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De feu, de flammes et d’étincelles.

Le sort de George Floyd, un homme afro-américain de 49 ans tué par un policier de Minneapolis le 25 mai dernier mobilise des milliers de gens indignés. Son crime; être un Noir! En réalité, il se cache quelque chose de plus sordide derrière cette tragédie. Il y a le racisme. Nul ne devrait être sujet au rejet et être assassiné pour une question raciale.

Une puissante mobilisation émerge enfin! Assistons-nous à quelque chose qui va changer la société américaine où le racisme rime avec les extrêmes inégalités sociales?

Sondage après sondage, une majorité de Canadiens appuient un meilleur contrôle des armes à feu au Canada. PolySeSouvient milite pour un tel contrôle depuis trente ans. Un mot a finalement émergé en décembre dernier. La tragédie de la Polytechnique du 6 décembre 1989 était un féminicide. Ma sœur Annie et ses compagnes d’infortune ont été tuées parce qu’elles étaient des femmes. Rien de plus!

Racisme et féminicide évoquent le même aveuglement, celui du rejet du mystère sacré de chaque être humain.

Coïncidence ou non, je viens de recevoir un message de Patrick Naud. « Lors des commémorations entourant la tragédie de Polytechnique en décembre dernier, écrit-il j’ai lu quelques articles qui parlaient des jeunes victimes de ce drame insensé. Dans l’un des articles, on faisait mention d’une des victimes – Annie St-Arneault – qui provenait de La Tuque et dont la bibliothèque municipale porte maintenant son nom. Elle était, je pense, une grande lectrice qui aimait beaucoup la poésie. »

« J’écris moi-même dans mes temps libres et plusieurs de mes textes ont pris la forme de poèmes. (…) J’ai relu mon texte dernièrement, étant moi aussi en confinement, et j’ai eu une pensée pour les jeunes victimes de Polytechnique. J’ai eu une pensée particulière pour Mme St-Arneault. (…) Ce texte est peut-être de moi, mais il appartient à toutes ces femmes courageuses qui ont malheureusement eu une vie écourtée par de tels drames. Elles demeureront toujours présentes dans notre mémoire collective. »

Le titre est évocateur de métamorphose : De feu, de flammes et d’étincelles. Aussi bien pour George Floyd que pour ma sœur Annie, pour toutes les victimes de rage meurtrière, de l’intérieur, d’une flamme, d’un rêve, d’une étincelle viendront le feu, la chaleur, les rires, la couleur et surtout le bonheur.

Par Patrick Naud

De feux, de flammes et d’étincelles

Ô qu’elle était belle
Toute petite, si naturelle
Jeune femme d’avenir
Remplie de promesses
Il n’y avait un moment qui passe
Sans que son sourire ne touche les gens autour d’elle
Un jour fortuit
Sur la route menant au collège
Alors qu’elle rêvait
De tout, de rien
De la vie qui serait sienne
L’impensable se produisit
Un face à face avec la haine
Et puis vint le feu
Les éclats, les cris, les pleurs
Et surtout, la douleur

Une violence crue et foudroyante
L’innocence attaquée de plein fouet
D’une balle ardente
Une vie blessée à tout jamais
A cheval entre l’ombre et la lumière
Un chemin vers l’espoir qui se referme
Combien d’autres avant elle
Auront subies ces foudres les plus extrêmes
Mais d’une enfant qu’elle était naguère
Jaillira une flamme, une inspiration universelle
Un courage, un message qui raisonne
Les femmes, elles aussi, ont droit à l’école
Et puis vint le feu
Les éclats, les cris, les pleurs
Et surtout, la douleur
Un autre jour, un autre drame
Aux confins de la terre
Des vies brisées, de la souffrance
Un tel carnage, tellement à faire
Tant de noirceur et d’ignorance
Difficile de faire entrer la lumière
Et arrêter une fois pour toute
Ce fléau, cette rage meurtrière

De l’intérieur peut-être, suffit d’une flamme
D’une enfant, d’un rêve, d’une étincelle
Et puis viendront le feu
La chaleur, les rires, la couleur
Et surtout, le bonheur
D’une enfant qui rêve d’une vie qui sera sienne.

En mémoire et en appui à Annie St-Arneault, ses camarades de classe de Polytechnique et à toutes les femmes qui ont perdues leurs vies en exerçant leur droit fondamental à l’éducation.     

Au sujet de l’interdiction des armes d’assaut de type militaire.

Par Serge St-Arneault, M.Afr

Le nouveau décret sur les armes à feu annoncé par le gouvernement fédéral en date du 1er mai 2020 prohibe les armes d’assaut de type militaire. Selon le premier ministre Justin Trudeau, il est maintenant interdit « de vendre, d’acheter, de transporter, d’importer ou d’utiliser des armes d’assaut de type militaire au Canada ». Cela représente 1500 modèles et variantes de ce type d’armes.

