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La Palestine : terre promise pour qui?

Par Serge St-Arneault, M.Afr, Montréal, 23 mai 2021

C’est le titre d’un article que j’ai écrit pour le journal étudiant « Le Point », organe officiel de l’AGEUQTR, vol 3, no 2 du 5 février 1979. Cette question est toujours d’actualité 42 ans plus tard. Les récents bombardements à Gaza et les roquettes lancées par le Hamas illustrent bien l’impasse de ce conflit.

Quelques citations de cet article

« Je sais, pour y avoir été et vérifié moi-même, que la vie quotidienne des Arabes est très difficile. J’oserais même affirmer que les Arabes d’aujourd’hui ont remplacé les Juifs qui hier encore subissaient l’oppression et les Juifs d’aujourd’hui remplacent les envahisseurs d’hier. Pour minimiser les affrontements, chacun reste dans son coin et refuse l’autre, … »

« D’un côté, il y a chez les Juifs un désir profond de sauvegarder une terre espérée depuis deux mille ans… . D’un autre côté, il y a les Palestiniens qui ont été chassés d’une partie de leur pays qui leur appartenait en propre … depuis longtemps ».

« Il n’est pas impossible de voir un jour les Juifs profondément divisés et même s’affronter sur des questions concernant l’avenir du pays. Les Juifs sont loin de former une entité cohérente de pensée si bien que les conditions sociales des Juifs dits orientaux se comparent aisément aux conditions des Palestiniens. De l’autre côté, l’on voit les Palestiniens eux-mêmes profondément divisés. »

« Un gouvernement israélien dirigé par des Juifs dits orientaux, parce qu’étant déjà en Palestine avant 1948 ou venant des pays d’Afrique du Nord, faciliterait les choses. Le gouvernement actuel (du premier ministre Begin), par ses politiques très occidentalisées, ne fait que s’éloigner de ses pays voisins… . … ce qu’il faudrait, c’est un abandon du fanatisme tant politique que religieux des deux parties. À ces conditions minimales, la Palestine peut devenir une terre promise pour tous ».

Vingt-trois ans plus tard en 2001

Globalement, la situation n’avait pas véritablement changé depuis mon premier voyage en Israël en 1978. Les pourparlers de paix entre Begin et Sadate, sous le patronage de Jimmy Carter, président des États-Unis, s’étaient soldés en queue de poisson. Dirigeant du Likoud, Ariel Sharon venait d’être élu premier ministre du pays en mars 2001, après le déclenchement de la seconde Intifada. J’ai séjourné précisément en Israël entre le 15 mars et le 8 juin 2001.

La première Intifada Al-Aqsa avait débuté en septembre 2000 tout juste en face de notre maison située près de la Porte des Lions. Depuis lors, l’esplanade des mosquées est interdite aux touristes.

Le sionisme

De mes nombreuses notes de voyage, je retiens tout particulièrement notre rencontre avec le rabbin Henri Noach. À cette époque, il était professeur au département des relations internationales de l’Université hébraïque de Jérusalem. Il assumait également plusieurs fonctions au sein des communautés juives de la diaspora.

Appartenant lui-même au mouvement conservateur, le rabbin nous a alors souligné que le judaïsme contemporain était composé de trois courants religieux principaux; les orthodoxes, les conservateurs et les réformistes. Ceci constitue un important élément afin de saisir les enjeux sociopolitiques des différentes communautés juives d’Israël.

Selon le rabbin Noach, l’identité fondamentale du peuple juif est basée sur le double aspect national et religieux qui constitue la Morasha (מורשה), c’est-à-dire « l’héritage ». Premièrement, les Juifs sont les héritiers de la communauté de Jacob centrée autour de la Tora. Et deuxièmement, d’un point de vue politique, le peuple est l’héritier de la TERRE DE CANAAN, don et promesse de Dieu : « Je vous ferai entrer dans le pays que j’ai juré de vous donner, lorsque je parlais à Abraham, à Isaac et à Jacob; je vous le donnerai et il sera à vous, car je suis Dieu ». (Exode 6,8)

Ferment de l’identité de l’État d’Israël, le sionisme fonde aussi sa conception nationaliste sur la loi traditionnelle du (Midrash (מִדרָשׁ) = littérature) Halakah (הלכה) qui inclus les restrictions alimentaires (référence; Lévitique 20, 24-26).

Historiquement, la destruction de Jérusalem par l’armée romaine remonte à l’an 70 de notre ère. Près de deux millénaires plus tard, le « retour » sur la terre promise s’est matérialisé avec la création de l’État d’Israël en 1948.

Sans tarder, la « loi de retour » fut l’une des premières lois adoptées au parlement qui accorde automatiquement la citoyenneté israélienne à toute personne d’appartenance juive désireuse d’immigrer en Israël. La population juive provient de 108 pays différents. Cela a une signification théologique significative.

