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La singularité de Jésus 

En route vers Québec en suivant une portion du Chemin du Roy, la 138, je me suis brièvement arrêté à Deschambault en souvenir d’un même arrêt que j’avais fait avec mes parents en 2011 chez Huguette Vaillancourt, une amie. L’église Saint-Joseph, située sur la rue de la Salle, attire immédiatement l’attention. 

Selon le site internet Deschambault-Grondines ; L’église de Saint-Joseph, érigée sur un promontoire qui domine le fleuve Saint-Laurent nommé cap Lauzon, s’élève au cœur d’un ensemble religieux catholique comprenant aussi deux anciens presbytères, le cimetière, l’ancienne salle des habitants et l’ancien couvent, entourés de vastes espaces verts plantés d’arbres. 

Voir aussi l’itinéraire 3D de l’intérieur de l’église sur le site suivant : 

SAINT-JOSEPH DE DESCHAMBAULT 

Débutée en 1834, la construction de l’église s’est achevée en 1838. Il s’agit du deuxième bâtiment depuis l’arrivée des premiers habitants en 1688. Le décor choisi par l’architecte Thomas Baillairgé (1791-1859) est de style néoclassique.  

De nos jours, comme cinq autres lieux de culte de la région, cette église figure sur le parcours Les Voies du Sacré qui est offert aux touristes. Dès l’entrée, les regards se dirigent vers un immense crucifix.  

Je suis alors témoin de l’arrivée de deux mamans avec un groupe de jeunes enfants. Plusieurs d’entre eux pointent du doigt ce crucifix. Une fille d’environ dix ans semble troublée. Que voit-elle ? Elle voit un homme suspendu et ensanglanté.

Elle pointe de nouveau son doigt vers une toile accrochée au mur qui ceinture l’église. Il s’agit du chemin de croix1. Tout s’est déroulé très vite. À peine entré, aussitôt sorti. Une visite touristique vite faite ! Mais, qui était cet homme ? Ces enfants le sauront-ils un jour ? 

Qu’est-ce que la singularité ? 

Depuis un certain temps, je suis fasciné par un terme qui, à première vue, semble étrange et peu familier; la singularité. Cette notion se déploie dans de nombreuses sphères. 

Dans les domaines des sciences sociales, elle est par définition ce qui échappe à la classification, ce qui est unique, spécifique, et incomparable. Omniprésente dans nos sociétés, la singularité devient un point de rencontre novateur entre la sociologie, l’anthropologie, l’histoire, le droit, les études littéraires et la philosophie. 

Dans nos sociétés occidentales, la singularité est étroitement liée à l’individualité. Elle n’est pas seulement une propriété, mais aussi une valeur. L’idéal de réalisation de soi pousse les individus vers l’authenticité, la différence et l’épanouissement.  

En sciences de la complexité, la singularité interroge la science au-delà de ses frontières. Elle est à la fois défi et mystère. La singularité émerge lorsque les lois habituelles ne s’appliquent plus, lorsque les règles de la complexité se dérobent. Elle nous invite à explorer les limites de notre compréhension scientifique. C’est ainsi qu’en physique, la singularité revêt un autre sens. C’est une rupture des règles familières, un point d’inflexion où notre compréhension atteint ses limites. D’ailleurs, entre la relativité générale et la mécanique quantique, il existe une incompatibilité fondamentale, qualifiée de singularité. 

En somme, la singularité est un concept qui transcende les disciplines scientifiques, nous invitant à repousser les frontières de notre compréhension2. Exemples : les trous noirs, les étoiles à neutrons, les pulsars et les quasars. Ainsi, notre univers observable est un théâtre de singularités fascinantes, chacune nous offrant un aperçu unique de la physique et de la cosmologie. 

Dans le domaine philosophique, la singularité est liée à l’individu, à ce qui le distingue des autres. Elle est souvent associée à l’existence concrète et à l’expérience personnelle3. La singularité concerne l’unicité et l’individualité. 

En sciences informatiques, la singularité technologique est un concept fascinant qui suscite à la fois l’enthousiasme et l’inquiétude. Elles englobent divers scénarios tels que l’Intelligence Artificielle (IA) qui s’autoaméliore, la possibilité de fusionner un cerveau avec un ordinateur, l’émergence d’une entité dotée d’une intelligence surpassant largement celle de tous les humains combinés, etc. 

La singularité technologique soulève des questions éthiques, sociales et philosophiques. Comment gérer une IA surpassant notre propre intelligence ? Quelles seront les implications pour l’emploi, la vie quotidienne et la sécurité ? 

