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Reportage télévision de Radio-Canada – Violences politiques au Congo.

Par Julien Cormier, M.Afr

Nous avons des confrères M.Afr à Kinshasa, au Katanga, au Kivu. Et à Montréal, au début de reportage on entrevoit notre confrère Serge St-Arneault, parmi les prêtres à la Mission Notre-Dame d’Afrique (25 mars 2018). Où est la place de l’Église congolaise quand le puissant massacre les petits? Quand les forces de l’état tirent sur la foule après la messe du dimanche? Quand les enfants meurent en travaillant à mains nues dans les mines de cobalt et de coltan (nécessaires pour nos appareils électroniques, iPhone, iPad, iPod, pour nos futures voitures électriques)? Et que font les gouvernements du Canada et du Québec pour soutenir le retour à la bonne gouvernance, le départ des dictateurs, l’exploitation légale des richesses naturelles en toute équité au profit du peuple congolais (infrastructures, santé, éducation) et non pas de la famille présidentielle ou de celles des ministres vendus aux intérêts des pays étrangers?

Crise Congo N-D Afrique MTL

Voir le lien suivant sur le compte Twitter de Céline Galipeau en date du 1er mai 2018 : Les violences politiques reprennent de plus belle en République démocratique du Congo. Les détails avec @SRCLanglois au #tj22h

La « Marche pour nos vies » de Montréal – samedi 24 mars 2018.

Témoignage de Serge St-Arneault.

J’étais un peu perdu en sortant du métro Atwater. Cette sortie mène à un vaste centre d’achat souterrain. Je finis par trouver la sortie qui mène au Square Cabot. Il y a déjà une foule autour du monument de Jean Cabot, navigateur et explorateur vénitien au service de l’Angleterre en 1497. Ce n’est pas étonnant. Après tout, le square est situé du côté ouest de la ville de Montréal.

Marche pour nos vies MTL 04

Les messages transmis sur des pancartes sont surtout rédigés en anglais. L’un d’eux est retentissant : « Depuis les cinq dernières années, le nombre de décès par armes à feu (aux États-Unis) est de 156,993 alors que celui des jeunes qui croquent par défi des capsules de détergent Tide est de 8, dû à l’empoisonnement. Le défi Tide (Tide Pods) est interdit, mais ce n’est pas le cas de la prolifération d’armes d’assaut. »

Les organisateurs de la marche, Phil Lord et Sophie Rose Saidmehr ont pris la parole en évoquant la grande solidarité qui mobilise plus de 800 rassemblements semblables un peu partout dans le monde. Un étudiant de l’école secondaire de Parkland, en Floride, a évoqué le drame qu’il a vécu. De même qu’une mère de famille.

Plus près de nous, plusieurs étudiants de la Polytechnique de Montréal ont voulu témoigner de leur soutien indéfectible qui se transmet d’une génération d’étudiants à l’autre depuis la tragédie du 6 décembre 1989. Le message est le même partout : « Protégeons nos enfants. Pas les armes à feu. »

Pour moi, l’entrevue qu’Heidi Rathjen a accordée à l’Associated Press est d’une clarté limpide. Elle a rappelé que son combat se poursuit puisque les armes d’assaut demeureront légales au Canada malgré le projet de loi C-71 déposé le mardi 20 mars 2018 à la Chambre des communes.

Marche pour nos vies MTL 10«La plupart des tueurs de masse qu’on connaît — à Concordia, à Dawson, à Moncton, la soirée des élections, à la mosquée — étaient des propriétaires légaux d’armes restreintes. Ce n’est pas parce qu’elles sont restreintes qu’elles sont plus difficiles à obtenir. Elles devraient être prohibées».

Beaucoup d’Américains ont encore l’impression que les lois canadiennes sont plus efficaces qu’aux États-Unis. On oublie trop souvent que nous avions au Canada un registre d’armes qui, malgré ses lacunes, distinguait notre pays des autres pour son haut niveau de sécurité en faveur des citoyens. Cela a été détruit par le gouvernement Harpeur en 2012. L’annonce du prochain projet de loi C-71 réintroduit des mesures sans pour cela interdire les armes d’assaut ‘non restreinte’ tel que le Kel-Tec RDB.

