Le gouvernement Trudeau veut agir rapidement pour interdire 9 types spécifiques d’armes, dont plusieurs sont liées à des drames survenus au pays, et deux importantes catégories, qui permettront de prohiber 1500 variantes d’armes à feu, a appris Radio-Canada.
Ottawa pourrait implanter dès cette semaine un premier volet de la réforme promise lors de la dernière campagne électorale visant à interdire les armes d’assaut de type militaire.
Radio-Canada a pu obtenir la liste d’armes dont le ministre de la Sécurité publique veut interdire l’importation, la vente et le transfert au Canada.
Trois critères ont guidé le gouvernement dans l’élaboration de cette liste. D’abord, il cible les armes disposant d’un « mécanisme semi-automatique ayant un potentiel de tir rapide soutenu (une conception tactique ou militaire pouvant accueillir un chargeur de grande capacité) ». Ensuite, il cible les armes de conception moderne. Enfin, le gouvernement vise les armes présentes en grand volume sur le marché, c’est-à-dire plus de 1000.
Dans le détail, la « liste provisoire des armes à feu dont l’interdiction est recommandée » comprend spécifiquement neuf armes :
Carabine M16, M4, AR-10 et AR-15 (drames de Sandy Hook, Las Vegas et Orlando, aux États-Unis, et celui de Christchurch, en Nouvelle-Zélande / nombre estimé en circulation : 83 572)
Carabine Ruger mini-14 (drame de Polytechnique / nombre estimé en circulation : 16 859)
Swiss Arms, modèle Classic Green (nombre estimé en circulation : 1342)
Carabine M14 (drame de Moncton / nombre estimé en circulation : 5229)
Carabine Vz58 (drame de la Mosquée de Québec / nombre estimé en circulation : 11 593)
Carabine pistolet Cz Scorpion EVO 3 (nombre estimé en circulation : 1813)
Carabine Beretta CX4 Storm (Collège Dawson / nombre estimé en circulation : 1513)
Carabine et pistolet SIG Sauer SIG MCX et SIG MPX (nombre estimé en circulation : 1000)
Armement Robinson XCR (nombre estimé en circulation : 1834)
Et cette liste inclut également deux catégories : calibre de plus de 20 mm et énergie initiale de plus de 10 000 joules.
Sécurité publique Canada a fondé son estimation sur les registres d’armes à feu de 2012, laquelle a été majorée de 25 % pour tenir compte de la croissance du nombre d’armes depuis ce temps.
En combinant ces 9 types d’armes et ces 2 catégories, le gouvernement se trouverait à interdire 1500 variantes d’armes à feu au pays.
Selon nos informations, le gouvernement pourrait agir dès cette semaine pour mettre en place cette interdiction. Des changements réglementaires pourraient être publiés dans la Gazette officielle du Canada aussi tôt que vendredi.
C’est au premier ministre Justin Trudeau de prendre la décision dans ce dossier.
Un programme de rachat
Au cours des prochaines semaines, le gouvernement annoncera les détails d’un programme de rachat promis lors de la dernière campagne électorale qui permettrait aux propriétaires de ces armes de les remettre aux autorités et d’obtenir une indemnité.
Cette portion de la réforme devra probablement recevoir l’aval des parlementaires. Le gouvernement Trudeau espère pouvoir commencer à collecter les armes et effectuer des paiements à compter du printemps 2021.
Le gouvernement souhaite aussi mettre en place un régime de « droits acquis non permissifs » pour les propriétaires qui ne souhaitent pas obtenir une compensation.
Une annonce attendue avec impatience
Le groupe Poly se souvient attend depuis longtemps ces changements et surtout l’interdiction du Ruger mini-14 utilisé lors du massacre de Polytechnique, le 6 décembre 1989.
Pour beaucoup de familles des victimes de Polytechnique et des survivants, ce serait une très très bonne chose après 30 ans de voir cette arme à feu interdite, déclarait la porte-parole Heidi Rathjen, à Radio-Canada mercredi, avant de savoir que cette arme figurait dans la liste.
