Tous les articles par Serge St-Arneault, M.Afr

Membre de la Société Missionnaire d'Afrique depuis 1986. A vécu en République Démocratique du Congo, au Malawi et en Zambie. Membre de l'équipe du Centre Afrika à Montréal depuis 2017.

La Palestine : terre promise pour qui?

Par Serge St-Arneault, M.Afr, Montréal, 23 mai 2021

C’est le titre d’un article que j’ai écrit pour le journal étudiant « Le Point », organe officiel de l’AGEUQTR, vol 3, no 2 du 5 février 1979. Cette question est toujours d’actualité 42 ans plus tard. Les récents bombardements à Gaza et les roquettes lancées par le Hamas illustrent bien l’impasse de ce conflit.

Quelques citations de cet article

« Je sais, pour y avoir été et vérifié moi-même, que la vie quotidienne des Arabes est très difficile. J’oserais même affirmer que les Arabes d’aujourd’hui ont remplacé les Juifs qui hier encore subissaient l’oppression et les Juifs d’aujourd’hui remplacent les envahisseurs d’hier. Pour minimiser les affrontements, chacun reste dans son coin et refuse l’autre, … »

« D’un côté, il y a chez les Juifs un désir profond de sauvegarder une terre espérée depuis deux mille ans… . D’un autre côté, il y a les Palestiniens qui ont été chassés d’une partie de leur pays qui leur appartenait en propre … depuis longtemps ».

« Il n’est pas impossible de voir un jour les Juifs profondément divisés et même s’affronter sur des questions concernant l’avenir du pays. Les Juifs sont loin de former une entité cohérente de pensée si bien que les conditions sociales des Juifs dits orientaux se comparent aisément aux conditions des Palestiniens. De l’autre côté, l’on voit les Palestiniens eux-mêmes profondément divisés. »

« Un gouvernement israélien dirigé par des Juifs dits orientaux, parce qu’étant déjà en Palestine avant 1948 ou venant des pays d’Afrique du Nord, faciliterait les choses. Le gouvernement actuel (du premier ministre Begin), par ses politiques très occidentalisées, ne fait que s’éloigner de ses pays voisins… . … ce qu’il faudrait, c’est un abandon du fanatisme tant politique que religieux des deux parties. À ces conditions minimales, la Palestine peut devenir une terre promise pour tous ».

Vingt-trois ans plus tard en 2001

Globalement, la situation n’avait pas véritablement changé depuis mon premier voyage en Israël en 1978. Les pourparlers de paix entre Begin et Sadate, sous le patronage de Jimmy Carter, président des États-Unis, s’étaient soldés en queue de poisson. Dirigeant du Likoud, Ariel Sharon venait d’être élu premier ministre du pays en mars 2001, après le déclenchement de la seconde Intifada. J’ai séjourné précisément en Israël entre le 15 mars et le 8 juin 2001.

La première Intifada Al-Aqsa avait débuté en septembre 2000 tout juste en face de notre maison située près de la Porte des Lions. Depuis lors, l’esplanade des mosquées est interdite aux touristes.

Le sionisme

De mes nombreuses notes de voyage, je retiens tout particulièrement notre rencontre avec le rabbin Henri Noach. À cette époque, il était professeur au département des relations internationales de l’Université hébraïque de Jérusalem. Il assumait également plusieurs fonctions au sein des communautés juives de la diaspora.

Appartenant lui-même au mouvement conservateur, le rabbin nous a alors souligné que le judaïsme contemporain était composé de trois courants religieux principaux; les orthodoxes, les conservateurs et les réformistes. Ceci constitue un important élément afin de saisir les enjeux sociopolitiques des différentes communautés juives d’Israël.

Selon le rabbin Noach, l’identité fondamentale du peuple juif est basée sur le double aspect national et religieux qui constitue la Morasha (מורשה), c’est-à-dire « l’héritage ». Premièrement, les Juifs sont les héritiers de la communauté de Jacob centrée autour de la Tora. Et deuxièmement, d’un point de vue politique, le peuple est l’héritier de la TERRE DE CANAAN, don et promesse de Dieu : « Je vous ferai entrer dans le pays que j’ai juré de vous donner, lorsque je parlais à Abraham, à Isaac et à Jacob; je vous le donnerai et il sera à vous, car je suis Dieu ». (Exode 6,8)

Ferment de l’identité de l’État d’Israël, le sionisme fonde aussi sa conception nationaliste sur la loi traditionnelle du (Midrash (מִדרָשׁ) = littérature) Halakah (הלכה) qui inclus les restrictions alimentaires (référence; Lévitique 20, 24-26).

Historiquement, la destruction de Jérusalem par l’armée romaine remonte à l’an 70 de notre ère. Près de deux millénaires plus tard, le « retour » sur la terre promise s’est matérialisé avec la création de l’État d’Israël en 1948.

Sans tarder, la « loi de retour » fut l’une des premières lois adoptées au parlement qui accorde automatiquement la citoyenneté israélienne à toute personne d’appartenance juive désireuse d’immigrer en Israël. La population juive provient de 108 pays différents. Cela a une signification théologique significative.

Selon le rabbin Noach, la coexistence fraternelle et l’acceptation des différences entre Juifs sont un microcosme de l’histoire de l’humanité. Selon lui, « le rassemblement des exilés, c’est-à-dire des enfants d’Israël dispersés depuis 2000 ans à travers le monde, est ce qui permet la RECRÉATION de la NATION d’Israël sur la TERRE et devient le véhicule de l’ultime rédemption de l’humanité où cesseront toutes les guerres et marquera la venue du Messie. Ainsi se réaliseront les prophéties du rassemblement de tous les peuples. Aucun autre peuple qu’Israël ne peut être la lumière des nations. L’État d’Israël est l’avant-stade de l’ultime aboutissement de la rédemption de l’humanité. Il s’agit de la volonté divine. Israël ne mérite pas cet honneur. C’est Dieu qui l’a choisi. La nécessité théologique de la rédemption de l’humanité passe nécessairement par le retour des enfants d’Israël sur SA TERRE PROMISE ».

Tout devient clair! La justification du CONTRÔLE DES TERRITOIRES PALESTINIENS est basée sur la conviction qu’Israël doit rester fidèle au plan de Dieu et ainsi devenir le chemin incontournable du salut de l’humanité.

Cela dit, il est bien de souligner qu’une fraction importante du courant fondamentaliste protestant, particulièrement américain, a développé une théologie chrétienne sioniste. Pour les adeptes de ce courant fondamentaliste, la création et l’expansion de l’État d’Israël sont les conditions du retour du Christ.

