Archives pour la catégorie Témoignages chrétiens

Le Chœur de Complies de Montréal présente un Concert de Noël

Le Chœur de complies de Montréal, réputé pour ses interprétations envoûtantes de complies, vous convie à un événement unique : un concert de Noël entièrement 𝑎 𝑐𝑎𝑝𝑝𝑒𝑙𝑙𝑎. Ce rendez-vous musical exceptionnel aura lieu le 8 décembre prochain à 20h à l’église Saint-Pierre-Apôtre de Montréal (1201, rue de la Visitation).

Matthieu Latreille et Francine Nguyen-Savaria

Habituellement dédié aux chants de complies, l’ensemble vocal semi-professionnel sous la direction de Matthieu Latreille et Francine Nguyen-Savaria sortira de son cadre habituel pour vous offrir un programme riche et varié, allant des chants grégoriens aux noëls traditionnels, en passant par des œuvres de grands maîtres de la Renaissance comme Tomás Luis de Victoria et Francisco Guerrero.

Le public pourra notamment apprécier : des œuvres sacrées telles que 𝐻𝑜𝑑𝑖𝑒 𝐶ℎ𝑟𝑖𝑠𝑡𝑢𝑠 𝑛𝑎𝑡𝑢𝑠 𝑒𝑠𝑡, 𝑂 𝑚𝑎𝑔𝑛𝑢𝑚 𝑚𝑦𝑠𝑡𝑒𝑟𝑖𝑢𝑚 et 𝐴𝑙𝑚𝑎 𝑅𝑒𝑑𝑒𝑚𝑝𝑡𝑜𝑟𝑖𝑠 𝑚𝑎𝑡𝑒𝑟; des chants de Noël traditionnels; des pièces moins connues qui vous feront découvrir de nouveaux horizons musicaux.

L’entrée à ce concert est libre, et une contribution volontaire sera appréciée. C’est donc l’occasion parfaite de venir en famille ou entre amis pour profiter de ce moment de recueillement et de beauté musicale.

Ne manquez pas ce rendez-vous musical incontournable!

Pour plus d’informations, veuillez contacter :
Francine Nguyen-Savaria et Matthieu Latreille
Téléphone : (438) 921-0920
Courriel : OrganDuo.com@gmail.com

Noël a cappella : échos sacrés

Liber antiphonarius – Hodie Christus natus est

Pie Cantiones (1582) – Personent hodie

Noël allemand médiéval. Harmonisation : Michael Praetorius (1571 – 1621) – Puer nobis nascitur

Noël allemand médiéval. Harmonisation : Johann Sebastian Bach (1685- 1750) – In dulci jubilo

Pie Cantiones (1582) – Gaudete

Graduale romanum – Dominus dixit ad me

Tomas Luis de Victoria (c. 1548 – 1611) – Ave Maria – O Magnum mysterium

Francisco Guerrero (1528 – 1599) – Alma Redemptoris mater

Thomas Ravenscroft (c. 1582 – 1635) – Remember, O Thou Man

Philip Stopford (né en 1977) – Lully, Lulla, Lullay

Noëls traditionnels – Sainte nuit ! – Tout le ciel reluit – Les anges dans nos campagnes

LIENS

LE CHŒUR DE COMPLIES DE MONTRÉAL CHANTERA À L’ÉGLISE SAINT-PIERRE-APÔTRE

Le Chœur de complies de Montréal chantera à l’église Saint-Barnabas de Saint-Lambert

Édition 2024 du Festival interreligieux PAIX MAINTENANT – Concert de musiques sacrées

Serge St-Arneault, M.Afr, Montréal, 10 novembre 2024

Au nom du Forum interreligieux pour la Paix, sous la direction du Centre canadien d’Œcuménisme de Montréal, et dans le cadre du Festival interreligieux PAIX MAINTENANT, Madame Denitsa Tsvetkova a souhaité la bienvenue à tous des gens rassemblés au sous-sol de l’Église orthodoxe bulgare St-Yvan Rilsky à Montréal qui accueille le Festival.

Sur ce territoire non-cédé des peuples autochtones, Madame Tsvetkova a souligné que les représentants de diverses communautés de foi ont à cœur de créer ensemble un espace de dialogue.

Le dialogue interreligieux ou interspirituel n’est pas seulement l’œuvre des chefs religieux, mais de toute personne désireuse de construire un monde respectueux en accord avec nos richesses spirituelles universelles.

Programme du Concert Musique Sacrée du Festival Interreligieux 2024

  1. Lauryna Tshernish-Grégoire estune jeune chanteuse Innue qui habite Montréal et chante un chant Ojibway en compagnie de Géneviève Labbé, (Baha’i), qui agit comme maître de cérémonie pour le concert de musique sacrée du Festival Interreligieux 2024.
  2. Traveling Spirit is the drum group of Native Friendship Center of Montreal. They refer to their drum as Grandfather; they treat him with respect and behave respectfully around him. They come from different places, have different backgrounds but when they drum, they are one. There songs are prayers are medicine to be shared.
  3. Chorale des étudiants de l’Académie pour la Paix Universelle. Chanson coréenne et une danse.
  4. Artist and Director, Priyamvada Sankar, (hindou), and the School of Bharata Natyam: Misha Patel, Nisha Patel, Bhadra Arun and Avani Khare.
  5. Suzy Tremblay (musique chrétienne/tibétaine) interprète le Salve Regina avec des mélismes orientales en hommage à Marie et Dei avec un bol Tibétain. Une inspiration et un pont entre la culture chrétienne et tibétaine.
  6. L’Ensemble vocal Épiphanie est une chorale montréalaise fondée en 2004. Elle est dirigée par Francis Buhendwa, un passionné du chant et du divertissement. Elle regroupe en son sein des personnes de diverses nationalités qui apportent des savoir-faire et des sons de divers horizons. C’est une chorale multiculturelle à vocation liturgique et au répertoire varié allant du classique au gospel, en passant par le négrospiritual et les chants africains.
  7. Mehdi  Matat (soufi) et Burdah Ensemble. Composé de quatre chanteurs, le Burdah Ensemble est un groupe de chant soufi montréalais qui interprète la poésie musulmane louant le prophète Muhammad. Le chanteur principal (sidi anouar barrada) est accompagné d’une chorale et d’une percussion traditionnelle (daf). Le centre de cette musique est basé sur les maqams, chacun étant une structure mélodique avec un caractère spirituel particulier.
  8. Mireille Philosca,accompagnée par Moshe Guerrier est une chanteuse chrétienne. Moshe est Pasteur associé  de l’Église Adventiste du septième jour, diplômé du séminaire de théologie de l’Université d’Andrews à Berrien Springs (Michigan). Son ministère « dépasse les frontières » si on peut employer cette expression étant organiste de l’Église Union United, étant Intervenant en soins spirituels (aumônier) pour le CIUSSS de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal et nouvellement agent de liaison pour le secteur des soins spirituels du CIUSSS. Leur répertoire : Ave Maria, the Prayer et No More Pain.
  9. Espace Art Nature au Vieux Couvent est un organisme de bienfaisance situé à Neuville près de Québec. Sa mission est l’art de la rencontre culturelle, interculturelle et artistique par l’éducation populaire. Les membres de l’équipe d’Espace Art Nature sont Jean-Noël André, Pierre Bérerd, Isabelle Forest et Bénédicte Guillon Verne. Ils font également partie du collectif d’artistes Le Chemin qui Marche. Ils ont organisé et participé à plusieurs rencontres et événements interculturels et interreligieux depuis de nombreuses années dans la région de Québec, à Montréal et ailleurs dans la province, notamment avec la Commission Vérité et Réconciliation, Initiatives et Changement Canada, Religions pour la Paix, le Mouvement des Focolari, le Centre Canadien d’Œcuménisme.

