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Brian Sweeney intensifie ses activités de plaidoyer et demande au Sénat d’adopter une loi plus stricte sur les armes à feu.

« Un parcours de cœurs et de vies brisées ». Le père de la victime de la fusillade d’octobre sera à Montréal aujourd’hui pour la cérémonie marquant la 34e commémoration de la tuerie de Montréal.

Kenneth Armstrong, SooToday, 6 décembre 2023

Sur cette photo d’archives, Brian Sweeney, qui a perdu sa fille Angie en octobre à cause de la violence d’un partenaire intime[1], s’adresse au conseil municipal de Sault-Sainte-Marie avec son fils Brian Jr. à ses côtés. M. Sweeney a écrit une lettre aux membres du Sénat, leur demandant de procéder à un vote final sur le projet de loi C-21 qui renforcerait certaines lois sur les armes à feu. Kenneth Armstrong/SooToday

Le père de celle qui a été tuée lors de la fusillade d’octobre à Sault-Sainte-Marie s’est rendu à Montréal pour être présent à la 34e commémoration du féminicide de masse qui s’est produit en 1989 à l’École polytechnique de Montréal et qui a coûté la vie à 14 femmes.

Brian Sweeney, père d’Angie Sweeney, victime de violence conjugale, a également rédigé une lettre qui sera envoyée à tous les sénateurs canadiens les exhortant à voter en faveur du renforcement des lois canadiennes sur le contrôle des armes à feu.

« La violence domestique est une épidémie et les gouvernements ne font pas assez pour la prévenir », écrit M. Sweeney dans sa lettre. « C’est pourquoi j’ai promis à Angie que je ne m’arrêterais pas tant que les lois de ce pays ne seront pas renforcées pour mettre fin aux meurtres domestiques. »

Moins de deux mois après l’assassinat de sa fille et de trois autres enfants, M. Sweeney a pris la parole devant le conseil municipal de Sault-Sainte-Marie lors d’une soirée commémorative pour les femmes en situation de crise. Il s’est même invité à un événement à la Légion Canadienne[2] de Sault-Sainte-Marie pour se présenter au premier ministre. Par l’intermédiaire de son groupe Facebook Angie’s Angels[3], M. Sweeney a apporté un soutien direct aux femmes fuyant la violence domestique et est en train de constituer une équipe pour l’aider à faire pression sur le gouvernement provincial de l’Ontario et le gouvernement fédéral afin de renforcer les lois relatives à la violence entre partenaires intimes.

Le Sénat va bientôt procéder à un vote final sur le projet de loi C-21 qui a été adopté par la Chambre des communes au printemps. Ce projet de loi vise à modifier certaines parties du Code pénal et de la loi sur les armes à feu, entre autres.

Le projet de loi fédéral introduirait de nouvelles mesures visant à empêcher les armes à feu de tomber entre les mains des auteurs de violences conjugales, renforcerait le gel des armes de poing, augmenterait les sanctions pour le trafic d’armes à feu et prendrait des mesures pour lutter contre les armes fantômes de fabrication artisanale.

Le projet de loi prévoit également une interdiction des armes à feu d’assaut qui répondent à une nouvelle définition technique. Cette interdiction s’appliquerait aux armes conçues et fabriquées après l’entrée en vigueur du projet de loi.

Des groupes de lutte contre les armes à feu, tels que PolySeSouvient, qui regroupe des étudiants et des diplômés de l’école d’ingénieurs de Montréal, souhaitent que le projet de loi devienne une loi. Les députés conservateurs et certains propriétaires d’armes à feu ont déclaré que la législation était malavisée et pénalisait les Canadiens respectueux de la loi.

« Le meurtrier d’Angie avait des antécédents criminels qui incluaient des violences domestiques », a déclaré M. Sweeney dans sa lettre. « Il a agressé un policier et s’est vu interdire de posséder une arme à feu, mais seulement pendant un an. Aucune interdiction n’était liée aux violences domestiques. Depuis la fin de l’interdiction, il avait accès aux armes à feu même s’il n’avait pas de permis. Les gens le savaient parce qu’il participait à des expéditions de chasse ».

Hallaert a tué Angie Sweeney, ainsi que ses propres enfants Nate, Ally et Abbie Hallaert, sur deux scènes différentes dans la nuit du 23 octobre. La semaine dernière, la police de Sault-Sainte-Marie a signalé que Bobbie Hallaert n’avait pas de permis de possession ou d’acquisition d’armes à feu et la police enquête toujours sur la façon dont il a obtenu les deux armes saisies sur l’une des scènes de crime.

La police avait été appelée au domicile d’Angie dans les jours précédant l’attaque et Hallaert était sous le coup d’une interdiction de contact. Sweeney a déclaré que cette interdiction de contact avait été violée plus tôt dans la journée où sa fille a été tuée et il affirme que le tireur était sous l’emprise de la méthamphétamine à ce moment-là.

« Je suis en colère. Comment un homme, qui a des antécédents de violence à l’égard d’un partenaire intime, d’agression à un policier et d’abus de drogues, peut-il s’en sortir en possédant des armes à feu ? Les gens savaient qu’il en avait », a déclaré M. Sweeney dans sa lettre. « Pourquoi la police l’a-t-elle laissé en liberté, drogué, au lieu de le détenir pendant 48 heures ? Pourquoi n’ont-ils pas fouillé sa maison à la recherche d’armes à feu ? Tous les signaux d’alarme n’étaient-ils pas suffisants pour que la police prenne des mesures sérieuses ? »

« La mort d’Angie, comme celle de toutes les victimes, laisse derrière elle des cœurs et des vies brisés », a-t-il ajouté.

Quatorze femmes ont été tuées par un tireur le 6 décembre 1989 à l’École polytechnique de Montréal. M. Sweeney prévoit de prendre la parole lors d’un service commémoratif qui se tiendra plus tard dans l’après-midi sur le Mont-Royal.

Serge St-Arneault est le frère d’Annie, l’une des 14 victimes du massacre de Montréal. Dans un courriel, il a déclaré que sa rencontre avec M. Sweeney, plus tard dans la journée, devrait être chargée d’émotion.

« En tant que Canadien fier et pacifique, on ne s’attend jamais à perdre un frère ou une sœur ou un enfant à cause de la violence armée. On ne se remet jamais de la perte soudaine d’un être cher d’une manière aussi horrible et violente », a déclaré M. St-Arneault.

« Nous partageons non seulement leur chagrin, mais aussi leur objectif de prévenir des tragédies similaires. Nous pouvons d’ores et déjà constater que Brian et d’autres personnes qui aimaient Angie travaillent d’arrache-pied à la réalisation de cet objectif. Nous les soutiendrons de toutes les manières possibles. »– avec les fichiers de la Presse Canadienne


[1] ‘She was a hero’: Mass shooting victim Angie Sweeney saved her daughter’s life.

[2] https://legionbranch25ssm.com/

[3] https://www.facebook.com/groups/1540757843333637

POUR l’unité nationale et NON à la fratricide cultivée

Par Freddy Kyombo Senga[i]

Une nation ne peut pas se bâtir grâce à la démonstration des « muscles » ou par la volonté de domination des uns sur les autres.

Le respect mutuel et l’utilisation du cerveau peuvent aboutir à des résultats d’une qualité insoupçonnée, que l’invective et l’insulte ne pourraient obtenir.

Au Québec

J’aimerais commencer par une expérience. Dès mon arrivée au Québec, dans ma communauté ; dans l’église locale et en lisant la documentation venant de l’immigration canadienne, un mot revenait souvent : « l’intégration » ! Des sessions sont organisées à temps et à contretemps, pour que tous les nouveaux arrivants apprennent la façon de vivre du Québec. Ils insistent pour que vous appreniez le plus tôt possible leur histoire, leurs lois, leurs coutumes afin de vous faciliter la vie chez eux. Ils estiment qu’une personne qui apprend tout cela sera un bon voisin, un bon citoyen, une personne avec qui ils pourraient vivre dans la tranquillité.

J’ai rencontré des compatriotes dans ce milieu et ils semblent fiers d’avoir adopté le mode de vie des Québécois. Est-ce le complexe du nègre qui veut ressembler au « Maître » ? Est-ce une question de civilité ou bien c’est juste l’instinct de survie ? Pour ma part je mettrais cela au compte du respect envers les hôtes. Car dans nos différentes cultures, nos proverbes disent que quand on arrive dans un milieu, c’est mieux d’apprendre « les pas des danses » c’est-à-dire les « bonnes manières » du milieu et d’imiter le savoir-vivre de l’habitant.