Ce que je comprends du sionisme

Je me rappelle être intervenu à la fin de l’exposé du rabbin Henri Noach avec cette double observation. Primo, les oppositions entre Juifs sont souvent virulentes, particulièrement au niveau des partis politiques, mais aussi entre les trois principaux courants religieux qu’il avait lui-même décrits. Secundo, quelle est la place juridique des 21% d’Arabes détenteurs de la citoyenneté israélienne vivant en Israël? Note : les Arabes israéliens comprennent des chrétiens et des musulmans, identifiés comme Palestiniens. Sont exclus les réfugiés juifs dits orientaux immigrés de pays arabe.

Le rabbin a alors admis qu’il y avait, à cette époque, 17 différents partis politiques à la Knesset. Par contre, il a choisi la voie de l’évitement en ce qui concerne le deuxième point.

Il apparaît clairement, selon lui, que la coexistence fraternelle des peuples et du respect de leurs diversités culturelles ne concerne que les Juifs regroupés autour de la « loi du retour ». Son interprétation des textes bibliques est de type fondamentaliste. Ainsi donc, la TERRE est un droit exclusif d’Israël. En d’autres mots, LA RECONQUÊTE DU TERRITOIRE est une volonté divine et un préalable obligatoire pour la venue du Messie (Juif). Ce n’est qu’une question de temps. Finalement, la présence des Palestiniens est un obstacle à la réalisation du plan de rédemption de Dieu pour l’humanité.

À mon avis, si Israël imagine être à lui seul la lumière des nations, il ne réussit malheureusement qu’à s’aveugler lui-même.

Conclusion

Parlant de lumière, s’il en est une, je conclus que les récents troubles dans cette partie du monde sont le résultat d’une très longue tragédie. Celle-ci se répète continuellement. Rien ne semble être en mesure de l’arrêter.

De mon journal de voyage, je note ce passage écrit à Jérusalem le 9 mai 2001. Abel était un berger comme Moise. Son offrande à Dieu est agréable. Il offre les premiers-nés de son bétail avec générosité et librement. L’offrande de Caïn est différente. Ce n’est pas tellement parce qu’il s’agit des fruits de son potager, mais à cause de ses intentions cachées, accessoires, manipulées, compétitives. En fait, il cherche sa propre satisfaction.

Abel tourne son regard contemplatif vers le Dieu ICÔNE. Caïn tourne son regard vers lui-même, vers son ÉGO IDOLÂTRÉ. C’est ainsi qu’il se jette sur son frère et le tue.

Tout est question de regard. Toute chose, toute personne, tout événement a le potentiel d’être une ICÔNE ou une IDOLE. La croix du Christ, par exemple, est pour moi une ICÔNE dans la mesure où la souffrance de Jésus m’invite à marcher sur ses pas pour un bien supérieur à ma propre personne. Cette attitude est libératrice du CYCLE DE LA VIOLENCE. Par contre, la même croix peut devenir une IDOLE si je l’utilise et la manipule pour imposer une idéologue religieuse.

Similairement, le voile islamique porté par les musulmanes peut symboliser une attitude iconique ou alimenter une idéologie. Ce choix croisé varie selon celle qui porte ce voile et moi, ou toi, qui la jugeons ou non.

En 2001, de la fenêtre de ma chambre, posant précisément mon regard sur les toits du quartier arabe de la vieille ville de Jérusalem, j’écrivais :

Toi! Jérusalem! Qui es-tu à mes yeux ?

Peux-tu être une ICÔNE malgré tes déchirures, ton histoire tragique, tes traumatismes violents et répétitifs que tu tètes comme le lait maternel d’un nourrisson ?

« Il nous faut cesser de condamner ceux et celles qui nous entourent, supprimer nos projections par rapport à ceux et celles que nous mésestimons, et accepter que le problème réside en fait en nous ».

Robin Roberson

Version PDF de cet article.

LIENS :

Cessons de nous illusionner et figeons au moins les frontières actuelles

SÉBASTIEN BOUSSOIS, DOCTEUR EN SCIENCES POLITIQUES, CHERCHEUR MOYEN-ORIENT EN RELATIONS EURO-ARABES, TERRORISME ET RADICALISATION, 23 mai 2021

Il n’y aura pas cet État palestinien tant rêvé, tant vendu, tant espéré et attendu depuis 1947. Il faut, dans des situations de gestion de conflit sans fin, faire le deuil de certaines choses et voir la réalité en face. C’est comme en amour, cela ne sert à rien de forcer, mieux vaut feinter ou abandonner.

Becoming Intercultural: Perspectives on Mission

Par Serge St-Arneault

Le 30 avril dernier, grâce à un webinaire, l’équipe du Centre Afrika a assisté au lancement du livre intitulé « Becoming Intercultural: Perspectives on Mission ». Ce livre s’adresse en particulier aux missionnaires de l’Évangile et s’articule autour du concept de l’interculturalité. Pour en savoir plus, je vous invite à lire les précédents articles que j’ai écrits en cliquant ICI.

En quelques mots, la diversité culturelle est un enrichissement, non une menace. De plus, l’émergence d’une hospitalité solidarité entre tous et chacun favorise l’acceptation d’une dépendance réciproque qui construit véritablement une identité commune. Ainsi donc, devenir interculturel est à la fois un défi et une opportunité qui enrichit la mission à laquelle nous avons consacré notre vie.

Aujourd’hui, j’aimerais vous partager quelques points marquants de ce lancement de livre animé par trois panélistes.

Stephen Bevans, SVD

Sous l’angle de la foi chrétienne, Stephen Bevans, SVD, propose une danse entre l’interculturalité et le dialogue prophétique. Dans un monde de plus en plus critique vis-à-vis des religions, pour être reconnu dans sa vérité, le témoin de la foi doit avant tout vivre son engagement de façon authentique avant de se soucier de la proclamation d’un quelconque enseignement doctrinaire.  

Nous ne sommes plus à l’époque de la simple transmission d’un héritage. Nous devons faire preuve d’imagination et de créativité dans notre effort de contextualisation du message que nous voulons proclamer. De plus, nous sommes constamment confrontés avec un quotidien qui échappe à notre contrôle. Pourtant, cette confrontation est nécessaire si nous souhaitons favoriser l’inclusion. Notre engagement ne s’oriente donc pas vers la sauvegarde d’une institution. Notre intérêt est plutôt de favoriser le « KIN-DOM of God » au lieu de l’établissement du « KINGDOM of God ». Le « KIN » fait référence à la proximité que nous partageons avec les autres en opposition à l’imposition d’un ROYAUME juridique et  dogmatique.