Le Festival Interreligieux 2024 accueillait aussi l’artiste peintre Gabriel Landry qui présentait une série de toiles sur le thème de l’eau.

Membres du Forum : ·  Serge St-Arneault du Centre Afrika ·  Isabelle Laurin de la Fédération pour la paix universelle ·  Gabriela Guilbault de Femmes Internationales ·   Dre Carmen Chouinard du Centre islamique libanais  ·  Emmanuel Kolyvas de l’Église orthodoxe la Protection de la Mère de Dieu ·  Lindsay Luc de L’Église des Saints des dernières jours ·  Marisel Zavagno de l’Église catholique  ·   Guy Trad du mouvement des Focolari.

Remerciements : · à Louise Royer de l’Archidiocèse Catholique de Montréal pour son aide · à Guy Trad et Pascal Bedros pour la technique ainsi qu’aux traducteurs Maya El-Takchi et Nicolas Nasr tous membres du Mouvements des Focolari ·  à Marysel Zavagno pour l’art conceptuel créé au fil des années dont voici un aperçu :

Nos partenaires : · Le Gouvernement du Canada · L’Archevêché de l’Église Catholique de Montréal · Maison d’amitié des Peuples autochtones · L’Université de Montréal · Le Mouvement des Focolari · Centre Afrika · Espace Art Nature · CIJA, · Le Groupe de dialogue judéo-chrétien · CeDum de l’Université de Montéal · La communauté Baha’ï · Kala Barati · Le Centre culturel islamique du Québec, · La Fédération pour la paix universelle, ·  l’Église de Jésus Christ des dernières jours · Femmes internationales · L’Église Orthodoxe Bulgare.

Déclaration de 2019 

Le Festival d’aujourd’hui souligne le 5e anniversaire depuis la déclaration interreligieuse Sauvons ensemble notre planète, initiative du Forum interreligieux pour la paix, signer dans le cadre du Festival de 2019.

https://www.facebook.com/profile.php?id=100064568504597

Forum interreligieux pour la Paix, soirée du 10 octobre – reportage.

Dialogue interspirituel

Dialogue Interspirituel (suite)

Les itinérants nous parlent

Une importante délégation canadienne participe au 6e Congrès missionnaire de l’Amérique à Porto Rico

Montréal, le 20 novembre 2024 – Une délégation composée de 38 catholiques de quelque 10 diocèses du Canada – la plus grande délégation canadienne jusqu’à date –, prend part au 6e Congrès missionnaire de l’Amérique (CAM 6) qui se déroule dans la ville de Ponce (Porto Rico) du 19 au 24 novembre. Sous le thème « Évangélisateurs avec esprit jusqu’aux extrémités de la Terre », cet événement unique dans l’Église compte plus de 2000 participants – évêques, prêtres, religieux, et laïcs de 22 pays, tous engagés dans la Mission et issus de toute l’Amérique. L’objectif : discuter des défis actuels de la Mission, échanger et partager des expériences, et renforcer les liens de solidarité entre les Églises du continent.

Pendant une semaine, les participants assisteront à des conférences, des ateliers interactifs et des rencontres culturelles mettant en lumière la mission de l’Église dans un monde en constante évolution. Plusieurs évêques canadiens ont tenu à participer au CAM 6 et accompagnent la délégation à Porto Rico, dont Mgr Martin Laliberté, s.m.é., Mgr Pierre-Olivier Tremblay, o.m.i. et Mgr Gilles Lemay.

« Participer au CAM 6 offre une occasion précieuse de partager notre expérience pastorale tout en s’inspirant des initiatives missionnaires de nos frères et sœurs de l’Amérique, explique le père Yoland Ouellet, directeur national des Œuvres pontificales missionnaires au Canada francophone. Ce rassemblement nous invite à renouveler notre engagement envers l’Église universelle et à cultiver une foi vivante, enracinée dans nos communautés canadiennes. »

Pour la plupart des délégués, cette expérience s’avère déterminante pour leur mission : « Ce congrès constitue une occasion unique d’échanger avec des personnes engagées qui proviennent de contextes variés et très différents des nôtres; c’est une chance de s’enrichir, de se renouveler en tant que personnes, et de croître mutuellement, déclare le père Rodrigo Zuluaga, coordinateur national de Mission foi, qui a vécu le Congrès de 2018 en Bolivie. Le CAM permet de poser un regard nouveau, offrant l’opportunité d’apporter des idées novatrices à notre mission ici dans nos paroisses et diocèses ».

En préparation à cet événement, Montréal a accueilli, en octobre 2023, le tout premier Symposium international de missiologie au Canada. Cet événement a réuni 70 participants de 14 pays, offrant un espace de réflexion sur l’action de l’Esprit-Saint dans la mission de l’Église aujourd’hui.

Le Congrès missionnaire de l’Amérique, organisé tous les cinq ans par les Œuvres pontificales missionnaires, constitue le seul rassemblement continental entièrement dédié à la Mission.

À propos des Œuvres pontificales missionnaires (OPM Canada)

Réseau international au sein du Dicastère pour l’évangélisation, les Œuvres pontificales missionnaires encouragent les catholiques du monde entier à porter le témoignage de l’Évangile partout dans le monde, en accordant une attention particulière aux diocèses nouveaux ou émergeants qui, n’ayant pas encore d’autonomie, ont grand besoin de ressources humaines et spirituelles. Présentes dans plus de 120 pays, elles sont constituées de quatre œuvres – l’Œuvre pontificale de la propagation de la foi (Mission foi), l’Œuvre pontificale de l’enfance missionnaire (Mond’Ami), l’Œuvre pontificale Saint-Pierre-Apôtre (Prêtres de demain) et l’Union pontificale missionnaire (Animissio), chacune possédant sa vocation et son caractère propres. Pour plus d’informations, veuillez consultez le site opmcanada.ca.

