Tous les articles par Serge St-Arneault, M.Afr

Membre de la Société Missionnaire d'Afrique depuis 1986. A vécu en République Démocratique du Congo, au Malawi et en Zambie. Membre de l'équipe du Centre Afrika à Montréal depuis 2017.

Couverture médiatique à la suite de la consultation du gouvernement fédéral canadien sur l’interdiction des armes de poing et d’assaut

Conférence de presse Sheraton 5bDe nombreux journalistes ont interviewé les membres de PolySeSouvient ainsi que des représentants étudiants de l’École Polytechnique de Montréal dans le cadre de la consultation du gouvernement fédéral sur l’interdiction des armes de poing et d’assaut au Canada.

Conférence de presse Sheraton 7bVoici une série d’articles et d’extraits vidéo illustrant ces entrevues. Le Devoir, par exemple, a publié un excellent éditorial sur la question de la consultation, qui résume bien la position de PolySeSouvient : «Rien ne justifie que des particuliers possèdent des armes ne servant qu’à tuer.» À vous de choisir la suite de vos lectures en cliquant sur les images ci-jointes, tout particulièrement l’article publier dans le journal Métro que voici.

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Contrôle-arme-feu-Le-Devoir
Armes à feu MÉTRO2
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Global News
CBC
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CTV-News

Contrôle des armes à feu: des militants déçus d’Ottawa

Journal La Presse, publié le 24 octobre 2018

SIDHARTHA BANERJEE, La Presse Canadienne, Montréal

Des groupes représentant les survivants et les familles des victimes de fusillades meurtrières survenues au Québec depuis trente ans remettent en question l’engagement du gouvernement Trudeau à éliminer les armes de poing et les armes d’assaut, alors que se tient une consultation en privé à Montréal, à un an des élections.

Des partisans du contrôle des armes à feu ayant des liens avec l’École polytechnique, le Collège Dawson et le Centre culturel islamique de Québec – qui ont tous connu des tueries sanglantes – ont accepté de rencontrer jeudi à huis clos des représentants du gouvernement libéral de Justin Trudeau. Mais ils craignent qu’il ne soit trop tard pour accomplir quoi que ce soit à ce moment-ci du calendrier électoral.

Heidi Rathjen, coordinatrice de l’organisme PolySeSouvient, craint que les libéraux ne reportent ce « dossier controversé » après les prochaines élections, alors qu’ils avaient promis en campagne électorale, en 2015, d’interdire les armes de poing et les armes d’assaut.

« La dernière année avant les élections, on se retrouve avec une consultation, note Mme Rathjen, qui a été elle-même témoin de la tuerie de Polytechnique en 1989. Pourtant, le projet de loi qui a été déposé en lien avec cette promesse ne touche en rien l’accès légal à ces types d’armes à feu. Et c’est seulement après les tueries de Fredericton et de Toronto, cet été, que le gouvernement lance une consultation. »

Le projet de loi C-71, déposé en mars dernier pour modifier la législation canadienne sur les armes à feu, prévoit une vérification accrue des antécédents avant l’obtention d’un permis d’armes à feu, et la conservation obligatoire de ces dossiers par les vendeurs. Le projet de loi n’interdit pas les armes de poing et les armes d’assaut.

« On a vu ce qui s’est passé tout récemment à la mosquée de Québec, plaide Mme Rathjen. Un individu qui était propriétaire légal d’armes de poing et d’armes d’assaut, qui était membre d’un club de tir, a décidé que, pour les raisons qu’il avait, de faire du mal à beaucoup de personnes – six morts et plusieurs blessés graves en moins de deux minutes. »

« Suffisamment de tragédies »

Le ministre de la Sécurité frontalière et de la Réduction du crime organisé, Bill Blair, n’a annoncé que ce mois-ci les consultations à huis clos, sur invitation seulement. Il souhaite que ces consultations soient achevées d’ici la fin de l’année, et qu’un rapport soit publié au début de 2019 – donc à quelques mois du déclenchement des élections générales.

Pour Boufeldja Benabdallah, cofondateur de la mosquée de Québec, où six fidèles ont été abattus en janvier 2017, l’interdiction des armes de poing et des armes d’assaut est essentielle. M. Benabdallah avait écrit en mai au premier ministre Trudeau pour exprimer sa déception devant le contenu du projet de loi C-71. Il estime que le Canada a connu suffisamment de tragédies pour que les législateurs trouvent les motifs d’agir.

Trudeau avait demandé au ministre Blair d’envisager une possible interdiction de ces armes après une série de fusillades meurtrières cette année, dont l’attentat dans le quartier grec de Toronto en juillet, au cours duquel une femme de 18 ans et une fille de 10 ans ont été tuées, et 13 autres personnes ont été blessées.