En République Démocratique du Congo

Dans nos contrées, chaque milieu a son chef coutumier. Celui-ci veille à ce que les coutumes soient respectées pour que les gens vivent dans la paix avec leurs ancêtres et avec les vivants de la communauté. Cela n’a jamais posé de problème à personne. Comme missionnaire, je voyais combien les gens étaient contents et heureux de me voir apprendre leur langue et comprendre leurs coutumes. Même quand je n’arrivais pas à parler comme eux, ils appréciaient les efforts et le respect que je montrais à leur coutume. Cela ne veut pas dire que tout était parfait et qu’il n’y avait rien à critiquer ; mais je savais garder ma place de celui qui est accueilli et qui est accepté. Quand ils avaient besoin de mon point de vue, il le demandait, car il savait que je le donnerais franchement, avec respect, et de bonne foi.

L’interculturalité

C’est ici que j’aimerais parler de la notion de l’interculturalité qui est bien différente de celle de la multiculturalité. Habituellement nous vivons dans des espaces multiculturels où plusieurs cultures vivent côte à côte sans nécessairement se connaître et se côtoyer. Leur connaissance mutuelle est souvent basée sur des stéréotypes et des préjugés.

L’interculturalité suppose que des personnes des différentes cultures fassent une démarche du vivre ensemble avec les autres. Ceci consistera à faire l’effort de connaître la culture de l’autre pour mieux l’apprécier, sans vouloir la juger. Derrière chaque culture il y a des personnes réelles à aimer, avec qui l’on partage un espace vital. Ne reprochons-nous pas à nos colonisateurs d’avoir fait table-rase de nos cultures pour nous imposer leur culture supposée plus civilisée ?

Nous jugeons donc qu’il est très important que nous respections les cultures des uns et des autres et que nous vivions en bonne entente entre les différentes cultures. Tant de gens nous témoignent de la bienveillance de leurs voisins, provenant d’autres cultures, qui les ont sauvés à un moment de détresse. Cela est possible quand des personnes sont conscientes que nous partageons la même humanité malgré le fait d’être nés dans diverses cultures et espaces géographiques.

Conflit à Malemba-Nkulu

Localisation du Haut-Lomami à l’intérieur de la République démocratique du Congo (1)

Dernièrement, des frères historiques Luba se sont entre-tués à Malemba-Nkulu[ii]. Quelles sont les causes réelles de leur conflit ? Les enquêtes de la justice nous le diront[iii]. La faute étant « individuelle » devant la loi, il vaut mieux s’abstenir de stigmatiser des ensembles tribaux ou géographiques. Ces genres de « raccourcis » dans le discours ont causé tant de mal partout où ils ont été utilisés. La police doit faire des enquêtes selon les prescrits de la justice et non pas pour plaire à ceux qui sont au pouvoir.

Quand il y a altercation, il faut, dans un premier temps, interpeller les protagonistes et c’est seulement après une interrogation judicieuse et équitable que l’on peut situer les responsabilités. Les médias, surtout sociaux, ne sont pas la meilleure référence pour une justice équitable. Le but sera, bien sûr, celui d’enlever aux violents toute envie ou velléité de reproduire les actes qu’on leur reproche. Nous ne sommes pas un peuple de « tueurs » et nous ne devrions tolérer personne qui croit pouvoir tuer son prochain impunément.

Si l’État congolais a renoncé à son droit d’exécuter la sentence de la condamnation à mort des vrais criminels et l’a commuée en condamnation à perpétuité, alors aucun citoyen congolais n’a le droit de prendre sur lui l’exécution d’un compatriote qui l’aurait offensé de quelque manière que ce soit. Une justice qui fonctionne sait faire la différence entre les crimes imprescriptibles et les autres genres de crime. C’est à elle d’agir dans une véritable équité, honnêtement et sans aucune influence extérieure, pour dire le droit et faire exécuter les sentences.

Questions identitaires

Nous avons tous observé et constaté la montée des « identités exacerbées » qui ont conduit aux déclarations blessantes de part et d’autre. Les uns clamant d’être les « détenteurs » actuels du « pouvoir » et demandant aux autres de « la fermer » tout simplement ; et les autres fustigeant, de façon péjorative et dédaigneuse, les « habitudes alimentaires » de ceux qui se délectent de la chair de « Milou ». Des incongruités qui n’ont rien à voir avec les vrais problèmes auxquels notre nation devrait faire face pour subvenir aux besoins de ses citoyens et pour se classer parmi les pays émergents. Ce « rush » identitaire n’est souvent que prétexte pour des petits « leaders », en manque de positionnement et de reconnaissance, afin de faire parler d’eux pour se faire remarquer par ceux qui gèrent le pouvoir.

Ainsi, ils manipulent des populations souvent paupérisées pour se donner une visibilité, quitte à les transformer en criminelles occasionnelles. Si nous suivons ces manipulateurs d’un bord ou d’un autre, nous deviendrons autant coupables qu’eux. Cette manipulation a été utilisée pendant longtemps par des gens qui sont encore considérés aujourd’hui comme de vénérables « leaders » alors que leur positionnement a parfois conduit à « l’irréparable ». Fouillez dans notre histoire et vous les trouverez certainement.

La situation récente de Malemba-Nkulu, qui nous fait parler si longuement, n’est que la énième d’une série qui doit s’arrêter. Ces situations sont, malheureusement, souvent liées aux ambitions politiques des uns et des autres. Les populations, souvent ignorantes des enjeux, sont tout simplement instrumentalisées pour créer des « bras de fer identitaires » qui résultent dans des violences, qui finalement les dépassent et débordent.

Baba wa Katanga

Le tristement célèbre « Baba wa Katanga[iv] » s’est finalement repentit en adoubant son « fils béton » en souvenir d’une amitié, « mi-figue, mi-raisin », avec le père de ce dernier, son collègue d’antan. Personne n’était dupe ; et sa fin dramatique en dit long. Mais entretemps, des populations s’étaient entre-tuées et portent encore des blessures que certains malins veulent utiliser encore de nos jours comme « fonds de commerce » sous prétexte de devoir de mémoire. Il n’y a qu’à suivre les réseaux sociaux pour s’en rendre compte. Un devoir de mémoire, il en faut pourtant afin de ne plus répéter perpétuellement la même bêtise criminelle.

Les élections

Les élections qui approchent semblent provoquer une excitation des violences verbales qui ne construisent pas notre nation. C’est comme si la sagesse était en train de déserter la « maison Congo ». Quoi qu’il en soit, c’est une seule personne qui s’engage dans la course pour la magistrature suprême. Même soutenue par son parti et ses militants, elle est la seule qui va répondre de son bilan à la fin de son mandat si elle arrive à vaincre ses adversaires politiques. Elle est la seule qui va gérer le pouvoir qui lui est conféré par les voix des populations des diverses provinces et tribus, à l’issue des élections. Sa seule tribu ne peut pas le placer au pouvoir, à moins d’utiliser la tricherie.

Alors, des slogans fallacieux tels que « c’est notre pouvoir » ne sont que manipulation de mauvais goût, qui enferment le candidat dans sa « tribu », alors qu’il a postulé pour servir « toutes les tribus ». On retrouve cette « ignorance » entretenue, même chez des intellectuels qui sont devenus « pratiquement » incapables de voter autrement que par « appartenance tribale ». Ceci est un « raccourci cognitif » qui nous fait croire que tous ceux qui appartiennent à notre tribu nous veulent forcément du bien, ou qu’ils ont les capacités pour nous mener vers nos aspirations. Et voilà que nous devenons prêts à nous faire des ennemis à vie pour quelqu’un qui ne connaît même pas notre existence et nos vraies préoccupations. Il est temps de nous réveiller tous et de réfléchir autrement.

Le dialogue permanent

La vraie solution résiderait dans un « Dialogue permanent » entre les peuples frères de différentes tribus, afin de regarder en face leur réalité et déraciner toutes les manipulations qui mènent aux situations « irréparables ».

On pourrait, par exemple, construire la fraternité par centre d’intérêt et non pas par l’appartenance à un espace géographique ; ainsi des ingénieurs de tous les horizons, spécialistes dans tel ou tel domaine pourraient partager leurs « intelligences » pour proposer des solutions idoines aux vrais problèmes de développement de notre pays. Les « mutuelles culturelles » mal orientées excellent parfois dans des rivalités insensées.

La pratique de l’interculturalité fait que les « mutuelles culturelles », au lieu d’entrer en compétition les unes avec les autres, apprennent à mieux se connaître, grâce aux échanges culturels, pour mieux s’apprécier réciproquement. Cette démarche est plus fructueuse et enrichissante ; elle n’empêche pas de dénoncer le mal quand il y en a, mais elle aide à dire la vérité paisiblement, sans invective et sans mépris.

