«La
grande majorité des décès par armes à feu au Québec sont des suicides», affirme
le directeur général de l’AQPS, Jérôme Gaudreault. Plus d’une centaine de
personnes troublées mettent ainsi fin à leurs jours chaque année. «Et ce sont
surtout des armes sans restriction qui sont utilisées.»
La
simple présence d’un fusil dans une résidence multiplierait par cinq le risque
qu’un des habitants des lieux commette l’irréparable, ajoute-t-il. Que ce soit
le possesseur de l’arme ou un autre membre de la famille.
«Quand
on est propriétaire d’une arme à feu, on a une responsabilité pour soi et pour
les autres. Même si ça va bien maintenant, je ne sais pas comment ça va aller
dans 6 mois, 1 an, 10 ans. L’état mental peut changer.»
M.
Gaudreault juge donc essentiel que l’État encadre l’achat, la possession,
l’entreposage des armes à feu notamment en tenant un registre. Aussi, il salue
les efforts déployés par PolySeSouvient afin de maintenir le sujet dans
l’actualité et convaincre les élus de légiférer. D’où l’attribution d’un prix
méritas lundi soir.
«Dans
le débat virulent sur le contrôle des armes à feu, ça fait du bien de voir que
nos revendications sont validées par les experts en prévention du suicide», se
réjouit la coordonnatrice de PolySeSouvient, Heidi Rathjen. «Ça confirme qu’on
est sur la bonne voie et que nos actions vont sauver des vies.»
L’entrepose sécuritaire, voire
l’absence d’armes à feu, permettent d’éviter que les personnes cultivant des
idéations suicidaires se tuent durant une crise, insiste-t-elle. «L’accès au
moyen le plus mortel joue un rôle déterminant.»
Lundi 6 mai 2019. Le projet de loi C-71, résultat de la promesse électorale des Libéraux en faveur du contrôle des armes, est toujours devant le Sénat. Il a franchi les première et deuxième lectures et a été étudié en comité (PolySeSouvient a témoigné aux côtés de nos collègues de la Mosquée de Québec et du mouvement étudiant Pas_ICI : voici notre mémoire, notre témoignage ainsi qu’un extrait de ce dernier concernant la violence conjugale).
Malheureusement,
les sénateurs conservateurs sur ce comité ont proposé une série d’amendements qui ont affaibli
le projet de loi, lui qui était déjà assez timide dans
sa forme originale. Heureusement, tout juste avant la troisième lecture (vote
final), le Sénat peut rejeter les amendements si suffisamment de sénateurs
votent contre le rapport du comité. Le projet de loi, dans sa forme initiale,
contenait plusieurs mesures significatives qui méritent d’être adoptées et, ce,
le plus rapidement possible, au plus tard avant les vacances d’été (sinon elles
seront perdues à cause des élections).
Le débat
en lien avec cette dernière étape du processus législatif a débuté la semaine
dernière (le jeudi 2 mai) et le vote du Sénat sur les amendements
aura vraisemblablement lieu plus tôt que tard cette semaine, ce qui fait
qu’il est urgent pour les sénateurs de recevoir des messages venant d’experts,
d’intervenants ou de citoyens ordinaires leur demandant de rejeter les
amendements et de voter en faveur du projet de loi sous sa forme
originale — surtout étant donné que les sénateurs sont présentement inondés de
lettres et courriels contre le projet de loi, grâce au lobby
des armes bien financé et organisé.
MERCI D’UTILISER CE MODULE EN LIGNE POUR INTERPELLER LES SÉNATEURS afin qu’ils votent contre les amendements affaiblissant le projet de loi C-71 : http://bit.ly/2J0Yblj
Merci encore une fois pour votre appui! Heidi, Nathalie, Jeff, Serge, Louise et Boufeldja
Radio-Canada
nouvelle, Publié le lundi 8 avril 2019, La Presse canadienne
Le
projet de loi devant resserrer le contrôle des armes à feu a été si affaibli
par les sénateurs conservateurs qu’il n’est « plus que la moitié de ce
qu’il était », a dénoncé le sénateur québécois André Pratte.
Les Canadiens attendent depuis de nombreuses années une
action réelle et concrète dans ce domaine.
Ce texte est l’allocution présentée par l’auteur, M.Afr, membre de PolySeSouvient, lors de la conférence de presse organisée le 3 avril 2019, à l’hôpital général de Montréal, par un regroupement de médecins, de partout au Canada, favorable à un contrôle plus strict des armes à feu.
Par Serge St-Arneault, M.Afr
J’ai vécu en zone de guerre en
République Démocratique du Congo (à l’époque le Zaïre) dans les années 1990. Le
chaos s’était progressivement propagé dans tout le pays avec son lot de
pillages et de conflits tribaux.
Dans la brousse où j’étais, on
avait déjà eu la visite de militaires pour intervenir dans un conflit entre
chefs coutumiers. Ce jour-là, revenant à la maison, j’ai été directement menacé
par un militaire. Il m’a simplement dit: «Lors du prochain conflit, c’est moi
qui vais te tuer.» («Siku y vita ingine, miye nitawa weye»).
