Du métro ‘Université de Montréal’, trois niveaux d’escaliers roulants mènent à la tour emblématique de l’Université. Le temps était gris, maussade et frileux avec des résidus de neige. Une marche contournant les principaux bâtiments me conduit alors au pied d’un long escalier qui aboutit à l’entrée de Polytechnique aux allures imposantes, massives.
En ce 28 mars 2019, j’avais presque oublié cet épisode où je m’y suis trouvé vers le mois de février 1990 en compagnie de mes parents. Je ne sais plus comment nous étions venus. Une maquette de l’Université est visible à l’entrée, au premier étage. Derrière se trouvent la cafétéria et les escaliers roulants. Six étages plus haut, je suis l’un, sinon le premier, invité à me présenter.
Un grand écran annonce le but de la soirée :
cérémonie annuelle de remise de bourses de Polytechnique Montréal. Un orchestre
jazz de deux musiciens occupe l’espace sonore. Les invités arrivent
progressivement et la cérémonie débute avec quelques minutes de retard. Je suis
content d’être avec Sylvie Haviernick, sœur de Maud,
l’une des 14 victimes de Poly. Nous représentons le Fonds des Victimes du 6
décembre 1989.
Nos
cinq lauréates sont assissent à nos côtés. Elles ont à peu près l’âge d’Annie…
il y a trente ans. Malheureusement, nous n’avons pas la chance de mieux nous
connaître avec la succession de plus de deux heures de remise de bourses. Au
moins, il restera une photo!
Nos
cinq bourses ont été attribuées à cinq jeunes étudiantes de 1er
Cycle. Les lauréates de cette année sont Anne-Julie Avoine-Blondin (Génie
industriel), Rosalie Lévesque (Génie électrique), Caroline Safi (Génie chimique),
Wendy Sieu (Génie industriel) et Mihaela Talpos (Génie électrique). Chacune a
reçu un montant de $2 000.
Au
total, ce sont plus de 480 bourses d’une valeur de plus d’un million trois cent
mille dollars qui ont été distribués à des centaines de lauréats et lauréates
gracieusement offertes par des fondations et entreprises.
Il
est bien de mentionner que la mission de la Fondation et Alumni de
Polytechnique Montréal est d’œuvrer au rayonnement et au développement de
Polytechnique Montréal, comme université d’excellence internationale en génie.
Elle comporte deux axes :
Relations avec les diplômés de Polytechnique Montréal : Rassembler et mobiliser les diplômés et futurs diplômés pour renforcer le sentiment d’appartenance, multiplier les relations, élargir le rayonnement et soutenir le développement de Polytechnique Montréal.
Développement philanthropique : Initier et entretenir des relations durables avec les donateurs et mécènes pour atteindre les objectifs philanthropiques d’appui au positionnement et à l’essor de Polytechnique Montréal.
Soutenir Polytechnique Montréal, c’est
contribuer à bâtir aujourd’hui le génie de demain! C’est contribuer à
changer le monde!
Les Canadiens attendent depuis de nombreuses années une
action réelle et concrète dans ce domaine.
Ce texte est l’allocution présentée par l’auteur, M.Afr, membre de PolySeSouvient, lors de la conférence de presse organisée le 3 avril 2019, à l’hôpital général de Montréal, par un regroupement de médecins, de partout au Canada, favorable à un contrôle plus strict des armes à feu.
Par Serge St-Arneault, M.Afr
J’ai vécu en zone de guerre en
République Démocratique du Congo (à l’époque le Zaïre) dans les années 1990. Le
chaos s’était progressivement propagé dans tout le pays avec son lot de
pillages et de conflits tribaux.
Dans la brousse où j’étais, on
avait déjà eu la visite de militaires pour intervenir dans un conflit entre
chefs coutumiers. Ce jour-là, revenant à la maison, j’ai été directement menacé
par un militaire. Il m’a simplement dit: «Lors du prochain conflit, c’est moi
qui vais te tuer.» («Siku y vita ingine, miye nitawa weye»).
J’ai immédiatement senti comme un boulet me tomber dans l’estomac. Je m’en rappelle très bien. De fait, les rivalités tribales se sont accélérées. Les paramilitaires sont revenus, soi-disant pour rétablir la paix, en brûlant les villages. La plupart des expatriés avaient déjà quitté le pays. Quant à moi, je suis resté avec mes confrères pratiquement jusqu’au moment de la chute du régime dictatorial du président Mobutu.
En 2010, Marc Rochette, un
journaliste pour le Nouvelliste de
Trois-Rivières, m’a demandé dans une interview s’il y avait des risques à vivre
dans la brousse africaine. Ce à quoi j’ai répondu: «Qu’est-ce qui est le plus
dangereux: être missionnaire en Afrique dans un pays en guerre ou être
étudiante à l’École Polytechnique de Montréal?»
Le rapport d’investigation du coroner indique que le
décès est attribué à de multiples lésions graves au niveau du crâne, du
cerveau, en plus de l’aorte sectionnée, des hiles pulmonaires et l’éclatement
du foie; le tout secondaire au passage dans la tête et dans le thorax de trois
projectiles d’arme à feu.
Vous êtes médecins et
professionnels de la santé. Vous comprenez mieux que moi de quoi il s’agit.
Nous sommes réunis ici pour une cause commune. Nous voulons, de fait nous
exigeons des lois plus sévères sur les armes à feu au Canada.
