Blessantes déceptions

Lusaka, 11 avril 2012

La semaine a commencé par le dimanche des Rameaux avec une célébration œcuménique organisée par un comité composé de huit différentes Églises chrétiennes du secteur de Kabwata. La communauté chrétienne anglicane nous invitait dans l’enceinte d’un immense hangar juxtaposé à leur église. Une fois par semaine, ce hangar accueille les marchands de légumes et autres petits commerçants du quartier, un peu à l’exemple des marchés aux puces.

À tour de rôle, les différentes Églises animèrent une prière, un chant ou un témoignage. Le prédicateur, capitaine, M. Hamanenga de l’Armée du Salut, a développé avec finesse le thème de l’expectation en prenant pour exemple le championnat de football de la coupe d’Afrique récemment remporté par la Zambie. Personne n’y croyait. Mais, au fur et à mesure que l’équipe progressait dans le tournoi, l’expectation s’amplifiait.

— Qui sait? Peut-être que notre équipe gagnera! Qui sait?

Il a fallu attendre le dernier tir de barrage au but, le sixième si je me rappelle bien, pour que le pays tout entier se soulève avec délire et fierté. Un inimaginable rêve venait de se réaliser.

L’entrée triomphante de Jésus à Jérusalem avait quelque chose de cette exaltation. Le peuple, opprimé par l’armée d’occupation romaine, attendait avec ardeur le libérateur d’Israël.

— Qui sait? Peut-être que ce Jésus est le Messie qui chassera l’envahisseur étranger? Qui sait?

Le peuple espérait un roi politique, à la grandeur du roi David. Or, ce fut une profonde déception. Jésus parlait d’un royaume spirituel. Ce fut un désastre complet, une incompréhension totale qui a changé l’enthousiasme en une farouche haine : À mort! À mort! Crucifie-le! Comment se fait-il que l’enthousiasme du peuple se soit transformé si rapidement en cris de mort?

— Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants!

La réponse est simple et se résume en un seul mot : déception.

Judas n’a pas mieux fait. Jésus ne correspondait pas à l’image du puissant Messie qu’il espérait découvrir en lui. Trois années d’amitié réelle entre Jésus et Judas n’ont pas réussi à briser cette incompréhension. Judas a trahi Jésus parce qu’il était profondément déçu.

Et je pense à mes propres déceptions. Nous en avons tous. Elles sont liées à des échecs relationnels, à d’imprévus revirements de situation ainsi qu’à des rejets, des injustices et peut-être aussi de fausses accusations et calomnies. Cela s’est déjà transformé chez moi en colère. N’avez-vous pas vécu quelque chose de semblable? Une amère déception peut facilement mener au désir de vengeance, peut-être aussi au découragement suicidaire. Elle devient alors une douleur si profonde qu’elle se transforme en gestes destructeurs.

C’est seulement aujourd’hui que je commence à comprendre la grandeur de l’abnégation de Jésus qui a répondu par le pardon aux cris de haine proférés contre lui.

— Père, pardonne-leur, car ils ne savent ce qu’ils font.

Il a fallu que Jésus verse son sang pour que le cercle du désir de vengeance engendré par nos blessantes déceptions soit rompu. En y regardant de près, Jésus a eu toutes les raisons d’être déçu de ses disciples et du peuple qui l’a acclamé. Mais, contrairement à nous qui accusons les autres d’être responsables de nos malheurs, Jésus a pris sur lui les douleurs de toute l’humanité endeuillée par la peur et par la mort. Transpercé par les clous et la lance, son corps est devenu l’ouverture par laquelle Jésus actualise son royaume spirituel. Sa souffrance était nécessaire pour nous conduire vers la liberté des enfants de Dieu, pardonnés et aimés. C’est à n’y rien comprendre.

Il n’est donc pas si étrange de constater que beaucoup de nos blessantes déceptions par rapport à l’Église institutionnelle paralysent notre foi. Il y a encore trop de colère masquée par une collective indifférence.

— Qui sait? Peut-être qu’un jour nous comprendrons le message de Jésus! Qui sait?

Pourvu que cette attente ne nous déçoive pas! Mon espérance demeure grande en dépit de toute réalité contraire. C’est en acceptant mes propres blessures dans l’Esprit de Jésus que je progresse vers ma guérison spirituelle, voire même physique. Cela n’est pas sans peine. Souvenons-nous qu’une pierre celait le tombeau de Jésus. Cette pierre symbolise la pesanteur de nos blessantes déceptions. Jésus l’a repoussée par son chant de victoire sur la mort.

