-là. Nous écoutions les chants de Noël des groupes populaires comme Les Classels, Les Hou-Lops ou Les Sultants sur les « tourne-disques » de 45 tours. Bref, il y avait de l’ambiance.

Eglise de St-Adelphe de Champlain

J’ai un autre souvenir. C’est celui d’un garçon de six ou sept ans allant à la messe de minuit. Il y avait foule dans cette immense église au village de Saint-Adelphe qui accueillait la population entière du village chaque semaine. Pour s’assurer d’avoir une place à l’église, des numéros de bancs étaient alloués aux familles moyennant une contribution annuelle. Conséquemment, une famille était facilement pointée du doigt pour absence à la messe en laissant leur banc vide.

Moi, avec mes cousins, j’étais plutôt content d’aller au balcon surplombant le chœur ceinturant l’autel. Le gros curé Magnant me faisait un peu peur, non seulement par sa taille, mais aussi sa voix profonde de baryton. Mais, cette année-là, je devais être avec mes parents, car j’étais encore trop petit. Toujours est-il qu’à la sortie de la messe, sans bousculade, mais bien tassé les uns contre les autres, je me faufilais de mon mieux entre les jambes des plus grands et j’entendis un homme se plaindre à plusieurs reprises :

— Enfin, la messe est finie! Qu’est-ce qu’on est venu faire icitte, hein?

Dans les oreilles d’un enfant comme moi, cela me semblait très étrange. Aussi, je n’ai jamais oublié le profond silence de la foule qui m’entourait. Pas une seule voix ne s’est fait entendre pour répondre à cette lamentation. Le silence s’éternisait à mesure que le temps nécessaire pour franchir le porche de l’église s’allongeait. Sur le parvis extérieur, même les acclamations de « Joyeux Noël » s’étaient tues. Chacun s’en retourna vers son réveillon à pas lents sous la tombée de légers flocons de neige. Déjà, les piliers de la tradition catholique canadienne-française étaient menacés; qu’est-ce qu’on est venu faire icitte, hein?

Comme cela était le cas à l’époque de Jésus, la religion faisait partie de la culture, et il n’était pas question de conversion personnelle. La religion juive, avec ses multiples règlements à respecter, était ce qui constituait l’identité du peuple. À sa manière, le catholicisme québécois a largement contribué à préserver l’identité canadienne-française. On pourrait dire la même chose de tout autre groupement qui professe préceptes ou dogmes ou rituels identitaires. Mais qu’en est-il de la conversion personnelle?

Loin de moi l’idée que nos grands-parents n’allaient à la messe que par conformité sociale. Ma grand-mère Jeanne Veillette, du côté paternel, avait une forte personnalité. Or, un jour, elle perdit la voix. Comment alors élever des enfants, pour la plupart des garçons chamailleurs, sans pouvoir crier de temps en temps pour leur rappeler celle à qui ils doivent obéir? Ses sœurs, celles qui aiment les becs sur le bec, lui proposèrent de faire un pèlerinage au Cap-de-la-Madeleine et de prier la Sainte Vierge pour sa guérison. À l’époque, c’était une aventure plutôt qu’un voyage. Au retour, j’ignore combien de jours passés, Jeanne n’avait toujours pas retrouvé la voix.

— Nous avons fait ce pèlerinage pour rien, de dire mes grand-tantes.

— Ne perdez pas courage, de chuchoter ma grand-mère, croyez et ayez confiance à la Sainte Vierge.

Le lendemain, comme cela est l’habitude pour des garçons de traire les vaches au petit matin, Jeanne sort de sa cuisine d’été, se dirige avec conviction vers la terrasse et de ses pleins poumons se met à crier;

— Les enfants! Venez! Le déjeuner est prêt!

Jeanne était guérie. Ou bien, avait-elle simplement besoin d’un petit repos, d’une vacance? Ça! Je ne saurais le dire.

Bref, où en sommes-nous? Ah! La conversion personnelle! Jésus interpelle ses frères juifs pour les éveiller à une foi qui va bien au-delà de l’appartenance culturelle. Le danger est toujours réel de perdre son identité personnelle en adoptant sans aucune critique les coutumes et les lois d’un groupe, quel qu’il soit; religieux certes, mais aussi politique, idéologique, sectaire, raciste, sexiste, extrémiste de tout acabit, etc. Tout compte fait, la question de cet homme qui demande ce qu’on vient faire icitte est pertinente. Elle est un appel au réveil et une invitation à la sincérité.

Les Canadiens français étaient connus ou perçus pour être des moutons. De même que le « peuple » allait à l’église parce que tout le monde y allait, ainsi ce « peuple » a cessé d’y aller parce qu’une nouvelle majorité en avait décidé autrement; quoi? Tu vas encore à la messe! De fait, serions-nous demeurés des moutons en remplaçant la pratique religieuse par la consommation et le loisir? Qu’est-ce qu’on est venu faire icitte, hein?