Marche pour nos vies MTL 18Finalement, j’ai rattrapé en courant la foule de 700 personnes qui s’était mise en marche en empruntant les rues Sainte-Catherine, Saint-Mathieu et le boulevard René-Lévesque jusqu’à la rue St-Alexandre où se trouve le Consulat général des États-Unis, tout juste derrière l’église du Gesu.

Nous entrerons demain dans la Semaine sainte avec la messe des Rameaux qui commémore la passion de Jésus. Soudainement, je vois une similarité avec la « Marche pour nos vies ». En effet, la passion de Jésus a aussi été une marche jusqu’au calvaire. Celle-ci n’est-elle pas aujourd’hui nos propres douloureuses marches vers l’exigence de lois qui protègent les enfants de tueries effroyables dans les écoles? Avec un peu plus d’imagination, on pourrait même associer les clous qui ont transpercé la chair de Jésus aux balles tirées par des armes à feu qui causent d’effroyables blessures et pertes de vie.

Pour nous, croyants, la croix de Jésus est un étendard et une source d’espérance, car, par elle, au-delà de la mort, pointe une promesse de vie éternelle. Celle-ci sera possible dans la mesure où dès maintenant nous décidions de marcher, c’est-à-dire de nous engager, pour un monde meilleur exempt d’armes d’assaut légalement en vente ici au Canada pour quiconque a les moyens financiers d’en acheter.

Liens : Journal Métro, 24 mars 2018 : Une «March for Our Lives» montréalaise.

Également sur Huffingtonpost.ca

Entrevues de Serge sur les ondes de Radio VM, mars 2018.

En l’espace de deux semaines, j’ai participé à deux émissions de radio sur les ondes de Radio VM. La première était animée par Mario Bard et intitulée ‘Vues d’Ailleurs’.  Mario est très sympathique. Voici ce qui est dit à son sujet sur le site internet de Radio VM; Après une formation en théâtre qui l’a ouvert à la culture, à la recherche, à la communication et à l’être humain, Mario Bard a laissé son intérêt envers la théologie et la religion le mener vers ses premières animations radiophoniques, à Radio VM en 1998. Il y a été journaliste-animateur pendant trois ans, avant de devenir responsable des communications à l’Aide à l’Église en détresse, où il est toujours pigiste, et d’assurer l’animation culturelle et pastorale au Relais Mont-Royal.

L’objectif de cette émission radio est d’informer les auditeurs sur la situation difficile des chrétiens d’ailleurs et donne l’occasion d’écouter des témoignages poignants. En partenariat avec l’Aide à l’Église en Détresse, Mario Bard donne une voix aux sans-voix du monde entier, et prend la parole pour nous sensibiliser et nous interpeller. Mario anime aussi une autre émission intitulée ‘Questions d’Aujourd’hui’.

Cliquer sur le lien audio suivant pour écouter l’émission.

La deuxième émission était animée par Jean-Philippe Trottier et intitulée ‘En Dialogue’. J’ai aussi eu beaucoup de plaisir à répondre à ses questions qui portaient sur mon expérience en Afrique, mon engagement comme directeur du Centre Afrika et le christianisme africain. Voici ce qui est dit de lui sur le site internet de Radio VM; Jean-Philippe Trottier a étudié la musique à McGill et au Conservatoire de Montréal ainsi que la philosophie à La Sorbonne (Paris IV). Journaliste et essayiste polyglotte, il a écrit trois ouvrages : Le Grand Mensonge du féminisme (Michel-Brûlé, 2007), Lettres au fils (Liber, 2012) et La Profondeur divine de l’existence (Médiaspaul, préface de Charles Taylor, 2014). Il a aussi écrit notamment pour Liberté, L’Agora et Philo & Cie. Ses séjours à l’étranger l’ont familiarisé avec les particularismes culturels et la nécessité de donner un sens aux choses et aux événements.

