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AUDREY TREMBLAY, Le Nouvelliste, 6 décembre 2019

La Tuque — En 2015, les dirigeants de la Ville de La Tuque ont rebaptisé l’édifice de la bibliothèque à la mémoire d’Annie St-Arneault, l’une des 14 victimes de la tragédie de l’École polytechnique de Montréal. On souhaitait que la Latuquoise reste gravée dans la mémoire collective des citoyens du Haut Saint-Maurice.

«C’était une suggestion du conseil municipal à ce moment-là pour souligner le 25e. La décision avait été unanime», lance Estelle Paulhus, directrice du loisir et de la culture de Ville de La Tuque. Par ce geste, le conseil municipal désirait rendre hommage à Annie St-Arneault et s’assurer que son histoire traversera le temps.

«C’était une femme qui aimait l’art et la littérature. Il y avait un lien naturel avec la bibliothèque. […] La bibliothèque est un lieu de savoir et d’apprentissage. La tragédie était aussi dans un lieu d’apprentissage et de savoir. C’est un symbole très fort de nommer la bibliothèque», indique Mme Paulhus.

Il s’agissait d’ailleurs du premier bâtiment municipal baptisé au nom d’une personne à La Tuque. D’ailleurs, la famille avait été très touchée par cet honneur. «Ç’a été très important pour mes parents. Ça l’était pour tout le monde, les amis, la famille, mais ç’a été un moment extrêmement important pour mes parents. Cette reconnaissance officielle de la Ville de La Tuque, c’est quelque chose. C’est très significatif», a souligné Serge St-Arneault, le frère d’Annie.

Il y a un espace, à l’intérieur de la bibliothèque, dédié à Annie St-Arneault. AUDREY TREMBLAY

La famille souhaitait alors que les générations futures qui vont fréquenter la bibliothèque puissent avoir accès à la poésie et à d’autres documents, mais surtout qu’ils connaissent le nom d’Annie et qu’ils s’interrogent sur la tragédie qu’ils n’ont pas connue. Un espace à l’intérieur de la bibliothèque est également dédié, depuis 2015, à la mémoire de cette étudiante en génie mécanique décédée à 23 ans en assistant à son dernier cours avant l’obtention de son diplôme.

En 2011, Serge St-Arneault a publié un recueil de poèmes que sa sœur avait rédigé. Ce recueil fait partie des objets exposés à sa mémoire à la Bibliothèque Annie-St-Arneault de La Tuque. «Dès son enfance, elle a démontré ses talents artistiques en écrivant des pièces de théâtre et comme flûtiste. Elle a commencé à écrire des poèmes à l’âge de 12 ans jusqu’à la veille de sa mort à 23 ans. Elle avait aussi un esprit scientifique, non pas pour défendre le féminisme, mais parce qu’elle aimait ça. Déjà à cette époque, elle se souciait des problèmes environnementaux. Sa foi en Dieu était palpable. Le recueil de sa poésie le montre bien. Il s’intitule «Une parole pour traverser le temps».

«Dans la préface de ce recueil, j’écrivais que «son tragique décès nous prive de la présence d’une femme exceptionnelle. Cette poésie, la sienne, nous montre une âme profonde, parfois tourmentée. C’est notre souhait que ce recueil lui redonne un droit de parole qui lui a été injustement enlevé. Le message que j’aimerais laisser est précisément celui de l’importance de préserver le souvenir d’Annie», a conclu Serge St-Arneault.

Commémoration

Ce vendredi 6 décembre à 16 h 30, le Toit de l’amitié, une maison d’hébergement et de services pour femmes victimes de violence conjugale, organise un rassemblement à la bibliothèque Annie St-Arneault. «C’est une commémoration. On va lire un texte. On pense aux 14 victimes et on se rappelle que la folie des hommes peut encore tuer des femmes. C’est à 16 h 30 parce que c’est arrivé à la brunante aussi en 1989. On veut garder cet esprit-là», a indiqué Ginette Girard, coordonnatrice du Toit de l’amitié.

AUDREY TREMBLAY, Le Nouvelliste, 6 décembre 2019

La Tuque — La tuerie de Polytechnique a marqué profondément la société québécoise. Trente ans plus tard, on commémore les tristes événements du 6 décembre 1989. Cette journée-là, Serge St-Arneault a perdu sa sœur, la Latuquoise Annie St-Arneault. Aujourd’hui, il souhaite que la mémoire de sa sœur traverse le temps, que le gouvernement prenne ses responsabilités dans le contrôle des armes à feu et que le courage de prendre la parole apporte un baume sur les âmes blessées.

