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Les Missionnaires d’Afrique au coeur de la revitalisation de l’église Saint-Roch

Rencontre avec Jean-Paul Guibila

 Par Hugo Saez,  23 février 2026 dans Actualité religieuse

Originaire du Burkina Faso et membre de la société des Missionnaires d’Afrique, Jean-Paul Guibila vient de poser ses valises à Québec afin de participer au nouvel élan entrepris pour relancer l’église Saint-Roch. Présence est allé à sa rencontre pour faire le point sur les dessous de sa venue et sur son implication dans le projet de revitalisation de l’une des plus anciennes paroisses de la Province.

C’est sur le parvis de l’église de Saint-Roch que nous lui avons donné rendez-vous. D’emblée, il faut reconnaître que les températures glaciales des dernières semaines n’ont pas facilité l’installation du père Jean-Paul Guibila. «J’ai quitté un four pour rentrer dans un congélateur», plaisante celui qui a passé les sept dernières années à la maison généralice de Rome.

Rendre la pareille

À l’heure du 125e anniversaire de l’arrivée des Missionnaires d’Afrique à Québec (autrefois connus comme les Pères Blancs), Jean-Paul Guibila a reçu le mandat d’assurer une présence pastorale à temps plein à l’église Saint-Roch avec ses confrères Serge St-Arneault et Denis Walsh.

Serge St-Arneault, Jean-Paul Guibila et Denis Walsh

«Nous avons beaucoup reçu de l’Église canadienne spirituellement, humainement, moralement, et je dirais même matériellement. Maintenant, l’évangélisation ne va pas seulement du Nord au Sud, mais aussi du Sud au Nord. Si nous avons été capables de recevoir, nous pouvons apporter quelque chose à l’Église de Québec. Mes supérieurs hiérarchiques, qui sont le provincial des Amériques et le supérieur général, m’ont demandé si j’accepterais de venir à Québec pour relancer l’église Saint-Roch. Et me voici !», relate le père Guibila sans cacher une pointe d’appréhension et faisant écho à une certaine «peur de l’inconnu».

Dans un contexte où l’église Saint-Roch n’a bénéficié que d’une présence par intermittence dans les dernières années, ce renfort est une excellente nouvelle pour l’archevêque de Québec, le cardinal Lacroix. «Déjà, des prêtres et des communautés venus d’ailleurs collaborent à notre mission pastorale ; ils sont une réponse à nos prières, et nous les recevons avec une profonde gratitude et une grande joie. Par leur visite et leurs paroles, les Missionnaires d’Afrique nous ont manifesté leur désir sincère de se mettre au service des besoins de notre communauté diocésaine», a-t-il réagi par courriel.

Selon l’archevêque de Québec, ces arrivées viendront pallier «le manque de ministres ordonnés dont nous disposons pour répondre adéquatement aux besoins pastoraux de notre archidiocèse» tout en permettant une diversité qu’il qualifie de «don précieux» pour l’Église.

Être une présence dans Saint-Roch

Définitivement installé dans la capitale nationale depuis le 2 février, Jean-Paul Guibila poursuit ce qu’il appelle sa «période de stage», où la découverte du quartier et de ses enjeux est essentielle pour sa prise de repères. «En lisant un dépliant, j’ai vu que Saint-Roch est le patron des exclus. J’ai mis cela en lien avec la présence importante d’itinérants dans le quartier», fait remarquer celui qui est originaire du diocèse de Ouahigouya.

Pour le moment, il est encore trop tôt pour savoir comment s’articulera concrètement cette présence à temps plein à l’église Saint-Roch. Néanmoins, le père Guibila est sûr d’une chose : «Qu’est-ce que je vais apporter de neuf ? Rien. Le plus important pour moi, c’est d’aller à la rencontre de l’autre, de l’accueillir tel qu’il est, de tendre une oreille, de sourire, d’adresser une parole chaleureuse au milieu de cet hiver.»

Sous une nouvelle rafale d’un vent saisissant, il reprend une inspiration avant d’enchaîner : «Dans l’article d’une revue, j’ai lu que des touristes étaient venus pour visiter l’église. Ils sont repartis déçus, parce qu’ils n’ont pas pu y avoir accès. Ce genre de situation ne devrait pas se produire dans ce quartier historique, où l’église est un symbole».

Dans cette optique, le cardinal Lacroix espère que le virage qui s’amorce aura pour effet de conduire à une «relance sociale et humaine» pour l’ensemble de la population, qui s’appuie sur la proximité et la solidarité. «Fidèle à sa vocation d’accueil, de charité et de promotion de la dignité de toute personne, la paroisse peut devenir un véritable point d’ancrage en offrant écoute, accompagnement, aide matérielle et orientation vers les ressources communautaires», adresse ce dernier en misant sur la présence de l’équipe missionnaire au cœur du quartier.