Amen! Alléluia! Le Christ est ressuscité.

Je veux me suicider!

Voilà un début de conversation plutôt corsé. Je ne sais pas pourquoi, mais spontanément m’est revenu en mémoire les paroles de ma sœur Lucie : « Oh là! On se calme. On respire par le nez. Une fois, deux fois, trois fois… »

L’histoire du jeune homme est pathétique; problèmes familiaux, échec scolaire, ridiculisé par les filles, sans travail, sans argent, etcétéra. Que répondre à une âme malheureuse?

— Je ne vaux rien, j’ai tout raté dans ma vie.

— Chez moi, au Québec, quelqu’un comme toi, on appelle ça un trou de cul.

Qu’est-ce que je viens de dire là? Je plaisante alors que ce garçon pense au suicide. Je respire profondément par le nez, évidemment. Une fois, deux fois, trois fois. Puis, un long silence s’installe. Intérieurement, je prie pour trouver une idée, une inspiration.

— Écoute, ee! Oui! C’est ça! Je vais te raconter une histoire.

Il était une fois un puissant roi d’une contrée lointaine qui régnait sur les sujets de son royaume avec autorité, mais aussi beaucoup de sagesse. Occasionnellement, il permettait à son peuple de lui présenter leurs doléances. Or, un jour, un jeune homme vient au palais royal. Il semblait souffrir sans pour cela porter quelconques signes physiques de blessure.

— Que se passe-t-il mon fils, interrogea le roi.

Dans sa gêne, le garçon n’osait lever les yeux. Il ne comprenait pas lui-même comment il avait trouvé l’audace de venir auprès de Sa Majesté. Celui-ci avait déjà pressenti un manque d’estime de soi chez ce pauvre malheureux et l’invita à s’approcher de lui. Cela allait à l’encontre du protocole. En effet, nul ne pouvait approcher la personne du roi siégeant sur son trône royal.

— Je vais te demander un service. Acceptes-tu de rendre un service à ton roi?

— Oui, oui!, répondit machinalement le garçon.

— Voici une bague. Va au marché et vend celle-ci au plus offrant. Puis, reviens me remettre le montant d’argent que tu recevras. Allez! Va rapidement avant la fin du jour et surtout ne dit à personne que je t’y envoie.

Sans trop comprendre ce qui lui arrivait, il se mit en marche.

— J’ai une bague à vendre. Regardez ma bague. Qui veut acheter ma bague?

La foule occupée à vendre et à acheter multiples produits ne portait nullement attention au garçon. Celui-ci désespérait de plus en plus. Encore une fois, il craignait un échec. Pourquoi donc le roi lui avait-il ordonné de vendre cette bague?

— Montre-moi ta bague, lui dit un passant.

Hautain, sans même porter un regard vers le garçon pris d’angoisse, l’homme secoua la tête.

— Ha, ha! Cette bague n’a aucune valeur mon petit. As-tu trouvé ça dans une boîte de céréales? Mais, j’aurai bon cœur pour toi. Tiens! Voici un dollar pour ta bague.

— Quoi! Seulement un dollar!

Pouvait-il retourner chez le roi avec un seul dollar? Non! Cela non! Il aurait trop de honte. Le garçon repris la bague. Il préféra supporter le sarcasme plutôt que céder à cette offre.

— J’ai une bague à vendre. Regardez ma bague. Qui veut acheter ma bague?

— Elle prendra plus de valeur si tu te l’accroches au nez, lui dit un autre passant.

La moquerie ne fit que s’amplifier.

— Viens ici, lui dit une vendeuse de tabac. Je vais te donner une autre bague pour que tu puisses en faire des boucles d’oreille.

Accablé de tristesse, divagant presque, le garçon retourna au palais royal et failli même échapper la bague dans la rivière en traversant le pont qui l’enjambait. « Malheur à moi, se dit-il, si je me présente au roi sans la bague et sans argent. Il me mettra en prison pour la fin de mes jours. » Pris de panique, renfermant solidement la bague dans sa main, il se dirigea hâtivement vers le palais.

— Que Sa Majesté ait pitié, dit-il encore à bout de souffle. Voici la bague, o mon roi! Je n’ai pas su la vendre et tout le monde s’est moqué de moi.

— Approche-toi de moi, fidèle sujet du roi. Viens à ma table partager mon repas. Demain, je te confierai une autre mission.