Des dizaines de catholiques à travers le Canada sont présentement à Porto Rico pour le 6e Congrès missionnaire de l’Amérique (CAM6), jusqu’au 24 novembre 2024. (Photo : OPM Canada)

MERCI À CLAUDE BOUCHER CHISALE

Denis-Paul Hamelin, M.Afr

Éditorial de Denis-Paul Hamelin, M.Afr

Notre ami Claude Boucher Chisale est décédé. Artiste, ethnologue, sa vie missionnaire au Malawi aura contribué à réveiller dans le pays la mémoire des richesses de la vie traditionnelle. On oublie parfois les débuts un peu difficiles de sa mission. Dès son arrivée, il voulut comprendre la culture locale et s’y insérer. Ses journées en succursale se terminaient le plus souvent par une rencontre autour du feu. Bien sûr, c’était là l’occasion toute rêvée d’apprendre la langue, mais en même temps, légendes et contes venaient faire de lui un homme du pays. Et toute son action pastorale en sera marquée ! Cela lui méritera aussi de passer par le rituel traditionnel d’entrée dans la communauté où on lui donnera le nom malawite de Chisale.

Très tôt après son arrivée dans son pays d’adoption, Claude produisait une représentation du mystère de Noël fortement marquée des coutumes du pays : costumes, chants, danses, tambours. Tout le monde n’était pas enthousiaste pour ce type d’initiative ! Il faut nous rappeler que nous sommes à la fin des années 60 et que l’influence du Concile n’avait pas encore franchi tous les océans. Sans prendre l’allure du combattant, Claude resta fidèle à lui-même. Il était profondément convaincu que la proclamation de l’Évangile devait prendre la couleur locale.

Extrêmement doué comme artiste-peintre, il voulait mettre son talent au service de la Bonne Nouvelle. C’est ce qu’il fit sa vie durant. Et son engagement se perpétuera par l’école de sculpture et de peinture qu’il mit sur pied, de même que par les musées regroupant des œuvres des diverses ethnies du pays. Comme tous ses confrères, Claude prit le chemin de l’Afrique avec le désir profond de partager avec les Malawites la joie de l’Évangile! D’une certaine façon, il anticipait l’invitationdu pape François de devenir témoin de la joie que nous trouvons dans la rencontre avec Jésus (La joie de l’Évangile, # 1). 

La vie de Claude me fait penser qu’il y a autant de couleurs de la mission qu’il y a de missionnaires, chacun et chacune mettant les talents reçus au service de l’Évangile. Claude, nous te disons un grand merci !

L’héritage chrétien au Québec : un trésor à préserver pour les générations futures

Alexandrina Diac

Alexandrina Diac, MBA, Directrice générale, Fondation du Grand Séminaire de Montréal

Cet été, j’ai eu l’occasion de parcourir notre magnifique province, découvrant ainsi l’ampleur et la richesse de son patrimoine historique et culturel. Ce qui m’a particulièrement touchée, au-delà des paysages époustouflants, c’est la beauté des édifices religieux qu’on retrouve autant dans les petits villages que dans les grandes métropoles.

Je me souviens particulièrement d’une visite à la basilique Sainte-Anne-de-Beaupré, où, en contemplant les vitraux scintillants, je ne pouvais m’empêcher de penser aux générations de visiteurs qui ont trouvé réconfort et inspiration dans ce lieu. Des trésors inestimables comme la Basilique-Cathédrale Notre-Dame de Québec, l’Oratoire Saint-Joseph du Mont-Royal, la Cathédrale Saint-Michel de Sherbrooke, le musée des Ursulines et tant d’autres, incarnent un héritage précieux. Chacun de ces lieux offre un patrimoine spirituel et culturel qui continue de nous fasciner même aujourd’hui.

À l’heure où le Québec se redéfinit dans un monde en constante évolution, il est essentiel de se pencher sur les racines profondes qui ont façonné notre identité collective. Face à une perte progressive de repères culturels, il devient crucial de réfléchir à l’importance de préserver notre héritage chrétien. Dans ce contexte, cette préservation me paraît non seulement comme un devoir, mais comme une nécessité pour garantir un avenir harmonieux et éclairé pour notre société.

Force est d’admettre que la société québécoise moderne est profondément enracinée dans la tradition catholique qui a nourri un écosystème riche et diversifié au fil des siècles. Ces racines ont produit des fruits significatifs dans des domaines essentiels tels que l’éducation, la santé, la culture, la politique, l’économie et la bienfaisance. Depuis ses débuts, l’Église catholique a fourni des leaders inspirants qui ont marqué tous les aspects de notre société, contribuant ainsi à son développement et à son identité.

Des figures visionnaires telles que François de Laval, Marguerite Bourgeoys et Marie de l’Incarnation ont joué un rôle central dans la fondation de nombreuses écoles, collèges et universités, influençant durablement notre système éducatif et les valeurs morales des Québécois.es. Ces établissements ont formé et inspiré des personnalités publiques marquantes comme Jean Chrétien, George-Étienne Cartier, Henri Bourassa, René Lévesque, Pierre Elliott Trudeau et Jean Charest, pour n’en citer que quelques-unes.

En outre, les ordres religieux ont apporté une contribution significative non seulement au système de santé du Québec, mais aussi aux services sociaux. Ils ont établi, géré et financé de nombreux hôpitaux, cliniques et institutions de soins, tout en soutenant divers services sociaux tels que les œuvres de charité, les programmes de soutien familial et les initiatives communautaires visant à aider les plus vulnérables.

Nos magnifiques églises et cathédrales, en plus de représenter un patrimoine culturel inestimable, constituent aujourd’hui des pôles d’attraction pour les pèlerins et les touristes, jouant ainsi un rôle crucial dans l’économie locale.

Bien que le nombre de pratiquants ait diminué, environ 6,2 millions de Québécois.es, soit 70 % de la population, se déclarent catholiques. Aujourd’hui encore, l’Église catholique du Québec, à travers ses 18 diocèses et plus de 900 paroisses, continue de jouer un rôle essentiel dans divers secteurs, notamment l’éducation, la santé et ses diverses œuvres caritatives. Ces institutions comblent les lacunes des services publics, créent des emplois et contribuent de manière significative au bien-être de notre société.

En ce qui me concerne, j’estime que l’éducation demeure un élément central de cet héritage à préserver.  Depuis 1840, le Grand Séminaire de l’Archidiocèse de Montréal (GSAM) est le pilier de la formation des leaders catholiques, que ce soit les nombreux prêtres qui y ont fait leurs études ou plus récemment les différent.e.s intervenant.e.s communautaires intéressé.e.s par les cours universitaires qui y sont offerts. En restant attentive aux évolutions de notre société, cette institution continue de se moderniser et de former des personnes inspirantes qui incarnent des valeurs fondamentales comme l’amour, la paix, l’équité et l’accueil. En préparant ces futurs leaders à s’engager activement pour le bien commun, le GSAM joue un rôle crucial dans la construction d’une société québécoise juste, harmonieuse et responsable.

Il est de notre responsabilité de préserver et de promouvoir les institutions qui œuvrent pour sauvegarder cet héritage précieux tout en étant attentifs aux défis contemporains, afin que les valeurs et les contributions des leaders catholiques continuent d’enrichir notre société pour l’épanouissement des générations à venir.

