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Pédagogie Politique 

Freddy Kyombo Senga

Par Freddy Kyombo Senga , M.Afr, missionnaire, formateur en leadership communautaire et journaliste. Il est aussi le directeur du Centre Afrika à Montréal depuis juillet 2023. 

À la fin de mes études de théologie au Missionary Institute of London1, mon travail de fin d’études portait sur les écrits de l’éducateur brésilien Paolo Freire qui a travaillé sur l’importance de la conscientisation des masses. Entre autres, il est auteur de « La pédagogie des opprimés » et « L’éducation pour une conscience critique ». 

Durant mes quinze années de mission et mon séjour au Congo, je n’ai jamais pu esquiver les conséquences positives et négatives des faits politiques. J’ai donc été observateur aux premières loges de tout ce qui advenait à mes paroissiens, aux jeunes que j’encadrais et aux populations au milieu desquelles je vivais.  

Quelle « Bonne Nouvelle du Salut » puis-je annoncer à un père et une mère de famille avec huit enfants qui doivent vivre avec un salaire aléatoire et incertain de moins de 50 dollars à la fin du mois ? Dans de telles situations, les populations sciemment paupérisées adoptent souvent une attitude spirituelle fataliste qui est contraire avec l’esprit d’un Dieu libérateur.  

D’ailleurs, qui donc est ce Dieu qui imposerait autant de souffrance aux habitants de certains pays et qui permettrait un gaspillage scandaleux aux habitants d’autres pays ? Est-ce faire de la politique que de conscientiser les gens pour qu’ils puissent se prendre en charge et gérer leur cité de façon responsable ?  

Tant pis si l’on me traite de politicien. Pour moi, la pastorale ne consiste pas à confiner les gens dans les églises et les faire ployer sous un Dieu impitoyable et insensible. À une certaine époque en Amérique latine, les églises ont été utilisées pour tromper les populations qui ne devaient pas s’intéresser aux affaires du monde. Ils devaient seulement se concentrer sur les réalités spirituelles, les choses d’en haut.    

En cohérence avec ma formation et mon travail personnel, à la suite de Paolo Freire, j’ai donc opté pour l’éducation populaire et la conscientisation des peuples. Au Mali et au Congo, j’ai utilisé les techniques éducatives du « training for transformation » que je peux traduire par « une formation pour la transformation ». Il s’agit d’une pédagogie dialogique dans laquelle l’apprenant est acteur dans son propre apprentissage. Il ne fait pas que gober des théories qui viennent d’ailleurs, mais il est outillé (empowerd) pour jeter un regard critique sur sa propre situation et sur son environnement. Il peut faire ses propres choix et agir de façon adéquate. Par son savoir-faire, le rôle du facilitateur est d’encourager et de soutenir la démarche des gens. C’est dans ce cadre que nous pouvons parler de la « Pédagogie Politique » qui va concerner non seulement les populations ordinaires, mais aussi tous ceux qui aspirent à gérer la cité.   

L’éducation politique à la démocratie 

Selon Paolo Freire, les opprimés ne devraient pas être exclus du processus de leur propre libération. Dans son livre « The Politics of Education« , il plaide en faveur d’un processus d’alphabétisation politique qui parle du besoin d’impliquer les gens dans la gestion de leur vie. 

Pour Ira Shor : « C’est une grande découverte, l’éducation est politique ! Lorsqu’un enseignant découvre qu’il est aussi un politicien, il doit se demander quel genre de politique je fais dans cette classe. C’est-à-dire, en faveur de qui suis-je professeur ? Le professeur travaille en faveur de quelque chose et contre quelque chose. À cause de cela, il ou elle aura une autre grande question. Comment être cohérent dans ma pratique de l’enseignement avec mon choix politique ? Je ne peux pas proclamer mon rêve libérateur et, le lendemain, être autoritaire dans ma relation avec les étudiants ». (Shor et Freire 1987 :46)  

Ira Shor – On Paulo Freire

Le rêve libérateur de Paolo Freire est d’atteindre une éducation démocratique qui permettrait aux gens de dialoguer et d’exprimer leur opinion. Ce n’est pas la même chose que le type de démocratie qu’il appelle une « démocratie sui generis » dans laquelle l’élite, sous prétexte de défendre le peuple contre l’influence étrangère, fait taire son propre peuple.  

Selon cette élite, ceux qui insistent pour donner leur point de vue sur les enjeux de société sont traités comme étant des malades et des déviants ayant besoin de « médicaments ». Cette médication a souvent consisté en un traitement de choc répressif allant jusqu’à l’assistanat, limitant et même abolissant les règles démocratiques.  

La massification opposée à la conscientisation 

En plus d’être à la fois la cause et l’effet de la massification, la répression maintient les gens dans une certaine passivité, nie leur responsabilité et ne les aide pas à participer à leur propre destin. La massification est le fait de traiter les populations comme une masse sans âme qui se nourrit d’émotions et de promesses. Elle attend tout de l’élite qui a le monopole de l’intelligence, de la réflexion et des bonnes décisions.  

La conscientisation est alors considérée comme étant dangereuse puisqu’il s’agit d’un « programme éducatif actif et dialogique, soucieux de responsabilité sociale et politique, et (les gens qui en bénéficie sont) déterminées à s’opposer à la massification ».   

La méthodologie de Paolo Freire 

En dialogue avec le facilitateur, la méthodologie proposée par Paolo Freire favorise l’analyse et le débat des problèmes par les apprenants. Celui-ci pense que l’on peut « apprendre la démocratie par l’exercice de la démocratie ». Il nous invite à voir que la démocratie et l’éducation démocratique sont fondées sur la foi en l’homme, sur la conviction qu’il peut et doit non seulement discuter des problèmes de son pays, de son continent, de son monde, de son travail, mais aussi des problèmes de la démocratie elle-même.    

Commentant cette méthodologie, Ira Shor dit que Freire insiste sur une certaine cohérence entre les théories démocratiques de l’enseignant et sa méthodologie en classe. Toute divergence entre les deux compromettrait la crédibilité de ses théories.    

Démocratie et éducation en classe 

Paolo Freire pense qu’il y a un lien très étroit entre les principes démocratiques et l’éducation. Il affirme que « toute activité éducative est de nature politique » incluant l’éducation en classe.  

Selon Ira Shor : « La politique est dans la relation enseignant-élève, qu’elle soit autoritaire ou démocratique. La politique est dans les matières choisies pour le programme d’études et dans celles qui sont laissées de côté. C’est aussi dans la méthode de choix du contenu des cours, qu’il y ait une décision partagée ou seulement la prérogative de l’enseignant, qu’il y ait un programme négocié dans la classe ou imposé unilatéralement ».   