«Les femmes vivent encore des drames, les femmes sont encore violentées, il y a encore des femmes qui sont assassinées par arme à feu par des hommes encore aujourd’hui. Les statistiques montrent qu’il faut continuer de prendre tous les moyens nécessaires pour protéger les femmes. Il faut lutter contre la violence faite aux femmes. Je pense que l’un des moyens efficaces est celui du contrôle des armes à feu. Mon souhait, c’est qu’au Canada il y ait un réel contrôle des armes à feu», lance Serge St-Arneault.

Trente ans après le drame, il a enfin pu rencontrer Monique Lépine, la mère de Marc Lépine, l’auteur du meurtre des 14 étudiantes de l’École polytechnique de Montréal. C’est avec une grande nervosité qu’il s’est rendu à cette rencontre dernièrement.

«J’avais le sentiment de devoir le faire. J’étais prêt à la rencontrer et j’avais un désir de la rencontrer. Ç’a été un moment d’apaisement mutuel. […] Le drame est toujours là, la cicatrice est toujours là, mais le baume vient apaiser. Je comprenais son drame et elle comprenait le mien. On s’est retrouvé à travers le drame qu’on partage.» «C’est ensemble, dans le partage, qu’on peut surmonter les épreuves et trouver un sens à la vie au-delà des drames. C’est un peu ça que j’ai essayé de partager avec elle.»

L’année du drame, raconte-t-il, il s’était retrouvé à l’oratoire Saint-Joseph en compagnie de quelques familles des victimes. «Je me souviens du père d’une des victimes. Il disait que c’était dommage de ne pas pouvoir rencontrer madame Lépine puisqu’elle est aussi une victime comme nous. […] Quand je l’ai rencontrée, je lui ai dit que déjà, il y a trente ans, on avait le désir de la rencontrer, mais qu’on ne savait pas comment faire. Trente ans plus tard, je l’ai fait au nom des familles», souligne Serge St-Arneault. Ce dernier lui a dit, entre autres, qu’il l’avait toujours considérée comme une victime, comme «l’une d’entre nous». Ce moment n’a pas été sans émotion.

Trente ans après le drame, Serge St-Arnault n’est plus seulement Serge, il est devenu le «frère d’Annie St-Arneault.» «Pour moi, que je le veuille ou non, il n’est pas et ne sera jamais question de passer à autre chose»! Cette nouvelle identité me colle à la peau. […] Les souvenirs douloureux s’intègrent en nous, en tant qu’individus ou sociétés. Ces souvenirs forgent notre identité.»

«La tragédie de Poly nous colle tous à la peau. Elle fait maintenant partie de notre identité collective. À vrai dire, c’est plus profond qu’un simple tatouage. Depuis lors, nos choix et notre détermination comme groupe social à lutter pour l’égalité hommes-femmes à tous les niveaux ont été, sont et seront encore inspirés par la tragédie de la Poly. D’où l’importance de préserver cette douloureuse mémoire», note-t-il.

Impossible de tourner la page sur une histoire comme celle-là, les cicatrices de blessures sont éternelles pour M. St-Arneault. Malgré la grande douleur, il faut se souvenir pour agir et travailler ensemble pour bâtir un monde meilleur.

Annie St-Arneault

Cela passe, notamment, par un meilleur contrôle des armes à feu. D’ailleurs, il milite en ce sens depuis plusieurs années. Encore récemment, il signait une lettre adressée au ministre de la Sécurité publique et de la Protection civile, Bill Blair, demandant de mettre en œuvre un moratoire immédiat sur la vente des armes d’assaut, ainsi qu’une interdiction permanente sur l’importation et la fabrication des armes de poing. «La volonté de la majorité en faveur d’un meilleur contrôle des armes à feu est également issue de ce drame. Cette volonté est d’ailleurs partagée par l’ensemble des Canadiens partout au pays», insiste-t-il.

Durant la récente campagne électorale fédérale, le Parti libéral s’est engagé à bannir les armes d’assaut et permettre aux municipalités qui le souhaitent d’interdire les armes de poing sur leur territoire. «De toute évidence, demander aux municipalités d’interdire les armes de poing serait non seulement inefficace, mais irréaliste compte tenu des luttes politiques longues et acrimonieuses contre le lobby des armes auxquelles ferait face tout maire», estime M. St-Arneault. «C’est au niveau fédéral seulement qu’on peut parvenir à un certain résultat tangible», ajoute-t-il.

La parole libératrice

Le livre «Ce jour-là. Parce qu’elles étaient des femmes» sera lancé prochainement. L’ouvrage de l’auteure Josée Boileau fera, entre autres, le fil des événements et rendra hommage aux victimes.

