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Contrôle des armes : des groupes vivement inquiets de la lenteur de Trudeau.

OTTAWA — Justin Trudeau avait promis de resserrer les règles en matière de contrôle des armes à feu, et il n’a pas livré la marchandise. Et la lenteur de son gouvernement à légiférer inquiète vivement des survivants de fusillades et des proches de personnes tombées sous les balles.

La déception qu’étaient venus exprimer les neuf personnes entassées sur l’estrade d’une salle du parlement frôlait la désillusion, jeudi. D’une seule voix, ils ont exhorté le gouvernement à déposer sans plus tarder un projet de loi sur le contrôle des armes à feu.

La coordonnatrice de Polysesouvient et diplômée de Polytechnique, Heidi Rathjen, a dit être sortie fort inquiète d’une rencontre qui a eu lieu un peu plus tôt cette semaine avec le ministre de la Sécurité publique, Ralph Goodale.

Et selon elle, contrairement à ce qu’a récemment suggéré le ministre, les travaux du comité aviseur sur les armes avancent à pas de tortue. «Le nouveau comité a été annoncé en grande pompe et, effectivement, il est beaucoup mieux», a tenu à spécifier Mme Rathjen.

«Cependant, le comité a seulement eu deux rencontres: une en mars et une en mai. Quand le ministre s’est fait questionner par rapport à quand viendrait un projet de loi, une de ses réponses était que le comité aviseur « was hard at work »», a-t-elle souligné.

Sans trop vouloir spéculer sur les raisons de la lenteur libérale à agir, elle dit avoir peine à voir un autre facteur explicatif que la pression du lobby pro-armes. Elle soupçonne que «tous ces petits délais, ces petits reculs» sont attribuables «aux objections des propriétaires d’armes».

Et alors qu’approche le 28e anniversaire de la tragédie à l’École Polytechnique, Serge St-Arneault, qui a perdu sa soeur Annie aux mains du tireur Marc Lépine le 6 décembre 1989, a imploré le premier ministre de ne pas céder aux pressions du lobby pro-armes.

«Je sais que le lobby des armes est fort et bruyant, mais votre parti, monsieur le premier ministre, a été élu majoritaire, entre autres, pour votre promesse de renverser les dommages causés par le gouvernement Harper», a-t-il dit lorsqu’il a pris la parole au micro.

«Vous avez un mandat de la population. Ne faites pas de compromis — surtout pas pour plaire au lobby des armes. Renforcez les lois de manière à (accorder la priorité à) la sécurité publique», a fait valoir M. St-Arneault.

Le groupe Polysesouvient, qui milite depuis des années pour un meilleur contrôle des armes depuis le drame de Polytechnique, s’est trouvé de nouveaux alliés: la communauté musulmane, toujours ébranlée par la fusillade survenue en janvier à la mosquée de Québec.

Un survivant de la tragédie qui a fait six victimes, Nizar Ghali, était à Ottawa pour une première apparition publique depuis la tuerie. «J’ai vécu ce drame, j’ai vu la force de destruction de ces armes à feu. J’ai vu mes frères tomber et mourir dans leur flaque de sang», a-t-il lâché.

«Qu’attendez-vous pour agir? Qu’avez-vous besoin de plus?», a-t-il lancé à l’intention du premier ministre Trudeau.

L’impatience et le désarroi s’entendaient aussi dans la voix du père de Thierry LeRoux, ce policier tué dans l’exercice de ses fonctions en 2016 à Lac-Simon, en Abitibi, dans la cadre d’une opération qui a mal tourné.

«Thierry a été tué par un individu ayant des antécédents suicidaires connus qui n’aurait jamais dû être en possession d’armes à feu. Le système actuel lui a permis de posséder des armes légales, incluant un fusil d’assaut», a laissé tomber Michel LeRoux.

«Cette tragédie, la mort de Thierry, celle du tueur, est arrivée parce que le système actuel favorise les armes à feu, les propriétaires d’armes à feu, au détriment de la sécurité publique. C’est assez, il faut que ça change maintenant», a-t-il tranché.

Le ministre Goodale a reconnu en mêlée de presse qu’un projet de loi ne serait pas déposé d’ici la fin de l’année. Mais il a promis que le gouvernement maintenait le cap et comptait toujours présenter une trousse législative conforme à la plateforme électorale.

Lorsqu’on lui a demandé d’expliquer pourquoi la promesse libérale prenait autant de temps à se matérialiser, il a laissé entendre que beaucoup d’autres dossiers dans son portfolio à la Sécurité publique l’avaient tenu occupé ces deux dernières années.