Si nous alimentons, par nos commentaires partiaux, ces polarisations extrémistes, nous deviendrons autant d’assassins comme ceux qui seront passés à l’acte. Les pyromanes, il y en a de tous les côtés ! Mais aussi les ouvriers de la paix. Même blessé, on peut toujours aspirer à la paix !

De quel côté es-tu ? C’est l’heure de la vérité pour nous tous !


[i] Freddy Kyombo Senga est membre de la Société des Missionnaires d’Afrique. Il est le nouveau directeur du Centre Afrika à Montréal depuis le 1er juillet 2023.

[ii] Le territoire de Malemba-Nkulu est une entité déconcentrée de la province du Haut-Lomami en république démocratique du Congo.

[iii] RDC: des défenseurs des droits humains réclament des mesures suite aux violences intercommunautaires de Malemba Nkulu

[iv] RDC : Gabriel Kyungu wa Kumwanza, figure politique du Katanga, est décédé

(1) Localisation du Haut-Lomami à l’intérieur de la République démocratique du Congo. Par Derivative work: User:Profoss – Original work: NordNordWest — Cette image vectorielle contient des éléments, éventuellement modifiés, qui ont été extraits de : CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=47013319

Un autre souvenir douloureux mais nécessaire à l’approche de la 34e commémoration de la tragédie du 6 décembre 1989.

J’ai reçu un appel de l’ex-chef de police Jacques Duchesneau pour m’inviter à assister à une pièce de théâtre qui sera bientôt présentée au Théâtre du Nouveau Monde sur la tragédie du 6 décembre 1989. Cette année marquera la 34e commémoration de l’événement. Le débat sur un meilleur contrôle des armes à feu, plus précisément le bannissement de la vente et de l’utilisation d’armes semi-automatiques de type militaire au Canada, fait toujours rage.

Or, le marché illégal prend de l’ampleur comme l’illustrent les articles suivants. C’est pathétique !

Projet Polytechnique: mieux comprendre la tragédie du 6 décembre

Emmanuel Martinez, Journal de Montréal, samedi, 11 novembre 2023

𝐏𝐑𝐎𝐉𝐄𝐓 𝐏𝐎𝐋𝐘𝐓𝐄𝐂𝐇𝐍𝐈𝐐𝐔𝐄 – 𝐈𝐃É𝐀𝐓𝐈𝐎𝐍 𝐄𝐓 𝐓𝐄𝐗𝐓𝐄 ✨
« Un comédien, une comédienne. Deux âmes sœurs appelées à vivre ensemble une bouleversante aventure, aux confins de l’intime et de l’universel; mais elles ne s’en doutent pas, elles ne se connaissent même pas. » – Annie Gascon, Emporte-Pièces 23-24.
Le tandem créatif derrière Projet Polytechnique : Marie-Joanne Boucher & Jean-Marc Dalphond
📅14 novembre au 13 décembre 2023
Billets 👉 https://zurl.co/eJNL

Projet Polytechnique : Faire face – bande-annonce

Infiltration et maniement d’armes, les deux créateurs de Projet Polytechnique n’ont reculé devant rien pour mieux comprendre cette tragédie qui a coûté la vie à 14 femmes le 6 décembre 1989 à Montréal.

Projet Polytechnique est présentée du 14 novembre au 13 décembre au Théâtre du Nouveau Monde.

Plus de 30 ans après le drame de Polytechnique, certains glorifient toujours le tueur Marc Lépine. Les féminicides s’accumulent, la question du contrôle des armes à feu n’est pas réglée et le web alimente les discours antiféministes. Les comédiens Jean-Marc Dalphond et Marie-Joanne Boucher engagent la conversation et vont à la rencontre de ceux dont la pensée est diamétralement opposée à la leur. Leur recherche pour une pièce de théâtre documentaire se transforme en une démarche citoyenne.

Projet Polytechnique

Christian Saint-Pierre, Le Devoir, 20 novembre 2023

Texte : Marie-Joanne Boucher et Jean-Marc Dalphond. Mise en scène : Marie-Josée Bastien. Une coproduction de Porte Parole, du Théâtre du Nouveau Monde, de Diffusion Inter-Centres et d’Écoumène. Au Théâtre du Nouveau Monde jusqu’au 13 décembre, puis en tournée dès janvier dans 17 villes du Québec.

Acheter une arme non enregistrée, un jeu d’enfant

Un groupe Facebook privé a permis pendant plusieurs mois à des propriétaires d’armes à feu de vendre des armes de style militaire, sous le couvert d’un langage codé. Nous en avons acheté une, et avons constaté de nombreuses violations de la loi lors de la transaction.

L’« attitude désinvolte » des gouvernements dénoncée

« Sans surprise, l’approche désinvolte des deux ordres gouvernementaux face à l’application de la loi sur l’immatriculation et la vérification de la validité du permis favorise ce genre de transferts privés illégaux », a dénoncé l’organisme procontrôle des armes à feu PolySeSouvient, informé de notre démarche.

« D’innombrables internautes ont ouvertement dit qu’ils n’enregistreront pas leurs armes, à la vue de tous, y compris la Sûreté du Québec. Nous avons plusieurs fois demandé au gouvernement pourquoi les policiers ne font pas enquête auprès de ces propriétaires. Il est temps que le Québec démontre qu’il est sérieux face à sa loi », a ajouté l’organisme par courriel.

Armes à feu. Un « mini-marché noir » inévitable, croit le responsable de SKS Québec

Tristan Péloquin Équipe d’enquête, La Presse, 12 novembre 2023

Le responsable d’une page Facebook où des armes à feu non immatriculées se vendaient comme des petits pains estime qu’il est impossible d’empêcher l’apparition d’un « mini-marché noir » et avoue avoir lâché prise devant la multiplication des annonces d’armes à vendre.

L’organisme PolySeSouvient, qui milite pour un encadrement plus serré des armes à feu, a dénoncé à plusieurs reprises des propriétaires d’armes qui se vantaient sur les réseaux sociaux de ne pas respecter l’obligation d’immatriculer leur arme dans le registre provincial. « Il est temps que le Québec démontre qu’il est sérieux face à sa ‘Loi sur l’immatriculation des armes’ et qu’il utilise les outils à sa disposition pour en assurer le respect, et ce, de manière proactive. Surveiller les ventes sur les médias sociaux, enquêter auprès de ceux qui s’affichent publiquement comme des délinquants et se servir des données de l’ancien registre fédéral ne sont que quelques pistes évidentes », a réagi l’organisme après avoir été informé des résultats de notre enquête.

Notre enquête a par ailleurs démontré que, lors de la vaste majorité des transferts d’armes entre particuliers, le vendeur ne vérifiait pas auprès de la GRC la validité du permis de possession et d’acquisition de l’acheteur et n’obtenait pas le numéro de référence obligatoire.

Cette situation facilite l’achat d’armes à feu avec des permis périmés, révoqués ou faux et assure qu’aucune trace de la transaction ne soit enregistrée, déplore PolySeSouvient.

Bambin tué par balle à Bois-des-Filion La Sûreté du Québec fouille les berges pour trouver des indices

La Presse Canadienne, 11 novembre 2023

(Bois-Des-Filion) Les recherches de la Sûreté du Québec (SQ) se sont poursuivies dans l’enquête sur la mort d’un bambin de 3 ans survenue lundi à Bois-des-Filion, dans les Laurentides.

Yves Boisvert, La Presse, 9 décembre 2023

Ce n’est pas à reculons que j’y allais, mais disons que je ne marchais pas très vite vers Projet Polytechnique, mercredi.

En Ituri-RDC, la communauté Nyali de Tchabi s’indigne après une attaque des Allied Democratic Forces (ADF) d’idéologie salafiste djihadiste au village de Bundikumu

Déclaration de la Communauté Nyali de Tchabi suite à l’attaque des ADF de ce dimanche cinq novembre 2023.

Roger Adirolu, journaliste

Nous, communauté Nyali de Tchabi, avons le regret d’annoncer à l’opinion publique que notre territoire vient d’enregistrer une nième attaque des présumés rebelles ougandais des Allied Democratic Forces (ADF) d’idéologie salafiste djihadiste. Cette agression a eu lieu dans l’après-midi du 5 novembre au village de Bundikumu dans le groupement Bwakadi de la chefferie de Banyali Tchabi dans la région de l’Ituri en République Démocratique du Congo.

