La bibliothèque municipale de La Tuque rebaptisée

© Photo TC Média-Michel Scarpino, Bibliothèque municipale

Par Michel Scarpino       Publié le 01 septembre 2015

TC Média a appris que Ville de La Tuque s’apprête à rebaptiser sa bibliothèque municipale.

Le bâtiment sera renommé à la mémoire d’Annie St-Arneault, victime Latuquoise de la tuerie de la polytechnique du 6 décembre 1989. La municipalité organisera une grande cérémonie, le 19 septembre prochain, au cours de laquelle la bibliothèque municipale arborera son nouveau nom.

C’est le conseiller municipal Luc Martel qui a amené l’idée au conseil municipal, puisqu’Annie St-Arneault aspirait à un grand rêve : celui de devenir ingénieure.

«La bibliothèque est un lieu du savoir et de la connaissance, ça entre beaucoup dans ce qu’Annie St-Arneault voulait devenir», a expliqué M. Martel. Également, Annie St-Arneault appréciait beaucoup l’écriture.

Aussitôt apportée à la table du conseil, la proposition a été acceptée de façon unanime par les élus. Également et plus que tout, soulignait M. Martel, «il y a le fait que la violence faite aux femmes ne sera jamais acceptable et il faut s’en rappeler».

La famille d’Annie St-Arneault s’est dite enchantée de la proposition de Ville de La Tuque. Toute la population pourra d’ailleurs assister à cette inauguration.

Pensées Sapientiales

Pensées Sapientiales

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Né le 27 décembre 1980, Jean-Claude Mayeba Nkonde a grandi et terminé ses études pré-universitaires aux établissements primaires et secondaires de Kavida à Kansenia, une mission catholique de l’Archidiocèse de Lubumbashi en République Démocratique du Congo, province du Katanga. Il obtient son diplôme d’ingénieur civil métallurgiste en 2008 à l’Université Officielle de Lubumbashi, faculté de Polytechnique.

Il est engagé la même année chez Tenke Fungumure Mining, une filiale de l’entreprise internationale Freeport McMoran où il travaillera pendant quatre ans au sein du département de formation et de développement en tant que superviseur général chargé de la formation technique. Marié en novembre 2010 avec Huguette Betu, il est depuis 2012 employé de la compagnie Frontier S.P.R.L, une autre entreprise minière dans laquelle il exerce la fonction de directeur de formation et de développement.

Éditeur : Serge St-Arneault, M.Afr, 2014erge St-

Disponible sur B

Annie et Lucie, 25 ans plus tard

ISABELLE LÉGARÉ
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Le soir du 6 décembre 1989, Lucie St-Arneault a appelé sa soeur Annie comme elle avait l’habitude de le faire chaque semaine. Lucie, 21 ans, venait de terminer ses études au Cégep de Trois-Rivières alors qu’Annie, 23 ans, poursuivait les siennes à l’École polytechnique, à Montréal.

«Qu’est-ce qui se passe dans ta vie?» Leurs conversations démarraient toujours avec cette question en apparence anodine. Les deux complices pouvaient y répondre en dix minutes ou, lorsqu’elles se laissaient aller à la confidence, raccrocher au bout d’une heure.

Vingt-cinq ans après la tuerie de l'École polytechnique, Lucie St-Arneault parle avec tendresse de sa soeur Annie. Elle accepte de plonger dans ses souvenirs avec l'espoir qu'on n'oublie jamais les quatorze jeunes femmes qui y ont laissé leur vie. PHOTO: STÉPHANE LESSARD
Vingt-cinq ans après la tuerie de l’École polytechnique, Lucie St-Arneault parle avec tendresse de sa soeur Annie. Elle accepte de plonger dans ses souvenirs avec l’espoir qu’on n’oublie jamais les quatorze jeunes femmes qui y ont laissé leur vie.
PHOTO: STÉPHANE LESSARD

Lucie n’a pas réussi à joindre Annie ce soir-là. Ni après. Plus jamais en fait. Depuis 25 ans, elle est condamnée au silence à perpétuité de sa soeur aînée dont la voix, le rire, les conseils et la poésie lui manquent toujours aussi cruellement.