Les armes utilisées pour le tir sportif et la chasse ne sont pas interdites. Les honnêtes citoyens respectueux de la loi n’ont rien à craindre en ce qui concerne leur passe-temps sportif. À ce titre, le premier ministre a ajouté que « beaucoup de gens utilisent des armes à feu à travers le pays de façon légale et responsable, que ce soit pour travailler ou pour chasser. Mais, vous n’avez pas besoin d’un AR-15 pour abattre un cerf. »

Or, en est-il vraiment ainsi? En effet, il y a une arme à feu de type militaire utilisé par de nombreux amateurs de chasse; le Lee Enfields de calibre 303. Est-ce que ce type d’armement figure sur la liste de classification des armes que le gouvernement promet de mettre constamment à jour?

Ce qu’il faut retenir est que les armes d’assaut n’ont pas leur place dans notre société. Ces armes de guerre sont réservées aux militaires qui protègent notre pays. Or, la militarisation des forces policières est une claire indication d’une militarisation de la société. Il faut inverser cette tendance avant que la prolifération de ces armes devienne irréversible.

Les lacunes

Dans le nouveau décret, le gouvernement prévoit offrir un choix aux propriétaires : ils pourront soit obtenir un droit acquis visant l’arme à feu concernée, soit être indemnisés s’ils remettent cette arme à feu. Le gouvernement annoncera plus de détails plus tard.

Somme toute, il s’agit alors d’un programme partiel. Cela signifie que des dizaines de milliers d’armes d’assaut resteront entre les mains de leurs propriétaires actuels, pendant des générations. Pour être efficace, le prochain projet de loi doit imposer le retour de toutes ces armes. Le Parti Libéral avait d’ailleurs promis de le faire lors de la dernière campagne électorale.

La deuxième lacune concerne l’absence dans le décret de mesures appropriées pour régler le contrôle des armes à feu détenues par les gangs de rues. Il est indéniable que les criminels, les motards criminalisés et les diverses mafias ne se plieront pas au nouveau décret. De plus, les statistiques montrent que la plupart des crimes de masse, incluant celui récemment commis en Nouvelle-Écosse, l’ont été avec des armes acquises illégalement.

À vrai dire, sur ce point, il ne peut pas y avoir de mesures pour contrôler des armes à feu de groupes criminels dans un décret comme celui qui vient d’être proposé par le gouvernement. Il faut donc songer à d’autres mesures préventives qui relèvent du Code criminel, c’est-à-dire d’une législation par un règlement.

En résumé, le décret n’est nullement une forme abstraite d’idéologie de contrôle pour offenser les collectionneurs, les chasseurs et autres sportifs de tir de précision ou de compétition. Étant une question de sécurité publique nationale, malgré leur coût, il s’avère néanmoins impératif d’instaurer des mesures radicales à l’exemple de l’actuelle pandémie du Covid 19.

Trente ans d’attente

La trentième commémoration de la tragédie de la tuerie de la Polytechnique de 1989 qui a eu lieu au mois de décembre dernier a enfin permis de mettre un mot, jusque là non prononcé, sur la vérité de ce drame. Il s’agit d’un féminicide. Ce jour-là, quatorze femmes ont été tuées pour la seule raison d’être femmes. Comme société, il nous a fallu trente années pour employer ce mot qui s’est finalement imposé qu’en 2019.

Il s’agit d’un combat de longue haleine. Il fait appel non seulement à la raison, mais aussi à une conversion du regard pour rejoindre le cœur. Il s’agit d’une nouvelle perception du réel qui déconstruit un schéma mental. N’en est-il pas ainsi avec les questions environnementales. Quel est le déclic qui permet à une société de consentir à payer le prix pour sauver la planète? Curieusement, c’est de nouveau le Covid 19 qui nous ouvre les yeux : le pétrole ne vaut rien dans une société qui ne consomme pas!

Un autre facteur crucial est la force du lobby des armes à feu. Puissant, riche et vocal, ce lobby entretient la peur viscérale qui fait croire que la seule façon de se protéger est de posséder une arme à feu… préférablement d’assaut ou arme de poing. C’est aussi une question d’argent. Il est connu que ce lobby contribue substantiellement aux caisses électorales de certains partis politiques.

Ce qui nous attend

Il est à espérer que le gouvernement fédéral trouvera le courage politique de mettre en exécution avec rigueur le bannissement et la possession d’armes d’assaut et ainsi répondre à la voix de 80% des Canadiens qui sont en faveur d’une telle politique. Celle-ci doit s’accompagner d’une volonté encore plus ferme pour extirper des mains des criminels de tout genre leurs armes meurtrières.