L’Église structure la mission depuis longtemps par le canal de ses pasteurs et missionnaires. Inversement, c’est la mission qui doit plutôt structurer l’Église. Ainsi, la dénonciation des injustices et tout ce qui est présentement associé aux effets de la pandémie de la Covid-19 (contagion, mesures de confinement, soutien aux personnes isolées, santé mentale, environnement, etc.), tout cela constitue les éléments de la contextualisation du message chrétien pour aujourd’hui.

Judette Gallares, RC

Judette Gallares, RC, enrichit cette réflexion avec l’idée que l’interculturalité est un processus permanent où la compréhension du SOI est unique à chaque personne. En d’autres mots, nous sommes à la fois comme tout le monde, mais différent en même temps. À vrai dire, ce malaise est un élément essentiel de l’interculturalité, car il appelle à une conversion permanente, à l’intégrité, à bien saisir la réalité qui nous entoure, à l’engagement radical et au discernement collectif. Il s’agit d’accroitre la conscience critique à l’égard des questions liées à la diversité et à la pluralité. Pour cela, nous devons sortir de notre zone de confort et de nos réflexes identitaires pour pouvoir véritablement accueillir toute autre personne dans son unicité.

Patricia Murray, IBVM

Patricia Murray, IBVM, relate trois événements majeurs qui secouent notre monde d’aujourd’hui ; la pandémie de la Covid-19, la tragique mort de l’Afro-Américain John Floyd et les courants migratoires.

Selon elle, nous devons créer de nouveaux paradigmes en ce qui concerne les vœux religieux que sont la pauvreté, la chasteté et l’obéissance. Comment pouvons-nous vivre l’interculturalité dans un monde en profonde mutation ? L’engagement religieux nous incite à vivre dans une solidarité globale avec l’humanité. Les vœux religieux ne sont plus une question d’engagement individuel. L’esprit de pauvreté nous oblige à l’accueil inconditionnel de tout autre, particulièrement de l’étranger. D’autre part, la chasteté véritable nous oriente vers un engagement pour contrer le racisme, l’ethnocentrisme, les préjugés et les stéréotypes. Finalement, l’esprit d’obéissance n’est pas envers une structure hiérarchique, mais plutôt dans un effort collectif de discernement où les inspirations naissent dans un environnement culturel variable, donc interculturel.

Voir la conférence sur YOUTUBE. Durée : 2 heures.

en Français

in English

General presentation of the book: minute 11 :00

First intervention, Steven Bevans « Committed to his Mission: minute 14:00 – 35:00

Second intervention, Sr Judette Galllares « Forming intercultural Missionaries »: 36:45 – 57:00

Third intervention, Sr Patricia Murray « Interculturality, leadership and vows: liability or richeness”: 59:00 – 1:23:50 Afterwards: questions-responses

Pour acheter le livre, cliquer sur :

Becoming Intercultural Perspectives on Mission   US  20.00 $

La Cour suprême des États-Unis va se prononcer sur le port des armes à feu

(Washington) La Cour suprême des États-Unis a accepté lundi un recours du puissant lobby des armes NRA et sa décision pourrait peser sur la capacité des autorités à réguler le port des armes à feu hors du domicile.

AGENCE FRANCE-PRESSE, publié le 26 avril 2021

La haute juridiction, qui compte six magistrats conservateurs sur neuf, se penchera à l’automne sur une loi new-yorkaise contestée par la branche locale de la National Rifle Association et deux propriétaires d’armes.

En vertu de cette loi centenaire, l’État de New York a accordé des permis de port d’armes à ces deux hommes, mais uniquement pour se rendre à des stands de tir ou à la chasse, et non à des fins d’autodéfense. Après avoir perdu devant des tribunaux fédéraux, ils avaient fait appel auprès de la Cour suprême.

Celle-ci a annoncé lundi qu’elle acceptait leur recours, mais répondrait uniquement à une question : « Est-ce que le refus de l’État d’accorder aux plaignants des permis de porter des armes dissimulées à des fins d’autodéfense viole le deuxième amendement » de la Constitution ?

Cet amendement, qui fait l’objet d’interprétations divergentes, énonce qu’« une milice bien organisée étant nécessaire à la sécurité d’un État libre, le droit qu’a le peuple de détenir et de porter des armes ne sera pas transgressé ».

Pour les partisans des armes à feu, il garantit un droit au port d’armes pour chaque citoyen. D’autres considèrent toutefois que les auteurs de la Constitution ont seulement voulu protéger le droit de détenir et utiliser des armes dans le cadre d’une force de maintien de l’ordre, comme l’armée ou la police.

Dans un arrêt emblématique pris en 2008, la Cour suprême avait affirmé que le deuxième amendement protégeait le droit à détenir une arme chez soi. Mais elle avait laissé aux villes et aux États le soin de réguler le transport en dehors du domicile, ce qui explique l’existence de grandes disparités dans le pays.

Malgré de nombreuses sollicitations, elle est depuis restée à l’écart de ce sujet très délicat. Mais la Cour a été profondément remaniée par Donald Trump qui, au cours de son mandat à la Maison-Blanche, a nommé trois de ses juges, choisis pour leurs opinions conservatrices censées être favorables aux détenteurs d’armes.

Cette nouvelle donne fait craindre aux partisans d’un meilleur encadrement des armes une lecture extensive du deuxième amendement de la Constitution, qui ferait tomber les restrictions adoptées localement.

L’arrêt de la haute Cour pourrait également contrarier les projets du président démocrate Joe Biden qui, après une série de fusillades meurtrières, a redit vouloir durcir la législation sur les armes aux États-Unis.

Plus de 43 000 personnes ont été tuées par des armes à feu en 2020, en incluant les suicides, selon le site Gun Violence Archive.

Autre lien :

AU CŒUR DU MONDE en 2021- Année mondiale de la paix et de la confiance

C’est avec joie que je vous présente sur mon blogue l’artiste peintre Gabriel Landry. Je vous invite à découvrir avec moi la beauté de ses œuvres en visitant son site internet. De Serge

Longueuil, le 16 avril 2021 –  L’année 2021 a été proclamée Année mondiale de la paix et de la confiance par l’Assemblée générale des Nations Unies. Pour l’occasion, le peintre Gabriel Landry, se sentant inspiré par l’arrivée récente du printemps et désireux de défier la morosité qu’entraîne la troisième vague du coronavirus, a réalisé un tableau qu’il intitule AU CŒUR DU MONDE.