J’ai immédiatement senti comme un boulet me tomber dans l’estomac. Je m’en rappelle très bien. De fait, les rivalités tribales se sont accélérées. Les paramilitaires sont revenus, soi-disant pour rétablir la paix, en brûlant les villages. La plupart des expatriés avaient déjà quitté le pays. Quant à moi, je suis resté avec mes confrères pratiquement jusqu’au moment de la chute du régime dictatorial du président Mobutu.
En 2010, Marc Rochette, un
journaliste pour le Nouvelliste de
Trois-Rivières, m’a demandé dans une interview s’il y avait des risques à vivre
dans la brousse africaine. Ce à quoi j’ai répondu: «Qu’est-ce qui est le plus
dangereux: être missionnaire en Afrique dans un pays en guerre ou être
étudiante à l’École Polytechnique de Montréal?»
Le rapport d’investigation du coroner indique que le
décès est attribué à de multiples lésions graves au niveau du crâne, du
cerveau, en plus de l’aorte sectionnée, des hiles pulmonaires et l’éclatement
du foie; le tout secondaire au passage dans la tête et dans le thorax de trois
projectiles d’arme à feu.
Vous êtes médecins et
professionnels de la santé. Vous comprenez mieux que moi de quoi il s’agit.
Nous sommes réunis ici pour une cause commune. Nous voulons, de fait nous
exigeons des lois plus sévères sur les armes à feu au Canada.
Une journée nationale d’action
a eu lieu le 3 avril dans 13 villes du pays. Tous s’entendent pour dire que les
armes à feu représentent une menace croissante pour la santé publique. Selon Statistique
Canada,
le nombre de crimes violents commis avec une arme à feu a augmenté de 43%
depuis 2013, soit depuis l’abolition du registre national des armes à feu par
le gouvernement de Steven Harper en 2012, suivi par l’affaiblissement d’une
série d’autres mesures en 2015.
À peine une semaine après la
tragédie de Christchurch en Nouvelle-Zélande, la première ministre Jacinda
Ardern a annoncé l’interdiction imminente de «toutes les armes
semi-automatiques de style militaire», de «tous les fusils d’assaut», de «tous
les chargeurs à grande capacité» et de «tous les accessoires ayant la capacité
de convertir une arme à feu en arme semi-automatique de type militaire». Elle a
également émis une ordonnance de reclassification
pour les armes semi-automatiques afin de dorénavant empêcher leur
vente à la plupart des détenteurs de permis actuels.
Voilà une preuve de leadership politique.
Soulignons aussi l’action du
Gouvernement du Québec qui a instauré son propre registre des armes en réaction
à l’abolition du registre fédéral. Le Québec est maintenant l’une
des trois seules juridictions en Amérique du Nord (avec Hawaï et le
District de Columbia, aux États-Unis) qui enregistrent les armes sur son
territoire — bien que ce soit la norme en Europe et la plupart des pays
industrialisés.
Mais qu’en est-il du gouvernement Trudeau?
Les Canadiens attendent depuis
de nombreuses années une action réelle et concrète dans ce domaine.
Tout ce que ce gouvernement
offre aux Canadiens pour corriger la quasi-destruction de l’ensemble des gains
législatifs par le gouvernement antérieur, c’est le projet de loi C-71.
D’ailleurs, celui-ci ne rétablit que quelques faibles mesures comparativement à
ce qu’elles étaient avant leur élimination. Ceci dit, ce projet de loi C-71 est
un pas dans la bonne direction et nous l’appuyons. Malheureusement, son
adoption avance à pas de tortue au Sénat.
Combien de fois encore faudra-t-il rappeler que le
même type d’armes légalement accessible, c’est-à-dire des armes
semi-automatiques de type militaire, a été utilisé lors de la tragédie à la
Mosquée de Québec et récemment à Christchurch où 50 Néo-Zélandais innocents ont
été assassinés?
Je réitère les paroles que
j’ai prononcées à Ottawa au début du mois de décembre 2018 que j’adressais au
premier ministre Justin Trudeau: «Ne faites pas de compromis. Montrer aux
Canadiens comment on se tient debout quand on n’a pas peur du lobby
des armes».
AP PHOTO/MARK BAKER. Les émotions sont fortes lors d’un service commémoratif national à Hagley Park en l’honneur des victimes de l’attaque terroriste perpétrée contre la mosquée à Christchurch, en Nouvelle-Zélande, le vendredi 29 mars 2019.
UGO GIGUÈRE, La Presse Canadienne – GABRIEL DELISLE, Le Nouvelliste
MONTRÉAL —
Chaque semaine, l’équipe de traumatologie du Centre universitaire de santé
McGill (CUSM) doit traiter au moins un patient victime d’une blessure par arme
à feu. Mercredi, les médecins et autres professionnels de la santé sont sortis
dans la rue pour joindre leur voix à celles de leurs collègues de 13 hôpitaux à
travers le Canada afin de dire haut et fort qu’ils en ont assez. À leurs côtés,
on retrouvait le père Serge St-Arneault, le frère d’Annie St-Arneault de La
Tuque, une des victimes de la tuerie de la Polytechnique.