Notre pays a besoin d’une législation sur les armes de poing relevant de lois fédérales au lieu d’être maladroitement légiféré au niveau des municipalités canadiennes. Celles-ci n’ont ni l’expertise ni les moyens d’appliquer des lois coercitives contre ces armes. Les recours juridiques contre ces mesures étoufferont vraisemblablement la volonté des villes pour mettre en application leur législature sur un contrôle des armes de poing.

Ceci dit, de sévères mesures sur l’utilisation, l’entreposage et le maniement sécuritaire des armes sportives demeurent nécessaires. Pour s’en convaincre, il faut se rappeler qu’un nombre trop élevé de femmes, souvent conjointes de propriétaires d’armes à feu, sont assassinées au Canada presque quotidiennement.

Mon point de vue sur la récente tuerie en Nouvelle-Écosse

Il y a quelques jours, un journaliste anglophone canadien m’a demandé de lui accorder une interview en lien avec la tragédie survenue en Nouvelle-Écosse récemment; la plus meurtrière tuerie de masse jamais survenue au Canada. Ne me sentant pas à l’aise de le faire par téléphone, ce journaliste à accepté que je lui réponde par écrit. Vous trouverez le texte intégral au bas de la traduction suivante. Je signale simplement que mon témoignage n’a été retenu. Ainsi, rien de ce que j’exprime ici n’a été diffusé. Je vous le partage en exclusivité, si j’ose dire, à la lumière de l’annonce faite aujourd’hui à savoir que le gouvernement fédéral s’apprête à agir bientôt par règlement pour le bannissement de certaines armes d’assaut de type militaire.

TRADUCTION DE: Three points about the shooting in Nova Scotia

Il y a trente ans, la tragédie de l’École polytechnique a choqué tout le pays en apprenant que le meurtrier ciblait (exclusivement) des femmes. Jusqu’à maintenant, je ne connais pas le mobile de celui qui a assassiné 22 personnes en Nouvelle-Écosse. Cela ravive beaucoup de douleur.

Depuis 1989, notre expérience en tant que famille me permet de dire que nous avons acquis une nouvelle identité associée à la tragédie de la Polytechnique. Ainsi, je suis le frère d’Annie St-Arneault, une des premières victimes. Depuis cet événement, nous sommes souvent identifiés par les gens comme étant la mère, le père, le frère, la sœur, l’ami de l’une de ces femmes qui ont péri dans la fusillade. Nous avons dû accepter cela contre notre volonté. En effet cet événement n’était pas limité au domaine du privé, mais public à l’échelle du pays. Je présume qu’il se passe quelque chose de semblable pour les membres des familles qui sont directement liés à la récente fusillade en Nouvelle-Écosse.

Deuxième point. La fusillade qui a eu lieu en Nouvelle-Écosse est un signal d’alarme pour passer à l’action, pour participer à notre effort collectif pour atteindre un meilleur contrôle des armes à feu au Canada. Ce débat se poursuit depuis 1989 et il est difficile. Pourtant, il est plus que jamais essentiel. Je ne sais pas comment le meurtrier de la Nouvelle-Écosse a obtenu ses armes, mais nous devrions nous en inquiéter. D’ailleurs, d’après ce que j’ai compris, il a planifié son action. Quel type d’armement a-t-il utilisé? S’il s’agit d’armes de type militaire, pourquoi permettons-nous toujours la vente de telles armes dans des magasins spécialisés au Canada comme cela se fait aux États-Unis? Ce débat est une question de sécurité publique.

Troisième point. Le fait que la police n’ait pas agi rapidement et efficacement fera l’objet d’une enquête, comme cela s’est produit en 1989 à Montréal. À mon avis, il ne faut pas blâmer trop rapidement les policiers. Personne, y compris eux, ne s’attendait à ce qu’une telle tragédie se produise dans une région rurale et paisible comme en Nouvelle-Écosse. Mais, j’espère que ceux qui sont responsables de notre sécurité amélioreront leurs capacités ou leurs compétences en apprenant comment réagir si un événement semblable devait se reproduire. À Montréal, au moins, de nouvelles méthodes d’intervention de la police ont empêché de plus grandes tragédies comme celle de l’École Polytechnique.

Enfin, je prie pour tous les membres des familles qui pleurent leurs proches. Nous devons rester forts dans notre foi et exprimer notre solidarité. La question n’est pas tant de savoir pourquoi cela s’est produit, car il n’y aura jamais de réponse adéquate. Notre défi est plutôt de trouver des moyens de porter ce lourd fardeau de douleur que nous allons subir pour toujours. Bien sûr, en ce qui me concerne, la douleur n’est plus aussi vive aujourd’hui qu’il y a trente ans. Mais ma sœur me manque depuis. Cela fait partie de mon nouvel être, de ma nouvelle identité. Par conséquent, je profite de toutes les occasions pour dénoncer la violence faite aux femmes.

