Voyage imprévu au Malawi

Lusaka, 7 octobre 2012

La nouvelle nous a tous pris par surprise : « L’évêque émérite Patrick Kalilombé de Lilongwé est décédé le lundi 24 septembre à Zomba. Les funérailles auront lieu vendredi prochain à Lilongwé ». Pourtant, l’opération chirurgicale qu’il avait subie aux intestins s’était bien déroulée. Il prenait déjà du mieux et il blaguait, comme à son habitude. Mais voilà, il est mort en fin d’après-midi.

Au Malawi, l’événement a pris une envergure nationale. Bien connu pour ses positions innovatrices dès le début de son épiscopat en 1972 avec la promotion des communautés ecclésiales de base, cela avait suscité beaucoup d’incompréhension non seulement dans les milieux politiques de l’époque, mais aussi au sein de l’épiscopat. Bref, son mandat s’est abruptement terminé en 1976 avec son expulsion du pays. Notre confrère Kalilombé, car il était aussi un Missionnaire d’Afrique, a poursuivi des études bibliques aux États-Unis et, par la suite, a enseigné pendant de nombreuses années en Angleterre avant de retourner au Malawi en 1999. Il a poursuivi son enseignement à l’université de Zomba jusqu’en 2008. Il est donc décédé à l’âge de 79 ans après 55 années de vie missionnaire.

En premier, je ne songeais pas à m’y rendre pour les funérailles. La décision d’y aller a spontanément surgi après une brève conversation avec mon confrère malawien Edmond Banda. Nous nous sommes retrouvés à Lilongwé le jeudi vers 16 h après un périple de dix heures en voiture. Je croyais rêver. Je revoyais avec étonnement le centre de recherche et d’action sociale de Kanengo où j’avais vécu au début de mon expérience au Malawi en 2001 (voir le lien : Rivière de diamants | Serge St-Arneault | Travel).

Les funérailles se sont déroulées successivement à Zomba, à Mua, où Patrick Kalilombé est né, et à Lilongwé. De nombreux prêtres, confrères et une foule nombreuse ont assisté aux différentes célébrations liturgiques et vigiles échelonnées sur quatre jours sur une distance de plus de 300 km. L’enterrement a finalement eu lieu à Likuni, en banlieue de Lilongwé, en présence de tous les évêques du Malawi ainsi que du vice-président du pays, l’Honorable Khumbo Kachali, représentant du gouvernement.

Silivano

Cela m’a permis de retourner brièvement à Chézi le samedi matin. Je voulais revoir mon ami Chiponda. Ensemble, nous sommes allés rendre visite à l’une de ses filles qui a donné naissance il y a un an à un beau garçon qui s’appelle Silivano, du nom de mon frère Sylvain. J’avais l’impression d’un retour aux sources et de reprendre goût au Chichéwa.

Nous avons mangé un peu de nsima avec comme accompagnement des morceaux de pâte de soja. Il faut peu de chose pour fraterniser. Le chef du village qui était aussi avec nous n’en revenait tout simplement pas. Seule note inquiétante; Chiponda m’a confié que la maman de Silivano souffre de malaises au niveau de l’abdomen depuis l’accouchement de l’enfant. Le temps était trop bref pour rendre visite à la maman d’un autre bébé du nom de Loréta, du nom de ma mère Laurette.

Quelques heures vites passées, brèves salutations à mes confrères Filiyanus Ekka, indien, ainsi que Moïse Kombé Yébédié, malien, à la paroisse de Chézi et me voilà reparti. Mais, avant de retourner à Lilongwé, Chiponda m’a conduit sur les lieux d’une nouvelle école privée de niveau secondaire située à Msambo. Quel défi!

Le directeur-entrepreneur, monsieur L. Magombo, m’a fortement impressionné. Avec peu de moyens, mais une tonne de courage, il a entrepris cet audacieux projet avec pour atout la conviction que l’avenir repose sur l’éducation. Pour le moment encore, les salles de cours servent de dortoirs en attendant la construction de meilleurs lieux d’hébergement pour une soixantaine de pensionnaires, garçons et filles. Cela m’émerveille. J’y ai inscrit sans hésiter le fils de Chiponda pour sa première année d’étude.

Ayons une pensée pour le Malawi qui traverse une période d’incertitude. Les indices économiques sont catastrophiques à la suite d’une dévaluation de 100 % de la monnaie. Il y a même des voix qui s’élèvent pour prédire l’arrivée prochaine d’une famine, consécutive à la quasi-suppression des subventions pour les fertilisants agricoles. Le Malawi n’a plus de devises étrangères pour soutenir les initiatives économiques du défunt président Bingu wa Mutharika. De nombreux chantiers de construction sont arrêtés.

La jeunesse zambienne

Ma dernière lettre de Zambie remonte à environ trois mois. Plusieurs fois déjà, j’ai eu l’idée d’écrire un petit mot sans que cela se réalise. Entre temps, je vous ai fait suivre un lien au journal Le Nouvelliste au sujet de la controverse autour de l’abolition du registre des armes à feu au Canada. Encore, il y a une semaine à peine, j’ai ajouté une autre réflexion que vous avez peut-être lue sur mon blogue.

Tout cela a cependant passé presque inaperçu avec le déclenchement des élections au Québec et, ces jours-ci, les révoltes populaires et meurtrières dans les pays musulmans. Au cœur du brouhaha de ces conflits sociopolitiques et religieux, la force de la jeunesse, sa vitalité et l’espoir qu’elle suscite, voilà ce qui attire mon attention. Les Jeux olympiques à Londres ont rassemblé la jeunesse mondiale. Mais, c’est ici à Lusaka, partout où je vais, que la jeunesse m’émerveille.