«Il y a quelques pages sur chacune des femmes. J’ai vu le texte sur Annie. Ça donne un tableau assez complet de sa vie, ses moments forts. Il y a des citations de sa plus grande amie d’enfance qui s’appelle Sonia Beauregard. «Elle aussi a fait un cheminement extraordinaire il y a quelques mois. Trente ans plus tard aussi. On a repris contact. La parole libératrice… trente ans plus tard Sonia a réussi à trouver les mots pour dire ce qu’elle portait dans le plus profond d’elle-même depuis tant d’années.»

Serge St-Arneault dit «elle aussi», parce qu’il fait référence au récent témoignage d’Yves Bouchard, l’un des deux professeurs présents dans la salle de classe où a surgi Marc Lépine avec une arme à feu. «Ça fait 30 ans qu’il garde ça dans son cœur, il n’a jamais été capable d’en parler. […] En ce triste, car il n’y a rien de réjouissant, trentième anniversaire du drame de la Poly, une parole surgit enfin, prélude d’un début d’apaisement. C’est le cas d’Yves Bouchard. […] Sa petite-nièce, Pascale Devette, n’a pas vécu l’époque du drame. C’est pour elle que son oncle a ouvert son cœur, trente ans plus tard.»

«Au même moment, Monique Lépine a présenté son livre intitulé « Renaître. Oser vivre après une tragédie». Croyante, son livre expose son cheminement vers une reconstruction, une transformation progressive menant à une guérison individuelle et collective. À vrai dire, une démarche spirituelle».

Serge St-Arneault pense qu’à travers ses écritures et ses conférences Mme Lépine a su trouver une parole de consolation. «Elle partage son drame, mais beaucoup de gens se reconnaissent dans le drame qu’elle a vécu. Tout le monde vit un drame dans sa vie à un moment ou un autre. La parole devient un lieu de partage et de réconciliation, d’apaisement… Je fais référence à la parole dans le sens qu’Annie était poète. Son recueil de poésie. Il y a des éléments un peu dramatiques là-dedans aussi.»

«Il me semble que les deux livres cités ne se contredisent pas. À leur façon, ces deux livres rendent honneur au désir d’Annie que «sa parole traverse le temps», a-t-il conclu.

Philippe Vaillancourt

«La blessure sera toujours vive.» Le père Serge St-Arneault était de passage à Québec le 5 décembre pour prendre part à la remise à titre posthume de la Médaille de l’Assemblée nationale aux quatorze femmes assassinées à l’École Polytechnique le 6 décembre 1989. La sœur du père St-Arneault, Annie, fait partie des victimes.

«J’aurais préféré ne pas venir. Je le fais par amour pour ma sœur Annie. C’est tellement important de se rappeler et de mentionner le combat qu’on mène pour les femmes, notre lutte contre la violence», a-t-il indiqué avant la cérémonie.

Aujourd’hui directeur du Centre Afrika à Montréal, le prêtre originaire de La Tuque, membre des Missionnaires d’Afrique, a expliqué que son identité est en partie déterminée par cet événement tragique.

«Aujourd’hui, je ne suis pas simplement Serge, je suis devenu le ‘frère d’Annie St-Arneault’. Pour moi, que je le veuille ou non, il n’est pas et ne sera jamais question ‘de passer à autre chose!’. Cette nouvelle identité me colle à la peau», a-t-il confié.

Responsabilité commune

Selon lui, le 30e anniversaire de la tuerie permet de souligner à quel point la responsabilité de faire mémoire de ce moment de l’histoire du Québec incombe à l’ensemble de la société, puisqu’il continue d’avoir une portée collective. Trois décennies plus tard, il se réjouit de voir que l’on parvient à nommer franchement certaines réalités et que l’on qualifie la tuerie de «féminicide».

«Nos choix et notre détermination comme groupe social à lutter pour l’égalité hommes-femmes à tous les niveaux ont été, sont et seront encore inspirés par la tragédie de la Poly. D’où l’importance de préserver cette douloureuse mémoire», a-t-il souligné.

Ce devoir l’a notamment poussé à s’impliquer dans le dossier du contrôle des armes à feu et à faire partie de ceux qui réclament des améliorations aux lois canadiennes et québécoises. Un engagement qui lui notamment a permis de côtoyer d’autres personnes affectés par cette tragédie, dont Nathalie Provost, une survivante de l’attaque orchestrée par Marc Lépine, qui milite pour le contrôle des armes.

«J’assistais récemment à une présentation artistique et l’artiste m’a pris pour le père d’Annie. J’ai répondu que je suis son frère!», relate-t-il au sujet de sa sœur qui avait 23 ans lorsqu’elle a été tuée. «Ces filles ne vont jamais vieillir. Elles vont toujours rester ce qu’elles étaient au moment du drame. Pour nous, elles sont déjà dans une aura éternelle. Ça me fait de la peine. Je connais Nathalie Provost: quand je la vois, je peux imaginer ce que serait ma sœur. La blessure sera toujours vive, un manque c’est un manque.»