Les conseils municipaux de Montréal et de Toronto ont demandé à Ottawa d’interdire les armes de poing et les armes d’assaut. Mais les opposants à cette interdiction – y compris les conservateurs à Ottawa – soutiennent qu’elle ne contribuerait guère à améliorer la sécurité publique.

Mme Rathjen indique par ailleurs que les intervenants ont été prévenus environ une semaine à l’avance de la consultation fédérale, empêchant ainsi certains experts d’y participer.

« Ça fait 29 ans, maintenant, qu’on demande l’interdiction des armes d’assaut, plaide-t-elle. On espère qu’enfin, compte tenu de toutes les tragédies dont on a été témoins dans le passé – et tout dernièrement -, le gouvernement va prendre la part de l’intérêt public au lieu de céder devant le lobby des armes, aussi puissant soit-il. »

Liens : Contrôle des armes à feu

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Le projet de loi C-71, déposé en mars dernier pour modifier la législation canadienne sur les armes à feu, prévoit une vérification accrue des antécédents avant l’obtention d’un permis d’armes à feu, et la conservation obligatoire de ces dossiers par les vendeurs. Le projet de loi n’interdit pas les armes de poing et les armes d’assaut. PHOTO KEVIN FRAYER, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Brésil, Mali, République Démocratique du Congo, Québec, Nation atikamekw, tous ensembles.

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J’ai invité Adama Daou, Cathy Mbuyi Tzaisweka et Jean-Marie Mousenga, amis du Centre Afrika, à visiter La Tuque et à participer aux célébrations du Festival de chasse qui a lieu chaque année en pareilles dates. La première découverte a été celle du parc des Chutes-de-la-Petite-Rivière-Bostonnais à l’entrée de la ville. 200 marches mènent à la passerelle qui offre une splendide vue de la chute. Le froid avait chassé tous les moustiques!

Les activités ont lieu sous la tente du chasseur, ou chapiteau, érigé en plein centre-ville; messe du chasseur, déjeuner des placoteux; danse et rassemblement. La messe présidée par Marc Lahaie a été animée non seulement par la chorale de la paroisse, mais aussi par un groupe de Brésiliens, amis de Marc, ainsi que par Adama Daou avec une mélodie sur balafon.

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Nos amis africains ont eu la chance aussi d’être interviewés à la radio de CFLM. Adama y est allé encore de son jam de balafon, en direct. Autre moment émouvant; la rencontre avec le Grand Chef Constant Awashish et le Coordonateur du Secrétariat au territoire Dany Chilton du Conseil de la Nation atikamekw. Un échange très fructueux d’où naîtra peut-être une amitié Afrique-Atikamekw.

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Tout cela a été rendu possible grâce à l’invitation du Conseil municipal de Ville La Tuque et son maire Pierre-David Tremblay. Chacun a eu la chance de griffonner son nom sur la page spécialement préparée du Livre d’Or.

Malgré le froid qui sévissait, les rencontres et les échanges ont été chaleureux. Grand merci à toutes les familles qui ont hébergé nos aventureux africains qui ont aussi rendu hommage à Annie St-Arneault devant la bibliothèque qui porte désormais son nom.

NITASKINAN, le territoire ancestral Atikamekw.

Nitaskinan s’étend sur près de 80 000 km² de forêts, de lacs et de rivières qui dessinent le cœur du Québec. Ce territoire ancestral des communautés de Manawan, Opitciwan et Wemotaci est un lieu vivant, où la langue, la culture et les savoirs atikamekw se partagent encore aujourd’hui, portés par la mémoire des anciens et la force des générations.

Retour sur la soirée «Victoire Atikamekw en protection de la jeunesse»

La soirée publique du 26 novembre s’est avérée une grande réussite, autant au niveau de la qualité du contenu que de la participation. Cette soirée nous a permis d’en apprendre davantage sur la victoire Atikamekw en protection de la jeunesse, qui constitue un pas de plus dans la réalisation de leur droit à l’autodétermination. Merci à tous les panélistes, à l’animatrice, à la Fondation Pierre Elliott Trudeau, à la Fondation Léo-Cormier, ainsi qu’à toutes les personnes qui ont contribué à l’organisation de cette soirée.

Vous avez manqué cette soirée ou souhaitez la réécouter? Cliquez ici pour accéder à l’enregistrement

Des visiteurs originaires d’Afrique au Festival de chasse

L’Écho La Tuque / Haute-Mauricie, le lundi 22 octobre 2018.

