La mémoire d’Annie St-Arneault toujours vivante à La Tuque

Serge St-Arneault a publié en septembre dernier un recueil de poèmes de sa soeur Annie. Des textes qu’elle a écrits à l’adolescence et lors de ses études à Montréal. Une jeune Latuquoise de 11 ans, Annabelle Harvey, a lu hier Les fleurs un poème qu’Annie a écrit à l’âge de 11 ans.

La mémoire d’Annie St-Arneault
toujours vivante à La Tuque

GABRIEL DELISLE, Le Nouvelliste, 7 décembre 2011

Annie St-Arneault était bien vivante hier soir à La Tuque, 22 ans après son assassinat avec ses treize compagnes à l’École Polytechnique de Montréal. Un vibrant et touchant hommage lui a été rendu par les membres de sa famille au Complexe culturel Félix-Leclerc de La Tuque, dans cette ville qui l’a vu naître.

Justine Perron, la tante d’Annie St-Arneault, a lu un texte que sa sœur, Laurette Perron-St-Arneault, a écrit en souvenir de sa fille assassinée il y a 22 ans à quelques jours seulement de la fin de ses études. Annie s’apprêtait à amorcer sa carrière d’ingénieur. Mais ses rêves, ses aspirations et sa vie ont été anéantis par un tueur nourri par la haine des femmes.

«Le 6 décembre me laisse le souvenir d’un drame qui a bouleversé nos vies. L’épreuve est si grande que lui donner un sens exige une grande foi. Le danger est de refuser cette épreuve dans un repli de colère ou de révolte», a écrit Laurette Perron-St-Arneault, la mère d’Annie St-Arneault, qui n’a pu, pour des raisons de santé, faire le trajet qui sépare Trois-Rivières de La Tuque. Digne et émue, sa sœur Justine a lu pour elle le texte qu’elle a écrit en l’honneur de sa fille.

«La tragédie de la Polytechnique a suscité chez moi des réactions de peur et de vide. L’absence de ma fille a été très difficile à surmonter et demeure encore une profonde blessure nourrie par des périodes de solitude, de silences et de réflexions», ajoute une mère toujours dans le deuil d’une fille qui a connu une vie trop courte.

«Malgré mes doutes, j’ai toujours eu la certitude d’une présence qui m’accompagnait et qui me permettait de voir les beautés de la vie et la bonté des personnes. Je me suis laissée aimer pour mieux apprivoiser ma peine et mon deuil.»

La mémoire d’Annie St-Arneault est toujours bien présente pour ses parents. «Je l’imagine parfois venir me visiter avec un mari aimant, avec trois ou quatre merveilleux enfants qui nous embrassent tendrement», avoue sa mère.

«Gardons espoir que le sacrifice d’Annie et de ses treize compagnes permettra de changer les cœurs. Ces femmes ont su relever les défis de leur époque avec courage, suivons leur exemple et souvenons-nous toujours d’elles.»

Le frère d’Annie, Serge St-Arneault, est retourné cet automne remplir sa mission de prête au Malawi. Il a toutefois envoyé un témoignage audio dans lequel il rappelait que la tragédie qui a emporté sa soeur est toujours d’actualité.

«Il faut commémorer ce qui est arrivé en 1986. Le drame est toujours d’actualité et soulève encore les passions comme c’est le cas avec le projet de loi du gouvernement conservateur d’abolir le registre des armes à feu», souligne le prêtre qui célébrait ironiquement hier, le 6 décembre, le 25e anniversaire de son ordination diaconale.

Serge St-Arneault a publié en septembre dernier un recueil de poèmes de sa soeur Annie. Des textes qu’elle a écrits à l’adolescence et lors de ses études à Montréal. Une jeune Latuquoise de 11 ans, Annabelle Harvey, a lu hier Les fleurs un poème qu’Annie a écrit à l’âge de 11 ans.

«Annie, tes rêves ne se réaliseront pas ici bas et tes poèmes resteront inachevés, mais mon amour pour toi durera toujours», a précisé la mère de l’étudiante assassinée le 6 décembre 1989.

Une soixantaine de personnes ont assisté à la cérémonie d’hier soir où quatorze chandelles ont été allumées à la mémoire des jeunes femmes victimes du drame de la Polytechnique.

Elles ont été portées et déposées sur les tables par des femmes participant à la soirée littéraire. Soirée qui a eu lieu le 6 décembre comme l’avait suggéré en septembre Serge St-Arneault qui souhaitait que cela devienne un rendez-vous littéraire annuel.

Quelques adolescents de l’école secondaire Champagnat ont aussi participé à la soirée d’hier. Les étudiants ont lu des textes sur l’amour, la peine, la culture autochtone et l’intimidation.

Justine Lavoie était parmi ceux-ci. Victime d’intimidation à l’école, l’adolescente de 13 ans a choisi les mots comme armes de dénonciation avec son texte Ça fait mal.«

Comme un joueur qui encaisse, l’intimidation fait de même. Comme un boxeur qui encaisse et encaisse sans arrêt, mais un jour, il est mis K.O. La seule chose sur laquelle il doit compter, c’est le courage et la dignité. Il doit se battre jusqu’à risquer sa propre vie. Son âme est déchaînée. Il ne peut plus se concentrer. Il faut qu’il agisse au plus vite! Faites attention à ce que vous dites. Ça pourrait être blessant pour autrui! L’intimidation, ça fait mal», a témoigné devant l’assemblée Justine Lavoie.

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