Malgré le confort de la chambre, le garçon ne put dormir que tardivement dans la crainte imaginaire qu’un grand malheur s’abatte sur lui.

— Lève-toi, le roi veut te voir, lui dit un soldat.

Maladroitement, titubant par manque de sommeil, le garçon se présenta de nouveau du roi.

— Reprends cette bague que je t’ai confiée hier et, cette fois-ci, va chez le bijoutier qui habite sur la 5e rue. Demande-lui la valeur de la bague. Ne lui dis surtout pas qui te confie celle-ci. Ensuite, reviens ici avec la bague.

Le garçon de remit en route.

— Et petit! Ne cours pas si vite. N’est-ce pas toi qui voulais vendre une bague hier? Quand vas-tu te l’accrocher au nez?

Sans porter attention à ces nouvelles moqueries, le garçon se dirigea sans tarder vers le bijoutier. Il entra. Le bijoutier ne semblait pas pressé. De fait, en voyant un si jeune homme plutôt mal vêtu, il se demanda ce qu’il pouvait espérer de celui-ci.

— Puis-je vous être utile?

— Pouvez-vous me dire la valeur de cette bague?

Le bijoutier mit ses lunettes et commença à examiner attentivement la bague. L’attente devenait une éternité. Allait-il enfin dire quelque chose?

— Toutes mes félicitations, mon garçon! Cette bague est remarquable. Je n’en ai vu que rarement de semblable. Je t’offre 5000 dollars. Pardonne-moi si je ne peux que te remettre que 3000 dollars aujourd’hui. Je comblerai la différence demain.

Du coup, le bijoutier mit la liasse de billets de banque sur le comptoir. Le garçon n’en revenait pas. Hypnotisé par ce montant d’argent à la portée de sa main, imaginant la joie de Sa Majesté, il se rappela soudainement les paroles du roi : « reviens ici avec la bague ».

— Remettez-moi la bague, je reviendrai un autre jour.

— Prends plutôt cet argent, répondit nerveusement le bijoutier. Je te donne ma parole d’honneur que je te remettrai le deuxième versement demain.

Le garçon sorti de la bijouterie à la fois avec peur et euphorie. Il mit la bague à son doigt et retraversa le village à la hâte sans que personne ait le temps de rire de lui.

— Que Sa Majesté me prenne encore une fois en pitié. Voici la bague que le roi m’a confiée. Celle-ci est d’une grande valeur, si bien que je ne suis pas digne de la toucher.

— Approche-toi me moi, mon fils. Si ton Souverain Roi avait des sujets plus nombreux comme toi, il serait le plus heureux de la terre. Écoute-moi bien! Cette bague, C’EST TOI! Tu as beaucoup de valeur à mes yeux et jamais plus tu ne dois en douter.

Fin de l’histoire.

Mon suicidaire ouvra la bouche sans pouvoir prononcer un mot. Et moi! Je n’avais plus rien à ajouter. Je l’accompagnai jusqu’à la porte. Il se retourna et me remercia.

— Que le Seigneur te bénisse, mon ami. Quand tu auras un moment libre, tu liras le psaume 116. Adieu.

Premier voyage hors de Lusaka

Ndola, 14 février 2012

Le voyage de 321 km s’annonce un peu long mais, heureusement, la route est bonne. Je suis en compagnie de mon confrère Suisse alémanique, Karl Kälin. Nous allons en direction de Ndola situé à la frontière de la République Démocratique du Congo au cœur de la région des mines de cuivre.

Fondé en 1904 par John Chiripula Stephenson, soit six mois seulement après le passage du fameux David Livingstone, Ndola a toujours été une importante ville reliée par un chemin de fer à la capitale Lusaka, cela dès 1907. La ville administrative de Ndola a longtemps été plus importante que Lusaka avec son aéroport international. Son déclin a débuté dans les années soixante-dix avec la chute des prix du cuivre. Il semble qu’un regain d’activités économiques se pointe à l’horizon avec la construction d’un second viaduc pétrolier en direction de la Tanzanie et d’une autre raffinerie de pétrole bientôt mise en chantier par des investissements privés.

Les Missionnaires d’Afrique sont présents à Ndola depuis 1932. Servant essentiellement comme lieu de ravitaillement, la procure de Ndola a joué un rôle indispensable pour les diocèses du nord de la Zambie qui se trouvaient littéralement coupés du reste du pays par la distance et un système routier quasi inexistant. L’amélioration de ce système routier permet aujourd’hui un réel développement de cette région de la Zambie.