Michel Scarpino, texte et photos

FESTIVAL. Le père Serge St-Arneault, originaire de La Tuque, a fait connaître le Festival de chasse à trois visiteurs originaires d’Afrique qui vivent à Montréal. Les visiteurs, Adama Daou, Cathy Mbuyi Tzaisweka et Jean-Marie Mousenga ont assisté à la messe du chasseur ainsi qu’un déjeuner des placoteux avant d’être reçus à l’hôtel de ville par le maire de La Tuque, Pierre-David Tremblay ainsi que ses homologues de Lac-Édouard et de La Bostonnais, Larry Bernier et Michel Sylvain. Constant Awashish et Dany Chilton du Conseil de la nation atikamekw ont aussi tenu à les saluer.

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Sur la photo, on reconnaît Pierre-David Tremblay, maire de La Tuque, Michel Sylvain, maire de La Bostonnais, Adama Daou, Constant Awashish et Danny Chilton, du Conseil de la nation atikamekw, le père Serge St-Arneault, Cathy Mbuyi Tzaisweka, Jean-Marie Mousenga et Larry Bernier, maire de Lac-Édouard.

«La messe était très chaleureuse. C’est une activité rassembleuse», a relaté Adama Daou. Il a tout de suite remarqué la proximité entre les gens de La Tuque, ce qu’on retrouve moins à Montréal : «Les gens se connaissent, c’est comme une famille élargie». À la fin de la messe, il a joué du balafon, un instrument de musique originaire d’Afrique occidentale. Il a répété une performance lundi matin, lors du déjeuner des placoteux.

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En compagnie du maire de La Tuque, du père Serge St-Arneault et de ses deux compagnons de voyage, Adama Daou a effectué une performance de balafon, sur la scène du Festival de chasse, lors du déjeuner des placoteux de lundi.

Le père Serge St-Arneault

Le père Serge St-Arneault, qui a vécu la moitié de sa vie à La Tuque, les a accompagnés au cours de leur visite, depuis leur arrivée, samedi. Il a consacré environ une trentaine d’années de sa vie comme missionnaire en Afrique, soit au Congo, au Malawi et en Zambie. Revenu au Québec depuis un an, il dirige aujourd’hui le Centre Afrika, un centre communautaire mis sur pied en 1988 pour permettre aux Africains de tisser des liens d’amitié avec le monde africain établi dans la région de Montréal et faciliter leur intégration dans la société québécoise. Même en terre québécoise, il tenait à poursuivre son implication auprès du peuple africain. M. St-Arneault a été ordonné prêtre en juin 1987, en l’église Marie-Médiatrice de La Tuque, après avoir effectué ses études primaires et secondaires en Haute-Mauricie.

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«J’ai le sentiment d’être un Noir de race blanche», écrivait-il dernièrement dans une revue des amis des missionnaires d’Afrique.

Même avec moins de feuilles dans le paysage, la route est tout de même magnifique, ont-ils tout de suite remarqué. «J’ai beaucoup admiré cela. C’est superbe. Je me disais que les feuilles sont un peu tombées, mais c’est toujours beau, c’est majestueux. C’est différent de chez nous. On a beaucoup de feuilles chez nous, mais elles sont toujours vertes. Quand elles tombent, elles deviennent brunes et elles chutent, mais ici, ça passe par des transitions de couleurs magnifiques», a observé Cathy Mbuyi Tzaisweka.

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Des visiteurs originaires d’Afrique au Festival de chasse

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Vers une respectueuse neutralité religieuse.

L’auteur, Serge St-Arneault, est prêtre missionnaire catholique et directeur du Centre Afrika de Montréal. Il est originaire de La Tuque.

Le carrefour des lecteurs est souvent révélateur d’une rage contre l’héritage de l’Église Catholique doctrinaire; « J’ai reçu une influence des femmes voilées et d’un homme en soutane et col romain par qui j’ai été endoctrinée alors que j’étais qu’une jeune adolescente » (Andréa Richard, Le Nouvelliste du 13 octobre 2018). Ou encore; « la population québécoise vient de se départir de l’emprise de l’Église catholique et de son endoctrinement » (Anne-Sylvie Duquette, Le Nouvelliste du 15 octobre 2018).

Ces opinions s’inscrivent dans un plaidoyer en faveur de la neutralité religieuse et de la laïcité. En fait, l’évocation à notre identité catholique d’avant la Révolution tranquille est fréquemment utilisée comme référence pour décrier le port du voile porté par certaines musulmanes.

Selon Andréa Richard; « Le port des signes religieux ostentatoires signifie le fanatisme religieux et la soumission des femmes à une religion; ce qui va à l’encontre de l’évolution de la société ».

La perception générale des gens est que cette tenue vestimentaire représente la subordination des femmes, ce qui porte atteinte au principe de l’égalité des sexes. En plus, les fondamentalismes musulmans font du voile la bannière la plus visible de leur idéologie. Le voile tout comme la réclusion des femmes, selon eux, découlerait d’une loi divine.

