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Le Soleil

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Visite Farnham jan 2018 3Dans le cadre du programme d’éducation internationale de l’école secondaire Jean-Jacques Bertrand de Farnham, 55 jeunes de 1er secondaire accompagné par 8 jeunes de 5e secondaire, qui sont déjà venus au Centre Afrika, ont vécu au rythme africain le 18 janvier 2018 au Centre Afrika. Accompagnés de leurs enseignantes Isabelle Gaudreau et Patricia Bussières, les élèves enthousiastes ont expérimenté la jam-session avec tambours, le maniement des balafons et les pas de danse. Les contes inspirés de légendes africaines étaient aussi au rendez-vous ainsi que des échantillons de fruits exotiques accompagnés de chenilles grillées.

Visite Farnham jan 2018 16Le groupe s’est déplacé en après-midi vers la galerie d’art africain Espace Mushagalusha situé à un coin de rue du Centre Afrika. Les masques et autres objets d’art ont été témoin du talent des élèves dans une danse rythmée. Les rires, les commentaires et l’excitation se sont mariés avec un grand sérieux chez ces jeunes esprits ouverts à la différence culturelle.

Cette journée d’insertion africaine a enrichi leur connaissance de l’Afrique et leur compréhension des cultures africaines sur lesquelles ils ont fait des recherches et étudié pendant plusieurs semaines. Nous espérons revoir les élèves de l’école secondaire Jean-Jacques Bertrand pour une onzième fois l’année prochaine.
Merci à toute l’équipe du Centre Afrika et aux artistes qui ont largement contribué au succès de cette belle journée : Jean Marie Mousenga, Saandiya Allaoui, Adama Daou, Zenabou Ouedraogo, Luc Bambara, Cathy Mbuyi et Jean-Claude Kamina Mulodi, Jean-François Bégin et Serge St-Arneault.

 

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By Serge St-Arneault, Catholic Missionary Priest

I am the brother of Annie St-Arneault, one of the victims of the tragic shooting at the Polytechnic School in Montreal on the 6th of December 1989. This event has not only changed my life, but also it has been inscribed in the collective imagination of Quebecers in an indelible way, a bit like a collective traumatism.

Ruger Mini-14The debate about the arms control started after this tragedy. The young murderer had used a semi-automatic weapon, a Ruger Mini-14, to murder my sister Annie and 13 other women, under the pretext that these women were aspiring to take over professions historically attributed to men. He was furious against these feminists who were defying his male identity.

Rightly so, all women felt threatened and all men had become, by rebound, victims by developing a form of guilt by association. It is as if they were sharing unconsciously a ring of violence following the brutal acts carried out by one of them.

Just as Marc Lepine blamed the feminists, Alexandre Bissonnette, the presumed gunman at the Mosque in Quebec City in January 2017, had left hateful messages against the Muslims. Why Quebecers should feel guilty by association for an action committed by one of them, by unjustly killing honest Muslims, socially integrated in the Quebec society? No more should the Muslims feel guilty by association on account of the hatred spread by some Muslim extremists, who do not even live in Quebec. Another equally dangerous association is to identify all Catholic priests as pedophiles.

Think of it, men or women, we are all victims by association to the senseless violence perpetrated by individuals who abuse of their power, wherever they are, using firearms for the bloodiest; or by intimidation, fury, verbal aggressiveness, brutality, abuse, aggression, rape and abuse of confidence.

However, in spite of all, our personal and collective tragedies can become a springboard for us to uplift ourselves to something better as far as we are endeavouring to denounce all forms of violence and abuses, wherever they come from. Often, the victim carries the burden of guilt. The denunciation, that is to say the act of speaking, frees from a heavy burden hidden in the heart since too long. This is what we see with the movement about sexual harassment called #MeToo, or with the national enquiry concerning native women and girls who have disappeared or been murdered.

 I pray that men will learn to express their feelings openly and their sorrows when we commemorate the violence made against women. It is also my prayer that believers both Christian and Muslim, or any other religion, will no longer carry the burden of violent actions carried by a few, and that together we mobilize ourselves against all forms of fanaticism. Finally, closer to me, it is my prayer that priests will cease to suffer by association the justified condemnations meant only for the clerical pedophiles.

