Archives pour la catégorie Témoignages chrétiens

Soutanes noires et la croix

Par Serge St-Arneault, M.Afr

En compagnie d’André Duchesneau, maire de La Tuque, en 1987.

Je peux compter sur mes dix doigts le nombre de fois que j’ai porté un col romain depuis mon ordination sacerdotale le 28 juin 1987. J’ai conservé une photo, en souvenir. En revanche, Dieu merci, je n’ai jamais porté une soutane noire quoique je suis bien fier de porter occasionnellement ma gandoura.

Portant ma gandoura en compagnie de Papa Diop, sénégalais

Je mentionne la soutane noire que les curés portaient autrefois, semblable aux habits religieux chez les Sœurs et les Frères, à la suite du témoignage d’une autochtone dans les médias : « Je n’ai eu que du dégout, dit-elle, lorsque j’ai vu ces soutanes noires », en référence avec les membres du clergé qui accompagnaient le pape François lors de sa récente venue en sol canadien.

Pour elle, ce vêtement est synonyme d’agression. Elle en garde un mauvais souvenir. Elle a aussi ajouté que le symbole de la croix représentait l’oppression.

Symbole des premiers chrétiens

La croix n’était pourtant pas le symbole des premiers chrétiens. « Ils utilisaient plutôt les symboles du poisson et des pains en souvenir de la multiplication de ces aliments par Jésus, représentant du même coup le rassemblement eucharistique ainsi que la présence du Christ ressuscité. Le symbole du poisson était accompagné des lettres « ICHTUS » (ἰχθύς) qui peuvent se traduire par « Jésus Christ, Fils de Dieu Sauveur1. »

Que faut-il donc faire maintenant au sujet des croix qui font partie du patrimoine culturel du Québec ? Faut-il les enlever de tous les lieux publics comme cela s’est fait à l’Assemblée nationale ?

De fait, il y a eu deux croix. La première datait de 1936 et la second de 1982. Elles sont maintenant réunies et bien visibles près de la porte d’entrée du Salon Bleu2 que j’ai visité en 2019.

La question suscite beaucoup de controverses comme c’est le cas pour les statues des colonialistes qui sont périodiquement déboulonnées. Que devrions-nous faire des croix comme celle du Mont-Royal3 qui est devenu une marque de commerce de la Ville de Montréal, visible sur de nombreuses publicités touristiques4 ?

De plus, des croix surplombent de nombreuses montagnes comme celle à La Tuque où j’ai grandi.

Photos de Simon Pageau, 2021

Le récent voyage apostolique du pape François au Canada se voulait être ‘pénitentiel’, une demande de pardon pour les sévices infligés aux enfants et familles des Premières Nations. La réussite de ce voyage se démontrera avec les suites qui naîtront de cette audacieuse tentative de réconciliation.

Lors de son passage à Québec, le pape François a souligné qu’il serait erroné d’être nostalgique d’un monde sacralisé, d’une société d’autrefois où l’Église et ses ministres avaient plus de pouvoir et d’importance sociale. Selon lui, « la diminution de l’importance sociale de l’Église ou la perte de richesse matérielle et de privilèges demande de réfléchir aux changements dans la société qui ont influencé la façon dont les gens pensent et organisent leur vie5. »

Toujours selon le pape François, il s’agit de construire une Église « humble, douce, miséricordieuse, qui accompagne les processus, qui travaille avec détermination et sérénité à l’inculturation, qui valorise chacun et chaque diversité culturelle et religieuse. »

Et le symbole de la croix alors ?

Les Premières Nations ont été progressivement dépossédées et relayées dans des ‘réserves’6 . Pouvons-nous réparer les tords qu’elles ont subit ? Pouvons-nous considérer la demande des femmes mohawks de retirer la croix du Mont-Royal ? Oserions-nous nous déposséder à notre tour d’un puissant symbole qui représente le sacrifice de Jésus-Sauveur ? Ne devons-nous pas nous déposséder de ce puissant symbole comme signe tangible de réconciliation si celui-ci représente l’oppression ?

Pour éviter de sombrer dans une forme de « catholicisme bashing » comme nous subissons souvent le « Québec bashing » au Canada, nous pourrions prendre librement, en tant qu’Église Catholique, l’initiative de revisiter nos symboles publics, éventuellement les modifier, dans le but, toujours selon le pape François, de « promouvoir des relations fraternelles avec tous, avec nos frères et sœurs autochtones, avec chaque sœur et frère que nous rencontrons, parce que dans le visage de chacun se reflète la présence de Dieu. »

La tombe de Maurice Le Noblet Duplessis (1890-1959)

Maurice Le Noblet Duplessis, autrefois Premier Ministre du Québec, décédé le 7 septembre 1959 à Schefferville, est enterré au cimetière Saint-Louis à Trois-Rivières. Sa pierre tombale est particulièrement représentative d’une époque où le politique, le social et le religieux cohabitaient étroitement.

Mais, pourquoi y avoir érigé une si grande croix ? Certes, d’autres pierres tombales portent une croix, mais pas aussi volumineuse. Je présume qu’à cette époque, socialement parlant, un personnage d’État méritait qu’on souligne son statut avec une plus grande croix.

Aujourd’hui, notre sensibilité n’est plus la même. La pierre tombale de René Lévêque au cimetière Saint-Michel de Sillery à Québec ne porte aucune trace d’une croix. Voilà la nouvelle normalité.

Tout compte fait, il est périlleux de retirer les symboles du passé même si elles évoquent l’oppression. Une blessure ne doit pas en engendrer une autre. Cependant, nous bénéficierions tous de revisiter respectueusement le pouvoir des symboles qui ont façonné et qui façonnent différemment maintenant notre vie collective et publique.

Le génocide culturel

Le drame vécu par l’ensemble des Premières Nations est plus profond que les symboles rattachés aux soutanes noires ou aux croix. Il est reconnu que le gouvernement fédéral a mis en place un système de suppression des éléments culturels de ces populations avec le consentement des Églises (Catholiques et Anglicanes). Il s’agit d’une tentative d’assimilation et de génocide culturel. La question est de savoir pourquoi les Églises ne se sont pas opposées à cette idéologie. Le prix à payer pour cette collaboration entre l’État et l’Église est maintenant très lourd.

Prêtre incognito

Je considère la laïcité comme une bénédiction. Mon identité est intimement liée à mon engagement comme prêtre missionnaire. Je suis également heureux de ne pas devoir m’identifier par un habit religieux ou un col romain, sauf pour des fonctions pastorales comme la célébration de la messe.

La séparation de l’État et de l’Église est aussi une bénédiction. Historiquement, l’Église Catholique, tout comme les autres Églises, a tiré profit du pouvoir qu’elle exerçait, même au nom du service évangélique commandé par Jésus.