Dans un court message qui accompagne son œuvre, l’artiste écrit : « De la colombe de la paix qui se fait ici porteuse d’une rose, en passant par les mains qui forment des cœurs, ou la pyramide qui se dessine par la juxtaposition de ces mêmes mains, je laisse la symbolique des éléments présentés dans ce tableau à votre propre interprétation ». Ce à quoi il ajoute : « Tout en « nous » souhaitant cette paix et cette confiance à laquelle l’Humanité a droit, j’espère que ce tableau aura su vous rejoindre ».

Originaire de Natashquan, Gabriel Landry peint son premier tableau à l’âge de 12 ans. Formé en Art publicitaire (de 1969 à 1972) il participe alors à un concours dont il sort gagnant, celui de l’affiche officielle du Carnaval de Québec 1973. S’en suivent au fil du temps plusieurs autres reconnaissances, des réalisations diffusées à l’international et de nombreuses expositions tant solo que collectives. Celles-ci l’ont mené à exposer de Natashquan à New York, en passant par Québec, Montréal et plusieurs autres endroits à travers le Québec, ainsi qu’à Halifax, dans le cadre du Sommet du partenariat pour les océans du G7. À cela, s’ajoute la publication d’un livre portant sur 22 de ses œuvres dont six d’entre-elles ont fait la une pour le lancement d’un magazine. Un film-fiction inspiré de la vie et de l’œuvre de Gabriel Landry est en voie d’être terminé et fera l’objet d’une télésérie de 24 épisodes de 50 minutes.

Site Web de l’artiste : www.gabriellandry.com  

Légende photo : AU COEUR DU MONDE – Tableau de Gabriel Landry (huile sur toile 24 x 30 po.)  Crédit photo : Sophie Richard

Source : Gabriel Landry, artiste peintre
Courriel : glandry@gabriellandry.com
Tél. : 450 445-3649   Cell.: 514 894-0440

Vague de tueries? Facilitons l’acquisition des armes…

LUC LALIBERTÉ,   mardi, 20 avril 2021

Depuis la tuerie du 16 mars dans trois salons de massage d’Atlanta, on recense 50 autres tueries aux États-Unis. Depuis le début de l’année 2021, le total s’élève à 150.

Même si presque toutes les régions ont été affectées, le Texas, lui-même touché à 6 reprises, vient de démarrer un processus qui ne manquera de soulever la controverse alors que 90% des Américains sont favorables à une forme ou à une autre de contrôle et que le président Biden vient à peine de lancer ses premières initiatives.

Il y a quelques jours la chambre des représentants de l’état votait une loi qui permettrait de pouvoir acheter et porter une arme sans obtenir un permis au préalable. Si vous avez plus de 21 ans, nul besoin de formation ou d’examen pour porter une arme, qu’elle soit dissimulée ou non.

Quand on analyse le résultat du vote, aucun suspense. La majorité de 84 vs 56 parle d’elle-même et la réaction de la NRA ne s’est pas fait attendre. Les partisans de la loi ont même obtenu le soutien d’une poignée de démocrates.

Rien n’indique pour le moment que le sénat appuiera la nouvelle loi et que le gouverneur y apposera sa signature, mais que ce projet de loi se soit frayé un chemin jusqu’à la chambre en dit long sur l’état des lieux.

Comme le rapporte le Texas Tribune, en 2017 le lieutenant-gouverneur républicain de l’état s’opposait à ce type de loi. On rapporte aussi que les syndicats des policiers de quelques villes, dont Houston, sont en désaccord avec l’initiative. 

Comme je l’ai déjà souligné ici, non seulement les États-Unis sont au cœur de ma vie professionnelle, mais j’ai également un attachement émotif pour ce pays qui ne cesse de me surprendre par ses contradictions et ses paradoxes. 

L’attitude de nos voisins dans le dossier des armes représente encore et toujours un mystère pour moi. Alors que les tueries se multiplient à un rythme effarant, contrôler ou limiter le nombre et le type d’armes ne fait pas l’unanimité.

Je suis parfaitement conscient que la problématique des armes à feu est complexe et que des interventions de l’état ne régleront pas tout. Dans le cas du Texas, c’est parfois désespérant. Si des politiciens de Washington se contentent du statu quo, les représentants du Lone star state ont préféré bougé… Dans le sens contraire d’une solution pour parvenir à un meilleur contrôle. 

«Only in America» dit-on souvent. Oui, seulement aux États-Unis.

L’intérêt national à sens unique de M. Trudeau

Il n’est pas toujours simple de suivre Justin Trudeau.

Publié le 15 avril 2021

PHILIPPE MERCURE, LA PRESSE

Dans deux dossiers, celui de la taxe carbone et celui de la réglementation des armes de poing, son gouvernement a adopté des positions diamétralement opposées.

Si opposées, en fait, qu’il est impossible de les défendre simultanément sans sombrer dans l’incohérence et l’hypocrisie.

Sur la taxe carbone, le fédéral a plaidé que l’inaction de certaines provinces l’obligeait à agir au nom de « l’intérêt national ». Il s’est battu jusqu’en Cour suprême pour avoir le droit de s’immiscer dans les affaires des provinces et fixer un prix minimal sur le carbone au pays.

La Cour suprême lui a donné raison et c’est tant mieux.

Sur la réglementation des armes de poing, le renversement est total. Ici, c’est le fédéral qui fait preuve d’inaction dans son propre champ de compétence. Et il tente de pelleter ses responsabilités dans la cour des provinces.

C’est indéfendable. Pour s’en convaincre, le gouvernement Trudeau ferait bien d’examiner les arguments qu’il a lui-même plaidés dans le dossier de la taxe carbone et qui ont été validés par la Cour suprême.

* * *

Si le plus haut tribunal au pays a permis au fédéral d’imposer sa taxe carbone, c’est parce que l’inaction de certaines provinces pouvait avoir de « graves conséquences extraprovinciales ».

En clair, si l’Alberta pollue sans contrainte et contribue au réchauffement climatique, cela affectera les autres provinces. « Les gaz à effet de serre ne connaissent pas de frontières », ont relevé avec justesse les juges majoritaires de la Cour suprême.

Notons que cette décision n’ouvre pas la porte à l’imposition de normes nationales dans les établissements de soins de longue durée, comme on l’a entendu. Si le Québec soigne mal ses aînés dans ses CHSLD, cela n’aura aucune conséquence au Manitoba.