C’est la première fois que Lucie St-Arneault accepte de parler publiquement du drame qui a frappé sa famille. Le 6 décembre 1989, sa soeur Annie était dans la classe où Marc Lépine est entré, a séparé les femmes des hommes, a déversé sa haine envers les féministes et a fait feu sur des étudiantes qui avaient l’avenir devant elles.

Originaire de La Tuque, Annie St-Arneault est au nombre des 14 victimes, toutes des femmes, de ce qui est devenu dans notre mémoire collective la tuerie de Polytechnique. Elle en était à sa quatrième et dernière année d’études en génie mécanique.

Annie est la troisième des quatre enfants de Bastien St-Arneault et de Laurette Perron, maintenant établis à Trois-Rivières. Le 6 décembre 1989, ils savaient leur fille en classe à l’heure fatidique. Pendant des heures, ses parents ont attendu désespérément son appel.

Lucie aussi. Frappée d’un sentiment d’impuissance et d’incrédulité, la plus jeune des St-Arneault était blottie dans son appartement de Trois-Rivières, les yeux rivés sur son téléviseur qui retransmettait les images d’un véritable cauchemar.

Pendant que son grand frère Sylvain faisait la tournée des hôpitaux de Montréal, à la recherche d’Annie dont tout le monde était sans nouvelle, Lucie s’accrochait à l’espoir que son aînée avait eu le temps de se mettre à l’abri. Annie allait rappliquer auprès des siens aussitôt que possible.

L’annonce de sa mort est venue durant la nuit. Le choc a été aussi violent que le geste de folie d’un homme envers 14 femmes. Vingt-cinq ans se sont écoulés, mais force est d’admettre que la douleur d’une telle déchirure ne peut jamais disparaître.

«Plus jeunes, on se ressemblait beaucoup toutes les deux. On nous confondait souvent. À l’école surtout. Je me faisais appeler Annie…», se remémore Lucie St-Arneault en retenant difficilement les larmes qui coulent à la seule évocation du prénom de sa grande soeur adorée.

Dans sa maison du secteur Pointe-du-Lac, Mme St-Arneault revient sur ce deuil avec lequel il faut apprendre à vivre malgré les cérémonies commémoratives et les reportages. D’année en année, on revient sur cette tragédie qui soulèvera toujours des pourquoi.

«C’est sûr que ça fait mal. Parfois, je voudrais qu’on arrête de m’en parler, mais en même temps, il ne faut pas oublier. Il faut continuer d’en parler. La violence faite aux femmes est encore très d’actualité», souligne-t-elle avant d’exprimer sa reconnaissance envers les gens qui ont une pensée pour les femmes qui ont laissé leur vie à Polytechnique.

Au lendemain du drame, Lucie St-Arneault admet avoir traversé une période de révolte et de repli. On ne pouvait pas comprendre sa souffrance à moins de l’avoir vécue. Cette réaction s’est adoucie avec le temps et la force tranquille de son conjoint des 25 dernières années, Daniel Viviers.

«Il a eu le temps de connaître Annie», se réjouit-elle en ajoutant que les membres de la famille St-Arneault ont toujours été très unis dans les épreuves comme dans les moments de joie.

Il arrive que durant la période des Fêtes, Lucie lève son verre à sa grande soeur. Chaque fois, l’émotion la gagne et elle devine, dans le regard embué de sa mère vieillissante, qu’il en sera probablement toujours ainsi.

«On se comprend sans se parler», dit-elle simplement.

«J’aurais aimé que ma soeur et ma fille se connaissent»

Publié le 05 décembre 2014 dans le journal Le Nouvelliste.

ISABELLE LÉGARÉ
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Lucie St-Arneault s’accroche aux beautés de la vie qui se révèlent même après un drame comme celui de Polytechnique. Parmi elles, l’attachement qui réunit ses parents et ceux d’Anne-Marie Edward.

Leur amitié a pris naissance au lendemain des funérailles communes qui ont été célébrées à la basilique Notre-Dame de Montréal pour neuf des quatorze femmes assassinées.