Les hangars situés dans la cour arrière sont maintenant vides. Quatre confrères assurent tout de même une présence qui permettra d’ici quelques années une revitalisation des lieux à l’exemple de la ville.

Le travail missionnaire, surtout dans un pays de plus en plus urbanisé, se réalise maintenant dans les quartiers de villes. Je repense à mon expérience de brousse au Congo, autrefois le Zaïre, où j’ai vécu de si belles années au cœur d’une population dispersée sur de vastes étendues.

Le Malawi avait quelque chose de cela, sauf la distance à parcourir. Mon arrivée à Lusaka me transporte dorénavant à une autre échelle de relation humaine qui ressemble étrangement à toutes les villes du monde. Je ressens une forme de nostalgie à l’idée de m’être éloigné de cet aspect poétique de la vie missionnaire vécue à l’autre bout du monde. L’internet me rapproche, ainsi en est-il de la Zambie, du reste de la planète et m’éloigne en même temps de la réalité encore bien vivante de la brousse africaine.

Les communications, à l’image des routes bitumées de la Zambie, transforment rapidement les rapports humains. Les téléphones portables se propagent dans tous les coins du pays. Cela permet au petit fermier de vendre les produits de sa récolte avec la garantie d’un service bancaire relié à son cellulaire. Les idées se propagent, pour le meilleur ou pour le pire. Chose certaine, l’Afrique est de plus en plus partenaire du mouvement planétaire. Ndola n’en est-il pas un exemple?

La Zambie est en fête

Lusaka, 16 février 2012

Qui l’avait imaginé? Même les Zambiens n’y rêvaient pas. Ils sont si habitués à se rendre tout au plus en demi-finale. Cette fois-ci, les Chipolopolos, c’est-à-dire les Boulets, de l’équipe nationale de football, ou soccer, ont emporté leur premier titre de champion de la coupe d’Afrique en battant la redoutable équipe des Éléphants de Côte-d’Ivoire par un barrage au but, après un match de deux heures sans pointage.

Déjà, la demi-finale contre le Ghana avait fait naître un élan patriotique sans précédent. Les foules se sont alors précipitées dans les rues pour exprimer leur joie. Encore plus en fut-il après une angoissante attente pour atteindre la dernière minute de la finale. Huit balles, c’est-à-dire huit tirs au but, ont été nécessaires pour abattre l’Éléphant, au dire des commentateurs sportifs. L’explosion d’allégresse qui s’en est suivi a duré toute la nuit jusqu’au retour des héros le lendemain après-midi, en provenance du Gabon. Jamais n’a-t-on vu une foule si nombreuse à l’aéroport de Lusaka. Le débordement était incontrôlable, ou presque. La télévision nationale a télédiffusé en direct pendant toute la journée les différentes étapes du retour des joueurs.

Coupe d’Afrique

Cette victoire est d’autant plus significative que c’est précisément à Libreville, au Gabon, que la presque totalité de l’équipe nationale zambienne de football avait connu une fin tragique dans un écrasement aérien le 27 avril 1993. Depuis cette date, jamais la sélection zambienne n’avait refoulé le sol gabonais. Symboliquement, les joueurs ont déposé des gerbes de fleurs sur le lieu de l’accident quelques jours seulement avant l’ultime confrontation contre la Côte d’Ivoire. Les dirigeants de l’équipe et l’entraineur, Hervé Renard, français, y ont vu un signe du destin. L’équipe actuelle allait conquérir le trophée en souvenir et au nom de ceux qui ont péri. Cela s’est effectivement réalisé le 12 février dernier.

Voilà mon nouveau chez moi ; la Zambie, que je découvre lentement. Autrefois situé en banlieue, notre maison est reliée à la ville grâce à un large boulevard boisé. De nombreux ronds-points, constamment pris d’assaut par le trafic automobile, facilitent les déplacements. Les nuits sont généralement assez calmes entrecoupées parfois par le bruit des véhicules nocturnes ou l’aboiement des chiens, dont les nôtres. Sécurité oblige, la propriété est ceinturée de murs. J’ai tant de choses à apprendre : la conduite automobile à Lusaka, la mentalité associée à la vie urbaine, la mixité des tribus que peuple ce pays : les Bemba, les Tonga, les Ngoni, les Losi, les Lunda, les Kaondé, les Luvalé, pour ne nommer que les plus importants parmi plus de 70 d’entre-elles. Parallèlement, je découvre avec étonnement de vastes centres d’achat avec des Subway, des restaurants Sushi ou encore Pizza Hut, comme au Québec!

