Les Canadiens attendent depuis de nombreuses années une
action réelle et concrète dans ce domaine.
Ce texte est l’allocution présentée par l’auteur, M.Afr, membre de PolySeSouvient, lors de la conférence de presse organisée le 3 avril 2019, à l’hôpital général de Montréal, par un regroupement de médecins, de partout au Canada, favorable à un contrôle plus strict des armes à feu.
Par Serge St-Arneault, M.Afr
J’ai vécu en zone de guerre en
République Démocratique du Congo (à l’époque le Zaïre) dans les années 1990. Le
chaos s’était progressivement propagé dans tout le pays avec son lot de
pillages et de conflits tribaux.
Dans la brousse où j’étais, on
avait déjà eu la visite de militaires pour intervenir dans un conflit entre
chefs coutumiers. Ce jour-là, revenant à la maison, j’ai été directement menacé
par un militaire. Il m’a simplement dit: «Lors du prochain conflit, c’est moi
qui vais te tuer.» («Siku y vita ingine, miye nitawa weye»).
J’ai immédiatement senti comme un boulet me tomber dans l’estomac. Je m’en rappelle très bien. De fait, les rivalités tribales se sont accélérées. Les paramilitaires sont revenus, soi-disant pour rétablir la paix, en brûlant les villages. La plupart des expatriés avaient déjà quitté le pays. Quant à moi, je suis resté avec mes confrères pratiquement jusqu’au moment de la chute du régime dictatorial du président Mobutu.
En 2010, Marc Rochette, un
journaliste pour le Nouvelliste de
Trois-Rivières, m’a demandé dans une interview s’il y avait des risques à vivre
dans la brousse africaine. Ce à quoi j’ai répondu: «Qu’est-ce qui est le plus
dangereux: être missionnaire en Afrique dans un pays en guerre ou être
étudiante à l’École Polytechnique de Montréal?»
Le rapport d’investigation du coroner indique que le
décès est attribué à de multiples lésions graves au niveau du crâne, du
cerveau, en plus de l’aorte sectionnée, des hiles pulmonaires et l’éclatement
du foie; le tout secondaire au passage dans la tête et dans le thorax de trois
projectiles d’arme à feu.
Vous êtes médecins et
professionnels de la santé. Vous comprenez mieux que moi de quoi il s’agit.
Nous sommes réunis ici pour une cause commune. Nous voulons, de fait nous
exigeons des lois plus sévères sur les armes à feu au Canada.
Une journée nationale d’action
a eu lieu le 3 avril dans 13 villes du pays. Tous s’entendent pour dire que les
armes à feu représentent une menace croissante pour la santé publique. Selon Statistique
Canada,
le nombre de crimes violents commis avec une arme à feu a augmenté de 43%
depuis 2013, soit depuis l’abolition du registre national des armes à feu par
le gouvernement de Steven Harper en 2012, suivi par l’affaiblissement d’une
série d’autres mesures en 2015.
À peine une semaine après la
tragédie de Christchurch en Nouvelle-Zélande, la première ministre Jacinda
Ardern a annoncé l’interdiction imminente de «toutes les armes
semi-automatiques de style militaire», de «tous les fusils d’assaut», de «tous
les chargeurs à grande capacité» et de «tous les accessoires ayant la capacité
de convertir une arme à feu en arme semi-automatique de type militaire». Elle a
également émis une ordonnance de reclassification
pour les armes semi-automatiques afin de dorénavant empêcher leur
vente à la plupart des détenteurs de permis actuels.
Voilà une preuve de leadership politique.
Soulignons aussi l’action du
Gouvernement du Québec qui a instauré son propre registre des armes en réaction
à l’abolition du registre fédéral. Le Québec est maintenant l’une
des trois seules juridictions en Amérique du Nord (avec Hawaï et le
District de Columbia, aux États-Unis) qui enregistrent les armes sur son
territoire — bien que ce soit la norme en Europe et la plupart des pays
industrialisés.
Mais qu’en est-il du gouvernement Trudeau?
Les Canadiens attendent depuis
de nombreuses années une action réelle et concrète dans ce domaine.
Tout ce que ce gouvernement
offre aux Canadiens pour corriger la quasi-destruction de l’ensemble des gains
législatifs par le gouvernement antérieur, c’est le projet de loi C-71.
D’ailleurs, celui-ci ne rétablit que quelques faibles mesures comparativement à
ce qu’elles étaient avant leur élimination. Ceci dit, ce projet de loi C-71 est
un pas dans la bonne direction et nous l’appuyons. Malheureusement, son
adoption avance à pas de tortue au Sénat.
Combien de fois encore faudra-t-il rappeler que le
même type d’armes légalement accessible, c’est-à-dire des armes
semi-automatiques de type militaire, a été utilisé lors de la tragédie à la
Mosquée de Québec et récemment à Christchurch où 50 Néo-Zélandais innocents ont
été assassinés?
Je réitère les paroles que
j’ai prononcées à Ottawa au début du mois de décembre 2018 que j’adressais au
premier ministre Justin Trudeau: «Ne faites pas de compromis. Montrer aux
Canadiens comment on se tient debout quand on n’a pas peur du lobby
des armes».
AP PHOTO/MARK BAKER. Les émotions sont fortes lors d’un service commémoratif national à Hagley Park en l’honneur des victimes de l’attaque terroriste perpétrée contre la mosquée à Christchurch, en Nouvelle-Zélande, le vendredi 29 mars 2019.
Ouvrez le lien YouTube pour voir cette entrevue : https://youtu.be/nZKSaZWRw1k