Son émission, ‘En Dialogue’, est vouée aux questions œcuméniques et interreligieuses qui interrogent également l’athéisme purificateur et l’art en tant que manifestation d’un Beau qui transcende les clivages doctrinaux. À une époque où les différences religieuses se manifestent de plus en plus, les passerelles sont de plus en plus nécessaires. Jean-Philippe anime aussi une autre émission de grande écoute intitulée ‘Questions d’actualité’.

Cliquer sur le lien audio suivant pour écouter l’émission.

Radio VM logo

Vues d’ailleurs : votre regard sur l’Église du monde!

Mercredi 14 mars 2018 dès 19 h, le père Serge Saint-Arneault, Père blanc d’Afrique, communauté qui célèbre ses 150 ans cette année! (https://mafr.net/)

Missionnaire pendant de nombreuses années au Malawi, en Zambie et en République Démocratique du Congo, il nous parle de l’importance de la présence du missionnaire.

Une présence qui ne peut être qu’amoureuse et accompagnatrice d’un peuple. Il est aujourd’hui directeur du Centre Afrika de Montréal.

Rendez-vous dès 19 h, mercredi le 14 mars, à Radio VM (www.radiovm.com) et en rediffusion le vendredi à 16 h,
le dimanche à 22 h, et le mercredi suivant à 13 h 30.
Vues d’ailleurs : parce que l’Église habite et sert dans le monde entier!

Lien: https://acn-canada.org/fr/radio-vues-dailleurs-mercredi-14-mars-2018/

Jalons historiques du peuple québécois depuis la Nouvelle-France jusqu’à nos jours.

Les nouveaux arrivants ont parfois de la difficulté à comprendre la culture québécoise; mœurs, valeurs, traditions, références religieuses, modernité, etc. Ce n’est pas facile de s’y retrouver sans une connaissance générale de l’histoire qui façonne « les gens de ce pays ».

Le Centre Afrika vous convie à une présentation des principaux jalons historiques du Québec afin de vous permettre de saisir un peu mieux l’identité de ce peuple qui traverse une période d’incertitude identitaire. Quelle contribution « les nouveaux arrivants » sauront apporter à leur société d’accueil?

Conférencier : Serge St-Arneault, M.Afr. Directeur du Centre Afrika.

Vendredi 23 février 2018 de 11h00 à 15h00 au Centre Afrika, 1644, rue Saint-Hubert, Montréal (Métro Berri-UQAM).

Activité gratuite, dégustation sur place. Pour inscription : contacter les intervenants au Centre Afrika, 514 843-4019 poste 221 ou intervention@centreafrika.com

Cette activité est réalisée grâce à la contribution de nos partenaires que sont la ville de Montréal et le ministère de l’Immigration, Diversité et Inclusion du gouvernement du Québec dans le cadre du projet : Accompagnement des personnes issues de l’immigration pour une intégration durable.

Le langage des masques

Conférence-causerie sur les masques Gule Wamkulu avec Serge St-Arneault, directeur du Centre Afrika, à l’Éspace Mushagalusa

« Le plus important, c’est la solidarité ». Entrevue avec Audrey Tremblay.

AUDREY TREMBLAY, Le Nouvelliste

La Tuque — Lundi, ce sera le triste anniversaire de la tuerie au Centre culturel islamique de Québec. Serge St-Arneault, qui a perdu sa sœur Annie lors de la tragédie de l’école Polytechnique, se rendra à Québec avec des membres de Poly se souvient en soutien aux victimes et aux survivants. Le Latuquois se rappelle les moments difficiles qui suivent un tel drame.

«Les gens de la mosquée de Québec étaient présents avec nous lors de notre dernière conférence de presse (sur le contrôle des armes à feu). On va maintenant à Québec en solidarité avec eux», a confirmé M. St-Arneault.