D’après la coalition «Doctors for
protection from guns», les armes à feu représentent un grave problème de santé
publique au pays.
Des
chirurgiens traumatologues, chefs de départements, infirmières et
préventionnistes du CUSM ont tenu une conférence de presse pour réclamer
l’interdiction complète des armes de poing et des fusils d’assaut au Canada. Un
message relayé d’un océan à l’autre.
«On
voit depuis 2013 une augmentation de 42 pour cent de la mortalité liée à des
blessures par armes à feu au Canada. À Montréal, on voit une augmentation du
nombre de patients blessés ou morts par des armes à feu. Il est temps qu’on
change notre façon de parler des armes à feu. C’est un enjeu de santé publique
et il faut qu’on le dise», a déclaré le chirurgien traumatologue Jeremy
Grushka.
«Quand
on regarde la manière dont on gère cette problématique d’un point de vue de
santé publique, je pense qu’on pourrait faire mieux», poursuit le chef du
département de traumatologie Tarek Razek.
Celui-ci
ne croit pas que le Canada soit allé assez loin pour appliquer les meilleures
pratiques de sécurité afin de réduire au minimum les risques que représentent
les armes à feu dans la société.
«D’un
point de vue de santé publique, c’est comme les voitures. Est-ce qu’il y a
toujours des accidents de voiture? Oui. Mais est-ce qu’on réduit le risque au
minimum d’avoir des accidents?», compare-t-il.
Le père
Serge St-Arneault, qui est membre de Poly se souvient, était aux côtés des
médecins lors de la manifestation. Même si chaque présence publique pour
réclamer un meilleur contrôle des armes à feu est très difficile pour lui,
Serge St-Arneault affirme qu’il ne pouvait refuser l’invitation des médecins.
«L’enjeu
est tellement capital. En mémoire de celles qui ont été victimes d’armes à feu,
c’est un devoir de continuer ce combat. C’est comme un appel», affirme en
entrevue le frère d’Annie St-Arneault, une des étudiantes assassinées lors de
la tuerie de la Polytechnique.
Pour le
prêtre originaire de La Tuque, il est «indéniable» que les armes à feu
représentent une crise de santé publique. «Compte tenu du nombre élevé de
personnes qui sont atteintes d’armes à feu, qui sont handicapées pour leur vie,
c’est évident qu’il s’agit d’une question de santé publique», a précisé Serge
St-Arneault lors du point de presse tenu en marge de la manifestation de
Montréal.
«Le
projet de loi C-71 [pour le contrôle des armes à feu] est un pas dans la bonne
direction, mais c’est loin d’être suffisant.»
Le père Serge St-Arneault, le frère
d’Annie St-Arneault, une des victimes de la tuerie de la Polytechnique, a pris
la parole publiquement en marge de la manifestation.
Serge
St-Arneault prône le bannissement pur et simple des armes d’assaut et des armes
de poings. «L’exemple de la Nouvelle-Zélande et de sa première ministre est
extraordinaire et remarquable. On devrait le suivre au Canada.»
Militant
au sein du regroupement Poly se souvient, Jean-François Larrivée a salué
l’appui des médecins dans ce combat pour restreindre l’accès aux armes.
Celui-ci a perdu sa jeune épouse dans la tuerie survenue à Polytechnique
Montréal en 1989.
«Je
milite depuis 30 ans pour le souvenir de Maryse et des autres filles. Les
médecins ont une voix qui porte. Ils sont pragmatiques, ils ont une influence
intellectuelle, ils ont un leadership», se réjouit-il.
«Je
veux aider les autres femmes à ne pas subir le même drame et si on peut sauver
une vie ça aura valu la peine», souligne M. Larrivée.
Le
personnel soignant du CUSM est exaspéré au point où l’équipe de prévention
commence à enseigner au public les techniques de premiers soins en cas de
blessures par balles.
Tara
Grenier, coordonnatrice du programme de prévention des blessures au CUSM,
transmet aux élèves du secondaire, à des employés d’usine et au public en
général des méthodes pour stopper l’hémorragie causée par une balle ou une arme
blanche.
«Ce
sont des techniques de guerre qu’on emploie dans le monde civil. On est rendu
là. Peut-être qu’on pourra sauver des gens au lieu qu’ils meurent au bout de
leur sang», mentionne la thérapeute sportive.
Ottawa
tend l’oreille
Le Dr
Tarek Razek espère sincèrement que sa voix et celles de ses collègues soient
entendues. Selon lui, le fait qu’ils soient en première ligne pour constater
les ravages causés par les armes donne du poids à leurs arguments.
Sur la
colline parlementaire à Ottawa, le ministre de la Sécurité frontalière et de la
Réduction du crime organisé, Bill Blair, a dit tendre l’oreille aux
revendications des médecins.