L’ardeur que certains déploient à engloutir ce qui est lié à notre culture historique imprégnée de catholicisme les empêche ainsi de rester sereins en voyant certaines femmes musulmanes voilées (car elles ne le sont pas toutes!).

En d’autres mots, le lieu du problème n’est pas tant chez ces femmes « voilées » qu’au niveau de notre perception liée à notre culture historique imprégnée de catholicisme. En parvenant à nous pacifier avec celle-ci, nous pourrions alors nous dégager émotionnellement de la question des signes religieux ostentatoires appartenant à d’autres religions.

De là naîtra une respectueuse neutralité religieuse.

LIEN

Même au Québec, cette société qui se vante de promouvoir l’égalité entre hommes et femmes, ce deux poids, deux mesures est saisissant. Avez-vous entendu, lors du débat sur la laïcité de l’État, des arguments contre le port par des enseignants du kaftan et d’autres vêtements traditionnels des hommes musulmans de l’Afrique du Nord ?

Par contre, quand il s’agit des jeunes femmes qui décident de porter le voile, on ne leur demande pas si elles le font pour maintenir la tradition de leur famille, leur village ou leur tribu.

On suppose aveuglément que c’est pour manifester leur religion, avec le préjugé aussi misogyne qu’opportuniste que ce choix leur est imposé par des hommes en autorité.

Ma rencontre avec Chrystia Freeland et Federica Mogherini.

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© Martin Ouellet-Diotte, AFP | Une quinzaine de femmes ministres des Affaires étrangères posent pour une photo de famille, le 21 septembre 2018 à Montréal.

Par Serge St-Arneault

À l’initiative du Cabinet de la Ministre des Affaires étrangères du Gouvernement du Canada et avec l’aide du Service des communications et des relations publiques de la Polytechnique Montréal, j’ai été invité à assister à une commémoration voulue par les femmes ministres des Affaires étrangères réunies pour un sommet historique à Montréal les 21 et 22 septembre 2018.

Je suis allé au Parc du 6 décembre[1] tôt dans l’après-midi de samedi où allait se dérouler l’événement. Je me suis aussitôt dirigé près de la stèle illustrant la lettre ‘A’ et le nom de ma sœur Annie gravé sur le sol. La température était splendide. Sylvie Haviernick, la sœur de Maud, m’a ensuite rejoint. Ensemble, nous avons attendu l’arrivée de la ministre Chrystia Freeland ainsi que Federica Mogherini, représentante de l’Union européenne pour les Affaires étrangères. Notre rôle consistait à les accueillir officiellement. De fait, les premières voitures à apparaître ont été celles de la ministre des Affaires étrangères suédoise et de la République d’Andorre.

Tout compte fait, il y avait peu de monde présent si ce n’est les officiels du gouvernement et les journalistes tenus à distance. Sylvie et moi avons donc conduit nos hôtes le long du tracé séparant les 14 noms étalés sur le sol. Toutes les autres femmes ministres de leur différent pays ont suivi le cortège en déposant les roses blanches. J’accompagnais Federica Mogherini. Elle était très touchée par le lieu et la symbolique des fleurs. Elle a improvisé un discours après celui de Chrystia Freeland.

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Après la séance de photos, les voitures protocolaires noires étaient vites au rendez-vous pour le départ des femmes ministres. Federica Mogherini était elle-même un peu nerveuse car elle devait prendre son vol à 16h00 à l’aéroport en direction de New York dans le cadre de la 73e Assemblée générale de l’ONU.

─ « Je vous souhaite bon voyage. Revenez nous voir. Il y a beaucoup de belles choses à découvrir à Montréal. »

─ « Je n’y manquerai pas. Merci pour votre accueil. »

─ « Oh! Madame Freeland, permettez-moi de vous dire une chose. »

─ « Oui! Je vous écoute. »

─ « J’aime votre nom. Je l’aime vraiment. »

Elle s’est mise à rire. Freeland signifie littéralement ‘libre pays’.

─ « Nous savons tous que les discussions que vous menez pour un nouvel accord commercial avec les États-Unis ne sont pas faciles. Mais courage. Nous sommes fiers de vous. »

Je vous laisse le soin de deviner ce qu’elle m’a répondu. C’est maintenant un ‘secret d’État’. Je vous le dirai au creux de l’oreille mais pas plus. Enfin, je me suis surpris de lui dire à haute voix : « On vous aime! »

En un rien de temps, presque tout le monde était parti. Pourtant, il restait encore une voiture protocolaire. (Question : pourquoi sont-elles toujours noires?)