We have all been made fragile by our own wounds; bodily, emotionally and psychologically. My last prayer will be that we may find somewhere to relieve our deceitful guilt by association which poisons our personal and collective memories. While violence finds its root in the fears and the unspoken words, the way to peace is found in mutual trust.

The slaughter on December 6, 1989, as well as that of January 29, in Quebec City, have happened with the use of a firearm. Therefore, it seems relevant that we denounce all the different faces of violence, including Islamophobia.

 

Par Serge St-Arneault, prêtre missionnaire catholique.

Je suis le frère d’Annie St-Arneault, l’une des victimes de la tragédie de la Polytechnique de Montréal du 6 décembre 1989. Cet évènement a non seulement changé ma vie, mais il s’est aussi inscrit dans l’imaginaire collectif des québécois d’une manière indélébile, un peu comme un traumatisme collectif.

Ruger Mini-14Le débat autour du contrôle des armes à feu a pris son envol à la suite de cette tragédie. Le jeune meurtrier a utilisé une arme semi-automatique, un Ruger Mini-14, pour assassiner ma sœur Annie et treize autres femmes sous le seul prétexte d’être des femmes qui aspiraient à pratiquer des professions historiquement attribuées aux hommes. Il rageait contre ces féministes qui bafouaient son identité masculine.

À juste titre, toutes les femmes se sont senties menacées et les hommes sont devenus, par ricochet, des victimes en développant une forme de culpabilisation par association. C’est comme s’ils partageaient inconsciemment une aura de violence consécutive aux actes de brutalité commis par l’un d’entre eux.

Tout comme Marc Lépine blâmait les féministes, Alexandre Bissonnette, présumé tireur de la Grande Mosquée de Québec en janvier 2017, a laissé des messages haineux contre les musulmans. Pourquoi les Québécois auraient-ils à se sentir coupables par association pour le geste qu’un des leurs a posé en assassinant injustement des musulmans honnêtes et socialement intégrés dans la société québécoise ? Pas plus, les musulmans n’ont à se culpabiliser par association à cause de la haine propagée par des extrémistes musulmans qui ne vivent même pas au Québec. Dangereuse association également que celle d’identifier tous les prêtres catholiques à des pédophiles.

À bien y penser, homme ou femme, nous sommes tous victimes par association de la violence insensée perpétrée par des individus qui abusent de leur pouvoir, quel qu’il soit; arme à feu pour les plus sanglants ou par intimidation, fureur, rage, agressivité verbale, brutalité, maltraitance, molestation, viols et abus de confiance.

Pourtant, nos tragédies personnelles et collectives peuvent malgré tout devenir des tremplins pour nous élever vers quelque chose de mieux dans la mesure où nous nous engageons à dénoncer toutes les formes de violence et d’abus, quel que soit le milieu ou l’endroit. Souvent, la victime porte le fardeau de la culpabilité. La dénonciation, c’est-à-dire la prise de parole, libère d’un poids trop longtemps enfermé dans les cœurs. N’est-ce pas ce que nous observons avec le mouvement de témoignage sur le harcèlement sexuel #MoiAussi – #MeToo ou encore avec l’enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées ?

C’est ma prière que les hommes apprennent à exprimer ouvertement leur peine et leurs sentiments lors des commémorations contre la violence faite aux femmes. C’est aussi ma prière que les croyants chrétiens, musulmans, ou de toute autre religion, ne portent plus le fardeau d’actes violents commis par quelques-uns et qu’ensemble on se mobilise contre le fanatisme. Et enfin, plus près de moi, c’est ma prière que les prêtres cessent de subir par association une condamnation justifiée qui s’adresse uniquement aux pédophiles cléricaux.

Nous sommes tous et toutes des êtres fragilisés par nos blessures corporelles, émotionnelles et psychologiques. Ma dernière prière est que nous puissions trouver des lieux d’échange pour soulager cette sournoise culpabilisation par association qui empoisonne nos mémoires personnelles et collectives. Alors que la violence trouve sa racine dans les peurs et les non-dits, le chemin de la paix repose sur la confiance mutuelle.