Paolo Freire croit que le programme d’études pourrait être utilisé pour imposer une culture dominante à un élève. Cela entrave alors sérieusement la capacité des élèves à penser de façon démocratique et critique. Plus l’élève est exposé à un programme manipulateur et non démocratique, moins celui-ci est susceptible de pouvoir agir et de se considérer comme un sujet de transformation du savoir et de la société.  

Les discoureurs incompétents 

Observez les discours des cadres et fonctionnaires qui semblent dénués de tout esprit d’initiative. Ils n’agissent que sous l’impulsion de quelqu’un qui possède une autorité politique, elle-même incompétente. Observez aussi comment ces pauvres fonctionnaires sont mal lotis. Pourtant, ils défendent bec et ongles l’action salutaire de leur propre bourreau. Ne s’agit-il pas du syndrome de Stockholm2 où la victime s’attache affectueusement à son bourreau ?    

De bons outils pour une réflexion-actions 

Il nous faut une pédagogie ou une andragogie3 qui donne à nos compatriotes les bons outils pour une réflexion-actions adéquate à leur situation réelle, pour un changement en profondeur de leur société.  

L’Éducation de nos concitoyens à leur participation effective dans la gestion de la cité est un premier pas vers une véritable transformation sociale.   

Ainsi outillés, les gens feront eux-mêmes le choix du genre de vie qu’ils souhaitent pour leur pays et pour leurs progénitures. Ils se donneront eux-mêmes le profil de ceux qui peuvent aspirer à les servir comme gestionnaires de la chose publique.  

Ainsi éduqués et informés, ils ne seront pas ballotés par des sentiments tribaux ou par le déterminisme des classes sociales. Ils seront plus conscients qu’ils ne sont pas venus accompagner les autres sur cette terre ou tenir la chandelle à ceux qui s’empiffrent des bonnes choses ou qui remplissent leurs sacs des pépites d’or. Ils ne laisseront plus manipuler par des politiciens délinquants et veilleront plus étroitement la gestion du patrimoine national commun et de la chose publique.  

  1. Ouvert en 1967, Missionary Institute of London a fermé ses portes en 2007. ↩︎
  2. Le syndrome de Stockholm est un concept proposé pour expliquer l’attachement psychologique de victimes ou d’otages envers leurs bourreaux.  ↩︎
  3. L’andragogie est la science de l’éducation et de la formation des adultes. Elle se caractérise par un apprenant adulte et un formateur. Il n’est pas question d’enseigner, mais de former. ↩︎

La singularité de Jésus 

En route vers Québec en suivant une portion du Chemin du Roy, la 138, je me suis brièvement arrêté à Deschambault en souvenir d’un même arrêt que j’avais fait avec mes parents en 2011 chez Huguette Vaillancourt, une amie. L’église Saint-Joseph, située sur la rue de la Salle, attire immédiatement l’attention. 

Selon le site internet Deschambault-Grondines ; L’église de Saint-Joseph, érigée sur un promontoire qui domine le fleuve Saint-Laurent nommé cap Lauzon, s’élève au cœur d’un ensemble religieux catholique comprenant aussi deux anciens presbytères, le cimetière, l’ancienne salle des habitants et l’ancien couvent, entourés de vastes espaces verts plantés d’arbres. 

Voir aussi l’itinéraire 3D de l’intérieur de l’église sur le site suivant : 

SAINT-JOSEPH DE DESCHAMBAULT 

Débutée en 1834, la construction de l’église s’est achevée en 1838. Il s’agit du deuxième bâtiment depuis l’arrivée des premiers habitants en 1688. Le décor choisi par l’architecte Thomas Baillairgé (1791-1859) est de style néoclassique.  

De nos jours, comme cinq autres lieux de culte de la région, cette église figure sur le parcours Les Voies du Sacré qui est offert aux touristes. Dès l’entrée, les regards se dirigent vers un immense crucifix.  

Je suis alors témoin de l’arrivée de deux mamans avec un groupe de jeunes enfants. Plusieurs d’entre eux pointent du doigt ce crucifix. Une fille d’environ dix ans semble troublée. Que voit-elle ? Elle voit un homme suspendu et ensanglanté.

Elle pointe de nouveau son doigt vers une toile accrochée au mur qui ceinture l’église. Il s’agit du chemin de croix1. Tout s’est déroulé très vite. À peine entré, aussitôt sorti. Une visite touristique vite faite ! Mais, qui était cet homme ? Ces enfants le sauront-ils un jour ? 

Qu’est-ce que la singularité ? 

Depuis un certain temps, je suis fasciné par un terme qui, à première vue, semble étrange et peu familier; la singularité. Cette notion se déploie dans de nombreuses sphères. 

Dans les domaines des sciences sociales, elle est par définition ce qui échappe à la classification, ce qui est unique, spécifique, et incomparable. Omniprésente dans nos sociétés, la singularité devient un point de rencontre novateur entre la sociologie, l’anthropologie, l’histoire, le droit, les études littéraires et la philosophie. 

Dans nos sociétés occidentales, la singularité est étroitement liée à l’individualité. Elle n’est pas seulement une propriété, mais aussi une valeur. L’idéal de réalisation de soi pousse les individus vers l’authenticité, la différence et l’épanouissement.  

En sciences de la complexité, la singularité interroge la science au-delà de ses frontières. Elle est à la fois défi et mystère. La singularité émerge lorsque les lois habituelles ne s’appliquent plus, lorsque les règles de la complexité se dérobent. Elle nous invite à explorer les limites de notre compréhension scientifique. C’est ainsi qu’en physique, la singularité revêt un autre sens. C’est une rupture des règles familières, un point d’inflexion où notre compréhension atteint ses limites. D’ailleurs, entre la relativité générale et la mécanique quantique, il existe une incompatibilité fondamentale, qualifiée de singularité. 

En somme, la singularité est un concept qui transcende les disciplines scientifiques, nous invitant à repousser les frontières de notre compréhension2. Exemples : les trous noirs, les étoiles à neutrons, les pulsars et les quasars. Ainsi, notre univers observable est un théâtre de singularités fascinantes, chacune nous offrant un aperçu unique de la physique et de la cosmologie. 

Dans le domaine philosophique, la singularité est liée à l’individu, à ce qui le distingue des autres. Elle est souvent associée à l’existence concrète et à l’expérience personnelle3. La singularité concerne l’unicité et l’individualité. 

En sciences informatiques, la singularité technologique est un concept fascinant qui suscite à la fois l’enthousiasme et l’inquiétude. Elles englobent divers scénarios tels que l’Intelligence Artificielle (IA) qui s’autoaméliore, la possibilité de fusionner un cerveau avec un ordinateur, l’émergence d’une entité dotée d’une intelligence surpassant largement celle de tous les humains combinés, etc. 