Je m’adresse alors au responsable du service protocolaire qui n’en finissait plus de nous remercier d’être venu.

─ « En tout cas, lui dis-je, si vous voulez que nous revenions, je pose une condition. »

─ « Laquelle, me dit-il. »

─ « Et bien! La prochaine fois, je veux moi aussi être reconduit à mon domicile dans l’une de vos voitures protocolaires noires. »

Je suis certain qu’il a déjà oublié.

Ma dernière bise, je l’ai donnée à Sylvie en nous promettant mutuellement de nous revoir bientôt. Puis, j’ai pris le métro à deux coins de rue plus loin.

Ceci dit, je suis donc profondément touché par le geste de ces femmes qui ont insisté pour se recueillir un bref moment au Parc du 6 décembre en mémoire de celles qui ont été tuées lors de la tragédie de la Poly il y aura bientôt 29 ans. Selon les reportages journalistiques, je note que l’élimination de la violence fondée sur le genre était l’un des thèmes discutés par ces femmes ministres. C’est leur désir d’établir une tradition de coopération. Je leur souhaite bonne chance.

Autres liens :

Huffpost - Chrystia Freeland

Canada : première réunion de femmes ministres des Affaires étrangères

Sommet historique de femmes ministres des Affaires étrangères à Montréal

Ottawa créera un poste d’ambassadeur pour les femmes, la paix et la sécurité

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[1] La place du 6 décembre a été inaugurée en 1999 pour souligner le 10e anniversaire de la tragédie de la Polytechnique où 14 femmes ont été assassinées. Cette œuvre de l’artiste Rose-Marie Goulet est une initiative de la Fondation des victimes du 6 décembre contre la violence. Les matériaux sont choisis de telle sorte que le passant doit s’attarder pour déchiffrer le nom de la femme sur l’un des sept arcs de cercle. Annie St-Arneault et Maud Haviernick sont deux des quatorze victimes, sœurs de Serge et de Sylvie respectivement.

(Source :http://bilan.usherbrooke.ca/bilan/pages/evenements/3899.html)

J’ai le sentiment d’être un Noir de race blanche

J’ai le sentiment d’être un Noir de race blanche

Le Père Serge St-Arneault, de retour au Canada depuis un an, nous raconte les trente ans de sa vie en Afrique. Trente années qui lui donnent aujourd’hui le sentiment d’être un Noir de race blanche.

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Né le 29 juin 1955 à St-Adelphe, Serge St-Arneault a grandi à La Tuque. Il obtient un baccalauréat en théologie à l’UQTR en 1979. Il est officiellement membre de la Société des Missionnaires d’Afrique depuis le 5 décembre 1986. Après son ordination sacerdotale le 28 juin 1987, il part au Zaïre, l’actuelle République Démocratique du Congo, où il restera jusqu’en février 1996. En 2001, il part à Mua, au Malawi, où il devient codirecteur du centre culturel et artistique de Kungoni. En juin 2009, il se retrouve à la paroisse de Chézi. Puis, en janvier 2012, il devient le secrétaire de la Province d’Afrique Australe des Missionnaires d’Afrique dont le bureau central est situé à Lusaka en Zambie. Finalement, depuis août 2017, il est le directeur du Centre Afrika de Montréal.

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Mon premier séjour en Afrique Mon premier séjour en Afrique remonte aux années 1981-1983. En effet, j’ai vécu mes deux années de stage apostolique au Zaïre. Au terme de celui-ci, je devais me rendre à Londres pour poursuivre mes études. J’ai cependant retardé mon départ vers l’Angleterre en raison d’une vilaine hépatite virale de type A contractée au Zaïre.

De nombreuses images défilent dans ma tête en songeant à tous ces lieux et à ces personnes que j’ai connus depuis plus de trente ans, soit la moitié de ma vie. Je me souviens d’une brève conversation avec une religieuse qui, à l’époque, m’avait demandé ce que j’allais faire là-bas. À vrai dire, je n’en savais rien. Voici ce que j’aurais pu lui répondre.

 Je suis retourné au Zaïre en septembre 1987, après mon ordination sacerdotale qui avait eu lieu à La Tuque le 28 juin. J’ai alors vécu en pleine brousse chez les peuples Indru de Géty et Héma de Boga, à une soixantaine de kilomètres au sud de la ville de Bunia située au nord-est du pays. J’en garde un souvenir mémorable. Pourtant, les difficultés n’ont pas manqué: isolement, routes impraticables, écroulement économique, pillages dans les grandes villes en réaction aux exactions du régime politique du Président Mobutu Sese Seko, sans oublier les rivalités ethniques provoquées et alimentées par des intérêts mercantiles de pays étrangers.