Une journée nationale d’action
a eu lieu le 3 avril dans 13 villes du pays. Tous s’entendent pour dire que les
armes à feu représentent une menace croissante pour la santé publique. Selon Statistique
Canada,
le nombre de crimes violents commis avec une arme à feu a augmenté de 43%
depuis 2013, soit depuis l’abolition du registre national des armes à feu par
le gouvernement de Steven Harper en 2012, suivi par l’affaiblissement d’une
série d’autres mesures en 2015.
À peine une semaine après la
tragédie de Christchurch en Nouvelle-Zélande, la première ministre Jacinda
Ardern a annoncé l’interdiction imminente de «toutes les armes
semi-automatiques de style militaire», de «tous les fusils d’assaut», de «tous
les chargeurs à grande capacité» et de «tous les accessoires ayant la capacité
de convertir une arme à feu en arme semi-automatique de type militaire». Elle a
également émis une ordonnance de reclassification
pour les armes semi-automatiques afin de dorénavant empêcher leur
vente à la plupart des détenteurs de permis actuels.
Voilà une preuve de leadership politique.
Soulignons aussi l’action du
Gouvernement du Québec qui a instauré son propre registre des armes en réaction
à l’abolition du registre fédéral. Le Québec est maintenant l’une
des trois seules juridictions en Amérique du Nord (avec Hawaï et le
District de Columbia, aux États-Unis) qui enregistrent les armes sur son
territoire — bien que ce soit la norme en Europe et la plupart des pays
industrialisés.
Mais qu’en est-il du gouvernement Trudeau?
Les Canadiens attendent depuis
de nombreuses années une action réelle et concrète dans ce domaine.
Tout ce que ce gouvernement
offre aux Canadiens pour corriger la quasi-destruction de l’ensemble des gains
législatifs par le gouvernement antérieur, c’est le projet de loi C-71.
D’ailleurs, celui-ci ne rétablit que quelques faibles mesures comparativement à
ce qu’elles étaient avant leur élimination. Ceci dit, ce projet de loi C-71 est
un pas dans la bonne direction et nous l’appuyons. Malheureusement, son
adoption avance à pas de tortue au Sénat.
Combien de fois encore faudra-t-il rappeler que le
même type d’armes légalement accessible, c’est-à-dire des armes
semi-automatiques de type militaire, a été utilisé lors de la tragédie à la
Mosquée de Québec et récemment à Christchurch où 50 Néo-Zélandais innocents ont
été assassinés?
Je réitère les paroles que
j’ai prononcées à Ottawa au début du mois de décembre 2018 que j’adressais au
premier ministre Justin Trudeau: «Ne faites pas de compromis. Montrer aux
Canadiens comment on se tient debout quand on n’a pas peur du lobby
des armes».
AP PHOTO/MARK BAKER. Les émotions sont fortes lors d’un service commémoratif national à Hagley Park en l’honneur des victimes de l’attaque terroriste perpétrée contre la mosquée à Christchurch, en Nouvelle-Zélande, le vendredi 29 mars 2019.
Allocution présenté par Serge St-Arneault, M.Afr, Directeur du Centre Afrika, Montréal, lors de la conférence de presse organisée par les médecins et autres professionnels de la santé à l’Hôpital Général de Montréal aujourd’hui à 12h00. Les médecins réclament une interdiction complète des armes de poing et armes d’assaut ainsi que l’adoption du projet de loi C-71 qui renforce l’encadrement des armes à feu.
J’ai vécu en zone de guerre en République
Démocratique du Congo (à l’époque le Zaïre) dans les années 1990. Le chaos
s’était progressivement propagé dans tout le pays avec son lot de pillages et
de conflits tribaux.
Dans la brousse où j’étais, on avait déjà
eu la visite de militaires pour intervenir dans un conflit entre chefs
coutumiers. Ce jour-là, revenant à la maison, j’ai été directement menacé par
un militaire. Il m’a simplement dit :
« Siku y vita ingine, miye nitawa weye ».
Traduction littérale :
« Lors du prochain conflit, c’est moi qui vais te
tuer. »
J’ai immédiatement senti comme un boulet
me tomber dans l’estomac. Je m’en rappelle très bien. De fait, les rivalités
tribales se sont accélérées. Les paracommandos sont revenus, soi-disant pour
rétablir la paix, en brulant les villages. La plupart des expatriés avaient
déjà quitté le pays. Quant à moi, je suis resté avec mes confrères pratiquement
jusqu’au moment de la chute du régime dictatorial du Président Mobutu.
En 2010, Marc Rochette, un journaliste du
journal Le Nouvelliste de Trois-Rivières, m’a demandé dans une interview s’il y
avait des risques de vivre dans la brousse africaine. Ce à quoi j’ai
répondu :
« Qu’est-ce qui est le plus dangereux? Être
missionnaire en Afrique ou étudiante à l’École Polytechnique de Montréal ».
Ma sœur Annie a été l’une des premières
victimes du drame de la Poly du 6 décembre 1989. Le rapport d’investigation du
coroner indique que le décès est attribué à des lésions multiples graves au
niveau du crâne, du cerveau, section de l’aorte et des hiles pulmonaires et
éclatement du foie, le tout secondaire au passage dans la tête et dans le thorax
de trois projectiles d’arme à feu.
Vous êtes médecins et professionnels de la santé. Vous
comprenez mieux que moi de quoi il s’agit. Nous sommes réunis ici pour une
cause commune. Nous voulons, de fait nous exigeons des lois plus sévères sur
les armes à feu au Canada. Une journée nationale d’action a lieu aujourd’hui
dans 13 villes du pays. Tous s’entendent pour dire que les armes à feu
représentent une menace croissante pour la santé publique. Selon Statistique
Canada, le nombre de crimes violents commis avec une arme à feu a augmenté de
43% depuis 2013, soit depuis l’abolition du registre national des armes à feu
par le gouvernement de Steven Harper en 2012, suivi par l’affaiblissement d’une
série d’autres mesures en 2015.