La singularité technologique soulève des questions éthiques, sociales et philosophiques. Comment gérer une IA surpassant notre propre intelligence ? Quelles seront les implications pour l’emploi, la vie quotidienne et la sécurité ? 

La singularité d’un point de vue spirituel 

Dans le domaine des soins palliatifs, la dimension spirituelle est réintégrée dans l’approche des patients. Elle reconnaît que l’être humain n’est pas seulement biologique et psychologique, mais aussi spirituel. Prendre soin d’une personne implique de considérer sa singularité, ses besoins spirituels et sa quête de sens. L’accompagnement spirituel devient essentiel pour maintenir la qualité relationnelle et l’humanité dans les soins4

Dans les traditions spirituelles, la singularité peut être explorée à travers la vision intérieure. Lorsque nous détournons notre attention du monde extérieur pour nous approcher de la spiritualité, nous commençons à percevoir les mondes intérieurs et le sacré. 

Dans la spiritualité, la singularité réside dans l’expérience personnelle de la transcendance, de la prière, de la méditation ou de la communion avec le divin. La singularité spirituelle respecte la liberté individuelle. Chaque personne a sa propre quête, sa propre relation avec le sacré. L’accompagnement spirituel doit se faire dans le respect de cette singularité, sans imposer de croyances ou de dogmes. 

Conceptions de la singularité dans les traditions religieuses 

Dans le contexte du dialogue entre croyants de différentes religions, la singularité se manifeste par la reconnaissance de l’unicité de chaque tradition. Chaque foi a sa propre voie vers le divin, ses rituels, ses textes sacrés et ses pratiques. Le dialogue interreligieux permet alors d’explorer ces singularités tout en cherchant des points communs, des valeurs partagées et des compréhensions mutuelles5. Chaque croyant est complémentaire à l’unité de l’ensemble. La singularité des individus s’intègre ainsi dans la diversité de la communauté religieuse et la singularité dans les traditions religieuses nous rappelle la richesse de l’expérience spirituelle et la diversité des voies vers le sacré

La Singularité de l’Incarnation 

Dans le christianisme, la singularité réside dans l’incarnation du Christ. Jésus est vu comme le Fils unique de Dieu, l’unique médiateur entre Dieu et l’humanité. Cette singularité divine-humaine est au cœur de la foi chrétienne

Les crucifix pointés du doigt par les enfants 

À leur niveau, les enfants ont vécu une singularité dans le sens d’une expérience personnelle unique qui les a peut-être perturbés. En effet, voir un homme cloué sur une croix pour la première fois et un événement singulier en soi.  

Nos églises ne sont plus des lieux de transmission du patrimoine spirituel de nos ancêtres. Quelques touristes les visitent pendant la saison estivale, sans plus. Les mamans de ces enfants ne pouvaient probablement pas leur donner une explication au sujet de ce crucifié, encore moins un enseignement.  

De fait, il y a eu deux croix. La première datait de 1936 et la second de 1982. Elles sont maintenant réunies et bien visibles près de la porte d’entrée du Salon Bleu  que j’ai visité en 2019.

Pourtant, nos ancêtres ont accordé beaucoup d’importance aux crucifix. Il y en avait partout; dans les maisons, les salles de classe, les carrefours, les façades des bâtiments et même dans le Salon Bleu de l’Assemblée nationale. Depuis les débuts du christianisme, la contemplation du crucifié est une démarche spirituelle ayant une grande signification.  

Le sang versé par Jésus sur la croix a une portée universelle et revêt une singularité exceptionnelle. Par son sang, il a détruit le mur de la haine qui divise les humains (Lettre de Paul aux Éphésiens, 2, 13-18). Il nous a réconcilié avec Dieu les uns et les autres en un seul corps par le moyen de la croix. C’est lui, le Christ, qui est notre paix. 

Comment expliquer ça aux enfants qui pointent du doigt un crucifix ? Ce jour-là, dans l’église de Deschambault, avant même d’avoir le temps de me poser la question, les deux mamans et leurs enfants étaient déjà sortis. 

  1. Le Chemin de Croix est une tradition profondément enracinée dans l’Église catholique, mais elle est également présente dans d’autres confessions chrétiennes. Chaque station représente un moment précis de la passion de Jésus, offrant aux croyants l’opportunité de méditer sur les enseignements de Jésus et de grandir dans leur foi.  ↩︎
  2. Source : https://journals.openedition.org/traces/7311   ↩︎
  3. Source : https://www.cairn.info/revue-des-sciences-philosophiques-et-theologiques-2011-3-page-581.htm   ↩︎
  4. Source : https://www.cairn.info/revue-infokara-2011-4-page-339.htm   ↩︎
  5. Source : https://www.cairn.info/revue-recherches-de-science-religieuse-2006-4-page-571.htm   ↩︎

Fête nationale : un divorce assumé et prometteur 

Il y a 100 ans 

Le 24 juin 1924, les fêtes grandioses de la Société Saint-Jean Baptiste de Montréal étaient principalement associées à une procession patriotique mettant en vedette l’œuvre de la race française en Amérique. Les chars allégoriques qui ont pris part au défilé montraient différents événements historiques tels qu’un hommage à Marguerite Bourgeois et au héros national Pierre LeMoyne d’Iberville. 

Rappelons que la première célébration de la fête nationale canadienne a eu lieu le 24 juin 1834, date choisie par Ludger Duvernay, fondateur de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal. Toutefois, ce n’est qu’en 1908 que le pape Pie X a approuvé le choix de Jean-Baptiste comme patron de tous les Canadiens-français du Canada et de l’étranger. 

Enfant, dans les années 60, je me rappelle ces défilés où figurait nécessairement un jeune garçon aux cheveux bouclés blonds assis imperturbablement en hauteur sur le dernier char allégorique. Il représentait Jean-Baptiste. C’était comme ça ! 

Un siècle plus tard 

En 2024, nous assistons à une profonde transformation. Selon le site officiel du comité de la fête nationale, la priorité de la fête nationale est mise sur une joyeuse célébration de notre vivre-ensemble harmonieux. Cette année, le défilé était une simple parade de fresque vivante, une ode à la tradition, à la modernité, et surtout, à la joie de vivre qui pulse au cœur de chaque Québécoise et Québécois. 

Selon Benoit McGinnis, porte-parole de la 190e édition de la Fête nationale, plus de 6000 activités ont eu lieu sur près de 650 sites, dans toutes les régions. Les festivités ont rejoint plus de 2,5 millions de personnes, qui ont chanté sur tous les tons et avec tous les accents leur attachement au Québec. 

Et la religion catholique dans tout ça ! 