Mais les fusils, comme les GES, ne s’arrêtent pas devant les affiches qui disent « Bienvenue en Ontario » sur la route 401. Un Canadien peut très bien remplir le coffre de sa voiture de pistolets à Halifax et conduire jusqu’à Vancouver sans rencontrer le moindre douanier.

Voilà pourquoi la réglementation canadienne sur les armes de poing sera aussi solide que celle adoptée par la province la moins sévère. Le danger n’est pas imaginaire. On n’a qu’à regarder le paysage politique canadien pour comprendre que certaines provinces seront trop heureuses de ne pas agir contre les armes de poing si le fédéral leur laisse cette liberté.

Il est donc clair qu’il y aurait des conséquences partout au Canada si une province laissait les armes proliférer sur son territoire. Ces conséquences seraient-elles « graves » ? C’est évident sachant qu’on parle de fusils, surtout dans le contexte actuel.

Tant la circulation des armes que les homicides par balles sont en hausse au Canada. Au Québec, des évènements comme la fusillade de l’été dernier au Vieux-Port, pendant laquelle 25 coups de feu ont été tirés, ou la mort d’une adolescente à Saint-Léonard au cours de l’hiver ont soulevé l’inquiétude des citoyens.

Comme pour les GES, le critère des « conséquences extraprovinciales graves » s’applique donc parfaitement au dossier des armes de poing. Ce n’est pas un argument juridique. C’est une simple question de bon sens et de cohérence.

Le fédéral a d’abord cherché à se décharger de sa responsabilité de réglementer les armes de poing sur le dos des villes. Cette idée absurde aurait mené à une mosaïque intenable de réglementations. Les villes elles-mêmes s’y sont opposées.

Le gouvernement Trudeau tente maintenant de refaire le coup avec les provinces qui, trop contentes de recevoir un pouvoir d’Ottawa, sont plus réceptives. Mais ce n’est pas plus justifiable, et le collectif PolySeSouvient a drôlement raison d’exhorter les provinces à refuser cette responsabilité.

M. Trudeau ne peut pas revêtir sa cape de héros au nom de l’intérêt national seulement quand cela fait son affaire.

Québec pressé de ne pas accepter une responsabilité qui incombe à Ottawa

(Ottawa) Le Québec doit refuser la responsabilité que veut lui confier le gouvernement Trudeau d’interdire les armes de poing.

JOËL-DENIS BELLAVANCE, LA PRESSE, Publié le 6 avril 2021

Car ce que cherche avant tout le gouvernement Trudeau, c’est d’éviter de prendre ses propres responsabilités devant la prolifération de ces armes au Canada, plaide PolySeSouvient dans une lettre de trois pages envoyée au premier ministre du Québec François Legault et aux chefs des partis de l’opposition à l’Assemblée nationale.

« Nous espérons vous convaincre de résister à toute tentative de la part du gouvernement fédéral d’obtenir du gouvernement du Québec une entente ou un appui en lien avec le projet de loi C-21 et l’enjeu spécifique des armes de poing », écrivent les proches des victimes de la tuerie de Polytechnique dans cette lettre.

« Nous considérons cette législation comme étant une coquille vide irrécupérable. Et elle demeurera tout aussi irrécupérable dans l’éventualité qu’elle serait amendée de façon à refiler aux provinces […] l’autorité d’interdire les armes de poing », ajoutent-ils.

La Presse a obtenu une copie de cette lettre. Samedi, La Presse a rapporté que le gouvernement Trudeau songe sérieusement à confier aux provinces et aux territoires, plutôt qu’aux municipalités, la responsabilité d’interdire les armes de poing. Québec est tout à fait prêt à s’acquitter de ce mandat, mais exige un financement en retour.

Les libéraux de Justin Trudeau ont fait un constat brutal depuis qu’ils ont déposé le projet de loi C-21 sur le contrôle des armes à feu le 16 février. Le train de mesures proposé a été taillé en pièces par les provinces, par les municipalités et par des groupes que les libéraux considéraient des alliés naturels.

Qui plus est, le gouvernement libéral minoritaire n’aura l’appui d’aucun des trois partis de l’opposition pour le faire adopter dans sa mouture actuelle à la Chambre des communes. Résultat : des changements sont devenus incontournables, convient-on dans les rangs libéraux.

Dans sa présente mouture, le projet de loi C-21 créerait un programme de rachat volontaire des quelque 1500 armes à feu prohibées depuis mai dernier. Il imposerait aussi de lourdes pénalités pour ceux qui acquièrent des armes à feu sur le marché noir. Également, le projet de loi accorderait de nouveaux pouvoirs aux municipalités pour interdire les armes de poing malgré les critiques de plusieurs maires.

Les familles de victimes de la tuerie de Polytechnique ont accusé le gouvernement libéral de « trahison totale » parce que le programme de rachat des armes d’assaut prohibées s’appuierait sur la bonne foi de leurs propriétaires au lieu d’être obligatoire, comme les libéraux l’avaient promis durant la dernière campagne.

Dans sa lettre, PolySeSouvient exige de nouveau que le gouvernement Trudeau retourne à la table à dessin. « Notre demande est claire : retirer complètement la proposition de transfert de pouvoir et mettre de l’avant des mesures fédérales sérieuses et robustes pour contrer la prolifération des armes de poing au niveau canadien ».

Jusqu’ici, le projet de loi C-21 n’a été débattu qu’une seule fois à la Chambre des communes. Et il ne reste au calendrier des travaux que neuf semaines et demie avant les vacances d’été.

LIEN : PRIÈRE DE NE PAS ENCOURAGER LA DÉRESPONSABILISATION DU FÉDÉRAL FACE À LA PROLIFÉRATION DES ARMES DE POING AU CANADA

Prière de ne pas encourager la déresponsabilisation du fédéral face à la prolifération des armes de poing au Canada

6 avril 2021

Monsieur François Legault, Premier ministre, Chef Coalition Avenir Québec

Madame Dominique Anglade, Cheffe Parti Libéral du Québec

Madame Manon Massé, Co‑porte‑parole Québec Solidaire

Monsieur Paul St-Pierre Plamondon, Chef Parti Québécois

 Objet : Prière de ne pas encourager la déresponsabilisation du fédéral face à la prolifération des armes de poing au Canada

Mesdames et messieurs,

Nous vous écrivons aujourd’hui suite à la parution de l’article dans La Presse du samedi 3 avril dans le cadre duquel un représentant du gouvernement du Québec affirme que « si le fédéral veut qu’on gère les armes à feu, eh bien, qu’il nous donne la compétence … [ainsi que] l’argent qui va avec, ce serait beaucoup d’argent ».