Elle ajoutait que l’interdiction de modèles existants par règlement devrait être suivie par une réforme plus générale du système de classification, qui permet toujours l’introduction de nouveaux modèles d’assaut.
Le gouvernement Trudeau s’apprête à implanter par la voie réglementaire une partie de la réforme promise sur les armes à feu, a appris Radio-Canada. Ottawa pourrait agir aussi tôt que cette semaine pour interdire certaines armes.
Alors qu’une autre tragédie liée aux armes à feu vient de secouer le pays, les libéraux semblent déterminés à concrétiser rapidement cet élément crucial de leur plateforme électorale. Des changements réglementaires pourraient être publiés dans la Gazette officielle du Canada aussi tôt que vendredi. Le ministre de la Sécurité publique a soumis une recommandation au premier ministre du Canada, qui doit y donner l’approbation finale. Selon nos informations, cette proposition vise notamment à interdire 11 types d’armes. Justin Trudeau pourrait donner son aval aujourd’hui, alors que les discussions finales sont toujours en cours.
Lors de la dernière campagne électorale, les libéraux ont promis d’interdire les armes d’assaut de type militaire, y compris le fusil AR-15.
Impossible de connaître pour l’instant la date de mise en application de ces éventuels changements ni s’il est prévu qu’ils soient accompagnés d’un programme de rachat à court terme. Le Bureau du premier ministre n’a pas voulu commenter le dossier.
Promesses électorales des libéraux
Interdire les armes d’assaut de style militaire, y compris l’AR-15;
Mettre sur pied un programme de rachat pour toutes les armes d’assaut de style militaire achetées légalement au Canada;
Collaborer avec les provinces et les territoires pour donner aux municipalités la capacité de restreindre davantage les armes à feu ou de les interdire.
Source : plateforme libérale 2019
PolySeSouvient aux aguets
Le groupe de pression Poly se souvient attend avec impatience la réforme proposée. Sa porte-parole Heidi Rathjen écrit : Nous espérons voir une approche similaire à celle de la Nouvelle-Zélande, ce qui inclurait le Ruger Mini-14, soit l’arme qui a été utilisée lors de la tuerie à l’École polytechnique. Pour l’instant, Radio-Canada n’a pas pu confirmer quelles sont les armes visées par l’interdiction. Le groupe prévient aussi que cette interdiction devra s’accompagner de changements plus en profondeur.
L’interdiction de modèles existants par règlement devrait être suivie par une réforme plus générale du système de classification, qui permet toujours l’introduction de nouveaux modèles d’assaut, affirme Mme Rathjen.
Une culture
des armes à feu existe bel et bien au Canada qui se classe au cinquième rang
mondial pour le nombre d’armes à feu en circulation. L’organisme ‘Small arms Survey’ estime
que ce nombre à 13 millions d’armes à feu soit 35 armes par 100 habitants.
Une précision
s’impose. Il y a trois catégories d’armes à feu : les carabines et fusils
de chasse classés sous l’appellation ‘sans restriction’, les armes de poing ou
pistolets et les armes d’assaut ‘à autorisation restreinte’ et les armes
automatiques et certaines armes d’assaut ‘prohibées’.
Les
statistiques montrent que 60% des homicides sont commis par les armes de poing et
que leur nombre a augmenté de 100% entre 2013 et 2017, en plus de celles qui
sont illégales. Le trafic de ces armes provient de deux principales
sources : des États-Unis et celles volées de propriétaires légaux
canadiens.
Le contrôle
des armes à feu est de fait un enjeu incontournable dans la campagne électorale
qui a cours en ce moment. En parler ne relève pas de la propagande politique.
En effet, il s’agit avant tout d’un enjeu de santé et de sécurité publique. Les
médecins dénoncent de plus en plus les conséquences dévastatrices des
blessures causées par les projectiles d’armes à feu, toutes catégories
confondues.
Les armes semi-automatiques de style militaires sont particulièrement dangereuses. En fait, leurs mécanismes peuvent parfois être modifiés de manière à les transformer en fusil automatique ou capable de tirer 20, 30 et même 50 balles en rafale.