La singularité d’un point de vue spirituel 

Dans le domaine des soins palliatifs, la dimension spirituelle est réintégrée dans l’approche des patients. Elle reconnaît que l’être humain n’est pas seulement biologique et psychologique, mais aussi spirituel. Prendre soin d’une personne implique de considérer sa singularité, ses besoins spirituels et sa quête de sens. L’accompagnement spirituel devient essentiel pour maintenir la qualité relationnelle et l’humanité dans les soins4

Dans les traditions spirituelles, la singularité peut être explorée à travers la vision intérieure. Lorsque nous détournons notre attention du monde extérieur pour nous approcher de la spiritualité, nous commençons à percevoir les mondes intérieurs et le sacré. 

Dans la spiritualité, la singularité réside dans l’expérience personnelle de la transcendance, de la prière, de la méditation ou de la communion avec le divin. La singularité spirituelle respecte la liberté individuelle. Chaque personne a sa propre quête, sa propre relation avec le sacré. L’accompagnement spirituel doit se faire dans le respect de cette singularité, sans imposer de croyances ou de dogmes. 

Conceptions de la singularité dans les traditions religieuses 

Dans le contexte du dialogue entre croyants de différentes religions, la singularité se manifeste par la reconnaissance de l’unicité de chaque tradition. Chaque foi a sa propre voie vers le divin, ses rituels, ses textes sacrés et ses pratiques. Le dialogue interreligieux permet alors d’explorer ces singularités tout en cherchant des points communs, des valeurs partagées et des compréhensions mutuelles5. Chaque croyant est complémentaire à l’unité de l’ensemble. La singularité des individus s’intègre ainsi dans la diversité de la communauté religieuse et la singularité dans les traditions religieuses nous rappelle la richesse de l’expérience spirituelle et la diversité des voies vers le sacré

La Singularité de l’Incarnation 

Dans le christianisme, la singularité réside dans l’incarnation du Christ. Jésus est vu comme le Fils unique de Dieu, l’unique médiateur entre Dieu et l’humanité. Cette singularité divine-humaine est au cœur de la foi chrétienne

Les crucifix pointés du doigt par les enfants 

À leur niveau, les enfants ont vécu une singularité dans le sens d’une expérience personnelle unique qui les a peut-être perturbés. En effet, voir un homme cloué sur une croix pour la première fois et un événement singulier en soi.  

Nos églises ne sont plus des lieux de transmission du patrimoine spirituel de nos ancêtres. Quelques touristes les visitent pendant la saison estivale, sans plus. Les mamans de ces enfants ne pouvaient probablement pas leur donner une explication au sujet de ce crucifié, encore moins un enseignement.  

De fait, il y a eu deux croix. La première datait de 1936 et la second de 1982. Elles sont maintenant réunies et bien visibles près de la porte d’entrée du Salon Bleu  que j’ai visité en 2019.

Pourtant, nos ancêtres ont accordé beaucoup d’importance aux crucifix. Il y en avait partout; dans les maisons, les salles de classe, les carrefours, les façades des bâtiments et même dans le Salon Bleu de l’Assemblée nationale. Depuis les débuts du christianisme, la contemplation du crucifié est une démarche spirituelle ayant une grande signification.  

Le sang versé par Jésus sur la croix a une portée universelle et revêt une singularité exceptionnelle. Par son sang, il a détruit le mur de la haine qui divise les humains (Lettre de Paul aux Éphésiens, 2, 13-18). Il nous a réconcilié avec Dieu les uns et les autres en un seul corps par le moyen de la croix. C’est lui, le Christ, qui est notre paix. 

Comment expliquer ça aux enfants qui pointent du doigt un crucifix ? Ce jour-là, dans l’église de Deschambault, avant même d’avoir le temps de me poser la question, les deux mamans et leurs enfants étaient déjà sortis. 

  1. Le Chemin de Croix est une tradition profondément enracinée dans l’Église catholique, mais elle est également présente dans d’autres confessions chrétiennes. Chaque station représente un moment précis de la passion de Jésus, offrant aux croyants l’opportunité de méditer sur les enseignements de Jésus et de grandir dans leur foi.  ↩︎
  2. Source : https://journals.openedition.org/traces/7311   ↩︎
  3. Source : https://www.cairn.info/revue-des-sciences-philosophiques-et-theologiques-2011-3-page-581.htm   ↩︎
  4. Source : https://www.cairn.info/revue-infokara-2011-4-page-339.htm   ↩︎
  5. Source : https://www.cairn.info/revue-recherches-de-science-religieuse-2006-4-page-571.htm   ↩︎

Contempler le crucifié.

