Lettre de Zambie No 8 Lusaka, 7 octobre 2012

Patrick KalilombeLa nouvelle nous a tous pris par surprise : « L’évêque émérite Patrick Kalilombé de Lilongwé est décédé le lundi 24 septembre à Zomba. Les funérailles auront lieu vendredi prochain à Lilongwé ». Pourtant, l’opération chirurgicale qu’il avait subie aux intestins s’était bien déroulée. Il prenait déjà du mieux et il blaguait, comme à son habitude. Mais voilà, il est mort en fin d’après-midi.

Au Malawi, l’événement a pris une envergure nationale. Bien connu pour ses positions innovatrices dès le début de son épiscopat en 1972 avec la promotion des communautés ecclésiales de base, cela avait suscité beaucoup d’incompréhension non seulement dans les milieux politiques de l’époque, mais aussi au sein de l’épiscopat. Bref, son mandat s’est abruptement terminé en 1976 avec son expulsion du pays. Notre confrère Kalilombé, car il était aussi un Missionnaire d’Afrique, a poursuivi des études bibliques aux États-Unis et, par la suite, a enseigné pendant de nombreuses années en Angleterre avant de retourner au Malawi en 1999. Il a poursuivi son enseignement à l’université de Zomba jusqu’en 2008. Il est donc décédé à l’âge de 79 ans après 55 années de vie missionnaire.

En premier, je ne songeais pas à m’y rendre pour les funérailles. La décision d’y aller a spontanément surgi après une brève conversation avec mon confrère malawien Edmond Banda. Nous nous sommes retrouvés à Lilongwé le jeudi vers 16 h après un périple de dix heures en voiture. Je croyais rêver. Je revoyais avec étonnement le centre de recherche et d’action sociale de Kanengo où j’avais vécu au début de mon expérience au Malawi en 2001 (voir le lien : Rivière de diamants | Serge St-Arneault | Travel).

Funerals_Kalilombe_42_thumb.jpgLes funérailles se sont déroulées successivement à Zomba, à Mua, où Patrick Kalilombé est né, et à Lilongwé. De nombreux prêtres, confrères et une foule nombreuse ont assisté aux différentes célébrations liturgiques et vigiles échelonnées sur quatre jours sur une distance de plus de 300 km. L’enterrement a finalement eu lieu à Likuni, en banlieue de Lilongwé, en présence de tous les évêques du Malawi ainsi que du vice-président du pays, l’Honorable Khumbo Kachali, représentant du gouvernement.

Cela m’a permis de retourner brièvement à Chézi le samedi matin. Je voulais revoir mon ami Chiponda. Ensemble, nous sommes allés rendre visite à l’une de ses filles qui a donné naissance iSilivanol y a un an à un beau garçon qui s’appelle Silivano, du nom de mon frère Sylvain. J’avais l’impression d’un retour aux sources et de reprendre goût au Chichéwa. Nous avons mangé un peu de nsima avec comme accompagnement des morceaux de pâte de soja. Il faut peu de chose pour fraterniser. Le chef du village qui était aussi avec nous n’en revenait tout simplement pas. Seule note inquiétante; Chiponda m’a confié que la maman de Silivano souffre de malaises au niveau de l’abdomen depuis l’accouchement de l’enfant. Le temps était trop bref pour rendre visite à la maman d’un autre bébé du nom de Loréta, du nom de ma mère Laurette.

Quelques heures vites passées, brèves salutations à mes confrères FP1070821_thumb.jpgiliyanus Ekka, indien, ainsi que Moïse Kombé Yébédié, malien, à la paroisse de Chézi et me voilà reparti. Mais, avant de retourner à Lilongwé, Chiponda m’a conduit sur les lieux d’une nouvelle école privée de niveau secondaire située à Msambo. Quel défi! Le directeur-entrepreneur, monsieur L. Magombo, m’a fortement impressionné. Avec peu de moyens, mais une tonne de courage, il a entrepris cet audacieux projet avec pour atout la conviction que l’avenir repose sur l’éducation. Pour le moment encore, les salles de cours servent de dortoirs en attendant la construction de meilleurs lieux d’hébergement pour une soixantaine de pensionnaires, garçons et filles. Cela m’émerveille. J’y ai inscrit sans hésiter le fils de Chiponda pour sa première année d’étude.

Ayons une pensée pour le Malawi qui traverse une période d’incertitude. Les indices économiques sont catastrophiques à la suite d’une dévaluation de 100 % de la monnaie. Il y a même des voix qui s’élèvent pour prédire l’arrivée prochaine d’une famine, consécutive à la quasi-suppression des subventions pour les fertilisants agricoles. Le Malawi n’a plus de devises étrangères pour soutenir les initiatives économiques du défunt président Bingu wa Mutharika. De nombreux chantiers de construction sont arrêtés.