Les St-Arneault ont été invités au chalet des Edward qui, à leur tour, ont visité leurs amis latuquois. Ensemble, ils pouvaient se consoler de la mort d’Annie et d’Anne-Marie. Ensemble, ils pouvaient essayer d’apprendre à vivre sans leur fille.

Contrairement à son père qui a exprimé le besoin de voir le film Polytechnique, Lucie s’est refusée de plonger au coeur d’une histoire fondée sur les faits réels de la tuerie.

«Je me dis souvent qu’un jour, je serai prête. Si des gens ont pris la peine de faire un film sur Polytechnique, c’est parce qu’ils ont probablement été touchés», ose croire la mère de Vincent, 17 ans, et de Roxanne, 14 ans.

L’an dernier, son fils a eu la délicatesse de l’informer qu’on allait lui présenter ce film en classe. Le garçon a demandé et obtenu la permission de sa mère qui ajoute, comme pour s’excuser d’essuyer de nouveau ses larmes: «Avec mes enfants, je suis capable de parler d’Annie sans pleurer.»

À travers le récit de leur mère, les deux adolescents ont découvert une femme dont la grandeur d’âme était impressionnante, témoigne Lucie St-Arneault avec admiration.

Inspirée par son frère Serge, missionnaire d’Afrique, la future ingénieure envisageait d’aller le rejoindre pour vivre l’expérience de l’aide humanitaire.

Au dire de sa soeur, Annie prenait naturellement la défense des laissés-pour-compte de la société. Artiste et poète, la jeune femme avait tous les talents, dont celui d’aimer et de se faire aimer.

«La petite aussi est comme ça», fait remarquer Lucie dont le visage s’illumine en parlant de sa fille Roxanne. Il lui semble qu’à travers elle se dévoile la bonté d’Annie. «Peut-être que je force ça aussi…», sourit tristement la dame avant de laisser tomber: «J’aurais tellement aimé que ma fille et ma soeur se connaissent.»

Bien avant d’être elle-même une maman, Lucie St-Arneault a ressenti un mélange de tristesse et d’empathie pour Monique Lépine, la mère du tueur.

«Il n’y a pas beaucoup de monde qui ressent de la compassion pour cette femme. Son fils s’est suicidé et a amené des gens avec lui. Ça doit être terriblement difficile pour une mère de vivre ça», se permet-elle de rappeler sans juger, comme l’aurait sans doute fait Annie.

Accepter. Pardonner… Lorsque notre grande soeur nous a été arrachée alors qu’on avait tant à lui raconter, ce sont des mots qu’on ne prononce pas sans mourir un peu aussi.

À l’instar de ses parents, Lucie St-Arneault est croyante. Ses pas la guident parfois jusqu’à l’église où, inévitablement, la prière du Notre Père est récitée. «(…) Pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés…»

Vingt-cinq ans après le drame de Polytechnique, elle ne peut plus répéter cette parole comme avant, machinalement. Il lui arrive d’interrompre son appel. «J’ai beaucoup de difficulté à dire cette phrase. Souvent, je la saute… Je ne peux pas la dire si je n’y crois pas. Mais en même temps, ce n’est pas correct. Il faut que je pardonne. Il faut…», murmure celle qui a grandi, comme Annie, à poursuivre sa route en aimant son prochain.

Bouleversée et bouleversante, Lucie St-Arneault est une victime collatérale de la tragédie de Polytechnique. Le 6 décembre 1989, elle a perdu sa soeur, sa belle et grande amie. Vingt-cinq ans plus tard, il n’y a pas une journée où elle n’y pense pas.

L’approche du divin par l’expérience sensorielle

LE  PROPOS de Serge St-Arneault

Article publié dans le Journal Diocésain de l’Église de Trois-Rivières, édition mai 2013.

Les édifices religieux et lieux historiques abondent à Rome comme peu d’autres lieux. En longeant la Via Quattro Novembri, je découvris un jour avec étonnement les ruines d’une impressionnante salle. Il s’agissait d’un centre d’approvisionnement composé de 150 boutiques qui permettaient aux fonctionnaires impériaux de l’Empereur Trajan d’approvisionner la capitale. De gigantesques travaux avaient été nécessaires pour sa réalisation. De même que César avait financé ses travaux avec le butin pris aux Gaulois, Trajan utilisa les richesses enlevées aux Daces, peuple redoutable qui occupait à peu près l’actuelle Roumanie. Bref, il s’agit de conquête. C’est alors que j’ai commencé à comprendre quelque chose qui allait changer ma perception de l’Église et mieux comprendre qui j’étais.