Une messe a été présidée par Mgr Christian Lépine à l’église Saint Jean-Baptiste de Montréal le 24 juin 2024 à 10h00. J’y étais. Au début de la messe, un laïc a souligné que la paroisse célébrait cette année son 150e anniversaire. Or, aucune référence à la fête nationale des Québécois n’a été évoquée pendant toute la cérémonie religieuse. Évidemment, aucune personnalité publique ou politique n’était présente. Les chrétiens se sont rassemblés essentiellement pour prier. À ce titre, Mgr Lépine a parfaitement endossé son rôle de guide spirituel. Dans cette assemblée, j’ai noté qu’il y avait quelques religieuses en habit traditionnel, avec voile.  

Puis, en après-midi, je me suis rendu au parc Maisonneuve où se déroulait les spectacles de la fête nationale. Cela n’avait rien à voir avec l’élan patriotique, selon Gilles Vigneau, et poétique, selon Jean-Pierre Ferland, du grand spectacle 1 x 5 qui a eu lieu sur le mont Royal en 1976. J’avais 21 ans à cette époque. 

Bref, qu’ai-je vu au parc Maisonneuve ? J’ai vu une foule très diversifiée; des familles, des jeunes comme des plus âgés. Il y avait des musulmanes, jeunes et moins jeunes, québécoises portant le voile. À vrai dire, c’est le seul signe religieux ‘ostentatoire’ que j’ai noté. L’ambiance était à la fête, mais sans exaltation ou débordement. Les organisateurs ont atteint leur but; une joyeuse célébration de notre vivre-ensemble harmonieux. 

Le divorce assumé 

Le lien historique entre l’esprit patriotique et la religion catholique est définitivement brisé. Et c’est tant mieux ! Chacun a trouvé sa place. Alors que la société québécoise se diversifie grâce à l’apport de nouveaux immigrants, nous assistons à une transition minoritaire du catholicisme au Québec. Les statistiques indiquent qu’entre 5% et 15% des baptisés assistent aux messes. Aussi, les communautés religieuses et les diocèses ont entrepris un processus de gestion de la décroissance et de liquidation des actifs immobiliers. La visibilité des signes architecturaux catholiques s’évapore de plus en plus. Sur les 2 746 églises du Québec inventoriées en 2003, 713 ont été détruites, fermées ou reconverties

Requiem pour une église (1 : voir le commentaire au bas de l’article.)

Selon Yann Raison et E.-Martin Meunier, le catholicisme a longtemps occupé la grande part de l’espace religieux en France et au Québec. Cette place prépondérante lui procurait une influence indéniable sur la culture et la politique. On observe désormais une diminution de cette influence sociale, ainsi que la perte de son rang de religion majoritaire. 

Selon ces mêmes chercheurs, on assiste à l’émergence de nouvelles structures communautaires, d’organisations et de mouvements laïques qui évoluent dans l’ombre de l’institution diocésaine et qui sont parfois difficiles à distinguer. De plus, l’apport de l’immigration favorise l’émergence d’un ‘nouveau catholicisme’. En effet, les chrétiens issus de l’immigration sont deux fois plus pratiquants en moyenne qu’un Québécois.  

Perspectives 

Sans être prophète, il est raisonnable de penser que l’effacement graduel de la visibilité des institutions religieuses catholiques au Québec ouvrent la voie vers de nouvelles potentialités. Cela permet aux catholiques de devenir de véritables partenaires du vivre-ensemble harmonieux. D’une société tricottée serrées comme je l’ai connu dans mon enfance, je me réjouis désormais de participer et même contribuer à l’essor d’une société basée, non pas sur un nationalisme racial comme en 1924, ni sur une identité religieuse majoritairement catholique, mais sur un accueil mutuel respectueux des diversités ethniques et religieuses, source d’un enrichissement collectif idéalement harmonieux.

À vrai dire, c’est Jean-Pierre Ferland qui avait raison en 1974; la poésie doit primer sur le patriotisme.  

Liens :

Cet article a été publié dans le journal
Le Nouvelliste en date du 7 juillet 2024

(1) Requiem pour une église. Ce numéro présente les cas particuliers de trois églises représentatives de ce qui se trame présentement concernant le patrimoine religieux bâti du Québec. L’église Saint-Jean-Baptiste, située dans la ville de Québec, classée monument patrimonial, est fermée au culte depuis 2015 et n’a fait, en date de l’automne 2021, l’objet d’aucun véritable projet de requalification. L’église Saint-Cœur-de-Marie, située à Québec, classée monument patrimonial, fermée au culte depuis 1997, a finalement été démolie en 2021 par un promoteur immobilier. L’église Saint-Gabriel, située dans la MRC de Bellechasse (25 km à l’est de Québec), a été requalifiée à la fois en mode communautaire et en mode cultuel. Afin de saisir au mieux possible le destin du patrimoine religieux bâti du Québec, nous avons demandé à différents intervenants de nous entretenir de la place qu’occupait et occupe peut-être encore aujourd’hui la présence de ces églises qui ont structuré la vie de tout un peuple pendant plus de 350 ans, et en quoi leur disparation est aussi perte de mémoire et de dissolution de l’ensemble des repères visuels liés à la foi catholique.

Au Canada français, on se plaisait à répéter, dans une formule aux allures de porte tournante, que la langue était la gardienne de la foi et que la foi veillait sur la langue. Ce principe, érigé en une sorte de totem identitaire, servait de baume permettant de croire que, quoi qu’il arrive, cette société persisterait, fidèle à elle-même, dans l’ombre d’une tradition qui, à force de regarder en arrière, confondait l’espoir en l’avenir avec la contemplation béate d’un passé fabulé. (…)

(…) Une société qui se voulait fermée sur elle-même, mais qui, au nom de cette fermeture, se projetait jusqu’en Chine, n’est-ce pas formidablement paradoxal ? L’important semblait de s’accorder sur une image du monde suffisamment commode pour supporter la nôtre. Le catholicisme, au-delà de la foi réelle de ses adeptes, fut sans doute un mécanisme de défense national, une manière de tempérer une réalité difficile qu’il fallait adoucir sur le plan psychologique. Sans surprise, cette passion religieuse s’est évanouie dès lors que la situation politique et matérielle du monde changea. Sans qu’il n’ait été besoin d’aucune loi pour y parvenir.

Funérailles du père Roger Bélanger, M.Afr

Julien Cormier

Texte de Julien Cormier, 11 mai 2024.

Sous la présidence de Réal Doucet, supérieur provincial des Missionnaires d’Afrique pour les Amériques, avec une trentaine de membres de sa famille, frères, sœurs, conjoints, neveux et nièces, et autant de confrères et consœurs Pères Blancs, Sœurs Blanches, hommages et célébration de la vie de notre confrère Roger Bélanger, décédé le 24 avril dernier.

« Souviens-toi, o homme, que tu es poussière et que tu retourneras en poussière ! » (liturgie du mercredi des cendres) – « Je sais moi que mon Rédempteur est vivant et que je reviendrai à la vie » (livre de Job).

