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Mon quartier Saint-Roch, premier chapitre, juin 2026

Par Serge St-Arneault, M.Afr

Quatre mois se sont écoulés depuis notre arrivée dans le quartier Saint-Roch de Québec. Je commence tout juste à réaliser où j’habite. De bruyants chantiers de construction ont cours dès 7h00 sur notre étroite rue où le seul vénérable arbre a été abattu pour laisser place à une nouvelle construction domiciliaire. Nos voisins immédiats occupent les plus anciennes demeures du coin. Seront-ils, comme ce fut le cas pour bien d’autres habitants du quartier, expulsés par des promoteurs immobiliers ? Serons-nous les suivants ?

Page couverture du livre

J’ai mis la main sur une analyse intitulée Portrait de Saint-Roch 20251 et j’y découvre qu’au moment son âge d’or au début du XXe siècle, les quartiers Saint-Roch avec celui de Saint-Sauveur composaient les deux tiers de la population de Québec. La démolition d’une partie du quartier juif et chinois autour de 1970 a fait chuter cette population de 20,000 à 5,000. Celle-ci a maintenant remonté à 8380 et semble être en augmentation.

Faits intéressants, 41% des résidents ont un diplôme universitaire, 18% sont issus de l’immigration et, fait surprenant, 64% des ménages sont constitués d’une seule personne avec un âge moyen de 41,7 ans.

Centre Hub Créatif

Le 27 mai dernier, j’ai eu la chance de découvrir le Centre Hub Créatif 2 situé à dix minutes de marche. J’ai adoré ! Je suis comme un enfant qui fait une découverte excitante. Il s’agit d’un espace de création et de collaboration interdisciplinaire mis à la disposition des artistes et entrepreneurs culturels.

Dans le cadre du « ciné-concert » de cette soirée, Simon-Olivier Gagnon a souligné qu’il ne s’agissait pas d’un film, mais « d’une espèce d’expérimentation dans la lignée du théâtre documentaire. Mi-documentaire radiophonique, mi-soutenu par des images ».

Il était question du projet Mémoires à faire3 quidocumente l’histoire militante de l’ancien centre communautaire du 570, rue du Roi construit en 1875. C’est un lieu emblématique des luttes populaires et féministes du quartier Saint-Roch.

570, rue du Roi

Cette petite maison est un édifice emblématique du mouvement populaire de la Basse-Ville de Québec. Elle est située sur la rue où nous vivons et voisine de l’église Saint-Roch. Le projet consiste à rassembler autant d’archives que possible sur cet endroit qui a logé des dizaines d’associations4 communautaires pendant plus d’un demi-siècle entre 1954 et 2014.

Je ne sais pas combien nous étions dans la salle du Centre Hub Créatif, mais il n’y avait aucune place libre. J’ai été séduit par la simplicité et la vive émotion suscitée par la présentation qui alliait photos d’archives, cours extraits vidéos, poèmes, accompagnement musical. Les plus anciens locataires présents dans la salle qui ont tant travaillé au 570 rue du Roi ont été comblés de souvenirs. L’émotion était palpable.

C’est là que j’ai rencontré François G. Couillard. Il est blogueur et spécialiste du quartier Saint-Roch. Son blogue contient des anecdotes historiques présentées sur balado. Il décrit, par exemple, la statue de Saint-Roch, maintenant disparue depuis quelques années, qui surplombait la façade de l’église devant le parvis.

Le parvis de Saint-Roch

Méchouis – Traiteur – Le braisé – Québec

En compagnie de Jean-Paul Guibila, M.Afr (à droite), Valérie, qui a généreusement organisé le repas, et Raymond, son père qui connaît bien le Burkina Faso.
Le Braisé, Méchoui & BBC à domicile depuis 2010. Tel : 1-855-mechoui.

Vendredi midi, de généreux donateurs ont offert un méchoui festif gratuitement à tous les itinérants. J’y ai rencontré Diane, une vénérable dame qui connaît ce quartier depuis sa jeunesse. Quelle chance ! Elle m’a parlé du Relais, un endroit où les itinérants peuvent trouver un espace de repos sécuritaire.

C’est juste ici, sur la rue, dit-elle.

J’aimerais bien connaître l’endroit.

Viens avec moi, je te montrerai.