À bien y
penser, les
chasseurs et fermiers ont intérêt eux aussi à demander la mise au rancart
des armes d’assaut si destructrices. Leurs armes d’utilité sportive, bien
entreposées et manipulées de manière responsable, ne représentent pas un risque
déraisonnable pour la sécurité publique et peuvent donc rester entre les mains
de citoyens responsables. La plupart des propriétaires d’armes sont des
chasseurs et, selon les sondages, n’endossent pas l’accès légal aux armes
d’assaut de type militaire.
Quelle est
donc la position des parties politiques à ce sujet dans le débat électoral qui
a cours présentement?
Basé sur leur
bilan et leurs promesses électorales, le Parti conservateur continuerait de
démanteler la loi sur le contrôle des armes conformément aux vœux du lobby des
armes à feu.
Le Parti
populaire augmenterait l’accès aux armes d’assaut et leurs accessoires et
légiférerait pour protéger les intérêts des propriétaires d’armes.
Le Nouveau
Parti démocratique et le Bloc québécois sont généralement en faveur d’un contrôle
plus strict des armes à feu et appuieraient l’instauration d’une interdiction
des armes d’assaut ainsi que des chargeurs modifiables.
Or, la
proposition du Parti libéral d’interdire les armes d’assaut sans clauses
« grand-père » et attaché à un budget substantiel pour racheter les
modèles existants représente l’engagement le plus complet et le plus solide
quant à cette mesure, attendue depuis 30 ans par les familles des victimes de
la tuerie à Polytechnique.
À chacun
maintenant de faire son choix électoral en tenant compte de la position des Partis
politiques concernant la question critique de l’accessibilité des armes
d’assaut de type militaire encore légalement vendues au
Canada.
Si le Parti conservateur
gagne lors du scrutin de lundi prochain, le lobby des armes aura gagné, estime
Heidi Rathjen, coordonnatrice de PolySeSouvient et diplômée de l’École
polytechnique de Montréal en 1980.
Presque 30 ans après la
tuerie de Polytechnique, en 1989, des familles des victimes et des survivants
de tueries ont rencontré la presse, mardi dans l’institution universitaire,
pour expliquer la lecture qu’ils font des engagements des partis politiques
quant au contrôle des armes à feu.
« Ce que nous disons
aux Canadiens, c’est qu’un vote pour les conservateurs, c’est un vote pour le
lobby des armes. Si les conservateurs rentrent, le lobby des armes va avoir
gagné au niveau du contrôle des armes », a lancé Mme Rathjen.
À ses côtés se trouvaient
d’autres victimes, parmi lesquelles Nathalie Provost, qui
avait été blessée lors de la tuerie de Polytechnique, Suzanne Laplante-Edward,
qui a aujourd’hui 80 ans et qui se bat encore, au nom de sa fille Anne-Marie,
morte lors de la même tuerie, et Boufeldja Benabdallah,
président de la Grande Mosquée de Québec. Une troisième génération se trouvait
à leurs côtés, des jeunes en faveur d’un meilleur contrôle des armes à feu.
« Un gouvernement conservateur
va sonner le glas du contrôle des armes ; ça va être fini », s’est
exclamée Mme Laplante-Edward, la gorge nouée en rappelant la
mémoire de sa fille.
« Nous connaissons les
conséquences d’un faible contrôle. Et tout ce que nous souhaitons, c’est empêcher
que d’autres vivent la même terreur que Polytechnique a connue, que Dawson (le Collège) a connue, que
la Grande Mosquée de Québec a connue », a lancé à son tour
M. Benabdallah.
Après 30 années de combat, Mme Rathjen estime que « c’est vraiment un moment
critique pour le contrôle des armes à feu. Trente ans plus tard, avec les
cycles électoraux, on recule, on n’avance pas — même avec le peu de progrès
qu’on a fait la dernière fois ».
Par son expression
« dernière fois », elle fait référence au mandat du gouvernement
Trudeau, pendant lequel il a fait adopter la loi C-71, qui a notamment permis
de renforcer la vérification des antécédents et d’exiger des vendeurs qu’ils
vérifient la validité du permis d’armes à feu avant de vendre une arme sans
restriction.