En tant qu’institution humaine, héritière de la romanité, l’Église Catholique utilise la beauté des sens dans son mode de perception pour approcher le mystère divin. La mosaïque intérieure de l’église Santa Sabina qui date de 422-423 l’illustre bien. Il s’agit de faire quelques pas pour voir surgir d’autres aspects spectaculaires de l’odyssée trois fois millénaire de Rome.

Puis, je suis retourné à la Basilique St-Pierre en passant par la Santa Porta. C’était le 29 décembre 2000, année du Jubilé. La foule était si dense que toutes les places assises étaient occupées. Mes yeux ne cessaient d’être attirés par les trois symboles mille et une fois représentés sur les sculptures, les tableaux ou les fioritures placées à chaque angle de pilier. Il s’agit de la tiare papale, des clefs de St-Pierre et d’une multitude d’anges. J’associe ces symboles de la manière suivante : tiare pour l’honneur, les clefs pour le pouvoir et les anges pour la gloire. Voilà donc ce sur quoi l’Église Catholique a édifié sa Persona ou son identité.

Le dos adossé sur la paroi intérieure de la Basilique, presque à genoux, l’immensité de cet édifice et ses symboles me révélaient tout à coup qui j’étais. Cela est apparu comme un éclair. Ce que je voyais représentait qui j’étais. Dans mon unicité, j’étais celui qui recherchait la reconnaissance (honneur), j’étais celui qui désirait changer le monde (pouvoir), j’étais aussi celui qui se vantait de ce qu’il avait accompli (gloire). En d’autres mots, ce qui m’irritait dans ma perception du grandissime de l’Église était à vrai dire un reflet de mon ombre intérieure. À ma manière, j’étais soucieux de sauvegarder l’honneur de ma réputation. J’étais également attentif au pouvoir que me conférait ma propre image aux yeux des autres. Finalement, j’étais réceptif aux futiles illusions de la gloire.

Ce que j’ai compris se résume à ceci : tout comme l’Église, que les pays anglophones s’empressent toujours de qualifier de « Romaine », façonnée sous le poids de deux mille ans d’histoire, je porte des ombres qui ont besoin de guérison. La véritable conquête n’est pas celle des empires, mais plutôt celle de la liberté intérieure offerte par Jésus qui est à la fois le Christ glorifié ainsi que l’Homme crucifié. Mon chemin de conversion est identique à celui de l’Église institutionnelle. Ce parcours nous mène tous sur le seuil de notre intime Porta Santa. Jésus est là! Il frappe pour y apporter une lumière spirituelle éclipsant les ombres de l’honneur, du pouvoir et de la gloire.

C’est mon espoir que le Pape François saura nous aider à approcher le divin non pas par l’expérience sensorielle du majestueux style « romain », mais plutôt par celui de la beauté de la nature, comme l’a si bien chanté Saint François d’Assise.

Père Serge St-Arneault, M.Afr, Lusaka, Zambie

entrevue de Robert Lalonde avec le père Serge St-Arneault, M.Afr

Cliquer sur le lien suivant pour écouter l’entrevue.

Entrevue de Robert Lalonde avec le père Serge St-Arneault, M.Afr

Cette entrevue a été réalisée par téléphone et sera diffusée sur les ondes de Radio Ville-Marie le 6 février 2013. Remerciement à Robert Lalonde, l’animateur de l’émission Vues d’ailleurs, en diffusion tous les mercredis, 19 h, en rediffusion les vendredis à 12 h 30. Robert Lalonde est responsable de l’information Aide à l’Église en Détresse.

P.-S. Le texte ci-joint en format PDF est une transcription plus élaborée de l’entrevue radiophonique.

VUES D’AFRIQUE; RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO

Cette émission intitulée Vues d’Afrique sur la situation en République Démocratique du Congo en 2012 a été animée par Robert Lalonde et diffusée sur les ondes de Radio Ville-Marie.

