Archives du mot-clé Annie St-Arneault

La bibliothèque municipale de La Tuque rebaptisée

© Photo TC Média-Michel Scarpino, Bibliothèque municipale

Par Michel Scarpino       Publié le 01 septembre 2015

TC Média a appris que Ville de La Tuque s’apprête à rebaptiser sa bibliothèque municipale.

Le bâtiment sera renommé à la mémoire d’Annie St-Arneault, victime Latuquoise de la tuerie de la polytechnique du 6 décembre 1989. La municipalité organisera une grande cérémonie, le 19 septembre prochain, au cours de laquelle la bibliothèque municipale arborera son nouveau nom.

C’est le conseiller municipal Luc Martel qui a amené l’idée au conseil municipal, puisqu’Annie St-Arneault aspirait à un grand rêve : celui de devenir ingénieure.

«La bibliothèque est un lieu du savoir et de la connaissance, ça entre beaucoup dans ce qu’Annie St-Arneault voulait devenir», a expliqué M. Martel. Également, Annie St-Arneault appréciait beaucoup l’écriture.

Aussitôt apportée à la table du conseil, la proposition a été acceptée de façon unanime par les élus. Également et plus que tout, soulignait M. Martel, «il y a le fait que la violence faite aux femmes ne sera jamais acceptable et il faut s’en rappeler».

La famille d’Annie St-Arneault s’est dite enchantée de la proposition de Ville de La Tuque. Toute la population pourra d’ailleurs assister à cette inauguration.

La mémoire d’Annie St-Arneault toujours vivante à La Tuque

Serge St-Arneault a publié en septembre dernier un recueil de poèmes de sa soeur Annie. Des textes qu’elle a écrits à l’adolescence et lors de ses études à Montréal. Une jeune Latuquoise de 11 ans, Annabelle Harvey, a lu hier Les fleurs un poème qu’Annie a écrit à l’âge de 11 ans.

La mémoire d’Annie St-Arneault
toujours vivante à La Tuque

GABRIEL DELISLE, Le Nouvelliste, 7 décembre 2011

Annie St-Arneault était bien vivante hier soir à La Tuque, 22 ans après son assassinat avec ses treize compagnes à l’École Polytechnique de Montréal. Un vibrant et touchant hommage lui a été rendu par les membres de sa famille au Complexe culturel Félix-Leclerc de La Tuque, dans cette ville qui l’a vu naître.

Justine Perron, la tante d’Annie St-Arneault, a lu un texte que sa sœur, Laurette Perron-St-Arneault, a écrit en souvenir de sa fille assassinée il y a 22 ans à quelques jours seulement de la fin de ses études. Annie s’apprêtait à amorcer sa carrière d’ingénieur. Mais ses rêves, ses aspirations et sa vie ont été anéantis par un tueur nourri par la haine des femmes.

«Le 6 décembre me laisse le souvenir d’un drame qui a bouleversé nos vies. L’épreuve est si grande que lui donner un sens exige une grande foi. Le danger est de refuser cette épreuve dans un repli de colère ou de révolte», a écrit Laurette Perron-St-Arneault, la mère d’Annie St-Arneault, qui n’a pu, pour des raisons de santé, faire le trajet qui sépare Trois-Rivières de La Tuque. Digne et émue, sa sœur Justine a lu pour elle le texte qu’elle a écrit en l’honneur de sa fille.

«La tragédie de la Polytechnique a suscité chez moi des réactions de peur et de vide. L’absence de ma fille a été très difficile à surmonter et demeure encore une profonde blessure nourrie par des périodes de solitude, de silences et de réflexions», ajoute une mère toujours dans le deuil d’une fille qui a connu une vie trop courte.

«Malgré mes doutes, j’ai toujours eu la certitude d’une présence qui m’accompagnait et qui me permettait de voir les beautés de la vie et la bonté des personnes. Je me suis laissée aimer pour mieux apprivoiser ma peine et mon deuil.»