Je suis passé devant la porte de nombreuses fois sans jamais me douter que c’était LÀ ! Je savais qu’il y avait un endroit dans le sous-sol de l’église que la Ville de Québec envisage d’aménager pour les itinérants. Bien sûr, j’ai fait le tour du sous-sol, qui est à l’image de l’église elle-même, c’est-à-dire IMMENSE ! Mais, ce coin-là, je ne l’avais pas vu. Et bien oui, Le Relais est situé dans un coin du sous-sol de l’église !

À première vue, ça semble plutôt délabré. Mon instinct me dit de ne pas aller trop loin. Il y a un va-et-vient constant. Heureusement, les intervenants sont présents. Je fais connaissance avec James, Christian, Serge et Malo. Christian est d’origine togolaise. Il y a aussi Laure, burkinabé, agente de sécurité.

Le local est ouvert le jour seulement pendant l’été et la nuit pendant l’hiver. Je découvre les racoins où les itinérants dorment. Il y a un peu de nourriture disponible. J’écoute et j’observe. En peu de temps, je réalise les lourdes séquelles qui terrassent cette population marginalisée et leurs problématiques de santé mentale.

– Combien de gens viennent ici quotidiennement ?

– Environ 150.

Un cahier de statistiques permet aux intervenants de prendre des notes. Ils sont aux aguets des tensions ou agitations qui surgissent occasionnellement entre itinérants.

Êtes-vous de Québec ?

Non, je suis nouveau dans le quartier.

N’hésitez pas à revenir. Nous sommes ouverts tous les jours, sauf les mercredis pour notre réunion d’équipe hebdomadaire.

Merci de l’invitation.

Je songeais aux 150 personnes qui fréquentent quotidiennement Le Relais5 alors que nous avons à peine quelques dizaines de chrétiens qui assistent à la messe du dimanche à 11h00. La maison de Dieu accueille chaque jour plus de monde dans son sous-sol délabré que dans son vaste espace situé ‘en haut’ pendant toute une semaine !

Je reviendrai encore, c’est certain. Pour le moment je travaille ‘en haut’.

Êtes-vous prêtre ?

Oui.

– Justement, les Sœurs viendront cet après-midi apporter de la nourriture.

Quelles Sœurs ?

Des Sœurs de l’Église !

Librairie St-Jean-Baptiste : Refuge hors du temps

Je ne peux pas terminer mon chapitre en omettant cette librairie6 qui n’est pas facile à trouver du premier coup. Juxtaposées, différentes portes prêtent à confusion. Celle que je cherche est située au 565 rue St-Jean.

De vieilles marches mènent à l’étage où de sombres pièces submergées de livres empilés côtoient des étagères ornementales jusqu’au plafond. Il y a aussi un coin avec de moelleux divans pour siroter une boisson ou prendre un café. J’ai l’impression de vivre à une autre époque où les anarchistes côtoyaient des révolutionnaires. J’aime ça !

J’y rencontre Lou, Mathieu, Sara et Marie-Hélène Boucher, qui propose de visionner La Salle de Dance (2015) (Jimmy’s Hall) de Ken Loach7.

Derrière cette romance se dévoile une réalité sociale de l’entre-deux-guerres où l’institution de l’Église exerce une emprise démesurée sur la population. Le vicaire du curé Sheridan le met en garde que sa rigidité doctrinale fera fuir les jeunes. Jimmy Gralton le confronte dans le confessionnal en déclarant au curé que celui-ci avait plus de haine que d’amour au cœur pour réprimer une jeunesse qui veut simplement danser pour alléger le poids de la pauvreté. Un incendie criminel de la salle de danse mettra un point final à ce rêve et Jimmy sera expulsé de son propre pays par les autorités et retournera aux États-Unis.