De Zambie, le père Serge St-Arneault y a participé par téléphone. Veuillez cliquer sur le lien suivant pour écouter l’entrevue.

Qu’est-ce qu’on est venu faire icitte?

Lettre de Zambie no 12, 26 janvier 2013

Je suis assez vieux pour me souvenir des messes en latin. J’avais environ dix ans lorsque le second Concile du Vatican a adopté les langues dites vernaculaires en remplacement du latin jusqu’à lors seule langue liturgique de l’Église Catholique. Le passage de l’un à l’autre n’a provoqué ni remous ni enthousiasme particulier, du moins là où j’ai grandi, à La Tuque. Il y eut un changement, voilà tout! De la même manière, on assistera plus tard aux « messes à gogo » au son des guitares et de la batterie dont la grosse caisse rythmait le tempo du « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, boum boum ». Cela n’a duré que le temps des roses. De fait, ce ne fut qu’un feu de paille.

Avant la disparition du latin, nous allions tous chez mes oncles et tantes au village ancestral de Saint-Adelphe pour la fête de Noël. J’en garde de très beaux souvenirs. La joie était réelle, les familles nombreuses avec plein de cousins et cousines, la nourriture abondante et les soirées interminables où les adultes jouaient aux cartes. Et puis, il y avait la neige, le froid, les décorations et les crèches dans chaque maison et surtout les becs sur le bec particulièrement affectionnés par certaines lointaines sœurs de ma grand-mère que l’on voyait qu’à ce moment-là. Nous écoutions les chants de Noël des groupes populaires comme Les Classels, Les Hou-Lops ou Les Sultants sur les « tourne-disques » de 45 tours. Bref, il y avait de l’ambiance.

Eglise de St-Adelphe de Champlain

J’ai un autre souvenir. C’est celui d’un garçon de six ou sept ans allant à la messe de minuit. Il y avait foule dans cette immense église au village de Saint-Adelphe qui accueillait la population entière du village chaque semaine. Pour s’assurer d’avoir une place à l’église, des numéros de bancs étaient alloués aux familles moyennant une contribution annuelle. Conséquemment, une famille était facilement pointée du doigt pour absence à la messe en laissant leur banc vide.

Moi, avec mes cousins, j’étais plutôt content d’aller au balcon surplombant le chœur ceinturant l’autel. Le gros curé Magnant me faisait un peu peur, non seulement par sa taille, mais aussi sa voix profonde de baryton. Mais, cette année-là, je devais être avec mes parents, car j’étais encore trop petit. Toujours est-il qu’à la sortie de la messe, sans bousculade, mais bien tassé les uns contre les autres, je me faufilais de mon mieux entre les jambes des plus grands et j’entendis un homme se plaindre à plusieurs reprises :

— Enfin, la messe est finie! Qu’est-ce qu’on est venu faire icitte, hein?

Dans les oreilles d’un enfant comme moi, cela me semblait très étrange. Aussi, je n’ai jamais oublié le profond silence de la foule qui m’entourait. Pas une seule voix ne s’est fait entendre pour répondre à cette lamentation. Le silence s’éternisait à mesure que le temps nécessaire pour franchir le porche de l’église s’allongeait. Sur le parvis extérieur, même les acclamations de « Joyeux Noël » s’étaient tues. Chacun s’en retourna vers son réveillon à pas lents sous la tombée de légers flocons de neige. Déjà, les piliers de la tradition catholique canadienne-française étaient menacés; qu’est-ce qu’on est venu faire icitte, hein?

Comme cela était le cas à l’époque de Jésus, la religion faisait partie de la culture, et il n’était pas question de conversion personnelle. La religion juive, avec ses multiples règlements à respecter, était ce qui constituait l’identité du peuple. À sa manière, le catholicisme québécois a largement contribué à préserver l’identité canadienne-française. On pourrait dire la même chose de tout autre groupement qui professe préceptes ou dogmes ou rituels identitaires. Mais qu’en est-il de la conversion personnelle?