Il y a quelques jours, le père St-Arneault a rencontré pour la première fois Monique Lépine, la mère de Marc, qu’il a toujours considérée comme une «victime collatérale».

«Nous, les proches des victimes, étions solidaires avec elle, mais je n’avais jamais su comment la rejoindre. Lors du lancement de son livre le mois dernier, je me suis présenté comme le frère d’Annie. Elle m’a reconnu dans ma douleur. Et je l’ai reconnue dans son drame aussi. Elle comprenait ma douleur et je comprenais la sienne», a confié le prêtre.

Déclaration de l’assemblée des évêques du Québec

Le 2 décembre, l’Assemblée des évêques catholiques du Québec a publié une déclaration sur la violence envers les femmes et les personnes vulnérables. Le document, intitulé « Se souvenir pour mieux agir », a été préparé par son Conseil Église et société.

«Cette commémoration annuelle est l’occasion de prendre la mesure des violences que subissent encore les femmes, ainsi que de l’ampleur du travail d’éducation, de prévention et de réparation que l’on doit s’engager à poursuivre collectivement», y écrit-on.

L’AECQ se dit consciente que «notre Église a contribué à la violence subie par diverses personnes, ici et ailleurs», dont les agressions, les abus sexuels, les abus de pouvoir et les abus spirituels.

«Notre Église doit poursuivre l’analyse des causes de ces abus, son engagement en faveur de leur prévention et le développement de formes de réparation et de guérison», ajoute-t-elle. «Se souvenir de la violence faite aux femmes et aux personnes vulnérables devrait nous conduire à agir, afin de relever dans la dignité toutes celles et ceux qui souffrent, susciter l’espérance et ressusciter des relations de paix et d’unité.»

Différentes activités de commémoration se tiennent les 5 et 6 décembre à travers le Québec. À Montréal, un rassemblement public organisé par le Comité Mémoire, en collaboration avec la Ville de Montréal et Polytechnique Montréal, aura lieu à 17 h le vendredi 6 décembre au belvédère Kondiaronk. Le ciel sera éclairé de 14 faisceaux lumineux qui seront allumés à quelques secondes d’intervalle, à l’appel des noms des 14 victimes.

Je descends de l’autobus à la Gare du Palais de Québec tout juste après 11h00. Je mangue un croute, reçoit un appel téléphonique d’une journaliste et prends un taxi vers l’Assemblée nationale. Le tout  nouveau site d’accueil pour visiteurs a fière allure. Comme cela est devenu la règle un peu partout, la présence policière est visible partout.

Le service du protocole est déjà prêt à accueillir les membres des 14 victimes de la Poly. Une rotonde aux allures vaticanes ceinture une agora où sont projetées des images. La photo d’Annie apparaît au moment même où je regarde. Défile alors les photos des 13 autres ‘filles’, ainsi fréquemment appelées.

L’ascenseur nous mène alors aux bâtiments de l’Assemblée nationale. Je suis en avance et demande de pouvoir voir le fameux crucifix qui a été enlevé du mur du Salon Bleu. De fait, il y en a deux; celui de 1936 et celui de 1982 qui l’a remplacé. À vrai dire, personne ou presque n’en faisait cas jusqu’au jour où le crucifix a été récemment retiré, le deuxième quoi! L’ironie, c’est qu’ils sont maintenant réunit et plus visible que jamais auparavant. À ne pas manquer si vous visitez les lieux.

Une salle est spécialement aménagée pour les familles. Moment de retrouvailles. Manon Massé est la première parmi les chefs de partis politiques à venir nous saluer.

— « Tu n’as peut-être pas souvenir, mais c’est la deuxième fois que tu m’embrasses en public Manon.  Je t’ai apporté un petit cadeau; une copie du recueil de poésie d’Annie. »

Manon est émue.

Jacques Duchesneau est là aussi. Il me donne en primeur une copie du livre « Ce jour-là. Parce qu’elles étaient des femmes. » Le livre sera officiellement présenté vendredi matin le 6 décembre à la Poly. J’y serai!

La cérémonie de la remise des médailles a lieu au Salon rouge. À tour de rôle, le président de l’Assemblée nationale François Paradis, le premier ministre du Québec François Legault, le chef libéral Pierre Arcand, la cheffe de Québec Solidaire Manon Massé ainsi que le chef péquiste Pascal Bérubé ont livré leur message.

Au son d’un quatuor à corde (de fait, elles étaient trois), chaque famille a ensuite reçu une médaille de l’Assemblée nationale à titre posthume.  Finalement, une rose blanche a été déposée sur une table par tous les dignitaires présents et les membres de famille. En m’approchant de la table, j’ai levé la tête et revu la photo d’Annie projetée sur l’écran. J’ai alors embrassé la rose!