J’ai aussi commencé mon travail de secrétariat avec la rédaction de quelques rapports. Je prends ainsi connaissance des dossiers et je me familiarise avec les visages et les noms des confrères. Déjà, j’ai découvert l’emplacement de quelques ambassades. En effet, j’aurai souvent à m’y rendre pour des questions de visa à obtenir pour les confrères de passage et pour des permis octroyés par le service d’immigration de la Zambie.

Un peu à la manière des joueurs de football zambien, je fais appel à la mémoire de mes ancêtres pour trouver la bonne énergie qui me permettra de marquer des buts, c’est-à-dire à gagner le pari de rafler la coupe des champions, je veux dire par là, de célébrer la Vie, là où je suis.

La prochaine fois, je vous parlerai de mon récent voyage à Ndola, au nord du pays, à la frontière du Congo.

Serge St-Arneault, M.Afr

Le printemps chrétien

Je suis arrivé à Lusaka il y a déjà un mois. Je commence à m’habituer à la conduite automobile dans cette grande et moderne ville. Comme nouveau secrétaire provincial, je contribue modestement à développer un sens d’appartenance et d’unité entre les confrères vivants dans quatre pays : l’Afrique du Sud, le Mozambique, le Malawi et la Zambie.

Aujourd’hui, je vous partage un texte que j’ai composé il y a quelques mois à la demande de Jasmine Johnson pour le journal de l’Église de Trois-Rivières. Ça sent déjà le printemps! 

Le printemps chrétien

L’année 2011 a été marquée par le printemps arabe qui a bouleversé l’échiquier politique et social de nombreux pays musulmans situés en Afrique du Nord et au Proche-Orient. La surprise a été totale. Les dictatures corrompues sont tombées pour laisser émerger à la fois une grande espérance, mais aussi beaucoup de violence meurtrière. C’est le prix à payer. Il s’agit d’un sacrifice douloureux que le peuple a accepté de relever, sans vraiment en connaître les conséquences réelles.

Trop longtemps mâté par l’oppression, le cri de la révolte s’est projeté dans toutes les directions laissant émerger l’héroïsme d’un peuple aux mains nues, affrontant un pouvoir répressif sanguinaire. Là se cache la puissance du désir de liberté. Cette aspiration profonde est un don de Dieu accordé à ses enfants que nous sommes. Jésus lui-même nous propose sans cesse de rechercher la véritable libération; celle de l’oppression causée par le manque d’amour et de justice, par le péché et le mal, par la souffrance et la peur.

Le printemps arabe est avant tout une revendication citoyenne. À cet égard, nos frères et sœurs chrétiens de ces pays se rallient à la cause sociale du mouvement arabe. Au cœur de ce conflit, ces chrétiens deviennent des témoins du sacrifice radical de Jésus-Christ qui offre sa vie par amour pour tous les humains. Pour eux comme pour nous, le défi est d’espérer et de croire en dépit de toute réalité contraire.

Le printemps arabe ne se confine pas au monde arabe. Ce printemps nous appartient à nous aussi dans la mesure où il représente le combat que nous devons rejoindre nous-mêmes pour affronter les injustices sociales. À cet égard, à la suite de la crise du système financier international affectant des millions de citoyens, le mouvement de contestation amorcé à New York et dans d’autres villes américaines ou ailleurs, ainsi que tout l’effort déployé depuis de nombreuses années dans les associations de revendications sociales, auquel s’associe étroitement l’organisation catholique Justice & Paix, tout cela nous permet d’espérer et de croire en dépit de toute réalité contraire.

Celui qui nous donne l’exemple est celui-là même qui a su espérer et croire au-delà de la souffrance et de la mort. Jésus est le prototype de tous les printemps de contestation au nom de la véritable liberté qui est avant tout d’ordre spirituel. La crucifixion fut le prix que Jésus a dû payer pour que le printemps de l’humanité se mette en marche vers la Vie éternelle. Jésus n’a pas oublié les réalités terrestres. Il a guéri les malades. Il a dénoncé les marchands du temple de Jérusalem ainsi que la corruption des pharisiens.

Mais ultimement, Jésus pointe sans cesse vers le chemin de son Royaume qui n’est pas de ce monde. Malgré deux mille ans d’existence, le printemps chrétien ne fait que commencer et se poursuit en dépit de toute réalité contraire.