J’ai surtout senti cela lorsque je suis allé à la foire agricole et commerciale qui s’est tenue au début du mois d’août. Des milliers d’exposants présentaient leurs produits incluant les services financiers, les concessionnaires de véhicules de tout genre tels que les machines et outils agricoles, les produits forestiers, les services gouvernementaux de développement, les compagnies de communication, de transformation alimentaire, d’investissement, de planification urbaine sans oublier les hélicoptères de l’armée nationale et les majorettes. Ce salon du commerce et de l’industrie a lieu chaque année depuis 1916.

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Je suis ébahi de voir toute cette masse humaine se faufiler entre les kiosques. Les enfants sont partout, à l’affut d’un spectacle ou autre attraction. Je vois de jeunes adultes affichant leur fierté et leur beauté. J’y décèle une vitalité extraordinaire. L’avenir semble possible malgré le défi économique que doit affronter le pays.

Le mois dernier, je suis allé célébrer la messe au centre universitaire situé tout juste de l’autre côté de notre rue. Ce campus déménagera en janvier prochain sur un autre site plus approprié situé à 16 km au nord de Lusaka. Une fois les travaux terminés, des milliers d’étudiants y trouveront un centre d’apprentissage de grand niveau. Les responsables sont des religieuses appartenant à la société des Filles de Marie Immaculée, une Société de vie apostolique d’origine indienne.

Leur vocation est centrée sur la lutte contre l’ignorance, l’alphabétisme, l’injustice et l’esclavage économique. Le fondateur, le père J.E. Arul Ray, a débuté en 1984 dans le petit village perdu de Keechalm, près de Thiruthani situé à 125 km de Chennai, au Tamil Nadu en Inde. Aujourd’hui, la communauté s’élève à 425 jeunes femmes, assurant la responsabilité administrative de leurs nombreuses universités dispersées à travers le monde, qui emploient aussi 600 éducateurs. Sur le continent africain, trois Campus sont situés en Tanzanie, un au Malawi, deux en Zambie et un au Sierre Leone.

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Nous accueillons souvent ces religieuses dans notre chapelle lors de la messe du matin à 6h30. Je dirais que leur moyenne d’âge est entre 25 et 30 ans. Je trouve cela fascinant : une jeunesse indienne qualifiée et responsable d’un campus au service de la jeunesse zambienne.

Récemment, j’ai aussi mis en ordre la liste de nos propres candidats d’Afrique australe. Notre centre de formation à Balaka, Malawi, accueille 40 d’entre eux. Nous en avons 12 en stage apostolique dans différent pays du continent africain, 7 sont au noviciat et 10 en théologie. En tenant compte de l’ensemble de nos centres de formation, nous avons près de 500 candidats.

« La jeunesse est toujours belle », me disait un jour une brave dame. Et je crois qu’il est possible de rester ainsi même avec l’âge. Réjouissons-nous de la jeunesse porteuse d’avenir.

Conservation du registre des armes armes à feu

Question de Gabriel Deliste du journal Le Nouvelliste, Trois-Rivières :

Au sujet de la décision de la Cour supérieure du Québec qui donne raison au Québec qui demande la conservation du registre des armes à feu malgré qu’Ottawa ait manifesté son intention de le détruire, crois-tu que la raison l’emporte sur des considérations idéologiques?

Réponse :

Bonjour Gabriel,
Oui, je suis content. Seulement, comment puis-je répondre à ta question? Ce n’est pas facile. Je me rappelle simplement que Harper a récemment invité Brian Mulroney pour lui demander conseil à la veille des élections provinciales qui laissaient déjà présagé un nouveau gouvernement péquiste. Stephen Harper n’est pas sans réaliser qu’il a perdu la confiance des Québécois. Il forme un gouvernement majoritaire sans l’appui du Québec.

La destruction des données du registre des armes à feu est perçue par une majorité de Québécois comme un affront, un manque de considération et de respect. Pourquoi s’acharner à détruire des registres qui ont été financés par tous les Canadiens alors que ces mêmes données peuvent être utilisées par les provinces canadiennes qui désirent les conserver? Cette destruction est un abus de pouvoir. Le projet de commission canadienne des valeurs mobilières en est un autre exemple.

Est-ce que la raison l’emporte sur les considérations idéologiques? Du côté du juge Blanchard, la raison semble en effet l’emporter. Par contre, cela n’est pas le cas du côté du gouvernement fédéral qui s’attriste de la décision de la Cour. Contrairement à leur affirmation, je ne crois pas que les Conservateurs ont été élus à cause de cette promesse électorale, du moins au Québec. Leur faible nombre de député en est la preuve.

Notre Premier Ministre Canadien fait face à un choix. Il peut décider de s’acharner avec sa vision idéologique. J’ose espérer qu’il fera preuve de sagesse en reconnaissant qu’un tel acharnement politique est contraire au bien commun. L’exercice du pouvoir est avant tout, ou devrait être, l’expression d’un leadership de service. Le défi est d’équilibrer en justice ce leadership en tenant compte de la diversité des provinces canadiennes.