À peine une semaine après la tragédie de Christchurchen Nouvelle-Zélande, la première ministre Jacinda Arderna annoncé l’interdiction imminente de « toutes les armes semi-automatiques de style militaire », de « tous les fusils d’assaut », de « tous les chargeurs à grande capacité » et de « tous les accessoires ayant la capacité de convertir une arme à feu en arme semi-automatique de type militaire ». Elle a également émis une ordonnance de reclassification pour les armes semi-automatiques afin de dorénavant empêcher leur vente à la plupart des détenteurs de permis actuels.
Voilà une preuve de leadership politique.
Soulignons aussi l’action
du Gouvernement du Québec qui a instauré son propre registre des armes en
réaction à l’abolition du registre fédéral. Le Québec est maintenant l’une des
trois seules juridictions en Amérique du Nord (avec Hawaï et le District de
Columbia) qui enregistrent les armes sur son territoire –
bien que c’est la norme en Europe et la plupart des pays industrialisés.
Mais qu’en est-il du
gouvernement Trudeau?
Les Canadiens attendent
depuis de nombreuses années une action réelle et concrète dans ce domaine.
Tout ce que ce
gouvernement offre aux Canadiens pour corriger la quasi-destruction de
l’ensemble des gains législatifs par le gouvernement antérieur, c’est le projet
de loi C-17. D’ailleurs, celui-ci ne rétablit que quelques faibles mesures
comparativement à ce qu’elles étaient avant leur élimination. Ceci dit, ce
projet de loi C-71 est un pas dans la bonne direction et nous l’appuyons.
Malheureusement, son adoption avance à pas de tortue au Sénat.
De plus, ce projet de loi
ne modifie en rien l’accès légal aux armes de poing et aux armes d’assaut. Nous
le savons, celles-ci sont conçues pour tuer efficacement et rapidement.
Combien de fois encore faudra-t-il
rappeler que le même type d’armes légalement accessible, c’est-à-dire des armes
semi-automatiques de type militaire, a
été utilisé lors de la tragédie à la Mosquée de Québec et tout récemment à
Christchurch où 50 Néo-Zélandais innocents ont été assassinés?
Je réitère les paroles que j’ai prononcées
à Ottawa au début du mois de décembre 2018 que j’adressais au premier ministre
Justin Trudeau;
« Ne
faites pas de compromis. Montrer aux Canadiens comment on se tient debout quand
on n’a pas peur du lobby des armes ».
Membres de PolySeSouvient présent lors de la marche pour soutenir les médecins dans leur manifestation contre les armes à feu.
J’ai été invité par le maire d’arrondissement de Pierrefonds-Roxboro, Monsieur Dimitrios Jim Beis, à un point de presse pour souligner le deuxième anniversaire de la tragédie de la Grande Mosquée de Québec du 29 janvier 2017. En compagnie de Sylvie Haviernick, j’y figurais en tant que représentant de « Polysesouvient ». Les Sœurs Missionnaires Notre-Dame d’Afrique, Monique Bonnefoy et Rita Toutant, m’accompagnaient.
L’attachée politique du maire, Sophie Mohsen,
m’a encouragé pour la circonstance à vêtir notre habit ‘Pères Blancs’; la
gandoura, le burnous et le rosaire. En effet, l’événement se voulait aussi
œcuménique. Plusieurs imams du secteur de Pierrefonds-Roxboro ainsi qu’une
pasteure-prêtre anglicane étaient présents. Les photos montrent bien la variété
de gens présents; politiciens, agents de paix, médias.
En plus du maire, quelques personnes ont pris la parole pour affirmer l’importance du vivre-ensemble harmonieux. Pierrefonds-Roxboro est d’ailleurs très cosmopolite. La tragédie du 29 janvier 2017 à Québec a eu comme impact positif de non seulement dénoncer les actes de haine liés à l’islamolphobie, mais aussi d’affirmer haut et fort que nous appartenons tous à une seule et même humanité malgré nos différences raciales, culturelles ou religieuses. Privément, en compagnie de deux imams dont l’un d’origine indonésienne, j’ai apporté mon soutien au fait que nous appartenons à la même humanité. Notre conversation s’est tenue en anglais, mais, pour l’essentiel, voici ce que j’ai ajouté : « Lorsque des musulmans sont assassinés à cause de leur religion, moi qui suis chrétien, je vois en eux des sœurs et des frères injustement tués. C’est le même genre de fanatisme qui est la source de la tragédie de la Polytechnique du 6 décembre 1989. Tout cela me peine grandement. Il en est de même pour vous lorsque des extrémistes musulmans assassinent des chrétiens à cause de leur foi. Eux aussi sont vos sœurs et vos frères injustement tués. Nous devons à juste titre dénoncer l’islamophobie. Nous devons également dénoncer la christianophobie. » Les imams ont hoché la tête en signe d’approbation.
Pour commémorer le deuxième anniversaire de l’attentat de la Grande
Mosquée de Québec du 29 janvier 2017, et dans le souci de poursuivre la
construction du vivre-ensemble, le maire de Pierrefonds-Roxboro, M. Dimitrios
(Jim) Beis, convie ses citoyens et citoyennes, dans la salle du Conseil
d’arrondissement entre 8 h et 19 h pour signer le livre de solidarité afin de
témoigner leur sympathie.