Le bilan est des deux personnes tuées et une blessée grave dont la vie est en danger. Nous déplorons cette attaque qui survient pendant qu’on observait un retour des déplacés dans cette zone. Cette incursion va décourager ceux qui désiraient y retourner. Une fois de plus, la population doit se déplacer vers les zones sécurisées.

Nous sollicitons l’autorité provinciale à restaurer l’autorité de l’État et d’augmenter les effectifs de l’armée et de la police.

Nous demandons que nos frères qui ont été assassinés puissent être enterrés dignement et la prise en charge de notre sœur qui est grièvement blessée.

Pour la communauté de Nyali Tchabi; Faustin Mboma et Kasuna Awenda J.

Lien :

Attaque des rebelles de l’Allied Democratic Forces (ADF) au village Janda en République Démocratique du Congo

PolySeSouvient réagit au jugement concernant les contestations judiciaires des décrets interdisant les armes d’assaut

« Ce jugement clair et sans équivoque devrait pousser le Gouvernement Trudeau à rapidement procéder à mettre en œuvre ses promesses répétées d’interdire l’ensemble des armes de style militaire qui ne sont pas raisonnablement utilisées pour la chasse. »

Montréal, le 30 octobre 2023 —

PolySeSouvient, un groupe représentant des survivantes et des familles de victimes du massacre à l’École Polytechnique, applaudit le jugement dévoilé aujourd’hui qui confirme l’autorité du gouvernement fédéral d’interdire certaines armes qu’il considère un risque disproportionné pour la sécurité publique.

« Ce jugement devrait pousser le gouvernement Trudeau à rapidement mettre en œuvre ses promesse réitérées lors des trois dernières campagnes électorales à interdire l’ensemble des armes communément appelées des ‘armes d’assaut’, soit de style militaire qui ne sont pas raisonnablement utilisées pour la chasse, » a dit Nathalie Provost, survivante du féminicide à l’École Polytechnique et porte-parole de PolySeSouvient. « Le droit de l’État de limiter le type d’armes qui peut légalement être possédé par les citoyens ordinaires est clair et sans équivoque, » a ajouté Nathalie Provost.

Le jugement conclut :

« Le décret et le Règlement ne sont pas invalides. Le gouverneur en conseil n’a pas outrepassé les pouvoirs qui lui ont été délégués par le législateur, au titre du paragraphe 117.15(2) du Code criminel. … Le gouverneur en conseil n’a pas sous-délégué son pouvoir de désigner des armes à feu comme étant prohibées. … Le gouverneur en conseil n’est tenu à aucune obligation d’équité procédurale envers les propriétaires d’arme à feu touchés par le Règlement. … Le Règlement ne contrevient pas à l’article 7 de la Charte; le Règlement n’est pas imprécis, de portée excessive ou arbitraire. Subsidiairement, si la Cour avait conclu que le Règlement portait atteinte à l’article 7 d’une manière qui n’est pas conforme aux principes de justice fondamentale, elle aurait jugé que cette atteinte est justifiée au titre de l’article premier de la Charte et s’inscrit dans les limites raisonnables. Le Règlement vise un objectif urgent et réel, et il constitue une réponse proportionnée à cet objectif.

Les restrictions imposées par le Règlement à l’utilisation des armes à feu désormais prohibées – qui présentent un danger inhérent et ont la capacité de causer d’importants dommages et, par conséquent, qui ne peuvent raisonnablement être utilisées pour la chasse et le sport possède un lien rationnel avec l’objectif et porte une atteinte minimale aux droits des propriétaires d’arme à feu garantis à l’article 7. L’atteinte minimale aux droits des propriétaires d’arme à feu, qui disposent désormais d’un choix moindre quant aux armes à feu qu’ils peuvent posséder et utiliser et qui risquent d’être l’objet d’accusations criminelles s’ils continuent d’utiliser les armes à feu maintenant prohibées, est supplantée par l’effet bénéfique du Règlement, soit la réduction des dommages découlant des fusillades de masse et du danger inhérent aux armes à feu prohibées et par l’atteinte de l’objectif plus global d’améliorer la sécurité publique. Le Règlement ne contrevient pas aux articles 8, 11, 15 ou 26 de la Charte. Le Règlement ne contrevient pas à la Déclaration canadienne des droits. »

Interdire l’ensemble des armes d’assaut nécessiterait un nouveau décret pour compléter les interdictions de 2020 qui sont au cœur de la contestation judiciaire, une démarche que le ministre de la Sécurité publique, Dominic Leblanc, s’est engagé à faire alors qu’il témoignait devant le Sénat sur le projet de loi C-21 pas plus tard que la semaine dernière.

En effet, ce jugement vient au moment où l’on trouve toujours offerts sur le marché canadien et présents dans les communautés canadiennes des centaines de modèles d’armes d’assaut que le gouvernement avait tenté, sans succès, d’interdire dans le cadre du processus législatif entourant le projet de loi C-21 (actuellement devant le Sénat). En effet, ces modèles auraient été couverts par les amendements G-4 et G-46 proposée en novembre dernier mais qui ont été retirés à la suite du succès d’une campagne de désinformation menée par les opposants. La plupart de ces modèles font l’objet d’exceptions arbitraires qui leur permettent d’échapper au décret de 2020 (ex : pas « de conception moderne » ou pas « en grand nombre sur le marché canadien »).

« Nous espérons que le langage sans ambiguïté de ce jugement fondé sur un raisonnement solide et réfléchi raffermira la détermination de l’État d’interdire une fois pour toutes l’ensemble des armes d’assaut au Canada, une mesure appuyée par 80 % des Canadiens et Canadiennes, incluant la majorité des propriétaires d’armes, » a conclu la porte-parole.

Pour de plus amples renseignements : Nathalie Provost; 514-796-0142; Heidi Rathjen; 514-816-7818

DERNIÈRES ACTUALITÉS
Contrôle des armes – L’Association Nationale Femmes et Droit soumet un mémoire sur le projet de loi C-21 au Sénat
En octobre, nous avons soumis un mémoire sur le projet de loi C-21 : Loi modifiant certaines lois et d’autres textes en conséquence (armes à feu) au Comité sénatorial permanent de la sécurité nationale, de la défense et des anciens combattants.  
L’Association nationale Femmes et Droit soutient le projet de loi C-21 et recommande son adoption rapide. Dans notre mémoire, nous expliquons les changements qui ont été apportés au projet de loi à la suite de notre mémoire au Comité permanent de la sécurité publique et nationale de la Chambre des communes, et soulignons quelques problèmes persistants.  
En savoir plus

Mylène Crête, La Presse, 30 octobre 2023

(Ottawa) L’interdiction des armes d’assaut imposée par décret depuis le 1er mai 2020 est maintenue par la Cour fédérale. La Coalition canadienne pour les droits des armes à feu (CCDAF) tentait de la faire invalider. Déçue, elle promet de faire appel tandis que PolySeSouvient presse le gouvernement de tenir ses promesses.

Près de 900 armes à feu ont été saisies cette année dans les 87 points de passages douaniers entre le Québec et les États-Unis, une hausse de 5 % en un an. Des quantités significatives d’opioïdes et de stupéfiants ont aussi été interceptées, montrent des chiffres de l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC).

HENRI OUELLETTE-VÉZINA, LA PRESSE, 5 décembre 2023

Les libéraux devraient tenir leur promesse d’interdire les armes d’assaut

Bien que le projet de loi C-21 adopté par la Chambre des communes en mai dernier contienne des mesures importantes visant à restreindre l’accès aux armes de poing et à protéger les victimes de violence intime, le gouvernement doit aussi donner suite à ses trois engagements électoraux successifs d’interdire les armes de type militaire.

HEIDI RATHJEN, COORDONNATRICE DE POLYSESOUVIENT

La Presse, 23 septembre 2023

Huit longues années se sont écoulées depuis que les libéraux ont pris le pouvoir et on ne voit toujours aucun progrès tangible sur le terrain à ce sujet, et ce en dépit des déclarations de soutien de la part du Nouveau Parti démocratique et du Bloc québécois.

La ministre Mélanie Joly avait identifié l’engagement vigoureux du parti à l’égard du contrôle des armes (visant notamment les armes d’assaut) comme étant un facteur décisif lors de l’élection de 2021. Le fait que les libéraux n’ont pas respecté une promesse clé qui leur a permis d’accéder au pouvoir est au mieux décevant et au pire, fatal.

Ce qu’ils décrivent actuellement comme une « interdiction permanente des nouvelles armes à feu de style arme d’assaut au Canada » en parlant du C-21 n’est en fait que le piètre résultat d’un processus politique défaillant qui ne change pratiquement rien.