TEXTE INTÉGRAL EN ANGLAIS

Three points about the shooting in Nova Scotia

The Polytechnic tragedy thirty years ago shocked the entire country as the murderer was targeting women. Up to now, I don’t know the motive of the one who shot the people in Nova Scotia. This is really painful.

If I recall our experience as a family, back in 1989, I realized that we got a new identity associated to the tragedy. For instance, I am the brother of Annie St-Arneault, one of the first victims of Polytechnic. Soon after that event, we became known by everyone as the mother, the father, the brother, the sister, the friend of one of those women who perished in the shooting. This fact was against our will. But we had to accept it as the event was not only a private one but a public one at the scale of the entire country.

I presume that something similar is happening to the family members who are directly related to the recent shooting in Nova Scotia.

Second point. The shooting which took place in Nova Scotia is a wake up call to take action, to get involved in our social search for a better gun control in Canada. This debate is going on since 1989 and it is a tough one. But it is an essential one too. For instance, I don’t know how the murderer in Nova Scotia got his guns but we should be worried about that. Moreover, as far as I understood, he planned his action well in advance. Which type of armaments did he use? For sure, if military types of guns were used by him, why do we still allow the sale of such guns in specialized shops in Canada as it is done in the United States? It is primarily a question of public safety.

Third point. The failure of the police to act promptly and efficiently will be investigated as it happened in 1989 in Montreal. In my view, we should not blame too quickly the Police officers. Nobody, included them, was expecting such a tragedy to happen in a rural and peaceful country side like in Nova Scotia. But, it is my hope, that those who are in charge of our safety will improve their ability or skills by learning how to react if a similar event is to occur again. In Montreal, at least, new methods of intervention from the Police force prevented a larger scale of casualties like the one at the Polytechnic.

Lastly, I pray for all the family members who are mourning their love ones. We need to remain strong in our faith and express our solidarity. The question is not so much why it happened as no proper answer will ever be found. Our challenge is rather to find ways to carry this heavy burden of pain we are going to bear forever. Of course, as far as I am concerned, the pain is no longer as sharp today as it was thirty years ago. But I am missing my sister ever since. This is part of my new being, my new identity. Consequently, I am taking every opportunity to denounce violence against women.

Chaque personne est une histoire sacrée.

Par Serge St-Arneault, M.Afr

J’ai grandi à La Tuque qui était et demeure très majoritairement francophone. Tout ce que je connaissais des Anglais, à l’époque, était le nom de la rue Beckler, située près de l’usine de papier. Une fois adulte, j’ai poursuivi mes études en anthropologie à Londres, en Angleterre, pendant plus de deux ans. J’ai tout aimé de ce pays. Je m’y sentais bien. J’en suis presque tombé amoureux. Les perceptions changent avec le temps, c’est documenté!

Que dire de l’Afrique? Dans mon cœur d’enfant, ce vaste continent se résumait au célèbre acteur Tarzan. J’aurais voulu être fort comme Tarzan. Comble de mon malheur, en me regardant dans le miroir, je réalisais que je ressemblais davantage à Cheetah, la guenon de Tarzan, qu’à Tarzan lui-même. Mais, ça, c’est un autre problème.

Pendant une dizaine d’années, je me suis laissé humanisé en vivant chez les Indru du Congo de la région de l’Ituri. J’ai découvert chez cette population un esprit combatif et fier qui a fait naître en moi un autre homme. J’ai appris leur langue, quelques-unes de leurs coutumes. Avec mes confrères missionnaires, je suis demeuré avec eux pendant la guerre qui a sévi au début des années 90. J’ai définitivement quitté ce beau pays en 1996 en y laissant une part de mon cœur.

Le plus beau compliment que j’ai reçu le jour de mon départ est celui d’une grand-maman qui m’a dit publiquement que la seule chose qui me manquait était la couleur de la peau. Nos regards s’étaient transformés. Nos différences raciales et culturelles n’avaient plus aucune importance. Il y avait entre nous une forme de communion.

Douloureux souvenir de la tragédie de Poly

Ce n’est pas ce qui s’est passé dans le cœur de Marc Lépine il y a 30 ans. L’image qu’il avait de lui-même et des femmes s’est figée dans un bloc d’étanchéité. La fausse perception de son monde imaginaire s’est comme givrée dans la haine ou le ressentiment. Dans son délire, il a voulu détruire une idole qui l’effrayait. À son insu, il a plutôt défiguré le visage de l’humanité où chaque personne est une histoire sacrée.