La mémoire d’Annie St-Arneault toujours vivante à La Tuque

Serge St-Arneault a publié en septembre dernier un recueil de poèmes de sa soeur Annie. Des textes qu’elle a écrits à l’adolescence et lors de ses études à Montréal. Une jeune Latuquoise de 11 ans, Annabelle Harvey, a lu hier Les fleurs un poème qu’Annie a écrit à l’âge de 11 ans.

La mémoire d’Annie St-Arneault
toujours vivante à La Tuque

GABRIEL DELISLE, Le Nouvelliste, 7 décembre 2011

Annie St-Arneault était bien vivante hier soir à La Tuque, 22 ans après son assassinat avec ses treize compagnes à l’École Polytechnique de Montréal. Un vibrant et touchant hommage lui a été rendu par les membres de sa famille au Complexe culturel Félix-Leclerc de La Tuque, dans cette ville qui l’a vu naître.

Justine Perron, la tante d’Annie St-Arneault, a lu un texte que sa sœur, Laurette Perron-St-Arneault, a écrit en souvenir de sa fille assassinée il y a 22 ans à quelques jours seulement de la fin de ses études. Annie s’apprêtait à amorcer sa carrière d’ingénieur. Mais ses rêves, ses aspirations et sa vie ont été anéantis par un tueur nourri par la haine des femmes.

«Le 6 décembre me laisse le souvenir d’un drame qui a bouleversé nos vies. L’épreuve est si grande que lui donner un sens exige une grande foi. Le danger est de refuser cette épreuve dans un repli de colère ou de révolte», a écrit Laurette Perron-St-Arneault, la mère d’Annie St-Arneault, qui n’a pu, pour des raisons de santé, faire le trajet qui sépare Trois-Rivières de La Tuque. Digne et émue, sa sœur Justine a lu pour elle le texte qu’elle a écrit en l’honneur de sa fille.

«La tragédie de la Polytechnique a suscité chez moi des réactions de peur et de vide. L’absence de ma fille a été très difficile à surmonter et demeure encore une profonde blessure nourrie par des périodes de solitude, de silences et de réflexions», ajoute une mère toujours dans le deuil d’une fille qui a connu une vie trop courte.

«Malgré mes doutes, j’ai toujours eu la certitude d’une présence qui m’accompagnait et qui me permettait de voir les beautés de la vie et la bonté des personnes. Je me suis laissée aimer pour mieux apprivoiser ma peine et mon deuil.»

La mémoire d’Annie St-Arneault est toujours bien présente pour ses parents. «Je l’imagine parfois venir me visiter avec un mari aimant, avec trois ou quatre merveilleux enfants qui nous embrassent tendrement», avoue sa mère.

«Gardons espoir que le sacrifice d’Annie et de ses treize compagnes permettra de changer les cœurs. Ces femmes ont su relever les défis de leur époque avec courage, suivons leur exemple et souvenons-nous toujours d’elles.»

Le frère d’Annie, Serge St-Arneault, est retourné cet automne remplir sa mission de prête au Malawi. Il a toutefois envoyé un témoignage audio dans lequel il rappelait que la tragédie qui a emporté sa soeur est toujours d’actualité.

«Il faut commémorer ce qui est arrivé en 1986. Le drame est toujours d’actualité et soulève encore les passions comme c’est le cas avec le projet de loi du gouvernement conservateur d’abolir le registre des armes à feu», souligne le prêtre qui célébrait ironiquement hier, le 6 décembre, le 25e anniversaire de son ordination diaconale.

Serge St-Arneault a publié en septembre dernier un recueil de poèmes de sa soeur Annie. Des textes qu’elle a écrits à l’adolescence et lors de ses études à Montréal. Une jeune Latuquoise de 11 ans, Annabelle Harvey, a lu hier Les fleurs un poème qu’Annie a écrit à l’âge de 11 ans.

«Annie, tes rêves ne se réaliseront pas ici bas et tes poèmes resteront inachevés, mais mon amour pour toi durera toujours», a précisé la mère de l’étudiante assassinée le 6 décembre 1989.

Une soixantaine de personnes ont assisté à la cérémonie d’hier soir où quatorze chandelles ont été allumées à la mémoire des jeunes femmes victimes du drame de la Polytechnique.

Elles ont été portées et déposées sur les tables par des femmes participant à la soirée littéraire. Soirée qui a eu lieu le 6 décembre comme l’avait suggéré en septembre Serge St-Arneault qui souhaitait que cela devienne un rendez-vous littéraire annuel.