Menaces de violence généralisées 

Barthélémy Bazemo, M.Afr

Barthélémy Bazemo, M.Afr, Washington, DC, États-Unis 

Originaire du Burkina Faso, le père Bazemo est membre de la Société des Missionnaires d’Afrique depuis 2004. Il a œuvré en Tanzanie et au Kenya.  Résident maintenant à Washington, il supervise les activités d’Africa Faith and Justice Network. Analyste politique, il a enseigné à la prestigieuse université Georgetown avant d’être choisi pour coordonner les activités de ses confrères dans toute l’Amérique du Nord. Cela représente environ une centaine de personnes dispersées au Mexique, aux États-Unis et au Canada.  

La violence est omniprésente tout autour de nous 

La prévalence de la violence en tant que forme destructrice du comportement humain est malheureusement devenue un épisode récurrent de nos vies, « un universel humain », selon l’anthropologue politique Jon Abbink. Dans ce contexte de violence généralisée et d’insécurité croissante, nous sommes appelés à témoigner du royaume d’amour et de paix de Dieu. Cette situation de plus en plus explosive représente le plus grand défi pour notre ministère aujourd’hui.  

L’augmentation de la fréquence et de la létalité des incidents violents dans de nombreuses zones de conflit à travers le monde – au Yémen, à Gaza, en Ukraine et particulièrement en Afrique – ne peut plus être ignorée. Cette tendance est très préoccupante, car l’exposition prolongée à la violence aveugle a plusieurs conséquences néfastes, en particulier pour les enfants et les femmes qui sont susceptibles d’être blessés.  

Selon le rapport mondial de Human Rights Watch, en 2023, plus de 15 conflits armés, notamment en République démocratique du Congo, au Cameroun, en Éthiopie, au Mozambique, au Mali, au Burkina Faso et au Soudan du Sud, ont provoqué une crise humanitaire et une tragédie humaine avec des souffrances indicibles pour les réfugiés, les personnes déplacées à l’intérieur du pays et les civils vulnérables. Malheureusement, il est fréquent que la violence et l’insécurité soient liées, car une augmentation de l’une entraîne souvent une augmentation correspondante de l’autre.  

L’appréhension constante d’un danger ou d’un préjudice potentiel crée une atmosphère d’anxiété et d’insécurité. Lorsque les gens sont confrontés à des menaces plus importantes pour leur sécurité et leur bien-être, ils ont tendance à éprouver des niveaux d’insécurité plus élevés. Dans ce contexte, le défi moral de notre époque est de succomber à l’attrait d’une violence accrue comme mécanisme privilégié de résolution des problèmes. Cela pose une question fondamentale pour la sécurité mondiale et la survie de l’humanité.  

À cet égard, les experts en conflit définissent la violence comme un acte social, physique ou psychologique à l’encontre de soi-même, d’une autre personne ou d’une communauté, visant à causer un préjudice, une blessure, une privation, la mort ou des dommages à des personnes ou à des biens. Il s’agit d’une forme de comportement agressif qui peut se manifester de différentes manières, telles que la violence physique (coups de poing), la violence verbale (menaces, insultes), la violence émotionnelle ou psychologique (brimades, manipulations), la violence sexuelle (pédophilie ou viol) ou la violence systémique (injustice institutionnelle systématique).  

En outre, nous avons assisté au cours de la dernière décennie à une montée en flèche de nouvelles formes radicales de violence politique et religieuse, dont les expressions aiguës culminent dans les réseaux transnationaux de criminalité organisée et le terrorisme brutal. Par le biais d’actes de terrorisme, les radicaux religieux, les salafistes-jihadistes et les extrémistes violents utilisent des moyens coercitifs, des menaces ou une violence idéologique pour atteindre leurs objectifs sectaires, religieux, politiques et idéologiques.  

L’Afrique du Nord, le Sahel, les Grands Lacs et la Corne de l’Afrique ont été particulièrement touchés. Des groupes terroristes comme Al-Qaïda, l’État islamique et leurs affiliés locaux Boko Haram et Al-Shabab ont forcé 1,7 million de personnes à quitter leur foyer, selon l’Indice mondial du terrorisme (2020). Au total, sept millions de personnes sont touchées par les conséquences du terrorisme en Afrique, et la plupart d’entre elles (femmes et enfants) craignent encore aujourd’hui pour leur sécurité. 

La voie à suivre : se tenir debout pour la paix et la justice 

La violence omniprésente dans nos sociétés et dans le monde en général peut nous décourager et nous donner un sentiment d’impuissance. Néanmoins, nous devons résister à la tentation de nous abandonner au désespoir et à la résignation. À cette fin, un triple mécanisme de réponse est nécessaire pour sauvegarder la dignité de la vie humaine et promouvoir le bien-être et la sécurité de tous les individus.  

Le premier devoir incombe aux dirigeants élus et aux responsables gouvernementaux qui doivent s’acquitter de leurs obligations en matière de protection. Ils doivent aussi défendre l’État de droit en mettant en œuvre des politiques bien conçues qui accordent la priorité à la sécurité des populations vulnérables. Ces initiatives politiques doivent aborder un large éventail de questions de bonne gouvernance et de responsabilité, notamment les inégalités socio-économiques, la pauvreté, le chômage, la discrimination systémique et la marginalisation.

Le deuxième niveau de responsabilité incombe aux chefs traditionnels et aux chefs religieux qui doivent modérer les opinions radicales et l’extrémisme religieux dans les sphères publiques et politiques. Ils sont les gardiens fidèles du patrimoine ancestral et des traditions sacrées des communautés. Il leur incombe de promouvoir l’éducation à la non-violence et une authentique culture de la paix.  

Les initiatives interconfessionnelles peuvent offrir des programmes de consolidation de la paix pour favoriser le dialogue, la tolérance et la coexistence pacifique entre les personnes de différents groupes ethniques et traditions religieuses. Dans les zones de conflit, il est essentiel d’investir dans des initiatives de justice réparatrice pour aider à réparer les liens communautaires brisés et favoriser la compréhension mutuelle afin de réintégrer avec succès les délinquants dans la société. 

La troisième étape consiste à s’engager et à s’impliquer personnellement. Le président américain John F. Kennedy a déclaré un jour avec éloquence : « Une personne peut faire la différence, et tout le monde devrait essayer ». Ceci est particulièrement important pour les messagers de l’Évangile dans un monde qui a besoin de paix et de réconciliation. L’appel à être des artisans de paix n’est pas facultatif ; au contraire, il s’agit d’une partie essentielle du message de l’Évangile pour notre temps. Heureux sommes-nous si nous répondons à cet appel pour les enfants de Dieu qui ont besoin de paix et de sécurité aujourd’hui. 

LIEN vers le même auteur : 

Et si l’on disait : halte aux armes à feu, ça suffit ! 

Et si l’on disait : halte aux armes à feu, ça suffit !