En effet, des dizaines de milliers de fusils d’assaut interdits en 2020 demeurent entre les mains de leurs propriétaires (incluant environ 90 000 AR-15s), alors que des centaines de modèles jouissant d’une exemption arbitraire restent légalement accessibles et de nouveaux modèles continuent à faire leur entrée au marché.

Le piétinement a débuté en 2019 avec le dépôt du projet de loi C-71, un modeste pas dans la bonne direction qui n’affectait en rien la disponibilité d’armes semi-automatiques de type militaire qui ne sont pas raisonnablement utilisées pour la chasse.

En 2019, la plateforme électorale de Trudeau comprenait une fois de plus la promesse d’interdire les armes d’assaut, avec l’ajout du rachat des celles en circulation.

En mai 2020, les libéraux ont bel et bien interdit quelque 1500 modèles tout en permettant à leurs propriétaires de les conserver jusqu’à la mise en place du programme de rachat obligatoire devant être complété en deux ans.

On attend toujours son lancement – pendant que la Nouvelle-Zélande a réalisé le sien en six mois.

Au début de 2021, le ministre Bill Blair a déposé le projet de loi C-21, qui ne comprenait pas d’interdiction et qui faisait du programme de rachat une mesure volontaire. Largement condamnée, cette coquille vide est morte au feuilleton.

Lors de sa troisième campagne électorale fédérale en 2021, Trudeau a dit qu’il avait écouté les familles des victimes du féminicide à Polytechnique et s’est à nouveau engagé à mettre en place un rachat obligatoire. Il a aussi promis d’interdire les chargeurs de grande capacité.

Quelques mois plus tard, le ministre Marco Mendicino a déposé un nouveau projet de loi (C-21) en remplacement de l’ancien. Une fois de plus, la législation ne comprenait aucune interdiction. Le ministre a plutôt promis d’amender à cet effet son propre projet de loi par la suite.

En novembre 2022, les libéraux ont donné suite à cet engagement avec deux amendements, rendant ainsi complètes les interdictions de 2020. Toutefois, ils n’ont fourni aucune explication écrite et mis de l’avant aucune stratégie médiatique.

Inévitablement, le vide créé par le manque d’information a été comblé par le lobby des armes, soutenu par les conservateurs, alléguant faussement que ces amendements mèneraient à l’interdiction d’un grand nombre de fusils de chasse. L’incapacité du gouvernement à affronter cette désinformation a ultimement mené au retrait des amendements.

Scandaleusement, le Nouveau Parti démocratique a joué un rôle déterminant dans ce recul. Malgré le soutien publiquement affiché par Jagmeet Singh à l’égard d’une interdiction, les députés néo-démocrates ont perpétué le mythe touchant les fusils de chasse, et ont ensuite bloqué les négociations visant à trouver une solution de rechange efficace.

La « mesure » qui en découle n’a aucun effet concret. Elle ne touchera que des armes « qui n’ont pas encore été inventées », est facilement contournable et balaie du revers de la main les 482 modèles qui auraient été interdits par les amendements originaux. Ce, malgré la recommandation de la Commission des Pertes massives de la Nouvelle-Écosse d’interdire toutes les armes semi-automatiques à percussion centrale conçues pour recevoir des chargeurs amovibles d’une capacité de plus de cinq cartouches – et pas seulement des insaisissables « futurs » modèles.

Néanmoins, l’amendement a été accepté et le projet de loi qui, à d’autres égards, est relativement fort et mérite d’être appuyé, se retrouve maintenant devant le Sénat pour un second examen.

Est-ce la fin du combat pour interdire les armes d’assaut ? Peut-être pas.

En mai dernier, lors du dévoilement du nouvel amendement, les libéraux se sont engagés à prohiber cet automne les armes d’assaut qui ont échappé aux décrets de 2020 par voie de réglementation et à renforcer les règles interdisant les chargeurs de grande capacité.

D’innombrables sondages montrent que la grande majorité des Canadiens souhaitent éliminer ce type d’armes et d’accessoires. En concrétisant enfin leur interdiction, les libéraux pourront grandement améliorer l’évaluation que le public fait du gouvernement et du leadership du premier ministre en matière de violence armée et de sécurité publique.

LIENS

LA PRESSE CANADIENNE, La Presse, 11 octobre 2023

(…) Sécurité publique Canada a discrètement publié sur son site web, mercredi, la prolongation du programme de rachat d’armes à feu qui n’a pas encore été développé, affirmant que la période d’amnistie qui devait expirer à la fin du mois resterait en vigueur jusqu’au 30 octobre 2025.

(…) Un communiqué publié sur son site web indique que l’organisation a encouragé les autorités à prolonger l’ordonnance d’amnistie.

Dans un communiqué, le porte-parole du ministre de la Sécurité publique, Dominic LeBlanc, a déclaré que le gouvernement « s’engage à mettre en place un programme de rachat d’armes à feu qui permettra aux propriétaires d’armes à feu respectueux de la loi de rendre leurs armes à feu et d’être indemnisés ».

(…) « L’absence de progrès dans la mise en œuvre du programme de rachat, trois ans et demi après l’annonce des prohibitions initiales, est extrêmement décevante », a déploré PolySeSouvient, dans un communiqué.

Le groupe de défense du contrôle des armes à feu comprend des étudiants et des diplômés de l’École polytechnique de Montréal, où un homme armé a tué 14 femmes avec un Ruger Mini-14, en 1989.

L’organisation a déclaré que la prolongation de l’amnistie « témoigne de la mauvaise gestion globale du dossier des armes d’assaut par le gouvernement », y compris du projet de loi C-21.

(…) Les Médecins pour un meilleur contrôle des armes à feu, un autre groupe de défense du contrôle des armes à feu, ont déclaré, mercredi dans un communiqué, qu’ils étaient « déçus par l’absence d’un plan clair de rachat pour accompagner la prolongation de l’amnistie ».

(…) Les libéraux appréhendaient probablement la colère de groupes comme PolySeSouvient. Cette nouvelle prolongation de l’amnistie pour les propriétaires d’armes d’assaut — qui peuvent les conserver en attendant le programme de rachat, sans toutefois s’en servir — a donc été inscrite discrètement sur le site Web du gouvernement. Ce qui n’a pas empêché PolySeSouvient de déplorer, publiquement dans son cas, le fait qu’il « n’y a eu aucun progrès tangible sur le terrain lié aux promesses répétées de ce gouvernement ».

(…) L’inertie a assez duré. L’incapacité de ce gouvernement à gérer simultanément la multitude de crises auxquelles il fait face ne peut plus mener à ce que des politiques publiques comme celle-ci — qui récolte, rappelons-le, l’appui d’une majorité de citoyens — soient sans cesse différées.

(…) Le fait que M. LeBlanc énonce de la sorte les intentions d’Ottawa en termes de changements réglementaires rassure PolySeSouvient. « Le message du ministre était clair et sans équivoque. Nous nous permettons maintenant d’espérer que le gouvernement donnera suite à sa promesse d’interdire l’ensemble des armes de style militaire en circulation », a déclaré l’organisation représentant les survivants et les membres de la famille de victimes de la tuerie de Polytechnique.

Le ministre LeBlanc a mentionné qu’il devrait rencontrer des représentants de PolySeSouvient bientôt.

Alexandre Sirois, La Presse, 30 octobre 2023

Chers voisins, s’il vous plaît, en tout respect, renoncez à cette cassette et à toutes les autres, interchangeables, utilisées après chaque fusillade sanglante pour occulter le problème ou le pelleter en avant.

Extrait d’un essai éclairant sur l’histoire de la violence par arme à feu aux États-Unis du romencier Paul Auster, intitulé Pays de sang.

(…) « Depuis les tout premiers jours de la République, nous sommes divisés entre ceux qui croient que la démocratie est une forme de gouvernement qui garantit aux individus la liberté de faire absolument ce qu’ils veulent et ceux qui croient que nous vivons en société et sommes responsables les uns des autres, que la liberté que nous donne la démocratie s’accompagne d’une obligation d’aider ceux qui sont trop faibles ou trop malades ou trop pauvres pour s’aider eux-mêmes, conflit séculaire entre le besoin de protéger les droits et libertés individuelles et les intérêts du bien commun. Ce conflit est à son apogée dans le débat qui se poursuit sur les armes, car le fossé philosophique entre les deux camps est si profond que durant plusieurs décennies il a empêché les forces pour ou contre le contrôle des armes d’œuvrer ensemble à un compromis pour tenter de remédier à la calamité pathétique de ce débordement de violence par les armes qui continue de se répandre jusque dans le moindre recoin des États-Unis. »

Et ça ne va pas en s’améliorant, fait-il remarquer.