Elle juge donc le dernier
mandat de M. Trudeau « positif mais décevant » en la matière. Il
a franchi quelques pas, mais pas suffisamment, a-t-elle résumé.
Aux yeux du groupe, c’est le
Parti libéral du Canada qui a maintenant les engagements les plus précis en la
matière, comme une interdiction totale des armes d’assaut, sans clause
grand-père, avec un engagement de racheter les modèles existants qui ont été
acquis légalement.
Bien qu’il n’ait pas mis ces
engagements précis en vigueur durant ses quatre années de pouvoir, Mme Rathjen estime que son engagement d’aujourd’hui
est sincère.
Mme Rathjen
relève que le Bloc québécois, le Nouveau Parti démocratique et le Parti vert
appuient aussi un meilleur contrôle des armes en général et interdiraient les
armes d’assaut.
« Les autres partis, le
Parti libéral, le Nouveau Parti démocratique, le Bloc québécois et le Parti
vert sont tous en appui au contrôle des armes, mais la plateforme libérale est
la plus forte », a résumé Mme Rathjen.
Quant au Parti populaire de
Maxime Bernier, elle estime qu’il augmenterait l’accès aux armes d’assaut et
légiférerait pour protéger les intérêts des propriétaires d’armes.
Mercredi,
un regroupement de médecins de partout au Canada favorable
à un contrôle plus strict des armes à feu organise une journée
d’action. Au Québec, un rassemblement se tiendra à l’Hôpital général
de Montréal. Entrevue avec le Dr Andrew Beckett, chirurgien
traumatologue qui a décidé de monter au front.
Par CAROLINE TOUZIN, LA PRESSE
L’été
dernier, en opérant une jeune femme atteinte au cou par un projectile d’arme à
feu à Montréal, le Dr Andrew Beckett a eu une prise
de conscience.
« Elle
a eu la vie sauve, mais elle restera paralysée jusqu’à la fin de ses jours.
Elle avait seulement 17 ans. Tout ça parce que dans son entourage, il y
avait de mauvaises personnes avec un accès à des armes à feu », déplore
le chirurgien spécialisé en traumatologie en entrevue à La Presse.
Les
ravages causés par les armes à feu ne sont pas toujours médiatisés, souligne le
médecin. Or, le Centre de traumatologie de l’Hôpital général de Montréal, où le
chirurgien pratique, reçoit en moyenne un patient par semaine blessé
par balle.
« Il
faut voir les blessures et les morts par arme à feu comme une
crise de santé publique. Cette crise est de plus en plus grave au Canada, mais
totalement évitable. »
— Le
Dr Andrew Beckett, chirurgien traumatologue à l’Hôpital général
de Montréal
Ainsi des
médecins d’un peu partout au Canada – appuyés par d’autres professionnels
de la santé – viennent de former une coalition baptisée Médecins canadiens
pour un meilleur contrôle des armes à feu (Canadian Doctors for Protection from
Guns en anglais), qui se bat pour l’adoption de lois plus strictes sur le
contrôle des armes à feu, notamment l’interdiction des armes de poing et de
toutes les armes d’assaut.
Le
groupe auquel s’est joint le Dr Beckett organise une journée
nationale d’action le 3 avril pour demander un contrôle plus strict
des armes à feu. Un rassemblement est prévu sur l’heure du dîner ce jour-là sur
les terrains de l’Hôpital général de Montréal.
Au
moment de notre entrevue réalisée la semaine dernière, le chirurgien de
49 ans – qui n’avait jamais milité avant aujourd’hui – a apporté
sa pancarte, qu’il compte bien brandir mercredi.
UN ENCADREMENT PLUS STRICT RÉCLAMÉ
« Oui
pour C-71. On peut faire mieux », pouvait-on y lire, un slogan qui fait
référence au projet de loi visant à encadrer plus strictement la
commercialisation et la possession d’armes à feu au Canada, actuellement à
l’étude au Sénat. Ce projet de loi fédéral propose, entre autres, des mesures
comme une vérification plus fouillée des antécédents d’une personne qui demande
un permis d’arme à feu, ou encore l’obligation pour les commerçants de garder
la trace de toutes les ventes d’armes.