La mémoire d’Annie St-Arneault est toujours bien présente pour ses parents. «Je l’imagine parfois venir me visiter avec un mari aimant, avec trois ou quatre merveilleux enfants qui nous embrassent tendrement», avoue sa mère.

«Gardons espoir que le sacrifice d’Annie et de ses treize compagnes permettra de changer les cœurs. Ces femmes ont su relever les défis de leur époque avec courage, suivons leur exemple et souvenons-nous toujours d’elles.»

Le frère d’Annie, Serge St-Arneault, est retourné cet automne remplir sa mission de prête au Malawi. Il a toutefois envoyé un témoignage audio dans lequel il rappelait que la tragédie qui a emporté sa soeur est toujours d’actualité.

«Il faut commémorer ce qui est arrivé en 1986. Le drame est toujours d’actualité et soulève encore les passions comme c’est le cas avec le projet de loi du gouvernement conservateur d’abolir le registre des armes à feu», souligne le prêtre qui célébrait ironiquement hier, le 6 décembre, le 25e anniversaire de son ordination diaconale.

Serge St-Arneault a publié en septembre dernier un recueil de poèmes de sa soeur Annie. Des textes qu’elle a écrits à l’adolescence et lors de ses études à Montréal. Une jeune Latuquoise de 11 ans, Annabelle Harvey, a lu hier Les fleurs un poème qu’Annie a écrit à l’âge de 11 ans.

«Annie, tes rêves ne se réaliseront pas ici bas et tes poèmes resteront inachevés, mais mon amour pour toi durera toujours», a précisé la mère de l’étudiante assassinée le 6 décembre 1989.

Une soixantaine de personnes ont assisté à la cérémonie d’hier soir où quatorze chandelles ont été allumées à la mémoire des jeunes femmes victimes du drame de la Polytechnique.

Elles ont été portées et déposées sur les tables par des femmes participant à la soirée littéraire. Soirée qui a eu lieu le 6 décembre comme l’avait suggéré en septembre Serge St-Arneault qui souhaitait que cela devienne un rendez-vous littéraire annuel.

Quelques adolescents de l’école secondaire Champagnat ont aussi participé à la soirée d’hier. Les étudiants ont lu des textes sur l’amour, la peine, la culture autochtone et l’intimidation.

Justine Lavoie était parmi ceux-ci. Victime d’intimidation à l’école, l’adolescente de 13 ans a choisi les mots comme armes de dénonciation avec son texte Ça fait mal.«

Comme un joueur qui encaisse, l’intimidation fait de même. Comme un boxeur qui encaisse et encaisse sans arrêt, mais un jour, il est mis K.O. La seule chose sur laquelle il doit compter, c’est le courage et la dignité. Il doit se battre jusqu’à risquer sa propre vie. Son âme est déchaînée. Il ne peut plus se concentrer. Il faut qu’il agisse au plus vite! Faites attention à ce que vous dites. Ça pourrait être blessant pour autrui! L’intimidation, ça fait mal», a témoigné devant l’assemblée Justine Lavoie.

Sachez espérer et croire en dépit de toute réalité contraire.

Texte envoyé du Malawi par Serge St-Arneault pour la soirée de poésie en l’honneur d’Annie St-Arneault.

Bonsoir à vous tous qui êtes réunis pour cette soirée de récital de poésie.

En effet, ce soir, vous et moi, nous sommes unis dans un même élan du cœur malgré la distance qui nous sépare. Du Malawi, j’ai la chance de vous adresser ces quelques mots grâce à la magie d’Internet.

Je suis très heureux de savoir que cette soirée suscite un grand intérêt et que vous y répondez en grand nombre.

Certes, ce soir, nous commémorons la tragédie de la Polytechnique du 6 décembre 1989. Ce drame est toujours d’actualité et occasionne encore beaucoup de passion, comme c’est maintenant le cas avec le projet de loi du gouvernement fédéral pour l’abolition du registre des armes à feu. À cela, je dis qu’il faut espérer et croire en dépit de toute réalité contraire.