Loin de moi l’idée que nos grands-parents n’allaient à la messe que par conformité sociale. Ma grand-mère Jeanne Veillette, du côté paternel, avait une forte personnalité. Or, un jour, elle perdit la voix. Comment alors élever des enfants, pour la plupart des garçons chamailleurs, sans pouvoir crier de temps en temps pour leur rappeler celle à qui ils doivent obéir? Ses sœurs, celles qui aiment les becs sur le bec, lui proposèrent de faire un pèlerinage au Cap-de-la-Madeleine et de prier la Sainte Vierge pour sa guérison. À l’époque, c’était une aventure plutôt qu’un voyage. Au retour, j’ignore combien de jours passés, Jeanne n’avait toujours pas retrouvé la voix.

— Nous avons fait ce pèlerinage pour rien, de dire mes grand-tantes.

— Ne perdez pas courage, de chuchoter ma grand-mère, croyez et ayez confiance à la Sainte Vierge.

Le lendemain, comme cela est l’habitude pour des garçons de traire les vaches au petit matin, Jeanne sort de sa cuisine d’été, se dirige avec conviction vers la terrasse et de ses pleins poumons se met à crier;

— Les enfants! Venez! Le déjeuner est prêt!

Jeanne était guérie. Ou bien, avait-elle simplement besoin d’un petit repos, d’une vacance? Ça! Je ne saurais le dire.

Bref, où en sommes-nous? Ah! La conversion personnelle! Jésus interpelle ses frères juifs pour les éveiller à une foi qui va bien au-delà de l’appartenance culturelle. Le danger est toujours réel de perdre son identité personnelle en adoptant sans aucune critique les coutumes et les lois d’un groupe, quel qu’il soit; religieux certes, mais aussi politique, idéologique, sectaire, raciste, sexiste, extrémiste de tout acabit, etc. Tout compte fait, la question de cet homme qui demande ce qu’on vient faire icitte est pertinente. Elle est un appel au réveil et une invitation à la sincérité.

Les Canadiens français étaient connus ou perçus pour être des moutons. De même que le « peuple » allait à l’église parce que tout le monde y allait, ainsi ce « peuple » a cessé d’y aller parce qu’une nouvelle majorité en avait décidé autrement; quoi? Tu vas encore à la messe! De fait, serions-nous demeurés des moutons en remplaçant la pratique religieuse par la consommation et le loisir? Qu’est-ce qu’on est venu faire icitte, hein?

Père Serge St-Arneault,M.Afr

La sagesse émergera de la voix citoyenne

Lettre de Zambie no 10, 15 décembre 2012

Coalition pour le contrôle des armes à feu

Cette année, je trouve particulièrement difficile le 23e anniversaire de la tragédie de la Polytechnique du 6 décembre 1989. J’ai le sentiment d’être encore traumatisé par cette tragédie. Il y a quelques jours, Sylvie Haviernick m’a fait parvenir le lien de Polysesouvient dont j’ignorais l’existence. Sylvie et moi étions membres de la Coalition pour le contrôle des armes pendant quelques années. Malgré l’abolition de la législation fédérale sur l’enregistrement des armes d’épaule, la voix citoyenne n’a pas pour autant cessé de s’exprimer, aux dires de Sylvie. Heidi Rathjen, de Polysesouvient, ajoute que plusieurs affaiblissements majeurs (supplémentaires) au contrôle des armes ont été bloqués, du moins pour l’instant, suite à une « tempête parfaite » d’actions et d’incidents qui a mené à une importante victoire pour la sécurité publique.

D’un autre côté, la soirée de poésie au Centre culturel de La Tuque a été une soirée magnifique selon Christiane Giguère.

Avec l’autorisation de ma petite maman, je vous partage son témoignage qui nous enseigne la grande philosophie de l’abandon dans l’action.

Trois-Rivières, décembre 2012

Chers amis,

Je viens partager cette soirée avec vous et profiter de cette activité spéciale qui se vit à La Tuque à l’occasion du 23e anniversaire du drame de la Polytechnique pour vous livrer avec tout mon cœur ma réflexion.