Aussi
chirurgien dans les Forces armées canadiennes, le Dr Beckett a été
déployé en Afghanistan et en Irak. « J’ai vu les ravages des armes
d’assaut et des armes de poing en temps de guerre », dit-il.
« Je
ne vois aucune raison pour laquelle une personne, ici, dans un pays en
paix, devrait posséder une arme de poing ou une arme d’assaut. Ça ne fait
qu’infliger des souffrances. »
— Le
Dr Andrew Beckett, chirurgien traumatologue à l’Hôpital général
de Montréal
Annoncer
à une famille que son enfant a été tué par balle est la pire chose qu’il ait dû
faire dans sa carrière, dit-il. Et il l’a fait beaucoup « trop
de fois ».
« J’ai moi-même un jeune garçon. Je ne voudrais jamais
qu’il soit blessé par balle en raison d’un accident ou d’un acte de
violence », poursuit-il, d’où sa motivation à militer pour un contrôle
plus strict des armes à feu au Canada.
Le chirurgien énumère des données qui, à
ses yeux, prouvent qu’il y a une crise de santé publique : selon
Statistique Canada, le nombre de crimes violents commis avec une arme à feu a
augmenté de 42 % depuis 2013 ; le Canada a le cinquième taux de
mortalité par arme à feu parmi les pays de l’OCDE ; selon
l’Observatoire canadien du fémicide pour la justice et la responsabilisation,
34 % des femmes et des filles tuées en 2018 ont été victimes d’armes
à feu ; un récent énoncé publié par la Société canadienne de pédiatrie
indique que l’accessibilité des armes à feu augmente le risque de suicide.
« UNE PERSPECTIVE DE SANTÉ PUBLIQUE »
Le médecin n’y voit pas un combat
politique : « C’est une prise de position dans une perspective de
santé publique comme celles qui ont mené au port obligatoire de la ceinture de
sécurité en voiture ou à celui du casque à vélo. Ce sont des mesures qui
sauvent des vies. »
N’empêche, l’implication de médecins
dans le débat ne plaît pas à tout le monde. La coprésidente du regroupement,
la Dre Najma Ahmed,
fait l’objet de pressions d’une association de propriétaires d’armes
à feu.
La
chirurgienne torontoise, qui a soigné les victimes de la fusillade de l’avenue
Danforth l’été dernier, a publié plusieurs messages sur les réseaux sociaux
depuis en faveur de l’adoption rapide du projet de loi C-71. Elle se
prononce aussi contre la possession d’armes de poing et d’armes d’assaut.
Or,
un groupe de propriétaires d’armes à feu reproche à la Dre Ahmed
d’user de sa crédibilité de médecin pour alimenter un débat strictement politique.
Des
membres de la Coalition canadienne pour le droit aux armes à feu ont récemment
déposé près de 70 plaintes contre la chirurgienne auprès de son ordre
professionnel – plaintes que l’ordre a refusé de trancher, jugeant qu’on
avait ici affaire à un désaccord politique, non à des reproches liés aux soins
cliniques ou au comportement professionnel du médecin.
Ce genre
de pressions n’intimide pas le Dr Beckett. « Comme médecins, nous
sommes en première ligne pour constater les ravages causés par les armes à feu,
dit-il. On soigne les blessures par balle, et la prévention
des blessures fait aussi partie de notre travail. »
MOUVEMENT #THISISOURLANE AUX ÉTATS-UNIS
Cette mobilisation de médecins canadiens
pour un meilleur contrôle des armes à feu fait écho au mouvement #thisisourlane
ou #thisismylane lancé l’an dernier aux États-Unis. Des centaines de médecins
américains se sont mis à publier des photos saisissantes sur les réseaux
sociaux de salles d’opération ensanglantées, de matériel chirurgical rougi ou
encore de vêtements tachés par le sang de leur patient blessé par balle, après
avoir été piqués au vif par la National Rifle Association (NRA).
La NRA avait publié un tweet
discréditant une récente série de recommandations de l’American College of
Physicians qui fait du contrôle des armes à feu aux États-Unis un enjeu de
santé publique.