Indéniablement, chaque être humain est une histoire sacrée à respecter, peu importe son origine raciale, culturelle ou ses croyances. Nous ne formons qu’une seule famille humaine, la famille de Dieu. En effet, nous sommes tous et toutes les enfants d’un même créateur. L’amour de ce Dieu est le même pour tout le monde. Ça aussi, c’est documenté!

Soirée commémorative à Québec le 29 janvier 2020

Heidi Rathjen et Serge St-Arneault

À l’invitation du comité citoyen composé de plus de 50 bénévoles, je représentais avec Heidi Rathjen le regroupement PolySeSouvient. Nous nous sommes adressés brièvement aux 300 convives qui s’étaient rassemblés dans l’église Saint-Mathieu de Québec transformée pour l’occasion en une grande salle de convives pour souligner la 3e commémoration du drame de la mosquée de Québec.

Plusieurs représentants de marques figuraient sur la liste des orateurs : le grand chef de la nation huronne-wendat Konrad Sioui, François Legault, Régis Labeaume, l’imam de la Mosquée de la Capitale Abderrahim Qaq et l’actuel président du Centre culturel islamique de Québec Boufeldja Benabdallah.   

Plusieurs autres personnalités étaient également présentes dont Manon Massé et le chef du Nouveau Parti démocratique Jagmeet Singh avec lequel je me suis entretenu brièvement au côté du rappeur Webster.

Il y avait aussi des représentants des autres confessions religieuses : l’évêque catholique auxiliaire Marc Pelchat, l’évêque anglican Bruce Myers, le recteur de la cathédrale de la Sainte-Trinité, Christian Schreiner ainsi que le président de la communauté juive de Québec et cofondateur d’Unité Québec, David Weiser.

Le curé de la paroisse Notre-Dame-de-Foy, Bernard Duquette, a accueilli la foule en soulignant le caractère très symbolique et significatif de cette commémoration; une tragédie survenue dans une mosquée, mais commémorée dans une église. Dans la soirée, le chant de l’imam a retenti en arabe. Qui aurait prédit qu’un clerc musulman chante une prière inspirée du coran dans une église catholique? Je me réjouissais d’admirer cette scène qui se déroulait dessous la statue du Christ glorieux aux bras ouverts. Très symbolique!

Il y a eu aussi à manger pour tout le monde; repas d’inspiration africaine, arabe et québécoise. Malgré le tragique de la commémoration, un esprit de fête transcendait l’événement. Pour un instant, gens de confessions et de diverses provenances puisaient un réconfort dans des discours inspirants et à saveur politiques tout en partageant un réel repas. Plus qu’un symbole, ce soir-là, l’Église a rassemblé tous les enfants de Dieu sous un même toit. C’est maintenant documenté!

Missionnaires d’Afrique (Prêtres, Frères et Sœurs) à la basilique-cathédrale Notre-Dame de Québec

Par Sr Madeleine Bédard, 29 novembre 2019, Beauport, (Québec)

Le 26 novembre 2019, à 19h00, le cardinal Gérald C. Lacroix, archevêque de Québec, a présidé l’Eucharistie clôturant cette année jubilaire à la basilique-cathédrale Notre-Dame, reflet de l’histoire de tout notre peuple. Nous étions honoré(e)s par la présence de Mgr Marc Pelchat et Mgr Martin Laliberté, évêques auxiliaires, et de M. l’abbé Mario Duchesne, vicaire général. Une douzaine de Missionnaires d’Afrique et l’abbé Gérard Sylvain étaient là comme concélébrants. Nos familles, amis et connaissances étaient invités à vivre cet événement mémorable.

Dans l’action de grâce

C’est l’occasion de rendre grâce pour notre mission commune passée, présente et à venir. Quelle joie profonde de nous retrouver ensemble comme disciples de Jésus et apôtres envoyés sur les pas du cardinal Lavigerie et de Mère Marie-Salomé !

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La procession d’entrée avec les célébrants et tous les missionnaires marque le début de l’Eucharistie. Dans le mot de bienvenue, le P. Armand Galay, délégué provincial des Missionnaires d’Afrique, et dans le mot de la fin, Sr Elisabeth Villemure, responsable des SMNDA pour l’Amérique, expriment notre gratitude envers les Africains qui nous ont accueillis, nos Églises d’origine, nos familles, nos amis et nos bienfaiteurs qui nous ont soutenu(e)s au cours de notre vie missionnaire. Ils sont venus nombreux. Quelle joie aussi d’avoir parmi nous quelques amis africains accompagnant si bien les chants de la Messe au rythme du tambour : de quoi rappeler d’heureux souvenirs aux missionnaires ayant vécu tant d’années en Afrique !