  1. Portrait de Saint-Roch 2025, L’Engrenage Saint-Roch, 2025, 175 pages. 560, rue Saint-Joseph Est, Québec QC G1K 3B8
    Note : Depuis plus de quinze ans, l’Engrenage Saint-Roch rassemble des personnes et des groupes communautaires pour réfléchir, échanger et agir afin d’améliorer la qualité de vie dans le quartier pour ceux et celles qui l’habitent, le fréquentent ou y travaillent. En favorisant la participation citoyenne, l’Engrenage initie et accompagne des actions collectives visant à renforcer le tissu social, à améliorer la réponse aux besoins du quartier et à favoriser l’appropriation des espaces publics, en tenant compte des inégalités sociales et économiques. ↩︎
  2. Le Centre Hub Créatif est un espace de création et de collaboration interdisciplinaire mis à la disposition des artistes et entrepreneurs culturels de la ville de Québec, dont le but est de favoriser l’émergence de projets innovants en rendant accessibles et abordables ses lieux, son matériel et ses services. Lieu : 100-729 côte d’Abraham, Québec, QC G1R 1A2
    Autre lien : Offrir un espace ouvert, pluridisciplinaire et inclusif aux artistes de Québec ↩︎
  3. Le projet Mémoires à faire documente l’histoire militante et communautaire de l’ancien centre communautaire du 570, rue du Roi (construit en 1875), un lieu emblématique des luttes populaires et féministes du quartier Saint-Roch à Québec.
    Ce projet a commencé par une mise en commun des fruits de la recherche avec les cinéastes David B. Ricard et David Nadeau Bernatchez, du studio Entours, ainsi qu’avec l’artiste Gabrielle Bouthillier.
    Autres liens :
    Réactiver la mémoire d’un lieu emblématique des luttes populaires de la Basse-Ville
    – 570 rue du Roi : Mémoires à faire
    – Requiem pour le 570, rue du Roi ↩︎
  4. Lise partielles des organismes communautaires qui ont utilisé les locaux du 570 rue du Roi : Ciné-Vidéobec, comité citoyen de l’Aire 10, clinique d’assistance maternelle, contre communautaire du centre-ville de Québec, groupe de défense des droits des détenus (Alter Justice), union des forces Progressistes (UFP), Plume Rouge (ancêtre de Centraide), radio Basse-Ville CKIA-FM, bureau d’animation et information logement du Québec métropolitain (BAIL), l’Association coopérative d’économie familiale (AMEF) de Québec, Parti de la démocratie socialiste (PDS), conseil de Œuvres et du Bien-être, clinique populaire d’architecture, Droit de Parole (journal toujours actif), etc. ↩︎
  5. Liens pour Le relais, sous-sol de l’église Saint-Roch (L’organisme Répit Basse-Ville)
    Itinérance: de nouveaux espaces communautaires au sous-sol de l’église Saint-Roch
    Le coût des travaux a été évalué de manière préliminaire à 11,9 millions $, alors que l’échéancier prévoit une mise en service à la fin 2028.
    Cet endroit stratégique est devenu depuis quelques années un lieu de répit d’une cinquantaine de places où les personnes en situation d’itinérance peuvent se protéger du froid en hiver ou de la chaleur en été. Il abrite présentement trois organismes communautaires.
    « La Ville souhaite créer un lieu multifonctionnel avec des espaces polyvalents pour y accueillir des organismes et des projets communautaires, culturels et de loisirs. Elle vise à répondre aux besoins de la communauté, dynamiser le secteur, favoriser un sentiment d’appartenance et contribuer à l’épanouissement de chacun et au renforcement de la cohésion sociale », explique le porte-parole Jean-Pascal Lavoie.
    Itinérance : la Ville devient locataire principal du sous-sol de l’église Saint-Roch
    La Ville de Québec devient locataire principal du sous-sol de l’église Saint-Roch. La municipalité et ses partenaires y offriront un lieu de répit pour les personnes vulnérables, dont celles en situation d’itinérance.
    La Ville de Québec reprend le contrôle du sous-sol de l’église Saint-Roch
    La Ville de Québec devient locataire du sous-sol de l’église Saint-Roch, où elle souhaite, entre autres, offrir un lieu de répit aux personnes itinérantes du quartier. ↩︎
  6. Lenteur et ravissement. La Librairie Saint-Jean-Baptiste paraît dix fois plus vieille qu’elle ne l’est vraiment. Un lieu sans âge, romantique, photogénique à souhait. ↩︎
  7. Synopsis. En 1932, pendant la Grande Dépression, Jimmy Gralton est de retour dans son village natal en Irlande rurale après dix années d’exil à New York. Sitôt arrivé, Gralton renoue avec sa mère et ses vieux amis, il se remet au travail sur la terre et organise des soirées de danse très courues chez les paroissiens. Son retour remarqué dans le paisible comté de Leitrim inquiète vivement le prêtre Sheridan qui voit d’un très mauvais œil la reprise des activités sociales à la salle de danse désaffectée. Véritable lieu d’échanges et d’apprentissages pour tous, la salle communautaire est démonisée par les pouvoirs en place qui mettent tout en œuvre pour fermer cet endroit de débauche une fois pour toutes. ↩︎