À toi Annie, ma grande fille, mon amour, mon amie, tu aimais la vie, ta famille, ton amoureux, les enfants, tu étais rieuse, simple et spontanée. C’est pourquoi ton souvenir est si important pour moi d’où l’importance de me rappeler tous ces bons moments, ces instants précieux qui ont tissé nos liens, qui ont fait la personne que je suis devenue aujourd’hui. Ta personnalité porteuse de riches valeurs continue de vivre dans mon quotidien.

Aucun de nous ne peut choisir les épreuves que le destin déposera sur notre route, c’est à nous de les accepter ou de les refuser. En pensant à toi, j’ai aussi le droit d’avoir des moments de tristesse, mais c’est aussi important d’apprendre à vivre sans se désoler d’un passé qui n’est plus. Je peux maintenant profiter du bonheur présent que m’apporte ma famille, mes petits-enfants, mes amis en acceptant les joies et les douceurs de la vie, de petits miracles qui s’alignent et donnent raison de croire que des hommes et des femmes de cœur ouvrent des chemins de justice et de paix.

Un petit texte trouvé sur internet m’a fait du bien. C’est comme si c’était toi Annie qui m’envoyait un message : en mourant, le bonheur n’est pas parti avec moi… il continue.

Une réflexion qui a rempli mon cœur de lumière et d’espoir, merci Annie dont la mémoire sera toujours celle de l’amour qui continue dans mon cœur de maman, je t’aime.

Puisse l’année 2013 nous apporter à tous amour, paix et sérénité. Je vous souhaite une bonne soirée, je suis avec vous par la pensée et par le cœur, je vous aime aussi.     

Laurette Perron St-Arneault, Maman d’Annie.

Quant à moi, manquant littéralement d’inspiration jusqu’au moment où Justin Trudeau a osé se prononcer maladroitement sur le registre des armes à feu, j’ai griffonné ces quelques mots :

Bonsoir à chacune et chacun d’entre vous.

Cette année encore, je me joins à votre soirée de poésie en souvenir des victimes de la tragédie de la Polytechnique du 6 décembre 1989. L’année dernière, je vous avais invité à espérer sans cesse en dépit de toute réalité contraire. Une année vient de s’écouler et le défi demeure inchangé. En effet, le gouvernement canadien s’était engagé à détruire le registre des armes à feu. Il y est pratiquement parvenu. Cette année, le candidat à la chefferie du parti Libéral canadien, Justin Trudeau, par simple calcul politique, se défend bien de vouloir ressusciter le registre des armes à feu.

Allez demander aux victimes innocentes ce qu’elles en pensent. Cela est non seulement un affront, mais aussi une trahison de nos politiciens.

Ce soir, élevons le son de notre voix à l’exemple des étendards portés en tête de peloton.

Nos poèmes sont nos armes.

Elles sont la puissance de nos désirs.

Elles portent la signature de notre foi.

Oui! Sachons sans cesse espérer et croire en dépit de toute réalité contraire.

Bonne soirée,

Père Serge St-Arneault, Missionnaire d’Afrique

Lusaka, Zambie

Malala Yousafzai

Lettre de Zambie, No 9 Lusaka, 14 octobre 2012

« Prions pour la jeune Malala Yousafzai, jeune pakistanaise de 14 ans que des talibans, rebelles islamistes alliés à Al-Qaïda, ont tenté d’assassiner ».

C’est par ses mots que j’accueille les membres de notre communauté chrétienne réunie pour la messe de 6h30. La nouvelle a fait le tour du monde et provoqué une vague de sympathie et une condamnation sans équivoque de toutes les souches de la société pakistanaise.

Pourquoi donc vouloir sa mort?

« Nous l’avions prévenue plusieurs fois qu’il fallait qu’elle cesse de parler contre les talibans, qu’elle arrête de soutenir les ONG occidentales et qu’elle prenne le chemin de l’islam. Quiconque critiquera les talibans subira le même sort », a déclaré Ehsanullah Ehsan, porte-parole des talibans.

Haine des petits, haine des vulnérables, haine des pacificateurs

Haine de L’Amour qui meurt dans l’assassinat des innocents

Jusqu’à quand cette haine?

Jusqu’à quand cette rage?

Jusqu’à quand cette tragédie?