La diminution du nombre de prêtres et la disparition des certaines communautés religieuses sont également une bénédiction. Les croyants chrétiens catholiques, laïcs et religieux, ont une chance historique pour renouveler la profondeur de leurs expériences spirituelles et d’en témoigner sans recherche de prestige, égaux avec toutes les personnes de bonne foi de toutes les orientations spirituelles et religieuses. L’avenir de nos communautés croyantes et non-croyantes s’oriente vers l’interculturalité, une notion qui affirme que notre diversité culturelle est une richesse, non une menace.

Vers une spiritualité interculturelle

Comment pouvons-nous intégrer la spiritualité de l’interculturalité dans notre quotidien ?

  1. Nous devons être prêts à changer notre regard et nos modes de perception.
    • En développement une démarche constructive.
    • En considérant l’autre personne ou l’autre groupe comme une source de complémentarité.
    • En appréciant l’autre comme un don pour moi, non pas une menace.
    • Ainsi, une communauté interculturelle devient un don pour tous.
  2. Nous devons valoriser la diversité qui est voulue par Dieu.
    • À l’exemple de Moïse qui doit se déchausser pour pénétrer dans le lieu sacré de la rencontre, nous aussi, nous nous déchaussons de nos préjugés pour prioriser la spiritualité de l’interculturalité.
    • Nous sommes tous les enfants d’un même créateur.
    • La diversité est un don de Dieu.
    • La diversité est suscitée par l’Esprit de Dieu.
  3. Nous devons chercher à atteindre ou tendre vers la spiritualité de communion.
    • Pour bien jouer son rôle, l’Église devrait avant tout être la maison ou l’école de la communion.
    • À privilégier : le regard du cœur, l’attention à l’autre, la capacité de voir le positif chez l’autre (personne ou groupe) et partager les fardeaux.
  4. Nous devons construire la fraternité (référence : 1 Jean, 4,20).
    • En élargissant notre « cercle de fraternité »
    • En devenant des LIEUX D’HOSPITALITÉ SOLIDAIRES en privilégiant le vrai dialogue et la construction progressive d’une spiritualité interculturelle dans l’accueil de l’autre.

  1. Contempler le crucifié, par Serge St-Arneault, Espace Perso de Serge, 21 mars 2021. ↩︎
  2. La médaille de l’Assemblée nationale aux victimes de polytechnique, par Serge St-Arneault, Espace Perso de Serge, 6 décembre 2019. ↩︎
  3. Montréal remise son crucifix, mais gardera la croix du Mont-Royal, Pierre-André Normandin, La Presse, 21 mars 2019. ↩︎
  4. Site Web : FOODIES! : Découvrez la nouvelle carte illustrée des meilleurs restaurants de Montréal! ↩︎
  5. François : la sécularisation, « un défi pour notre imagination pastorale ». Texte de Adélaïde Patrignani, Cité du Vatican, 29 juillet 2022. ↩︎
  6. Selon Wikipédia, au Canada, une réserve indienne (en anglais : Indian reserve) est une partie des terres de la Couronne mise « à l’usage et au profit » d’un groupe autochtone membre des Premières Nations. ↩︎

Sébastien Tanguay à Québec – Le Devoir, 9 sept 25

Les jours du crucifix qui trône dans la salle du conseil municipal de la Ville de Québec pourraient être comptés. La Commission consultative sur le vivre-ensemble recommande le retrait de la croix accrochée à la gauche du siège de la présidence. (…)

L’entrée du crucifix à la salle du conseil de la Ville de Québec précédait de quelques mois l’introduction de la croix à l’Assemblée nationale par le gouvernement de Maurice Duplessis. Cette dernière ne figure plus au Salon bleu depuis 2019, à la suite d’une motion adoptée à l’unanimité par les parlementaires. (…)

Une bonne décision serait de mettre le crucifix derrière une vitrine dans le couloir, comme objet témoin de l’évolution de notre société.

AUTRE LIEN – 2 septembre 2025 :

EXTRAIT PARTICULIÈREMENT INTÉRESSANT DE CE REPORTAGE :

“One of the difficulties of this conversation is that when you use the expression ‘separation of church and state’ anywhere in North America, besides Quebec, it means we will protect religion from the intervention of government,” Poupko said. “In Quebec, it means we will protect government from the intervention of religion.” Rabbi Reuben Poupko

« L’une des difficultés de ce débat réside dans le fait que lorsque l’on utilise l’expression « séparation de l’Église et de l’État » en Amérique du Nord, à l’exception du Québec, cela signifie que nous protégerons la religion de l’intervention du gouvernement », explique M. Poupko. « Au Québec, cela signifie que nous protégerons le gouvernement de l’intervention de la religion. » Rabbi Reuben Poupko

Focus sur le processus de réconciliation – Autochtones

Vidéo de 10 minutes de Mathieu Lavigne, directeur de Mission chez nous, publiée par ECDQ.tv le 14 juillet 2022.

La visite du pape au Canada se fait en mettant de l’avant l’importance de la vérité de ce qui s’est passé notamment dans les pensionnats, avec l’espérance que cela apporte un vent de réconciliation et de guérison. De nombreux pas sont possibles, mais se connaître davantage entre allochtones et autochtones peut favoriser une plus grande amitié entre nous. Mieux tenir compte de l’expérience historique des autochtones est aussi une autre piste. Comment arriver à faire cela ?

Mathieu Lavigne aborde ces sujets avec nuance et délicatesse tout en proposant des pistes concrètes pour en apprendre toujours davantage sur les Premières Nations! Il est le directeur de Mission chez nous; un organisme de solidarité chrétienne avec les Premières Nations fondé par l’Assemblée des évêques catholiques du Québec.

#Autochtones #VisitePapale #MarcherEnsemble

Thèmes abordés : création de liens, connaître l’autre, le processus du vivre ensemble et les réformes nécessaires pour une possible réconciliation.

Citation : « Il faut se doter d’une histoire à part égale. »
(Gilles Bibeau)

Note : ECDQ.tv est la webtélé de l’Église catholique de Québec. Elle cherche à nourrir la foi vivante en Jésus-Christ de toute personne interpellée.