«J’ai
rencontré plusieurs fois des regroupements de médecins. Leur point de vue est
pertinent, ils sont en première ligne pour traiter des victimes de blessures
par armes à feu. Je crois qu’il y a des choses que l’on doit faire pour
protéger nos communautés et nous sommes prêts à considérer des mesures qui
empêcheraient les gens mal intentionnés de se procurer des armes pour blesser
ou tuer», a-t-il commenté.
Le
ministre n’a cependant pas l’intention d’accélérer le processus comme l’ont
fait les élus de Nouvelle-Zélande à la suite de la tuerie de Christchurch.
«Je
pense que les Canadiens s’attendent à ce qu’on écoute les différentes opinions
de la population afin de trouver le meilleur moyen de rendre nos communautés
plus sécuritaires», a mentionné M. Blair.
Mercredi,
un regroupement de médecins de partout au Canada favorable
à un contrôle plus strict des armes à feu organise une journée
d’action. Au Québec, un rassemblement se tiendra à l’Hôpital général
de Montréal. Entrevue avec le Dr Andrew Beckett, chirurgien
traumatologue qui a décidé de monter au front.
Par CAROLINE TOUZIN, LA PRESSE
L’été
dernier, en opérant une jeune femme atteinte au cou par un projectile d’arme à
feu à Montréal, le Dr Andrew Beckett a eu une prise
de conscience.
« Elle
a eu la vie sauve, mais elle restera paralysée jusqu’à la fin de ses jours.
Elle avait seulement 17 ans. Tout ça parce que dans son entourage, il y
avait de mauvaises personnes avec un accès à des armes à feu », déplore
le chirurgien spécialisé en traumatologie en entrevue à La Presse.
Les
ravages causés par les armes à feu ne sont pas toujours médiatisés, souligne le
médecin. Or, le Centre de traumatologie de l’Hôpital général de Montréal, où le
chirurgien pratique, reçoit en moyenne un patient par semaine blessé
par balle.
« Il
faut voir les blessures et les morts par arme à feu comme une
crise de santé publique. Cette crise est de plus en plus grave au Canada, mais
totalement évitable. »
— Le
Dr Andrew Beckett, chirurgien traumatologue à l’Hôpital général
de Montréal
Ainsi des
médecins d’un peu partout au Canada – appuyés par d’autres professionnels
de la santé – viennent de former une coalition baptisée Médecins canadiens
pour un meilleur contrôle des armes à feu (Canadian Doctors for Protection from
Guns en anglais), qui se bat pour l’adoption de lois plus strictes sur le
contrôle des armes à feu, notamment l’interdiction des armes de poing et de
toutes les armes d’assaut.
Le
groupe auquel s’est joint le Dr Beckett organise une journée
nationale d’action le 3 avril pour demander un contrôle plus strict
des armes à feu. Un rassemblement est prévu sur l’heure du dîner ce jour-là sur
les terrains de l’Hôpital général de Montréal.
Au
moment de notre entrevue réalisée la semaine dernière, le chirurgien de
49 ans – qui n’avait jamais milité avant aujourd’hui – a apporté
sa pancarte, qu’il compte bien brandir mercredi.
UN ENCADREMENT PLUS STRICT RÉCLAMÉ
« Oui
pour C-71. On peut faire mieux », pouvait-on y lire, un slogan qui fait
référence au projet de loi visant à encadrer plus strictement la
commercialisation et la possession d’armes à feu au Canada, actuellement à
l’étude au Sénat. Ce projet de loi fédéral propose, entre autres, des mesures
comme une vérification plus fouillée des antécédents d’une personne qui demande
un permis d’arme à feu, ou encore l’obligation pour les commerçants de garder
la trace de toutes les ventes d’armes.
Aussi
chirurgien dans les Forces armées canadiennes, le Dr Beckett a été
déployé en Afghanistan et en Irak. « J’ai vu les ravages des armes
d’assaut et des armes de poing en temps de guerre », dit-il.
« Je
ne vois aucune raison pour laquelle une personne, ici, dans un pays en
paix, devrait posséder une arme de poing ou une arme d’assaut. Ça ne fait
qu’infliger des souffrances. »
— Le
Dr Andrew Beckett, chirurgien traumatologue à l’Hôpital général
de Montréal
Annoncer
à une famille que son enfant a été tué par balle est la pire chose qu’il ait dû
faire dans sa carrière, dit-il. Et il l’a fait beaucoup « trop
de fois ».
« J’ai moi-même un jeune garçon. Je ne voudrais jamais
qu’il soit blessé par balle en raison d’un accident ou d’un acte de
violence », poursuit-il, d’où sa motivation à militer pour un contrôle
plus strict des armes à feu au Canada.