« Cette situation d’impasse est amère et sauvage, si pleine d’animosité mutuelle que ces dernières années, les deux camps se sont si radicalement éloignés qu’ils ne semblent plus tant exprimer des positions opposées que parler une autre langue. »

Féministicides

Jean-François Lisée, Le Devoir, 20 septembre 2023
(Reproduction avec l’autorisation de l’auteur)

Jean-François Lisée

Mais à quelle heure et dans quelle salle a lieu mon prochain cours ? Pourquoi est-il désormais impossible de trouver cette information pratique sur le site de l’université ? Parce que nous sommes en 2023. Parce que c’est dangereux. Parce que des enragés, antiféministes, parfois nostalgiques de Marc Lépine (l’auteur de la tuerie de Polytechnique) peuvent surgir dans un cours, arme à la main. Paranoïa ? Parlez-en à Katy Fulfer.

Le 14 juin dernier, elle donnait le cours Philosophie 102 à une quarantaine d’étudiants de l’Université de Waterloo. Selon la description du cours jusque-là affichée sur le site, il s’agissait d’examiner « la construction du genre dans l’histoire de la philosophie à travers des discussions contemporaines. Qu’est-ce que le genre ? Comment “faire” le genre ? Comment pouvons-nous “défaire” le genre — et le voulons-nous ? »

C’était trop pour le jeune Geovanny Villalba-Aleman, 24 ans. À 15 h 30, il est entré dans la classe et a demandé à l’enseignante : « C’est un cours de psychologie ? » Non, a-t-elle répondu, « c’est un cours de philosophie, on parle du genre ». Elle lui a demandé de partir. Il a posé son sac, en a retiré un long couteau, l’a sorti de son étui et, avec un sourire haineux, selon un étudiant, a bondi sur la prof.

Ella a couru vers le fond de la salle. Il l’a poursuivie. Un étudiant lui a lancé une chaise, « au moins pour le blesser », a-t-il raconté. D’autres ont tenté de s’interposer. Il en a blessé deux, une jeune femme et un jeune homme, et a tenté d’en atteindre un troisième. Il a quitté la pièce et voulu se fondre dans la foule. Il connaissait bien les lieux, lui qui y avait fait son bac en physique. Les policiers l’ont facilement retrouvé. Il est notamment accusé de tentative de meurtre et de terrorisme. Les blessures étaient graves, mais non létales.

Pour les policiers et des amis interrogés par les journalistes locaux, sa motivation était claire : il visait les féministes et les gais. Le choix de la classe, et du prof, était délibéré. Pourquoi ? Des proches signalent qu’il venait d’une famille équatorienne conservatrice — il a immigré en 2018 —, qu’il avait les gais en aversion et qu’il éprouvait de la difficulté à nouer des liens sociaux. En plus, on était, en juin, en pleine célébration du Mois de la fierté gaie. Mais de là à vouloir tuer ?

On a beaucoup parlé, en France et ici, de l’assassinat de Samuel Paty, l’enseignant français mort pour avoir voulu enseigner la tolérance à la critique en montrant dans un lycée des caricatures de Mahomet, celles-là mêmes qui ont valu la mort aux rédacteurs de la revue Charlie Hebdo. On trouve ici un cas semblable, issu d’une autre forme d’intolérance extrême. Le féministicide ou, dans ce cas, la tentative de féministicide.

Les mots ont un sens. Notre décision collective d’appeler « féminicides » les assassinats de femmes ne date que de quelques années. Ce simple changement projette dans l’esprit collectif une prise de conscience. Ce qui était hier occulté, minoré, est maintenant sous la cruelle lumière du projecteur sémantique. Un premier pas.

Je n’oublierai jamais l’endroit où j’étais le matin du jeudi 7 décembre 1989, lendemain du jour où Marc Lépine a fauché la vie de 14 jeunes femmes dans une rage, non antiféminine, mais antiféministe. J’avais cours. Féminisme et communication. À l’UQAM. Mes camarades de classe étaient atterrées. Mais elles se sentaient dangereusement proches du genre de cible qu’avait cherché la veille le tueur et que pourrait encore viser, demain, un autre enragé de sa trempe.

« Vous êtes toutes des féministes », avait fameusement crié Lépine avant de tirer, laissant derrière lui une note où il fantasmait d’éliminer 19 personnalités féministes : journalistes, personnalités de l’écran, syndicalistes. S’il avait connu l’existence du cours Féminisme et communication, nous disions-nous ce matin-là, ou si un de ses émules voulait venir y sévir, que ferions-nous ?

Seul homme du groupe (nous étions cinq au premier cours, les autres avaient déserté tôt dans la session — des pleutres), je n’osais dire tout haut ce qui me passait par la tête. Ce Lépine 2 ne trouverait-il pas choquant qu’un homme trahisse son genre en se soumettant à cette infâme idéologie, semaine après semaine ? Je me demandais si, pendant l’assaut, j’aurais eu le cran d’intervenir, de m’interposer. De lancer une chaise, au moins.

La volonté de faire taire les féministes, dans les campus et ailleurs, comme la diffusion de la haine envers elles est désormais un phénomène de société inquiétant. Il existe dans les campus, certes. Et le recteur de l’Université de Waterloo, Vivek Goel, a raison d’écrire que l’agresseur a certes visé des personnes, mais « a aussi enfoncé son couteau au coeur de la valeur la plus importante des institutions académiques : la liberté académique ».

Mais il déborde les milieux universitaires. Le blogueur montréalais Jean-Claude Rochefort a incité ses 60 000 abonnés à bien préparer la célébration du « saint Marc Lépine Day », le jour de commémoration de la tuerie, en n’oubliant pas de « polir leurs carabines ». Il purge une peine d’un an de prison pour incitation à la haine.

Une jonction toxique s’opère entre la détresse sexuelle d’hommes qui n’ont pas de succès auprès des femmes, les incels pour « célibataires involontaires », la nostalgie d’une époque où les hommes dominaient, la haine des féministes et des gais.

À Toronto, il y a cinq ans, un Alek Minassian a lancé son véhicule sur un trottoir, fauchant 26 personnes, 11 mortellement. Son objectif : se venger des femmes. Il a dit espérer que son geste serait suivi par d’autres qui, comme lui, sont encore vierges, pas par choix, à 25 ans. Il est en prison pour au moins 25 ans.

Nous ne sommes donc pas à l’abri des émules de Marc Lépine. Au contraire. Ils sont plus nombreux que jamais. La vigilance, la prévention et une vraie stratégie s’imposent. Et entraînons-nous, au moins, au lancer de chaise.

Jean-François Lisée a dirigé le PQ de 2016 à 2018. Il vient de publier Par la bouche de mes crayons (Somme Toute/Le Devoir).

 jflisee@ledevoir.com

Autres liens : Féminicide

Éditorial de la Lettre aux Amis du mois de juin 2023

C’est en lui que vous tenez bon (1Cor, 15 1)

J’ai souvent été questionné au sujet de notre choix de vie missionnaire : « pourquoi allez-vous si loin alors que nous manquons de prêtres ici ? » Cette question est plutôt récente, car, au tournant des années 1960, les prêtres étaient nombreux et le nombre de missionnaires canadiens-français avoisinait les 60,000 personnes, femmes et hommes religieux et laïcs.

De nos jours, le nombre de prêtres a beaucoup diminué ainsi que les vocations missionnaires. Pourtant, cet appel missionnaire persiste. Originaire de Beauce, notre confrère Martin Grenier retourne en Afrique, plus précisément au Malawi. En contrepartie, notre confrère Franck Kalala, originaire de la République Démocratique du Congo, est récemment arrivé au Mexique où il s’est mis à l’étude de l’espagnol.

Il en a toujours été ainsi chez les Pères Blancs depuis plus de 150 ans, parfois au prix de leur vie. Zambien d’origine, notre confrère Moses Simukonde, âgé de 35 ans, a perdu la vie tragiquement au moment où il se dirigeait à l’aéroport de Ouagadougou au Burkina Faso. Il a été accidentellement atteint d’une balle perdue, tirée par un militaire. Nous en sommes tous très attristés.

Qu’est-ce qui nous pousse donc à côtoyer le danger en pays étranger, pourquoi nous donner tant de mal à apprendre de nouvelles langues et devoir constamment nous adapter à de nouveaux environnements sociaux ? L’appel missionnaire est plus fort que tout. Il n’est certainement pas rationnel. À vrai dire, il est un élan d’amour pour témoigner de Jésus, de son Évangile, en qui nous tenons bon, comme le souligne l’apôtre Paul.