Des drames, il y en a partout, ici en Afrique comme à La Tuque. Mais le drame le plus destructeur est la perte d’espérance. Au-delà des blessures physiques et morales, il y a cette certitude que nous ne sommes pas seuls à surmonter la haine et la violence.

Avec le temps et en portant mon regard sur la croix du Jésus, je comprends que seul le pardon en profondeur peut nous guérir. Oui, nous sommes tous invités à espérer et à croire en dépit de toute réalité contraire.

Le 6 décembre, surtout celui-ci, est aussi pour moi une occasion de réjouissance. En effet, c’est le 6 décembre 1986 que j’ai reçu l’ordination diaconale à Londres des mains du cardinal Basil Hume.

Cela fait donc 25 ans. Aujourd’hui, je partage avec vous ce jubilé en vous disant combien je vous aime et suis reconnaissant auprès de toute la population de La Tuque, parents et amis, pour le soutien que vous m’avez accordé tout au long de ces années. Que le Seigneur vous bénisse!

Au-delà de tous les drames,

Au-delà de toutes les misères du monde,

Au-delà des violences et de la haine,

Sachez espérer et croire en dépit de toute réalité contraire.

Serge St-Arneault, M.Afr

Entretient radiophonique sur les ondes de CFLM La Tuque, 7 septembre 2011

Yolande St-Arneault et Serge St-Arneault ont participé sur les ondes de la radio de CFLM de La Tuque à un enregistrement de 8 minutes pour présenter la soirée du récital des poèmes d’Annie St-Arneault. Cet entretien amical grâce à l’animateur Réjean Harvey a aussi permis de présenter non seulement le recueil de poésie, mais aussi le récent livre publié par son fils Serge au sujet de son père Bastien. Veillez cliquer sur le lien suivant :

Veillez aussi patienter environ une minute pour permettre au lien de se télécharger. Si ce n’est déjà fait, vous devez installer préalablement iTunes en cliquant sur le lien suivant : QuickTime Player – Apple.
Cela n’est pas difficile à télécharger, mais cela est essentiel pour avoir accès au lien.

Les poèmes d’une victime de Polytechnique publiés

Gabriel Delisle, Le Nouvelliste, 29 juin 2011

(La Tuque) « Je veux redonner à Annie son droit de parole qu’on lui a enlevé lorsqu’on l’a assassinée », affirme son frère Serge St-Arneault. « Son oeuvre poétique est très touchante et profonde. Ces textes sont bouleversants et mettent en valeur ses sentiments, ses pensées, sa personnalité, sa spiritualité. »
L’œuvre d’Annie St-Arneault, une des quatorze victimes de la tuerie de l’École Polytechnique, vivra plus de 20 ans après sa mort. Son frère, Serge St-Arneault, réunit quelques-uns des poèmes qu’elle a écrits de son adolescence à ses études universitaires.

Une découverte qui a tout changé

Serge St-Arneault avait déjà, il y a une dizaine d’années, réalisé un recueil des poèmes de sa sœur Annie retrouvés ici et là dans ses affaires. Ce livre n’était toutefois destiné qu’à des membres de la famille et à des proches. Toutefois, la récente découverte faite par hasard de nouveaux textes a changé les choses.

« Il y avait d’autres poèmes dans un cahier que nous n’avions jamais vu », dit-il toujours émerveillé et profondément touché par cette découverte.

« J’ai eu envie de me pencher sur l’ensemble de son œuvre et de la partager avec le public », avoue Serge St-Arneault. « Je n’aurais jamais été en mesure de publier un livre semblable il y a dix ans, mais les années passent et on prend du recul sur les évènements. »

Un travail d’écriture exigeant

En tout, Serge St-Arneault a plongé dans une cinquantaine de poèmes de sa sœur. Il a voyagé au plus profond de son intimité. Il avoue que ce travail l’a profondément bouleversé.