La tuerie du 6 décembre 1989, tout comme celle du 29 janvier à Québec, a été commise par l’utilisation d’une arme à feu.  Il semble donc pertinent de dénoncer tous les visages sous lesquels se profile l’intolérance, incluant l’islamophobie.

J’ai eu la chance de participer au grand rassemblement de 800 jeunes universitaires catholiques du Canada à Ottawa. Ces jeunes provenaient de 15 universités canadiennes. Ils sont tous membres du Catholic Christian Outreach (CCO) qui a pour mission de proclamer l’Évangile de manière claire et simple sur les campus du Canada.

André et Angèle Regnier

André et Angèle Regnier

CCO a été fondé par André et Angèle Regnier en 1988 à l’Université de la Saskatchewan. Des humbles débuts d’une poignée d’étudiants, le mouvement est maintenant au service de milliers d’étudiants dans tout le Canada. Celui-ci encourage les jeunes adultes à vivre pleinement leur foi catholique en mettant l’accent sur la formation de leaders pour le renouveau du monde. Des équipes de missionnaires composées d’une centaine de permanents dirigent l’apostolat dans les campus. Les étudiants sont invités à une conversion profonde, enracinée dans une relation personnelle avec Jésus Christ.

Débuté il y a maintenant 29 ans à l’université de Saskatchewan, le thème du congrès de cette année coïncidait avec le 150e anniversaire de la Confédération canadienne et s’est donc tenue à Ottawa sous un froid mordant quoique bien au chaud à l’intérieur de l’hôtel Westin.

Armand et SergeJ’ai joint mon confrère Armand Galay de Toronto. Armand est originaire des Philippines et a été missionnaire en Afrique du Nord et au Burundi. Plusieurs membres de sa famille ont immigré à Vancouver. Bref, nous avons dansé aux sons des chants de louange, participé aux échanges et profité de la qualité des témoignages de foi et des conférences. L’organisation et le sérieux des jeunes étaient exceptionnels. C’est tout de même remarquable que tant de jeunes femmes et hommes investissent les cinq derniers jours de l’année pour approfondir leur foi catholique avec tant d’enthousiasme.

Message du Pape François aux jeunes canadiensQuelques temps forts ont façonné ce congrès. Entre autres, il y a eu le dévoilement de la relique de Saint François-Xavier.  Cette relique est l’avant-bras du Saint enchâssé dans une boîte vitrée. En accord avec les évêques du Canada, celle-ci voyagera dans tout le pays dans les prochains mois sous la direction du CCO. Il y a eu aussi le message du Pape François à la jeunesse canadienne sur vidéo qui a annoncé la tenue d’un synode des évêques en 2018 sur le thème des jeunes, la foi et le discernement vocationnel. Finalement, située à quelques coins de rue de l’hôtel, la Basilique Notre-Dame d’Ottawa s’est remplie à pleine capacité incluant les balcons latéraux pour la messe du 31 décembre au soir.

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Signe des temps, ce genre de rassemblement met en évidence l’appel missionnaire de chaque catholique. Il faut miser avant tout sur le témoignage de foi d’une jeunesse enflammée par la parole de Jésus. Or, l’Église Catholique a quelque chose à proposer aux jeunes qui sont à la recherche d’une appartenance communautaire au sein d’une diversité qui s’accroit à la mesure des courants migratoires qui semblent s’accélérer. Aussi, il n’est plus réservé aux seules Églises Protestantes évangéliques à insister sur la conversion personnelle à Jésus-Christ. C’est d’abord et avant tout grâce à cette expérience profondément spirituelle que toute mission débute. Elle permet alors de devenir audacieuse, surprenante et engageante. Ce qui prime maintenant, c’est de nous investir dans le renouveau de la mission des jeunes croyants issus de la tradition catholique.

Le tout s’est terminé avec les traditionnels feux d’artifice du Nouvel An sur la colline parlementaire qui nous avons admiré de la fenêtre de l’hôtel.

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Serge sur Facebook 2017

Serge 2017

place-6-decembre-1989-lieuLe Nouvelliste, Le vendredi 1er décembre

Le rassemblement prévu par le groupe Tous contre un registre des armes à feu n’aura finalement pas lieu sur le site du parc du 6-Décembre-1989 près de l’Université de Montréal. Le tollé provoqué par cette annonce aura eu gain de cause contre ce groupe proarmes. Celui-ci revendique le droit de s’exprimer. Alors que ce droit leur est accordé pourquoi donc faire des revendications sur un lieu hautement symbolique qui n’a jamais été autre chose qu’un lieu de souvenir, de commémoration et de soutien pour les familles victimes d’armes à feu?