Quelques adolescents de l’école secondaire Champagnat ont aussi participé à la soirée d’hier. Les étudiants ont lu des textes sur l’amour, la peine, la culture autochtone et l’intimidation.

Justine Lavoie était parmi ceux-ci. Victime d’intimidation à l’école, l’adolescente de 13 ans a choisi les mots comme armes de dénonciation avec son texte Ça fait mal.«

Comme un joueur qui encaisse, l’intimidation fait de même. Comme un boxeur qui encaisse et encaisse sans arrêt, mais un jour, il est mis K.O. La seule chose sur laquelle il doit compter, c’est le courage et la dignité. Il doit se battre jusqu’à risquer sa propre vie. Son âme est déchaînée. Il ne peut plus se concentrer. Il faut qu’il agisse au plus vite! Faites attention à ce que vous dites. Ça pourrait être blessant pour autrui! L’intimidation, ça fait mal», a témoigné devant l’assemblée Justine Lavoie.

Sachez espérer et croire en dépit de toute réalité contraire.

Texte envoyé du Malawi par Serge St-Arneault pour la soirée de poésie en l’honneur d’Annie St-Arneault.

Bonsoir à vous tous qui êtes réunis pour cette soirée de récital de poésie.

En effet, ce soir, vous et moi, nous sommes unis dans un même élan du cœur malgré la distance qui nous sépare. Du Malawi, j’ai la chance de vous adresser ces quelques mots grâce à la magie d’Internet.

Je suis très heureux de savoir que cette soirée suscite un grand intérêt et que vous y répondez en grand nombre.

Certes, ce soir, nous commémorons la tragédie de la Polytechnique du 6 décembre 1989. Ce drame est toujours d’actualité et occasionne encore beaucoup de passion, comme c’est maintenant le cas avec le projet de loi du gouvernement fédéral pour l’abolition du registre des armes à feu. À cela, je dis qu’il faut espérer et croire en dépit de toute réalité contraire.

Des drames, il y en a partout, ici en Afrique comme à La Tuque. Mais le drame le plus destructeur est la perte d’espérance. Au-delà des blessures physiques et morales, il y a cette certitude que nous ne sommes pas seuls à surmonter la haine et la violence.

Avec le temps et en portant mon regard sur la croix du Jésus, je comprends que seul le pardon en profondeur peut nous guérir. Oui, nous sommes tous invités à espérer et à croire en dépit de toute réalité contraire.

Le 6 décembre, surtout celui-ci, est aussi pour moi une occasion de réjouissance. En effet, c’est le 6 décembre 1986 que j’ai reçu l’ordination diaconale à Londres des mains du cardinal Basil Hume.

Cela fait donc 25 ans. Aujourd’hui, je partage avec vous ce jubilé en vous disant combien je vous aime et suis reconnaissant auprès de toute la population de La Tuque, parents et amis, pour le soutien que vous m’avez accordé tout au long de ces années. Que le Seigneur vous bénisse!

Au-delà de tous les drames,

Au-delà de toutes les misères du monde,

Au-delà des violences et de la haine,

Sachez espérer et croire en dépit de toute réalité contraire.

Serge St-Arneault, M.Afr

Entretient radiophonique sur les ondes de CFLM La Tuque, 7 septembre 2011

Yolande St-Arneault et Serge St-Arneault ont participé sur les ondes de la radio de CFLM de La Tuque à un enregistrement de 8 minutes pour présenter la soirée du récital des poèmes d’Annie St-Arneault. Cet entretien amical grâce à l’animateur Réjean Harvey a aussi permis de présenter non seulement le recueil de poésie, mais aussi le récent livre publié par son fils Serge au sujet de son père Bastien. Veillez cliquer sur le lien suivant :

Veillez aussi patienter environ une minute pour permettre au lien de se télécharger. Si ce n’est déjà fait, vous devez installer préalablement iTunes en cliquant sur le lien suivant : QuickTime Player – Apple.
Cela n’est pas difficile à télécharger, mais cela est essentiel pour avoir accès au lien.

Livres de serge disponibles sur blurb.com

L’arbre fièrement enraciné
Ce livre est un hommage à mon père Bastien. Il est comme un arbre fièrement enraciné dont les racines remontent au premier ancêtre à fouler le sol de la Nouvelle-France en 1687, Paul Bertrand dit St-Arnaud. Une dizaine de générations ont trimé dur dans ce coin de pays forestier. De marmiton dans les chantiers forestiers en passant par l’usine de papier de La Tuque, mon père nous lègue un héritage de valeurs sures basées sur un don de soi généreux et loyal.