Le chirurgien énumère des données qui, à
ses yeux, prouvent qu’il y a une crise de santé publique : selon
Statistique Canada, le nombre de crimes violents commis avec une arme à feu a
augmenté de 42 % depuis 2013 ; le Canada a le cinquième taux de
mortalité par arme à feu parmi les pays de l’OCDE ; selon
l’Observatoire canadien du fémicide pour la justice et la responsabilisation,
34 % des femmes et des filles tuées en 2018 ont été victimes d’armes
à feu ; un récent énoncé publié par la Société canadienne de pédiatrie
indique que l’accessibilité des armes à feu augmente le risque de suicide.
« UNE PERSPECTIVE DE SANTÉ PUBLIQUE »
Le médecin n’y voit pas un combat
politique : « C’est une prise de position dans une perspective de
santé publique comme celles qui ont mené au port obligatoire de la ceinture de
sécurité en voiture ou à celui du casque à vélo. Ce sont des mesures qui
sauvent des vies. »
N’empêche, l’implication de médecins
dans le débat ne plaît pas à tout le monde. La coprésidente du regroupement,
la Dre Najma Ahmed,
fait l’objet de pressions d’une association de propriétaires d’armes
à feu.
La
chirurgienne torontoise, qui a soigné les victimes de la fusillade de l’avenue
Danforth l’été dernier, a publié plusieurs messages sur les réseaux sociaux
depuis en faveur de l’adoption rapide du projet de loi C-71. Elle se
prononce aussi contre la possession d’armes de poing et d’armes d’assaut.
Or,
un groupe de propriétaires d’armes à feu reproche à la Dre Ahmed
d’user de sa crédibilité de médecin pour alimenter un débat strictement politique.
Des
membres de la Coalition canadienne pour le droit aux armes à feu ont récemment
déposé près de 70 plaintes contre la chirurgienne auprès de son ordre
professionnel – plaintes que l’ordre a refusé de trancher, jugeant qu’on
avait ici affaire à un désaccord politique, non à des reproches liés aux soins
cliniques ou au comportement professionnel du médecin.
Ce genre
de pressions n’intimide pas le Dr Beckett. « Comme médecins, nous
sommes en première ligne pour constater les ravages causés par les armes à feu,
dit-il. On soigne les blessures par balle, et la prévention
des blessures fait aussi partie de notre travail. »
MOUVEMENT #THISISOURLANE AUX ÉTATS-UNIS
Cette mobilisation de médecins canadiens
pour un meilleur contrôle des armes à feu fait écho au mouvement #thisisourlane
ou #thisismylane lancé l’an dernier aux États-Unis. Des centaines de médecins
américains se sont mis à publier des photos saisissantes sur les réseaux
sociaux de salles d’opération ensanglantées, de matériel chirurgical rougi ou
encore de vêtements tachés par le sang de leur patient blessé par balle, après
avoir été piqués au vif par la National Rifle Association (NRA).
La NRA avait publié un tweet
discréditant une récente série de recommandations de l’American College of
Physicians qui fait du contrôle des armes à feu aux États-Unis un enjeu de
santé publique.
« Quelqu’un devrait
dire à ces “importants” médecins anti-armes de rester dans leur domaine [to stay
in their lane]. »
— La NRA, lobby américain
pro-armes, sur Twitter, en novembre dernier
« Avez-vous une idée du nombre de
balles que je retire de cadavres chaque semaine ? Ce n’est pas
seulement ma voie [lane], c’est ma putain
d’autoroute ! », a répondu sur le même réseau social la Dre Judy Melinek,
pathologiste en Californie, alors qu’une nouvelle fusillade venait de survenir
dans un bar de cet État, faisant 12 morts. Ce gazouillis a lancé le
mouvement qui tente d’infléchir le débat sur le contrôle des armes à feu chez
nos voisins du Sud.
La
« crise de santé publique » est toutefois plus importante aux
États-Unis qu’au Canada, nuance le Dr Beckett, qui ne voit pas la
nécessité de répondre aux critiques de propriétaires d’armes à feu d’ici avec
des moyens aussi saisissants.
« Je
souhaite ne plus jamais avoir à retirer des balles du corps d’un enfant,
conclut le chirurgien. Je ne vois pas comment des gens pourraient être d’avis
contraire. »
MÉDECINS CANADIENS POUR UN MEILLEUR CONTRÔLE DES ARMES À FEU
L’ADOPTION RAPIDE D’UNE LOI DEMANDÉE
Le
groupe de médecins demande l’adoption d’une législation et d’autres outils
visant à réduire la prévalence des armes à feu, à savoir des restrictions
en matière de possession d’armes à feu, un programme d’amnistie permettant
la récupération des armes à feu actuellement en circulation et une approche
stratégique visant à réduire leur vente illégale et leur importation
en provenance d’autres compétences territoriales.
FINANCEMENT
DE LA RECHERCHE
Le groupe demande aussi le financement
et une infrastructure pour soutenir la recherche sur l’épidémiologie des
blessures et morts par arme à feu, notamment sur le rôle de déterminants
sociaux comme la pauvreté, la maladie mentale, la discrimination raciale et
l’isolement social, ainsi que sur l’efficacité des stratégies visant à réduire
les blessures et les décès liés aux armes à feu.