Il est 19h00. Je suis de retour à Montréal. J’ai hâte de montrer la médaille à maman, Sylvain et Lucie.

« Se souvenir pour mieux agir », publié par le Conseil Église et Société de l’Assemblée des évêques catholiques du Québec, est une déclaration faite dans le contexte du tragique 30e anniversaire de la tuerie de 14 jeunes femmes à Polytechnique Montréal. Sabrina Di Matteo est très fière de voir que cette déclaration (qu’elle a contribué à rédiger) est diffusée par Vatican News. 

C’est l’occasion de rappeler l’étendue des violences contre les femmes qui perdurent, que ce soit dans la sphère conjugale, dans le monde numérique, par l’exploitation sexuelle et la traite humaine, dans le contexte autochtone et d’oser interpeller notre Église sur les abus dont elle est responsable et sur la place des femmes qui doit progresser.

Déclaration  sur la violence  envers les femmes  et les personnes vulnérables

L’Église du Québec se mobilise contre la violence envers les femmes

L’Assemblée des évêques catholiques du Québec a publié une déclaration intitulée “Se souvenir pour mieux agir”, sur la violence envers les femmes et les personnes vulnérables. Ce message s’inscrit dans le cadre de la Journée nationale de commémoration et d’action contre la violence faite aux femmes, célébrée chaque année le 6 décembre au Canada.

Ce 6 décembre 2019 marquera un triste anniversaire: 30 ans plus tôt, 14 jeunes femmes étaient assassinées à l’École Polytechnique de Montréal. Un évènement «qui a tragiquement marqué l’histoire du Québec» lit-on dans cette déclaration signée par des responsables diocésaines et les membres du Conseil Église et société de l’Assemblée des évêques québécois.

Une multiplication des formes de violence

«Face au constat que les violences envers les femmes perdurent, nous avons toutes et tous, individuellement et collectivement, des responsabilités à prendre. Pour nous, catholiques signataires de cette déclaration, il importe de se souvenir pour mieux agir», est-il écrit. Les signataires relatent les efforts déjà entrepris par l’Église catholique québécoise, mais constatent que les violences subsistent et que «plusieurs autres formes de violence affectent les femmes et les personnes vulnérables, en dehors de la sphère conjugale»: les signataires se réfèrent à la «cyberintimidation, à l’exploitation sexuelle de personnes mineures, à la prolifération de la pornographie, aux abus psychologiques et physiques, et à la traite humaine interne et internationale». «L’expérience des violences subies par des femmes autochtones nous interpelle de façon particulière. Le rapport final de l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées recense l’ampleur de la violence systémique qui leur a été infligée», alertent les auteurs, qui souhaitent «envisager des chemins de guérison» avec d’autres composantes de la société.

Dénonciation des abus commis au sein de l’Église

Les représentants de l’Église québécoise appellent ensuite «à faire mémoire», une démarche qui «se situe au cœur de notre foi», foi dans le Christ Jésus «qui fut la victime de l’ultime violence, celle de la mise à mort sur une croix». Les Évangiles montrent aussi «le rôle fondamental» qu’ont joué les femmes «dans le christianisme naissant». «Ce rappel nous invite à porter un regard sur l’institution religieuse qui nous rassemble», expliquent les signataires. «Nous sommes conscientes et conscients que notre Église a contribué à la violence subie par diverses personnes, ici et ailleurs» déclarent-ils, avant de se dire scandalisés par «les agressions, les abus sexuels, les abus de pouvoir et les abus spirituels qui ont été perpétrés par des membres du clergé et des religieux».

Agir ensemble pour susciter l’espérance

Plusieurs recommandations sont alors formulées à l’adresse de l’institution ecclésiale: «poursuivre l’analyse des causes de ces abus, son engagement en faveur de leur prévention et le développement de formes de réparation et de guérison. Le cléricalisme, identifié par le pape François comme une cause qui engendre et perpétue les abus, doit être dénoncé avec détermination. Nous avons ensemble le devoir d’écouter les femmes et les personnes victimes de violence. Nous devons agir en matière de prévention, d’éducation et de mobilisation. Les hommes doivent être les alliés des femmes dans cette lutte». Comme l’affirme l’Église québécoise, «se souvenir de la violence faite aux femmes et aux personnes vulnérables devrait nous conduire à agir, afin de relever dans la dignité toutes celles et ceux qui souffrent, susciter l’espérance et ressusciter des relations de paix et d’unité».

Par Serge St-Arneault

Ceci est le titre d’un article écrit par Caroline Montpetit relatant la soirée d’ouverture de l’exposition intitulée « Un cri un chant des voix à la mémoire de la tragédie de la Polytechnique » de l’artiste Diane Trépanière.