Guy Morin a le mérite d’avoir provoqué tout le monde. «Ça fait 28 ans, dit-il, qu’ils (Poly se souvient) sont instrumentalisés. Nous, on veut que ça s’arrête, l’instrumentation de ces gens-là à des fins pécuniaires et politiques, pour passer à un autre agenda.» Mais à qui s’adresse-t-il? Ne s’est-il pas lui-même laissé instrumentaliser par les puissants lobbies proarmes qui nagent dans des millions alors que ces «gens-là» n’ont à vrai dire que leur argent de poche? Guy Morin ne fait-il pas lui-même de la politique en arborant ses propos dans les médias?

Selon ses dires Guy Morin veut démontrer que «Poly se souvient» utilise chaque année l’événement de la Polytechnique pour ramasser de l’argent, exiger un meilleur contrôle des armes à feu et sauver des vies. J’accorde à M. Morin deux bonnes réponses sur trois. Il est vrai que la vie des citoyens serait mieux protégée avec un registre pour les armes à feu. Cela a été prouvé depuis le démantèlement de la loi de 1995 sur le contrôle des armes à feu, votée en 2012 sous le gouvernement Harper. En effet, selon Statistique Canada, le nombre de décès reliés aux armes à feu a augmenté pour la troisième année consécutive. Là où Guy Morin se trompe, c’est que Poly se souvient ne ramasse pas d’argent lors de la commémoration du 6 décembre 1989.

Il veut nous tendre la main pour qu’ensemble nous puissions passer à un autre agenda. Je n’ai rien contre cela. Mais comment faire confiance à une main tendue quand l’autre tient une arme à feu? Nous aimerions tous, lui et moi, que les propriétaires d’armes à feu soient vraiment des gens garants de l’entreposage et de l’utilisation responsable de toutes leurs armes à feu. Malheureusement, Guy Morin a saboté un possible climat de collaboration en celui d’un affrontement, d’une opposition.

De quoi s’agit-il donc? En vertu de la nouvelle loi 64 sur l’immatriculation des armes à feu, toute arme à feu sur le territoire du Québec doit être immatriculée avec un numéro unique et inscrite à un fichier. Les transactions devront être signalées et l’arme pourrait être saisie en cas d’infraction. De toute évidence, et cela a été sans cesse répété, Poly se souvient n’est pas contre les propriétaires d’armes, ni contre la chasse, ni contre le tir sportif. Tout ce qui est demandé est la mise en place d’un système de contrôle raisonnable d’objets qui sont d’abord conçus pour tuer. Les proarmes s’acharnent à dénoncer ce registre des armes à feu en imaginant qu’il y a là un «contrôle excessif». Voilà l’erreur! Il n’y a rien d’excessif à mettre en place des lois civilisées pour protéger les vies humaines. Il y a beaucoup de lois imposées aux propriétaires de voiture pour assurer la sécurité publique. Nous comprenons tous que c’est pour notre protection même si on chiale de temps en temps. On sait que c’est pour notre bien.

À vrai dire, ce qui pose problème est le mot «contrôle». Qui aime se faire contrôler? Même un enfant va un jour exiger de ses parents de le laisser faire: «Je suis capable!» Et si on changeait le mot «contrôle» pour le mot «responsabilité». Au lieu de parler de «contrôle des armes à feu», nous pourrions avoir une loi de «responsabilisation des détenteurs d’armes à feu» en leur permettant de participer ou de devenir des acteurs dans la prévention du crime et des accidents reliés à la possession d’armes à feu.

L’enregistrement des armes et l’assurance de garder ces armes dans des lieux sécuritaires (à la maison ou en déplacement) deviendraient non pas une obligation imposée, mais relèveraient de la responsabilité participative des propriétaires d’armes à feu. Ceux-ci deviendraient alors des collaborateurs pour la santé et de la sécurité publique, en partenariat avec la police.