Cet événement fait suite à l’engagement que s’est donné le maire, avec
le support de son conseil d’arrondissement, de souligner annuellement la «
Journée de commémoration et d’action contre l’islamophobie et toutes formes de
discrimination », afin de non seulement perpétuer la mémoire des 6 victimes
canado-musulmanes de l’attentat du 29 janvier 2017, mais aussi pour
sensibiliser la population au respect des différences.
« Nous ne pouvons ignorer les derniers rapports de Statistiques Canada
démontrant l’augmentation considérable des crimes haineux à travers le pays,
qui visent différentes minorités. Aujourd’hui, nous nous tenons ensemble pour
dénoncer la violence motivée par la haine et la peur de l’autre » déclare M.
Beis.
« J’ai l’honneur d’avoir parmi nous des citoyens de tous horizons et de
toutes croyances, tant des représentants de différentes communautés religieuses
que des organismes locaux luttant contre différentes formes de discriminations
(sur la base de la religion, le sexe, la race, l’orientation sexuelle, et la
déficience). Nous avons même des membres de « PolySeSouvient », ajoute M. Beis.
À titre de partenaire de la Semaine de sensibilisation Musulmane,
l’arrondissement invite aussi la population à prendre part aux différents
événements qui se dérouleront localement jusqu’au 31 janvier 2019. Dans le
cadre de cette semaine de sensibilisation, des citoyens, des centres communautaires,
des églises, des mosquées, des synagogues et divers organismes se sont
rassemblés dans le but de promouvoir et d’encourager ce sentiment collectif de
cohésion.
« Ici, à Pierrefonds-Roxboro, nous avons à cœur
le respect des différences et organisons continuellement des évènements qui
visent à sensibiliser et à prévenir la discrimination et la violence. L’été
dernier nous avions justement tenu la Marche du Maire sous le thème de la Lutte
contre la violence faite aux femmes. C’est à travers des initiatives de ce type
que nous réussirons ensemble à éliminer les crimes haineux et maintenir la paix
et l’harmonie qui règnent dans notre arrondissement », conclut le maire.
Sœurs, frères et prêtres, nous sommes présents en Algérie depuis 150 ans, lieu de notre fondation par le Cardinal Lavigerie. Le 8 décembre dernier à Oran, nous avons commémoré la béatification de 19 personnalités chrétiennes à titre posthume. Il s’agissait de six religieuses, un frère mariste, quatre pères blancs à Tizi-Ouzou, les sept moines trappistes de l’Atlas (certains se souviendront du film intitulé « Des Hommes et des Dieux ») et de Pierre Claverie, l’évêque d’Oran.
Il faut placer ceci dans le contexte de la
guerre civile qui s’est déroulée dans les années 90 en Algérie. L’extrémisme
musulman a ensanglanté le pays. Plus de 150 000 Algériennes et Algériens ont
été tués dont 114 imams qui se sont opposé à suivre la dérive sectaire et
meurtrière des extrémistes.
Là, comme dans plusieurs autres pays
limitrophes de l’Algérie, les chrétiens ont été assassinés pour le seul fait
d’être chrétiens sans aucune distinction ecclésiale. Orthodoxe, Protestants, Coptes
ou Catholiques, cela n’avait aucune importance. Toutes les confessions
chrétiennes portent le même sang du martyre pour la foi en Jésus-Christ.
L’unité des chrétiens s’exprime clairement par le sang versé. On pourrait
appeler cela : l’œcuménisme spirituel.
Pour revenir à l’Algérie, lors de la
cérémonie du 8 décembre à Oran, le ministre des Affaires religieuses, Mohamed
Aïssa a déclaré que « cette cérémonie de béatification sera une preuve
supplémentaire que l’Islam en Algérie n’exclut pas les autres croyances et noue
des contacts pour la paix et le vivre ensemble. » Prier pour l’unité des
chrétiens n’exclu pas de prier aussi pour nos frères et sœurs de religion
musulmane. En effet, le « vivre ensemble » est une œuvre de l’Esprit
de Dieu et cet esprit agit de façon particulière dans le corps du Christ qui
est constitué de l’ensemble de tous les chrétiens, peu importe leurs
dénominations ou la variété de leurs rites, de leurs liturgies ou leurs
manières de partager ou de célébrer la Parole de Dieu.
En cette semaine de prière pour l’unité
des chrétiens, souvenons-nous de nos frères et sœurs chrétiens qui ont donné
leur vie pour témoigner de l’amour de Jésus pour toute l’humanité. L’amour, en
effet, est un langage déraisonnable et incompréhensible pour qui n’est pas
submergé par sa folie.
La tragédie des 19 récents martyres en
Algérie met en valeur non pas l’héroïsme humain, mais la certitude d’être là où
Dieu veut. C’est une certitude intérieure que tout retourne vers Celui qui est
l’Amour et la Vie. Pour l’Église du Christ, l’important n’est pas de savoir
« comment », mais « pour qui » la mort a eu lieu.
Intentions de prières :
1. Seigneur nous te rendons
grâce pour l’amour jusqu’au bout vécu par tous les chrétiens martyrisés au nom
de leur foi. Que leur témoignage soit un appel et un engagement pour
avancer vers l’unité de tous ceux et celles qui se reconnaissent disciples du
Christ.
2. Pour que la vie donnée des croyants de
toute dénomination au nom de leur foi puisse permettre d’avancer vers un chemin
d’unité construit sur la paix et la justice.
