Le lieu est magnifique. La Grotte Notre-Dame-de-Grâce, située au bout de la rue de Mazenod dans le quartier Saint-Sauveur à Québec, offre de l’ombre sous les arbres feuillus. La brise est légère et les nuages se dispersent.
Nous sommes une quarantaine de personnes à nous rassembler pour commémorer la nativité de saint Jean Baptiste. Le seul saint d’ailleurs, dont l’Église souligne la date de naissance. Tout a été organisé par l’équipe presbytérale de la nouvelle entité de l’unité pastorale missionnaire Limoilou-Basse-Ville. Celle-ci m’a demandé de présider la messe et de prononcer l’homélie.
J’ai retrouvé des écrits des années passées relatif à la fête nationale de la Saint-Jean. Je me suis donc inspiré de ses écrits avec une mise à jour que j’espère appropriée.
PREMIER LIEN : En l’honneur du Saint Patron des Canadiens français et/ou du Québec
Bref résumé de mes notes passées
Les fêtes de la Saint-Jean ont une longue histoire. C’est le 24 juin 1834 que sera chanté pour la première fois le « Ô Canada » de Georges-Étienne Cartier. Cette date a été choisie par Ludger Duvernay, fondateur de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal. L’histoire montrera que cet événement suscitera un symbole identitaire très puissant.
Une grande procession religieuse s’est ajoutée en 1842, qui a inauguré le défilé traditionnel de la Saint-Jean où un enfant aux cheveux bouclés, accompagné d’un mouton, le clôturait. Il faut se rappeler que la rébellion des Patriotes de 1837-38 s’est déroulée entre 1934 et 1842. La fête de la Saint-Jean s’est alors associée à une revendication d’ordre politique, avec la bénédiction de l’Église catholique.
Une autre date à retenir est celle de 1908 lorsque le Pape Pie X a proclamé Saint-Jean-Baptiste patron des Canadiens français, peu importe où ils sont. Le 24 juin 1924, des fêtes grandioses de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal ont ajouté une procession patriotique mettant en vedette l’œuvre de la race française en Amérique. Les chars allégoriques rendent hommage à Marguerite Bourgeois, une religieuse, et un héros national du nom de Pierre Le Moyne d’Iberville, explorateurs. Voilà une autre illustration de l’amalgame entre le religieux et le politique.
C’est ainsi qu’en 1925, le gouvernement québécois fera de cette date une journée fériée. Finalement, le 11 mai 1977, le 24 juin devient officiellement le jour de la Fête nationale du Québec.
Je vous laisse le soin de lire le DEUXIÈME LIEN qui relate mes découvertes au parc Maisonneuve en 2024. Fête nationale : un divorce assumé et prometteur
Néanmoins, je souligne l’importance d’assumer le divorce du lien historique entre l’esprit patriotique et la religion catholique. Le catholicisme n’est plus ce qu’il a été en ce coin du monde. Le processus de décroissance et la liquidation des actifs immobiliers se poursuivent même après une chute plutôt vertigineuse du nombre d’églises détruites, fermées ou reconverties. On observe une diminution de l’influence sociale du catholicisme et la perte de son rang de religion majoritaire.
Pourtant, nous assistons à l’émergence de nouvelles structures communautaires avec l’apport de nouveaux immigrants qui favorise l’émergence d’un nouveau catholicisme.
En perspective, nous assistons progressivement à une participation des chrétiens en tant que partenaires du vivre-ensemble harmonieux construit sur les prémices d’un accueil mutuel respectueux des diversités ethniques et religieuses. Cela contribue à un enrichissement collectif.
Tel que formulé par Jean-François Nadeau du journal Le Devoir du 19 août 2024, « le catholicisme, au-delà de la foi réelle de ses adeptes, fut sans doute un mécanisme de défense nationale, une manière de tempérer une réalité difficile qu’il fallait adoucir sur le plan psychologique. Sans surprise, cette passion religieuse s’est évanouie dès lors que la situation politique et matérielle du monde changea. » Le divorce a eu lieu et c’est tant mieux !
Et Jean-Baptiste dans tout ça !
Sa mission est de désigner le Christ; « C’est lui ! » Il lui rend témoignage jusqu’au don de sa vie. Il dénonce l’injustice. Il insiste sur la vérité et la justice dans un monde superficiel et souvent cruel. Il prépare les cœurs par un baptême de conversion.
Reprenant le message du prophète Isaïe, celui qui a été façonné dès le sein de sa mère, celui qui a fait de sa bouche une épée tranchante, le Seigneur a fait de lui la lumière des nations. Saint-Paul ajoute que « c’est à nous (aujourd’hui) que la parole du salut a été envoyée. »
Message final
Libéré d’un catholicisme agissant comme un mécanisme de défense national, nous pouvons enfin nous engager dans un nouveau catholicisme imprégné de valeurs universelles basées sur l’accueil de l’étranger et la construction de ponts, non pas de murs. LA DIVERSITÉ (sous toutes ses formes) EST UNE RICHESSE.
La fusillade qui a eu lieu à Côte-des-Neiges où un policier du nom de Mohamed Lamine Benredouane et un passant du nom de Michael Moshe Mizrahi. Le premier est musulman et le second est juif. Tous les deux, selon les nombreux témoignages, étaient très appréciés dans la communauté. Ces deux Québécois ont sacrifié leur vie pour en sauver d’autres.
Voilà un parfait exemple du vivre-ensemble harmonieux dans notre société québécoise laïque, ouverte et inclusive.
Prions pour que leur sacrifice porte de bons fruits pour notre société. Et dénonçons, à l’exemple de Jean-Baptiste, l’idéologie destructrice dite incel1 du tireur venu de l’Alberta.
- Les incels cultivent un discours agressif envers les femmes, trouvent qu’elles prennent « trop de place » ; mais ils ne tirent pas profit de la masculinité toxique : ce machisme-là les désigne aussi comme des losers. Source : Sur l’« idéologie » d’un tueur ↩︎