On pourrait étendre ce concept vers l’idée que nous serions les deux mains d’un même corps qui lutte contre le mal; les victimes et les propriétaires d’armes à feu uni dans un même but, celui de la prévention et de la responsabilité sociale. D’ennemis, nous deviendrions des amis!

Malheureusement, cela semble utopique. Mon intuition est simplement de dire que certains propriétaires d’armes à feu s’opposent au «contrôle» (sous toutes ses formes!), mais pas nécessairement à l’idée de détenir le ‘pouvoir’ de protéger les gens (femmes, enfants, personnes vulnérables) au service de la loi et de l’ordre.

Détenir une arme à feu, c’est détenir un «pouvoir». Le détenteur de ce pouvoir peut l’utiliser sagement ou en abuser. Il faut donc constamment se rappeler que pouvoir et domination sont souvent proches l’un de l’autre. D’où la nécessité de la loi pour la responsabilisation accrue des détenteurs d’armes à feu pour la protection des citoyens.

Je reviens à la main tendue de Guy Morin que je ne connais pas. Je n’ai aucune raison de croire qu’il est un méchant garçon, mais j’ai peur de lui. Là est la conséquence de mon traumatisme depuis l’assassinat de ma sœur Annie à la Polytechnique. Aurais-je un jour l’occasion de lui tendre ma main? Dès maintenant, même de loin, je la lui tends. C’est celle d’un prêtre catholique qui le bénit. Là est ma seule arme!

Serge St-Arneault, M.Afr

Frère d’Annie, tuée le 6 décembre 1989

Serge Polysesouvient

Le Latuquois Serge St-Arneault (à droite) était présent à Ottawa avec un groupe de personnes pour implorer le gouvernement de ne pas céder aux pressions du lobby pro-armes. Photo : Presse Canadienne

Le Nouvelliste, novembre 2017 Mis à jour le 1er décembre 2017 à 1h08

AUDREY TREMBLAY, Le Nouvelliste

La Tuque — Le Latuquois Serge St-Arneault, qui a perdu sa sœur Annie lors de la tragédie de l’école Polytechnique, s’est présenté à Ottawa, jeudi, avec un groupe de personnes pour implorer le premier ministre de ne pas céder aux pressions du lobby proarmes. Justin Trudeau avait promis de resserrer les règles en matière de contrôle des armes à feu, et il n’a pas livré la marchandise. La lenteur de son gouvernement à légiférer inquiète vivement des survivants de fusillades et des proches de personnes tombées sous les balles.

La déception qu’ils étaient venus exprimer entassés sur l’estrade d’une salle du parlement frôlait la désillusion. D’une seule voix, ils ont exhorté le gouvernement à déposer sans plus tarder un projet de loi sur le contrôle des armes à feu. «C’est une joute hautement politique et complexe. Je ne veux pas condamner le gouvernement des efforts qu’il fait. On voulait partager notre inquiétude et on encourage le gouvernement à aller de l’avant dans son projet […] Comme société, nous devons grandir dans la coresponsabilité, le souci des uns des autres et la protection des plus vulnérables», a lancé M. St-Arneault.

La coordonnatrice de Polysesouvient et diplômée de Polytechnique, Heidi Rathjen, a dit être sortie fort inquiète d’une récente rencontre avec le ministre de la Sécurité publique, Ralph Goodale. Selon elle, contrairement à ce qu’a récemment suggéré le ministre, les travaux du comité aviseur sur les armes avancent à pas de tortue.

Sans trop vouloir spéculer sur les raisons de la lenteur libérale à agir, elle dit avoir peine à voir un autre facteur explicatif que la pression du lobby proarmes. Elle soupçonne que «tous ces petits délais, ces petits reculs» sont attribuables «aux objections des propriétaires d’armes».

Serge St-Arneault abonde dans le même sens alors qu’approche le 28e anniversaire de la tragédie qui coûté la vie de sa sœur Annie le 6 décembre 1989.

«Je sais que le lobby des armes est fort et bruyant, mais votre parti, monsieur le premier ministre, a été élu majoritaire, entre autres, pour votre promesse de renverser les dommages causés par le gouvernement Harper», a-t-il dit lorsqu’il a pris la parole au micro.