Le ministre Goodale a par ailleurs nié subir des pressions indues ou exagérées en provenance du lobby pro-armes. Il a insisté sur le fait qu’il était normal, dans une société comme le Canada, d’entendre les points de vue de tous.

Contrôle des armes à feu : des groupes pressent Trudeau d’agir « pour ceux qui sont tombés »

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PUBLIÉ LE 30 NOVEMBRE 2017 À 11 H 21 MIS À JOUR À 14 H 43

« Cette tragédie – la mort de Thierry et celle de son meurtrier – est survenue parce que le système actuel favorise les […] propriétaires d’armes à feu au détriment de la sécurité publique », a déclaré – la voix étranglée par l’émotion – le père du policier Thierry Leroux, mort en devoir à Lac-Simon en février 2016. « C’est assez, il faut que ça change maintenant », a fermement revendiqué Michel LeRoux.

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Des armes à feu comme le fusil AR-15 ci-dessus sont à autorisation restreinte au Canada. Photo : La Presse canadienne/AP / Alex Brandon

Un texte de Yanick Cyr

Des victimes et des parents de victimes de tueries perpétrées avec des armes à feu se sont rendus au parlement d’Ottawa jeudi, afin de rappeler au gouvernement de Justin Trudeau sa promesse de resserrer la législation sur le contrôle des armes à feu.

« Au cours des deux dernières années, les Canadiens ont encore été témoins de plusieurs tragédies perpétrées avec des armes à feu, dont plusieurs étaient légales », a déclaré la coordonnatrice de PolySeSouvient, Heidi Rathjen.

Cette dernière déplore la lenteur du gouvernement de Justin Trudeau dans ce dossier. Elle souligne que le ministre de la Sécurité publique, Ralph Goodale, lui avait dit en octobre dernier qu’il allait déposer un projet de loi en ce sens avant la fin de l’année.

Elle a toutefois déchanté lors de sa rencontre avec le ministre, mardi dernier. M. Goodale l’a informé qu’il n’y aurait pas de projet de loi déposé avant la fin de l’année.

Un autre délai, une autre raison pour l’expliquer, d’autres déclarations […], mais rien ne nous laisse croire que ce gouvernement a l’intention d’aller de l’avant avec un solide projet de loi dans un avenir rapproché. Heidi Rathjen

« C’est une question de vie ou de mort qui requiert une action urgente du gouvernement, c’est pour ça qu’un groupe de victimes se présente ici, pour démontrer les réelles conséquences d’une faible législation sur les armes à feu, les coûts humains », a poursuivi Mme Rathjen. Elle en a profité pour réclamer au ministre Goodale un échéancier précis et un réengagement de sa part sur ses intentions de resserrer le contrôle des armes à feu.

« Le Parti libéral a promis de renforcer le contrôle des armes à feu lors de la dernière campagne électorale, a rappelé Mme Rathjen. Nous attendons une loi sur le contrôle des armes à feu depuis maintenant trois ans. »

Citant les données publiées par Statistique Canada la semaine dernière, elle souligne que les meurtres commis avec une arme à feu sont en hausse – tant le nombre que le taux – pour une troisième année de suite. Ces crimes ont augmenté de 70 % au cours des trois dernières années, ajoute-t-elle.

« Monsieur Trudeau, vous avez fait la promesse »

Trudeau, vous avez fait la promesse de resserrer la loi sur les armes à feu. Vous devez maintenant choisir entre le lobby des armes à feu et la sécurité publique. Michel LeRoux

« S’il vous plaît, pas de demi-mesure, a poursuivi M. LeRoux. Pour notre fils, pour ceux qui sont tombés comme lui et pour ceux qui continuent de servir et protéger […], il faut empêcher la possession d’armes pour les gens qui souffrent de maladies mentales connues et il faut empêcher les citoyens ordinaires d’avoir un arsenal d’armes de guerre dont le pouvoir destructeur dépasse celui des équipements policiers. »

LeRoux déplore en effet que son fils ait été tué par un homme qui avait des problèmes de santé mentale et qui détenait légalement des armes à feu.