3. Dieu d’Amour, bénit soit-tu de
nous avoir crées différents. Accorde à tous les chrétiens la grâce de
bâtir les ponts qui nous unissent davantage dans nos diversités entre nous
comme membres du même corps et à tous les autres croyants. Seigneur,
entends les supplications des enfants.
4. Nous te rendons grâces pour les
multiples couleurs, cultures et coutumes qui sont les nôtres en ce monde. Dans
nos diversités, rassemble-nous par ton amour. Rends-nous capables d’agir
ensemble pour défendre la vie et faire que ce monde soit un foyer de justice et
de paix pour toute l’humanité. Aujourd’hui, nous te le demandons : Ô Dieu,
entends notre prière et donne-nous ta paix.
Prière
Seigneur Dieu, notre Père, nous te louons pour la passion, la mort et la
résurrection de ton Fils Jésus, lui, le martyr par excellence, de qui vient le
salut.
Tu as voulu faire partager son martyre à nos frères et sœurs de l’Église d’Algérie : Henri et Paul-Hélène, Caridad et Esther, Jean, Charles, Alain et
Christian, Angèle-Marie et Bibiane, Odette, Christian, Luc, Christophe, Michel,
Bruno, Célestin et Paul et ton évêque Pierre.
Nous te prions, Père, pour que, par leur intercession, se renforcent le
dialogue, le respect et l’amour entre tes enfants chrétiens et musulmans.
Bénis l’Algérie et son peuple, et nous te rendrons gloire, dans la paix.
Père, nous invoquons nos martyrs pour que l’œcuménisme spirituel ouvre
le chemin vers l’unité des chrétiens où paix et justice s’embrassent.
Et toi, Marie, que tous ont aimée et qui es vénérée dans la maison de
l’Islam, écoute notre prière et intercède auprès de ton Fils, Jésus, notre
Seigneur. Amen.
« Nous migrons tous intérieurement… Le parcours d’une vie est un voyage incessant jalonné de défis de reconstruction et de réinvention de soi. »
De Marie-Denise Douyon
À travers l’exposition L’Art de se recréer, Marie-Denise Douyon nous invite à une réflexion sur les enjeux liés à l’exercice de la reconstruction identitaire auxquels elle a fait face en s’établissant en 1991 à Montréal.
L’exposition
L’élément déclencheur à l’origine de cette vision de l’art pour Marie-Denise Douyon a été un incident douloureux à la fin de sa vingtaine. À travers une arrestation arbitraire en Haïti, des conditions d’incarcération inhumaines et de violence, elle découvre que la création est son exutoire. Cette riche exposition retracera le parcours migratoire de l’artiste de Port-au-Prince à Casablanca, en passant par le Bénin, New York et Montréal et se terminera sur son dernier séjour japonais. Impressionnée par les valeurs citoyennes du Québec, elle désire redonner à cette société qui lui a tant appris. Dans la suite logique de son parcours, ce projet lui parait comme une évidence. Vouloir se réinventer est un passage que bien des gens vivent. Avec cette exposition, « je souhaite inspirer les gens à se connecter avec leur soi profond et emprunter le chemin qui mène vers la reconstruction. », explique-t-elle.
Les invités, Komty Ondoua, chanteuse, chorégraphes Shérane et Aurélie Figaro, Mme Lyne Dubé co-fondatrice de la Galerie Gora et Mme Marie Denise Douyon. Crédits photo : Radu Juster. Ne manquer pas la chance de visiter la Gallery Gora située au 279, Sherbrooke Ouest # 205. Montréal • Métro Place-des-arts (sortie Bleury). Information : 514 879-9694
Présent à ce vernissage, les toiles de Marie-Denise ainsi que la chorégraphie de Shérane et Aurélie Figaro suivi des chants camerounais de Komty Ondoua, tout cela m’a inspiré un poème que je vous partage. J’ose espérer que mes mots s’ajustent bien au parcours dramatique de l’artiste peintre qui culmine vers une chaude clarté de l’espoir aux gestes ascendants, sobres et majestueux.
Par Serge St-Arneault, M.Afr, Montréal, 1er novembre 2018
Poème inspiré lors du vernissage des toiles de Marie-Denise Douyon
Un vernissage est en soi une exposition, un dévoilement du soi, d’une intimité. Il est une confidence partagée … une révélation du cœur, un jaillissement de sentiments enfouis, mais toujours sentis. Les œuvres exposent l’univers intérieur, un voyage dans le temps et la mémoire. Les toiles scandent les époques, les lieux. Le Maroc, le sable, les chameaux. La sérénité et l’émerveillement des années de jeunesse. Le retour en Haïti, lieu du drame, lieu du combat entre les ombres et les lumineuses couleurs. Œuvres littéralement enchaînées, encerclement de chaînes, tourbillonnantes, étourdissantes, elles-mêmes prisonnières du cadre figeant sa rotation. Drames récurrents et répétitifs aux tristes visages abaissés… de toile en toile. Drames en trois dimensions, juxtaposées, trouées douloureusement avec précision. Drames étagés où le feu jaillit à la limite de l’anéantissement. Subtilement, un mouvement ascendant amorce une perpétuelle recréation. Traumatisme tinté d’espoir à la lueur d’une déchirante mort source de résurrection. Le blanc éclate. Il se déploie. Et puis, enfin, la lumière salvatrice émane de l’Orient. Il était temps. Cette destination est celle de la paix retrouvée, une paix du cœur profond. Il est le fruit d’une succession, d’une couche de ruptures savamment agencées où les brides de l’ancien monde se noient dans la chaude clarté de l’espoir aux gestes ascendants sobres et majestueux. Le temps est venu de s’envoler.