En l’honneur du Saint Patron des Canadiens français et/ou du Québec

Par Serge St-Arneault, M.Afr

Selon la nouvelle publiée sur le site internet du diocèse de Montréal, « Le 24 juin, nous célébrons la Saint-Jean, la fête du saint patron du Québec. Cette journée de fête, autant religieuse que civile, unit petits et grands depuis plus de 150 ans. Cette année encore, le Diocèse de Montréal donnera le coup d’envoi aux célébrations par la traditionnelle messe de la Saint-Jean-Baptiste, célébrée à l’église du même nom située sur le Plateau Mont-Royal. »

Le site internet du diocèse ajoute que « Les Fêtes de la Saint-Jean ont une longue histoire dans la province.  C’est le 24 juin 1834 que sera chanté pour la première fois le « Ô Canada! Mon pays, mes amours » de George-Étienne Cartier lors d’un grand banquet patriotique près de l’ancienne Gare Windsor à Montréal. Dès lors, on se promet d’en faire une fête annuelle. En 1842 a lieu une grande procession religieuse, inaugurant ainsi la tradition du défilé de la Saint-Jean.  Cette procession introduit les chars allégoriques en 1874. Arrivera avec ceux-ci l’introduction de la représentation traditionnelle de Saint-Jean-Baptiste sous la forme d’un petit garçon frisé accompagné d’un mouton. Quel honneur pour l’heureux choisi pour jouer ce rôle! »

Ceci est très intéressant. Le chant patriotique Ô Canada de 1834 et la grande procession religieuse du défilé de la Saint-Jean de 1842 encadrent la révolte des patriotes de 1837-38. Avec ces simples dates, il est permis d’imaginer le climat hautement tendu, tant social que religieux, de cette époque. La fête de la Saint-Jean s’est associée à une revendication d’ordre politique, avec la bénédiction de l’Église Catholique. Ce n’est pas rien!

Qui dit défilé dit marche et revendication! C’est encore la même chose de nos jours. Pensons simplement aux marches pour la protection de l’environnement, etc.

Mais, le défilé de la Saint-Jean, c’est spécial. Au tournant du nouveau millénaire, j’ai assisté au défilé de la Saint-Jean qui s’est déroulé dans les rues du Vieux-Montréal en pleine nuit débutant de l’est vers le centre-ville. Une semaine plus tard, j’ai aussi participé du défilé de la fête du Canada du 1er juillet. Le cortège prit son élan au coin des rues Berry et Sherbrooke, vers l’ouest et en plein jour. Deux visions diamétralement opposées!

La récente pandémie a calmé toutes les ardeurs, quelles soient patriotiques, climatiques ou autres. Cette année, à Montréal, il n’y a pas de défilé de la Saint-Jean. Il y a plutôt des fêtes de quartiers et des spectacles. La nouveauté, c’est le « défilé stationnaire » situé sur le boulevard Maisonneuve où les gens sont invités à défiler devant les « chars » allégoriques.

En ce beau vendredi après-midi, ensoleillé et relaxant, les gens défilent. Ils deviennent les acteurs de la marche au lieu de regarder sans broncher le passage d’un défilé. La dynamique a complètement changé. Il n’y a plus de direction est-ouest. Le défilé stationnaire se poursuivra ce soir. Il n’y a donc plus de jour ou de nuit. Les oppositions laissent place à une participation active des gens non seulement en regardant, mais aussi en touchant à un défilé dit stationnaire. Voilà une intéressante nouveauté presque contradictoire !

Note finale du site internet du diocèse de Montréal : « En 1908, le pape Pie X proclame Saint-Jean-Baptiste, le patron des Canadiens français. En 1925, le gouvernement du Québec fera du 24 juin un jour férié. Finalement, le 11 mai 1977, le 24 juin devient officiellement le jour de la Fête nationale du Québec. »

La politique n’a pas récupéré la fête religieuse. Il s’agit plutôt de deux aspects d’une même fête intimement associés depuis 1842. La nouveauté, c’est qu’au niveau institutionnel, elle est devenue «stationnaire » ou figée en termes politique, constitutionnel et religieux. Mais, au niveau populaire, la manière de fêter permet aux gens de marcher à leur rythme, quand et comme ils le veulent; de l’est ou de l’ouest, de jour ou de nuit. D’une certaine façon, c’est une brillante manière d’éviter la confrontation dans un climat politique, social et religieux de plus en plus enclin à la polarisation.

Bonne fête nationale.
Bonne fête de la Saint-Jean.

Le 16 novembre prochain, ne fermez pas les yeux sur la persécution des chrétiens

Mercredi Rouge, le 16 novembre 2022

Aide à l’Église en Détresse Canada — À vos agendas !

Montréal, 14 juin 2022 – À vos agendas ! Le mercredi 16 novembre prochain, le bureau canadien de l’Aide à l’Église en Détresse (AED) tiendra pour une huitième année consécutive le Mercredi Rouge, événement solidaire qui sert à rappeler que la persécution des chrétiens est un phénomène qui ne s’essouffle pas. « Comme l’an dernier, je lance un message spécial à tous les catholiques au Canada : illuminez un édifice ou un monument de votre région en rouge pour l’occasion », demande Marie-Claude Lalonde, directrice nationale de l’AED Canada.

« Encore une fois cette année, nous prierons tout spécialement pour les chrétiens du continent africain qui sont victimes de violences sans fin », indique Mme Lalonde. « L’identité chrétienne gêne, cela ne fait aucun doute, particulièrement après le massacre encore tout récent du dimanche de la Pentecôte au Nigeria. Nous avons plus que jamais besoin d’être solidaires avec les chrétiens victimes d’attaques régulières, justement parce qu’ils sont chrétiens. »

Elle considère que la situation se détériore année après année. « Depuis plusieurs années — et cela est particulièrement visible cette année — la liberté religieuse régresse partout dans le monde. Plus que jamais, nous devons dénoncer la situation ! », indique-t-elle. « Des informations plus précises seront transmises plus tard, mais nous espérons pouvoir annoncer des activités un peu partout au Canada, dont à Montréal, Toronto et d’autres diocèses du Canada. »

SI vous désirez illuminer un édifice en rouge ou bien annoncer une activité spéciale pour le Mercredi Rouge, merci de contacter Mme Valérie Vulcain, coordonnatrice des événements à l’AED Canada. Courriel : vv@acn-canada.org, ou bien sans frais partout au pays : 1-800-585-6333, poste 227.

Le 16 novembre prochain, ne fermez pas les yeux sur la persécution des chrétiens
Pour des entrevues : 514-967-8340 (cellulaire),
Mario Bard.
 com@acn-canada.org         www.acn-canada.org/fr

Jubilé d’or sacerdotal du père Jacques Poirier

Plusieurs confrères de Sherbrooke, Luc Perreault, Denis Bergeron et Bernard Bergeron et de Montréal, Julien Cormier, Jacques Charon et Serge St-Arneault ainsi que trois sœurs, Rita Toutant, Daphné Alphonso et Gratienne Ndizeye se sont retrouvés à l’église Saint-Pie X de Drummondville pour le jubilé d’or sacerdotal de Jacques Poirier.

Saint-Pie X

C’est dans cette église que Jacques a été ordonné prêtre il y a 50 ans. Après la messe, plusieurs paroissiens ont visionné le cours métrage intitulé « Où habites-tu ? » réalisé par Radio-Canada en 1979 qui illustrait le travail missionnaire de Jacques. Les membres de la famille, les confrères et consœurs, et les amies et amis de Jacques ont par la suite partager un repas festif au sous-sol de l’église.