Ce dernier indique toutefois que leur intention première n’est pas d’aller militer pour le contrôle des armes à feu. «Ça devient un peu secondaire. Le plus important, c’est la solidarité, les marques de soutien aux familles éprouvées, c’est ça l’enjeu important», a-t-il indiqué.

Serge St-Arneault se souvient, malgré le temps qui a passé, des premières années qui ont suivi le drame de la Polytechnique. «Chez nous, dans notre famille, je crois qu’il a fallu huit ans avant de commencer à en parler entre nous à la maison. Se souvenir d’Annie, de prononcer son nom… C’est comme si on avait été paralysés un petit peu à l’intérieur de la famille tellement le traumatisme a été profond. Pour les autres, je ne sais pas. La difficulté c’est que c’est à la fois un drame privé et un drame collectif. Ce n’est plus la tragédie d’une famille, ça devient beaucoup plus large. Et ça, ça nous dépasse», a-t-il confié.

Dans une lettre d’opinion publiée dans nos pages, Serge St-Arneault exprime certains souhaits, notamment, que les gens se sortent du danger d’association et qu’on se serve des tragédies personnelles et collectives pour «nous élever vers quelque chose de mieux».

«Tolérance et respect mutuel, c’est dans ce sens qu’on doit aller et viser plus haut dans cette direction-là […] On a tous déjà vécu une tragédie, petite, moyenne ou grande. On a tous les mêmes sentiments, les mêmes impressions, les mêmes peines. Les tragédies comme celle de la polytechnique ou de la mosquée font resurgir nos drames personnels. Ça fait mal. Est-ce qu’on peut ensemble se solidariser autour de ces événements et grandir dans une prise de conscience de notre humanité profonde? Nous sommes tous humains, on porte tous la même humanité.»

Serge St-Arneault souhaite beaucoup de courage aux survivants et aux familles des victimes pour traverser cette épreuve.

«Courage, courage, courage. Ils en font déjà preuve. […] Ils méritent aussi le respect. Il y a des gens qui veulent vivre leur deuil de façon plus personnelle, moins publique. C’est un droit et on doit le respecter», a-t-il conclu.

De contrôle imposé à responsabilisation accrue: l’enjeu des armes à feu

Le Nouvelliste, Le vendredi 1er décembre

Le rassemblement prévu par le groupe Tous contre un registre des armes à feu n’aura finalement pas lieu sur le site du parc du 6-Décembre-1989 près de l’Université de Montréal. Le tollé provoqué par cette annonce aura eu gain de cause contre ce groupe proarmes. Celui-ci revendique le droit de s’exprimer. Alors que ce droit leur est accordé pourquoi donc faire des revendications sur un lieu hautement symbolique qui n’a jamais été autre chose qu’un lieu de souvenir, de commémoration et de soutien pour les familles victimes d’armes à feu?

Guy Morin a le mérite d’avoir provoqué tout le monde. «Ça fait 28 ans, dit-il, qu’ils (Poly se souvient) sont instrumentalisés. Nous, on veut que ça s’arrête, l’instrumentation de ces gens-là à des fins pécuniaires et politiques, pour passer à un autre agenda.» Mais à qui s’adresse-t-il? Ne s’est-il pas lui-même laissé instrumentaliser par les puissants lobbies proarmes qui nagent dans des millions alors que ces «gens-là» n’ont à vrai dire que leur argent de poche? Guy Morin ne fait-il pas lui-même de la politique en arborant ses propos dans les médias?

Selon ses dires Guy Morin veut démontrer que «Poly se souvient» utilise chaque année l’événement de la Polytechnique pour ramasser de l’argent, exiger un meilleur contrôle des armes à feu et sauver des vies. J’accorde à M. Morin deux bonnes réponses sur trois. Il est vrai que la vie des citoyens serait mieux protégée avec un registre pour les armes à feu. Cela a été prouvé depuis le démantèlement de la loi de 1995 sur le contrôle des armes à feu, votée en 2012 sous le gouvernement Harper. En effet, selon Statistique Canada, le nombre de décès reliés aux armes à feu a augmenté pour la troisième année consécutive. Là où Guy Morin se trompe, c’est que Poly se souvient ne ramasse pas d’argent lors de la commémoration du 6 décembre 1989.