En présence de ses cendres (dans un coffret) et avec le sentiment que l’esprit de Roger était avec nous pour dire « Merci mon Dieu de la belle vie que j’ai eu » … que « nos parents nous ont donnée » … que « NOUS avons vécu ensemble, tant sur la ferme d’Amqui, qu’en Afrique au Malawi et au centre Afrika à Montréal », nous avons pu sourire aux différentes anecdotes racontées… Un style de communication de « la Bonne Nouvelle » que Roger pratiquait avec talent. Assez loin des formulations dogmatiques et idéologiques. Dans l’ambiance de l’auteur spirituel Maurice Zundel : « Je ne crois pas en Dieu, je le vis. »

Les différents hommages à la vie de service de Roger et l’homélie de Denis-Paul Hamelin nous ont tous ramenés au chant de la promesse scoute résumant « la religion de Roger ».

Des funérailles dans la simplicité d’une salle du Centre Afrika, comme si nous étions autour d’un feu de camp animé par Roger, le coureur des bois, l’homme qui préférait la brousse, du Québec ou du Malawi, le technicien de la transformation de la sève de l’érable en sirop, en tire, en sucre selon les méthodes ancestrales.

Jean-François Bélanger et conversation avec une religieuse.

Les Québécois reconnaîtront sur quelques photos le neveu Jean-François Bélanger[1], grand reporter international à la télévision de Radio-Canada qui a donné un témoignage bien senti … et plein d’émotion.


[1] Jean-François Bélanger est reporter national. Il fait ses débuts à la télévision de Radio-Canada à Moncton, en 1989, puis poursuit sa carrière à Paris comme correspondant pour Le Téléjournal et Le Point. En 1997, il revient à Montréal, successivement aux émissions Le Point et Zone libre. Il est correspondant en Afrique de 2001 à 2007. De 2007 à 2010, il est reporter national au Téléjournal. De 2010 à 2014, Jean-François Bélanger est correspondant à Moscou, puis à Paris, de 2014 à 2019. Il sera de retour en Amérique, cette fois, comme correspondant au bureau de Washington. Il est depuis 2021 établit à Montréal.

40e anniversaire de la Fondation du Grand Séminaire de Montréal

Des experts se penchent sur les défis de l’Église lors d’un panel offert dans le cadre du 40e anniversaire de la Fondation du Grand Séminaire de Montréal

La Fondation du Grand Séminaire de Montréal a célébré un moment historique le samedi 4 mai 2024 en commémorant son 40e anniversaire avec un panel d’experts éminents. Sous le thème « En Église, à la rencontre des défis contemporains », cet événement a été une opportunité unique de réflexion et de dialogue. Le panel a captivé un public diversifié d’environ 50 personnes, témoignant ainsi de l’intérêt croissant pour ces questions cruciales.

Yves Guérette, Ellen Roderick, Guy Guindon et Édouard Shatov

Montréal, le 9 mai 2024

La Fondation du Grand Séminaire de Montréal a commémoré son 40e anniversaire avec un panel d’experts réunis le samedi 4 mai 2024. Sous le thème « En Église, à la rencontre des défis contemporains », Ellen Roderick, Yves Guérette, Guy Guindon et Édouard Shatov ont abordé différentes pistes de réflexion, le tout animé par Francis Denis.

L’événement a réuni un public diversifié d’environ 50 personnes, témoignant d’un intérêt certain pour l’exploration des enjeux pressants auxquels fait face l’Église et la société. Le panel, qui s’est tenu au Grand Séminaire de l’Archidiocèse de Montréal, a fourni une tribune pour un dialogue engageant et des réflexions éclairantes sur la manière de naviguer dans les complexités des défis contemporains en Église.

« Ce panel incarne très bien l’esprit de la mission de notre fondation au cours des quatre dernières décennies, celle de composer avec les défis de chaque époque afin d’assurer une formation actualisée et de qualité à tous nos leaders catholiques d’aujourd’hui et de demain, explique Alexandrina Diac, directrice générale de la Fondation du Grand Séminaire de Montréal. Ce moment de partage et de discussion nous a donné l’opportunité de remercier nos donateurs et donatrices pour leur fidèle appui au fil des ans, lequel nous permet d’assurer la pérennité d’une institution plus que nécessaire pour notre Église et notre société. »

Ellen Roderick[1], directrice du Centre diocésain pour le mariage, la vie et la famille, à l’archidiocèse de Montréal, a débuté en faisant un retour sur les fondements théologiques et anthropologiques sur la quête de sens et la vie chrétienne, mettant de l’avant la centralité de la famille et l’importance de considérer les parents comme premiers missionnaires.

De son côté, Yves Guérette[2], professeur à la Faculté de sciences religieuses à l’Université Laval, a pris la parole de façon convaincante afin d’aborder le sujet de la conversion missionnaire de l’Église dans le cadre de ce changement d’époque, permettant également à l’auditoire de mieux faire la distinction entre prosélytisme et mission.

Guy Guindon[3], recteur du Grand Séminaire de l’Archidiocèse de Montréal a poursuivi en parlant de la formation des leaders catholiques dans une dynamique missionnaire et de l’importance de voir les défis actuels comme des opportunités.

Édouard Shatov[4], directeur du Centre Culture et Foi au Montmartre à Québec, a terminé en invitant les participants à être des témoins crédibles de l’Évangile, en misant toujours sur la vérité, la cohérence, la beauté, l’amour, la confiance afin de passer de l’état de domination à l’état de service et de retrouver la fraicheur de l’Esprit.

Après cette enrichissante discussion et une période de questions avec le public, Mgr Christian Lépine, archevêque de Montréal, a présidé une messe, offrant aux participants une occasion de réflexion spirituelle et de communion. Une réception festive s’en est suivie, avec plusieurs prix de présence pour ceux et celles qui se sont déplacés en personne.

À propos de la Fondation du Grand Séminaire de Montréal

Fondée en 1984 par l’Association des Anciens du Grand Séminaire et un groupe de laïcs, la Fondation soutient concrètement le Grand Séminaire de l’Archidiocèse de Montréal afin d’offrir une formation de qualité et adaptée à la réalité de ce monde pour toute personne désirant œuvrer en Église ou pour enrichir leur soif de connaissance et de formation personnelle et chrétienne. La Fondation célèbre en 2024 son 40e anniversaire d’existence. Pour en savoir plus ou pour faire un don, visitez le fgsm.org.

Pour toute question ou demande d’information supplémentaire :

Aline Bedros, Torchia Communications – 514-250-2332 – aline@torchiacom.com


[1] Mme Ellen Roderick, Professeure, Grand Séminaire de l’Archidiocèse de Montréal

[2] Yves Guérette, Directeur de programmes en théologie pratique, Professeur agrégé, Université Laval

[3] M. Guy Guindon, PSS – Recteur, Grand Séminaire de l’Archidiocèse de Montréal

[4] Édouard Shatov, directeur du Centre Culture et Foi au Montmartre à Québec. Un pèlerin russe au XXIe siècle : Entretiens avec Édouard Shatov

Éditorial de la revue La Lettre aux Amis du mois de juin 2024

Le flambeau passe à un autre missionnaire.