La culture de l’arme à feu dénoncée

Publié le 23 juillet 2012 à 09h36

Photo: La Presse

Gabriel Delisle, Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Les nouvelles vont vite en 2012. Particulièrement de tragédies qui se propagent à la vitesse de l’éclair sur Internet et les réseaux sociaux. Serge St-Arneault, le frère d’Annie St-Arneault, une des victimes de la tragédie de la Polytechnique, a été très touché par cet autre drame lorsqu’il a appris de l’Afrique qu’un autre tireur fou avait sévi. Aujourd’hui prêtre missionnaire d’Afrique, il dénonce de la Zambie, d’où il œuvre depuis plusieurs années, la culture et le culte de l’arme à feu encore et toujours très présent aux États-Unis.

Serge St-Arneault avait déjà exprimé des réflexions au sujet du droit constitutionnel américain de posséder une arme à feu dans son livre Rivière de diamants.

Après ce qui vient de se passer au Colorado, il dénonce encore une fois le droit fondamental de porter une arme qui est, selon lui, basé sur des considérations historiques qui ne tiennent plus en 2012, plus de 200 ans après la ratification de la constitution américaine.

« Je conteste l’interprétation courante que ce droit soit inscrit comme un droit absolu, injustement interprété par la Nationale Rifle Association (NRA) américaine. Ce droit n’était valable qu’au moment de la création de milices pour assurer la sécurité d’État au moment de la guerre d’indépendance américaine », exprime-t-il deux jours après la fusillade d’Aurora.

« Or, cette urgence historique n’est plus une réalité puisque les États-Unis possèdent la plus forte armée au monde. Il s’agit d’une déformation abusive de l’histoire pour le compte d’un groupe, la NRA, qui impose son idéologie de terreur. La logique est simple: plus il y a d’armes à feu légalement accessible sur le marché, plus il y a de victimes innocentes», estime le prêtre missionnaire qui précise que «toutes les armes à feu utilisées par le «fou» au cinéma du Colorado étaient des armes achetées légalement ».

Serge St-Arneault a longtemps réfléchi sur les évènements de 1989 qui ont coûté la vie à sa sœur Annie ainsi qu’à ses treize compagnes de l’école Polytechnique.

Il a cherché longtemps à comprendre les motivations profondes du geste de Marc Lépine. Le prêtre estime que le tueur d’Aurora vivait lui aussi dans un délire.

« Le fou du cinéma du Colorado vivait dans un délire associé au pouvoir héroïque de Batman. Il a cherché à détruire une image qui l’effrayait, celle de sa propre haine contre ceux et celles qui ne le comprenaient pas. À son insu, il a défiguré le visage de l’humanité où chaque personne est une histoire sacrée. »

Tuerie dans un cinéma au Colorado

Nouvelle constitution à l’ÉTUDE EN ZAMBIE

Lusaka, 19 juin 2012

Une nouvelle constitution est actuellement à l’étude en Zambie. Après deux décennies d’expérience du multipartisme, le temps est venu d’ajuster la constitution du pays, non seulement pour la moderniser, mais aussi pour la rendre plus démocratique. Le processus est en marche depuis déjà plusieurs mois. Les journaux ont largement diffusé le premier document et les consultations se poursuivent partout dans le pays. Le processus est plus long que prévu, mais les autorités publiques et politiques soutiennent qu’il est préférable de prendre le temps nécessaire et obtenir ainsi le plus large consensus possible.

Une constitution! Est-ce vraiment nécessaire? L’exemple actuel de l’Égypte nous montre bien le chaos que peut engendrer l’inexistence d’une constitution. Celle-ci a pour mission d’encadrer la cohésion sociale en tenant compte des valeurs nationales, culturelles et religieuses de l’ensemble de la population, incluant les minorités. Qu’arrive-t-il lorsque ces valeurs changent? Le défi est alors de protéger la constitution en tant que référence ultime, donc absolue, du droit collectif, tout en permettant une interprétation au goût du jour pour éviter l’absolutisme. C’est comme un balancier, toujours un peu instable favorisant ainsi une recherche active de l’équilibre. Une constitution, c’est un peu comme un corps vivant qui se meut, évolue et se perfectionne. Elle peut aussi s’écrouler sous le poids d’un changement radical mais nécessaire.

J’ai rédigé ma constitution privée lors d’une retraite d’un mois que j’ai vécu à St-Jérôme en 1985. J’y ai aligné des références bibliques qui, mises bout à bout, sont devenues ma constitution, ou ma charte de vie. Mon arrivée récente en Zambie m’a donné la chance de revisiter ce que j’ai écrit il y a 27 ans. Tout en conservant l’essentiel de celle-ci, j’ai peaufiné ma constitution en espérant lui donner une nouvelle vigueur. C’est ce que je veux vous offrir aujourd’hui. C’est mon cadeau pour vous tous qui m’encourager depuis tant d’années dans mon projet missionnaire qui m’a mené sur les routes du Zaïre-Congo, du Malawi, et maintenant de la Zambie.

Bientôt, soit le 28 juin, je fêterai mon jubilé d’ordination sacerdotale; 25 ans! Ce jour-là, je serai en route vers Kawambwa, situé à environ 850 km de Lusaka, pour participer à l’ordination d’un jeune confrère zambien qui s’appelle Virgilius Kawama. Il vient de terminer ses études théologiques à Nairobi, Kenya. Il sera ordonné prêtre le 30 juin. Sa fête sera aussi la mienne.

Prêtre depuis 25 ans! Bon moment en effet pour mettre à jour l’orientation fondamentale de ma vie spirituelle (ma constitution). Je vous suis d’avance reconnaissant de bien vouloir penser et prier pour moi. Le combat spirituel, puisqu’il s’agit bien d’un combat, est exigeant, souvent héroïque. J’ose espérer que mon modeste cadeau produira en vous des fruits de croissance spirituelle dans le Christ Jésus.