Favoriser la tenue de négociations de paix entre les tribus

Malgré toutes ces difficultés, mes confrères et moi vivions une relation exceptionnelle avec la population dans ces moments tragiques qui ont coïncidé avec le départ des expatriés européens. J’ai même été menacé de mort. Sans aucune aide extérieure, nous avons investi toutes nos énergies en favorisant la tenue de négociations de paix entre les tribus en conflit. Avec nos faibles moyens, nous avons même réussi à organiser des convois humanitaires pour l’évacuation de familles menacées.

Je ne considère pas cela comme de l’héroïsme. J’ai simplement le sentiment d’avoir répondu aux paroles de Jésus : « Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement » (Mt 10, 8).

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Au milieu de toutes ces tragédies, avec mes amis zaïrois, qui entre-temps sont redevenus des Congolais, nous avons uni toutes nos ressources pour construire une école secondaire. J’ai aussi eu le privilège de me lier d’amitié avec les masadu, les gens mandatés pour superviser les rites funéraires des chefs coutumiers. J’ai même participé aux danses dites guerrières lors de ces cérémonies, si bien qu’au moment de partir, en février 1996, une vieille maman m’a confié ces quelques mots qui resteront toujours gravés dans mon cœur : « Vous savez, mon père, il ne vous manque qu’une seule chose pour être l’un de nous : la couleur de la peau! »

Tout est dans la qualité relationnelle. Celle-ci va au-delà de la connaissance pourtant essentielle des langues locales et des coutumes. Je peux le dire en toute franchise, je ressens une nostalgie chaque fois que je repense à « mon premier amour! »

Envoyé au Malawi

Ne pouvant pas retourner en République Démocratique du Congo au tournant du nouveau millénaire à cause de la guerre civile qui s’éternisait, mes supérieurs m’ont proposé d’aller au Malawi. Ce petit pays est coincé entre le Mozambique et la Zambie. J’ai dû tout recommencer ; l’apprentissage du chichewa (que je n’ai jamais aussi bien maîtrisé que le kiswahili au Congo), l’histoire et les coutumes ancestrales, particulièrement du peuple Chéwa. Je suis devenu codirecteur du centre culturel et artistique de Kungoni situé à Mua.

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Privilège peu offert aux non-Chéwa, j’ai eu la chance d’être accueilli au sein de la société secrète des Gulé Wamkulu qui sont reconnus pour leurs innombrables masques qui constituent la base de leur vision spirituelle associée aux esprits des ancêtres; les mizimu! C’est réellement fascinant.

Mon confrère Claude Boucher, originaire de Montréal, prêtre et anthropologue, a d’ailleurs consacré toute sa vie à approfondir les expressions culturelles de ces populations. Il a construit le centre culturel Kungoni qui comprend un musée renommé dans toute cette région d’Afrique.

Reconnaître la présence de Dieu dans l’histoire et la vie de ces peuples

Il faut investir du temps, beaucoup de temps, pour soulever le voile des premières apparences culturelles. Les missionnaires ont l’avantage de consacrer de nombreuses années de leur vie pour apprécier ces richesses : valeurs communautaires, sagesse et proverbes, diversités linguistiques, etc.

L’essentiel est de mettre en valeur, de faire surgir, d’éveiller ou simplement de reconnaître la présence de Dieu dans l’histoire et la vie de tous ces peuples qui puisent leur spiritualité dans les valeurs transmises par les ancêtres. En effet, l’Esprit de Dieu s’est manifesté chez ces gens bien avant l’arrivée des missionnaires. Pour moi, le missionnaire est avant tout celui qui permet de reconnaître ces traces spirituelles tout en annonçant la nouveauté de l’Évangile qui s’adresse à toute l’humanité.

Bref, ma vie n’est plus la même. Je suis allé en Afrique comme missionnaire, mais c’est l’Afrique qui m’a converti aux valeurs profondes de notre humanité commune éclairées par la radicalité du témoignage de l’homme Jésus.

J’ai vécu mes deux dernières années au Malawi dans une petite paroisse appelée Chézi, située à mi-chemin entre la capitale Lilongwe et le lac Malawi. Les Gulé Wamkulu y sont également actifs. Je me suis rapidement senti à l’aise grâce à mon initiation dans leur société secrète. C’est tout de même précieux de pouvoir côtoyer un environnement culturel si étrange aux premiers abords.

Le respect mutuel permet de vrais miracles

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Le « respect » est le mot qui résume le mieux mon expérience missionnaire. Au-delà des différences ou particularités sociales, linguistiques et spirituelles, le respect mutuel permet de vrais miracles. J’ai souvent constaté que les paroles s’évaporent, à commencer par les sermons. En effet, nous mémorisons plus facilement les bonnes et mauvaises impressions ou perceptions. Il peut aussi s’agir d’un souvenir de tendresse ou de compassion. Là est l’œuvre de l’Esprit de Jésus qui transforme les cœurs en profondeur.