« Thierry a été tué par un individu ayant des antécédents suicidaires connus et qui n’aurait jamais dû être en possession d’une arme à feu, a-t-il déclaré. Le système actuel lui a permis d’en posséder, des armes légales, incluant un fusil d’assaut, et ce, malgré les antécédents et la menace qu’il représentait pour lui-même, son entourage et les policiers. Les autorités le savaient. »

Le frère d’une victime [Annie St-Arneault] de Polytechnique, Serge St-Arneault, abonde en ce sens : « Je sais que le lobby des armes est fort et bruyant, mais votre parti, Monsieur le Premier Ministre, a été élu majoritaire entre autres pour votre promesse de renverser les dommages causés par le gouvernement Harper ».

Vous avez un mandat de la population, ne faites pas de compromis, surtout pas pour plaire au lobby des armes. Renforcez les lois de manière à renforcer la sécurité publique. Serge St-Arneault

Blessée par le tireur du Collège Dawson en 2006, Meaghan Hennigan confie qu’elle souffre toujours des séquelles physiques des deux balles reçues – l’une dans un bras et l’autre dans la hanche droite – lors de la tragédie.

Elle souligne qu’en raison de l’assouplissement de la loi sur le contrôle des armes à feu du gouvernement de Stephen Harper en 2012, les Canadiens sont moins bien protégés que lors de la tragédie de Dawson. Mme Hennigan précise que le tireur avait le droit de posséder le fusil d’assaut – à autorisation restreinte – qu’il a utilisé pour commettre son geste.

Mme Hennigan ajoute que le nouveau modèle du fusil d’assaut utilisé à Dawson échappe maintenant à tout contrôle au Canada. « Personne ne peut savoir qui en a un ou combien il en a », déplore-t-elle.

Tout en dénonçant l’islamophobie, le vice-président du Centre culturel islamique de Québec Boufeldja Benabdallah a joint sa voix et celle des siens pour réclamer un resserrement du contrôle des armes à feu.

C’est l’accès aux armes [pour] des personnes malades et [mal] intentionnées que nous ne voudrions plus dans ce pays de grandes libertés. Boufeldja Benabdallah

Le 29 janvier 2017, un tireur s’est introduit dans la mosquée de Québec où une soixantaine de personnes étaient réunies pour la prière. L’individu a ouvert le feu sur les fidèles tuant six personnes et en blessant grièvement cinq autres.

Récital de poésie et de littérature à La Tuque

La poésie et la littérature pour l’estime de soi

L’Écho La Tuque – Haut St-Maurice, Publié le 13 avril 2016

Récital de poésie La Tuque Mars 23 Echo La Tuque

Récital de poésie et de littérature à La Tuque

CULTURE. Le 5 février dernier, six élèves du primaire et du secondaire des écoles de La Tuque ont participé au récital de poésie et de littérature organisé au Complexe culturel Félix-Leclerc pour la cinquième année consécutive.

Le premier événement avait été tenu en septembre 2011 à l’occasion de la sortie du livre du père Serge St-Arneault, un prêtre missionnaire d’Afrique et frère d’Annie St-Arneault, l’une des victimes de la tuerie de Polytechnique. Son livre, Une parole pour traverser le temps, contient les poèmes de sa sœur. Un récital avait été tenu lors de la sortie.

Le père St-Arneault avait alors invité la communauté de La Tuque à répéter l’expérience le 6 décembre, date de la tragédie, ainsi qu’au cours des années subséquentes. La tradition se perpétue ainsi depuis maintenant cinq ans, où des artistes partagent leurs propres textes ou ceux d’autres auteurs latuquois d’origine ou d’adoption.

Nadine Abboud Lebrun dit s’investir depuis cinq ans pour susciter la participation des élèves, car il s’agit d’une occasion privilégiée d’améliorer leur estime de soi et leur confiance. «Écrire permet aussi à chacun des élèves de se révéler à lui-même et de mieux se connaître. Il y a donc un aspect spirituel dans la participation au récital de poésie», explique-t-elle.

«Je participe aux récitals de poésie depuis 2011. J’étais alors en première secondaire et j’ai répondu à l’invitation de Mme Nadine. Au début, j’avais de la difficulté à me présenter au micro. J’étais trop gênée», explique le participant Shawerim Coocoo. «Au bout de cinq ans, je peux mesurer le chemin parcouru. J’ai acquis énormément de confiance et d’assurance sur scène. Mes textes sont devenus de plus en plus profonds. Ils me permettent aussi de mieux me connaitre, de me comprendre et de m’affirmer. Je suis fière de moi!»