D’emblée, soulignons qu’il n’y a plus de doute quant à l’urgence d’agir pour contrer la prolifération des armes de poing au Canada ainsi que la violence armée qui s’ensuit. En effet, le nombre d’homicides commis avec ce type d’arme est passé d’une moyenne de 100 par an (entre 2010 et 2015) à une moyenne de 138 (entre 2016 et 2019). Alors que 60% des homicides par balles sont commis avec des armes de poing, il importe de noter qu’il y a autant d’homicides par balles attribuables aux gangs de rue (51%) que ceux qui ne le sont pas (49%)[i].

La montée fulgurante des fusillades commis à l’aide de ce type d’arme par des gangs à Toronto et maintenant à Montréal, témoigne de la nécessité de combattre le trafic illégal de ces armes, notamment en intervenant le long du « pipeline de fer » par lequel transitent ces armes à partir de leurs sources américaines, dont les entrepôts sur les réserves autochtones tels qu’exposés par le récent reportage « J.E. sur la route des armes illégales ». Le décès de la jeune et innocente Meriem Boundaoui ne sera pas le dernier si le flot d’armes illégales n’est pas interrompu.

En même temps, la prolifération exponentielle des armes de poing légales multiplient les risques que ces dernières soient utilisées par leurs propres propriétaires pour des fins mortelles (Mosquée de Québec, Metropolis, Dawson, Université Concordia), qu’elles soient volées (en moyenne 600 par an) pour ensuite être utilisées à des fins criminelles (Danforth), ou qu’elles soient achetées légalement dans le but d’être revendues sur le marché noir, soit le phénomène en croissance de « l’achat par prête-nom ».

En somme, en moins de huit ans, le nombre d’armes de poing enregistrées au Canada a plus que doublé, passant de 467,146 en 2012 à plus d’un million en 2019. C’est dire que plus de la moitié des armes de poing présentement détenues par des particuliers ont été acquises au cours des dix dernières années.

Combattre le trafic illégal et renverser la prolifération des armes de poing légales ne sont pas deux objectifs mutuellement exclusifs, malgré la rhétorique incessante des adversaires du contrôle des armes qui ne cessent de dresser une mesure contre l’autre. Il faut faire les deux.

Mais alors que la lutte contre le trafic illégal est complexe (on ne peut pas rendre les armes illégales « encore plus » illégales) et requiert le déploiement efficace de ressources policières de même que la volonté politique pour autoriser les interventions nécessaires, celle contre la prolifération légale des armes de poing est relativement plus simple, ne nécessitant que l’adoption d’une loi instaurant un gel sur leur importation/fabrication et, idéalement, leur interdiction. C’est ce que souhaitent 7 Canadiens sur 10 (et 8 Québécois sur 10), pendant que 7 Canadiens sur 10 veulent une interdiction pancanadienne plutôt que des interdictions municipales.

Regrettablement, le gouvernement de Justin Trudeau a choisi de refiler cette responsabilité aux municipalités, un pouvoir que ces dernières n’ont clairement jamais demandé. Sans surprise, d’innombrables maires et associations municipales à travers le pays ont dénoncé cette mesure emblématique du projet de loi C-21, affirmant correctement que c’est au fédéral et non aux villes de réglementer ces armes.

Dans la foulée des réactions négatives au projet de loi, l’Assemblée nationale a adopté à l’unanimité une motion rejetant la délégation du pouvoir d’intervenir sur les armes de poing aux municipalités tout en le réclamant pour le Québec. Il n’y a pas de doute que l’esprit de la motion vise le renforcement du contrôle des armes en vue de mieux protéger les Québécois à défaut d’obtenir un tel renforcement pour tous les Canadiens. Sachez que nous apprécions sincèrement cette intention, soit la même qui incarne les multiples autres motions unanimes en faveur d’un meilleur contrôle de même que la Loi sur l’immatriculation des armes à feu.

Malheureusement, dans le contexte actuel, cette demande s’avère, au mieux, prématurée[ii] et, au pire, une invitation pour le gouvernement fédéral à légèrement ajuster sa posture de manière à mener au même résultat recherché : refiler à d’autres juridictions le fardeau de mettre en œuvre une mesure manifestement populaire mais controversée.

Ce scénario est d’autant plus probable étant donné l’article de La Presse du samedi 3 avril qui rapporte également que « le gouvernement Trudeau songe sérieusement à confier aux provinces et aux territoires, plutôt qu’aux municipalités, la responsabilité d’interdire les armes de poing ».

Toutefois, il s’avère que le Québec détient déjà le pouvoir de réglementer davantage les armes de poing, au point où il pourrait « réglementer à un point tel que cela pourrait conduire à une interdiction dans les faits, mais pas en droit, » explique le constitutionnaliste Pierre Thibault. En d’autres mots, il serait surtout question d’un « transfert » de pouvoir ultimement insignifiant car si l’Assemblée nationale souhaite agir au niveau des armes de poing, elle pourrait le faire demain.

Or, compte tenu de l’absence d’un engagement ferme du gouvernement du Québec en vue d’interdire les armes de poing, le combat politique qui perdure depuis plus de quinze ans au fédéral (depuis la première promesse des Libéraux de les interdire, en 2005) serait tout simplement déplacé vers les provinces, entamant ici comme ailleurs un autre débat éternel sans le moindre progrès concret à l’horizon. (Rappelons que cela a nécessité six ans de lutte politique pour faire adopter le registre québécois des armes d’épaule et, ce, avec l’appui de tous les partis de l’Assemblée nationale!)

Par surcroît, un tel transfert créerait un dangereux précédent, soit la délégation aux provinces d’une mesure centrale du contrôle des armes. Qu’en est-il alors de la sécurité des citoyens qui résident dans les provinces qui ne se prélaveraient pas de ces pouvoirs? Pire, en attirant toute l’attention et en monopolisant d’énormes ressources, cette mesure minera l’obtention de contrôles fédéraux véritablement efficaces sur les armes de poing pendant les prochaines décennies.

Pour tout dire, nous espérons vous convaincre de résister à toute tentative de la part du gouvernement fédéral d’obtenir du gouvernement du Québec une entente ou un appui en lien avec le projet de loi C-21 et l’enjeu spécifique des armes de poing.