Le 1er juillet 2018, le supérieur général des Missionnaires d’Afrique, avec le consentement de son conseil, venait me chercher en Afrique du Sud pour m’envoyer en mission dans la province des Amériques. Après plusieurs années de mission à l’étranger, je suis revenu chez moi, encore bien rempli d’un grand zèle missionnaire. Grâce à une équipe très dynamique composée de membres de pays différents, nous avons accompagné nos confrères qui travaillent au Brésil, au Mexique, aux États-Unis et au Canada. Au fil de ces six dernières années, vous avez pu voir comment nous donnons des mains à notre foi et notre engagement missionnaire, que ce soit ici en Amérique ou ailleurs, surtout en Afrique.

Le 1er juillet 2024, je passe le flambeau à mon successeur, le père Barthélémy Bazemo, originaire du Burkina Faso. Il prend en mains une province qui a retrouvé une nouvelle fraîcheur et un esprit de créativité grâce à l’arrivée de jeunes confrères en provenance surtout du continent africain. Le dynamisme et l’expérience multiculturelle du père Barthélémy sauront sûrement animer de façon constructive nos communautés et les projets qui nous tiennent à cœur. Vous devinez que je suis très heureux de lui céder la place. Il est temps pour moi de retourner en Afrique, sans doute pour peu d’années, puisque l’âge avance et la santé risque de flancher un jour ou l’autre.

Dans ce numéro de la Lettre aux Amis, nous vous parlons de l’expérience missionnaire d’un confrère Brésilien qui à l’âge de 30 ans a décidé de se lancer à la suite de Jésus dans la grande aventure missionnaire qui le mènera jusqu’en Afrique et au Mexique. Nous vous parlerons aussi de la nouvelle paroisse qui nous a été confiée à Querétaro au Mexique le 17 mars 2023.

Et comme à chaque numéro, nous vous invitons à appuyer un projet en Afrique. Cette fois-ci, c’est en vue de donner de l’eau potable aux enfants d’une école maternelle et aux adultes qui fréquentent la paroisse d’Usagara gérée par nos confrères en Tanzanie, un pays où j’ai travaillé pendant 12 ans par le passé. Vous recevrez aussi les remerciements de notre confrère Erasto Shayo au Nigeria que vous avez soutenu l’an dernier.

Réal Doucet, M.Afr

Que la lecture de cette Lettre aux Amis garde bien vivant votre esprit missionnaire.

Le flambeau passe à un autre missionnaire.

Réal Doucet, M.Afr

CONSOLATION, par Sabrina Di Matteo

Sabrina Di Matteo est née au Québec de parents italiens. À 12 ans, elle commence à jouer de la guitare et découvre qu’en posant des mots sur ses accords, elle donne voix à sa poésie intérieure. Elle se met à chanter dans des événements et des églises. Au fil du temps, les études, le travail et la vie de maman prennent beaucoup de place… C’est finalement au tournant de la quarantaine que Sabrina redécouvre sa créativité, qui l’amène explorer des espaces sacrés.

« Je suis fébrile de vous dévoiler cette chanson », annonce Sabrina Di Matteo (qui est aussi la présidente du conseil d’administration de Présence – information religieuse).

C’est depuis le 13 mars que sa chanson Consolation est disponible sur Spotify, Apple Music, iTunes et d’autres plateformes. Elle sera aussi disponible en vidéo sur YouTube.

Consolation, par Sabrina Di Matteo

PAROLES DE LA CHANSON INTITULÉE ‘CONSOLATION’

Quand tremble la terre ou tremble mon cœur

Quand rage la mer et vient la noirceur

Si le puits de mon âme reste desséché

Et ma pauvre flamme ne peut que vaciller

Je voudrais être consolée sur ton cœur comme un enfant (2X)

Je voudrais être sur ton cœur

Les désillusions, les égarements

Mes indignations, ma tristesse et mon chant

Que la vie me soit douce, moi qui suis assoiffée

J’ai tant cherché la source pour me désaltérer

Je voudrais être consolée sur ton cœur comme un enfant (2X)

Je voudrais être sur ton cœur

Si le puits de mon âme reste desséché

Et ma pauvre flamme ne peut que vaciller

Je voudrais être consolée sur ton cœur comme un enfant (2X)

Je voudrais être…

Paroles et musique : Sabrina Di Matteo / Réalisation musicale, arrangements, mixage et mastering : François Morel de CEFAH – Prod AudioVisuel / Conception et réalisation vidéo : Bruno Olivier.

LIEN

Présence – information religieuse est un média indépendant spécialisé en information religieuse québécoise, canadienne et internationale.

Présence offre une couverture journalistique du fait religieux, dans ses incidences sociales, politiques, éthiques et culturelles.

Éditorial de la revue La Lettre aux Amis du mois de mars 2024

Porter du fruit (Évangile de Marc, 4, 1-20)

Adolescent, j’ai été fortement captivé par un passage de l’Évangile de Marc (4, 1-20) où Jésus s’adresse à la foule massée sur les bords du lac. Que dit-il ? Bien qu’il soit assis dans une barque, il ne parle pas de la pêche mais des semences tombées en terre. Seules celles tombées dans une bonne terre produisent une abondance de fruits.

Cette semence, expliquera-t-il à ses disciples, est la Parole semée dans les cœurs. Dans l’édition du magazine d’aujourd’hui, nous lisons de magnifiques exemples de semailles réussies même sur des terres appauvries.

Le premier exemple est celui d’un nouveau centre dédié à venir en aide aux missionnaires qui ont traversé de lourdes épreuves. Il s’agit du Centre Bethany situé sur les hautes montagnes des Massaï au Kenya. Des psychothérapeutes sont à leur service pour les aider à cheminer vers un chemin de guérison après une expérience traumatisante. Soucieux de leur environnement, ils investissent également leurs énergies pour planter des arbres et venir en aide aux femmes Massaï qui doivent transporter leur eau avec de lourds récipients.

À la lecture de la revue, vous découvrirez le témoignage émouvant d’un jeune missionnaire qui a été kidnappé et celui d’un confrère plus âgé à qui le Seigneur a converti les épreuves en consolation.

La Parole de Dieu a aussi trouvé une bonne terre dans le cœur de Rudy, un jeune mexicain qui aspire à devenir missionnaire en Afrique. Pour le moment, il fait des efforts pour apprendre le français.