La bibliothèque Annie-St-Arneault est inaugurée

Michel Scarpino, Publié le 19 septembre 2015

HOMMAGE. Il y avait beaucoup d’émotion dans l’air, lors de l’inauguration de la bibliothèque municipale qui portera désormais le nom d’Annie-St-Arneault.

Parents, amis, plus d’une centaine de personnes ont été témoins du dévoilement de la nouvelle enseigne, qui témoigne que La Tuque se souviendra de cette Latuquoise décédée à 23 ans, lors de la tuerie de la polytechnique, en décembre 1989.

Ville de La Tuque souhaitait vraiment associer le nom d’Annie St-Arneault à un établissement de culture.

Le père Serge St-Arneault, missionnaire en Afrique, a ainsi résumé la pensée de sa mère Laurette en 2009. «Elle était belle, vaillante, déterminée, avec une soif d’apprendre en semant autour d’elle la joie et l’amour. Étudiante en sciences, elle mettait beaucoup d’efforts pour comprendre les formules mathématiques au lieu de simplement les apprendre par cœur. La bibliothèque municipale, rebaptisée à son nom, est donc un choix judicieux, puisqu’elle est un lieu de savoir, comme le soulignait M. Luc Martel». Dès l’adolescence, Annie St-Arneault a écrit de la poésie. Un recueil de ses poèmes a d’ailleurs été publié en 2011.

La sœur d’Annie St-Arneault, Lucie, trouve «doublement touchant», le fait que ce soit le premier bâtiment municipal à porter le nom d’une personne. «Ça place un baume sur la tragédie de la perte de ma sœur et c’est très apprécié de la part de Ville de La Tuque», a-t-elle indiqué.

« Nous avons travaillé ce projet en étroite collaboration avec la famille, parce que c’était important pour nous de poser un geste significatif qui aurait leur approbation. Il y avait plusieurs options possibles pour lui rendre hommage, mais il nous est vite apparu que la bibliothèque était le lieu le plus approprié pour le faire, étant donné qu’elle aimait la poésie et qu’elle avait une grande soif d’apprendre. Le conseil municipal est très fier, car nous vivons aujourd’hui un beau moment dans l’histoire latuquoise, même si ce geste est relié à une tragédie. Comme sa poésie, son nom sur cet édifice de La Tuque pourra traverser le temps, afin de perpétuer sa mémoire et rappeler à tous que la violence envers les femmes n’a pas lieu d’être dans le monde. Nous remercions les membres de sa famille qui ont généreusement accepté que cet hommage lui soit rendu », a pour sa part indiqué le maire Normand Beaudoin.

Un signet a d’ailleurs été produit pour l’occasion et le logo de la bibliothèque a été modifié.

«Nous sommes et resterons toujours fiers d’être latuquois», a lancé Serge St-Arneault.

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«Annie St-Arneault restera gravée dans l’histoire»

Publié le 19 septembre 2015 à 15h21 | Mis à jour le 21 septembre 2015 à 08h31

«Annie St-Arneault restera gravée dans l’histoire»

(La Tuque) La Latuquoise Annie St-Arneault, l’une des 14 victimes de la tragédie à l’École Polytechnique de Montréal, restera gravée dans la mémoire collective des citoyens du Haut Saint-Maurice. Entourés des membres de sa famille et d’amis, les dirigeants de Ville de La Tuque ont procédé, samedi, à une cérémonie spéciale pour rebaptiser l’édifice de la bibliothèque à la mémoire d’Annie St-Arneault.

«Annie St-Arneault restera ainsi gravée dans l’histoire de La Tuque, et l’événement insensé qui lui a coûté la vie, jamais oublié […] Ce grand hommage apporte un baume sur une douleur que nous ressentons encore 25 ans après la tragédie», a mentionné son frère, le père Serge St-Arneault.

La Latuquoise aimait l’art, la poésie, ainsi que tout ce qui entoure le savoir et la connaissance. D’ailleurs, Lucie St-Arneault a lu, avec beaucoup d’émotion, un des poèmes de sa sœur devant les dizaines de personnes venues pour le grand dévoilement.

«Ce sont des belles émotions», a-t-elle tenu à préciser.

Par ce geste, le conseil municipal désirait rendre hommage à Annie St-Arneault et s’assurer que son histoire traversera le temps. C’était d’ailleurs le premier bâtiment municipal baptisé au nom d’une personne à La Tuque.