Serge St-Arneault, M.Afr

ORIENTATION FONDAMENTALE DE MA VIE SPIRITUELLE

Un mendiant est assis au bord du chemin, c’est Bartimée. Il est aveugle. Jésus l’appelle. Il laisse là son manteau et d’un bond il est près de Jésus qui lui pose cette question : Que veux-tu que je fasse pour toi? L’aveugle répondit : Rabonni, que je voie! (Mc, 10,46-52)

Seigneur, à ce moment-ci de ma vie,

Accorde-moi de VOIR DANS LA FOI  chaque femme et chaque homme qui m’entoure (Rm, 8,14) comme une sœur et un frère en Jésus-Christ (Ga, 4,5) ayant reçu le titre d’enfant du Père, Abba, Papa (2Co, 1,22) et marqué du sceau de l’Esprit-Saint déposé en son cœur. (Ep, 4,30)

Seigneur, à ce moment-ci de ma vie,

Accorde-moi le GOÛT (Mt, 28,19) d’une vie simple pour qu’en tout temps je sois prêt à aller en tout lieu (Mt, 5,3) afin de répondre à l’appel du témoignage évangélique (Ac, 1,8b) et reconnaitre en toute personne sa dignité d’enfant de Dieu, (1Jn, 8,16.21) héritier de la liberté avec le Christ glorieux. (Jn 1,12)

Seigneur, à ce moment-ci de ma vie,

Accorde-moi de REGARDER et d’AIMER  toute personne d’un cœur pur. (Mt, 5,8) Non pas les choses visibles qui ne durent pas (1Jn, 2,17) mais les invisibles qui sont éternelles; (2Co, 4,18) comme ta Parole incorruptible qui vit et demeure. (1P, 1,23)

Seigneur, à ce moment-ci de ma vie,

Accorde-moi de REGARDER  les réalités du monde et l’évolution des idées dans la joie de l’espérance, (Rm,12,12a) fuyant ainsi l’amertume ou l’aigreur des épreuves de la vie; méchantes paroles, emportements, colère, cris, injures, (Ep, 4,31) par des sentiments de tendre compassion, de bienveillance, d’humilité, de douceur, de patience, comme un digne élu de Dieu. (Col, 3,12)

Seigneur, à ce moment-ci de ma vie,

Accorde-moi DE ME REGARDER le visage à découvert, de la même manière que je ne cache rien devant toi, (2Co, 3,18.5,11) réfléchissant les reflets de ta gloire, comme en plein jour, (Rm, 13,13a) bénissant dans l’Esprit de Jésus ceux qui me persécutent, (2Co, 3,18) vivant pour les autres dans un amour fraternel inventif (Rm, 12,14) afin que tes faveurs se multipliant fassent monter (Mt, 5,11) une immense action de grâce pour ta plus grande gloire. (Rm, 12,10b)

Seigneur, à ce moment-ci de ma vie,

Accorde-moi DE T’OFFRIR  chaque instant de ma vie, quoique je dise, quoique je fasse (Col, 3,17) comme une constante liturgie, éveillée à tout instant, pour ainsi devenir plus maître de moi (Gal, 5,23) et vigilant par la force de la foi. (1P, 5,9a)

Seigneur, à ce moment-ci de ma vie,

Accorde-moi DE T’OFFRIR  la fragilité de mon corps, ma lourdeur et sommeil spirituel, (Rm, 13,11b) pour ainsi résister à la tentation de vivre selon les convoitises de ma propre nature, (Rm, 8,13) pour devenir plus vigilant et capable de te plaire, (Rm, 12,1) d’un zèle sans nonchalance et d’un cœur plein d’ardeur à te servir. (Rm, 12,11)

Seigneur, grâce à tes dons de sagesse et d’intelligence spirituelle (Col, 1,9) accorde-moi D’ÊTRE TRANSFORMÉ PAR LE RENOUVEAU INTÉRIEUR (Rm, 12,2) afin d’atteindre la parfaite connaissance, et rejoindre ainsi ton image de Créateur, pour devenir fort et patient, par l’effet de ta gloire, sans perdre ma joie et, un jour, partager l’héritage avec les saints dans la lumière. (Col, 3,10)    

Tout comme Bartimée, nous sommes des mendiants assis sur le bord du chemin de la vie. Nous sommes souvent épuisés, malades, découragés, aveuglés par nos ignorances, nos insouciances, nos blessures du corps et du cœur, nos incompréhensions, nos jugements hâtifs et nos doutes. Bratimée a osé crier vers Jésus. Et nous? Oserons-nous crier vers lui?  À son appel, saurons-nous rejeter le pauvre manteau de nos fausses sécurités et exprimer clairement à Jésus ce que nous désirons vraiment?

Oui, je veux VOIR! Je veux voir à la manière de Jésus. Je veux me mettre à sa suite là où il m’indiquera la route à suivre, jusqu’au seuil de ma mort et plus loin encore!

Père Serge St-Arneault, M.Afr

Blessantes déceptions

Lusaka, 11 avril 2012

La semaine a commencé par le dimanche des Rameaux avec une célébration œcuménique organisée par un comité composé de huit différentes Églises chrétiennes du secteur de Kabwata. La communauté chrétienne anglicane nous invitait dans l’enceinte d’un immense hangar juxtaposé à leur église. Une fois par semaine, ce hangar accueille les marchands de légumes et autres petits commerçants du quartier, un peu à l’exemple des marchés aux puces.