Il est indéniable que la prolifération et le commerce illicite des armes à feu sont à l’origine d’une violence toujours plus croissante à l’échelle mondiale. Selon Amnesty International, une ONG spécialisée dans la protection des droits humains, plus de 600 personnes meurent chaque jour par une arme à feu. Cela est en grande partie lié à la facilité avec laquelle ces armes sont accessibles, que ce soit de manière légale ou illégale. Ce fléau touche de nombreuses régions incluant les États-Unis et même le Canada. Aucune nation ne peut échapper à ses effets dévastateurs.

Cette calamité atteint plus dramatiquement l’Afrique. Ces dernières années, la Libye, le Sahel, la Somalie, la République Démocratique du Congo, le Soudan et plus particulièrement le Soudan du Sud font face à des tragédies causées par l’utilisation abusive des armes légères et de petit calibre. La guerre y a fait des centaines de milliers de morts. Un nombre considérable de personnes doivent fuir les zones de guerre et elles deviennent des déplacés ou des réfugiés à l’intérieur même de leur propre pays. Ce désastre entrave le progrès social et économique. La protection des biens et des personnes ne sont plus assurés lors des conflits armés. 

Ce numéro de La lettre aux Amis fait écho à cette triste réalité des violences destructrices et disproportionnées qui sévissent au Soudan du Sud. Trois des nôtres y sont en mission dans le diocèse de Malakal où ils endurent chaque jour, avec leurs chrétiens, les angoisses de la guerre. Nous leur témoignons notre soutien fraternel et invitons tous nos lecteurs à un élan de solidarité à leur endroit.

LIEN

Pédagogie Politique 

Freddy Kyombo Senga

Par Freddy Kyombo Senga , M.Afr, missionnaire, formateur en leadership communautaire et journaliste. Il est aussi le directeur du Centre Afrika à Montréal depuis juillet 2023. 

À la fin de mes études de théologie au Missionary Institute of London1, mon travail de fin d’études portait sur les écrits de l’éducateur brésilien Paolo Freire qui a travaillé sur l’importance de la conscientisation des masses. Entre autres, il est auteur de « La pédagogie des opprimés » et « L’éducation pour une conscience critique ». 

Durant mes quinze années de mission et mon séjour au Congo, je n’ai jamais pu esquiver les conséquences positives et négatives des faits politiques. J’ai donc été observateur aux premières loges de tout ce qui advenait à mes paroissiens, aux jeunes que j’encadrais et aux populations au milieu desquelles je vivais.  

Quelle « Bonne Nouvelle du Salut » puis-je annoncer à un père et une mère de famille avec huit enfants qui doivent vivre avec un salaire aléatoire et incertain de moins de 50 dollars à la fin du mois ? Dans de telles situations, les populations sciemment paupérisées adoptent souvent une attitude spirituelle fataliste qui est contraire avec l’esprit d’un Dieu libérateur.  

D’ailleurs, qui donc est ce Dieu qui imposerait autant de souffrance aux habitants de certains pays et qui permettrait un gaspillage scandaleux aux habitants d’autres pays ? Est-ce faire de la politique que de conscientiser les gens pour qu’ils puissent se prendre en charge et gérer leur cité de façon responsable ?  

Tant pis si l’on me traite de politicien. Pour moi, la pastorale ne consiste pas à confiner les gens dans les églises et les faire ployer sous un Dieu impitoyable et insensible. À une certaine époque en Amérique latine, les églises ont été utilisées pour tromper les populations qui ne devaient pas s’intéresser aux affaires du monde. Ils devaient seulement se concentrer sur les réalités spirituelles, les choses d’en haut.    

En cohérence avec ma formation et mon travail personnel, à la suite de Paolo Freire, j’ai donc opté pour l’éducation populaire et la conscientisation des peuples. Au Mali et au Congo, j’ai utilisé les techniques éducatives du « training for transformation » que je peux traduire par « une formation pour la transformation ». Il s’agit d’une pédagogie dialogique dans laquelle l’apprenant est acteur dans son propre apprentissage. Il ne fait pas que gober des théories qui viennent d’ailleurs, mais il est outillé (empowerd) pour jeter un regard critique sur sa propre situation et sur son environnement. Il peut faire ses propres choix et agir de façon adéquate. Par son savoir-faire, le rôle du facilitateur est d’encourager et de soutenir la démarche des gens. C’est dans ce cadre que nous pouvons parler de la « Pédagogie Politique » qui va concerner non seulement les populations ordinaires, mais aussi tous ceux qui aspirent à gérer la cité.   

L’éducation politique à la démocratie 

Selon Paolo Freire, les opprimés ne devraient pas être exclus du processus de leur propre libération. Dans son livre « The Politics of Education« , il plaide en faveur d’un processus d’alphabétisation politique qui parle du besoin d’impliquer les gens dans la gestion de leur vie. 

Pour Ira Shor : « C’est une grande découverte, l’éducation est politique ! Lorsqu’un enseignant découvre qu’il est aussi un politicien, il doit se demander quel genre de politique je fais dans cette classe. C’est-à-dire, en faveur de qui suis-je professeur ? Le professeur travaille en faveur de quelque chose et contre quelque chose. À cause de cela, il ou elle aura une autre grande question. Comment être cohérent dans ma pratique de l’enseignement avec mon choix politique ? Je ne peux pas proclamer mon rêve libérateur et, le lendemain, être autoritaire dans ma relation avec les étudiants ». (Shor et Freire 1987 :46)  

Ira Shor – On Paulo Freire

Le rêve libérateur de Paolo Freire est d’atteindre une éducation démocratique qui permettrait aux gens de dialoguer et d’exprimer leur opinion. Ce n’est pas la même chose que le type de démocratie qu’il appelle une « démocratie sui generis » dans laquelle l’élite, sous prétexte de défendre le peuple contre l’influence étrangère, fait taire son propre peuple.  

Selon cette élite, ceux qui insistent pour donner leur point de vue sur les enjeux de société sont traités comme étant des malades et des déviants ayant besoin de « médicaments ». Cette médication a souvent consisté en un traitement de choc répressif allant jusqu’à l’assistanat, limitant et même abolissant les règles démocratiques.  

La massification opposée à la conscientisation 

En plus d’être à la fois la cause et l’effet de la massification, la répression maintient les gens dans une certaine passivité, nie leur responsabilité et ne les aide pas à participer à leur propre destin. La massification est le fait de traiter les populations comme une masse sans âme qui se nourrit d’émotions et de promesses. Elle attend tout de l’élite qui a le monopole de l’intelligence, de la réflexion et des bonnes décisions.  

La conscientisation est alors considérée comme étant dangereuse puisqu’il s’agit d’un « programme éducatif actif et dialogique, soucieux de responsabilité sociale et politique, et (les gens qui en bénéficie sont) déterminées à s’opposer à la massification ».   