Une parole pour traverser le temps
Ce recueil de poésie est un hommage à ma sœur Annie. Son tragique décès nous prive de la présence d’une femme exceptionnelle. Cette poésie, la sienne, nous montre une âme profonde, parfois tourmentée. C’est notre souhait que ce recueil lui redonne un droit de parole qui lui a été injustement enlevé.
En plus de nos souvenirs, il y a ces mots, ce rythme … de vie.

Lorsque le sable devient cristal
Le centre culturel et artistique de Kungoni situé à Mua au Malawi recèle de beautés historiques, architecturales et muséales en plein cœur d’un vaste jardin botanique.
Le mystère de la société secrète des Gulé wamkulu du peuple Chéwa est légèrement dévoilé pour rehausser la profondeur de la spiritualité africaine.
Abondamment illustré, ce livre est un hommage au père Claude Boucher qui a consacré 40 ans de sa vie à ce projet.

Rivière de diamants
Comme la rosée du matin étale ses perles sur une toile d’araignée en évoquant une rivière de diamants sous les rayons du soleil, ainsi les lettres du Malawi se transforment en une rivière de diamants sur la vaste toile d’Internet.
Ce journal de voyage d’une décennie au Malawi évoque les expériences, les découvertes, les difficultés et les joies vécues dans ce petit pays d’Afrique australe.
Suivant les inspirations du moment, le père Mbéwé, ainsi connu au Malawi, vous invite à entreprendre non seulement un voyage, mais aussi le sentier intérieur où Jésus sans cesse guide nos pas.
Mettons-nous en route vers l’inconnu avec confiance. Inutile de savoir d’avance où la route mène. Allons!

Salon du livre : un fort sentiment d’appartenance

Gabriel Delisle, Le Nouvelliste, 30 juin 2011

(La Tuque) Les ambassadeurs culturels qui font rayonner La Tuque au Québec étaient à l’honneur hier lors de la huitième journée des Fêtes du centenaire.

Des auteurs de tous les styles comme Gaston Croisetière, Odette Leclerc, Jacques Bronsard, Mathieu Fortin, Yvan Savignac, Serge St-Arneault, Roger Côté, Gaston Hamel et Françoise Bélanger étaient sur place avec leurs oeuvres.

«C’est formidable de rencontrer nos lecteurs et d’avoir leurs commentaires sur le livre. Nous sommes une petite maison d’édition et je n’ai pas la chance de faire les gros salons. J’apprécie l’expérience», explique Odette Leclerc, auteure et éditrice du roman Le pelican.

Outre le salon du livre, deux films sur des artistes d’origine latuquoise étaient également projetés hier. Les visiteurs ont eu la chance de visionner le film sur la pianiste Rachel Martel intitulé Et que la musique continue… Frédéric Chopin sur toile et au piano ainsi que le documentaire Mon ami Pierrot, Le dernier homme libre sur la vie du chansonnier latuquois Pierre Rochette des réalisatrices Véronique Leduc et de Geneviève Vézina-Montplaisir. Les deux documentaristes et Rachel Martel étaient d’ailleurs sur place pour présenter les deux productions.

La grande pianiste Rachel Martel a reçu tout un accueil mercredi à La Tuque. Émus, de nombreux spectateurs l’ont chaleureusement saluée après la présentation du film. «L’accueil est formidable», a-t-elle lancé.

L’arrêt d’un autobus avec à son bord une cinquantaine de personnes de la MRC des Chenaux a, pour quelques minutes, fait bondir substantiellement le nombre de visiteurs. «Nous sommes venus pour le centenaire de La Tuque. Nous visitons tout ce qu’il y a aujourd’hui», souligne une des responsables de l’Association québécoise des retraités (AQDR) de la MRC des Chenaux.

L’organisatrice du salon du livre Lynn Bérubé était très satisfaite de la fréquentation des visiteurs mercredi. «On sent que les Latuquois ont un fort sentiment d’appartenance envers les auteurs d’ici», précise-t-elle.

La directrice générale de la Corporation de développement des arts et de la culture de La Tuque aimerait que davantage d’activités dédiées à la poésie et à la littérature aient lieu au Complexe culturel Félix-Leclerc.

«Nous voulons qu’il y ait plus de lancements ainsi que plus de rencontres et d’ateliers littéraires», souligne Christiane Giguère.

Missionnaire sans frontières

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