Tel que souligné dans une lettre récente à Justin Trudeau, nous considérons cette législation comme étant une coquille vide irrécupérable. Et elle demeurera tout aussi irrécupérable dans l’éventualité qu’elle serait amendée de façon à refiler aux provinces (en plus des ou au lieu des municipalités) l’autorité d’interdire les armes de poing. Notre demande est claire : retirer complètement la proposition de transfert de pouvoir et mettre de l’avant des mesures fédérales sérieuses et robustes pour contrer la prolifération des armes de poing au niveau canadien.

En espérant pouvoir compter sur l’appui historique et inébranlable des partis politiques de l’Assemblée nationale, nous vous prions de bien vouloir agréer, mesdames et messieurs, l’expression de nos sentiments les meilleurs.

Nathalie Provost, M. Ing Diplômée de l’École Polytechnique – 1990 Survivante

Suzanne Laplante Edward Mère d’Anne-Marie Edward

Jimmy Edward Frère d’Anne-Marie Edward

Jean-François Larivée, ing, M.Sc.A Diplômé de l’École Polytechnique – 1988 Époux de Maryse Laganière

Serge St-Arneault Frère de Annie St-Arneault

Sylvie Haviernick Sœur de Maud

Louise de Sousa Mère d’Anastasia de Sousa

Meaghan Hennegan Survivante (Collège Dawson)

Kathlene Dixon Témoin (Collège Dawson)

Mère de Meaghan Hennegan

Heidi Rathjen, B.ing., Dr.h.c., LLD, C.S.M Diplômée de l’École Polytechnique – 1990 Témoin (Polytechnique)


[i] Statistique Canada ne fournit pas cette proportion pour les armes de poing seulement. 

[ii] Il importe de continuer de réclamer du gouvernement fédéral des mesures pancanadiennes contre la prolifération des armes de poing. Advenant que ces pressions se solderaient sans issue, des interdictions provinciales seraient alors envisageables.  

INTERDICTION DES ARMES DE POING. OTTAWA CONFIERAIT LE POUVOIR à QUÉBEC PLUTÔT QU’AUX VILLES

MÉLANIE MARQUIS, JOËL-DENIS BELLAVANCE, LA PRESSE, Publié le 3 avril 2021

OTTAWA — Le gouvernement Trudeau songe sérieusement à confier aux provinces et aux territoires, plutôt qu’aux municipalités, la responsabilité d’interdire les armes de poing, a appris La Presse. Un mandat dont Québec est tout à fait prêt à s’acquitter, mais en contrepartie d’un financement.

Les libéraux de Justin Trudeau ont fait un constat brutal depuis qu’ils ont déposé le projet de loi C-21 sur le contrôle des armes à feu. Le train de mesures proposé a été taillé en pièces par les provinces, par les municipalités et par des groupes en lesquels les libéraux voyaient des alliés naturels, comme PolySeSouvient.

En outre, le gouvernement libéral minoritaire n’aura l’appui d’aucun des trois partis de l’opposition pour le faire adopter dans sa mouture actuelle à la Chambre des communes. Résultat : des changements sont devenus inévitables, convient-on dans les rangs libéraux.

« Le projet de loi devait être un atout pour nous. C’est devenu un boulet. »

– Une source libérale

Dans sa présente mouture, le projet de loi C-21 créerait un programme de rachat volontaire des quelque 1500 armes à feu prohibées depuis mai dernier. Il imposerait aussi de lourdes pénalités pour ceux qui acquièrent des armes à feu sur le marché noir. En outre, le projet de loi accorderait de nouveaux pouvoirs aux municipalités pour interdire les armes de poing malgré les critiques de plusieurs maires.

D’emblée, les familles de victimes de la tuerie de Polytechnique ont accusé le gouvernement libéral de « trahison totale » parce que le programme de rachat des armes d’assaut prohibées s’appuierait sur la bonne foi de leurs propriétaires au lieu d’être obligatoire, comme les libéraux l’avaient promis durant la dernière campagne électorale. Les maires des grandes villes, eux, ont affirmé qu’Ottawa se défile devant ses responsabilités en voulant déléguer aux municipalités le pouvoir d’interdire les armes de poing.

QUÉBEC VEUT UN FINANCEMENT

À Québec, on est prêt à prendre en charge le dossier de poing en charge. Mais à une condition : qu’Ottawa sorte le chéquier. « Si le fédéral veut qu’on gère les armes à feu, eh bien, qu’il nous donne la compétence », a résumé à La Presse une source au gouvernement Legault.

Confier cette responsabilité aux provinces « ne dérangerait pas fondamentalement » le fédéral – la difficulté, « c’est l’argent qui va avec, ce serait beaucoup d’argent », a estimé cette source, sans être en mesure de chiffrer la somme que Québec réclamerait.

Car les pourparlers n’en sont pas à ce stade. Mais une chose paraît claire aux yeux des caquistes : donner aux municipalités la responsabilité d’interdire les armes de poing, « ça ne marchera pas », et il n’en est donc « pas question », a tranché la source.

La députée fédérale Alexandra Mendès est du même avis. « Disons qu’à Shawinigan, on le fait [bannir les armes] et qu’à Trois-Rivières, on ne le fait pas. En quoi est-ce que ça va régler le problème ? », lance la libérale en entrevue.

« C’est sûr qu’en Alberta et en Saskatchewan, il y a plus de réticences. S’ils ne veulent pas s’en prévaloir, ça leur appartient. Mais si le Québec et l’Ontario, les deux provinces les plus peuplées, disent oui, tant mieux. »

– Alexandra Mendès, députée du Parti libéral du Canada

LES ÉLUS QUÉBÉCOIS UNANIMES

Déposé le 16 février dernier, le projet de loi C-21 n’a été débattu qu’une seule fois à la Chambre des communes. Et il ne reste au calendrier des travaux que neuf semaines et demie avant les vacances d’été – et de possibles élections fédérales.

Dès le lendemain de la présentation de la mesure législative, les députés de l’Assemblée nationale réclamaient unanimement qu’Ottawa délègue au gouvernement du Québec le pouvoir d’interdire les armes de poing.

La résolution soumise par Alexandre Leduc, de Québec solidaire, rappelait entre autres la volonté du gouvernement Trudeau de remettre entre les mains des villes un « pouvoir d’interdiction […] que celles-ci ne […] souhaitent pas ».

Il y a un peu plus de deux semaines, Justin Trudeau s’est dit « ouvert » à modifier le projet de loi. De l’étude de C-21 en comité pourraient découler des « améliorations potentielles », a-t-il plaidé, sans fournir davantage de détails.