La méthodologie de Paolo Freire 

En dialogue avec le facilitateur, la méthodologie proposée par Paolo Freire favorise l’analyse et le débat des problèmes par les apprenants. Celui-ci pense que l’on peut « apprendre la démocratie par l’exercice de la démocratie ». Il nous invite à voir que la démocratie et l’éducation démocratique sont fondées sur la foi en l’homme, sur la conviction qu’il peut et doit non seulement discuter des problèmes de son pays, de son continent, de son monde, de son travail, mais aussi des problèmes de la démocratie elle-même.    

Commentant cette méthodologie, Ira Shor dit que Freire insiste sur une certaine cohérence entre les théories démocratiques de l’enseignant et sa méthodologie en classe. Toute divergence entre les deux compromettrait la crédibilité de ses théories.    

Démocratie et éducation en classe 

Paolo Freire pense qu’il y a un lien très étroit entre les principes démocratiques et l’éducation. Il affirme que « toute activité éducative est de nature politique » incluant l’éducation en classe.  

Selon Ira Shor : « La politique est dans la relation enseignant-élève, qu’elle soit autoritaire ou démocratique. La politique est dans les matières choisies pour le programme d’études et dans celles qui sont laissées de côté. C’est aussi dans la méthode de choix du contenu des cours, qu’il y ait une décision partagée ou seulement la prérogative de l’enseignant, qu’il y ait un programme négocié dans la classe ou imposé unilatéralement ».   

Paolo Freire croit que le programme d’études pourrait être utilisé pour imposer une culture dominante à un élève. Cela entrave alors sérieusement la capacité des élèves à penser de façon démocratique et critique. Plus l’élève est exposé à un programme manipulateur et non démocratique, moins celui-ci est susceptible de pouvoir agir et de se considérer comme un sujet de transformation du savoir et de la société.  

Les discoureurs incompétents 

Observez les discours des cadres et fonctionnaires qui semblent dénués de tout esprit d’initiative. Ils n’agissent que sous l’impulsion de quelqu’un qui possède une autorité politique, elle-même incompétente. Observez aussi comment ces pauvres fonctionnaires sont mal lotis. Pourtant, ils défendent bec et ongles l’action salutaire de leur propre bourreau. Ne s’agit-il pas du syndrome de Stockholm2 où la victime s’attache affectueusement à son bourreau ?    

De bons outils pour une réflexion-actions 

Il nous faut une pédagogie ou une andragogie3 qui donne à nos compatriotes les bons outils pour une réflexion-actions adéquate à leur situation réelle, pour un changement en profondeur de leur société.  

L’Éducation de nos concitoyens à leur participation effective dans la gestion de la cité est un premier pas vers une véritable transformation sociale.   

Ainsi outillés, les gens feront eux-mêmes le choix du genre de vie qu’ils souhaitent pour leur pays et pour leurs progénitures. Ils se donneront eux-mêmes le profil de ceux qui peuvent aspirer à les servir comme gestionnaires de la chose publique.  

Ainsi éduqués et informés, ils ne seront pas ballotés par des sentiments tribaux ou par le déterminisme des classes sociales. Ils seront plus conscients qu’ils ne sont pas venus accompagner les autres sur cette terre ou tenir la chandelle à ceux qui s’empiffrent des bonnes choses ou qui remplissent leurs sacs des pépites d’or. Ils ne laisseront plus manipuler par des politiciens délinquants et veilleront plus étroitement la gestion du patrimoine national commun et de la chose publique.  

  1. Ouvert en 1967, Missionary Institute of London a fermé ses portes en 2007. ↩︎
  2. Le syndrome de Stockholm est un concept proposé pour expliquer l’attachement psychologique de victimes ou d’otages envers leurs bourreaux.  ↩︎
  3. L’andragogie est la science de l’éducation et de la formation des adultes. Elle se caractérise par un apprenant adulte et un formateur. Il n’est pas question d’enseigner, mais de former. ↩︎

La singularité de Jésus 

En route vers Québec en suivant une portion du Chemin du Roy, la 138, je me suis brièvement arrêté à Deschambault en souvenir d’un même arrêt que j’avais fait avec mes parents en 2011 chez Huguette Vaillancourt, une amie. L’église Saint-Joseph, située sur la rue de la Salle, attire immédiatement l’attention. 

Selon le site internet Deschambault-Grondines ; L’église de Saint-Joseph, érigée sur un promontoire qui domine le fleuve Saint-Laurent nommé cap Lauzon, s’élève au cœur d’un ensemble religieux catholique comprenant aussi deux anciens presbytères, le cimetière, l’ancienne salle des habitants et l’ancien couvent, entourés de vastes espaces verts plantés d’arbres. 

Voir aussi l’itinéraire 3D de l’intérieur de l’église sur le site suivant : 

SAINT-JOSEPH DE DESCHAMBAULT 

Débutée en 1834, la construction de l’église s’est achevée en 1838. Il s’agit du deuxième bâtiment depuis l’arrivée des premiers habitants en 1688. Le décor choisi par l’architecte Thomas Baillairgé (1791-1859) est de style néoclassique.  

De nos jours, comme cinq autres lieux de culte de la région, cette église figure sur le parcours Les Voies du Sacré qui est offert aux touristes. Dès l’entrée, les regards se dirigent vers un immense crucifix.  

Je suis alors témoin de l’arrivée de deux mamans avec un groupe de jeunes enfants. Plusieurs d’entre eux pointent du doigt ce crucifix. Une fille d’environ dix ans semble troublée. Que voit-elle ? Elle voit un homme suspendu et ensanglanté.

Elle pointe de nouveau son doigt vers une toile accrochée au mur qui ceinture l’église. Il s’agit du chemin de croix1. Tout s’est déroulé très vite. À peine entré, aussitôt sorti. Une visite touristique vite faite ! Mais, qui était cet homme ? Ces enfants le sauront-ils un jour ? 

Qu’est-ce que la singularité ? 

Depuis un certain temps, je suis fasciné par un terme qui, à première vue, semble étrange et peu familier; la singularité. Cette notion se déploie dans de nombreuses sphères. 

Dans les domaines des sciences sociales, elle est par définition ce qui échappe à la classification, ce qui est unique, spécifique, et incomparable. Omniprésente dans nos sociétés, la singularité devient un point de rencontre novateur entre la sociologie, l’anthropologie, l’histoire, le droit, les études littéraires et la philosophie. 

Dans nos sociétés occidentales, la singularité est étroitement liée à l’individualité. Elle n’est pas seulement une propriété, mais aussi une valeur. L’idéal de réalisation de soi pousse les individus vers l’authenticité, la différence et l’épanouissement.  

En sciences de la complexité, la singularité interroge la science au-delà de ses frontières. Elle est à la fois défi et mystère. La singularité émerge lorsque les lois habituelles ne s’appliquent plus, lorsque les règles de la complexité se dérobent. Elle nous invite à explorer les limites de notre compréhension scientifique. C’est ainsi qu’en physique, la singularité revêt un autre sens. C’est une rupture des règles familières, un point d’inflexion où notre compréhension atteint ses limites. D’ailleurs, entre la relativité générale et la mécanique quantique, il existe une incompatibilité fondamentale, qualifiée de singularité. 