Il veut nous tendre la main pour qu’ensemble nous puissions passer à un autre agenda. Je n’ai rien contre cela. Mais comment faire confiance à une main tendue quand l’autre tient une arme à feu? Nous aimerions tous, lui et moi, que les propriétaires d’armes à feu soient vraiment des gens garants de l’entreposage et de l’utilisation responsable de toutes leurs armes à feu. Malheureusement, Guy Morin a saboté un possible climat de collaboration en celui d’un affrontement, d’une opposition.

De quoi s’agit-il donc? En vertu de la nouvelle loi 64 sur l’immatriculation des armes à feu, toute arme à feu sur le territoire du Québec doit être immatriculée avec un numéro unique et inscrite à un fichier. Les transactions devront être signalées et l’arme pourrait être saisie en cas d’infraction. De toute évidence, et cela a été sans cesse répété, Poly se souvient n’est pas contre les propriétaires d’armes, ni contre la chasse, ni contre le tir sportif. Tout ce qui est demandé est la mise en place d’un système de contrôle raisonnable d’objets qui sont d’abord conçus pour tuer. Les proarmes s’acharnent à dénoncer ce registre des armes à feu en imaginant qu’il y a là un «contrôle excessif». Voilà l’erreur! Il n’y a rien d’excessif à mettre en place des lois civilisées pour protéger les vies humaines. Il y a beaucoup de lois imposées aux propriétaires de voiture pour assurer la sécurité publique. Nous comprenons tous que c’est pour notre protection même si on chiale de temps en temps. On sait que c’est pour notre bien.

À vrai dire, ce qui pose problème est le mot «contrôle». Qui aime se faire contrôler? Même un enfant va un jour exiger de ses parents de le laisser faire: «Je suis capable!» Et si on changeait le mot «contrôle» pour le mot «responsabilité». Au lieu de parler de «contrôle des armes à feu», nous pourrions avoir une loi de «responsabilisation des détenteurs d’armes à feu» en leur permettant de participer ou de devenir des acteurs dans la prévention du crime et des accidents reliés à la possession d’armes à feu.

L’enregistrement des armes et l’assurance de garder ces armes dans des lieux sécuritaires (à la maison ou en déplacement) deviendraient non pas une obligation imposée, mais relèveraient de la responsabilité participative des propriétaires d’armes à feu. Ceux-ci deviendraient alors des collaborateurs pour la santé et de la sécurité publique, en partenariat avec la police.

On pourrait étendre ce concept vers l’idée que nous serions les deux mains d’un même corps qui lutte contre le mal; les victimes et les propriétaires d’armes à feu uni dans un même but, celui de la prévention et de la responsabilité sociale. D’ennemis, nous deviendrions des amis!

Malheureusement, cela semble utopique. Mon intuition est simplement de dire que certains propriétaires d’armes à feu s’opposent au «contrôle» (sous toutes ses formes!), mais pas nécessairement à l’idée de détenir le ‘pouvoir’ de protéger les gens (femmes, enfants, personnes vulnérables) au service de la loi et de l’ordre.

Détenir une arme à feu, c’est détenir un «pouvoir». Le détenteur de ce pouvoir peut l’utiliser sagement ou en abuser. Il faut donc constamment se rappeler que pouvoir et domination sont souvent proches l’un de l’autre. D’où la nécessité de la loi pour la responsabilisation accrue des détenteurs d’armes à feu pour la protection des citoyens.

Je reviens à la main tendue de Guy Morin que je ne connais pas. Je n’ai aucune raison de croire qu’il est un méchant garçon, mais j’ai peur de lui. Là est la conséquence de mon traumatisme depuis l’assassinat de ma sœur Annie à la Polytechnique. Aurais-je un jour l’occasion de lui tendre ma main? Dès maintenant, même de loin, je la lui tends. C’est celle d’un prêtre catholique qui le bénit. Là est ma seule arme!

