Le printemps chrétien

Je suis arrivé à Lusaka il y a déjà un mois. Je commence à m’habituer à la conduite automobile dans cette grande et moderne ville. Comme nouveau secrétaire provincial, je contribue modestement à développer un sens d’appartenance et d’unité entre les confrères vivants dans quatre pays : l’Afrique du Sud, le Mozambique, le Malawi et la Zambie. Je vous en reparlerai en plus de détail un autre jour.

Aujourd’hui, je vous partage un texte que j’ai composé il y a quelques mois à la demande de Jasmine Johnson pour le journal de l’Église de Trois-Rivières. Ça sent déjà le printemps! 

Le printemps chrétien

L’année 2011 a été marquée par le printemps arabe qui a bouleversé l’échiquier politique et social de nombreux pays musulmans situés en Afrique du Nord et au Proche-Orient. La surprise a été totale. Les dictatures corrompues sont tombées pour laisser émerger à la fois une grande espérance, mais aussi beaucoup de violence meurtrière. C’est le prix à payer. Il s’agit d’un sacrifice douloureux que le peuple a accepté de relever, sans vraiment en connaitre les conséquences réelles. Trop longtemps mâté par l’oppression, le cri de la révolte s’est projeté dans toutes les directions laissant émerger l’héroïsme d’un peuple aux mains nues, affrontant un pouvoir répressif sanguinaire. Là se cache la puissance du désir de liberté. Cette aspiration profonde est un don de Dieu accordé à ses enfants que nous sommes. Jésus lui-même nous propose sans cesse de rechercher la véritable libération; celle de l’oppression causée par le manque d’amour et de justice, par le péché et le mal, par la souffrance et la peur.
Le printemps arabe est avant tout une revendication citoyenne. À cet égard, nos frères et sœurs chrétiens de ces pays se rallient à la cause sociale du mouvement arabe. Au cœur de ce conflit, ces chrétiens deviennent des témoins du sacrifice radical de Jésus-Christ qui offre sa vie par amour pour tous les humains. Pour eux comme pour nous, le défi est d’espérer et de croire en dépit de toute réalité contraire.
Le printemps arabe ne se confine pas au monde arabe. Ce printemps nous appartient à nous aussi dans la mesure où il représente le combat que nous devons rejoindre nous-mêmes pour affronter les injustices sociales. À cet égard, à la suite de la crise du système financier international affectant des millions de citoyens, le mouvement de contestation amorcé à New York et dans d’autres villes américaines ou ailleurs, ainsi que tout l’effort déployé depuis de nombreuses années dans les associations de revendications sociales, auquel s’associe étroitement l’organisation catholique Justice & Paix, tout cela nous permet d’espérer et de croire en dépit de toute réalité contraire.
Celui qui nous donne l’exemple est celui-là même qui a su espérer et croire au-delà de la souffrance et de la mort. Jésus est le prototype de tous les printemps de contestation au nom de la véritable liberté qui est avant tout d’ordre spirituel. La crucifixion fut le prix que Jésus a dû payer pour que le printemps de l’humanité se mette en marche vers la Vie éternelle. Jésus n’a pas oublié les réalités terrestres. Il a guéri les malades. Il a dénoncé les marchands du temple de Jérusalem ainsi que la corruption des pharisiens. Mais ultimement, Jésus pointe sans cesse vers le chemin de son Royaume qui n’est pas de ce monde. Malgré deux mille ans d’existence, le printemps chrétien ne fait que commencer et se poursuit en dépit de toute réalité contraire.