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À la lumière de l’Évangile, le Cardinal témoigne avec ardeur de sa foi en Jésus plein de compassion pour les foules et donnant sa vie pour tous. Il nous rejoint aussi en évoquant notre histoire et notre fondateur. Il nous laisse entendre encore la dernière recommandation du cardinal Lavigerie : « …restez unis, unis de cœur, unis de pensées… » Il communie aussi à notre amour profond pour l’Afrique et le monde africain, ainsi qu’au désir de Dieu que beaucoup de jeunes entendent son appel pour continuer sa mission dans le monde.

À l’offertoire, des symboles très significatifs pour nous sont apportés en procession et servent à exprimer nos offrandes et nos intercessions : deux cadres avec la photo du cardinal Lavigerie et de Mère Marie-Salomé, le globe terrestre, une corbeille de fruits, le rosaire des M.Afr et notre croix, et finalement le pain et le vin.

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Après la communion, nous écoutons attentivement la lecture de quatre paroles du cardinal Lavigerie à ses missionnaires : elles sont une source d’inspiration et d’orientation pour nous comme héritiers de son charisme et disciples missionnaires de Jésus.

« Allez-vous en sur les places et soyez mes témoins chaque jour » : telles sont les paroles d’envoi du dernier chant qui projettent une lumière sur l’avenir !

À l’arrière de la cathédrale, le Cardinal et les évêques saluent tous les participants par une chaleureuse poignée de mains.

Au grand salon du Séminaire, un délicieux goûter nous attend. Ce sont de joyeuses retrouvailles avec nos familles, nos amis et connaissances. On circule dans tous les côtés de la magnifique salle, autour de tables garnies de délicieuses bouchées à déguster et à partager. Puis, c’est le mot d’au revoir : « Avec le Christ, nous voulons rester fidèles à l’Afrique et demeurer dans la gratitude. »

Une corbeille de fruits à offrir

Gratitude et joie partagées ! Un regard du cœur plein de compassion sur les foules ! Disciples de Jésus et apôtres envoyés ! Paroles de Lavigerie, sources d’inspiration et d’orientation ! Le monde africain partout où il se trouve et parmi nous aujourd’hui ! « Restez unis de cœur, unis de pensées ! » Une poignée de mains chaleureuse à l’autre et à tous ! Vivre ta mission d’amour !

Soyez mes témoins chaque jour !

Présentation du livre « Ce jour-là. Par ce qu’elles étaient des femmes »

6 décembre 2019 – Polytechnique de Montréal

Accompagné des Sœurs Rita Toutant et Jocelyne Morin, je me suis rendu tôt le matin à la Polytechnique de Montréal pour le lancement du livre « Ce jour-là. Par qu’elles étaient des femmes. » Catherine Bergeron, Présidente, Comité Mémoire, et Josée Boileau, auteure, ont présenté ce livre en présence d’une large assemblée. Les témoignages sur l’élaboration du livre nous ont permis de saisir l’ampleur du projet qui a nécessité un travail acharné dans un délai très restreint, quelques mois à peine.

Déjà dans les couloirs menant à la Galerie Rolland du pavillon principal, 6e étage, une exposition de photos illustrait 14 jeunes femmes tenant en main un écriteau avec les noms des 14 victimes de la Poly. Ce sont des femmes comme elles qui ont été tuées parce qu’elles étaient des femmes; un féminicide.  Une description accompagne les photos.

J’ai retrouvé Sonia Beauregard et son mari Dany Fortier quelques minutes avant la présentation du livre. Des piles d’exemplaires du livre se sont envolées comme par magie. Je ne me rappelle pas avoir senti une vibration d’unité d’esprit aussi puissant qu’à ce moment-là. Quelque chose de spécial, de nouveau, un tournant se dessine en cette 30e commémoration du drame de la Poly. La parole se dénoue. Nous venons de franchir une nouvelle étape. « Nos filles », comme cela se dit parfois, sont « avec » nous plus que jamais!

La Médaille de l’Assemblée nationale aux victimes de Polytechnique

Je descends de l’autobus à la Gare du Palais de Québec tout juste après 11h00. Je mangue un croute, reçoit un appel téléphonique d’une journaliste et prends un taxi vers l’Assemblée nationale. Le tout  nouveau site d’accueil pour visiteurs a fière allure. Comme cela est devenu la règle un peu partout, la présence policière est visible partout.

Le service du protocole est déjà prêt à accueillir les membres des 14 victimes de la Poly. Une rotonde aux allures vaticanes ceinture une agora où sont projetées des images. La photo d’Annie apparaît au moment même où je regarde. Défile alors les photos des 13 autres ‘filles’, ainsi fréquemment appelées.