Père Serge St-Arneault,M.Afr

La sagesse émergera de la voix citoyenne

Lettre de Zambie no 10, 15 décembre 2012

Coalition pour le contrôle des armes à feu

Cette année, je trouve particulièrement difficile le 23e anniversaire de la tragédie de la Polytechnique du 6 décembre 1989. J’ai le sentiment d’être encore traumatisé par cette tragédie. Il y a quelques jours, Sylvie Haviernick m’a fait parvenir le lien de Polysesouvient dont j’ignorais l’existence. Sylvie et moi étions membres de la Coalition pour le contrôle des armes pendant quelques années. Malgré l’abolition de la législation fédérale sur l’enregistrement des armes d’épaule, la voix citoyenne n’a pas pour autant cessé de s’exprimer, aux dires de Sylvie. Heidi Rathjen, de Polysesouvient, ajoute que plusieurs affaiblissements majeurs (supplémentaires) au contrôle des armes ont été bloqués, du moins pour l’instant, suite à une « tempête parfaite » d’actions et d’incidents qui a mené à une importante victoire pour la sécurité publique.

D’un autre côté, la soirée de poésie au Centre culturel de La Tuque a été une soirée magnifique selon Christiane Giguère.

Avec l’autorisation de ma petite maman, je vous partage son témoignage qui nous enseigne la grande philosophie de l’abandon dans l’action.

Trois-Rivières, décembre 2012

Chers amis,

Je viens partager cette soirée avec vous et profiter de cette activité spéciale qui se vit à La Tuque à l’occasion du 23e anniversaire du drame de la Polytechnique pour vous livrer avec tout mon cœur ma réflexion.

À toi Annie, ma grande fille, mon amour, mon amie, tu aimais la vie, ta famille, ton amoureux, les enfants, tu étais rieuse, simple et spontanée. C’est pourquoi ton souvenir est si important pour moi d’où l’importance de me rappeler tous ces bons moments, ces instants précieux qui ont tissé nos liens, qui ont fait la personne que je suis devenue aujourd’hui. Ta personnalité porteuse de riches valeurs continue de vivre dans mon quotidien.

Aucun de nous ne peut choisir les épreuves que le destin déposera sur notre route, c’est à nous de les accepter ou de les refuser. En pensant à toi, j’ai aussi le droit d’avoir des moments de tristesse, mais c’est aussi important d’apprendre à vivre sans se désoler d’un passé qui n’est plus. Je peux maintenant profiter du bonheur présent que m’apporte ma famille, mes petits-enfants, mes amis en acceptant les joies et les douceurs de la vie, de petits miracles qui s’alignent et donnent raison de croire que des hommes et des femmes de cœur ouvrent des chemins de justice et de paix.

Un petit texte trouvé sur internet m’a fait du bien. C’est comme si c’était toi Annie qui m’envoyait un message : en mourant, le bonheur n’est pas parti avec moi… il continue.

Une réflexion qui a rempli mon cœur de lumière et d’espoir, merci Annie dont la mémoire sera toujours celle de l’amour qui continue dans mon cœur de maman, je t’aime.

Puisse l’année 2013 nous apporter à tous amour, paix et sérénité. Je vous souhaite une bonne soirée, je suis avec vous par la pensée et par le cœur, je vous aime aussi.     

Laurette Perron St-Arneault, Maman d’Annie.

Quant à moi, manquant littéralement d’inspiration jusqu’au moment où Justin Trudeau a osé se prononcer maladroitement sur le registre des armes à feu, j’ai griffonné ces quelques mots :

Bonsoir à chacune et chacun d’entre vous.

Cette année encore, je me joins à votre soirée de poésie en souvenir des victimes de la tragédie de la Polytechnique du 6 décembre 1989. L’année dernière, je vous avais invité à espérer sans cesse en dépit de toute réalité contraire. Une année vient de s’écouler et le défi demeure inchangé. En effet, le gouvernement canadien s’était engagé à détruire le registre des armes à feu. Il y est pratiquement parvenu. Cette année, le candidat à la chefferie du parti Libéral canadien, Justin Trudeau, par simple calcul politique, se défend bien de vouloir ressusciter le registre des armes à feu.

Allez demander aux victimes innocentes ce qu’elles en pensent. Cela est non seulement un affront, mais aussi une trahison de nos politiciens.

Ce soir, élevons le son de notre voix à l’exemple des étendards portés en tête de peloton.

Nos poèmes sont nos armes.

Elles sont la puissance de nos désirs.

Elles portent la signature de notre foi.

Oui! Sachons sans cesse espérer et croire en dépit de toute réalité contraire.

Bonne soirée,

Père Serge St-Arneault, Missionnaire d’Afrique

Lusaka, Zambie