Annie a écrit de la poésie dès l’âge de 11 ans. Les thèmes abordés sont ceux d’une adolescente qui construit son identité, qui découvre la beauté et l’angoisse. « Dès 15 ans, elle plonge dans le secret du cœur. » Les derniers textes ont été écrits alors qu’elle terminait ses études universitaires avant d’être assassinée à l’âge de 23 ans.

La famille d’Annie St-Arneault n’accordait plus d’entrevues depuis plusieurs années sur le drame de la Polytechnique. La douleur était encore vive. Toutefois, après mures réflexions, la famille accepte la publication des poèmes d’Annie.

« On se donne le droit d’éveiller la douleur de son absence même si cela nous bouleverse encore. Nous avons comme famille le devoir de cheminer dans notre deuil », dit-il. « Je découvre en travaillant sur le recueil que je n’ai pas terminé le mien. »

Serge St-Arneault est prêtre catholique et membre des missionnaires d’Afrique. Il œuvre depuis plusieurs années comme prêtre missionnaire au Malawi. Le pardon est bien sûr une valeur centrale dans sa foi. Il estime même qu’il n’y a nulle guérison sans pardon. « Le pardon est associé à la guérison physique et intérieur. Le souvenir et la blessure demeurent. Il ne s’agit absolument pas d’évacuer le meurtre », dit-il.

L’auteur

Serge St-Arneault célèbre aujourd’hui son 56e anniversaire de naissance, au lendemain de l’anniversaire de son ordination le 28 juin 1987 à La Tuque. Il sera de 10h30 à 21h aujourd’hui au Salon du livre des ambassadeurs culturels tenu au Complexe culturel Félix-Leclerc. Il y présentera ses deux précédents ouvrages qu’il a écrits, édités et publiés.
Le premier Lorsque le sable devient cristal, un guide vers Mua et le centre artistique et culturel de Kungoni au Malawi-Afrique australe, s’intéresse à la culture et à l’art traditionnel du Malawi particulièrement des masques alors que le second, Rivière de diamants, Journal d’une décennie au Malawi, est le récit de l’œuvre missionnaire.

« La tuerie de l’École Polytechnique est un drame national »

Le drame de l’École Polytechnique de Montréal est un événement qui a marqué profondément la société québécoise. Le 6 décembre 1989 peu après 17 h, un homme armé fait éruption dans l’école. Le bilan est lourd. Marc Lépine a assassiné ce jour-là 14 femmes.

«La tuerie de l’École Polytechnique est un drame national. C’est un événement qui a bouleversé tout le Canada et qui a éveillé les consciences. On s’attaquait aux femmes juste parce qu’elles étaient des femmes», lance Serge St-Arneault, le frère d’Annie, une des victimes de Marc Lépine.

« Vous êtes une gang de féministes. J’haïs les féministes », avait alors dit le meurtrier.

« C’est un point de référence. Il y a avant et il y a après la polytechnique », souligne Serge St-Arneault.

« La tragédie a eu des impacts positifs notamment sur le contrôle des armes à feu bien que le registre sera vraisemblablement modifié par le gouvernement de Stephen Harper », souligne Serge St-Arneault qui ajoute que la situation est bien mieux que celle de nos voisins du sud où le droit à la possession d’arme à feu est un droit protégé par la constitution.

Depuis 1989, le massacre de l’École polytechnique est commémoré par des groupes qui luttent contre la violence faite aux femmes.

« Nous espérons que cela aura permis de sauver la vie d’autres femmes », avoue M. St-Arneault.

La famille d’Annie croit que la publication du recueil de ses poèmes en septembre prochain pourra aider d’autres personnes à cheminer dans leur deuil. L’auteur prévoit consacrer quelques pages à la fin de ce recueil sur les évènements de l’École Polytechnique.

« On peut peut-être aider des gens à surmonter ainsi leur deuil. C’est pour cela que nous partageons les poèmes de ma soeur. C’est pour apporter de l’espoir. »