En somme, la singularité est un concept qui transcende les disciplines scientifiques, nous invitant à repousser les frontières de notre compréhension2. Exemples : les trous noirs, les étoiles à neutrons, les pulsars et les quasars. Ainsi, notre univers observable est un théâtre de singularités fascinantes, chacune nous offrant un aperçu unique de la physique et de la cosmologie. 

Dans le domaine philosophique, la singularité est liée à l’individu, à ce qui le distingue des autres. Elle est souvent associée à l’existence concrète et à l’expérience personnelle3. La singularité concerne l’unicité et l’individualité. 

En sciences informatiques, la singularité technologique est un concept fascinant qui suscite à la fois l’enthousiasme et l’inquiétude. Elles englobent divers scénarios tels que l’Intelligence Artificielle (IA) qui s’autoaméliore, la possibilité de fusionner un cerveau avec un ordinateur, l’émergence d’une entité dotée d’une intelligence surpassant largement celle de tous les humains combinés, etc. 

La singularité technologique soulève des questions éthiques, sociales et philosophiques. Comment gérer une IA surpassant notre propre intelligence ? Quelles seront les implications pour l’emploi, la vie quotidienne et la sécurité ? 

La singularité d’un point de vue spirituel 

Dans le domaine des soins palliatifs, la dimension spirituelle est réintégrée dans l’approche des patients. Elle reconnaît que l’être humain n’est pas seulement biologique et psychologique, mais aussi spirituel. Prendre soin d’une personne implique de considérer sa singularité, ses besoins spirituels et sa quête de sens. L’accompagnement spirituel devient essentiel pour maintenir la qualité relationnelle et l’humanité dans les soins4

Dans les traditions spirituelles, la singularité peut être explorée à travers la vision intérieure. Lorsque nous détournons notre attention du monde extérieur pour nous approcher de la spiritualité, nous commençons à percevoir les mondes intérieurs et le sacré. 

Dans la spiritualité, la singularité réside dans l’expérience personnelle de la transcendance, de la prière, de la méditation ou de la communion avec le divin. La singularité spirituelle respecte la liberté individuelle. Chaque personne a sa propre quête, sa propre relation avec le sacré. L’accompagnement spirituel doit se faire dans le respect de cette singularité, sans imposer de croyances ou de dogmes. 

Conceptions de la singularité dans les traditions religieuses 

Dans le contexte du dialogue entre croyants de différentes religions, la singularité se manifeste par la reconnaissance de l’unicité de chaque tradition. Chaque foi a sa propre voie vers le divin, ses rituels, ses textes sacrés et ses pratiques. Le dialogue interreligieux permet alors d’explorer ces singularités tout en cherchant des points communs, des valeurs partagées et des compréhensions mutuelles5. Chaque croyant est complémentaire à l’unité de l’ensemble. La singularité des individus s’intègre ainsi dans la diversité de la communauté religieuse et la singularité dans les traditions religieuses nous rappelle la richesse de l’expérience spirituelle et la diversité des voies vers le sacré

La Singularité de l’Incarnation 

Dans le christianisme, la singularité réside dans l’incarnation du Christ. Jésus est vu comme le Fils unique de Dieu, l’unique médiateur entre Dieu et l’humanité. Cette singularité divine-humaine est au cœur de la foi chrétienne

Les crucifix pointés du doigt par les enfants 

À leur niveau, les enfants ont vécu une singularité dans le sens d’une expérience personnelle unique qui les a peut-être perturbés. En effet, voir un homme cloué sur une croix pour la première fois et un événement singulier en soi.  

Nos églises ne sont plus des lieux de transmission du patrimoine spirituel de nos ancêtres. Quelques touristes les visitent pendant la saison estivale, sans plus. Les mamans de ces enfants ne pouvaient probablement pas leur donner une explication au sujet de ce crucifié, encore moins un enseignement.  

De fait, il y a eu deux croix. La première datait de 1936 et la second de 1982. Elles sont maintenant réunies et bien visibles près de la porte d’entrée du Salon Bleu  que j’ai visité en 2019.

Pourtant, nos ancêtres ont accordé beaucoup d’importance aux crucifix. Il y en avait partout; dans les maisons, les salles de classe, les carrefours, les façades des bâtiments et même dans le Salon Bleu de l’Assemblée nationale. Depuis les débuts du christianisme, la contemplation du crucifié est une démarche spirituelle ayant une grande signification.  

Le sang versé par Jésus sur la croix a une portée universelle et revêt une singularité exceptionnelle. Par son sang, il a détruit le mur de la haine qui divise les humains (Lettre de Paul aux Éphésiens, 2, 13-18). Il nous a réconcilié avec Dieu les uns et les autres en un seul corps par le moyen de la croix. C’est lui, le Christ, qui est notre paix. 

Comment expliquer ça aux enfants qui pointent du doigt un crucifix ? Ce jour-là, dans l’église de Deschambault, avant même d’avoir le temps de me poser la question, les deux mamans et leurs enfants étaient déjà sortis. 

  1. Le Chemin de Croix est une tradition profondément enracinée dans l’Église catholique, mais elle est également présente dans d’autres confessions chrétiennes. Chaque station représente un moment précis de la passion de Jésus, offrant aux croyants l’opportunité de méditer sur les enseignements de Jésus et de grandir dans leur foi.  ↩︎
  2. Source : https://journals.openedition.org/traces/7311   ↩︎
  3. Source : https://www.cairn.info/revue-des-sciences-philosophiques-et-theologiques-2011-3-page-581.htm   ↩︎
  4. Source : https://www.cairn.info/revue-infokara-2011-4-page-339.htm   ↩︎
  5. Source : https://www.cairn.info/revue-recherches-de-science-religieuse-2006-4-page-571.htm   ↩︎

Fête nationale : un divorce assumé et prometteur 

Il y a 100 ans 

Le 24 juin 1924, les fêtes grandioses de la Société Saint-Jean Baptiste de Montréal étaient principalement associées à une procession patriotique mettant en vedette l’œuvre de la race française en Amérique. Les chars allégoriques qui ont pris part au défilé montraient différents événements historiques tels qu’un hommage à Marguerite Bourgeois et au héros national Pierre LeMoyne d’Iberville. 

Rappelons que la première célébration de la fête nationale canadienne a eu lieu le 24 juin 1834, date choisie par Ludger Duvernay, fondateur de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal. Toutefois, ce n’est qu’en 1908 que le pape Pie X a approuvé le choix de Jean-Baptiste comme patron de tous les Canadiens-français du Canada et de l’étranger. 

Enfant, dans les années 60, je me rappelle ces défilés où figurait nécessairement un jeune garçon aux cheveux bouclés blonds assis imperturbablement en hauteur sur le dernier char allégorique. Il représentait Jean-Baptiste. C’était comme ça ! 