À tour de rôle, les différentes Églises animèrent une prière, un chant ou un témoignage. Le prédicateur, capitaine, M. Hamanenga de l’Armée du Salut, a développé avec finesse le thème de l’expectation en prenant pour exemple le championnat de football de la coupe d’Afrique récemment remporté par la Zambie. Personne n’y croyait. Mais, au fur et à mesure que l’équipe progressait dans le tournoi, l’expectation s’amplifiait.

— Qui sait? Peut-être que notre équipe gagnera! Qui sait?

Il a fallu attendre le dernier tir de barrage au but, le sixième si je me rappelle bien, pour que le pays tout entier se soulève avec délire et fierté. Un inimaginable rêve venait de se réaliser.

L’entrée triomphante de Jésus à Jérusalem avait quelque chose de cette exaltation. Le peuple, opprimé par l’armée d’occupation romaine, attendait avec ardeur le libérateur d’Israël.

— Qui sait? Peut-être que ce Jésus est le Messie qui chassera l’envahisseur étranger? Qui sait?

Le peuple espérait un roi politique, à la grandeur du roi David. Or, ce fut une profonde déception. Jésus parlait d’un royaume spirituel. Ce fut un désastre complet, une incompréhension totale qui a changé l’enthousiasme en une farouche haine : À mort! À mort! Crucifie-le! Comment se fait-il que l’enthousiasme du peuple se soit transformé si rapidement en cris de mort?

— Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants!

La réponse est simple et se résume en un seul mot : déception.

Judas n’a pas mieux fait. Jésus ne correspondait pas à l’image du puissant Messie qu’il espérait découvrir en lui. Trois années d’amitié réelle entre Jésus et Judas n’ont pas réussi à briser cette incompréhension. Judas a trahi Jésus parce qu’il était profondément déçu.

Et je pense à mes propres déceptions. Nous en avons tous. Elles sont liées à des échecs relationnels, à d’imprévus revirements de situation ainsi qu’à des rejets, des injustices et peut-être aussi de fausses accusations et calomnies. Cela s’est déjà transformé chez moi en colère. N’avez-vous pas vécu quelque chose de semblable? Une amère déception peut facilement mener au désir de vengeance, peut-être aussi au découragement suicidaire. Elle devient alors une douleur si profonde qu’elle se transforme en gestes destructeurs.

C’est seulement aujourd’hui que je commence à comprendre la grandeur de l’abnégation de Jésus qui a répondu par le pardon aux cris de haine proférés contre lui.

— Père, pardonne-leur, car ils ne savent ce qu’ils font.

Il a fallu que Jésus verse son sang pour que le cercle du désir de vengeance engendré par nos blessantes déceptions soit rompu. En y regardant de près, Jésus a eu toutes les raisons d’être déçu de ses disciples et du peuple qui l’a acclamé. Mais, contrairement à nous qui accusons les autres d’être responsables de nos malheurs, Jésus a pris sur lui les douleurs de toute l’humanité endeuillée par la peur et par la mort. Transpercé par les clous et la lance, son corps est devenu l’ouverture par laquelle Jésus actualise son royaume spirituel. Sa souffrance était nécessaire pour nous conduire vers la liberté des enfants de Dieu, pardonnés et aimés. C’est à n’y rien comprendre.

Il n’est donc pas si étrange de constater que beaucoup de nos blessantes déceptions par rapport à l’Église institutionnelle paralysent notre foi. Il y a encore trop de colère masquée par une collective indifférence.

— Qui sait? Peut-être qu’un jour nous comprendrons le message de Jésus! Qui sait?

Pourvu que cette attente ne nous déçoive pas! Mon espérance demeure grande en dépit de toute réalité contraire. C’est en acceptant mes propres blessures dans l’Esprit de Jésus que je progresse vers ma guérison spirituelle, voire même physique. Cela n’est pas sans peine. Souvenons-nous qu’une pierre celait le tombeau de Jésus. Cette pierre symbolise la pesanteur de nos blessantes déceptions. Jésus l’a repoussée par son chant de victoire sur la mort.

Amen! Alléluia! Le Christ est ressuscité.

Je veux me suicider!

Voilà un début de conversation plutôt corsé. Je ne sais pas pourquoi, mais spontanément m’est revenu en mémoire les paroles de ma sœur Lucie : « Oh là! On se calme. On respire par le nez. Une fois, deux fois, trois fois… »

L’histoire du jeune homme est pathétique; problèmes familiaux, échec scolaire, ridiculisé par les filles, sans travail, sans argent, etcétéra. Que répondre à une âme malheureuse?

— Je ne vaux rien, j’ai tout raté dans ma vie.

— Chez moi, au Québec, quelqu’un comme toi, on appelle ça un trou de cul.

Qu’est-ce que je viens de dire là? Je plaisante alors que ce garçon pense au suicide. Je respire profondément par le nez, évidemment. Une fois, deux fois, trois fois. Puis, un long silence s’installe. Intérieurement, je prie pour trouver une idée, une inspiration.

— Écoute, ee! Oui! C’est ça! Je vais te raconter une histoire.

Il était une fois un puissant roi d’une contrée lointaine qui régnait sur les sujets de son royaume avec autorité, mais aussi beaucoup de sagesse. Occasionnellement, il permettait à son peuple de lui présenter leurs doléances. Or, un jour, un jeune homme vient au palais royal. Il semblait souffrir sans pour cela porter quelconques signes physiques de blessure.