«Vous avez un mandat de la population. Ne faites pas de compromis – surtout pas pour plaire au lobby des armes. Renforcez les lois de manière à (accorder la priorité à) la sécurité publique», a fait valoir Serge St-Arneault.

Ce dernier n’est pas sans rappeler que Polysesouvient n’est pas contre les propriétaires d’armes, ni contre la chasse, ni contre le tir sportif… Ce qu’il demande, c’est la mise en place d’un système de contrôle raisonnable.

«Il y a des mécanismes de contrôle pour les automobilistes, c’est une question de sécurité publique, il y a des feux rouges, des policiers, des permis de conduire. […] C’est dans ce sens-là qu’on devrait comprendre le type de contrôle qu’on veut pour les armes à feu qui sont en soi de nature dangereuse parce qu’une arme c’est faite pour tuer», a-t-il lancé.

«Le message global est bien compris par l’ensemble de la population canadienne, mais farouchement débattu par les groupes proarmes qui ne veulent aucun contrôle de quelque nature que ce soit. Pour nous, c’est une minorité […] Ces gens-là ont beaucoup d’influence, on le voit très bien dans certains partis politiques. Ils ont une idéologie et une vision des choses qui, pour nous, semble aller à l’encontre de la sécurité publique», a ajouté M. St-Arneault.

Dans une lettre d’opinion publiée vendredi dans Le Nouvelliste, il n’a pas manqué de dénoncer l’idée du groupe de pression Tous contre un registre des armes à feu (TCRAF) d’avoir voulu faire un rassemblement sur le site du parc du 6 décembre 1989. Le débat a suscité de nombreux commentaires, parfois même haineux, sur les réseaux sociaux. «La radicalisation commence souvent par un langage et finit par un drame», a-t-il commenté.

Serge St-Arneault se questionne également sur les propos tenus par Guy Morin, du groupe TCRAF, qui parle d’instrumentalisation de Polysesouvient à des fins pécuniaires et politiques.

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Serge St-Arneault, ARCHIVES LE NOUVELLISTE

«On n’a rien. On est de simples citoyens conscients de l’ampleur du problème. Les citoyens investissent l’argent de leurs proches pour une cause qui leur tient à cœur», a-t-il répliqué.

«On a vécu des drames, et les drames ont parfois comme conséquences le rapprochement des gens qui ont une souffrance commune, et ce, malgré toutes les différences. On se retrouve solidaire», a mentionné M. St-Arneault.Le groupe Polysesouvient, qui milite depuis des années pour un meilleur contrôle des armes, s’est trouvé de nouveaux alliés: la communauté musulmane, toujours ébranlée par la fusillade à la mosquée de Québec.

Un survivant de la tragédie qui a fait six victimes, Nizar Ghali, était à Ottawa pour une première apparition publique depuis la tuerie. «J’ai vécu ce drame, j’ai vu la force de destruction de ces armes à feu. J’ai vu mes frères tomber et mourir dans leur flaque de sang», a-t-il lâché.

L’impatience et le désarroi s’entendaient aussi dans la voix du père de Thierry LeRoux, ce policier tué dans l’exercice de ses fonctions en 2016 à Lac-Simon, en Abitibi, dans le cadre d’une opération qui a mal tourné. «Thierry a été tué par un individu ayant des antécédents suicidaires connus qui n’aurait jamais dû être en possession d’armes à feu. Le système actuel lui a permis de posséder des armes légales, incluant un fusil d’assaut», a laissé tomber Michel LeRoux.

«Cette tragédie, la mort de Thierry, celle du tueur, est arrivée parce que le système actuel favorise les armes à feu, les propriétaires d’armes à feu, au détriment de la sécurité publique. C’est assez, il faut que ça change maintenant», a-t-il tranché.

Le ministre Goodale a reconnu en mêlée de presse qu’un projet de loi ne serait pas déposé d’ici la fin de l’année. Mais il a promis que le gouvernement maintenait le cap et comptait toujours présenter une trousse législative conforme à la plateforme électorale.

Lorsqu’on lui a demandé d’expliquer pourquoi la promesse libérale prenait autant de temps à se matérialiser, il a laissé entendre que beaucoup d’autres dossiers dans son portfolio à la Sécurité publique l’avaient tenu occupé ces deux dernières années.