Le premier ministre a tenu ces propos quelques jours après que des survivantes et des proches de victimes du féminicide de Polytechnique l’eurent sommé de retirer C-21 sous peine d’être déclaré persona non grata aux cérémonies de commémoration.

Jeudi Saint 2021, de ma chambre à Montréal

Par Serge St-Arneault

LETTRE DU MALAWI, VENDREDI SAINT, Mua, 10 avril 2009

— Être prêtre, c‘est mystérieux!

C’est avec ces simples mots que Yolande, mon arrière petite-cousine, m’a souhaité le bonjour ce matin. Hier, nous étions allés ensemble avec ma mère au village de Msamala à environ 20 km de Mua. La fête du Jeudi Saint est toujours empreinte d’un cachet particulier et cela s’est manifesté brillamment à Msamala.

Lavement des pieds, chapelle de Msamala, Malawi, 2009

Les jeunes adolescents avaient installé trois ampoules alimentées par une batterie de voiture. Les douze disciples bien alignés en face de l’autel s’harmonisaient bien avec les jeunes filles et les mamans qui dirigeaient les chants et danses selon la progression de la liturgie. L’Évangile fut acté en utilisant une cuvette d’eau et la gourde traditionnelle au moment du lavement des pieds.

La pénombre du soir enveloppait doucement les gestes et paroles créant une douce attention. Rien de dramatique, aucun soubresaut, seulement la retenue du silence pour goûter l’essentiel des mots de Jésus : Voici mon corps! Voici mon sang! Paroles réactualisées en ce soir de pleine lune.

Yolande et Laurette, ma petite maman, n’ont rien compris de la langue Chichéwa mais ont su vibrer au rythme de ce chœur collectif.

— J‘ai vécu une soirée extraordinaire, de dire ma petite maman. Je n’ai jamais rien vu de tel de toute ma vie.

Yolande et Laurette, 2009

Yolande et mamans ont arrivées au Malawi le 26 mars 2009 pour vivre ensemble un mois de découverte au Malawi. C’est la plus belle saison de l’année. Les pluies ont cessé. La nature demeure encore verte. Les récoltes sont bonnes. Que demander de mieux ?

Récemment, neuf jeunes Africains venant de la Zambie, du Mozambique et du Malawi ont suivi un cours s’échelonnant pendant trois jours, offerts par mon confrère Claude Boucher, directeur du centre culturel Kungoni, sur la culture des Achéwa. Ces jeunes ont entrepris leur première année de formation à Balaka en vue de devenir eux aussi des Missionnaires d’Afrique. Yolande a suivi ce cours avec eux. Elle en est revenue toute changée, à la limite de la panique.

— C‘est extraordinaire! Si je regarde l‘évolution de notre société occidentale, je me rends compte que nous avons évolué de la même manière que les Chéwa.

— Évidemment! Tout commence par l‘observation des phénomènes physiologiques, biologiques et de la nature. Puisque nous sommes tous des êtres humains, l‘observation est très semblable même si les interprétations diffèrent. Tout compte fait, tout se rejoint!

Yolande, professeure de mathématique à la retraite, est bien à l’aise dans le monde rationnel. La réalité africaine, tel que nous la connaissons dans notre brousse de Mua, nous force en quelque sorte à sortir de nos sécurités intellectuelles. Le monde n’est pas seulement ce qui est observable.

La réalité est fluctuante selon l’angle d’approche. Elle est énigmatique par le constant questionnement qu’elle impose. La réalité des ‘choses’ est souvent aussi ‘réelle’ que le monde des ‘esprits’, c’est-à-dire inexplicable. Aucun scientifique n’a encore réussi à déterminer la composition de la lumière si ce n’est de dire que c’est à la fois une particule et une onde. Sans savoir quoi, nous savons pourtant qu’elle ‘existe’. Ne la voyons-nous pas? Ne la sentons-nous pas?

Et Dieu! Existe-t-il? Et la vie après la mort? Et les esprits, bons ou mauvais? Et l’amour humain ou divin ? Tout est vrai et tout est faux. Il y a tout et il n’y a rien. La réalité est-elle quelque ‘chose’? Le spirituel est-il autre ‘chose’?

Moi, je crois que Jésus a transformé, nous disons aussi recréé, le monde. Cela n’est possible que par l’Amour, qui est lui aussi indéfinissable. Ce que je sais ‘irrationnellement’, mais ‘réellement’, grâce à mon expérience humaine de l’Amour, est que je suis libéré de toute peur en ce monde et dans l’autre, quel qu’il puisse être, par Celui qui a sacrifié sa vie librement pour que nous soyons éternellement vivants. Jésus a vaincu la mort. Il est ressuscité.

Jeudi Saint, 1er avril 2021

Vous avez compris que le texte que vous avez lu plus haut remonte à 2009. Cela fait exactement 12 ans. Il a été publié en 2011 dans mon livre intitulé; « Rivière de diamants ».

Serge, Jacques et Yolande, 2009

Je ne sais pas trop pourquoi, mais, ce soir, je suis triste. Emmuré par les mesures préventives contre la Covid-19, je suis nostalgique en me remémorant cet épisode vécu avec ma mère, Laurette Perron, et Yolande St-Arneault. Maman et moi, nous nous ennuyons de l’absence de Yolande depuis son décès survenu le 27 mars 2014, à l’âge de 72 ans. J’étais présent avec Jacques, son mari, à Sainte-Thérèse, au nord de Montréal, lorsque Yolande, atteinte d’un cancer, nous a quittés.

« Être prêtre, c‘est mystérieux! » m’avait-elle dit. Je le pense encore sans pour cela m’empêcher de me questionner sur le sens du sacerdoce ministériel, ici au Québec. Tout comme la majorité de mes confrères, je n’exerce pas ou peu de ministères sacramentels. En effet, les églises sont pratiquement fermées depuis un an. Oui, je suis nostalgique de ces moments exceptionnels vécus dans la brousse africaine, celle du Congo comme celle du Malawi.

Le serviteur, par Sakanako, Mua.

Je nous invite à saisir l’opportunité qui nous est offerte en ces temps de pandémie pour exercer le ministère sacerdotal commun offert à tous les baptisés. Le vrai sens de ce ministère est celui du SERVICE. Tous les gestes serviables que nous donnons, prêtres ou laïcs, sont d’ordre ministériel lorsque nous le vivons à la manière de Jésus, bien loin du pouvoir directif ou oppressif.

Gardons les yeux fixés sur Jésus; « Celui qui a sacrifié sa vie librement pour que nous soyons éternellement vivants ».

Christ – The African Victor, by James Samikwa