— Que se passe-t-il mon fils, interrogea le roi.

Dans sa gêne, le garçon n’osait lever les yeux. Il ne comprenait pas lui-même comment il avait trouvé l’audace de venir auprès de Sa Majesté. Celui-ci avait déjà pressenti un manque d’estime de soi chez ce pauvre malheureux et l’invita à s’approcher de lui. Cela allait à l’encontre du protocole. En effet, nul ne pouvait approcher la personne du roi siégeant sur son trône royal.

— Je vais te demander un service. Acceptes-tu de rendre un service à ton roi?

— Oui, oui!, répondit machinalement le garçon.

— Voici une bague. Va au marché et vend celle-ci au plus offrant. Puis, reviens me remettre le montant d’argent que tu recevras. Allez! Va rapidement avant la fin du jour et surtout ne dit à personne que je t’y envoie.

Sans trop comprendre ce qui lui arrivait, il se mit en marche.

— J’ai une bague à vendre. Regardez ma bague. Qui veut acheter ma bague?

La foule occupée à vendre et à acheter multiples produits ne portait nullement attention au garçon. Celui-ci désespérait de plus en plus. Encore une fois, il craignait un échec. Pourquoi donc le roi lui avait-il ordonné de vendre cette bague?

— Montre-moi ta bague, lui dit un passant.

Hautain, sans même porter un regard vers le garçon pris d’angoisse, l’homme secoua la tête.

— Ha, ha! Cette bague n’a aucune valeur mon petit. As-tu trouvé ça dans une boîte de céréales? Mais, j’aurai bon cœur pour toi. Tiens! Voici un dollar pour ta bague.

— Quoi! Seulement un dollar!

Pouvait-il retourner chez le roi avec un seul dollar? Non! Cela non! Il aurait trop de honte. Le garçon repris la bague. Il préféra supporter le sarcasme plutôt que céder à cette offre.

— J’ai une bague à vendre. Regardez ma bague. Qui veut acheter ma bague?

— Elle prendra plus de valeur si tu te l’accroches au nez, lui dit un autre passant.

La moquerie ne fit que s’amplifier.

— Viens ici, lui dit une vendeuse de tabac. Je vais te donner une autre bague pour que tu puisses en faire des boucles d’oreille.

Accablé de tristesse, divagant presque, le garçon retourna au palais royal et failli même échapper la bague dans la rivière en traversant le pont qui l’enjambait. « Malheur à moi, se dit-il, si je me présente au roi sans la bague et sans argent. Il me mettra en prison pour la fin de mes jours. » Pris de panique, renfermant solidement la bague dans sa main, il se dirigea hâtivement vers le palais.

— Que Sa Majesté ait pitié, dit-il encore à bout de souffle. Voici la bague, o mon roi! Je n’ai pas su la vendre et tout le monde s’est moqué de moi.

— Approche-toi de moi, fidèle sujet du roi. Viens à ma table partager mon repas. Demain, je te confierai une autre mission.

Malgré le confort de la chambre, le garçon ne put dormir que tardivement dans la crainte imaginaire qu’un grand malheur s’abatte sur lui.

— Lève-toi, le roi veut te voir, lui dit un soldat.

Maladroitement, titubant par manque de sommeil, le garçon se présenta de nouveau du roi.

— Reprends cette bague que je t’ai confiée hier et, cette fois-ci, va chez le bijoutier qui habite sur la 5e rue. Demande-lui la valeur de la bague. Ne lui dis surtout pas qui te confie celle-ci. Ensuite, reviens ici avec la bague.

Le garçon de remit en route.

— Et petit! Ne cours pas si vite. N’est-ce pas toi qui voulais vendre une bague hier? Quand vas-tu te l’accrocher au nez?

Sans porter attention à ces nouvelles moqueries, le garçon se dirigea sans tarder vers le bijoutier. Il entra. Le bijoutier ne semblait pas pressé. De fait, en voyant un si jeune homme plutôt mal vêtu, il se demanda ce qu’il pouvait espérer de celui-ci.

— Puis-je vous être utile?

— Pouvez-vous me dire la valeur de cette bague?

Le bijoutier mit ses lunettes et commença à examiner attentivement la bague. L’attente devenait une éternité. Allait-il enfin dire quelque chose?

— Toutes mes félicitations, mon garçon! Cette bague est remarquable. Je n’en ai vu que rarement de semblable. Je t’offre 5000 dollars. Pardonne-moi si je ne peux que te remettre que 3000 dollars aujourd’hui. Je comblerai la différence demain.

Du coup, le bijoutier mit la liasse de billets de banque sur le comptoir. Le garçon n’en revenait pas. Hypnotisé par ce montant d’argent à la portée de sa main, imaginant la joie de Sa Majesté, il se rappela soudainement les paroles du roi : « reviens ici avec la bague ».

— Remettez-moi la bague, je reviendrai un autre jour.

— Prends plutôt cet argent, répondit nerveusement le bijoutier. Je te donne ma parole d’honneur que je te remettrai le deuxième versement demain.

Le garçon sorti de la bijouterie à la fois avec peur et euphorie. Il mit la bague à son doigt et retraversa le village à la hâte sans que personne ait le temps de rire de lui.

— Que Sa Majesté me prenne encore une fois en pitié. Voici la bague que le roi m’a confiée. Celle-ci est d’une grande valeur, si bien que je ne suis pas digne de la toucher.