APPUI DE
PLUSIEURS ORGANISMES MÉDICAUX
Ce groupe de médecins a récolté l’appui
d’organismes médicaux nationaux et provinciaux tels que le Collège des médecins
de famille du Canada, l’Association canadienne des chirurgiens généraux,
l’Association canadienne des médecins d’urgence, l’Ontario Medical Association,
l’Association canadienne de traumatologie, la Société canadienne de soins
intensifs, la Société canadienne des anesthésiologistes, la Société canadienne
de neurochirurgie ainsi que les Jeunes médecins pour la santé publique.
Vendredi soir, 29 mars 2019. ‘Première’ d’un ‘premier’ film de 25
minutes d’une jeune réalisatrice montréalaise Serine Bentaya et d’une équipe de
jeunes artistes enthousiastes et convaincants. Pour la plupart issus de
familles d’immigration récente.
Titre du film ‘ImmiGRANDS’. Bon, une fois ce jeu de mot avalé, on embarque dans (le début) d’un vrai film au rythme cinématographique très moderne. Ce n’est pas du théâtre filmé. Bons éclairages réalistes. Les deux principaux personnages avec acteurs crédibles. On s’y attache. On voudrait en connaitre plus. Et c’est fini.
Un premier film qui ne peut-être qu’un tremplin pour l’équipe
multiculturelle qui l’a réalisé, vers des œuvres plus importantes. Le thème: la
vie à Montréal d’une jeune femme (qui travaille mais n’est pas reconnue pour
ses compétences parce qu’elle porte le voile) et de son frère qui glandouille à
la maison, boit de l’alcool et, à court d’argent, va dévaliser la caisse d’un
dépanneur (petite épicerie). Il se retrouve en prison. «Il se retrouve» (il
retrouve son identité et sa dignité).
En parallèle, l’histoire esquissée d’un jeune artiste peintre qui vit
dans la pauvreté mais réussit finalement à exposer ses œuvres et à en vendre
quelques-unes pour payer ses arriérés de logement.
Film d’action bien menée sur identité, authenticité, respect de l’autre
dans sa complémentarité et sa différence. «Si tu es authentique et vraie, tu
seras vite entourée de personnes authentiques et vraies» dit Serine Bentaya, la
réalisatrice qui est montréalaise, née dans une famille venue d’Algérie. Et une
grande artiste calligraphe en écriture arabe (photos trouvées sur son site
facebook).
Guy Mushagalusa et Serge St-Arneault
Grâce à mon confrère Serge St-Arneault , j’ai pu assister à cette première dans un amphithéâtre de la Bibliothèque Nationale du Québec, face au Carré Viger. Serge tient un rôle dans ce film, gérant de la galerie d’art africain Espace Mushagalusa. Dans la vie réelle, Serge est directeur du Centre Afrika, rue Saint- Hubert. Et l’Espace Mushagalusa est à cinq minutes à pied sur la rue Ontario.
Par Benoit LeBlanc, Courrier Laval, Publié le 7 décembre 2018
À 17h, chaque 6 décembre pour les 5
prochaines années, le carillon de la Place Claude-Léveillée jouera la pièce
musicale Lux Aeterna en mémoire des 14 jeunes femmes
assassinées lors de la tuerie misogyne de l’École Polytechnique, en 1989.
«En 2014, nous étions réunis ici
pour souligner les 25 ans du massacre de Polytechnique, a déclaré Marie-Ève
Surprenant, coordonnatrice de la Table de concertation de Laval en condition
féminine (TCLCF). Aujourd’hui, nous inaugurons une trace permanente avec cette
œuvre pour chœur et carillon exprimant tout le potentiel de recueillement de la
musique.»
Après quelques discours d’usage, dont
celui du maire Marc Demers affirmant que tous devaient «se rappeler pour que ça
ne puisse pas se répéter», la chorale de la Faculté de musique de l’Université
de Montréal (UdeM), sous la direction de Raymond Perrin, a accompagné l’envolée
des cloches, marquant ainsi l’inauguration de l’œuvre permanente, le 6
décembre, devant le campus lavallois de l’UdeM.
Cette Lux
Aeterna, qui veut dire lumière éternelle en français, a été
composée par Estelle Lemire. Cette dernière a découpé sa pièce symboliquement
en 14 sections ponctuées d’autant de points de suspension et une finale au
carillon.
«C’est avec un sentiment de
responsabilité que j’ai approché cette création, a affirmé celle qui étudiait
au Conservatoire de musique de Montréal durant le tragique événement. Les
jeunes femmes qui vont chanter aujourd’hui ont l’âge qu’avaient les femmes
arrachées à la vie il y a 29 ans.»
«Après avoir exploré différentes façons
de rendre hommage à la mémoire de ces jeunes femmes, nous avons reçu, de
manière très symboliques, 14 soumissions de 14 compositrices à la démarche
unique», de préciser Marie-Ève Surprenant.
Rappelons que la Ville avait organisé,
en mars, un appel de projets dédié aux compositrices québécoises
professionnelles.
