Contrôle des armes à feu et trafic illégal

Vous avez des questions sur nos éditoriaux ? Des interrogations sur les sujets chauds de l’actualité ? Chaque semaine, l’équipe éditoriale répond aux lecteurs de La Presse.

PHILIPPE MERCURE, LA PRESSE, 12 septembre 2021

Q : À la suite de la lecture de votre éditorial (sur les armes à feu et la campagne électorale), je me pose la question suivante : pensez-vous vraiment que légiférer sur les armes à feu va empêcher quelqu’un de s’en procurer une sur le marché noir ?

Luc B.

R : Luc,

Vous n’êtes pas seul à vous poser cette question. Plusieurs lecteurs nous ont écrit pour plaider que le véritable problème est la contrebande d’armes à feu venant des États-Unis, et que les propriétaires d’armes légales n’ont rien à voir avec les fusillades qui secouent actuellement Montréal et d’autres villes.

À cela, nous répondons qu’il est possible de combattre le trafic d’armes ET de resserrer le contrôle des armes au Canada. En fait, la sécurité des citoyens passe par cette double stratégie.

Il est indiscutable que la contrebande d’armes est un fléau au pays et qu’il faut agir pour la contrer. D’un autre côté, des tueries comme celles de Polytechnique, de Concordia, du collège Dawson et de la Mosquée de Québec ont été perpétrées avec des armes légales. C’est aussi le cas d’une grande proportion d’homicides et de suicides.

Autre problème : les armes légales sont souvent volées et finissent sur le marché noir. En 2017, Statistique Canada a répertorié 3603 évènements pendant lesquels au moins une arme avait été volée.

Ces vols sont d’ailleurs en augmentation au pays. En 2018, la tuerie de l’avenue Danforth à Toronto, qui a fortement secoué la ville et fait 3 morts et 13 blessés, a été perpétrée avec une arme légale volée.

Étienne Blais, professeur à l’École de criminologie de l’Université de Montréal, souligne que si les membres du crime organisé peuvent s’approvisionner sur le marché noir, d’autres, qui ont moins de contacts, peuvent trouver plus facile de profiter des vérifications laxistes du côté légal pour acheter des armes.

« Si on resserre le contrôle des armes de poing, c’est clair qu’on coupe l’une des sources d’approvisionnement des délinquants. Ça vient aussi augmenter le prix des armes sur le marché noir et ça augmente les efforts que les délinquants doivent déployer pour les acquérir », dit-il.

D’où la pression sur les chefs des partis fédéraux pour accoucher d’une stratégie claire sur le contrôle des armes à feu.

Et les armes à feu, chers politiciens fédéraux ?

PHILIPPE MERCURE, LA PRESSE, 1er septembre 2021

Mardi, la porte d’un appartement criblée de balles a été découverte dans le quartier Villeray, à Montréal.

Le weekend dernier, c’est à Lachine et dans Saint-Michel que les coups de feu avaient retenti.

La semaine précédente, des policiers avaient été pris pour cible dans Notre-Dame-de-Grâce. Un garçon avait été blessé par une balle perdue à Contrecœur. Une famille de Saint-Léonard avait vu sa maison criblée de balles lors de la deuxième fusillade dans le secteur en une semaine.

Des évènements qui s’ajoutent à ceux survenus dans le Vieux-Montréal, dans la Petite-Bourgogne, à Rivière-des-Prairies.

Montréal et ses environs demeurent sécuritaires si on les compare aux autres grandes villes nord-américaines. Mais ces fusillades déclenchées avec de moins en moins de scrupules suscitent la crainte des citoyens – avec raison.

On sait trop bien qu’au sein des milieux criminels, la peur des armes incite à s’armer. On ne peut écarter l’hypothèse qu’un cercle vicieux soit enclenché.

Au niveau municipal, Valérie Plante et Denis Coderre ont déjà commencé à se crêper le chignon sur la question, s’accusant l’un l’autre d’avoir fait des coupes dans les ressources policières.

Il reste toutefois du temps aux Montréalais pour analyser les propositions des candidats à la mairie. Entre-temps, ceux-ci doivent se choisir un premier ministre fédéral. Or, il se trouve qu’un grand nombre d’enjeux cruciaux touchant les armes à feu se décident justement à la Chambre des communes.

C’est le cas du type d’armes qu’on veut interdire. Des balises encadrant la possession, l’utilisation et le transport des armes. Du contrôle de la frontière américaine, d’où les armes entrent à flots. Le fait que Toronto soit encore plus touché que Montréal par les fusillades montre toute la nécessité de mesures nationales.

Malheureusement, ce sont surtout des bruits de criquets qui nous parviennent de la campagne fédérale. C’est ironique. Alors qu’on assiste à une multiplication des incursions dans les compétences provinciales, voici un dossier résolument fédéral qu’on refuse d’aborder de front.

***

Après six ans de règne, le bilan libéral sur la question des armes est loin d’être convaincant. Oui, les libéraux ont interdit environ 1500 types d’armes d’assaut en 2020. Cela a permis de fermer le robinet sur l’arrivée de nouvelles armes par les voies légales. Il restait à s’occuper de celles qui sont déjà là.

Ici, la déception est grande. Le programme de rachat proposé par les libéraux était volontaire plutôt qu’obligatoire. Et il n’a jamais été adopté, mourant au feuilleton.

M. Trudeau a par ailleurs refusé de légiférer sur les armes de poing, tentant de pelleter le dossier dans la cour des villes (qui n’en veulent pas). Une approche qui aurait conduit à une mosaïque de mesures aussi absurde qu’inefficace.

Le Parti conservateur ? Sur cette question, il joue le rôle du loup dans la bergerie. Erin O’Toole a été élu à la tête du parti avec le soutien du lobby proarmes. Son directeur de campagne, Fred DeLorey, est d’ailleurs un ex-lobbyiste de l’Association canadienne des armes à feu. Le plan est clair : défaire les quelques mailles du filet (percé) tricoté par les libéraux.

Le NPD et le Bloc québécois ont des offres plus censées et rassurantes. Cela inclut une définition plus large des armes prohibées, un programme de rachat obligatoire et un meilleur contrôle des frontières pour lutter contre la contrebande.

Malheureusement, le NPD souhaite confier aux provinces le pouvoir de légiférer sur les armes de poing –une position bien commode qui lui évite de se mouiller. Le Bloc, constatant le blocage des autres partis à Ottawa, y voit aussi une solution.

Redisons-le : il s’agirait d’une abdication des responsabilités fédérales, et seule une réglementation uniforme dans l’ensemble du pays peut atteindre ses buts.

Politiciens fédéraux, il vous reste 20 jours pour proposer mieux aux Canadiens. Qui osera dégainer ?

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