Sachant que je quittais le Malawi en janvier 2012, les chefs coutumiers ont pris la décision de m’introniser dans leur cercle. Symboliquement, j’ai, en effet, été nommé chef coutumier sous le patronyme de « mfumu Chimphopo ». Je considère cela comme une marque de reconnaissance et de profonde amitié. J’en serai toujours reconnaissant.

Secrétaire de la Province d’Afrique Australe des Missionnaires d’Afrique

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De là, je me suis retrouvé à Lusaka en Zambie en tant que secrétaire provincial, et responsable des communications, au service des confrères vivant au Malawi, au Mozambique, en Afrique du Sud et en Zambie. C’est tout de même un défi de travailler dans la langue de Shakespeare pour un gars comme moi qui a échoué tous ses cours d’anglais à l’école.

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Capitale de la Zambie, Lusaka est en pleine envolée économique. L’Afrique, c’est aussi les grandes agglomérations, les vastes centres d’achat, les universités et les embouteillages sur les grands boulevards aux heures de pointe. Même si l’anglais est largement répandu, je parvenais à comprendre le chinyanja, une forme dérivée du chichewa.

Mon retour au Canada

Après plus d’une trentaine d’années, il est temps de revenir au bercail. Mes supérieurs m’ont demandé d’assurer la responsabilité du Centre Afrika situé sur la rue St-Hubert à Montréal. J’ai accepté avec joie. J’ai le sentiment que cela arrive à un bon moment dans ma vie. L’Afrique m’habite encore. J’ai parfois le sentiment d’être un Noir de race blanche.

Je suis chanceux de pouvoir poursuivre ma quête de connaissance du monde africain qui me passionne. Adolescent, j’avais le sentiment que la planète terre n’était pas assez grande pour mes aspirations. Je me suis limité à trois pays africains.

Serge St-Arneault, M.Afr.

Les Pères Blancs, 150 ans de présence en Afrique

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Michel Désautels

Fondée en 1868 par le cardinal français Charles Lavigerie, la communauté des Missionnaires d’Afrique, plus connue sous le nom de Pères Blancs, envoie dès 1875 des émissaires à Montréal et à Québec chercher du financement. C’est le début d’une grande aventure qui verra plus de 650 pères et frères canadiens revêtir une soutane blanche pour porter les idéaux d’un christianisme humaniste en terre africaine. Michel Désautels reçoit l’ancien supérieur provincial des Missionnaires d’Afrique, le père Gilles Barrette.

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Gilles Barrette

Père Gilles Barette, ancien supérieur provincial des Missionnaires d’Afrique (Pères blancs)   Photo : Radio-Canada / Mathieu Arsenault

Enregistrement audio :

Bureau d’intégration des nouveaux arrivants de Montréal et dévoilement du projet « La Place des Montréalaises »

Le Bureau d’intégration des nouveaux arrivants de Montréal (BINAM), qui s’est donné comme mission de créer les conditions permettant d’accélérer le processus d’intégration des nouveaux arrivants afin de maximiser leur participation à la vie collective montréalaise, avait invité le Centre Afrika a participer à deux jours de formation les 5 et 6 septembre 2018 pour « développer des projets intégrés à impact social fort » en prévision du dépôt de nouveaux appels à projets qui seront cruciaux pour la continuité de nos services pour les deux prochaines années.

Cette rencontre avait lieu dans les locaux de l’ancienne usine de métallurgie[1] La Fonderie Darling située dans quartier de la Cité du Multimédia de Montréal. Quelques coins de rue suffisent pour offrir des points de vue vraiment disparates : les hauts édifices de Montréal (2), le parc Éphémère (3) et un vieil édifice en démolition (4). On y trouve même un traiteur ambulant de cuisine indienne.

Le métro Square-Victoria-OACI au pied de la Tour de la Bourse est à quelques minutes de marche de la Fonderie Darling. Or, le soir du 5 septembre, je reçois une invitation de la mairesse de Montréal, Valérie Plante, pour assister au dévoilement du lauréat du concours international d’architecture de paysage pluridisciplinaire Place des Montréalaises[2]. L’événement avait lieu le 6 septembre vers 13h30 sur la terrasse de l’Hôtel de Ville.

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Je n’étais même pas au courant de ce projet! Il s’agit d’un projet d’envergure qui surplombera la bretelle de l’autoroute Ville-Marie et la rue Saint-Antoine pour éliminer la brisure avec le Vieux-Montréal. Les noms de 21 Montréalaises qui ont marqué l’histoire de la ville, comme Jeanne-Mance et Marie-Josèphe Angélique de même que les 14 victimes du drame de la Polytechnique, seront bien visibles. Le concours lancé en 2017 privilégiait cette commémoration.