« Quelqu’un devrait
dire à ces “importants” médecins anti-armes de rester dans leur domaine [to stay
in their lane]. »
— La NRA, lobby américain
pro-armes, sur Twitter, en novembre dernier
« Avez-vous une idée du nombre de
balles que je retire de cadavres chaque semaine ? Ce n’est pas
seulement ma voie [lane], c’est ma putain
d’autoroute ! », a répondu sur le même réseau social la Dre Judy Melinek,
pathologiste en Californie, alors qu’une nouvelle fusillade venait de survenir
dans un bar de cet État, faisant 12 morts. Ce gazouillis a lancé le
mouvement qui tente d’infléchir le débat sur le contrôle des armes à feu chez
nos voisins du Sud.
La
« crise de santé publique » est toutefois plus importante aux
États-Unis qu’au Canada, nuance le Dr Beckett, qui ne voit pas la
nécessité de répondre aux critiques de propriétaires d’armes à feu d’ici avec
des moyens aussi saisissants.
« Je
souhaite ne plus jamais avoir à retirer des balles du corps d’un enfant,
conclut le chirurgien. Je ne vois pas comment des gens pourraient être d’avis
contraire. »
MÉDECINS CANADIENS POUR UN MEILLEUR CONTRÔLE DES ARMES À FEU
L’ADOPTION RAPIDE D’UNE LOI DEMANDÉE
Le
groupe de médecins demande l’adoption d’une législation et d’autres outils
visant à réduire la prévalence des armes à feu, à savoir des restrictions
en matière de possession d’armes à feu, un programme d’amnistie permettant
la récupération des armes à feu actuellement en circulation et une approche
stratégique visant à réduire leur vente illégale et leur importation
en provenance d’autres compétences territoriales.
FINANCEMENT
DE LA RECHERCHE
Le groupe demande aussi le financement
et une infrastructure pour soutenir la recherche sur l’épidémiologie des
blessures et morts par arme à feu, notamment sur le rôle de déterminants
sociaux comme la pauvreté, la maladie mentale, la discrimination raciale et
l’isolement social, ainsi que sur l’efficacité des stratégies visant à réduire
les blessures et les décès liés aux armes à feu.
APPUI DE
PLUSIEURS ORGANISMES MÉDICAUX
Ce groupe de médecins a récolté l’appui
d’organismes médicaux nationaux et provinciaux tels que le Collège des médecins
de famille du Canada, l’Association canadienne des chirurgiens généraux,
l’Association canadienne des médecins d’urgence, l’Ontario Medical Association,
l’Association canadienne de traumatologie, la Société canadienne de soins
intensifs, la Société canadienne des anesthésiologistes, la Société canadienne
de neurochirurgie ainsi que les Jeunes médecins pour la santé publique.
Dans cette émission d’une demi-heure, je tente
un parallèle entre la tragédie de la Polytechnique du 6 décembre 1989 et celle
de Jésus assassiné sur une croix. Je fais référence aux symboles qui nous relient
aux événements tragiques et l’importance de les commémorer.
Brièvement, j’aborde aussi le sens de mon
engagement politique en faveur de l’abolition de la vente légale d’armes de
guerre au Canada. Je considère que cet engagement est également d’ordre
spirituel. Vous découvrirez comment.
Finalement, je présente quelques éléments de la
célébration de béatification de 19 martyrs chrétiens qui s’est tenue à Oran en
Algérie le 8 décembre 2018. Le tout se termine avec une prière de bénédiction
pour l’Algérie et son peuple.
Je vous invite donc à écouter cette entrevue en
cliquant sur le lien suivant :
Entrevue radiophonique avec le père Serge St-Arneault, M.Afr
Des associations de victimes de tueries craignent que les élections fédérales à venir ne reportent la réalisation des engagements du gouvernement Trudeau à interdire les armes d’assaut et de poing. Elles ont souligné leur impatience à leur sortie d’une rencontre avec des représentants du ministère de la Sécurité frontalière et de la Réduction du crime organisé, ce matin à Montréal.