Diane a créé cette œuvre il y a vingt ans. En fait, il s’agit d’une installation photographique. Plusieurs autres artistes se sont jointes à Diane dans les locaux du Le Livart situé au 3980, rue St-Denis à Montréal.

Des roses enneigées accueillent les visiteurs sur un mur blanchi. Ce symbole a été utilisé par le journaliste et chroniqueur Jean-V. Dufresne dans un article publié le 8 décembre 1989 dans le journal Le Devoir. « Le bouquet enveloppé de cellophane fut planté là, par un étudiant, hier, sous le vent glacial, tache rouge sombre et vaillante sur la neige, si blanche qu’elle fait mal aux yeux. ». Annabelle Caillou a également souligné cet épisode dans un autre article en soulignant que  la rose est restée un symbole quand on  parle de la tuerie de Polytechnique

J’étais présent lors de la soirée d’ouverture de l’exposition. Je faisais partie d’un groupe très minoritaire d’hommes. Le tumulte vocal environnant, comme un fond de bruit, m’a plongé dans un état second devant la symbolique stèle où figuraient toutes les victimes du drame de la Poly. Annie est représentée sur la deuxième photo à partir de la gauche. J’ai eu l’impression qu’elle était là, silencieuse et solidaire de toutes ces compagnes. Sa jeunesse éclatera pour toujours alors que je fais maintenant figure de son père. « Je suis le frère aîné d’Annie », ai-je répondu à Diane. « Je m’excuse, répondit-elle, cela fait trente ans. Mais pour elle, le temps s’est arrêté. »

Merci Diane pour tout l’amour que tu portes « à nos filles », expression souvent utilisée. Je souhaite que ton œuvre soit connue par beaucoup plus de gens, femmes, filles, hommes et garçons.

Autre lien:

Martin Lafrenière, Le Nouvelliste

TROIS-RIVIÈRES — «Si quelqu’un souffre, aidons-le. Il faut améliorer la société pour les humains. On ne prend pas assez soin de l’humain.»

À quelques jours du 30e anniversaire de la tuerie de Polytechnique, Monique Lépine a rendu visite jeudi aux étudiants d’une école secondaire trifluvienne, du Cégep de Trois-Rivières et de l’UQTR pour parler de l’épreuve qu’elle a dû traverser. Son fils, Marc, est l’auteur du meurtre des 14 étudiantes de l’École Polytechnique de Montréal.

Mme Lépine se souvient très bien de la fin de journée du 6 décembre 1989, alors qu’elle rentrait chez elle après une journée de travail. Ce n’est que le lendemain qu’elle a appris que son fils de 25 ans avait entraîné dans la mort ces jeunes femmes avant de s’enlever la vie. Durant plusieurs années, elle n’a pu aborder la question, cherchant à retrouver un équilibre dans sa vie marquée plus tard par la mort de sa fille à la suite d’une surdose de cocaïne.

C’est à force de réfléchir à sa situation, de lire sur ce qu’elle vivait et à partir du moment où elle a fait le ménage dans ses émotions, en comprenant d’où elles viennent et en voyant sa réaction face à elles, qu’elle a commencé à remonter à la surface. Trente ans après le drame, elle constate que non seulement de nombreuses personnes souffrent en silence, mais qu’avec toutes les histoires récentes de violence, d’intimidation et de harcèlement, l’histoire se répète. De là, l’importance d’exprimer les souffrances pour se libérer et de prendre soin des personnes.

«Il n’y a pas grand-chose qui a changé, car le changement vient du cœur. Je veux qu’on porte attention aux jeunes pour mettre un sens à leur vie. On a le droit de dire comment on se sent, mais pas avec la colère. La souffrance est une question de cœur. Quand tu gardes de l’amertume, si tu nourris la vengeance, attends-toi pas de sortir quelque chose de positif. Il faut nourrir de bonnes pensées. La colère peut t’amener à poser des gestes. Si tu ne parles pas de ce qui se passe, c’est comme un presto. Je pense que mon fils avait beaucoup de colère et ç’a sorti comme ça», a raconté Mme Lépine devant une trentaine d’étudiants de l’UQTR, qui de toute évidence n’étaient pas nés lors des événements.

Selon ce qu’on lui a rapporté, son fils aurait mentionné lors de la tuerie qu’il haïssait les féministes. Elle se demande ce qu’une féministe voulait dire pour lui. Infirmière d’expérience occupant un poste de cadre et ancienne étudiante à l’Université de Montréal, Mme Lépine affirme qu’elle aurait pu correspondre à la description d’une féministe et s’est demandé si son fils lui en voulait à un point tel de décharger son arme contre des femmes, elle qui avait emmené ses deux enfants lorsqu’elle a décidé de quitter un mari violent.