Vous verrez finalement que d’abondants fruits ont été récoltés au cours de l’année 2023 au Centre Afrika. Une foule nombreuse a célébré le premier anniversaire de sa réouverture. La joie, la danse et une table garnie étaient au rendez-vous. Nous rendons grâce à Dieu pour tous ces beaux et bons fruits, œuvre de la foi qui nous anime dans le Christ.

En cliquant sur l’image suivante, vous pouvez lire l’entièreté de la revue en version PDF.

Vous pouvez aussi vous abonner à l’Infolettre en cliquant sur le lien suivant :

Lettre to Our Friends, March 2024

Commémoration de l’attentat à la Grande Mosquée de Québec, 29 janvier 2024

Par Serge St-Arneault, M.Afr

À vrai dire, Québec n’est pas si loin de Trois-Rivières. L’autoroute est dégagée comme en été et le trafic est modéré. Je suis en route vers la Grande Mosquée de Québec pour souligner la tuerie qui a eu lieu au même endroit en 2017. Mes pensées voguent entre ces nombreuses tragédies qui ont marqué pour toujours nos vies. Il m’apparaît très clairement que ma présence sur cette autoroute, ce déplacement, est la conséquence d’un triste événement imposé. Je regardais de nouveau la belle photo de ma soeur Annie en essayant d’imaginer ce que nous aurions vécu ensemble, en famille, si le féminicide à la Polytechnique de Montréal n’avait pas eu lieu en 1989.

Me voilà donc dans la mosquée. Je reconnais les lieux. Déjà, les journalistes pointent leurs micros vers le ministre fédéral Jean-Yves Duclos.

Puis, ma nièce Roxanne arrive avec Philippe, son amoureux, que j’ai la joie de présenter à Heidi Rathjen, coordonnatrice de PolySeSouvient. Sans trop tarder, la cérémonie commence. Nous sommes tous assis sur l’immense tapis moelleux qui couvre toute la pièce.

Un homme est assis à notre droite. Il reconnaît Heidi qui est à ma gauche. De toute évidence, ils se connaissent depuis longtemps. Étant au milieu, que faire de mieux que de m’introduire.

  • Bonsoir, je m’appelle Serge. Je suis venu ici en compagnie de Heidi au nom de PolySeSouvient. Je vous présente ma nièce Roxanne et son copain Philippe. C’est la première fois qu’ils viennent ici.
  • Enchanté. Je suis Bruno Marchand, maire de la ville de Québec.

Mariam et Sophie Marois, animatrices de la soirée, présentent le sens du rassemblement : La commémoration citoyenne de l’attentat à la Grande Mosquée de Québec de ce soir est un exercice de mémoire pour faire le point des sept dernières années et pour avancer ensemble.

Les animatrices invitent ensuite Édith Picard, aînée de la nation huronne-wendat de Wendake, à prendre la parole. Dans son mot de bienvenue, elle souhaite que la cérémonie soit pleine de quiétude. Ce ne sera pas tout à fait ce qui arrivera.

L’imam Mohamed Fouad récite ensuite quelques versets du Coran. Il chante en arabe. Sans être excessif, le son est amplifié dans une résonance semblable à un écho lointain, comme s’il s’agissait d’atteindre une immense foule. Pourtant, nous ne sommes qu’une centaine de personnes.

Puis, une minute de silence est respectée en mémoire de ceux qui ont perdu leur vie dans la même salle où a lieu le rassemblement : Ibrahima Barry, Mamadou Tanou Barry, Khaled Belkacemi, Aboubaker Thabti, Abdelkrim Hassane et Azzedine Soufiane.

Suite de la présentation de Mariam et Sophie Marois

Chaque vie humaine est sacrée, représentant une parcelle de l’humanité tout entière. Le deuil de chaque vie perdue est incommensurable. Mais, nous savons aussi qu’il y a des solidarités dans le deuil. Nous voulons les mettre de l’avant ce soir.

Cette solidarité qui nous accompagne depuis sept ans est une immense richesse ; avec les familles et les proches des victimes, entre les différentes confessions religieuses de la ville de Québec, avec la Nation huronne-wendat et les autres peuples autochtones des territoires voisins, avec l’École Polytechnique de Montréal, la communauté de London en Ontario, la synagogue de Pittsburgh aux États-Unis, la mosquée de Christchurch en Nouvelle-Zélande et d’autres. Nous soulignons la présence solidaire de Heidi Rathjen et Serge St-Arneault de PolySeSouvient. Merci d’être avec nous ce soir.

Boufeldja Benabdallah

Je commence à bien connaître Boufledja. Nous nous retrouvons régulièrement pour la cause du contrôle des armes à feu. Aussi, avec le Centre Canadien d’Œcuménisme dont nous sommes membres. Il a le verbe facile et il est bon communicateur. Il transmet ses convictions avec émotions comme dans un livre ouvert.

Il y a beaucoup de bienfaits dans ce monde et nous en remercions Dieu, dit-il. Mais les armes de guerre sont source de violence comme cela s’est produit dans cette mosquée. C’est important de se rappeler tout ça. Nous ne pleurons pas juste vainement. Nous pleurons pour nous rappeler ces moments importants. À travers cette tristesse qui nous a tous frappés, Dieu nous a conduits vers la joie. En effet, le lendemain de la tragédie du 29 janvier 2017, quinze mille personnes ont bravé le froid à moins de 40 degrés pour venir nous dire « nous sommes des vôtres, nous sommes avec vous, nous vous tenons ». Et la joie est née, la joie de ne pas se sentir tout seul, d’être accepté comme des citoyens à part entière.

Nous commémorons cette solidarité laïque et interconfessionnelle. Nous vivons au sein d’un peuple qui a la main sur le cœur et qui est compatissant. Nous ne l’avons jamais oublié. Nous avons, de notre côté, le devoir de mieux connaître l’histoire du Québec et de la comprendre pour devenir un partenaire à part entière. De même avec les peuples des Premières Nations. Nous avons la chance de vivre dans un magnifique pays. Nous n’oublierons jamais les appuis des autorités fédérales, provinciales et municipales. Nous n’oublions pas non plus la lutte de Heidi et de ses sœurs de PolySeSouvient qui ont lutté pendant plus de 32 ans pour faire reconnaître le féminicide de Polytechnique. Elles ont poussé jusqu’à l’adoption de la loi C-21 contre les armes de poings et les armes d’assaut. Bravo pour le travail de PolySeSouvient. Pour notre bien, elles ont donné de leur temps, gratuitement. C’est parce que nous aimons notre pays.

Je souligne la présence de Mona Abuamara, la représentante de la Palestine au Canada. On ne fait pas d’amalgame. Nous sommes solidaires de toutes les tristesses de ce monde. Nous disons qu’après ces tristesses, il nous faut des éclaircies et même des soleils pour transporter nos désirs vers des firmaments extraordinaires. Le peuple palestinien le mérite. De même que tout le Moyen-Orient. Les musulmans ne sont pas contre les Juifs. Ceux-ci forment un peuple tout comme nous. Pourquoi se déchirer entre peuples alors que notre seul désir est de bien vivre ensemble ?