Serge St-Arneault, M.Afr

Frère d’Annie, tuée le 6 décembre 1989

Armes: «Ne faites pas de compromis»

Le Nouvelliste, novembre 2017 Mis à jour le 1er décembre 2017

AUDREY TREMBLAY, Le Nouvelliste

La Tuque — Le Latuquois Serge St-Arneault, qui a perdu sa sœur Annie lors de la tragédie de l’école Polytechnique, s’est présenté à Ottawa, jeudi, avec un groupe de personnes pour implorer le premier ministre de ne pas céder aux pressions du lobby proarmes. Justin Trudeau avait promis de resserrer les règles en matière de contrôle des armes à feu, et il n’a pas livré la marchandise. La lenteur de son gouvernement à légiférer inquiète vivement des survivants de fusillades et des proches de personnes tombées sous les balles.

La déception qu’ils étaient venus exprimer entassés sur l’estrade d’une salle du parlement frôlait la désillusion. D’une seule voix, ils ont exhorté le gouvernement à déposer sans plus tarder un projet de loi sur le contrôle des armes à feu. «C’est une joute hautement politique et complexe. Je ne veux pas condamner le gouvernement des efforts qu’il fait. On voulait partager notre inquiétude et on encourage le gouvernement à aller de l’avant dans son projet […] Comme société, nous devons grandir dans la coresponsabilité, le souci des uns des autres et la protection des plus vulnérables», a lancé M. St-Arneault.

La coordonnatrice de Polysesouvient et diplômée de Polytechnique, Heidi Rathjen, a dit être sortie fort inquiète d’une récente rencontre avec le ministre de la Sécurité publique, Ralph Goodale. Selon elle, contrairement à ce qu’a récemment suggéré le ministre, les travaux du comité aviseur sur les armes avancent à pas de tortue.

Sans trop vouloir spéculer sur les raisons de la lenteur libérale à agir, elle dit avoir peine à voir un autre facteur explicatif que la pression du lobby proarmes. Elle soupçonne que «tous ces petits délais, ces petits reculs» sont attribuables «aux objections des propriétaires d’armes».

Serge St-Arneault abonde dans le même sens alors qu’approche le 28e anniversaire de la tragédie qui coûté la vie de sa sœur Annie le 6 décembre 1989.

«Je sais que le lobby des armes est fort et bruyant, mais votre parti, monsieur le premier ministre, a été élu majoritaire, entre autres, pour votre promesse de renverser les dommages causés par le gouvernement Harper», a-t-il dit lorsqu’il a pris la parole au micro.

«Vous avez un mandat de la population. Ne faites pas de compromis – surtout pas pour plaire au lobby des armes. Renforcez les lois de manière à (accorder la priorité à) la sécurité publique», a fait valoir Serge St-Arneault.

Ce dernier n’est pas sans rappeler que Polysesouvient n’est pas contre les propriétaires d’armes, ni contre la chasse, ni contre le tir sportif… Ce qu’il demande, c’est la mise en place d’un système de contrôle raisonnable.

«Il y a des mécanismes de contrôle pour les automobilistes, c’est une question de sécurité publique, il y a des feux rouges, des policiers, des permis de conduire. […] C’est dans ce sens-là qu’on devrait comprendre le type de contrôle qu’on veut pour les armes à feu qui sont en soi de nature dangereuse parce qu’une arme c’est faite pour tuer», a-t-il lancé.

«Le message global est bien compris par l’ensemble de la population canadienne, mais farouchement débattu par les groupes proarmes qui ne veulent aucun contrôle de quelque nature que ce soit. Pour nous, c’est une minorité […] Ces gens-là ont beaucoup d’influence, on le voit très bien dans certains partis politiques. Ils ont une idéologie et une vision des choses qui, pour nous, semble aller à l’encontre de la sécurité publique», a ajouté M. St-Arneault.