Malgré toutes les difficultés humaines, la joie est au rendez-vous ainsi que la jeunesse. Nous vous invitons à le découvrir en lisant la revue que vous tenez entre vos mains. Partageons notre espérance et solidarité avec les Sœurs de Saint-Rosaire, maintenant retraitées, qui méritent, elles aussi, de profiter d’un temps de retraite après une longue vie de dévouement.

Bonne lecture,

Père Serge St-Arneault, M.Afr

Rendez-vous manqué par le NPD!

Le 2 mai 2023, Marco Mendicino, ministre de la Sécurité publique du Canada, a déposé l’amendement au projet de loi C-21 qui remplace les deux amendements interdisant les armes d’assaut déposés en novembre dernier et retirés en début d’année, soit celui autorisé par leur partenaire de gouvernance minoritaire, le Nouveau Parti Démocratique (NPD) dirigé par Jagmeet Singh.

Déçue, oui, mais suis-je vraiment étonnée? Non, le manque d’intégrité du chef du NPD est si évident, alors, la suite se devine facilement.

Alors que le moment présent permettait, enfin après plus de 30 ans, de faire une avancée déterminante sans crainte de voir les acquis perdus lors de prochains bouleversements politiques, Jagmeet Singh a reculé et s’est aligné avec les Conservateurs de Pierre Poilievre et les membres de leur Lobby Pro Armes. Peut-être a-t-il bénéficié d’une promotion de leur dirigeante madame Tracey Wilson?

Selon le chef du NPD, sa décision est appuyée par son désir de soutenir les populations autochtones qui craignent pour leur droit de chasse.

Nul doute que les peuples autochtones ont des droits, et des besoins, mais le scénario minable écrit par Jagmeet Singh mets à risque, non seulement les populations autochtones, et surtout leurs femmes en les exposant à des contexes de violence insupportable, mais aussi, nous la population canadienne confrontée depuis 2017, à des phénomènes de violence armée de plus en plus insoutenables.

Pourtant, il y a quelques années, ce parti, le NPD, avait le vent dans les voiles, avec un chef engagé, ouvert, vrai dans ses principes et surtout, solidaire suite aux événements tragiques vécus par nos populations au Québec. Oui, il s’agit bien de Jack Layton.

Sans compter que comme député de Toronto-Danforth, jamais, il n’aurait renié les promesses d’améliorer la sécurité publique dans nos communautés urbaines ou rurales, surtout après la fusillade survenue en juillet 2018.

Je m’ennuie de Jack Layton, un homme politique capable toujours de se tenir debout!

Avec cette contre-performance, j’avoue que l’idée de m’associer avec le NPD pour quelques luttes que ce soit est éteinte à jamais. Je ne voudrais pas non plus le voir à mes côtés, ni ceux de ma famille, lors d’une prochaine commémoration des quatorze victimes, dont ma sœur Maud, de la tragédie survenue à l’École Polytechnique de l’Université de Montréal.

Sylvie Haviernick près de la stèle de Maud.

Sur une note plus souriante, je suis certaine que monsieur Singh à augmenter ses opportunités d’apparaître dans les médias, peut-être même le prochain Bye Bye 2023.

Oui, j’aimerais le voir nous dire Bye Bye à tout jamais!

Sylvie Haviernick,

Sœur de Maud, décédée le 6 décembre 1989, à l’École Polytechnique

LIENS

MESSAGE DE POLYSESOUVIENT

Le gouvernement du Parti Libéral à Ottawa a promis en mai 2022 que le projet de loi C-21 sera amendé afin d’assurer une interdiction complète, car de nombreux modèles échappaient aux décrets de 2020 à cause d’exemptions arbitraires. Ce sont ces armes qui auraient été interdites par les amendements retirés G-4 et G-46, pas les armes de chasse.

Les Libéraux se sont malheureusement pliés aux standards lamentables du NPD afin de maintenir leur entente politique. Ils ont accepté de proposer un nouvel amendement qui en pratique ne servira à presque rien (une définition qui s’applique seulement pour des futurs modèles et facilement contournable).

Des centaines de modèles d’armes d’assaut (qui représentent des dizaines de milliers d’armes en circulation) demeureront légaux et même sans restriction. Le programme de rachat obligatoire perd tout son sens car les propriétaires d’armes prohibées en 2020 n’auront qu’à prendre l’argent et s’acheter un autre modèle légal.

Communiqué de presse : 

PHOTO OLIVIER JEAN, ARCHIVES LA PRESSE
Justin Trudeau participant à un hommage aux victimes du féminicide de Polytechnique, en 2015

Les armes d’assaut n’ont pas leur place dans nos communautés

NATHALIE PROVOST, SURVIVANTE DU FÉMINICIDE À POLYTECHNIQUE, L’AUTEURE EST MÉDAILLÉE DE LA BRAVOURE DU CANADA

(…) Le 6 décembre 1989, le dernier regard d’Annie Saint-Arneault s’est imprimé sur ma rétine. Le son du dernier souffle de Barbara Daigneault résonne toujours à mes oreilles. Je sens encore les corps d’Hélène Colgan, Anne-Marie Lemay et Nathalie Croteau toucher le mien, notre sang s’est mêlé ce soir-là.

(…) Je ne peux pas accepter de demi-mesure concernant l’interdiction des armes d’assaut, je m’en suis fait le serment à la mémoire de mes consœurs. C’est une demi-mesure qui a été proposée lundi dernier par le ministre de la Sécurité publique, Marco Mendicino.

AUTRE LIEN

PARC NOMMÉ À LA MÉMOIRE DE MAUD HAVIERNICK

La gâchette (et le gâchage) néodémocrate

En mars 2021 PolySeSouvient avait envoyé une lettre à Trudeau lui demandant de ne pas se présenter à nos côtés lors des prochaines commémorations parce qu’il avait brisé sa promesse d’éliminer les armes d’assaut sur le marché canadien. PolySeSouvient lui avait pardonné à la suite de sa promesse de 2021 de ramener le programme de rachat obligatoire.

Trudeau et Mendicino ont également promis en mai 2022 que le projet de loi C-21 serait amendé afin d’assurer une interdiction complète, car de nombreux modèles échappaient aux décrets de 2020 à cause d’exemptions arbitraires. Ce sont ces armes qui auraient été interdites par les amendements retirés G-4 et G-46, pas les armes de chasse.

Le 1er mai dernier, les Libéraux se sont pliés aux standards lamentables du NPD afin de maintenir leur entente politique. Ils ont accepté de proposer un nouvel amendement qui en pratique ne servira à presque rien (une définition qui s’applique seulement pour des futurs modèles et facilement contournable). Des centaines de modèles d’armes d’assaut (qui représentent des dizaines de milliers d’armes en circulation) demeureront légaux et même sans restriction. Le programme de rachat obligatoire perd tout son sens car les propriétaires d’armes prohibées en 2020 n’auront qu’à prendre l’argent et s’acheter un autre modèle légal.

À lire ici-bas la chronique d’Hélène Buzzetti publié aujourd’hui qui résume bien le gâchis actuel. Seul le Bloc Québécois grâce au travail remarquable de la député Kristina Michaud, porte-parole pour la Sécurité publique et la Protection civile, a priorisé l’intérêt public plutôt que les intérêts partisans comme l’ont fait le Parti Libéral du Canada et le Nouveau Parti Démocratique.

La gâchette (et le gâchage) néodémocrate

Par Hélène Buzzetti, 5 mai 2023

CHRONIQUE / Justin Trudeau devra dorénavant meubler son horaire du 6 décembre autrement qu’en prenant part aux commémorations de la fusillade misogyne de Polytechnique. Car PolySeSouvient ne veut plus le voir là. Le groupe ne décolère pas que le gouvernement libéral minoritaire ait édulcoré l’interdiction des armes d’assaut pour plaire à son partenaire néodémocrate. Les nouvelles mesures dévoilées cette semaine constituent en effet un recul majeur, pour lequel il faudra demander des comptes à Jagmeet Singh aussi.


Comme promis, le ministre de la Sécurité publique, Marco Mendicino, a inséré lundi dans son projet de loi C-21 une définition technique de ce qui constitue une arme d’assaut afin de trancher à l’avenir, de manière neutre et non partisane, quelles armes seront interdites. Pour être qualifiée « d’assaut », une arme devra: ne pas être une arme de poing, tirer des munitions à percussion centrale, être semi-automatique et avoir été conçue à l’origine avec un chargeur détachable d’une capacité de six cartouches ou plus.