Émotion et respect
Près de 200 personnes se sont
rassemblées pour assister à ce dévoilement attendu depuis de nombreuses années
par les organismes de femmes lavallois.
Avant la musique, 14 femmes et
fillettes, appartenant au réseau d’ingénieures Elles@Stantech et au milieu
communautaire, ont déposé chacune une rose blanche au pied du carillon en
mémoire des victimes, avant que la foule observe une minute de silence.
«Depuis le 25 novembre, nous vivons les
12 jours d’action contre la violence envers les femmes qui culminent
aujourd’hui, de souligner Mélanie Guénette, coordonnatrice de la Table de
concertation en violence conjugale et agressions à caractère sexuel de Laval.
Il est important de se mobiliser afin de contrer toutes formes de violence
envers les femmes.»
LA TUQUE — La décision du conseil de La Tuque d’appuyer le registre des armes à feu a soulevé la colère de plusieurs citoyens de cette municipalité. Ils étaient une vingtaine arborant le dossard orange à l’assemblée publique, mardi, pour se faire entendre. Les discussions se sont étirées au-delà de 22 h.
«Vous avez voté pour la loi du registre, c’est aberrant. C’est de l’argent qu’on va dilapider avec ça. J’aurais voulu vous en parler davantage. Je peux vous dire que je souhaite que la Ville vire son capot de bord», a lancé René Goulet.
Le maire de La Tuque a souligné aux citoyens qu’aucune résolution n’avait été faite, le conseil municipal a simplement pris position, et ce, à l’unanimité. «On ne fera pas de résolution ni dans un sens ni dans l’autre. Ça ne relève pas de notre forum, ça relève du gouvernement […] Le véritable enjeu, c’est de protéger des vies humaines», a-t-il lancé.
Des chasseurs, dont René Goulet, se sont fait entendre lors de l’assemblée publique de la Ville de La Tuque, mardi. Photo AUDREY TREMBLAY
«On a décidé d’avoir une position tranchée et unanime […] Personne n’est venu se plaindre à mon bureau», a ajouté M. Tremblay.
Ce dernier a aussi insisté sur le fait que le permis de possession d’armes à feu était un privilège, tout comme le permis de conduire par exemple.
«J’ai des armes, je les ai enregistrés et le registre ne m’empêche pas d’aller à la chasse. En quoi ça vous brime?» a questionné M. Tremblay.
Les échanges ont duré pendant plusieurs dizaines de minutes entre les citoyens, certains en colère, et les élus du conseil municipal. Des jeunes de 18 ans ont également pris la parole. Ils ont fait savoir au maire qu’ils auraient aimé être consultés.
«Vous n’avez pas consulté la population et la population est fâchée de ça. C’est pour ça que je suis ici aujourd’hui», a lancé Josiane Tremblay.
Le maire a rétorqué que c’était la prérogative du maire de ne pas consulter la population et de prendre une décision au nom de cet enjeu de sécurité là. «On comprend votre opinion, mais on n’est pas dans le bon forum […] Dans deux ans et demi si vous n’êtes pas content vous changerez de maire», a-t-il lancé.
«On a été élu pour représenter la population. Nous avons tous une voie et nous débattons beaucoup. La décision n’a pas été prise à la légère, même si la population n’a pas été consultée. On prend la décision qu’on juge la meilleure pour la sécurité de la population», a ajouté la conseillère municipale, Caroline Bérubé.
Rappelons que la vague d’opposition au registre québécois des armes à feu inclut plus d’une centaine de municipalités du Québec, mais également des communautés autochtones qui s’opposent formellement à la loi provinciale obligeant les propriétaires à immatriculer leurs armes à feu auprès du gouvernement. «On ne peut pas voter contre une loi que le gouvernement met en vigueur. Si les autres villes acceptent de le faire, ça les regarde. Moi comme conseiller, j’ai une responsabilité et je n’irai pas à l’encontre des lois du gouvernement. Le débat ne devrait pas être ici. Allez à Québec et manifestez à eux autres. Nous on ne votera pas contre des lois du gouvernement», a commenté le conseiller municipal Roger Mantha.
Le maire Tremblay avait fait référence à son passé de policier lors d’une entrevue avec Le Nouvelliste pour faire valoir que le registre était une bonne chose. «J’ai été policier à Montréal durant 27 ans. À Montréal, 80 % des appels sont à caractère social: disputes, cas de violence conjugale. Le registre apporte un certain contrôle. C’est bon d’en avoir, c’est ce que j’ai vu dans ma pratique. Comme policier, ça m’a servi plusieurs fois dans ma carrière. Plus tu contrôles, moins il y a d’armes en circulation. Et ici, nous avons la bibliothèque Annie-St-Arneault. Il y a toute la symbolique, un respect pour Mme St-Arneault», avait raconté M. Tremblay, en faisant référence à cette victime de la tuerie de la Polytechnique de Montréal survenu en décembre 1989.
Le président du Festival de chasse, Mario Lebel, a également fait savoir que le comité de l’événement commençait à craindre que le festival soit boycotté en raison de la prise de position de la Ville.