Dans une lettre d’opinion publiée vendredi dans Le Nouvelliste, il n’a pas manqué de dénoncer l’idée du groupe de pression Tous contre un registre des armes à feu (TCRAF) d’avoir voulu faire un rassemblement sur le site du parc du 6 décembre 1989. Le débat a suscité de nombreux commentaires, parfois même haineux, sur les réseaux sociaux. «La radicalisation commence souvent par un langage et finit par un drame», a-t-il commenté.

Serge St-Arneault se questionne également sur les propos tenus par Guy Morin, du groupe TCRAF, qui parle d’instrumentalisation de Polysesouvient à des fins pécuniaires et politiques.

Serge Polysesouvient 2
Serge St-Arneault, ARCHIVES LE NOUVELLISTE

«On n’a rien. On est de simples citoyens conscients de l’ampleur du problème. Les citoyens investissent l’argent de leurs proches pour une cause qui leur tient à cœur», a-t-il répliqué.

«On a vécu des drames, et les drames ont parfois comme conséquences le rapprochement des gens qui ont une souffrance commune, et ce, malgré toutes les différences. On se retrouve solidaire», a mentionné M. St-Arneault.Le groupe Polysesouvient, qui milite depuis des années pour un meilleur contrôle des armes, s’est trouvé de nouveaux alliés: la communauté musulmane, toujours ébranlée par la fusillade à la mosquée de Québec.

Un survivant de la tragédie qui a fait six victimes, Nizar Ghali, était à Ottawa pour une première apparition publique depuis la tuerie. «J’ai vécu ce drame, j’ai vu la force de destruction de ces armes à feu. J’ai vu mes frères tomber et mourir dans leur flaque de sang», a-t-il lâché.

L’impatience et le désarroi s’entendaient aussi dans la voix du père de Thierry LeRoux, ce policier tué dans l’exercice de ses fonctions en 2016 à Lac-Simon, en Abitibi, dans le cadre d’une opération qui a mal tourné. «Thierry a été tué par un individu ayant des antécédents suicidaires connus qui n’aurait jamais dû être en possession d’armes à feu. Le système actuel lui a permis de posséder des armes légales, incluant un fusil d’assaut», a laissé tomber Michel LeRoux.

«Cette tragédie, la mort de Thierry, celle du tueur, est arrivée parce que le système actuel favorise les armes à feu, les propriétaires d’armes à feu, au détriment de la sécurité publique. C’est assez, il faut que ça change maintenant», a-t-il tranché.

Le ministre Goodale a reconnu en mêlée de presse qu’un projet de loi ne serait pas déposé d’ici la fin de l’année. Mais il a promis que le gouvernement maintenait le cap et comptait toujours présenter une trousse législative conforme à la plateforme électorale.

Lorsqu’on lui a demandé d’expliquer pourquoi la promesse libérale prenait autant de temps à se matérialiser, il a laissé entendre que beaucoup d’autres dossiers dans son portfolio à la Sécurité publique l’avaient tenu occupé ces deux dernières années.

Le ministre Goodale a par ailleurs nié subir des pressions indues ou exagérées en provenance du lobby proarmes. Il a insisté sur le fait qu’il était normal, dans une société comme le Canada, d’entendre les points de vue de tous.

Avec La Presse Canadienne

Serge Polysesouvient
Le Latuquois Serge St-Arneault (à droite) était présent à Ottawa avec un groupe de personnes pour implorer le gouvernement de ne pas céder aux pressions du lobby pro-armes. Photo : Presse Canadienne

Video: Victims of Gun Violence Call for Gun Control Legislation

CPAC

Victims and victims’ families of the École Polytechnique, Dawson College and Quebec City mosque shootings hold a news conference in Ottawa on November 30, 2017, calling on the Liberal government to introduce promised gun control legislation. Representatives of the Islamic Cultural Centre of Quebec and the Polytechnique Student Association also speak. (no interpretation).

Message de Serge St-Arneault à partir de la 5e minutes, 38e secondes lors de la conférence de presse de PolySeSouvient à Ottawa, 30 novembre 2017. Au total, la vidéo dure environ 40 minutes.

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