L’idée paraît attrayante et est accueillie avec enthousiasme par les députés néodémocrates. « On va tarir le problème à la source », s’est ainsi félicité Alexandre Boulerice.

Il y aurait en effet de quoi se réjouir si c’était vrai. Mais voilà: ce ne l’est pas. Car il y a un « détail » de taille. Cette définition se veut « prospective ». Elle s’appliquera seulement aux futures armes de nouvelle conception, pas à celles qui existent déjà. Et c’est là que la concession accordée au NPD prend toute son importance.

En 2020, Ottawa a interdit par décret 1500 armes (qui se déclinent en 2000 modèles environ). Puis cet automne, il a ajouté à cette liste 482 autres modèles, qui remplissent les quatre critères de la définition, mais qui avaient été exemptées en 2020 pour des raisons contestées. Du lot, il y avait la SKS, qui a été utilisée pour une fusillade de Fredericton en 2018, une cavale meurtrière en Colombie-Britannique en 2019 et l’assassinat de deux policiers à Toronto en 2022. La concession, c’est qu’Ottawa a renoncé cette semaine à interdire ces 482 modèles, incluant la SKS.

Comprenons-nous bien. Il ne s’agit pas d’une clause grand-père permettant à ceux possédant déjà ces armes de les conserver. Si tel était le cas, on gèlerait au moins leur nombre. Mais non. Ces anciens modèles pourront continuer d’être vendus en magasin à n’importe qui détenant le droit d’acheter des armes. C’est ça, une définition prospective: les vieux modèles, même flambant neufs, pourront continuer de proliférer.

C’est un peu comme si, au nom des changements climatiques, on exigeait que toutes les voitures soient électriques à partir de l’année-modèle 2025, mais qu’on laissait les GM, Toyota et consorts manufacturer leurs modèles à essence 2024 pour l’éternité.

On appelle ça une brèche béante.

Comme le souligne PolySeSouvient, on peut questionner dans ce contexte l’utilité du programme de rachat obligatoire devant voir le jour sous peu. Les propriétaires « dépossédés » n’auront qu’à utiliser l’argent gouvernemental empoché pour se racheter en magasin l’un ou l’autre des 482 modèles encore disponibles! À ce compte, vaut-il la peine de dépenser tous ces milliards? Voilà pourquoi PolySeSouvient est si en colère. Il n’y aura pas moins d’armes d’assaut en circulation, il y aura juste moins de diversité.

Le gouvernement rétorque qu’il conserve sa capacité d’interdire à tout moment d’autres armes, incluant les 482, par décret. C’est vrai. Il mettra d’ailleurs sur pied un panel d’experts qui le conseillera à ce sujet. Mais PolySeSouvient rappelle qu’un comité similaire a déjà existé et que la diversité des intérêts y étant représentés ne permettait pas d’en arriver à des consensus satisfaisants.

L’autre problème de la réforme Mendicino est que la définition parle de la conception d’origine de l’arme d’assaut et non de sa capacité réelle. Ainsi, une arme conçue avec un petit chargeur sera autorisée même si elle peut théoriquement en accueillir un plus gros. Les fonctionnaires ont expliqué qu’il s’agit d’éviter que des armes deviennent rétroactivement interdites si des manufacturiers concevaient par la suite des chargeurs à grande capacité qui s’adonnaient à être compatibles.

Tout n’est pas noir pour autant. D’abord, Ottawa obligera désormais les manufacturiers à faire classifier par la GRC, en amont, les nouveaux modèles qu’ils entendent mettre sur le marché. Cela évitera que certains échappent aux mailles du filet. L’interdiction des chargeurs à grande capacité sera renforcée. Ottawa maintient aussi une disposition législative faisant en sorte qu’un futur gouvernement ne pourra pas retourner en arrière et rendre plus accessible une arme classifiée.

Il faut aussi admettre que PolySeSouvient ne détient pas le monopole de la vérité en matière d’armes à feu. Il se trouve des militants ayant une position moins rigide. C’est le cas de la Coalition pour le contrôle des armes à feu. Sa cofondatrice Wendy Cukier a ainsi salué les nouvelles dispositions. Est-elle entièrement satisfaite? Non, et pour des raisons similaires à celles de PolySeSouvient. Mais elle rappelle qu’en société, il faut parfois faire des compromis si on ne veut pas rebuter ses adversaires au point de faire avorter la réforme espérée.

Sur le fond, force est quand même d’admettre que ces concessions ont été faites pour des raisons partisanes. Le gouvernement aurait pu procéder seulement avec l’appui du Bloc québécois, qui ne réclamait pas autant de compromis. Mais les libéraux voulaient absolument obtenir l’aval du NPD, leur partenaire de quasi-coalition, question de ne pas compromettre l’entente leur permettant de demeurer au pouvoir.

Justin Trudeau en a lui-même fait un enjeu partisan mardi en réagissant ainsi à la sortie de PolySeSouvient: « Les Canadiens auront un choix clair lors de l’élection entre un parti qui a posé des gestes significatifs pour resserrer le contrôle des armes […] et un parti qui veut former le gouvernement et qui veut affaiblir le contrôle des armes ». Bref, il faut se contenter de ce compromis pour éviter le pire, c’est-à-dire les « méchants » conservateurs.

Si le gouvernement s’est montré si sensible aux arguments du NPD, c’est notamment parce que le parti de Jagmeet Singh, représentant plusieurs circonscriptions rurales ou nordiques, a entendu la colère des chasseurs autochtones. Ces derniers craignaient de voir leurs armes de prédilection désormais interdites. On a évoqué les droits ancestraux.

Pourtant, même le ministre responsable des Relations Couronne-Autochtones, Marc Miller, a reconnu que si « les peuples autochtones ont un droit de chasser et cueillir, ils n’ont pas nécessairement un droit constitutionnel d’avoir un type d’arme spécifique ». Le ministre a rappelé à juste titre que des groupes de femmes autochtones avaient aussi demandé l’interdiction de certaines armes ayant été utilisées contre elles. « On a certains éléments de friction », a-t-il admis pudiquement.

Mais voilà, le gouvernement Trudeau s’est dégonflé parce qu’il craint comme la peste de se faire accuser de manquer de sensibilité envers les Premières Nations. Faut-il s’en étonner quand on sait qu’il a accordé dans la convention collective de ses fonctionnaires deux jours de congé de chasse payés pour les Autochtones, mais pas les autres?

Cette réforme est certes un début. Mais elle demeure quand même loin de la promesse initiale de M. Trudeau de 2019 de bannir et retirer de la circulation toutes les armes d’assaut. Reste à voir si les électeurs s’en souviendront en 2025, quand même Jagmeet Singh ne pourra plus empêcher la tenue d’un scrutin.

LIEN

(…) Le ministre Mendicino a vanté, durant son point de presse, les mesures incluses dans le C-21, qui vise à renforcer le gel des armes de poing et l’interdiction des armes de type d’assaut. Sur ce dernier volet, l’approche préconisée par le gouvernement est vertement critiquée par des groupes comme PolySeSouvient puisqu’elle ne s’attaque pas aux armes jugées problématiques qui se trouvent déjà sur le marché. (…)

Mylène Crête, La Presse, 18 mai 2023

(Ottawa) Les libéraux ont obtenu l’appui du Nouveau Parti démocratique (NPD) et du Bloc québécois pour l’adoption de leur projet de loi sur le contrôle des armes à feu. Sans surprise, les conservateurs qui s’y opposaient depuis le début ont voté contre.

Le groupe PolySeSouvient a souligné dans un communiqué le progrès que représente C-21 pour protéger les victimes de violence conjugale contre la violence armée, mais il déplore du même souffle que l’interdiction des armes d’assaut dans la législation s’appliquera seulement aux nouvelles armes qui entreront sur le marché canadien, et non à celles qui sont déjà en circulation. Une définition d’armes prohibées et une liste auraient permis de retirer les armes d’assaut existantes et d’empêcher qu’elles soient mises en marché.

PHOTO BRITISH COLUMBIA COMBINED FORCES SPECIAL ENFORCEMENT UNIT, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

L’accessibilité des imprimantes 3D et des plans numériques fait en sorte qu’il est désormais plus facile que jamais de se fabriquer une arme à feu fonctionnelle, et ce, à un coût moindre.

(Montréal) La fabrication artisanale des armes à feu est en voie de devenir un véritable fléau, aussi bien au pays que dans la province.

Marie-Ève Martel, La Presse Canadienne, La Presse, 30 juillet 2023