L’ascenseur nous mène alors aux bâtiments de l’Assemblée nationale. Je suis en avance et demande de pouvoir voir le fameux crucifix qui a été enlevé du mur du Salon Bleu. De fait, il y en a deux; celui de 1936 et celui de 1982 qui l’a remplacé. À vrai dire, personne ou presque n’en faisait cas jusqu’au jour où le crucifix a été récemment retiré, le deuxième quoi! L’ironie, c’est qu’ils sont maintenant réunit et plus visible que jamais auparavant. À ne pas manquer si vous visitez les lieux.

Une salle est spécialement aménagée pour les familles. Moment de retrouvailles. Manon Massé est la première parmi les chefs de partis politiques à venir nous saluer.

— « Tu n’as peut-être pas souvenir, mais c’est la deuxième fois que tu m’embrasses en public Manon.  Je t’ai apporté un petit cadeau; une copie du recueil de poésie d’Annie. »

Manon est émue.

Jacques Duchesneau est là aussi. Il me donne en primeur une copie du livre « Ce jour-là. Parce qu’elles étaient des femmes. » Le livre sera officiellement présenté vendredi matin le 6 décembre à la Poly. J’y serai!

La cérémonie de la remise des médailles a lieu au Salon rouge. À tour de rôle, le président de l’Assemblée nationale François Paradis, le premier ministre du Québec François Legault, le chef libéral Pierre Arcand, la cheffe de Québec Solidaire Manon Massé ainsi que le chef péquiste Pascal Bérubé ont livré leur message.

Au son d’un quatuor à corde (de fait, elles étaient trois), chaque famille a ensuite reçu une médaille de l’Assemblée nationale à titre posthume.  Finalement, une rose blanche a été déposée sur une table par tous les dignitaires présents et les membres de famille. En m’approchant de la table, j’ai levé la tête et revu la photo d’Annie projetée sur l’écran. J’ai alors embrassé la rose!

Il est 19h00. Je suis de retour à Montréal. J’ai hâte de montrer la médaille à maman, Sylvain et Lucie.

Guérir par la parole les plaies laissées par la tuerie de Polytechnique

Par Serge St-Arneault

Ceci est le titre d’un article écrit par Caroline Montpetit relatant la soirée d’ouverture de l’exposition intitulée « Un cri un chant des voix à la mémoire de la tragédie de la Polytechnique » de l’artiste Diane Trépanière.

Diane a créé cette œuvre il y a vingt ans. En fait, il s’agit d’une installation photographique. Plusieurs autres artistes se sont jointes à Diane dans les locaux du Le Livart situé au 3980, rue St-Denis à Montréal.

Des roses enneigées accueillent les visiteurs sur un mur blanchi. Ce symbole a été utilisé par le journaliste et chroniqueur Jean-V. Dufresne dans un article publié le 8 décembre 1989 dans le journal Le Devoir. « Le bouquet enveloppé de cellophane fut planté là, par un étudiant, hier, sous le vent glacial, tache rouge sombre et vaillante sur la neige, si blanche qu’elle fait mal aux yeux. ». Annabelle Caillou a également souligné cet épisode dans un autre article en soulignant que  la rose est restée un symbole quand on  parle de la tuerie de Polytechnique

J’étais présent lors de la soirée d’ouverture de l’exposition. Je faisais partie d’un groupe très minoritaire d’hommes. Le tumulte vocal environnant, comme un fond de bruit, m’a plongé dans un état second devant la symbolique stèle où figuraient toutes les victimes du drame de la Poly. Annie est représentée sur la deuxième photo à partir de la gauche. J’ai eu l’impression qu’elle était là, silencieuse et solidaire de toutes ces compagnes. Sa jeunesse éclatera pour toujours alors que je fais maintenant figure de son père. « Je suis le frère aîné d’Annie », ai-je répondu à Diane. « Je m’excuse, répondit-elle, cela fait trente ans. Mais pour elle, le temps s’est arrêté. »

Merci Diane pour tout l’amour que tu portes « à nos filles », expression souvent utilisée. Je souhaite que ton œuvre soit connue par beaucoup plus de gens, femmes, filles, hommes et garçons.

Autre lien:

Le trauma de la Poly 30 ans plus tard

Serge St-Arneault

Pourquoi en parler encore? Est-ce nécessaire de revenir sur ce triste événement? La réponse est pourtant simple : nous sommes toutes et tous marqués pour la vie par nos expériences malheureuses, parfois dramatiques. Ça nous colle à la peau et dans le cœur. Voilà tout!