Bruno Marchand, le seul politicien à avoir fait une allocution ce soir-là, à l’invitation des animatrices, doit enjamber mes deux jambes étalées sur le tapis. Je n’y peux rien, je suis incapable de m’assoir en petit bonhomme !

Existe-t-il une parole pour apaiser les cœurs, demande-t-il ? Nous ne cesserons jamais de la chercher !

Je suis convaincu qu’au-delà du mal qui ne cesse de progresser, il y a des hommes et des femmes qui s’activent. Boufeldja a eu raison de nommer Heidi qui se bat depuis des décennies pour s’assurer que ce qui se passe au sud de notre frontière ne se répète pas ici. Un combat de David contre Goliath. Ça, c’est l’action d’une femme de bien, avec Serge et avec les autres.

Un passage de l’écrivain St-Exupéry qui résume l’essentiel que nous devrions porter : « si tu diffères de moi, mon frère, ma sœur, loin de me léser, tu m’enrichis ». La Ville de Québec est riche de ses différences, de ses couleurs, riche de cette capacité à concevoir la vie différemment et continuer de vouloir développer ensemble quelque chose d’unique. Merci à chacun d’entre vous de nous enrichir.

Amira Elghawaby est alors invitée à prendre la parole. En tant que représentante spéciale pour la lutte contre l’islamophobie au Canada, elle se doit tout naturellement de faire son discours en anglais et en français. Son français d’ailleurs est très bon. Il me semble qu’une partie importante de son message prononcé en anglais n’aura aucun impact. D’ailleurs, les médias, du moins ceux que j’ai retracés, ne lui accordent aucune attention. Dommage ! Au sujet du lieu de culte de la mosquée, elle évoque ceci :

Places of worship are meant to represent sacred refuge from the stresses and harshness of the world beyond its walls, and yet, on January 29, 2017, the tranquility that was saw of this room was destroyed by hate, by Islamophobia. And now, we mark the passage of time, seven years since fear, ignorance, demonization, and violent extremism destroy the lives of so many families and shock our country to its very core. (…)

Our collective action has the power to make positive change and ensure that our rights, our freedoms are fully respected, and that we are safe everywhere and anywhere. Notre action collective a le pouvoir de véritablement changer la donne. Merci.

Traduction : Les lieux de culte sont censés représenter un refuge sacré contre le stress et la dureté du monde au-delà de ses murs, et pourtant, le 29 janvier 2017, la tranquillité qu’on y voyait a été détruite par la haine, par l’islamophobie. Et maintenant, nous marquons le passage du temps, sept ans depuis que la peur, l’ignorance, la diabolisation et l’extrémisme violent détruisent la vie de tant de familles et choquent notre pays jusqu’au cœur. (…)

Notre action collective a le pouvoir d’apporter des changements positifs et de garantir que nos droits et nos libertés soient pleinement respectés et que nous soyons en sécurité partout et en tout lieu. Notre action collective a le pouvoir de véritablement changer la donne. Merci.

Zineb Filali et Marjorie Sheyn, deux jeunes Québécoises, ont également pris la parole avec ferveur en insistant sur le respect des différences dans un monde pluraliste. Finalement, la poétesse Houmou Giro a terminé la soirée avec un poème engagé.

Qu’est-ce que les médias ont retenu de la soirée ?

Les médias, me semble-t-il, n’ont pas accordé beaucoup d’intérêt aux différents messages exprimés. Les cris d’un jeune homme proférés à l’endroit du ministre Jean-Yves Duclos ont été disproportionnellement étalés dans les médias. Cet incident a provoqué un grand malaise chez les organisateurs de la soirée. Au moins, ce n’était que des cris, pas des projectiles d’arme à feu !

Le message que je retiens

Je suis déçu que les beaux messages exprimés par les porte-paroles soient passés presque sous silence. Les tragédies bouleversent profondément nos vies. Nous nous retrouvons soudainement, malgré nous, à nous lancer sur de nouveaux et douloureux chemins. Mais, nous ne pleurons pas juste vainement. À travers cette tristesse qui nous a tous frappés, Dieu nous a conduits vers la joie. Ces paroles de Boufeldja sont prophétiques et réconfortantes. Et la joie est née, la joie de ne pas se sentir tout seul, d’être accepté comme des citoyens à part entière, ajoute-t-il.

À mes yeux, le traumatisme de l’ignoble assassinat de Jésus par les Romains reste vif dans la mémoire spirituelle des chrétiens. Une tragédie sans nom, incompréhensible. Pourtant, Jésus avait lui-même prédit que la joie emplirait les cœurs droits.

Nous sommes solidaires de toutes les tristesses de ce monde. Nous disons qu’après ces tristesses, il nous faut des éclaircies et même des soleils pour transporter nos désirs vers des firmaments extraordinaires. (Boufeldja)

Pour les chrétiens, la promesse de la résurrection est ce chemin menant vers ces éclaircies, vers ces soleils transformateurs de firmaments extraordinaires. Merci, Boufeldja, pour ton espérance radieuse, qu’Allah, ton Dieu, t’inspire au-delà du tragique. Notre combat est commun : vivre intensément le respect mutuel dans un vivre ensemble constructif. Notre vocation est commune : rendre grâce à Dieu pour tous ses bienfaits, source de joie profonde, au-delà des épreuves.

LIENS

Sept ans plus tard, Québec se souvient de la tuerie à la grande mosquée

Commémorations sur fond de tensions à Québec

Cérémonie tendue sept ans après la tuerie de la grande mosquée de Québec

Attentat à la grande mosquée de Québec : 7 ans plus tard, « c’est important de se rappeler »

Pour cette seconde commémoration à l’intérieur du lieu de culte où s’est produit l’attentat, les noms des victimes ont retenti sobrement.

Le Soleil : Coup d’éclat à la commémoration de la Grande Mosquée

Le blogue de Jacques Gauthier

Je vous invite à débuter cette nouvelle année avec un témoignage sur la prière de mon ami Jacques Gauthier. Celui-ci nous informe que le pape François a consacré 2024 année de la prière, une manière pour les chrétiens d’approfondir leur relation au Christ et de se préparer au Jubilé de 2025 à Rome.

Poème de Jacques intitulé ; À hauteur d’espérance

Voir sa vidéo sur cette année de la prière : sa chaîne YouTube
Lire l’article sur cette année et sa prière d’espérance : son blogue.
Pour aller plus loin, son guide pratique en poche : La prière chrétienne.
Bonne année de la prière.

WWW.JACQUESGAUTHIER.COM