Court métrage « Où habites-tu ? »

Film d’une quarantaine de minutes tourné au Burundi en 1979 par Radio-Canada, dans le cadre de l’émission Second Regard, sur un jeune homme missionnaire (Jacques Poirier) et ses motivations à consacré sa vie à l’annonce de l’Évangile en Afrique. Quelques jours après la parution de ce film, Jacques était expulsé du Burundi avec 300 autres missionnaires dans un intervalle de huit ans. L’Église du Burundi était alors considérée par le gouvernement comme trop influente auprès des Barundi, ce qui déplaisait aux dirigeants d’alors jusqu’à expulser des missionnaires pour en endiguer le prestige. Jacques faisait partie de la première vague des expulsés. Il était accusé d’être un danger pour la sécurité de l’État pour avoir prêché le pardon des ennemis.

Confrères et consœurs de Jacques Poirier

La famille de Jacques Poirier

Reportage du jubilé d’or du père Jacques Poirier à Ouagadougou au Burkina Faso.

Le père Jacques Poirier vicaire à la paroisse Saint-Jean XXIII de Ouagadougou a célébré le dimanche 22 mai dernier, ses 50 ans de vie sacerdotale. La célébration a connu une ambiance particulière avec les fidèles catholiques de ladite paroisse ainsi que les religieux et religieuses. Le jubilé est rehaussé par la présence de Monseigneur Justin Kientega, évêque du diocèse de Ouahigouya.

C’est l’élu du jour qui a présidé la messe. Sa vocation sacerdotale a débuté quand il était tout jeune élève du primaire dans son pays le Canada. Il raconte que c’est un vieux missionnaire qui est venu parler de l’Afrique, notamment les lions et certains Africains qui ne connaissaient pas Jésus Christ. C’est ainsi qu’il décide de devenir missionnaire d’Afrique avec la communauté des Pères Blancs pour annoncer Jésus aux Africains. Ordonné en 1972, le jeune Jacques est envoyé au Burundi, où il passe sept, avant d’être expulsé du pays, car considéré comme un danger par les autorités du pays.

Après cette étape, ses supérieurs l’envoient en mission en Côte d’Ivoire. Il va y passer onze ans. Le père Poirier rejoindra par la suite le Burkina Faso. Au pays des Hommes Intègres, il s’occupe de la formation des futurs serviteurs de Dieu pendant 12 ans, avant de rejoindre la paroisse Saint-Jean XXIII. Il est vicaire depuis une année.

Dans son homélie, le jubilaire ne cesse d’affirmer avec joie que « le Seigneur ne m’a jamais laissé tomber, il est toujours avec moi ». Le père demande aux chrétiens de toujours continuer à chercher Jésus Christ. « Jésus est là, à côté de vous et il vous accompagne », souligne le père Jacques Poirier.

Après 50 ans de vie au service du Christ, l’homme de Dieu ne compte pas se reposer. Il explique qu’il est missionnaire à vie et il va toujours continuer à servir Dieu partout où le besoin se fera sentir.

Jean Narcisse KOUDOU

BLOGUE DE JACQUES POIRIER

Ô MON AMI

En 1976, au Burundi, je pensais à mes deux sœurs qui venaient de se marier. Elles avaient choisi pour l’ouverture de leur bal la musique de « on ne vit pas sans se dire adieu ». Comme je n’avais pas les paroles, j’en ai composées. Ces paroles, que vous trouvez ci-dessous, vous pouvez les faire vôtres. Elles sont un dialogue entre Jésus et saint Pierre, entre Jésus et moi, entre Jésus et vous.

L’image qui accompagne ce texte est le portrait du visage de Jésus que l’on découvre en regardant bien. Une fois qu’on l’a vu, on ne peut plus l’oublier. C’est la même chose dans notre vie.

Ô mon ami, toi que j’ai choisi,
Est-ce que tu m’aimes plus que tous ceux-ci ?

Tu sais bien, Seigneur, que je t’aime,
Même si parfois je suis loin de toi.

Ô mon ami, je suis mort pour toi :
Va vers les autres apporter ma joie.

Pardonne-moi, Seigneur, je suis un pécheur :
Viens avec moi là où tu m’envoies.

Ô mon ami, reçois mon Esprit :
Il guidera ton chemin vers moi.

Ô merci, Seigneur, tu es avec moi,
Et, avec toi, je prendrai ma croix.

Ô merci, Seigneur, tu es tout pour moi,
Et dans la joie, j’irai vers toi.

AUTRE LIEN

Église catholique Drummondville

Déclaration de l’Aide à l’Église en Détresse (AED-ACN) sur le massacre de la Pentecôte dans l’église Saint-François-Xavier d’Owo, au Nigeria

PAR MARIA LOZANO, AED INTERNATIONALE, JUIN 6, 2022

L’œuvre pontificale de charité internationale Aide à l’Église en Détresse (AED) est profondément choquée par l’horrible attaque qui a eu lieu à l’église catholique Saint-François-Xavier, à Owo, dans l’État d’Ondo, situé au sud-ouest du Nigeria, pendant les célébrations du dimanche de la Pentecôte, le 5 juin, et qui a causé la mort de nombreuses personnes, dont des enfants. 

Les pensées et les prières de l’AED vont aux victimes, aux blessés, à leurs familles et à toute la communauté catholique d’Ondo.  

« C’est le dimanche de Pentecôte, un moment où chaque catholique est censé être à l’église pour commémorer la solennité. Il est si triste de dire que, pendant la Sainte Messe, des hommes d’origine inconnue, armés de fusils, ont attaqué l’église catholique Saint-François-Xavier », a déclaré le père Augustine Ikwu, directeur des communications du diocèse d’Ondo, dans une déclaration envoyée à l’Aide à l’Église en Détresse.  

« On craint de nombreux morts, de nombreux blessés et la violation de l’église », a-t-il ajouté. « L’identité des auteurs reste inconnue et la situation a laissé la communauté dévastée », a ajouté le prêtre catholique. 

« Tous les prêtres de la paroisse sont sains et saufs et aucun n’a été kidnappé », affirme le prêtre, dissipant les rumeurs en ce sens qui circulaient sur les médias sociaux.  

« L’évêque nous demande de rester calmes, de respecter la loi et de prier pour que la paix et la normalité reviennent dans notre communauté, notre état et notre pays », conclut le communiqué.  