Le ministre Goodale a par ailleurs nié subir des pressions indues ou exagérées en provenance du lobby proarmes. Il a insisté sur le fait qu’il était normal, dans une société comme le Canada, d’entendre les points de vue de tous.

Avec La Presse Canadienne

CPACVictims and victims’ families of the École Polytechnique, Dawson College and Quebec City mosque shootings hold a news conference in Ottawa on November 30, 2017, calling on the Liberal government to introduce promised gun control legislation. Representatives of the Islamic Cultural Centre of Quebec and the Polytechnique Student Association also speak. (no interpretation).

Message de Serge St-Arneault à partir de la 5e minutes, 38e secondes lors de la condérence de presse de PolySeSouvient à Ottawa, 30 novembre 2017. Au total, la vidéo dure environ 40 minutes.

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Le journal de Montréal logo

Un survivant de l’attentat de la mosquée de Québec brise le silence en pèlerinage à Ottawa pour implorer Justin Trudeau de respecter sa promesse de resserrer le contrôle des armes à feu.

Polysesouvient 30 nov. 2017 B

Des victimes et leurs proches sont venus rappeler aux libéraux leurs engagements. De gauche à droite, Serge St-Arneault, frère d’une victime de Polytechnique, Nizar Ghali, survivant de la tuerie à la Grande Mosquée de Québec, Louise Hevey, mère d’Anastasia de Sousa, tuée au Collège Dawson, Michel LeRoux, père d’un policier tué, Meaghan Hennigan, survivante de Dawson, Neji Gadab et Boufeldja Benabdallah, du Centre culturel islamique Québec et Heidi Rathjen, coordonnatrice de PolySeSouvient.

OTTAWA « J’ai vu la force destructrice de ces armes. J’ai vu mes frères tomber et mourir dans leur flaque de sang, a raconté Nizar Ghali, jeudi à Ottawa. C’est la responsabilité du gouvernement de protéger sa population. »

« Alors, M. Trudeau, aidez-nous s’il vous plaît à contrer ce phénomène de possession des armes à feu. Qu’attendez-vous pour agir, que vous faut-il de plus ? » a-t-il lâché.

Sortir de l’ombre

Le survivant de la tuerie de la mosquée de Québec a hésité à sortir de l’ombre. Le souvenir des événements survenus à la mosquée est encore pour lui difficile à porter. Il se sent maintenant prêt à embrasser la cause d’un meilleur contrôle des armes à feu et à demander des comptes aux libéraux.

Après plus de deux ans au pouvoir, le gouvernement Trudeau tarde à respecter son engagement de limiter l’accès aux armes d’assaut semblables à celles utilisées récemment pour commettre des massacres aux États-Unis.

Un groupe de militants en faveur d’un meilleur contrôle des armes à feu dont fait partie M. Ghali s’est déplacé en personne à Ottawa cette semaine dans l’espoir de faire bouger les choses. Mais ils sont sortis déçus de leur rencontre avec le ministre de la Sécurité publique, Ralph Goodale, qui assure de son côté qu’un projet de loi sera bientôt déposé.

« Nous sommes sortis de la rencontre sans garanties ni assurance ou plan de match », déplore Michel LeRoux, le père de Thierry LeRoux, un policier tué en service dans la communauté anishnaabe de Lac-Simon, en Abitibi.

Goodale avait pourtant laissé entendre par le passé qu’un projet de loi en ce sens serait déposé avant la fin de l’année. Il a toutefois admis jeudi que cet échéancier ne tenait plus. « Nous allons déposer une loi dans le présent mandat », a-t-il assuré.

Lobbys

Aussi présente dans la capitale fédérale, la porte-parole du mouvement PolySeSouvient, Heidi Rathjen, croit que les libéraux fédéraux agissent lentement parce qu’ils subissent de la pression du lobby des armes à feu.

Le ministre Goodale nie que la pression des lobbys ralentisse l’adoption d’une éventuelle loi pour encadrer les armes d’assaut.

Le 28e anniversaire de la tragédie à l’École Polytechnique, lors de laquelle 14 femmes ont perdu la vie, sera souligné le 6 décembre prochain.