Le lobby des chasseurs prend une direction
préoccupante. En date du 12 février dernier, moins du tiers des armes à
feu en circulation étaient enregistrées au nouveau Service d’immatriculation
des armes à feu du Québec, soit 411 095 des 1,4 million d’armes sur
le territoire.
La Fédération québécoise des chasseurs
et pêcheurs invite ses membres à respecter la loi, malgré son opposition.
« Jamais on ne va encourager la désobéissance civile », a dit son
directeur général, Alain Cossette.
Il semble bien que cet appel au sens des
responsabilités tombe à plat. La désobéissance civile est au coeur des
stratégies du groupe Tous contre un registre québécois des armes à feu,
soucieux de défendre ses prérogatives au détriment de l’intérêt public. Son
porte-parole, Guy Morin, clame que ses armes ne sont pas enregistrées et
qu’elles ne le seront jamais. Quelque 200 opposants au registre ont manifesté,
dimanche à Québec, en exigeant que les sommes consacrées au registre soient
investies à la place dans la santé mentale. Sacrés
sophistes !
Si tous les lobbies enfreignaient les lois et les règlements qui leur
déplaisent, le désordre social l’emporterait sur la primauté du droit. Les
chasseurs ne sont pas d’accord avec le registre ? Qu’ils en contestent la
validité devant les tribunaux. Dans l’intervalle, qu’ils cessent de se faire
justice eux-mêmes en s’appuyant sur de fallacieuses questions de principes ou
de divergences idéologiques.
Le gouvernement Legault est dans son
droit d’exiger l’enregistrement des armes, au nom de l’intérêt public et de la
santé publique. La Fédération des policiers et policières municipaux du Québec
appuie cette mesure, tout comme le Regroupement des maisons pour femmes
victimes de violence conjugale et les spécialistes de l’intervention en santé
mentale. Les armes à feu ne sont pas des biens comme les autres. Même les armes
d’épaule, que les chasseurs veulent soustraire au registre, doivent être
enregistrées.
Pour l’heure, le gouvernement Legault
serait bien mal avisé d’imposer des amendes (elles vont de 500 $ à
5000 $) aux récalcitrants. Le zèle bureaucratique est un piètre substitut
à la prévention et à la sensibilisation. Québec doit aussi améliorer les
imperfections dans son système d’enregistrement des armes, qui prête flanc à la
critique, et rassurer les sceptiques sur ses intentions. Le registre n’est pas
et ne deviendra pas un nouvel outil de taxation ou de contrôle social des
chasseurs. Ceux-ci peuvent-ils exercer en revanche une citoyenneté
responsable ?
OTTAWA — La disponibilité des armes à feu contribue au
fléau du suicide dans les communautés autochtones, a témoigné Michèle Audette
en comité sénatorial, lundi. Et elle a dit aux sénateurs qu’elle était bien
placée pour le savoir, étant passée à un cheveu d’en retourner une contre elle.
La commissaire de l’Enquête nationale sur les femmes
et les filles autochtones disparues et assassinées a offert à titre personnel
un touchant témoignage devant le comité sénatorial de la sécurité nationale et
de la défense, qui étudie le projet de loi C-71.
«Si je suis ici aujourd’hui, devant vous, à plaider
pour le contrôle des armes à feu, c’est seulement parce que ma dernière
tentative n’a pas porté les fruits espérés à l’époque», a-t-elle témoigné dans
la salle de comité.
«Qu’est-ce qui m’a sauvée? Le cocktail de substances
que j’avais prises m’a fait sombrer dans un coma et m’a empêchée de me rendre
jusqu’à l’utilisation de l’arme que je tenais dans les mains, toute prête à la
retourner contre moi», a-t-elle laissé tomber.
Selon la militante des droits des femmes autochtones,
la disponibilité des armes à feu dans les communautés, dont l’usage y est
«répandu», permet «de respecter nos droits ancestraux au niveau de la chasse,
certes».
Mais le fait qu’autant d’armes circulent contribue au
suicide et «permet la commission d’actes d’une violence inouïe dans nos
communautés», surtout compte tenu de la prévalence des cas de violence
conjugale et familiale, «une réalité quotidienne pour trop de femmes
autochtones».
Et si l’on ajoute à cela la présence des armes à feu,
«on a entre les mains tous les outils nécessaires pour nous décimer, nous, les
femmes autochtones», a illustré Mme Audette pendant sa comparution.
Le projet de loi C-71 a été déposé par le gouvernement
libéral en mars dernier. Les conservateurs y sont farouchement opposés, entre
autres parce qu’ils accusent les libéraux de vouloir réinstaurer un registre
«par la porte d’en arrière» avec les mesures contenues dans le projet de loi.
Celui-ci oblige les marchands d’armes à conserver
pendant au moins 20 ans les données sur les armes à feu sans restriction, et
resserre les vérifications de sécurité menées pour déterminer si un acheteur
est admissible à un permis d’armes à feu, entre autres.