J’ai invité Adama Daou, Cathy Mbuyi Tzaisweka et Jean-Marie Mousenga, amis du Centre Afrika, à visiter La Tuque et à participer aux célébrations du Festival de chasse qui a lieu chaque année en pareilles dates. La première découverte a été celle du parc des Chutes-de-la-Petite-Rivière-Bostonnais à l’entrée de la ville. 200 marches mènent à la passerelle qui offre une splendide vue de la chute. Le froid avait chassé tous les moustiques!
Les activités ont lieu sous la tente du chasseur, ou chapiteau, érigé en plein centre-ville; messe du chasseur, déjeuner des placoteux; danse et rassemblement. La messe présidée par Marc Lahaie a été animée non seulement par la chorale de la paroisse, mais aussi par un groupe de Brésiliens, amis de Marc, ainsi que par Adama Daou avec une mélodie sur balafon.
Nos amis africains ont eu la chance aussi d’être interviewés à la radio de CFLM. Adama y est allé encore de son jam de balafon, en direct. Autre moment émouvant; la rencontre avec le Grand Chef Constant Awashish et le Coordonateur du Secrétariat au territoire Dany Chilton du Conseil de la Nation atikamekw. Un échange très fructueux d’où naîtra peut-être une amitié Afrique-Atikamekw.
Tout cela a été rendu possible grâce à l’invitation du Conseil municipal de Ville La Tuque et son maire Pierre-David Tremblay. Chacun a eu la chance de griffonner son nom sur la page spécialement préparée du Livre d’Or.
Malgré le froid qui sévissait, les rencontres et les échanges ont été chaleureux. Grand merci à toutes les familles qui ont hébergé nos aventureux africains qui ont aussi rendu hommage à Annie St-Arneault devant la bibliothèque qui porte désormais son nom.
NITASKINAN, le territoire ancestral Atikamekw.
Nitaskinan s’étend sur près de 80 000 km² de forêts, de lacs et de rivières qui dessinent le cœur du Québec. Ce territoire ancestral des communautés de Manawan, Opitciwan et Wemotaci est un lieu vivant, où la langue, la culture et les savoirs atikamekw se partagent encore aujourd’hui, portés par la mémoire des anciens et la force des générations.
La soirée publique du 26 novembre s’est avérée une grande réussite, autant au niveau de la qualité du contenu que de la participation. Cette soirée nous a permis d’en apprendre davantage sur la victoire Atikamekw en protection de la jeunesse, qui constitue un pas de plus dans la réalisation de leur droit à l’autodétermination. Merci à tous les panélistes, à l’animatrice, à la Fondation Pierre Elliott Trudeau, à la Fondation Léo-Cormier, ainsi qu’à toutes les personnes qui ont contribué à l’organisation de cette soirée.
À l’initiative du Cabinet de la Ministre des Affaires étrangères du Gouvernement du Canada et avec l’aide du Service des communications et des relations publiques de la Polytechnique Montréal, j’ai été invité à assister à une commémoration voulue par les femmes ministres des Affaires étrangères réunies pour un sommet historique à Montréal les 21 et 22 septembre 2018.
Je suis allé au Parc du 6 décembre[1]tôt dans l’après-midi de samedi où allait se dérouler l’événement. Je me suis aussitôt dirigé près de la stèle illustrant la lettre ‘A’ et le nom de ma sœur Annie gravé sur le sol. La température était splendide. Sylvie Haviernick, la sœur de Maud, m’a ensuite rejoint. Ensemble, nous avons attendu l’arrivée de la ministre Chrystia Freeland ainsi que Federica Mogherini, représentante de l’Union européenne pour les Affaires étrangères. Notre rôle consistait à les accueillir officiellement. De fait, les premières voitures à apparaître ont été celles de la ministre des Affaires étrangères suédoise et de la République d’Andorre.
Tout compte fait, il y avait peu de monde présent si ce n’est les officiels du gouvernement et les journalistes tenus à distance. Sylvie et moi avons donc conduit nos hôtes le long du tracé séparant les 14 noms étalés sur le sol. Toutes les autres femmes ministres de leur différent pays ont suivi le cortège en déposant les roses blanches. J’accompagnais Federica Mogherini. Elle était très touchée par le lieu et la symbolique des fleurs. Elle a improvisé un discours après celui de Chrystia Freeland.
Après la séance de photos, les voitures protocolaires noires étaient vites au rendez-vous pour le départ des femmes ministres. Federica Mogherini était elle-même un peu nerveuse car elle devait prendre son vol à 16h00 à l’aéroport en direction de New York dans le cadre de la 73e Assemblée générale de l’ONU.
─ « Je vous souhaite bon voyage. Revenez nous voir. Il y a beaucoup de belles choses à découvrir à Montréal. »
─ « Je n’y manquerai pas. Merci pour votre accueil. »
─ « Oh! Madame Freeland, permettez-moi de vous dire une chose. »
─ « Oui! Je vous écoute. »
─ « J’aime votre nom. Je l’aime vraiment. »
Elle s’est mise à rire. Freeland signifie littéralement ‘libre pays’.
─ « Nous savons tous que les discussions que vous menez pour un nouvel accord commercial avec les États-Unis ne sont pas faciles. Mais courage. Nous sommes fiers de vous. »
Je vous laisse le soin de deviner ce qu’elle m’a répondu. C’est maintenant un ‘secret d’État’. Je vous le dirai au creux de l’oreille mais pas plus. Enfin, je me suis surpris de lui dire à haute voix : « On vous aime! »
En un rien de temps, presque tout le monde était parti. Pourtant, il restait encore une voiture protocolaire. (Question : pourquoi sont-elles toujours noires?)
