Il y a quelques jours, un journaliste anglophone canadien m’a demandé de lui accorder une interview en lien avec la tragédie survenue en Nouvelle-Écosse récemment; la plus meurtrière tuerie de masse jamais survenue au Canada. Ne me sentant pas à l’aise de le faire par téléphone, ce journaliste à accepté que je lui réponde par écrit. Vous trouverez le texte intégral au bas de la traduction suivante. Je signale simplement que mon témoignage n’a été retenu. Ainsi, rien de ce que j’exprime ici n’a été diffusé. Je vous le partage en exclusivité, si j’ose dire, à la lumière de l’annonce faite aujourd’hui à savoir que le gouvernement fédéral s’apprête à agir bientôt par règlement pour le bannissement de certaines armes d’assaut de type militaire.

TRADUCTION DE: Three points about the shooting in Nova Scotia

Il y a trente ans, la tragédie de l’École polytechnique a choqué tout le pays en apprenant que le meurtrier ciblait (exclusivement) des femmes. Jusqu’à maintenant, je ne connais pas le mobile de celui qui a assassiné 22 personnes en Nouvelle-Écosse. Cela ravive beaucoup de douleur.

Depuis 1989, notre expérience en tant que famille me permet de dire que nous avons acquis une nouvelle identité associée à la tragédie de la Polytechnique. Ainsi, je suis le frère d’Annie St-Arneault, une des premières victimes. Depuis cet événement, nous sommes souvent identifiés par les gens comme étant la mère, le père, le frère, la sœur, l’ami de l’une de ces femmes qui ont péri dans la fusillade. Nous avons dû accepter cela contre notre volonté. En effet cet événement n’était pas limité au domaine du privé, mais public à l’échelle du pays. Je présume qu’il se passe quelque chose de semblable pour les membres des familles qui sont directement liés à la récente fusillade en Nouvelle-Écosse.

Deuxième point. La fusillade qui a eu lieu en Nouvelle-Écosse est un signal d’alarme pour passer à l’action, pour participer à notre effort collectif pour atteindre un meilleur contrôle des armes à feu au Canada. Ce débat se poursuit depuis 1989 et il est difficile. Pourtant, il est plus que jamais essentiel. Je ne sais pas comment le meurtrier de la Nouvelle-Écosse a obtenu ses armes, mais nous devrions nous en inquiéter. D’ailleurs, d’après ce que j’ai compris, il a planifié son action. Quel type d’armement a-t-il utilisé? S’il s’agit d’armes de type militaire, pourquoi permettons-nous toujours la vente de telles armes dans des magasins spécialisés au Canada comme cela se fait aux États-Unis? Ce débat est une question de sécurité publique.

Troisième point. Le fait que la police n’ait pas agi rapidement et efficacement fera l’objet d’une enquête, comme cela s’est produit en 1989 à Montréal. À mon avis, il ne faut pas blâmer trop rapidement les policiers. Personne, y compris eux, ne s’attendait à ce qu’une telle tragédie se produise dans une région rurale et paisible comme en Nouvelle-Écosse. Mais, j’espère que ceux qui sont responsables de notre sécurité amélioreront leurs capacités ou leurs compétences en apprenant comment réagir si un événement semblable devait se reproduire. À Montréal, au moins, de nouvelles méthodes d’intervention de la police ont empêché de plus grandes tragédies comme celle de l’École Polytechnique.

Enfin, je prie pour tous les membres des familles qui pleurent leurs proches. Nous devons rester forts dans notre foi et exprimer notre solidarité. La question n’est pas tant de savoir pourquoi cela s’est produit, car il n’y aura jamais de réponse adéquate. Notre défi est plutôt de trouver des moyens de porter ce lourd fardeau de douleur que nous allons subir pour toujours. Bien sûr, en ce qui me concerne, la douleur n’est plus aussi vive aujourd’hui qu’il y a trente ans. Mais ma sœur me manque depuis. Cela fait partie de mon nouvel être, de ma nouvelle identité. Par conséquent, je profite de toutes les occasions pour dénoncer la violence faite aux femmes.

TEXTE INTÉGRAL EN ANGLAIS

Three points about the shooting in Nova Scotia

The Polytechnic tragedy thirty years ago shocked the entire country as the murderer was targeting women. Up to now, I don’t know the motive of the one who shot the people in Nova Scotia. This is really painful.

If I recall our experience as a family, back in 1989, I realized that we got a new identity associated to the tragedy. For instance, I am the brother of Annie St-Arneault, one of the first victims of Polytechnic. Soon after that event, we became known by everyone as the mother, the father, the brother, the sister, the friend of one of those women who perished in the shooting. This fact was against our will. But we had to accept it as the event was not only a private one but a public one at the scale of the entire country.

I presume that something similar is happening to the family members who are directly related to the recent shooting in Nova Scotia.

Second point. The shooting which took place in Nova Scotia is a wake up call to take action, to get involved in our social search for a better gun control in Canada. This debate is going on since 1989 and it is a tough one. But it is an essential one too. For instance, I don’t know how the murderer in Nova Scotia got his guns but we should be worried about that. Moreover, as far as I understood, he planned his action well in advance. Which type of armaments did he use? For sure, if military types of guns were used by him, why do we still allow the sale of such guns in specialized shops in Canada as it is done in the United States? It is primarily a question of public safety.

Third point. The failure of the police to act promptly and efficiently will be investigated as it happened in 1989 in Montreal. In my view, we should not blame too quickly the Police officers. Nobody, included them, was expecting such a tragedy to happen in a rural and peaceful country side like in Nova Scotia. But, it is my hope, that those who are in charge of our safety will improve their ability or skills by learning how to react if a similar event is to occur again. In Montreal, at least, new methods of intervention from the Police force prevented a larger scale of casualties like the one at the Polytechnic.

Lastly, I pray for all the family members who are mourning their love ones. We need to remain strong in our faith and express our solidarity. The question is not so much why it happened as no proper answer will ever be found. Our challenge is rather to find ways to carry this heavy burden of pain we are going to bear forever. Of course, as far as I am concerned, the pain is no longer as sharp today as it was thirty years ago. But I am missing my sister ever since. This is part of my new being, my new identity. Consequently, I am taking every opportunity to denounce violence against women.