Un siècle plus tard 

En 2024, nous assistons à une profonde transformation. Selon le site officiel du comité de la fête nationale, la priorité de la fête nationale est mise sur une joyeuse célébration de notre vivre-ensemble harmonieux. Cette année, le défilé était une simple parade de fresque vivante, une ode à la tradition, à la modernité, et surtout, à la joie de vivre qui pulse au cœur de chaque Québécoise et Québécois. 

Selon Benoit McGinnis, porte-parole de la 190e édition de la Fête nationale, plus de 6000 activités ont eu lieu sur près de 650 sites, dans toutes les régions. Les festivités ont rejoint plus de 2,5 millions de personnes, qui ont chanté sur tous les tons et avec tous les accents leur attachement au Québec. 

Et la religion catholique dans tout ça ! 

Une messe a été présidée par Mgr Christian Lépine à l’église Saint Jean-Baptiste de Montréal le 24 juin 2024 à 10h00. J’y étais. Au début de la messe, un laïc a souligné que la paroisse célébrait cette année son 150e anniversaire. Or, aucune référence à la fête nationale des Québécois n’a été évoquée pendant toute la cérémonie religieuse. Évidemment, aucune personnalité publique ou politique n’était présente. Les chrétiens se sont rassemblés essentiellement pour prier. À ce titre, Mgr Lépine a parfaitement endossé son rôle de guide spirituel. Dans cette assemblée, j’ai noté qu’il y avait quelques religieuses en habit traditionnel, avec voile.  

Puis, en après-midi, je me suis rendu au parc Maisonneuve où se déroulait les spectacles de la fête nationale. Cela n’avait rien à voir avec l’élan patriotique, selon Gilles Vigneau, et poétique, selon Jean-Pierre Ferland, du grand spectacle 1 x 5 qui a eu lieu sur le mont Royal en 1976. J’avais 21 ans à cette époque. 

Bref, qu’ai-je vu au parc Maisonneuve ? J’ai vu une foule très diversifiée; des familles, des jeunes comme des plus âgés. Il y avait des musulmanes, jeunes et moins jeunes, québécoises portant le voile. À vrai dire, c’est le seul signe religieux ‘ostentatoire’ que j’ai noté. L’ambiance était à la fête, mais sans exaltation ou débordement. Les organisateurs ont atteint leur but; une joyeuse célébration de notre vivre-ensemble harmonieux. 

Le divorce assumé 

Le lien historique entre l’esprit patriotique et la religion catholique est définitivement brisé. Et c’est tant mieux ! Chacun a trouvé sa place. Alors que la société québécoise se diversifie grâce à l’apport de nouveaux immigrants, nous assistons à une transition minoritaire du catholicisme au Québec. Les statistiques indiquent qu’entre 5% et 15% des baptisés assistent aux messes. Aussi, les communautés religieuses et les diocèses ont entrepris un processus de gestion de la décroissance et de liquidation des actifs immobiliers. La visibilité des signes architecturaux catholiques s’évapore de plus en plus. Sur les 2 746 églises du Québec inventoriées en 2003, 713 ont été détruites, fermées ou reconverties

Requiem pour une église (1 : voir le commentaire au bas de l’article.)

Selon Yann Raison et E.-Martin Meunier, le catholicisme a longtemps occupé la grande part de l’espace religieux en France et au Québec. Cette place prépondérante lui procurait une influence indéniable sur la culture et la politique. On observe désormais une diminution de cette influence sociale, ainsi que la perte de son rang de religion majoritaire. 

Selon ces mêmes chercheurs, on assiste à l’émergence de nouvelles structures communautaires, d’organisations et de mouvements laïques qui évoluent dans l’ombre de l’institution diocésaine et qui sont parfois difficiles à distinguer. De plus, l’apport de l’immigration favorise l’émergence d’un ‘nouveau catholicisme’. En effet, les chrétiens issus de l’immigration sont deux fois plus pratiquants en moyenne qu’un Québécois.  

Perspectives 

Sans être prophète, il est raisonnable de penser que l’effacement graduel de la visibilité des institutions religieuses catholiques au Québec ouvrent la voie vers de nouvelles potentialités. Cela permet aux catholiques de devenir de véritables partenaires du vivre-ensemble harmonieux. D’une société tricottée serrées comme je l’ai connu dans mon enfance, je me réjouis désormais de participer et même contribuer à l’essor d’une société basée, non pas sur un nationalisme racial comme en 1924, ni sur une identité religieuse majoritairement catholique, mais sur un accueil mutuel respectueux des diversités ethniques et religieuses, source d’un enrichissement collectif idéalement harmonieux.

À vrai dire, c’est Jean-Pierre Ferland qui avait raison en 1974; la poésie doit primer sur le patriotisme.  

Liens :

Cet article a été publié dans le journal
Le Nouvelliste en date du 7 juillet 2024

(1) Requiem pour une église. Ce numéro présente les cas particuliers de trois églises représentatives de ce qui se trame présentement concernant le patrimoine religieux bâti du Québec. L’église Saint-Jean-Baptiste, située dans la ville de Québec, classée monument patrimonial, est fermée au culte depuis 2015 et n’a fait, en date de l’automne 2021, l’objet d’aucun véritable projet de requalification. L’église Saint-Cœur-de-Marie, située à Québec, classée monument patrimonial, fermée au culte depuis 1997, a finalement été démolie en 2021 par un promoteur immobilier. L’église Saint-Gabriel, située dans la MRC de Bellechasse (25 km à l’est de Québec), a été requalifiée à la fois en mode communautaire et en mode cultuel. Afin de saisir au mieux possible le destin du patrimoine religieux bâti du Québec, nous avons demandé à différents intervenants de nous entretenir de la place qu’occupait et occupe peut-être encore aujourd’hui la présence de ces églises qui ont structuré la vie de tout un peuple pendant plus de 350 ans, et en quoi leur disparation est aussi perte de mémoire et de dissolution de l’ensemble des repères visuels liés à la foi catholique.

Au Canada français, on se plaisait à répéter, dans une formule aux allures de porte tournante, que la langue était la gardienne de la foi et que la foi veillait sur la langue. Ce principe, érigé en une sorte de totem identitaire, servait de baume permettant de croire que, quoi qu’il arrive, cette société persisterait, fidèle à elle-même, dans l’ombre d’une tradition qui, à force de regarder en arrière, confondait l’espoir en l’avenir avec la contemplation béate d’un passé fabulé. (…)

(…) Une société qui se voulait fermée sur elle-même, mais qui, au nom de cette fermeture, se projetait jusqu’en Chine, n’est-ce pas formidablement paradoxal ? L’important semblait de s’accorder sur une image du monde suffisamment commode pour supporter la nôtre. Le catholicisme, au-delà de la foi réelle de ses adeptes, fut sans doute un mécanisme de défense national, une manière de tempérer une réalité difficile qu’il fallait adoucir sur le plan psychologique. Sans surprise, cette passion religieuse s’est évanouie dès lors que la situation politique et matérielle du monde changea. Sans qu’il n’ait été besoin d’aucune loi pour y parvenir.