Je m’adresse alors au responsable du service protocolaire qui n’en finissait plus de nous remercier d’être venu.
─ « En tout cas, lui dis-je, si vous voulez que nous revenions, je pose une condition. »
─ « Laquelle, me dit-il. »
─ « Et bien! La prochaine fois, je veux moi aussi être reconduit à mon domicile dans l’une de vos voitures protocolaires noires. »
Je suis certain qu’il a déjà oublié.
Ma dernière bise, je l’ai donnée à Sylvie en nous promettant mutuellement de nous revoir bientôt. Puis, j’ai pris le métro à deux coins de rue plus loin.
Ceci dit, je suis donc profondément touché par le geste de ces femmes qui ont insisté pour se recueillir un bref moment au Parc du 6 décembre en mémoire de celles qui ont été tuées lors de la tragédie de la Poly il y aura bientôt 29 ans. Selon les reportages journalistiques, je note que l’élimination de la violence fondée sur le genre était l’un des thèmes discutés par ces femmes ministres. C’est leur désir d’établir une tradition de coopération. Je leur souhaite bonne chance.
[1]La place du 6 décembre a été inaugurée en 1999 pour souligner le 10e anniversaire de la tragédie de la Polytechnique où 14 femmes ont été assassinées. Cette œuvre de l’artiste Rose-Marie Goulet est une initiative de la Fondation des victimes du 6 décembre contre la violence. Les matériaux sont choisis de telle sorte que le passant doit s’attarder pour déchiffrer le nom de la femme sur l’un des sept arcs de cercle. Annie St-Arneault et Maud Haviernick sont deux des quatorze victimes, sœurs de Serge et de Sylvie respectivement.
Le Père Serge St-Arneault, de retour au Canada depuis un an, nous raconte les trente ans de sa vie en Afrique. Trente années qui lui donnent aujourd’hui le sentiment d’être un Noir de race blanche.
Né le 29 juin 1955 à St-Adelphe, Serge St-Arneault a grandi à La Tuque. Il obtient un baccalauréat en théologie à l’UQTR en 1979. Il est officiellement membre de la Société des Missionnaires d’Afrique depuis le 5 décembre 1986. Après son ordination sacerdotale le 28 juin 1987, il part au Zaïre, l’actuelle République Démocratique du Congo, où il restera jusqu’en février 1996. En 2001, il part à Mua, au Malawi, où il devient codirecteur du centre culturel et artistique de Kungoni. En juin 2009, il se retrouve à la paroisse de Chézi. Puis, en janvier 2012, il devient le secrétaire de la Province d’Afrique Australe des Missionnaires d’Afrique dont le bureau central est situé à Lusaka en Zambie. Finalement, depuis août 2017, il est le directeur du Centre Afrika de Montréal.
Mon premier séjour en Afrique Mon premier séjour en Afrique remonte aux années 1981-1983. En effet, j’ai vécu mes deux années de stage apostolique au Zaïre. Au terme de celui-ci, je devais me rendre à Londres pour poursuivre mes études. J’ai cependant retardé mon départ vers l’Angleterre en raison d’une vilaine hépatite virale de type A contractée au Zaïre.
De nombreuses images défilent dans ma tête en songeant à tous ces lieux et à ces personnes que j’ai connus depuis plus de trente ans, soit la moitié de ma vie. Je me souviens d’une brève conversation avec une religieuse qui, à l’époque, m’avait demandé ce que j’allais faire là-bas. À vrai dire, je n’en savais rien. Voici ce que j’aurais pu lui répondre.
Je suis retourné au Zaïre en septembre 1987, après mon ordination sacerdotale qui avait eu lieu à La Tuque le 28 juin. J’ai alors vécu en pleine brousse chez les peuples Indru de Géty et Héma de Boga, à une soixantaine de kilomètres au sud de la ville de Bunia située au nord-est du pays. J’en garde un souvenir mémorable. Pourtant, les difficultés n’ont pas manqué: isolement, routes impraticables, écroulement économique, pillages dans les grandes villes en réaction aux exactions du régime politique du Président Mobutu Sese Seko, sans oublier les rivalités ethniques provoquées et alimentées par des intérêts mercantiles de pays étrangers.
Favoriser la tenue de négociations de paix entre les tribus
Malgré toutes ces difficultés, mes confrères et moi vivions une relation exceptionnelle avec la population dans ces moments tragiques qui ont coïncidé avec le départ des expatriés européens. J’ai même été menacé de mort. Sans aucune aide extérieure, nous avons investi toutes nos énergies en favorisant la tenue de négociations de paix entre les tribus en conflit. Avec nos faibles moyens, nous avons même réussi à organiser des convois humanitaires pour l’évacuation de familles menacées.
Je ne considère pas cela comme de l’héroïsme. J’ai simplement le sentiment d’avoir répondu aux paroles de Jésus : « Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement » (Mt 10, 8).