«Nous avons travaillé ce projet en étroite collaboration avec la famille, parce que c’était important pour nous de poser un geste significatif qui aurait leur approbation. Il y avait plusieurs options possibles pour lui rendre hommage, mais il nous est vite apparu que la bibliothèque était le lieu le plus approprié pour le faire, étant donné qu’elle aimait la poésie et qu’elle avait une grande soif d’apprendre», a souligné le maire de La Tuque, Normand Beaudoin.

D’ailleurs, la famille a été très touchée par cet honneur. Un honneur qui a ravivé un mélange d’émotions. «Un mélange d’émotions et un mélange de fierté. Ça nous remet un peu dans le drame, ça nous fait un peu de peine, mais ce qui ressort c’est le côté positif. […] Ça touche encore des gens après 25 ans, et ça m’impressionne. Les gens n’ont pas oublié et c’est très touchant», a affirmé sa sœur.

«Mes parents vivent cette journée d’une façon unique, que je ne peux malheureusement pas décrire, mais le sentiment est profond. Pour ma mère particulièrement, le fait que la Ville honore sa fille, c’est vraiment un honneur. Un honneur partagé par la famille, la population de La Tuque, le Québec, le pays…», a ajouté son frère.

Le nouvel affichage de l’édifice a été dévoilé à l’extérieur de la bibliothèque. Sur l’affiche, le mot ‘municipale’ a laissé sa place à ‘Annie-St-Arneault’. Il y a aussi maintenant un espace, à l’intérieur de la bibliothèque, dédié à la mémoire de cette étudiante en génie mécanique décédée à 23 ans en assistant à son dernier cours avant l’obtention de son diplôme.

En 2011, son frère, le père Serge St-Arneault, missionnaire en Afrique, a publié un recueil de poèmes qu’elle avait rédigé à l’âge de 11 ans et à l’âge de 23 ans. Ce recueil fait partie des objets exposés à sa mémoire à la Bibliothèque Annie-St-Arneault de La Tuque.

«J’ai espoir que les générations futures qui viendront à la bibliothèque, qui auront accès à sa poésie et à d’autres documents et qui verront le nom d’Annie, s’interrogent sur la tragédie qu’ils n’ont pas connue. Que cela devienne une mobilisation contre la violence et particulièrement celle faite aux femmes», a souligné son frère.

Le logo, ainsi que le signet de la bibliothèque ont aussi été modifiés. Les gens présents à la cérémonie ont reçu le nouveau signet en guise de souvenir de cette journée très spéciale.

«Le conseil municipal est très fier, car nous vivons aujourd’hui un beau moment dans l’histoire latuquoise, même si ce geste est relié à une tragédie. Comme sa poésie, son nom sur cet édifice de La Tuque pourra traverser le temps, afin de perpétuer sa mémoire et rappeler à tous que la violence envers les femmes n’a pas lieu d’être dans le monde. Nous remercions les membres de sa famille qui ont généreusement accepté que cet hommage lui soit rendu», a mentionné le maire de La Tuque.

Fiche PDF

Discours du père Serge St-Arneault lors de l’inauguration de la bibliothèque « Annie St-Arneault »

Bibliothèque « Annie St-Arneault »

La Tuque, 19 septembre 2015

Monsieur Normand Beaudoin, Maire de Ville de La Tuque

Monsieur Luc Martel, Conseiller municipal

Conseillère et conseillers municipaux de Ville de La Tuque

Monsieur Alain Michaud, Bibliothécaire

Parents, amis, membres de ma communauté des Missionnaires d’Afrique

ainsi que de l’Association de famille Paul Bertrand dit St-Arnaud.

Distingués invités et visiteurs

Latuquoises et Latuquois

C’est une grande joie pour nous tous d’être ici aujourd’hui. Cela est particulièrement vrai pour mes parents Laurette et Bastien, ma sœur Lucie et mon frère Sylvain, ainsi que leurs conjoins Daniel et Guylaine et leurs enfants Roxanne, Vincent, Isabelle et Mathieu.

Nous nous préparons pour ce grand jour depuis le mois de mai alors que Monsieur Beaudoin adressait une lettre à mes parents leur demandant s’ils seraient d’accord à ce que Ville de La Tuque rende hommage à titre posthume à leur fille en nommant la bibliothèque municipale à son nom. Annie St-Arneault resterait ainsi gravée dans l’histoire de La Tuque et l’événement insensé qui lui a coûté la vie, jamais oublié. Mes parents n’ont pas tardé à donner leur accord avec le consentement unanime des enfants.