— Approche-toi me moi, mon fils. Si ton Souverain Roi avait des sujets plus nombreux comme toi, il serait le plus heureux de la terre. Écoute-moi bien! Cette bague, C’EST TOI! Tu as beaucoup de valeur à mes yeux et jamais plus tu ne dois en douter.

Fin de l’histoire.

Mon suicidaire ouvra la bouche sans pouvoir prononcer un mot. Et moi! Je n’avais plus rien à ajouter. Je l’accompagnai jusqu’à la porte. Il se retourna et me remercia.

— Que le Seigneur te bénisse, mon ami. Quand tu auras un moment libre, tu liras le psaume 116. Adieu.

Premier voyage hors de Lusaka

Ndola, 14 février 2012

Le voyage de 321 km s’annonce un peu long mais, heureusement, la route est bonne. Je suis en compagnie de mon confrère Suisse alémanique, Karl Kälin. Nous allons en direction de Ndola situé à la frontière de la République Démocratique du Congo au cœur de la région des mines de cuivre.

Fondé en 1904 par John Chiripula Stephenson, soit six mois seulement après le passage du fameux David Livingstone, Ndola a toujours été une importante ville reliée par un chemin de fer à la capitale Lusaka, cela dès 1907. La ville administrative de Ndola a longtemps été plus importante que Lusaka avec son aéroport international. Son déclin a débuté dans les années soixante-dix avec la chute des prix du cuivre. Il semble qu’un regain d’activités économiques se pointe à l’horizon avec la construction d’un second viaduc pétrolier en direction de la Tanzanie et d’une autre raffinerie de pétrole bientôt mise en chantier par des investissements privés.

Les Missionnaires d’Afrique sont présents à Ndola depuis 1932. Servant essentiellement comme lieu de ravitaillement, la procure de Ndola a joué un rôle indispensable pour les diocèses du nord de la Zambie qui se trouvaient littéralement coupés du reste du pays par la distance et un système routier quasi inexistant. L’amélioration de ce système routier permet aujourd’hui un réel développement de cette région de la Zambie.

Les hangars situés dans la cour arrière sont maintenant vides. Quatre confrères assurent tout de même une présence qui permettra d’ici quelques années une revitalisation des lieux à l’exemple de la ville.

Le travail missionnaire, surtout dans un pays de plus en plus urbanisé, se réalise maintenant dans les quartiers de villes. Je repense à mon expérience de brousse au Congo, autrefois le Zaïre, où j’ai vécu de si belles années au cœur d’une population dispersée sur de vastes étendues.

Le Malawi avait quelque chose de cela, sauf la distance à parcourir. Mon arrivée à Lusaka me transporte dorénavant à une autre échelle de relation humaine qui ressemble étrangement à toutes les villes du monde. Je ressens une forme de nostalgie à l’idée de m’être éloigné de cet aspect poétique de la vie missionnaire vécue à l’autre bout du monde. L’internet me rapproche, ainsi en est-il de la Zambie, du reste de la planète et m’éloigne en même temps de la réalité encore bien vivante de la brousse africaine.

Les communications, à l’image des routes bitumées de la Zambie, transforment rapidement les rapports humains. Les téléphones portables se propagent dans tous les coins du pays. Cela permet au petit fermier de vendre les produits de sa récolte avec la garantie d’un service bancaire relié à son cellulaire. Les idées se propagent, pour le meilleur ou pour le pire. Chose certaine, l’Afrique est de plus en plus partenaire du mouvement planétaire. Ndola n’en est-il pas un exemple?

La Zambie est en fête

Lusaka, 16 février 2012

Qui l’avait imaginé? Même les Zambiens n’y rêvaient pas. Ils sont si habitués à se rendre tout au plus en demi-finale. Cette fois-ci, les Chipolopolos, c’est-à-dire les Boulets, de l’équipe nationale de football, ou soccer, ont emporté leur premier titre de champion de la coupe d’Afrique en battant la redoutable équipe des Éléphants de Côte-d’Ivoire par un barrage au but, après un match de deux heures sans pointage.

Déjà, la demi-finale contre le Ghana avait fait naître un élan patriotique sans précédent. Les foules se sont alors précipitées dans les rues pour exprimer leur joie. Encore plus en fut-il après une angoissante attente pour atteindre la dernière minute de la finale. Huit balles, c’est-à-dire huit tirs au but, ont été nécessaires pour abattre l’Éléphant, au dire des commentateurs sportifs. L’explosion d’allégresse qui s’en est suivi a duré toute la nuit jusqu’au retour des héros le lendemain après-midi, en provenance du Gabon. Jamais n’a-t-on vu une foule si nombreuse à l’aéroport de Lusaka. Le débordement était incontrôlable, ou presque. La télévision nationale a télédiffusé en direct pendant toute la journée les différentes étapes du retour des joueurs.

Coupe d’Afrique

Cette victoire est d’autant plus significative que c’est précisément à Libreville, au Gabon, que la presque totalité de l’équipe nationale zambienne de football avait connu une fin tragique dans un écrasement aérien le 27 avril 1993. Depuis cette date, jamais la sélection zambienne n’avait refoulé le sol gabonais. Symboliquement, les joueurs ont déposé des gerbes de fleurs sur le lieu de l’accident quelques jours seulement avant l’ultime confrontation contre la Côte d’Ivoire. Les dirigeants de l’équipe et l’entraineur, Hervé Renard, français, y ont vu un signe du destin. L’équipe actuelle allait conquérir le trophée en souvenir et au nom de ceux qui ont péri. Cela s’est effectivement réalisé le 12 février dernier.