Au milieu de toutes ces tragédies, avec mes amis zaïrois, qui entre-temps sont redevenus des Congolais, nous avons uni toutes nos ressources pour construire une école secondaire. J’ai aussi eu le privilège de me lier d’amitié avec les masadu, les gens mandatés pour superviser les rites funéraires des chefs coutumiers. J’ai même participé aux danses dites guerrières lors de ces cérémonies, si bien qu’au moment de partir, en février 1996, une vieille maman m’a confié ces quelques mots qui resteront toujours gravés dans mon cœur : « Vous savez, mon père, il ne vous manque qu’une seule chose pour être l’un de nous : la couleur de la peau! »
Tout est dans la qualité relationnelle. Celle-ci va au-delà de la connaissance pourtant essentielle des langues locales et des coutumes. Je peux le dire en toute franchise, je ressens une nostalgie chaque fois que je repense à « mon premier amour! »
Envoyé au Malawi
Ne pouvant pas retourner en République Démocratique du Congo au tournant du nouveau millénaire à cause de la guerre civile qui s’éternisait, mes supérieurs m’ont proposé d’aller au Malawi. Ce petit pays est coincé entre le Mozambique et la Zambie. J’ai dû tout recommencer ; l’apprentissage du chichewa (que je n’ai jamais aussi bien maîtrisé que le kiswahili au Congo), l’histoire et les coutumes ancestrales, particulièrement du peuple Chéwa. Je suis devenu codirecteur du centre culturel et artistique de Kungoni situé à Mua.
Privilège peu offert aux non-Chéwa, j’ai eu la chance d’être accueilli au sein de la société secrète des Gulé Wamkulu qui sont reconnus pour leurs innombrables masques qui constituent la base de leur vision spirituelle associée aux esprits des ancêtres; les mizimu! C’est réellement fascinant.
Mon confrère Claude Boucher, originaire de Montréal, prêtre et anthropologue, a d’ailleurs consacré toute sa vie à approfondir les expressions culturelles de ces populations. Il a construit le centre culturel Kungoni qui comprend un musée renommé dans toute cette région d’Afrique.
Reconnaître la présence de Dieu dans l’histoire et la vie de ces peuples
Il faut investir du temps, beaucoup de temps, pour soulever le voile des premières apparences culturelles. Les missionnaires ont l’avantage de consacrer de nombreuses années de leur vie pour apprécier ces richesses : valeurs communautaires, sagesse et proverbes, diversités linguistiques, etc.
L’essentiel est de mettre en valeur, de faire surgir, d’éveiller ou simplement de reconnaître la présence de Dieu dans l’histoire et la vie de tous ces peuples qui puisent leur spiritualité dans les valeurs transmises par les ancêtres. En effet, l’Esprit de Dieu s’est manifesté chez ces gens bien avant l’arrivée des missionnaires. Pour moi, le missionnaire est avant tout celui qui permet de reconnaître ces traces spirituelles tout en annonçant la nouveauté de l’Évangile qui s’adresse à toute l’humanité.
Bref, ma vie n’est plus la même. Je suis allé en Afrique comme missionnaire, mais c’est l’Afrique qui m’a converti aux valeurs profondes de notre humanité commune éclairées par la radicalité du témoignage de l’homme Jésus.
J’ai vécu mes deux dernières années au Malawi dans une petite paroisse appelée Chézi, située à mi-chemin entre la capitale Lilongwe et le lac Malawi. Les Gulé Wamkulu y sont également actifs. Je me suis rapidement senti à l’aise grâce à mon initiation dans leur société secrète. C’est tout de même précieux de pouvoir côtoyer un environnement culturel si étrange aux premiers abords.
Le respect mutuel permet de vrais miracles
Le « respect » est le mot qui résume le mieux mon expérience missionnaire. Au-delà des différences ou particularités sociales, linguistiques et spirituelles, le respect mutuel permet de vrais miracles. J’ai souvent constaté que les paroles s’évaporent, à commencer par les sermons. En effet, nous mémorisons plus facilement les bonnes et mauvaises impressions ou perceptions. Il peut aussi s’agir d’un souvenir de tendresse ou de compassion. Là est l’œuvre de l’Esprit de Jésus qui transforme les cœurs en profondeur.
Sachant que je quittais le Malawi en janvier 2012, les chefs coutumiers ont pris la décision de m’introniser dans leur cercle. Symboliquement, j’ai, en effet, été nommé chef coutumier sous le patronyme de « mfumu Chimphopo ». Je considère cela comme une marque de reconnaissance et de profonde amitié. J’en serai toujours reconnaissant.
Secrétaire de la Province d’Afrique Australe des Missionnaires d’Afrique
De là, je me suis retrouvé à Lusaka en Zambie en tant que secrétaire provincial, et responsable des communications, au service des confrères vivant au Malawi, au Mozambique, en Afrique du Sud et en Zambie. C’est tout de même un défi de travailler dans la langue de Shakespeare pour un gars comme moi qui a échoué tous ses cours d’anglais à l’école.
Capitale de la Zambie, Lusaka est en pleine envolée économique. L’Afrique, c’est aussi les grandes agglomérations, les vastes centres d’achat, les universités et les embouteillages sur les grands boulevards aux heures de pointe. Même si l’anglais est largement répandu, je parvenais à comprendre le chinyanja, une forme dérivée du chichewa.
Mon retour au Canada
Après plus d’une trentaine d’années, il est temps de revenir au bercail. Mes supérieurs m’ont demandé d’assurer la responsabilité du Centre Afrika situé sur la rue St-Hubert à Montréal. J’ai accepté avec joie. J’ai le sentiment que cela arrive à un bon moment dans ma vie. L’Afrique m’habite encore. J’ai parfois le sentiment d’être un Noir de race blanche.
Je suis chanceux de pouvoir poursuivre ma quête de connaissance du monde africain qui me passionne. Adolescent, j’avais le sentiment que la planète terre n’était pas assez grande pour mes aspirations. Je me suis limité à trois pays africains.