Ce grand hommage apporte un baume sur une douleur que nous ressentons encore 25 ans après la tragédie de la Polytechnique. Votre présence nombreuse, j’en suis persuadé, montre bien que vous partagez le même sentiment.

Dans l’un de ses témoignages en 2009, Laurette disait qu’Annie avait une personnalité unique. Elle était belle, vaillante et déterminée avec une soif d’apprendre en semant autour d’elle la joie et l’amour. Étudiante en sciences au CEGEP de Trois-Rivières, elle mettait beaucoup d’effort pour comprendre les formules mathématiques au lieu de simplement les apprendre par cœur. La bibliothèque municipale rebaptisée à son nom est donc un choix judicieux puisqu’il est un lieu de savoir, comme le soulignait Monsieur Luc Martel.

Annie avait de grands rêves qui resteront à jamais inachevés, dont celui de devenir ingénieure. À la surprise d’une de ses grandes amies, elle avait même envisagé de venir me rejoindre en Afrique. C’était là une autre manière pour elle de repousser les frontières de l’inconnu.

La bibliothèque qui portera désormais le nom de ma sœur est non seulement un geste public, mais également l’occasion d’affirmer l’égalité fondamentale entre nous tous : hommes et femmes engagés pour la promotion des droits universels de la personne.

La tuerie de 14 femmes à l’École Polytechnique de Montréal en 1989 est devenue une référence historique incontournable, certes tragique, mais également mobilisatrice dans nos luttes contre toute forme de discrimination et de violence. Heureux hasard, dans deux jours, soit le 21 septembre, l’Organisation des Nations Unies soulignera la Journée internationale de la paix où nous sommes conviés à exprimer notre solidarité avec les millions de personnes de par le monde qui sont touchées par les persécutions dévastatrices de la violence et des conflits.

Ici, dans notre société, les gains acquis pour un plus grand respect mutuel sont nombreux. Nous pouvons être fiers de qui nous sommes. Cette fierté a des racines profondes qui remontent à nos ancêtres qui ont prôné les valeurs de charité, d’égalité, de compassion et de solidarité dans un effort réel de lutter contre la pauvreté. Ce sont ces valeurs, au dire du sociologue Gérard Bouchard, prêchées par la religion catholique de nos aïeux, qui nous ont permis de devenir l’une des sociétés les plus égalitaires d’Amérique.

Annie s’exprimait par l’écriture. D’ailleurs, son recueil de poésie, intitulé Une parole pour traverser le temps, est ici à la bibliothèque. Dans un extrait du prologue de ce recueil, j’écrivais ceci :

« La rage abusive et meurtrière ne s’explique pas. L’intolérance s’acharne sur des cibles pour la simple raison d’être ce qu’elles sont : des femmes ou des enfants, des gens d’autres races ou de différentes idéologies et religions. Une fausse image de l’autre, exacerbée par une peur aveugle, semble être à l’origine de comportements aussi absurdes que tragiques, comme ce fut le cas le 6 décembre 1989. »

« Avec le passage du temps, à la lumière de l’Esprit de Jésus, nous cessons de nous ronger de l’intérieur et de faire souffrir nos proches avec notre douleur personnelle. Le cycle de la violence prend fin et nos cœurs brûlent de la présence invisible de ceux et celles qui nous ont quittés, comme il nous arrive de saisir un morceau de vie céleste en accueillant spirituellement la présence de Jésus au moment de la fraction du pain eucharistique. »

Annie est née à La Tuque, y a grandi, reçu son éducation, exprimé ses talents de comédienne, de musicienne et de scientifique. La bibliothèque municipale est à l’image de sa soif de connaissance. Il m’arrive parfois de faire un parallèle avec une autre jeune femme que vous connaissez bien; Malala Yousafzai, cette jeune Pakistanaise que des islamistes alliés à Al-Qaïda ont tenté d’assassiner en 2012. Le souhait de Malala est que toutes les filles, où qu’elles soient dans le monde, puissent avoir accès à l’éducation.

Aujourd’hui nous célébrons la courte vie d’une jeune et talentueuse femme  dont le nom est désormais associé à un édifice public dédié au savoir. Annie est devenue une source d’inspiration pour les jeunes femmes ainsi que les hommes qui rêvent d’un monde meilleur.

De retour d’Afrique pour mes vacances, je remercie de tout cœur les organisateurs de cet événement pour avoir patienté afin de me permettre d’être avec vous en ce moment.