En août 2018, Trudeau dépêchait le ministre Blair d’étudier la question. « Vous devrez vous pencher sur la possibilité d’interdire complètement les armes de poing et les armes d’assaut au Canada, sans entraver l’utilisation légitime d’armes à feu par les Canadiens », précisait la lettre de mandat envoyé au ministre Bill Blair.
En mars dernier, le projet de loi C71 présenté n’incluait pas de clause interdisant complètement les armes d’assaut et de poing, le statut de certaines d’entre elles est maintenu comme armes à « autorisation restreinte ». Une consultation a été lancée après les fusillades de Fredericton et de Toronto cet été. Cette rencontre était la troisième d’une série de 8 rencontres menées par le gouvernement.
« Il y a un dialogue, mais ce n’est pas fini! Nous ne sommes pas dans un pays de guerre, les armes de poing doivent être prohibées! », a souligné M. Boufeldja Benabdallah, cofondateur de la mosquée de Québec. Il a martelé l’importance d’éduquer les plus jeunes au danger des armes à feu. Il s’est également indigné de la répétition des tueries et de l’« inaction des gouvernements » depuis la tuerie de Polytechnique en 1989.
Un lobby puissant
« Je pense que les Canadiens ne réalisent pas à quel point le lobby est puissant au Canada », a souligné Heidi Rathjen, Fondatrice de PolySeSouvient et témoin du massacre de ses consœurs.
Elle a souligné l’adhésion de la majorité de l’opinion publique à des mesures d’interdiction des armes d’assaut et de poing, soulignant que ceux qui s’y opposent ne sont que « la minorité de la minorité qui ont des intérêts personnels, idéologiques et financiers. »
Milieu scolaire
Des associations étudiantes étaient également sur place pour souligner leur désir de maintenir les campus sans armes. « On a peur pour la communauté étudiante, pour nos campus. On pense que ça a pas de bon sang que ça soit accessible aussi facilement », affirme Manuel Klaseen, Président, Association des étudiants de Polytechnique.
Les armes à feu ont également été pointées du doigt comme des outils permettant le suicide dans les milieux étudiants.
Accès et législation
Depuis le démantèlement du régime des armes à feu, en 2012 par le gouvernement Harper, les armes sans restriction ne sont enregistrées dans aucune des provinces canadiennes, sauf le Québec. Le Québec dispose d’un système d’immatriculation des armes à feu, qui n’encadre que les armes d’épaules, comme celles utilisées pour la chasse.
Les solutions proposées concernent l’enregistrement des armes à feu, leur reclassification entre les diverses catégories d’accès, des formations plus exhaustives et le suivi des personnes possédant un permis de port d’arme.
« Il y a des armes restreintes qui devraient être interdites, avec lesquelles on a vu des massacres. Il y a même des armes non-restreintes comme le Ruger Mini-14, qui a tué mon épouse, qui est encore non-restreinte! », explique Jean Françoise Larrivée, époux d’une des victimes de Polytechnique.
La fondatrice de PolySeSouvient, Heidi Rathjen, le président de l’Association des étudiants de Polytechnique, Manuel Klaseen, et la présidente de la Confédération pour le rayonnement étudiant en ingénierie au Québec, Wendy Vasquez. PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE
De nombreux journalistes ont interviewé les membres de PolySeSouvient ainsi que des représentants étudiants de l’École Polytechnique de Montréal dans le cadre de la consultation du gouvernement fédéral sur l’interdiction des armes de poing et d’assaut au Canada.
Voici une série d’articles et d’extraits vidéo illustrant ces entrevues. Le Devoir, par exemple, a publié un excellent éditorial sur la question de la consultation, qui résume bien la position de PolySeSouvient : «Rien ne justifie que des particuliers possèdent des armes ne servant qu’à tuer.» À vous de choisir la suite de vos lectures en cliquant sur les images ci-jointes, tout particulièrement l’article publier dans le journal Métro que voici.