Je me sentais perdu au milieu de tous ces journalistes et caméras de télévision. Discrètement, je me suis adressé à une adjointe de ma mairesse si je pouvais lui parler une petite minute.

— « Bonsoir, je suis le frère d’Annie St-Arneault, l’une des victimes de la Poly. Nous nous sommes brièvement croisés lors de la présentation de la motion votée unanimement par le conseil de ville pour bannir la vente d’armes de poing et d’assaut. »

— « Oui, je me souviens. »

— « Saviez-vous que vous êtes une arrière-petite-cousine d’Annie qui figure parmi celles que vous voulez honorer la mémoire à la Place des Montréalaises? »

— « Non! D’ailleurs, beaucoup de gens me demandent qui sont mes ancêtres et je ne le sais pas. »

— « Et bien, vous êtes de la lignée de Paul Bertrand dit St-Arnaud qui est venu en Nouvelle-France autour de 1690. Celui-ci a épousé Gabrielle Barideau. Ils ont conçu Marguerite Bertrand dit St-Arnaud en 1712. Là est votre lignée, onzième génération à partir de notre ancêtre commun. »

J’ai promis de lui remettre bientôt son arbre généalogique complet compilé grâce au travail bénévole des membres de l’Association des descendants de Paul-Bertrand dit St-Arnaud.

De la terrasse de l’Hôtel de Ville, je suis retourné à La Fonderie Darling. Une heure plus tard, Valérie Plante était là aussi pour remercier les 120 personnes réunis et conclure la formation offerte par le BINAM.

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[1] La fonderie Darling construite en 1880 par les Frères Darling (Darling Brothers) dans le but de répondre à la demande de métal pour la machinerie, la construction navale et l’industrie ferroviaire. Le complexe agrandi en 1888 et 1818 contenait 4 édifices et était le deuxième en importance à Montréal. Il a atteint sa pleine capacité en 1970 et employait 800 personnes. Achetée par la Pumps & Softener Company en 1971, la fonderie fermera définitivement ses portes en 1991.

[2] La place des Montréalaises sera aménagée dans le quadrilatère formé par l’avenue de l’Hôtel-de-Ville, la rue Saint-Antoine Est, la rue Sanguinet et l’avenue Viger Est.

Document PDF : article publié sur ICI Radio-Canada.

La place des Montréalaise PDF

Fête de quartier sur la rue Poupal, Montréal

Théâtre Espace Libre conviait la population aujourd’hui sur la rue Poupal pour sa grande épluchette annuelle de maïs avec spectacles et rencontres avec les artistes et artisans qui font vivre le théâtre. Le Centre Afrika était présent avec son kiosque animé par Cathy et Anne de Styl’Afrique Coop et leurs étalages de plantes médicinales, chenilles pour dégustation, extraits d’huile et vêtements de style africain. Aussi, le percussionniste Adama a ajouté sa gaieté musicale avec ses balafons à la plus grande joie des enfants.

Ambiance festive qui coïncide avec la première journée officielle de la campagne électorale provinciale. Lieu approprié pour les candidats et candidates de se faire connaître. À ce propos, j’ai eu un échange très agréable avec la candidate du Parti Québécois dans Sainte-Marie-Saint-Jacques, Jennifer Drouin, 40 ans, anglophone originaire de la Nouvelle-Écosse, mais qui habite au Québec depuis 1998. Trois-Rivières a été sa première ville d’accueil.

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Mais ce n’est pas tout, la candidate de Québec-Solidaire, Manon Massé, 55 ans, s’est également jointe à l’événement avec son autobus orange qui nous rappelle la ‘vague orange’ du NPD de Jack Layton lors des élections fédérales de 2011. S’agit-il seulement d’une coïncidence? Bref, elle jouit d’un capital de sympathie très enviable. Elle a de fortes chances de remporter son deuxième mandat comme député de sa circonscription.

Félicitation à toute l’équipe du Centre Afrika pour leur présence à cette fête de quartier, particulièrement Jean-François Bégin et Marie Mousenga qui n’a pas manqué l’occasion de se faire prendre aussi en photo avec Manon Massé.

Au retour, le long de la rue Ontario, mon œil de photographe à noter des affiches et des points de vue inhabituels; dessins muraux, l’Ordre Bouddhique Vietnamien Mondial et une cheminée qui semble d’une autre époque, coin Ontario Ouest et rue de la Visitation, mais qui abrite le Centre de création et de diffusion national et international.