Cet extrait de mon poème écrit le 30 novembre 2009 a de nouveau sa pertinence. D’où vient cette haine meurtrière? Qu’est-ce qui pousse certaines personnes à défigurer le visage de l’humanité où chaque personne est une histoire sacrée? Comme je l’ai aussi écrit pour le journal La Presse du 27 novembre 1999, en référence à la tragédie de la Polytechnique du 6 décembre 1989, il s’agit de l’assassinat d’une image. En s’en prenant à une jeune fille sans défense, les talibans ont cherché à détruire une idole imaginaire qui les effraie.

Choisir_d'aimer

Or, je découvre aujourd’hui une autre raison pour laquelle l’assassinat est commis contre les innocents. C’est la lecture d’un livre, publié en 2006 par les Presses de Taizé intitulé Choisir d’aimer, Frère Roger de Taizé 1915-2005, qui m’aide à comprendre. Ce livre retrace le cheminement du Frère Roger jusqu’à sa mort le 16 août 2005 pendant la prière du soir dans l’église de la Réconciliation. Celui qui a milité toute sa vie pour l’unité des chrétiens a été tragiquement assassiné par un acte maladif d’une femme. Les dernières pages écrites par le Frère François me donnent un nouvel éclairage sur le pourquoi de cette tragédie.

« Dans beaucoup de messages que nous avons reçus, la mort de frère Roger a été comparée à la mort violente de Martin Luther King, de Mgr Romero ou de Gandhi. À ce moment-là, cela nous a sûrement aidés de voir frère Roger dans la lignée de ces témoins qui ont donné leur vie. Toutefois, en y réfléchissant un peu plus, on ne peut pas nier qu’il y ait aussi une différence. Car ceux-là se trouvaient dans un combat d’origine politique, idéologique, et ont été assassinés par des adversaires qui ne pouvaient pas supporter leur opinion et leur influence. La mort des moines de Tibhirine, elle aussi dans le contexte d’un affrontement politique, même s’ils ont été éliminés non par peur de l’influence qu’ils auraient pu avoir sur les événements, mais simplement parce qu’ils étaient un symbole trop fort. (…)

Frère Roger a sûrement fasciné par son innocence (c’est-à-dire quelqu’un pour qui les choses ont une évidence et une immédiateté qu’elles n’ont pas de la même façon pour les autres), sa perception immédiate, son regard. Et je pense qu’il a vu dans les yeux de certains que la fascination pouvait se transformer aussi en méfiance ou en agressivité. En effet, pour quelqu’un qui porte en soi des conflits insolubles, cette innocence a dû devenir insupportable. Alors il ne suffisait pas d’insulter ou de bafouer cette innocence. Il fallait l’éliminer. Le docteur Bernard de Senarclens a écrit à propos de la personne qui a mis fin à la vie de frère Roger : « Si la lumière est trop vive, et je pense que ce qui émanait de frère Roger pouvait éblouir, cela n’est pas toujours facile à supporter. Alors, ne reste que la solution d’éteindre cette source lumineuse en la supprimant (pages 129-133) ».

Il me semble que la jeune Malala Yousafzai a quelque chose à la fois du combat politique ou idéologique et de l’innocence dont parle le frère François à propos du frère Roger. Cette enfant fascine par sa jeunesse, son courage et sa conviction. Pour les talibans qui portent en soi des conflits insolubles, cette innocence est intolérable. La source lumineuse doit s’éteindre sans pitié. Toute personne qui vit dans des ténèbres intérieures, rage contre la clarté et la vérité.

« Si quelqu’un allume une lampe, il ne la mettra pas dans un trou ou sous un meuble mais sur un lampadaire, pour que ceux qui entrent voient la lumière. Ta lampe, c’est ton œil. Si ton œil est transparent (innocent), toute ta personne sera lumineuse. Mais s’il est mauvais, tu seras toi aussi dans l’obscurité. Fais donc attention que ta lumière intérieure ne devienne pas ténèbres » (Luc 11, 33-35).

Jésus le Christ, lumière intérieure

Ne laisse pas mes ténèbres me parler.

Jésus le Christ, lumière intérieure

Donne-moi d’accueillir ton amour.

Chant de Taizé

Père Serge St-Arneault, M.Afr

Missionnaire sans frontières

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