«C’est quoi, être un bon parent? Dans mon temps, c’était de pourvoir aux besoins matériels. Est-ce qu’on s’est soucié de ce qu’on ressentait à l’intérieur? On n’avait pas ces pensées-là», raconte Mme Lépine, qui se dit pour l’égalité entre les femmes et les hommes, mais qui ne milite pas comme féministe.

Une rencontre avec Serge St-Arneault

Mme Lépine vient de faire paraître un deuxième livre, Renaître, qu’elle considère comme «son chemin de guérison». Femme profondément religieuse, elle affirme avoir pardonné à son fils et a demandé pardon aux familles victimes des gestes de celui-ci.

Au lancement de son livre, il y a une semaine, elle a d’ailleurs rencontré des membres de deux familles victimes de la tuerie, dont Serge St-Arneault. Ce dernier est le frère d’Annie St-Arneault, une étudiante originaire de La Tuque qui a été assassinée par Marc Lépine.

Selon Monique Lépine, la rencontre avec M. St-Arneault a été bonne pour elle et pour lui. «On a pu se réconcilier au niveau du pardon. Il comprenait ma souffrance et je comprenais sa souffrance. Ça a été comme un baume.»

D’une même voix, des proches des victimes des tueries de Polytechnique, du Collège Dawson et de la mosquée de Québec, de même que le père d’un policier tué en service, réclament du gouvernement Trudeau un moratoire immédiat sur la vente des armes d’assaut, de même qu’une interdiction permanente sur l’importation et la fabrication des armes de poing.

LOUISE LEDUC, LA PRESSE

Publié le 26 novembre 2019

Rappelant les engagements du gouvernement Trudeau en campagne électorale, les signataires d’une lettre qui vient d’être adressée à Bill Blair, ministre de la Sécurité publique, se disent « très optimistes » que ces promesses seront respectées « au cours du prochain mandat libéral compte tenu de l’appui explicite de trois partis d’opposition (NPD, Bloc québécois et Parti vert) ».

Les auteurs de la lettre rappellent au gouvernement que selon Statistique Canada, le nombre d’homicides par armes à feu a augmenté pour une quatrième année consécutive. « Notons que cette recrudescence suit de près le démantèlement de mesures de contrôle majeures entrepris à partir de 2012 par le précédent gouvernement Harper », est-il écrit.

Pour ce qui est des armes de poing, les proches de tueries survenues au Québec écrivent
 qu’« une interdiction de l’importation et de la fabrication d’armes de poing n’équivaut pas à leur prohibition – leur vente, transfert et possession pouvait se poursuivre à l’intérieur du pays –, mais cela freinerait l’augmentation exponentielle de leur nombre en territoire canadien ».

Quant aux armes d’assaut, les auteurs de la lettre rappellent que le Ruger Mini-14 de Marc Lépine « demeure une arme à feu sans restriction, et ce, malgré l’engagement du Parti libéral de l’interdire » en 1999.

« Théoriquement, la limite pour les chargeurs au Canada est de cinq balles pour les armes non restreintes et de 10 balles pour les armes restreintes, précisent les proches de victimes. Cependant, des échappatoires et la disponibilité légale de chargeurs “modifiés” font de ces limites une risée. En effet, au moins trois auteurs de récentes tueries avaient modifié illégalement leurs chargeurs pour les augmenter à leur capacité maximale illégale. »

Entre autres mesures, les signataires de la lettre à M. Blair réclament entre autres de meilleurs contrôles des demandeurs de permis et un meilleur accès pour les policiers des registres de ventes. Ils espèrent aussi que le gouvernement réfléchira à la pertinence d’interdire la vente en ligne des armes restreintes.

« En tant que victimes et témoins de violence extrême commise à l’aide d’armes à feu, nous cherchons ainsi à rendre hommage à nos proches, soit en obtenant des mesures concrètes pour prévenir d’autres tragédies évitables », concluent les auteurs de la lettre.

Vient de paraître dans le journal Le Devoir

https://www.ledevoir.com/opinion/idees/567874/pour-un-moratoire-immediat

Ont également signé cette lettre plusieurs membres de familles des victimes de l’attentat de Polytechnique, dont Serge Saint-Arneault, frère d’Annie Saint-Arneault, orginaire de La Tuque.

Pourquoi en parler encore? Est-ce nécessaire de revenir sur ce triste événement? La réponse est pourtant simple : nous sommes toutes et tous marqués pour la vie par nos expériences malheureuses, parfois dramatiques. Ça nous colle à la peau et dans le cœur. Voilà tout!