L’Occident complice 

L’AED dénonce ce déchaînement de violence, un nouvel acte terroriste au Nigeria, un de plus sur la longue liste des crimes perpétrés contre les chrétiens. Au cours des dernières décennies, le pays a été secoué par des épisodes de violence, de banditisme et d’enlèvements qui, bien que touchant tous les groupes ethniques et religieux de la nation, ont conduit à une longue liste d’attaques majeures contre la communauté chrétienne.  

La semaine dernière, l’Aide à l’Église en Détresse a organisé une conférence de presse avec l’archevêque de Kaduna, Matthew Man-Oso Ndagoso, afin de parler de l’insécurité et de la violence au Nigeria. Bien que les problèmes viennent de diverses directions, l’archevêque Matthew a été très clair : « Le gouvernement nous a complètement laissé tomber ; c’est l’absence de bon gouvernement qui en est la cause. Les bandits, Boko Haram, les enlèvements, ce sont tous des symptômes de l’injustice, de la corruption du système. Si nous ne parvenons pas à nous attaquer à la racine du problème, nous mènerons une bataille perdue d’avance. » 

Le massacre a eu lieu dans le sud-ouest du Nigeria, un endroit qui n’a pas été touché jusqu’à présent par l’insécurité et la violence qui affectent généralement le nord et la Middle Belt (Ceinture du milieu).  

Selon Mgr Ndagoso, si le problème est surtout interne, l’Occident est également à blâmer. « Il faut être deux pour danser le tango. Nos dirigeants volent notre argent et l’emmènent en Occident, en Suisse, à Paris, à Londres, à Francfort. Si l’Occident n’acceptait pas leur argent, ils le laisseraient chez eux. Les gouvernements occidentaux collaborent avec nos dirigeants. » 

LAide à lÉglise en Détresse appelle tous les dirigeants politiques et religieux du monde à condamner fermement et sans équivoque cette attaque terroriste à léglise catholique Saint-François-Xavier d’Owo, dans lÉtat dOndo (sud-ouest du Nigeria), pendant les célébrations du dimanche de la Pentecôte2022. 

NOTE : L’Aide à l’Église en Détresse a reçu des vidéos de l’attaque de l’Église catholique Saint-François-Xavier, qui confirment les affirmations contenues dans cet article. En raison de la nature sensible et graphique des images, lorganisation caritative a choisi de ne pas les partager.  

LIENS :

Seek earnestly the greatest gifts (1Cor 12.31)

The magazine « Letter to our Friends » has had a facelift. The year 2022 marks a new stage in our desire to seize new opportunities in the context of the Covid-19 pandemic. The Missionaries of Africa in Canada, like you and the rest of humanity, are wondering about the future of our society, of our world.

Fatjer Robbin Simbeye in Tunisia

The earth continues to turn and so do we. Instead of turning on ourselves, like a whirlwind, our gaze is pointed towards other horizons. In this issue of The Letter to Friends we will go to Tunisia to meet an exceptional community made up of Christians and Muslims where ecumenism and religious dialogue are lived daily with respect for all.

Artistic expression is an extraordinary way to illustrate the precious gift of love. It is a collective wealth of almost infinite variety. The African world present in our country now has a place to disseminate this wealth. The Afromusée (see on page 6) will build new bridges towards the recognition and enhancement of the history of Afro-descendants, which dates back more than three centuries in Canada.

Sculpture by James Samikwa from Malawi

African art is inspired and inspiring. On the cover page and on page 7, you will notice an exceptional image of Christ; a sculpture by James Samikwa from Malawi. The finesse of the details illustrates the cosmic power par excellence of the healing Christ.

The gift of hope is also to be sought constantly. Read the extraordinary struggle of Sister Marie Stella from Togo. This same hope is celebrated on the occasion of the 150th anniversary of the Basilica of Our Lady of Africa located in Algiers. Once again, this historic gift builds bridges between religions. This sanctuary promotes dialogue and sharing between Christians and Muslims. The same is true from an intellectual point of view with the creation of a new bilingual magazine focusing on Islamic-Christian studies in Africa.

The spiritual gift that we received from our founder, Cardinal Lavigerie leads us to be sensitive to the realities of today’s world and to dare to constantly modify or reassess our mission.

It is in this respect that the encyclical of Pope Francis entitled Fratelli Tutti is particularly significant for us. Despite the numerous confinements, a consequence of the spread of Covid-19, we insist on building bridges.

Finally, we propose today to support a commendable initiative for the protection of albinos in Bukavu in the Democratic Republic of Congo. A lot of effort and ardor have been invested in this project, which has already made it possible to restore dignity to many people who have been discriminated against.

Let us persist together in earnestly seeking the greatest gifts.

Fr Serge St-Arneault, M.Afr

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Recherchez avec ardeur les dons les plus grands (1Co 12,31)

Éditorial du magazine « La lettre aux Amis » no 56 de mars 2022

Le magazine La lettre aux Amis fait peau neuve. L’année 2022 marque une nouvelle étape dans notre désir de saisir de nouvelles opportunités dans le contexte de la pandémie de la Covid-19. Les Missionnaires d’Afrique au Canada, tout comme vous et le reste de l’humanité, s’interrogent sur le devenir de notre société, de notre monde.

Père Robbin Simbeye en Tunisie.

La terre continue de tourner et nous aussi. Au lieu de tourner sur nous-mêmes, comme un tourbillon, notre regard est pointé vers d’autres horizons. Dans ce numéro de La lettre aux Amis nous irons en Tunisie faire la rencontre d’une communauté exceptionnelle composée de chrétiens et de musulmans où l’œcuménisme et le dialogue religieux se vivent au quotidien dans le respect de tous.

L’expression artistique est une forme extraordinaire pour illustrer le précieux don de l’amour. Il s’agit d’une richesse collective d’une variété presque infinie. Le monde africain présent dans notre pays a maintenant un lieu pour diffuser cette richesse. L’Afromusée (voir la page 6) permettra de bâtir de nouveaux ponts vers la reconnaissance et la valorisation de l’histoire des afrodescendants qui remonte à plus de trois siècles au Canada.

Sculpture de James Samikwa du Malawi.

L’art africain est inspiré et inspirant. Sur la page couverture et à la page 7, vous remarquerez une image exceptionnelle du Christ ; une sculpture de James Samikwa du Malawi. La finesse des détails illustre la puissance cosmique par excellence du Christ guérisseur.

Le don de l’espérance est aussi à rechercher sans cesse. Lisez le combat extraordinaire de sœur Marie Stella du Togo. Cette même espérance est célébrée à l’occasion du 150e anniversaire de la basilique Notre-Dame d’Afrique situé à Alger. De nouveau, ce don historique lance des ponts entre les religions. Ce sanctuaire favorise le dialogue et le partage entre chrétiens et musulmans. Il en est de même d’un point de vue intellectuel avec la création d’un nouveau magazine bilingue axé sur les études islamo-chrétiennes en Afrique.