Un merci spécial aussi à ma petite maman Laurette qui a été notre porte-parole dans les nombreux courriels échangés pour préparer l’inauguration de la bibliothèque « Annie St-Arneault ». Cela lui a fait revivre beaucoup d’émotion et a aussi accru sa fierté d’être la maman d’Annie.

Votre nombreuse présence est le gage de votre amitié, de votre amour et de votre fraternité. Certains d’entre vous venez d’aussi loin que Québec et Montréal. Nous vous remercions infiniment.

Plus spécialement, la population de La Tuque a toujours manifesté sa sympathie et son affection auprès de notre famille St-Arneault. Nous sommes et resterons toujours fiers d’être Latuquois.

Je termine avec ces quelques mots de maman qui ont été publiés dans le journal Le Nouvelliste au mois de décembre dernier : « Annie, tes rêves ne se réaliseront pas, tes poèmes resteront inachevés, mais notre amour pour toi durera toujours. Tu es notre étoile qui éclaire nos nuits, puisse ta joie de vivre nous inspirer toujours. »

 Père Serge St-Arneault, M.Afr, Missionnaire en Zambie

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La bibliothèque municipale rebaptisée « Annie St-Arneault »

Echo La Tuque Logo

Écho de La Tuque Haut-St-Maurice, mercredi 9 septembre 2015. Volume 78 No 35.

Michel Scarpino

Hommage. TC Media a appris que Ville de La Tuque s’apprête à rebaptiser sa bibliothèque municipale à la mémoire d’Annie St-Arneault, victime latuquoise de la tuerie de la Polytechnique du 6 décembre 1989.

La municipalité organisera une grande cérémonie, le 19 septembre prochain, au cours de laquelle la  bibliothèque municipale affichera son nouveau nom.

C’est le conseiller municipal Luc Martel qui a amené l’idée au conseil municipal, puisqu’Annie St-Arneault aspirait à un grand rêve : celui de devenir ingénieure.

« La bibliothèque est un lieu du savoir et de la connaissance, ça entre beaucoup dans ce qu’Annie St-Arneault souhaitait devenir » a expliqué M. Martel. Également, Annie St-Arneault appréciait beaucoup l’écriture.

Aussitôt apporté à la table du conseil, la proposition a été adaptée de façon unanime par les élus. Également et plus que tout, soulignait M. Martel, « il y a le fait que la violence faite aux femmes ne sera jamais acceptable et il faut s’en rappeler. »

La bibliothèque municipale de La Tuque rebaptisée

© Photo TC Média-Michel Scarpino, Bibliothèque municipale

Par Michel Scarpino       Publié le 01 septembre 2015

TC Média a appris que Ville de La Tuque s’apprête à rebaptiser sa bibliothèque municipale.

Le bâtiment sera renommé à la mémoire d’Annie St-Arneault, victime Latuquoise de la tuerie de la polytechnique du 6 décembre 1989. La municipalité organisera une grande cérémonie, le 19 septembre prochain, au cours de laquelle la bibliothèque municipale arborera son nouveau nom.

C’est le conseiller municipal Luc Martel qui a amené l’idée au conseil municipal, puisqu’Annie St-Arneault aspirait à un grand rêve : celui de devenir ingénieure.

«La bibliothèque est un lieu du savoir et de la connaissance, ça entre beaucoup dans ce qu’Annie St-Arneault voulait devenir», a expliqué M. Martel. Également, Annie St-Arneault appréciait beaucoup l’écriture.

Aussitôt apportée à la table du conseil, la proposition a été acceptée de façon unanime par les élus. Également et plus que tout, soulignait M. Martel, «il y a le fait que la violence faite aux femmes ne sera jamais acceptable et il faut s’en rappeler».

La famille d’Annie St-Arneault s’est dite enchantée de la proposition de Ville de La Tuque. Toute la population pourra d’ailleurs assister à cette inauguration.

Annie et Lucie, 25 ans plus tard

ISABELLE LÉGARÉ
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Le soir du 6 décembre 1989, Lucie St-Arneault a appelé sa soeur Annie comme elle avait l’habitude de le faire chaque semaine. Lucie, 21 ans, venait de terminer ses études au Cégep de Trois-Rivières alors qu’Annie, 23 ans, poursuivait les siennes à l’École polytechnique, à Montréal.

«Qu’est-ce qui se passe dans ta vie?» Leurs conversations démarraient toujours avec cette question en apparence anodine. Les deux complices pouvaient y répondre en dix minutes ou, lorsqu’elles se laissaient aller à la confidence, raccrocher au bout d’une heure.