Selon le rabbin Noach, la coexistence fraternelle et l’acceptation des différences entre Juifs sont un microcosme de l’histoire de l’humanité. Selon lui, « le rassemblement des exilés, c’est-à-dire des enfants d’Israël dispersés depuis 2000 ans à travers le monde, est ce qui permet la RECRÉATION de la NATION d’Israël sur la TERRE et devient le véhicule de l’ultime rédemption de l’humanité où cesseront toutes les guerres et marquera la venue du Messie. Ainsi se réaliseront les prophéties du rassemblement de tous les peuples. Aucun autre peuple qu’Israël ne peut être la lumière des nations. L’État d’Israël est l’avant-stade de l’ultime aboutissement de la rédemption de l’humanité. Il s’agit de la volonté divine. Israël ne mérite pas cet honneur. C’est Dieu qui l’a choisi. La nécessité théologique de la rédemption de l’humanité passe nécessairement par le retour des enfants d’Israël sur SA TERRE PROMISE ».

Tout devient clair! La justification du CONTRÔLE DES TERRITOIRES PALESTINIENS est basée sur la conviction qu’Israël doit rester fidèle au plan de Dieu et ainsi devenir le chemin incontournable du salut de l’humanité.

Cela dit, il est bien de souligner qu’une fraction importante du courant fondamentaliste protestant, particulièrement américain, a développé une théologie chrétienne sioniste. Pour les adeptes de ce courant fondamentaliste, la création et l’expansion de l’État d’Israël sont les conditions du retour du Christ.

Ce que je comprends du sionisme

Je me rappelle être intervenu à la fin de l’exposé du rabbin Henri Noach avec cette double observation. Primo, les oppositions entre Juifs sont souvent virulentes, particulièrement au niveau des partis politiques, mais aussi entre les trois principaux courants religieux qu’il avait lui-même décrits. Secundo, quelle est la place juridique des 21% d’Arabes détenteurs de la citoyenneté israélienne vivant en Israël? Note : les Arabes israéliens comprennent des chrétiens et des musulmans, identifiés comme Palestiniens. Sont exclus les réfugiés juifs dits orientaux immigrés de pays arabe.

Le rabbin a alors admis qu’il y avait, à cette époque, 17 différents partis politiques à la Knesset. Par contre, il a choisi la voie de l’évitement en ce qui concerne le deuxième point.

Il apparaît clairement, selon lui, que la coexistence fraternelle des peuples et du respect de leurs diversités culturelles ne concerne que les Juifs regroupés autour de la « loi du retour ». Son interprétation des textes bibliques est de type fondamentaliste. Ainsi donc, la TERRE est un droit exclusif d’Israël. En d’autres mots, LA RECONQUÊTE DU TERRITOIRE est une volonté divine et un préalable obligatoire pour la venue du Messie (Juif). Ce n’est qu’une question de temps. Finalement, la présence des Palestiniens est un obstacle à la réalisation du plan de rédemption de Dieu pour l’humanité.

À mon avis, si Israël imagine être à lui seul la lumière des nations, il ne réussit malheureusement qu’à s’aveugler lui-même.

Conclusion

Parlant de lumière, s’il en est une, je conclus que les récents troubles dans cette partie du monde sont le résultat d’une très longue tragédie. Celle-ci se répète continuellement. Rien ne semble être en mesure de l’arrêter.

De mon journal de voyage, je note ce passage écrit à Jérusalem le 9 mai 2001. Abel était un berger comme Moise. Son offrande à Dieu est agréable. Il offre les premiers-nés de son bétail avec générosité et librement. L’offrande de Caïn est différente. Ce n’est pas tellement parce qu’il s’agit des fruits de son potager, mais à cause de ses intentions cachées, accessoires, manipulées, compétitives. En fait, il cherche sa propre satisfaction.

Abel tourne son regard contemplatif vers le Dieu ICÔNE. Caïn tourne son regard vers lui-même, vers son ÉGO IDOLÂTRÉ. C’est ainsi qu’il se jette sur son frère et le tue.

Tout est question de regard. Toute chose, toute personne, tout événement a le potentiel d’être une ICÔNE ou une IDOLE. La croix du Christ, par exemple, est pour moi une ICÔNE dans la mesure où la souffrance de Jésus m’invite à marcher sur ses pas pour un bien supérieur à ma propre personne. Cette attitude est libératrice du CYCLE DE LA VIOLENCE. Par contre, la même croix peut devenir une IDOLE si je l’utilise et la manipule pour imposer une idéologue religieuse.

Similairement, le voile islamique porté par les musulmanes peut symboliser une attitude iconique ou alimenter une idéologie. Ce choix croisé varie selon celle qui porte ce voile et moi, ou toi, qui la jugeons ou non.

En 2001, de la fenêtre de ma chambre, posant précisément mon regard sur les toits du quartier arabe de la vieille ville de Jérusalem, j’écrivais :

Toi! Jérusalem! Qui es-tu à mes yeux?

Peux-tu être une ICÔNE malgré tes déchirures, ton histoire tragique, tes traumatismes violents et répétitifs que tu tètes comme le lait maternel d’un nourrisson?

« Il nous faut cesser de condamner ceux et celles qui nous entourent, supprimer nos projections par rapport à ceux et celles que nous mésestimons, et accepter que le problème réside en fait en nous ».

Robin Roberson

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