Père Serge St-Arneault, M.Afr

La croix est le symbole représentatif des chrétiens comme l’est aujourd’hui le croissant pour les musulmans ou l’étoile de David pour les juifs.

Les premières communautés chrétiennes utilisaient les symboles du poisson et des pains en souvenir de la multiplication de ces aliments par Jésus, représentant du même coup le rassemblement eucharistique ainsi que la présence du Christ ressuscité.

Signifiant l’abondance promise aux chrétiens, le symbole du poisson était accompagné des lettres « ICHTUS » (ἰχθύς) qui peuvent se traduire par « Jésus Christ Fils de Dieu Sauveur. » Or, la croix, qui désormais représente la foi chrétienne, commémore l’atroce mort de l’homme Jésus.

Depuis quand la croix est-elle le symbole des chrétiens?

D’un point de vue historique, selon la tradition chrétienne, c’est sainte Hélène, la mère de l’empereur Constantin 1er, qui aurait découvert la croix de Jésus ainsi que celles des deux larrons, lors d’un pèlerinage en Palestine entrepris en 326.

L’Empereur Constantin a par la suite érigé une basilique sur l’emplacement du Golgotha. L’Empire romain triomphant imposait depuis longtemps déjà le sigle SPQR (Senatus populusque romanus) qui signifie « le Sénat et le peuple romain ». Il fut l’emblème de la République romaine, puis de la tradition de l’Empire romain. Ces quatre lettres représentaient le pouvoir politique romain.

Constantin a-t-il senti le besoin de modifier le signe SPQR par celui de la croix ? Peut-être pas! Cependant, choisir entre le symbole de la croix et celui des poissons, le plus saisissant ou impressionnant est sans conteste celui de la croix. La force dramatique de la mort sanglante de Jésus correspondait mieux à la culture romaine basée sur la coercition que quelques poissons et bouts de pain suggérant le partage. Or, les Romains étaient des conquérants peu soucieux de partager leurs richesses. Le christianisme, en tant que nouvelle religion d’État, n’a pas changé les vieilles habitudes impériales. Tout cela n’est qu’une hypothèse, la mienne!

Ce qui est plus certain, c’est que depuis le VIe siècle, c’est-à-dire après la chute de l’Empire romain, la croix est régulièrement associée aux représentations du Christ. Celle-ci a été implantée un peu partout et a incorporé au long des siècles une autre signification; celui de la prise de possession de territoires au nom d’un roi chrétien ou peut-être même de la papauté. À titre d’exemple, Jacques Cartier a planté une croix à Gaspé et sur le sommet du mont Royal à Montréal. D’après les recherches historiques récentes, il semble bien que les autochtones qui ont accueilli Jacques Cartier aient compris la portée symbolique de cette croix et s’y soient opposés, en vain.

D’un autre côté, la croix de Jésus a fait naitre un vaste éventail de richesse spirituelle. La vie sur terre a été et demeure un chemin de croix pour la vaste majorité de l’humanité, et pour nous aussi. La croix de Jésus est souvent une source de réconfort spirituel lorsque nous traversons les moments difficiles. Puisque l’homme Jésus a porté sa croix, puisqu’il s’est relevé trois fois et qu’il a atteint le sommet du Golgotha, ce même Jésus nous enseigne que la souffrance n’est pas une malédiction, mais une réalité intrinsèque à notre condition mortelle. Ce que Jésus nous enseigne est qu’au-delà de la croix, la sienne et la nôtre, il y a une rédemption.

L’enseignement fondamental de la croix de Jésus est le pardon total à ses bourreaux. La croix est le symbole par excellence du pardon radical et de la proclamation de l’amour divin. Notre ambition, comme chrétiens, est d’être crucifiés avec Jésus (Gal 2,19).

Contempler la croix.

La contemplation de la croix est donc un moyen de nous rappeler que le chemin du parfait amour est le don de soi qui peut, dans certains cas, être douloureux. Une libération profonde et sincère de nos cœurs meurtris n’est possible que par le pardon. Nous ne parvenons pas à atteindre cette profondeur libératrice par nos propres forces. Cela n’est possible que par l’exemple courageux et la force du pouvoir d’absolution de l’homme Jésus sur la croix. Jésus a remis sa vie entre les mains de Dieu, son père.

« Maintenant mon âme est bouleversée, de dire Jésus. Que vais-je dire? « Père, sauve-moi de cette heure »? – Mais non! C’est pour cela que je suis parvenu à cette heure-ci! Père glorifie ton nom! »

Quelques présentations du Christ en croix.

Les représentations de Jésus sur la croix sont innombrables. La croix a inspiré les artistes selon leur époque et leur contexte culturel. Voici quelques exemples du Malawi.