Voilà mon nouveau chez moi ; la Zambie, que je découvre lentement. Autrefois situé en banlieue, notre maison est reliée à la ville grâce à un large boulevard boisé. De nombreux ronds-points, constamment pris d’assaut par le trafic automobile, facilitent les déplacements. Les nuits sont généralement assez calmes entrecoupées parfois par le bruit des véhicules nocturnes ou l’aboiement des chiens, dont les nôtres. Sécurité oblige, la propriété est ceinturée de murs. J’ai tant de choses à apprendre : la conduite automobile à Lusaka, la mentalité associée à la vie urbaine, la mixité des tribus que peuple ce pays : les Bemba, les Tonga, les Ngoni, les Losi, les Lunda, les Kaondé, les Luvalé, pour ne nommer que les plus importants parmi plus de 70 d’entre-elles. Parallèlement, je découvre avec étonnement de vastes centres d’achat avec des Subway, des restaurants Sushi ou encore Pizza Hut, comme au Québec!

J’ai aussi commencé mon travail de secrétariat avec la rédaction de quelques rapports. Je prends ainsi connaissance des dossiers et je me familiarise avec les visages et les noms des confrères. Déjà, j’ai découvert l’emplacement de quelques ambassades. En effet, j’aurai souvent à m’y rendre pour des questions de visa à obtenir pour les confrères de passage et pour des permis octroyés par le service d’immigration de la Zambie.

Un peu à la manière des joueurs de football zambien, je fais appel à la mémoire de mes ancêtres pour trouver la bonne énergie qui me permettra de marquer des buts, c’est-à-dire à gagner le pari de rafler la coupe des champions, je veux dire par là, de célébrer la Vie, là où je suis.

La prochaine fois, je vous parlerai de mon récent voyage à Ndola, au nord du pays, à la frontière du Congo.

Serge St-Arneault, M.Afr

Le printemps chrétien

Je suis arrivé à Lusaka il y a déjà un mois. Je commence à m’habituer à la conduite automobile dans cette grande et moderne ville. Comme nouveau secrétaire provincial, je contribue modestement à développer un sens d’appartenance et d’unité entre les confrères vivants dans quatre pays : l’Afrique du Sud, le Mozambique, le Malawi et la Zambie.

Aujourd’hui, je vous partage un texte que j’ai composé il y a quelques mois à la demande de Jasmine Johnson pour le journal de l’Église de Trois-Rivières. Ça sent déjà le printemps! 

Le printemps chrétien

L’année 2011 a été marquée par le printemps arabe qui a bouleversé l’échiquier politique et social de nombreux pays musulmans situés en Afrique du Nord et au Proche-Orient. La surprise a été totale. Les dictatures corrompues sont tombées pour laisser émerger à la fois une grande espérance, mais aussi beaucoup de violence meurtrière. C’est le prix à payer. Il s’agit d’un sacrifice douloureux que le peuple a accepté de relever, sans vraiment en connaître les conséquences réelles.

Trop longtemps mâté par l’oppression, le cri de la révolte s’est projeté dans toutes les directions laissant émerger l’héroïsme d’un peuple aux mains nues, affrontant un pouvoir répressif sanguinaire. Là se cache la puissance du désir de liberté. Cette aspiration profonde est un don de Dieu accordé à ses enfants que nous sommes. Jésus lui-même nous propose sans cesse de rechercher la véritable libération; celle de l’oppression causée par le manque d’amour et de justice, par le péché et le mal, par la souffrance et la peur.

Le printemps arabe est avant tout une revendication citoyenne. À cet égard, nos frères et sœurs chrétiens de ces pays se rallient à la cause sociale du mouvement arabe. Au cœur de ce conflit, ces chrétiens deviennent des témoins du sacrifice radical de Jésus-Christ qui offre sa vie par amour pour tous les humains. Pour eux comme pour nous, le défi est d’espérer et de croire en dépit de toute réalité contraire.

Le printemps arabe ne se confine pas au monde arabe. Ce printemps nous appartient à nous aussi dans la mesure où il représente le combat que nous devons rejoindre nous-mêmes pour affronter les injustices sociales. À cet égard, à la suite de la crise du système financier international affectant des millions de citoyens, le mouvement de contestation amorcé à New York et dans d’autres villes américaines ou ailleurs, ainsi que tout l’effort déployé depuis de nombreuses années dans les associations de revendications sociales, auquel s’associe étroitement l’organisation catholique Justice & Paix, tout cela nous permet d’espérer et de croire en dépit de toute réalité contraire.

Celui qui nous donne l’exemple est celui-là même qui a su espérer et croire au-delà de la souffrance et de la mort. Jésus est le prototype de tous les printemps de contestation au nom de la véritable liberté qui est avant tout d’ordre spirituel. La crucifixion fut le prix que Jésus a dû payer pour que le printemps de l’humanité se mette en marche vers la Vie éternelle. Jésus n’a pas oublié les réalités terrestres. Il a guéri les malades. Il a dénoncé les marchands du temple de Jérusalem ainsi que la corruption des pharisiens.

Mais ultimement, Jésus pointe sans cesse vers le chemin de son Royaume qui n’est pas de ce monde. Malgré deux mille ans d’existence, le printemps chrétien ne fait que commencer et se poursuit en dépit de toute réalité contraire.

Missionnaire sans frontières

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