Collaboration avec le milieu culturel

Notons que ce projet pastoral s’ajoute à l’installation, en décembre dernier, de l’expérience AURA. Il s’agit d’un spectacle immersif produit par le studio Moment Factory, où son et lumière s’entremêlent pour mettre en valeur l’architecture et l’histoire de l’église Saint-Roch. Le spectacle sera présenté au moins durant les cinq prochaines années et vient avec son lot de promesses vis-à-vis de l’attractivité touristique et économique du quartier. «Cette initiative ouvre la voie à une vision renouvelée, où tradition et innovation peuvent se renforcer mutuellement», affirme l’archevêque de Québec.

Au moment de nos échanges avec Jean-Paul Guibila, nombreux sont les visiteurs qui montent d’ailleurs les marches du parvis pour assister à une représentation de l’expérience AURA. «J’en ai entendu parler et je suis curieux de la découvrir», fait-il remarquer.

«L’avenir de l’église Saint-Roch peut ainsi s’envisager comme celui d’un lieu hybride : avant tout espace de foi, fidèle à sa vocation première, mais également lieu de rencontre, de culture et de dialogue. En conciliant la mission des Missionnaires d’Afrique avec des initiatives innovantes telles qu’AURA, Saint-Roch pourrait devenir un véritable symbole de renouveau, démontrant qu’une église peut rester profondément ancrée dans son identité tout en s’adaptant aux réalités et aux besoins d’aujourd’hui», espère pour sa part le cardinal Lacroix.

Nouvelle communauté missionnaire dans le quartier St-Roch à Québec

Reportage de Serge St-Arneault, M.Afr

Selon le cardinal Jean-Paul Vesco, archevêque d’Alger, lors du premier Consistoire extraordinaire du pape Léon XIV, ce dernier affirmait : « Le monde a besoin d’une Église qui soit tranquillement missionnaire, fraternelle et humaine ». Cela ne fait peut-être pas beaucoup de bruit, dit-il, mais cela fait beaucoup de bien et permet d’avancer.

Jean-Paul Guibila, Denis Walsh et Serge St-Arneault, tous Missionnaires d’Afrique, seront responsables d’une nouvelle insertion missionnaire dans le quartier Saint-Roch à Québec, et commenceront leur travail « tranquillement » au cours des prochains mois. Il est fort probable que cela débuteau début du mois de février 2026.

Ils ont la chance d’occuper une vaste résidence, propriété de la Congrégation des Religieuses de Jésus-Marie, sise sur la rue Monseigneur-Gauvreau. Elle est située entre l’église Saint-Roch, et la gare du Palais.

Notre maison située sur la rue Nonseigneur-Gauvreau, Québec.

L’archidiocèse de Québec leur accordera une formation pastorale. La présence de Jean-Paul, Denis et Serge s’insérera dans un vaste effort de revitalisation du quartier, qui est malheureusement renommé pour sa grande pauvreté et ses nombreux défis sociaux, dont le taux élevé d’itinérance. Par conséquent, leur acclimatation se fera « tranquillement ».

Monseigneur Jean Tailleur

Grâce à une initiative du conseil provincial des Amériques, Les Missionnaires d’Afrique ont formé cette équipe de trois confrères pour répondre à un besoin pastoral défini par le diocèse de Québec. Cela arrive à point nommé. En vérité, l’un des évêques auxiliaires, Monseigneur Jean Tailleur, se réjouit d’assister à un élargissement des services pastoraux plutôt qu’à leur réduction. Effectivement, dans plusieurs diocèses du Québec, de nombreuses églises sont mises en vente ou détruites.

Le diocèse a choisi le quartier de Saint-Roch pour plusieurs raisons. Tout d’abord, l’église du même nom possède une architecture patrimoniale remarquable. Construite entre 1914 et 1923, elle est la quatrième église érigée au même endroit depuis 1811. On la considère comme l’une des plus grandes églises de la ville.

Saint-Roch Catholic Church in Quebec City, Quebec. (Image courtesy of Google Maps)
L’intérieur de l’immense église.

Nous apprécions particulièrement une citation du cardinal Lavigerie, qui a affirmé que « rien de ce qui est humain ne m’est étranger ». Au cours de la campagne antiesclavagiste du 23 décembre 1888, il a exprimé son profond respect pour chaque être humain en déclarant que l’injustice envers autrui révoltait son cœur, que l’oppression l’indignait et que la cruauté envers ses semblables ne faisait naître en lui que de l’horreur.

La nouvelle équipe de Missionnaires d’Afrique s’inspirera de son fondateur pour s’engager dans un quartier où se côtoient une mauvaise réputation et le renouveau. Pour la première fois depuis le début de leur présence à Québec il y a 125 ans, les ‘Pères Blancs’ redonneront un peu de vigueur à un diocèse en proie à de constantes transformations, souvent douloureuses. Nous le devons au nom des centaines de missionnaires qui sont originaires de ce diocèse. 

Denis Walsh, M.Afr, Soeur Lourdes et Mgr Gérald Cyprien Lacroix, Archevêque de Québec et Mgr Juan Carlos Londoño, évêque auxiliaire.