Le don spirituel que nous avons reçu de notre fondateur, le Cardinal Lavigerie nous porte à être sensibles aux réalités du monde actuel et à oser modifier ou réévaluer sans cesse notre mission.

C’est à ce titre que l’encyclique du pape François intitulée Fratelli Tutti est particulièrement significative pour nous. Malgré les nombreux confinements, conséquence de la propagation de la Covid-19, nous insistons à bâtir des ponts.

Finalement, nous vous proposons aujourd’hui de soutenir une louable initiative pour la protection des albinos à Bukavu en République Démocratique du Congo. Beaucoup d’efforts et d’ardeur sont investis dans ce projet qui permet déjà de redonner la dignité à de nombreuses personnes discriminées.

Persistons ensemble à rechercher avec ardeur les dons les plus grands.

                                                         Père Serge St-Arneault, M.Afr

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Les temps changent

Par Serge St-Arneault, M.Afr, 28 décembre 2021

Notre récente évolution sociale

Je vous parle d’un temps que les moins de 60 ans ne connaissent pas. Ma génération dite des bébés boomers a vécu la fin d’une époque; celle d’une société canadienne-française tricotée serrée peuplée de familles nombreuses, catholiques et francophones. Jusqu’à mes dix ans, la messe était célébrée en latin. Les prières enrobaient mystérieusement un sens du sacré sous le regard d’un Dieu omniprésent. La peur de tomber dans le péché ainsi que les lois et obligations de l’Église permettaient de tracer un chemin menant au salut. Il s’agissait de suivre le courant.

Cimetière et, au loin, l’église de Saint-Adelphe

Or, ce courant a brusquement changé de direction au tournant de ladite Révolution tranquille du Québec. Mes neveux et nièces n’ont aucune expérience de cette époque. La rupture est réelle et normale. Les liens si importants avec les membres de la parenté au village ancestral de Saint-Adelphe ne sont plus possibles. Sauf quelques cousines et cousins, la majorité de cette parenté est enterrée au cimetière du village.

Un vieil immeuble qui se lézarde

La pratique religieuse, jadis si importante, s’est drastiquement effondrée. Depuis bientôt deux ans, les mesures sanitaires provoquées par la pandémie de la Covid-19 ont pour effet de réduire encore davantage le nombre de croyants qui persistaient à se rendre à l’église. La foi chrétienne semble être comme un vieil immeuble qui se lézarde avant de tomber. À cela s’ajoute le silence médiatique de la structure pyramidale de l’Église que, de toute façon, personne n’écoute.

Le monde a changé

Selon le père Joseph De Mijolla, prêtre français de 83 ans; « Nous sommes dans une extension de science et de technique qui n’en finit pas et qui est irréversible. (…) Ce à quoi nous assistons aujourd’hui n’est pas seulement le résultat d’un renouvellement générationnel, mais d’un basculement civilisationnel et anthropologique sans précédent. »

Dans une large mesure, il en est de même au Québec. De plus, la technologie numérique annonce l’éclosion d’un monde parallèle visuel qui occupera de plus en plus notre quotidien. Bientôt, il nous sera possible de créer des personnages numériques dont la réalité dite augmentée rivalisera avec nos cinq sens grâce à une réalité virtuelle ultraréaliste. Préparez-vous, le métavers1 s’en vient!

Le changement déstabilisateur

Les structures qui défient l’épreuve du temps sont celles qui parviennent à s’adapter, à innover, à se réinventer. Tout est constamment en évolution même au sein d’une tradition millénaire. Nous devons alors distinguer l’essentiel de l’accessoire. La messe en latin a fait place aux langues vernaculaires. Ce changement, fruit du Concile Vatican II, a permis l’accessibilité de la parole de Dieu, de l’Évangile, à des millions de croyants. Le carcan d’un rituel liturgique immuable a laissé place à une éclosion extraordinaire de nouveaux chants et expressions rituelles plus significatives. Je le sais pour l’avoir vécu en Afrique, tout particulièrement en République Démocratique du Congo.

Ces changements n’enlèvent pourtant rien à l’essentiel du rituel de la célébration eucharistique. Or, un certain nombre, attaché à la tradition, a joint des mouvements plus conservateurs tel que les catholiques lefebvristes. D’autres, les plus nombreux, ont carrément quitté le bateau pour voguer sur d’autres océans de l’éventail spirituel mondial ou, tout simplement, décidé d’être seuls à bord.

L’inévitabilité des changements

L’accélération des changements des récentes décennies n’est que le prélude de changements plus importants en gestation. Notre écosystème planétaire est aux abois. Les changements climatiques se font de plus en plus sentir; inondations, feu de forêt, tornades, etc. Des populations entières sont en mouvement migratoire pour fuir l’oppression, la guerre, la pauvreté.

La pression exercée de ces mouvements migratoires sur les pays plus nantis, comme le nôtre, provoque des réactions défensives dont carbure un nationalisme étroit d’extrême droite. La polarisation des opinions, particulièrement politiques, s’accentue, particulièrement aux États-Unis. Cela n’augure rien de pacifique.

Un renouveau spirituel est possible

Je demeure néanmoins persuadé que l’Église Catholique peut encore être pertinente dans notre monde malgré les crises qui mine sa crédibilité depuis quelques décennies. Même si des voix discordantes se font entendre en son sein, la route du renouveau est tracée sous le leadership du pape François.

En effet, ayant appris que tout vient du Père et que tout nous est donné en son Fils Jésus, l’Esprit Saint continu de nous inspirer pour mieux partager la joie de notre foi chrétienne et à constamment la redécouvrir.

Notre attention ne se tourne pas vers la structure millénaire de l’Église, mais vers le message initial de Jésus, l’homme de Nazareth. L’Église restera l’Église de Dieu tant et aussi longtemps qu’elle proclamera humblement le message révolutionnaire de l’Évangile.

Selon le père Joseph De Mijolla, « nous avons besoin non seulement de la foi, mais de folle spontanéité dans la foi, d’inventivité dans la foi, dans les mots, les actes, les gestes, les images, les silences, l’amour et le respect… La spontanéité délicate de l’Esprit Saint. »

Conclusion

J’ai été ordonné prêtre en 1987 après quelques années d’études en Angleterre. L’ouverture à l’internationalité est ce que je cherchais et c’est ce que j’ai expérimenté au sein de la Société des Missionnaires d’Afrique. Nous sommes une famille spirituelle issue de la vision du Cardinal Lavigerie, archevêque de Cartage et d’Alger à la fin du XIXe siècle. Infiniment reconnaissant de cet héritage, j’ai la ferme conviction que mon sacerdoce repose avant tout sur mon désir de vivre mon appel missionnaire en fidélité avec le message de Jésus. Les Missionnaires d’Afrique me donne l’encadrement nécessaire pour réaliser ma vocation. Grand merci!