Vingt-cinq ans après la tuerie de l'École polytechnique, Lucie St-Arneault parle avec tendresse de sa soeur Annie. Elle accepte de plonger dans ses souvenirs avec l'espoir qu'on n'oublie jamais les quatorze jeunes femmes qui y ont laissé leur vie. PHOTO: STÉPHANE LESSARD
Vingt-cinq ans après la tuerie de l’École polytechnique, Lucie St-Arneault parle avec tendresse de sa soeur Annie. Elle accepte de plonger dans ses souvenirs avec l’espoir qu’on n’oublie jamais les quatorze jeunes femmes qui y ont laissé leur vie.
PHOTO: STÉPHANE LESSARD

Lucie n’a pas réussi à joindre Annie ce soir-là. Ni après. Plus jamais en fait. Depuis 25 ans, elle est condamnée au silence à perpétuité de sa soeur aînée dont la voix, le rire, les conseils et la poésie lui manquent toujours aussi cruellement.

C’est la première fois que Lucie St-Arneault accepte de parler publiquement du drame qui a frappé sa famille. Le 6 décembre 1989, sa soeur Annie était dans la classe où Marc Lépine est entré, a séparé les femmes des hommes, a déversé sa haine envers les féministes et a fait feu sur des étudiantes qui avaient l’avenir devant elles.

Originaire de La Tuque, Annie St-Arneault est au nombre des 14 victimes, toutes des femmes, de ce qui est devenu dans notre mémoire collective la tuerie de Polytechnique. Elle en était à sa quatrième et dernière année d’études en génie mécanique.

Annie est la troisième des quatre enfants de Bastien St-Arneault et de Laurette Perron, maintenant établis à Trois-Rivières. Le 6 décembre 1989, ils savaient leur fille en classe à l’heure fatidique. Pendant des heures, ses parents ont attendu désespérément son appel.

Lucie aussi. Frappée d’un sentiment d’impuissance et d’incrédulité, la plus jeune des St-Arneault était blottie dans son appartement de Trois-Rivières, les yeux rivés sur son téléviseur qui retransmettait les images d’un véritable cauchemar.

Pendant que son grand frère Sylvain faisait la tournée des hôpitaux de Montréal, à la recherche d’Annie dont tout le monde était sans nouvelle, Lucie s’accrochait à l’espoir que son aînée avait eu le temps de se mettre à l’abri. Annie allait rappliquer auprès des siens aussitôt que possible.

L’annonce de sa mort est venue durant la nuit. Le choc a été aussi violent que le geste de folie d’un homme envers 14 femmes. Vingt-cinq ans se sont écoulés, mais force est d’admettre que la douleur d’une telle déchirure ne peut jamais disparaître.

«Plus jeunes, on se ressemblait beaucoup toutes les deux. On nous confondait souvent. À l’école surtout. Je me faisais appeler Annie…», se remémore Lucie St-Arneault en retenant difficilement les larmes qui coulent à la seule évocation du prénom de sa grande soeur adorée.

Dans sa maison du secteur Pointe-du-Lac, Mme St-Arneault revient sur ce deuil avec lequel il faut apprendre à vivre malgré les cérémonies commémoratives et les reportages. D’année en année, on revient sur cette tragédie qui soulèvera toujours des pourquoi.

«C’est sûr que ça fait mal. Parfois, je voudrais qu’on arrête de m’en parler, mais en même temps, il ne faut pas oublier. Il faut continuer d’en parler. La violence faite aux femmes est encore très d’actualité», souligne-t-elle avant d’exprimer sa reconnaissance envers les gens qui ont une pensée pour les femmes qui ont laissé leur vie à Polytechnique.

Au lendemain du drame, Lucie St-Arneault admet avoir traversé une période de révolte et de repli. On ne pouvait pas comprendre sa souffrance à moins de l’avoir vécue. Cette réaction s’est adoucie avec le temps et la force tranquille de son conjoint des 25 dernières années, Daniel Viviers.

«Il a eu le temps de connaître Annie», se réjouit-elle en ajoutant que les membres de la famille St-Arneault ont toujours été très unis dans les épreuves comme dans les moments de joie.

Il arrive que durant la période des Fêtes, Lucie lève son verre à sa grande soeur. Chaque fois, l’émotion la gagne et elle devine, dans le regard embué de sa mère vieillissante, qu’il en sera probablement toujours ainsi.

«On se comprend sans se parler», dit-elle simplement.