Il y a aussi les reproches. Pourquoi ai-je encouragé ma sœur Annie à poursuivre des études universitaires à la hauteur de ses talents qui l’a menée à choisir l’École Polytechnique? Monique Lépine, la mère du jeune homme qui a surgi avec une arme à feu dans le but déclaré de tuer des ‘féministes’, a subi d’injustes réprimandes. « En un instant, dit-elle, mon statut social passa de conseillère professionnelle pour une centaine d’établissements de santé au Québec à celui de ‘mère d’un criminel’. »

Trente ans plus tard, après avoir été sollicité par sa petite-nièce, Pascale Devette, Yvon Bouchard a finalement accepté de parler, lui qui était l’un des deux professeurs présents dans la classe où la première fusillade a eu lieu. « On m’a reproché de ne pas être intervenu… », dit-il.

Mon expérience missionnaire en Afrique m’a révélé qu’il est impossible de savoir comment nous réagirions à un événement déstabilisant ou à une menace avant d’y faire face. On ne peut jamais s’y préparer adéquatement.

Dans le prologue du recueil de poésie d’Annie, publié en 2011, j’écrivais que « la rage abusive et meurtrière ne s’explique pas. L’intolérance s’acharne sur des cibles pour la simple raison d’être ce qu’elles sont : des femmes ou des enfants, des gens d’autres races ou de différentes idéologies et religions. Une fausse image de l’autre, exacerbée par une peur aveugle, semble à l’origine de comportements aussi absurdes que tragiques, comme ce fut le cas le 6 décembre 1989. »

Trente ans plus tard, je viens d’avoir la chance de rencontrer Monique Lépine lors du lancement de son livre intitulé « Renaître » avec le sous-titre ‘Oser vivre après une tragédie’. Croyante, son livre retrace son cheminement vers une reconstruction, une transformation progressive menant à une guérison individuelle et collective. En effet, le drame de la Poly a profondément marqué toute la société.

Les marques de nos traumatismes sont plus profondes que les tatouages appliqués sur la peau. Pourtant, je disais aussi dans le prologue que « le temps vient à notre secours. Avec le passage du temps, à la lumière de l’Esprit de Jésus, nous cessons de nous ronger de l’intérieur et de faire souffrir nos proches avec notre douleur personnelle. Le cycle de la violence prend fin et nos cœurs brûlent de la présence invisible de ceux et celles qui nous ont quittés, comme il nous arrive de saisir un morceau de la vie céleste en accueillant spirituellement la présence de Jésus au moment de la fraction du pain eucharistique. »

Trente ans, ce n’est finalement pas très long. C’est vite passé! J’espère que d’autres personnes comme Yvon Bouchard auront cette année le courage de s’exprimer. Monique Lépine le fait à sa manière. Son cheminement spirituel est remarquable. Le titre de son livre n’est pas anodin : « Renaître ». C’est ma prière que la trentième commémoration du drame de la Poly soit le début d’un regain d’espoir, car « au-delà de la tragédie, il y a l’amour ». C’est ce que nous vivons chaque fois que nous commémorons l’assassinant injuste de Jésus sur une affreuse croix avec cette mystérieuse conviction que le pardon nous est non seulement possible, mais également source de vie nouvelle et éternelle.

Je vous invite à visionner la très belle entrevue avec Monique Lépine réalisée par TVA.

Au moment du drame, je me suis retrouvé à l’oratoire Saint-Joseph en compagnie de quelques familles des victimes. J’ai en mémoire ce père d’une des 14 femmes assassinées qui se demandait comment communiquer avec Madame Lépine pour partager avec elle notre désarroi. Nous la savions l’une des nôtres, impuissant pourtant à pouvoir le lui dire. C’est maintenant fait, trente ans plus tard!

Les chrétiens de Montréal se sont rassemblés à la cathédrale Marie-Reine du Monde tout illuminée en rouge pour symboliser tous les croyants persécutés, toutes religions confondues. Néanmoins, une attention plus particulière a été donnée aux 327 millions de chrétiens qui subissent la persécution ou la discrimination. Selon Marie-Claude Lalonde, directrice nationale de l’organise « Aide à l’Église en Détresse », cela représente au moins le quart des chrétiens dans le monde.

Prier est un acte concret de solidarité pour soutenir spirituellement pour ceux et celles dont le courage et la foi sont accablés par des manifestations du mal comme la discrimination, les procès et arrestations injustes, l’emprisonnement, la torture et parfois même la mort.

La messe était présidée par Monseigneur Christian Lépine, Archevêque de Montréal accompagné de S.E. Mgr Thomas Dowd, évêque auxiliaire de Montréal et de V.G. Père (Abouna) Élie Yachouh. À souligner la présence de la chorale de la cathédrale catholique syriaque Saint-Éphrem de Laval.