Nous avons tous besoin d’être structuré ou encadré en tant que société et individu. C’est le propre de l’évolution socio-économique des peuples. Malheureusement, il peut arriver qu’une structure sombre dans des formes d’aliénation. Cela peut être le cas de régimes politiques, économiques, culturels, familiaux ou religieux. Il faut alors avoir le courage de les condamner et de proposer des alternatives. Rien ne doit être figé dans le béton. C’est à ce niveau que la foi chrétienne est inconfortable, même au cœur de la vie de l’Église structurée. Elle se doit d’être en perpétuelle réformation.

Qui sait? D’ici quelques années, certains de nos rassemblements dominicaux se feront sur le métavers où il sera possible de se retrouver dans une immense salle virtuelle pour célébrer la messe. De la même manière que nous recevons en temps réel la bénédiction papale urbi et ordi2, la pandémie nous a appris qu’il est possible de communier spirituellement au corps du Christ en suivant la messe sur un écran de télévision. La foi se doit d’être inventive. Ayons confiance!

Dernière remarque

Nous n’avons pas célébré la fête de Noël en famille cette année, pandémie oblige. Les décorations, normalement si abondantes, ont pratiquement disparu, sinon incontestablement diminuées, surtout devant les maisons et le long des rues. Les églises sont restées vides. Nous sommes loin des Noëls de mon enfance. L’ambiance n’y est plus, ou presque. Les baby-boomers se font vieux et c’est tant mieux. La frénésie des cadeaux s’est atténuée. Les pères Noël de rouge vêtu rient jaune, eux qui prenaient tout l’espace visuel au détriment de l’enfant de la crèche. La fête de Noël a enfin une chance de redevenir spirituellement significative. C’est mon espoir! Et vous?

  1. Le «métavers» (contraction de méta-univers, «metaverse» en anglais), est une sorte de doublure numérique du monde physique, accessible via internet. Ce concept, qui n’en est qu’à ses balbutiements, doit permettre de se libérer des contraintes physiques en multipliant les interactions humaines via la 3D.
  2. Une bénédiction urbi et orbi est une bénédiction solennelle, prononcée par le pape à certaines occasions religieuses importantes du culte catholique, spécialement les jours de Pâques et de Noël. Elle est précédée d’un message et assortie d’une indulgence plénière. Dans la pratique actuelle, elle est prononcée depuis le balcon de la basilique Saint-Pierre, dans l’État du Vatican.

AUTRES LIENS :

QU’EST-CE QU’ON EST VENU FAIRE ICITTE?

Gérard Bouchard, 31 décembre 2021

Historien, sociologue, écrivain, Gérard Bouchard enseigne à l’Université du Québec à Chicoutimi dans les programmes d’histoire, de sociologie/anthropologie, de science politique et de coopération internationale. Il est titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les imaginaires collectifs.

JULIE JAMMOT, AGENCE FRANCE-PRESSE, La Presse, 7 janvier 2022

(Las Vegas) « Qu’est-ce que le métavers sans les sensations ? C’est juste des avatars », lance José Fuertes, dont la veste haptique, garnie de capteurs, permet de sentir aussi bien les câlins que les coups de poing en réalité virtuelle.

Washington D.C. d’hier à aujourd’hui – mon expérience

L’assaut populaire du 6 janvier 2021 au Capitole de Washington est encore frais dans nos mémoires. Je m’y suis rendu le 25 octobre dernier sans y déceler la moindre trace de ce tragique épisode si ce n’est les barricades qui empêchent les gens de s’en approcher.

C’était en 1977

L’abbé Gilles Marchand en 1977

Ce n’était pas ainsi en 1977 lorsque j’ai visité le Capitole en compagnie d’un groupe d’étudiants, majoritairement africains, de l’Université du Québec à Trois-Rivières. Notre aumônier, l’abbé Gilles Marchand avait préparé ce périple pour permettre aux étudiants étrangers de mieux connaître les États-Unis. Plus de quarante ans plus tard, je garde néanmoins la même impression; celle d’un grandiose pays aux pieds d’argile.

Polarisations

Les polarisations ethniques, culturelles et économiques attirent mon attention . Les extrêmes se côtoient au grand jour. Ce n’est certes pas un phénomène unique aux États-Unis. Mais, en touriste que je suis, cela me semble profondément associé à l’environnement culturel américain hyper productif et compétitif, source d’insécurité et de violence. La prolifération des armes à feu contribue à ce phénomène.

Heureusement pour nous, notre maison est située dans un quartier sécurisé où siègent beaucoup d’ambassades. Il est possible de circuler sans crainte, même le soir. Ce qui n’est pas le cas dans un quartier voisin, m’a-t-on dit.

Chicago en 1999

En compagnie de monsieur Justin McCarthy en 1999

J’avais déjà compris cela lorsque je suis allé rendre visite à Julien Cormier à Chicago en 1999. À l’époque, nous avions une communauté de missionnaires dans le quartier d’Austin. Sa particularité était qu’elle était composée exclusivement d’Afro-Américains. J’avais interviewé chez lui monsieur Justin McCarthy, le dernier résident Blanc du quartier. Il y était depuis 1963 et il avait 86 ans à cette époque. Il a assisté à la migration progressive des Afro-Américains dans un quartier historiquement composé d’immigrants irlandais catholiques. Justin a été le premier président d’une association appelée Organisation for Better Austin (O.B.A.) qui avait pour objectif de faciliter une transition pacifique des institutions locales à une époque où les tensions raciales provoquaient des émeutes dans d’autres villes américaines.

La panique s’est emparée des Blancs, de m’avouer Justin, qui ont tous quitté sous la pression d’appels téléphoniques de spéculateurs fonciers.

Reportage publié dans la revue Univers, mars/avril 1999, page 11 à 16.

« N’attendez pas une dévaluation plus grande de votre propriété et vendez dès aujourd’hui. C’est ma dernière offre. »

Systématiquement, d’une rue à l’autre, les gens ont vendu leur maison et migré vers les banlieues de Chicago en pleine croissance. La détérioration du quartier s’est alors accélérée et la méfiance a prévalu. Non seulement le quartier d’Austin a vu une partie sa population s’exiler, mais la ville de Chicago est passée de 3,6 millions d’habitants en 1950 à 2,7 millions depuis 1990 jusqu’à aujourd’hui.

Du mémorial Lincoln au Capitole

Tous ces souvenirs me sont revenus lorsque je marchais le long de la vaste étendue verdâtre et presque désertique entre le Capitole et le Mémorial de Lincoln avec, au centre, l’emblématique obélisque du monument de Washington. Je me questionnais sur la propension des Américains à prendre possession de lieux et de territoires par vagues migratoires. À bien y penser, c’est l’histoire de l’humanité.