Présenté par le conseiller Alex Norris, les élus municipaux de la Ville de Montréal ont adopté à l’unanimité une motion pour demander au gouvernement fédéral de bannir la vente d’armes d’assaut ainsi que les armes de poing. Il ne s’agit pas d’établir un meilleur encadrement, mais un bannissement pur et simple de leur possession sauf pour les militaires et, au besoin, les forces policières. De fait, il s’agit aussi d’une question de santé publique. En effet, les armes d’assaut sont des armes de guerre. De plus, d’un simple point de vue économique, il a maintes fois été démontré que les coûts sociaux reliés aux blessures et décès causés par des armes à feu sont considérables[1].
Ceci dit, les adeptes de la chasse sportive ne sont nullement affectés par cette motion. Les chasseurs sont des citoyens responsables, consciencieux et respectueux de la loi. D’ailleurs, ceux-ci n’utilisent pas d’armes d’assaut. Qui imaginerait chasser avec une telle arme? C’est un non-sens.
Les statistiques montrent aussi que 80% des Canadiens, aussi bien dans les centres urbains que dans les zones rurales, désapprouvent la vente libre d’armes d’assaut comme c’est encore le cas au Canada en ce moment. «Qui a besoin d’un fusil d’assaut de type militaire de toute façon?» a déclaré le conseiller de l’opposition Marvin Rotrand.
C’est avec un sentiment de fierté que j’ai accompagné les délégués de Polysesouvient qui militent pour un meilleur contrôle des armes à feu partout au Canada depuis 1989. La tragédie de la Polytechnique demeure encore présente dans notre mémoire collective. Heureusement, plusieurs représentants étudiants de la Polytechnique de Montréal ont également assisté à la motion présentée à l’Hôtel de Ville de Montréal[2]. Nous avons le sentiment d’assister à un mouvement de masse qui provoquera un réel changement dans notre attitude envers l’utilisation responsable des armes à feu et le bannissement pur et simple d’armes de type militaire aux mains de simples citoyens.
D’autres défis sont à prévoir. Un enjeu de taille est la confiscation d’armes illégales généralement utilisées par les groupes criminels. Parallèlement, une attention plus grande doit être donnée pour venir en aide aux personnes aux prises avec des problèmes de santé mentale qui, trop souvent, agissent dangereusement ou catastrophiquement avec une arme à feu sous l’impulsion du moment ou en état de détresse psychologique.
L’accueil du conseil de Ville en cet après-midi du 20 août 2018 a été très touchant. Un regain d’espoir renaît après l’absurde démantèlement du registre des armes à feu aboli par le gouvernement Harper en 2012.
Il est à espérer que d’autres villes canadiennes suivront l’exemple des motions adoptées dans les villes de Toronto et de Montréal pour inciter le gouvernement fédéral à doter le projet de loi C 71 d’une armature plus vigoureuse qu’une simple loi modifiant certaines lois et règlements relatifs aux armes à feu.
[1] La violence armée coûte 6,6 milliards de dollars canadiens par année. Ce sont les victimes qui assument 47 % de ces coûts. Trois millions de dollars année pour enregistrer toutes les armes à feu représentent un coût dérisoire. Une seule enquête entourant un meurtre coûte 500 000 $, sans compter tous les autres coûts.
[2] Liste des représentants de Polysesouvient et étudiants de Polytechnique : Jim Edward, frère d’Anne-Marie (décédée à Polytechnique), Serge Saint-Arneault, frère d’Annie (décédée à Polytechnique), Louise de Sousa, mère d’Anastasia (décédée à Dawson), Meaghan Hennegan, survivante de la tuerie à Dawson, Kathleen Dixon, mère de Meaghan, Guillaume Lecorps, Président de l’union étudiante du Québec, Bryan Gingras, Vice-président aux affaires externes de l’Association des Étudiants de l’École de Technologie supérieure, Léandre Tarpin-Pitre, Secrétaire général de l’Association des Étudiants de Polytechnique (AEP), Belange Nohra, Vice-présidente à l’éducation de l’AEP, Mathieu Bélanger, Vice-président aux affaires internes de l’AEP, Hélène Thibeault, diplômée de Polytechnique (témoin), Heidi Rathjen, diplômée de Polytechnique (témoin) et coordonnatrice de PolySeSouvient.