Il y a aussi les reproches. Pourquoi ai-je encouragé ma sœur Annie à poursuivre des études universitaires à la hauteur de ses talents qui l’a menée à choisir l’École Polytechnique? Monique Lépine, la mère du jeune homme qui a surgi avec une arme à feu dans le but déclaré de tuer des ‘féministes’, a subi d’injustes réprimandes. « En un instant, dit-elle, mon statut social passa de conseillère professionnelle pour une centaine d’établissements de santé au Québec à celui de ‘mère d’un criminel’. »

Trente ans plus tard, après avoir été sollicité par sa petite-nièce, Pascale Devette, Yvon Bouchard a finalement accepté de parler, lui qui était l’un des deux professeurs présents dans la classe où la première fusillade a eu lieu. « On m’a reproché de ne pas être intervenu… », dit-il.

Mon expérience missionnaire en Afrique m’a révélé qu’il est impossible de savoir comment nous réagirions à un événement déstabilisant ou à une menace avant d’y faire face. On ne peut jamais s’y préparer adéquatement.

Dans le prologue du recueil de poésie d’Annie, publié en 2011, j’écrivais que « la rage abusive et meurtrière ne s’explique pas. L’intolérance s’acharne sur des cibles pour la simple raison d’être ce qu’elles sont : des femmes ou des enfants, des gens d’autres races ou de différentes idéologies et religions. Une fausse image de l’autre, exacerbée par une peur aveugle, semble à l’origine de comportements aussi absurdes que tragiques, comme ce fut le cas le 6 décembre 1989. »

Trente ans plus tard, je viens d’avoir la chance de rencontrer Monique Lépine lors du lancement de son livre intitulé « Renaître » avec le sous-titre ‘Oser vivre après une tragédie’. Croyante, son livre retrace son cheminement vers une reconstruction, une transformation progressive menant à une guérison individuelle et collective. En effet, le drame de la Poly a profondément marqué toute la société.

Les marques de nos traumatismes sont plus profondes que les tatouages appliqués sur la peau. Pourtant, je disais aussi dans le prologue que « le temps vient à notre secours. Avec le passage du temps, à la lumière de l’Esprit de Jésus, nous cessons de nous ronger de l’intérieur et de faire souffrir nos proches avec notre douleur personnelle. Le cycle de la violence prend fin et nos cœurs brûlent de la présence invisible de ceux et celles qui nous ont quittés, comme il nous arrive de saisir un morceau de la vie céleste en accueillant spirituellement la présence de Jésus au moment de la fraction du pain eucharistique. »

Trente ans, ce n’est finalement pas très long. C’est vite passé! J’espère que d’autres personnes comme Yvon Bouchard auront cette année le courage de s’exprimer. Monique Lépine le fait à sa manière. Son cheminement spirituel est remarquable. Le titre de son livre n’est pas anodin : « Renaître ». C’est ma prière que la trentième commémoration du drame de la Poly soit le début d’un regain d’espoir, car « au-delà de la tragédie, il y a l’amour ». C’est ce que nous vivons chaque fois que nous commémorons l’assassinant injuste de Jésus sur une affreuse croix avec cette mystérieuse conviction que le pardon nous est non seulement possible, mais également source de vie nouvelle et éternelle.

Je vous invite à visionner la très belle
entrevue avec Monique Lépine réalisée par TVA.

Au moment du drame, je me suis retrouvé à l’oratoire Saint-Joseph en compagnie de quelques familles des victimes. J’ai en mémoire ce père d’une des 14 femmes assassinées qui se demandait comment communiquer avec Madame Lépine pour partager avec elle notre désarroi. Nous la savions l’une des nôtres, impuissant pourtant à pouvoir le lui dire. C’est maintenant fait, trente ans plus tard!

Célébration eucharistique pour les Chrétiens persécutés dans le monde.

Les chrétiens de Montréal se sont rassemblés à la cathédrale Marie-Reine du Monde tout illuminée en rouge pour symboliser tous les croyants persécutés, toutes religions confondues. Néanmoins, une attention plus particulière a été donnée aux 327 millions de chrétiens qui subissent la persécution ou la discrimination. Selon Marie-Claude Lalonde, directrice nationale de l’organise « Aide à l’Église en Détresse », cela représente au moins le quart des chrétiens dans le monde.

Prier est un acte concret de solidarité pour soutenir spirituellement pour ceux et celles dont le courage et la foi sont accablés par des manifestations du mal comme la discrimination, les procès et arrestations injustes, l’emprisonnement, la torture et parfois même la mort.

La messe était présidée par Monseigneur Christian Lépine, Archevêque de Montréal accompagné de S.E. Mgr Thomas Dowd, évêque auxiliaire de Montréal et de V.G. Père (Abouna) Élie Yachouh. À souligner la présence de la chorale de la cathédrale catholique syriaque Saint-Éphrem de Laval.