Photos de 2021

Le quartier Queens à Brooklyn, New York

J’ai constaté la même chose quelques jours plus tard lorsque nous sommes allés dans le quartier Queens à Brooklyn. Vous pouvez lire l’article que j’ai publié à ce sujet sur mon blogue; « Brooklyn, Queens, 30 octobre 2021 ». Ce qui n’est pas dit dans ce reportage est le fait que les populations afrodescendantes de courte ou de longue date ont migré dans cette partie de la ville de New York d’une manière très semblable à celle du quartier d’Austin à Chicago.

« Nous sommes chanceux, de me dire mon confrère Bartholomew Mrosso, car nous sommes dans une zone sécurisée. Mais, plus loin, il est préférable de ne pas s’y aventurer. »

Ce conseil est valide pour tous, sans distinction radiale. Pourtant, je me suis senti tout à fait à l’aise là où vivent mes confrères. Les maisons sont certes modestes, mais ces propriétés et les rues sont propres, bien entretenues. C’est bien loin des images désolantes du quartier Queens projetées dans le film Coming to America, produit en 1988 et mettant en vedette Eddie Murphy. La fiction caricature la réalité. Excusez-moi, c’est vrai! Je n’ai séjourné que 24 heures aux Queens. C’est trop peu pour connaître un endroit aussi vaste que Brooklyn.

De retour à Chicago en 1999

Ça me rappelle encore une fois le quartier d’Austin de Chicago, souvenez-vous, entièrement peuplé d’Afro-Américains. Je m’étonnais du regard apeuré des enfants lorsque je prenais le métro pour me rendre au centre-ville. Revenant d’Afrique, me retrouver entouré de Noirs était pour moi tout à fait normal. Mais un Blanc, marchant le long des rues d’Austin, éveillait des suspicions.

« Que faites-vous dans la rue en pleine nuit, avait demandé un policier à Julien?  »

Un Blanc rodant la nuit dans un quartier renommé pour être « dangereux » ne peut prendre ce risque que pour vendre de la drogue.

« Je reviens de la pharmacie, de répondre Julien. »

« Êtes-vous de ce quartier ? »

« Oui. Je suis le curé de la paroisse St-Martin-de-Porrès. L’église est à deux pas d’ici. »

Le racisme

Je comprends que les questions raciales sont toujours complexes, partout sur la planète. Elles me semblent cependant omniprésentes dans la fabrique sociale américaine. Pourtant, la diversité est source de créativité, d’innovation. Il y a des exemples remarquables de réussite de coexistence interraciale aux États-Unis.

En revanche, et l’exemple l’assaut populaire du 6 janvier 2021 au Capitole de Washington le montre bien, les États-Unis ont atteint un très haut degré de polarisation alimenté par un discours politique haineux. Que penser de ceux qui prônent une nouvelle guerre civile?

Sur les marches du Capitole en 1977 et en 2021

Quel contraste entre une manifestation de chrétiens sur les marches du Capitole en 1977 dénonçant le soutien du gouvernement américain à des régimes tortionnaires et la meute en furie s’apprêtant à assaillir le même endroit en 2021. Aujourd’hui, la meilleure vue rapprochée de ces lieux se situe derrière un plan d’eau.

Notre témoignage

Que ce soit à Chicago, aux Queens de Brooklyn ou ailleurs, notre témoignage missionnaire est le même; nous affirmons qu’au-delà de nos différences raciales, culturelles et même religieuses, nous sommes tous des enfants de Dieu, égaux en toutes choses, car aimés sans distinction d’un même Père. Amen!

Au lendemain de la dernière élection présidentielle américaine, les manifestations pro-Trump étaient devenues routinières à Washington. Tous les mois, ses partisans débarquaient dans la capitale américaine pour dénoncer une fraude électorale qu’aucun d’entre eux ne savait étayer. Mais ce jour-là, le 6 janvier 2021, l’atmosphère était différente. La colère dans les yeux, la rage au ventre, les sympathisants du président sortant se sont transformés en séditieux. Et la ville, ses résidents, ses politiciens et ses journalistes les ont regardés prendre d’assaut le Capitole américain, en état de choc généralisé.

RICHARD HÉTU, COLLABORATION SPÉCIALE, Le Devoir, 2 janvier 2022
La prochaine élection présidentielle américaine se conclura-t-elle… sur un coup d’État ? Pour certains, l’assaut du Capitole par les partisans de Donald Trump, il y aura un an le 6 janvier, annonce le scénario catastrophe. D’ici là, le sort de la démocratie américaine pourrait reposer sur les travaux de la commission d’enquête du Congrès, qui veut faire la lumière sur ce qui s’est passé à la Maison-Blanche pendant l’émeute.

RICHARD HÉTU, COLLABORATION SPÉCIALE, Le Devoir, 3 janvier 2022
Qui sont les partisans de Donald Trump qui ont pris d’assaut le Capitole des États-Unis le 6 janvier dernier ? Le politologue de l’Université de Chicago Robert Pape a tenté de répondre à cette question en analysant avec son équipe le profil de 677 des quelque 700 personnes arrêtées pendant et après l’attaque. Il a également conçu deux grands sondages nationaux pour mesurer le sentiment insurrectionnel aux États-Unis. La Presse s’est entretenue avec lui.

CAMILLE CAMDESSUS, AGENCE FRANCE-PRESSE,
La Presse,  5 janvier 2022

(Washington) Réveiller les souvenirs ou passer à autre chose ? Un an après l’attaque du Congrès par des partisans de Donald Trump, les élus du temple de la démocratie américaine peinent à panser les plaies du « 6 janvier ».

Fabien Deglise, Le Devoir, 5 janvier 2022.

Plus de trois heures. 187 minutes. C’est le temps durant lequel l’ex-président américain Donald Trump a résisté aux nombreux appels de son entourage l’implorant de calmer la foule en train de prendre d’assaut le Capitole, à Washington. Sous les regards interdits du monde. C’était il y a un an, le 6 janvier 2021.

Extrait – Idéologies et polarisation aux États-Unis. La Presse, 9 janvier 2022
Cet essai du professeur de science politique Philippe Fournier jette un regard sur l’extrême polarisation culturelle et politique qui frappe les États-Unis ainsi que sur les transformations importantes du siècle dernier en accordant une attention particulière à deux situations tenaces : les inégalités socioéconomiques et le racisme.

CHARLOTTE PLANTIVE, AGENCE FRANCE-PRESSE,
La Presse, 14 janvier 2022
(Washington) Stewart Rhodes, inculpé de « sédition » pour son rôle dans l’attaque sur le Capitole, illustre le glissement de l’extrême droite américaine, passée de l’opposition au gouvernement fédéral à la défense farouche et en armes de Donald Trump.